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L’ombre de Vernadski dans la Sainte Anne de Léonard de Vinci

Par Karel Vereycken

En mars 1821, le poète anglais Percy Bysshe Shelley concluait son poème « Défense de la poésie » par ce concept visionnaire :

Nous vous proposons d’examiner ici, de ce point de vue, le chef-d’œuvre de Léonard de Vinci (1452-1519), « La Vierge à l’Enfant avec sainte Anne », actuellement au Louvre.

On ne se lasse jamais de contempler ce chef-d’œuvre. Le tableau représente sainte Anne, sa fille Marie et l’Enfant Jésus enlaçant un agneau sacrificiel, symbole de sa mission : libérer l’humanité du péché originel.

Léonard de Vinci n’a pas réalisé ce tableau pour un prince, un duc, un cardinal ou un pape, mais pour lui-même, et à ce titre, l’a légué en héritage à l’humanité.

Après avoir passé en revue les dernières recherches, Vincent Delieuvin, l’historien français du Louvre, est arrivé en 2000 à cette conclusion étonnante : Léonard salue le retour du régime républicain à Florence, dont Sainte-Anne était la protectrice.1

Si l’œuvre resta quasiment inachevée à sa mort, en 1519, on sait que Léonard de Vinci commença à y travailler en 1503 (il avait 51 ans), alors qu’il vivait à Florence. Le roi François Ier ne vola pas le tableau, mais en vola l’auteur, qui l’emporta avec lui en France pour le terminer.

Le spectateur est immédiatement saisi par un sens puissant de mouvement presque troublant, un sentiment d’amour suprême et de grande beauté. Si elle met en scène des figures des Saintes Écritures (sainte Anne, la Vierge Marie, le Christ) plutôt que d’illustrer une séquence liturgique particulière (par ailleurs inexistante), l’œuvre elle-même jaillit manifestement d’une profonde conception philosophique.

Je vais tenter de vous convaincre qu’il existe un « long arc de l’histoire », une cohérence intellectuelle entre des personnes et des esprits qui ne se sont jamais croisés et ne se sont jamais parlé, mais dont les intuitions et les avancées épistémologiques s’accordent.

Le chef-d’œuvre de Léonard de Vinci apparaît, à mon sens, comme une sorte de chaînon manquant entre la vision de Dieu et de la création de Nicolas de Cues (Cusanus) et le concept de « noosphère » de Vladimir Vernadski, en passant par l’idée de « cosmos » d’Alexander von Humboldt. De prime abord, cela peut paraître farfelu, mais permettez-moi de développer.

Une unité

Qu’est-ce qui peut donc unir ces quatre intellectuels de génie, Cusanus, Léonard de Vinci, Alexander von Humboldt et Vernadski ? Tous quatre étaient convaincus que l’univers est un ensemble vivant, un et harmonieux.

Cusanus.

Dans son traité De la docte ignorance (1440), le cardinal allemand Nicolas de Cues (1401-1464), penseur et acteur majeur des grands conciles œcuméniques ainsi que de la Renaissance italienne et européenne, part de ce symbole : Dieu est le « maximum absolu » et l’unité parfaite (unio). Dans cette unité, toutes les distances, divisions et contradictions se changent et se fondent en union. L’Univers est l’image contractée de cette unité et de ce maximum absolu. Comme un miroir, il est le maximum « contracté » car il ne comprend pas toutes choses, mais seulement toutes choses hors de Dieu, toutes choses créées. Le philosophe emploie les termes complicatio (enveloppement) et explicatio (déploiement) pour expliquer que toutes choses sont enveloppées en Dieu (la source) et déployées dans le monde. Le monde, le cosmos et le temps géologique sont le déploiement de l’unité de Dieu.

Léonard de Vinci, modèle probable du David de Verrocchio.

S’engageant sur la voie ouverte par Cues, Léonard de Vinci (1452-1519) affirme avec force : « Comprenez que tout est lié à tout. » Pour lui, progresser signifie unifier différents domaines comme l’art, l’anatomie et l’ingénierie en une compréhension globale et cohérente. L’artiste-ingénieur invite ses contemporains à apprendre à percevoir les liens qui unissent la nature, l’art, la science et l’âme humaine. L’observation permet à Léonard de découvrir les causes invisibles au-delà des effets visibles, et d’imaginer et tester des hypothèses créatives. Il postule notamment que le corps humain pourrait être une version miniature (microcosme) de la Terre (macrocosme), en observant que la ramification des vaisseaux sanguins chez l’homme reflète les affluents des rivières, tout comme les mouvements du corps imitent les marées. À ses yeux, la Terre est un organisme vivant doté d’une « chair » (le sol), d’« os » (les strates rocheuses) et de « sang » (les veines d’eau). Il étudie le vol des oiseaux et les mouvements de l’eau, convaincu que les deux obéissent à une même physique des fluides. L’art est une science et la science est un art, tous deux étant des outils pour comprendre les lois fondamentales du monde. Pour Léonard de Vinci, les peintres doivent posséder le cosmos tout entier dans leur esprit et leurs mains pour refléter véritablement la beauté, l’harmonie et la complexité de la nature. Pour lui, le mouvement est l’essence même d’un univers vivant en pleine expansion. Il étudie les motifs en spirale présents dans toute chose, des fleurs aux boucles des cheveux en passant par les tourbillons de l’eau, pour tenter de comprendre comment la force vitale engendre les différentes formes. Enfin, il considère la stagnation comme une forme de déclin, notant que « le fer rouille par manque d’usage » et que « l’inaction sape la vigueur de l’esprit ».

Alexander von Humboldt, auto-portrait.

Le naturaliste et révolutionnaire allemand Alexander von Humboldt (1769-1859) s’est lui aussi efforcé de comprendre comment divers phénomènes naturels, malgré leur apparente indépendance, forment un système harmonieux et unifié. Il évoque un « système terrestre » où le climat, la flore, la faune et la vie humaine sont interdépendants. Humboldt croit qu’il existe un « lien intrinsèque » entre le général et le particulier, ce qui lui permet de percevoir l’interconnexion entre les différentes régions et les climats. Dans son œuvre ultime en cinq volumes, Cosmos (1845-1858), il décrit la nature comme un « souffle de vie » et un « tout organique », et voit l’univers entier – physique et céleste – comme un « système magnifiquement ordonné et harmonieux ». À l’instar de Cusanus et de Léonard de Vinci, il soutient qu’une compréhension scientifique des processus naturels accroît notre appréciation de leur beauté.

Vladimir Vernadski.

Pour le géophysicien russo-ukrainien Vladimir Vernadski (1863-1945), la vie est éternelle et indissociable du cosmos, et non de la seule Terre. Il voit la matière vivante comme un « phénomène cosmique » apparu ailleurs ou ayant toujours existé, façonnant l’environnement chimique des planètes. La biosphère entoure la Terre comme une « enveloppe saturée de vie », où organismes vivants et matière inerte interagissent constamment, indissociablement et de manière dynamique. L’étape suivante de l’évolution est décrite comme la transition de la biosphère à la « noosphère », où l’activité rationnelle humaine, la science et la technologie deviennent la principale force géologique qui façonne la planète. Vernadski était convaincu que l’avenir de l’humanité dépendait de la reconnaissance de cette unité, suggérant que la pensée humaine était un prolongement naturel des processus géologiques et cosmiques.

Regardons maintenant le tableau

C’est avec ce « long arc de l’histoire » à l’esprit que le spectateur attentif peut déceler l’ombre de Vernadski dans la Sainte Anne de Léonard.

Décryptage

Léonard de Vinci, Vierge et l’enfant avec Saint Anne, (1504-1519), Musée du Louvre, Paris.
  1. L’arrière-plan du tableau montre des crêtes abruptes à l’aspect préhistorique, inspirées des études de Léonard sur les Dolomites et les Alpes. Ce paysage aride et rocailleux, presque lunaire, a été qualifié par les historiens de « fantastique » ou de « métaphysique ». Comme en témoignent ses carnets, Léonard s’attachait à représenter les mouvements « invisibles », non seulement des âmes, mais aussi des phénomènes physiques tels que le temps, et plus particulièrement le temps géologique. Comment les montagnes se sont-elles formées, par exemple ? Pour d’autres, ce paysage « mort », ou lunaire, de l’arrière-plan – ce que Vernadski appellerait la « lithosphère » – servirait uniquement à mettre en valeur les autres éléments de la composition.
  2. Devant ce paysage, à droite, se dresse un arbre, premier indice de la biosphère mais simple étape d’un processus évolutif de développement accéléré du cosmos.
  3. En-dessous, l’agneau (symbole religieux du sacrifice du Christ) représenterait une forme supérieure de conscience de cette biosphère.
  4. Apparaît alors Jésus qui, dans son incarnation d’enfant humain, ne représente qu’une sorte de conscience naïve, simple potentiel de son développement ultérieur.
  5. La Vierge Marie est peinte dans une position paradoxale, illustrant parfaitement ce que le penseur américain Lyndon LaRouche appelait « mid-motion-change », c’est-à-dire un instant ambigu d’indécision entre des mouvements d’apparence contraires. Le geste majestueux, aimant et protecteur de Marie, et son étreinte de Jésus coïncident avec son désir profond de lui accorder toute la liberté de mouvement nécessaire à l’accomplissement de sa mission sacrée.
  6. Sainte Anne, au sommet, animée d’une joie divine, contemple en souriant le geste gracieux de sa fille Marie et l’amour qu’elle porte au Christ. Elle se réjouit d’être en quelque sorte l’âme « noosphérique » consciente d’un Cosmos divin et vivant, où le créateur conçoit sans cesse des formes nouvelles pour sa création et des degrés de conscience toujours plus élevés de sa propre nature créatrice. Les alignements circulaires des chaînes de montagne lunaires résonnent visuellement avec les anneaux harmonieux dessinés par les bras et les vêtements dans une spirale en cascade.

Même des auteurs comme Viviane Forrester, dont l’œuvre2 est polluée par de pernicieuses interprétations modernistes et freudiennes, et qui prétendent à tort que nous sommes leurrés par la mansuétude « bébête » de Marie (p. 19), reconnaissent néanmoins intuitivement qu’il y a quelque chose de très particulier dans cette œuvre, une sorte d’unité que l’écrivaine qualifie, faute de trouver un mot plus adéquat, d’« organique ».

Ce moment organique, observe-t-elle, apparaît ici au spectateur comme un « moment figé » d’un « mouvement transitoire ».

La naissance d’un génie

Léonard de Vinci, portrait de Cecilia Gallerani,
dite La Dame à l’hermine (1489).

En insistant excessivement sur le fait que Léonard de Vinci était un génie « autodidacte », on a en quelque sorte négligé les recherches sur les influences intellectuelles qu’il a subies.

Sa première expérience fut son apprentissage chez Andrea del Verrocchio (1435-1488), dont l’atelier florentin était calqué sur celui de son tuteur, le sculpteur érudit Lorenzo Ghiberti (1378-1455), où les élèves étudiaient l’astronomie, la poésie, l’architecture, la sculpture, la peinture, la fonte du bronze, la métallurgie, la chimie, l’anatomie et lisaient les classiques.

Puis, à Milan, en tant que peintre de cour, Léonard fut « adopté » par la jeune Cecilia Gallerani (1473-1536), maîtresse favorite (mais non la dernière) du duc Ludovico Sforza, connu sous le nom de Lodovico Il Moro, duc de Milan.

Elle naquit dans une famille nombreuse de Sienne, dont le père, Fazio Gallerani, n’était pas noble mais occupa plusieurs postes importants à la cour de Milan, notamment celui d’ambassadeur auprès des républiques de Florence et de Lucques.

Cécilia reçut, avec ses six frères, une éducation en latin et en littérature. Elle est surtout connue pour avoir inspiré à Léonard de Vinci le tableau « La Dame à l’hermine » (vers 1489), une œuvre où le sens de mouvement prime déjà sur la représentation statique. On raconte que, lors d’une séance de pose, elle invita Léonard à rejoindre le cercle littéraire qu’elle animait au Palazzo Carmagnola, où elle présidait des débats intellectuels avec des philosophes, des poètes et des musiciens.

Attribué à Léonard de Vinci,
supposé être un portrait de Bernardo Bellincioni.

Composant elle-même des œuvres musicales et poétiques, prononçant des discours en latin et en italien dès l’âge de 16 ans, réputée pour son esprit et son érudition, elle est considérée comme l’une des femmes les plus cultivées de la Renaissance italienne.

Bien que la quasi-totalité de son œuvre ait disparu, elle reste dans les mémoires comme une figure majeure de la langue italienne, grâce à sa maîtrise de la littérature et de la poésie. Le poète de cour Bernardo Bellincioni (1452-1492), ami de Léonard, loua son talent littéraire, allant jusqu’à la comparer à la célèbre poétesse grecque antique Sappho, qui aurait inspiré Platon.

La Cour de Milan et ses mécènes ont également attiré et favorisé d’autres artistes et scientifiques, parmi lesquels l’architecte Donato Bramante, le mathématicien et ami de Léonard de Vinci, Luca Pacioli, la duchesse lettrée Béatrice d’Este, le poète Bernardo Bellincioni et l’éducateur humaniste Francesco Filelfo.

Codex Trivulzianus, folio 30, recto.

Cecilia Gallerani a-t-elle initié Léonard de Vinci aux idées de Cusanus ? Nous l’ignorons, mais elle en avait indubitablement aussi bien les capacités que l’opportunité.

Le {Codex Trivulzianus} de Léonard (1487-1490), compilé à Milan à cette époque, marque un tournant. Jusqu’à là, l’artiste avait souvent soutenu avec véhémence que l’art de la peinture était supérieur à la celui de la poésie. Or, après avoir fréquenté Cecilia, le {Codex Trivulzianus} témoigne du fait qu’il souhaitait améliorer drastiquement sa capacité littéraire, jusqu’à là plutôt modeste, en dressant de longues listes de mots savants, y compris de termes latins, tirés de sources lexicales et grammaticales faisant autorité. Il aurait considéré cela comme une condition préalable qui lui permettrait de décrire avec une précision scientifique les phénomènes qu’il allait découvrir par la suite.

Une vingtaine d’années après la mort de Léonard de Vinci, l’orfèvre et sculpteur Benvenuto Cellini (1500-1571) aurait déclaré :

Comme le conclut un chercheur :

Le monde a besoin de nouvelles Cécilia Gallerani et de nouveaux Léonard de Vinci. Êtes-vous prêt à relever ce défi ?

  1. Vincent Delieuvin, La Vierge, l’Enfant Jésus et sainte Anne, dit La Sainte Anne, site internet du Louvre.
    https://collections.louvre.fr/ark:/53355/cl010066107 ↩︎
  2. Au Louvre avec Viviane Forrester, La Vierge et l’Enfant avec sainte Anne, dossier établi par Cécile Scailliérez, Service culturel du Louvre, Symogy, Editions d’Art, Paris, 2000. ↩︎
  3. Marianne Tregouët, {Cellini à la cour de François Ier (1540-1545) : les mécanismes d’une disgrâce}, Déc. 2024, HAL Id: dumas-04797814 https://dumas.ccsd.cnrs.fr/dumas-04797814v1 ↩︎
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The hidden lesson of Sugata Mitra’s “Hole-in-the-Wall” experience

There are over a billion Indians. Unfortunately, around half of them are illiterate. Only one in four has access to proper sanitation. Some 350 million Indians live on less than one euro a day. And yet, in a strange paradox, India is also home to some of the world’s most advanced high-tech companies. New Delhi is, in a way, India’s Silicon Valley. And very recently, Indian genius has succeeded in landing a rover on the Moon.

Dr Sugata Mitra.

Scandalized by the lack of access to education for his country’s children living far from urban centers, Dr. Sugata Mitra, an Indian physicist turned educational technology researcher, has been conducting a series of experiments since 1999, dubbed « The Hole-in-the-Wall », whose astonishing results are calling into question the foundations of conventional pedagogy.

“In early 1999”, writes Mitra, “colleagues and I sunk a computer into the opening of a wall near our office in Kalkaji, New Delhi. The area was located in an expansive slum, with desperately poor people struggling to survive.”

The screen was visible from the street, and the PC was available to anyone who passed by and all the people living “on the other side of the wall”. The computer had online access and a number of programs that could be used, but no instructions were given for its use. In principle, the children in this neighborhood could neither read nor write, and spoke a Tamil dialect. So, objectively speaking, the chances of them being able to cope with the computer were almost nil.

Fortunately, in the real world, things are different. Barely eight minutes after the computer had been installed, a young boy who had never seen a television screen in his life came up to sniff it out and explore the strange intruding object.

Asked if he could touch the screen, Mitra replied, « It’s on your side of the wall. » The rule was that everything on their side of the wall could be touched. The child soon realized that by moving the mouse in a certain direction, something moved on the screen in a similar way. Excited by what he had discovered, he immediately called his friends and showed them what he could do.

Typically, in the « Hole in the Wall » experiment, only one child operates the computer. He is surrounded by a first group of three others who give him advice. A second group of around sixteen children completes the team, who also interact with the child handling the equipment. Their advice is often less sound, or even wrong, but they learn too.

In hardly a few months, these kids were able to learn up to 200 English words. Although they couldn’t always pronounce them correctly, they understood their meaning and were able to interact with the computer. « You left us these machines that only speak English, so we had to learn it, » they said. Most of them succeeded in learning to navigate, play games and to draw pictures with a given application. What’s more, they have no trouble exchanging emails, and much more besides.

By repeating the experiment in several poor Indian towns, with boys as well as girls, Mitra, suspected of charlatanism by those who felt challenged by what his experience revealed, managed to dispel initial doubts that « someone » had secretly offered training to the children in advance.


What to conclude?

If the results are astonishing, they are often misinterpreted, with everyone, including Mitra himself, trying to demonstrate his or her own pre-established theory. You be the judge.

For Europeans, the experiment itself is considered borderline acceptable. Using children as “guinea pigs” without their parents’ permission is unethical by European standards. And isn’t bringing technology to the poor and thinking that everything will take care of itself one of those practices tinged with neo-colonialism that the World Bank ranks among the worst approaches to educational technology?

For their part, the gurus of Silicon Valley and GAFAM (Google, Apple, Facebook, Amazon, Microsoft) were jubilant! They’ve been telling us for years: just give every child a computer (which they manufacture and control) and they’ll educate themselves! Really?

Remember the « One Laptop per Child » project launched a decade ago, to provide inexpensive solar-powered laptops and tablets to children in the poor countries? Without wishing to criticize the good will of its promoters, let’s just say that simply making computers available has not proved a promising approach. A recent evaluation of the project in Peru confirms this.

For his part, Mitra, whose goodwill cannot be questioned, came to the conclusion that experience shows that primary education can, at least in part, pretty much “take care of itself,” if the pupils are offered a « non-invasive education » environment.

Mutual Education

Dr. Mitra, unfortunately, seems to be missing the major point of what his experience brilliantly demonstrates.

I explain:

In France, after having been an enthusiastic proponent of computers for all, author and high school teacher Vincent Faillet has also come to believe that giving every child a tablet is not the right approach. With good reason, he points out that it’s not the computer, tablet, or screen that teaches children, but the human interaction among students:

« Peer-to-peer learning, as defined by Sugata Mitra and which has amazed many pedagogues, » writes Faillet, « is in reality nothing more and nothing less than a modern, spontaneous form of ‘mutual education’. It’s striking to note that, despite the centuries that separate these observations, we find a constant pattern: children in a learning situation, grouped around a common screen for interaction, be it a box of sand, a blackboard or a computer screen. The idea of interaction is essential. As Sugata Mitra himself says, students don’t get the same results if there were to be one computer per child. You always require several children for ONE computer, in the same way that several children in mutual schools gather around the same blackboard. » (La Métamorphose de l’Ecole, Vincent Faillet, 2017)

(For more on the “Mutual Tuition” methods of Carnot, Bell and Lancaster, see the author’s article on artkarel.com website)

The experiment is obviously promising for remote and poor regions, provided we understand what has just been said. What is certain is that the experience reminds the inhabitants of the North of the ineffectiveness of their pedagogical practices, and the high level of passivity engendered by our educational systems.

After the eradication of Lazare Carnot’s cherished « mutual teaching » methods in 1815, Jean-Baptiste de La Salle’s « simultaneous » method triumphed. The master teaches. His authority is unquestionable. As if at mass, the pupils stand still, remain religiously silent and obey.

In 2004, Hole-in-the-Wall Education Ltd., was founded, exporting Mitra’s idea to Cambodia and Africa. Mitra has also applied his method in England. Also there, the spectacular results caused quite a stir: students who teach each other, he claims, are 7 years ahead of their academic peers. As long as they are part of a mutual teaching process, the Internet, tablets and smartphones will find their rightful place as mere tools at the service of the teacher, and not destined to replace him or her.

Pupils as young as 8 or 9 who are allowed to search the internet to prepare for the General Certificate of Secondary Education (GCSE), not only pass the test, but still remember what they have learned when tested again three months later. We’ve even seen 14-year-olds pass baccalaureate-level tests at Newcastle University. Will they find jobs commensurate with their skills in the Global West ?

In the following excerpt,
Dr Mitra describes his findings:

“Certain common observations from our experiments emerged, suggesting the following learning process occurs when children self-instruct in computer usage:

1. Discoveries tend to happen in one of two ways: When one child in a group already knows something about computers, he or she shows off those skills to the others. Or, while the others watch, one child explores randomly in the GUI (Graphical User Interface) environment until an accidental discovery is made. For example, the child may discover that the cursor changes to a hand shape at certain places on the scre


2. Several children repeat the discovery for themselves by asking the first child to let them try it.


3. While in Step 2, one or more children make more accidental or incidental discoveries.


4. All the children repeat all the discoveries made and, in the process, make more discoveries. They soon start to create a vocabulary to describe their experiences.


5. The vocabulary encourages them to perceive generalizations, such as, « When you click on a hand-shaped cursor, it changes to the hourglass shape for a while and a new page comes up. »


6. They memorize entire procedures for doing something, such as how to open a painting program and retrieve a saved picture. Whenever a child finds a shorter procedure, he or she teaches it to the others. They discuss, hold small conferences, make their own timetables and research plans. It is important not to underestimate them.


7. The group divides itself into the « knows » and the « know-nots, » much as they might divide themselves into « haves » and « have-nots » with regard to their possessions. However, a child that knows will share that knowledge in return for friendship and reciprocity of information, unlike with the ownership of physical things, where they can use force to get what they do not have. When you « take » information, the donor doesn’t « lose » it!


8. A stage is reached when no further discoveries are being made and the children occupy themselves with practicing what they have already learned. At this point, intervention is required to plant a new seed for discovery (…) Usually, a spiral of discoveries follows and another self-instructional cycle begins.”


Source: edutopia.org



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