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Le Cénacle de Meaux et l’Humanisme chrétien à la Renaissance

De gauche à droite, trois personnalités majeures de l’Humanisme chrétien en France : Marguerite de Navarre, l’abbé Guillaume Briçonnet et Jacques Lefèvre d’Etaples.

Cette citation ressemble en bien des aspects à ce que de nombreux chrétiens ressentent aujourd’hui devant l’instrumentalisation du religieux pour justifier des guerres rapaces et sanguinaires présentées en « guerres justes », en particulier par des membres éminents de l’Administration Trump, notamment son ministre de la Guerre, Pete Hegseth.

L’histoire bégaie, car cette citation n’est pas d’aujourd’hui. Elle est extraite d’une lettre envoyée au pape en 1933 par Edith Stein, philosophe d’origine juive devenue carmélite, lorsque les catholiques allemands, minoritaires dans ce pays protestant, signent un Concordat avec Hitler. L’ennemi commun à combattre est désormais le bolchevisme. En échange de leur silence devant la barbarie nazie, Hitler leur offre sa gracieuse protection.

En France, à la même époque, le grand patronat, européiste avant l’heure, clamait : « Mieux vaut Hitler que le Front populaire ! »

Notre chance, aujourd’hui, est d’avoir un pape qui élève la voix. Et cette voix peut donner à chacun le courage pour enrayer la marche folle vers la guerre.

Le Dimanche des Rameaux, Léon XIV avait répété avec force que personne ne peut justifier la guerre au nom du Seigneur :

A la soif de pouvoir s’ajoute celle de l’argent, dénoncée lors de son voyage dans la Principauté de Monaco.

Au cours de sa première année de pontificat, le Pape a appelé à maintes reprises à une réconciliation « désarmée et désarmante ». Aux « seigneurs de la guerre » qui font de leur pouvoir « une idole muette, aveugle et sourde », il a opposé l’écoute d’une « mélodie plus grande que nous ». Cette harmonie sur laquelle danser quand le monde semble oublier même « la lumière ».

La venue du Pape Léon XIV en France

Dans un communiqué publié le 6 mai, le président de la Conférence des évêques de France confirme ce que beaucoup espéraient depuis un an : bien que cela reste à confirmer, Léon XIV pourrait venir en France fin septembre 2026, en faisant étape à Paris et à Lourdes.

C’est l’occasion pour nous d’évoquer un des sursauts les plus lumineux de notre pays, qui a connu son apogée en 1521, avec la création du Cénacle de Meaux par le philosophe-théologien Jacques Lefèvre d’Etaples (1450-1537), à la demande de son élève l’évêque Guillaume Briçonnet (1472-1534).

Ce n’était pas un cercle philosophique ou de prière. Il s’agissait en premier lieu de lire, d’étudier, de traduire et d’imprimer l’évangile en français et de former les ecclésiastiques à la prédication. La démarche était si simple, honnête et novatrice qu’elle dérangea profondément le pouvoir politique et religieux en place. Le Cénacle fut fermé après seulement quatre ans, ses animateurs furent persécutés et durent s’exiler. Ce n’est que grâce à la protection de Marguerite de Navarre (1492-1549) (encore appelée Marguerite d’Angoulême ou Marguerite de Valois-Angoulême), sœur de François Ier, gagnée à ce courant, que leurs grandes figures purent échapper aux flammes du bûcher.

Evangélisme de la Renaissance

Pour Guillaume d’Alonge, Jacques Lefèvre d’Etaples est

Ce que certains nomment « l’évangélisme de la Renaissance » (à ne pas confondre avec l’évangélisme messianique américain, courant qui anime les va-t’en guerre d’aujourd’hui) correspond à un mouvement d’idées caractérisé par la valorisation de l’exégèse biblique.

Par différence avec l’évangélisme au sens le plus courant du terme, il ne se rapporte pas nécessairement à la Réforme protestante. Au contraire, de nombreux humanistes qui ne souhaitent pas rompre avec la papauté mais se déclarent néanmoins hostiles aux abus ecclésiastiques, comme Erasme de Rotterdam et François Rabelais, sont animés d’un désir de réforme sans schisme.

Si les catholiques ont voulu les éradiquer en les ignorant, les protestants ont toujours prétendu qu’ils étaient des leurs.

Comme Erasme, Jacques Lefèvre d’Etaples était certes réformiste mais n’a jamais envisagé de rompre avec l’Eglise catholique romaine, ainsi que le réclamaient Luter, Calvin et autres figures de la Réforme protestante. Les humanistes chrétiens de la Renaissance croyaient, peut-être avec naïveté, qu’en appelant à la raison, la curie romaine finirait par céder à leurs exigences en acceptant d’éradiquer la corruption et les abus qui polluaient gravement l’institution.

Humanisme

C’est en Italie, avec Pétrarque (1304-1374), que naît l’humanisme. Le poète commence par recueillir les inscriptions sur les vieilles pierres de Rome et poursuit dans les manuscrits sa quête des Anciens.

Avec son ami Boccace, il fera venir en Italie les savants byzantins pour ressusciter l’étude du grec et du latin. Si le terme humaniste désigne alors celui qui, par l’étude du grec et du latin « cultive les humanités » (studia humanitatis), les penseurs humanistes de la Renaissance n’abjurent pas pour autant leur foi chrétienne mais cherchent plutôt à marier les deux.

Une rupture très nette avec le pessimisme scolastique va alors s’opérer. Se concevant comme « créé à l’image vivant du Créateur », l’homme de la Renaissance, uomo universale, doué de raison et de libre arbitre, n’accuse plus le diable. C’est lui qui doit se démener pour surmonter ses mauvais penchants. Et s’il développe pleinement son potentiel créateur, c’est avant tout pour plaire au Créateur en mettant sa vie au service du bien public plutôt qu’à sa gloire personnelle.

En Europe du Nord, le courant des Frères et Soeurs de la vie commune et celui des béguines partent de la conviction que vie contemplative et vie active doivent se compléter et non s’opposer. Chacun doit vivre « à l’imitation du Christ ». C’est à Deventer, chez les Frères de la vie commune, qu’Erasme, inspiré par des enseignants comme Rodolphe Agricola, découvrira l’humanisme chrétien et les « bonnes lettres ».3

Le grec et les Grecs

Un érudit grec enseinant à Florence au début du XVe siècle.

Si l’étude du grec pénètre en Italie et aux Pays-Bas dès le début du XVe siècle, en France, les jeunes élites se bousculent pour assister, à partir de 1476, aux cours d’un exilé grec, Georges Hermonyme de Sparte, piètre pédagogue, rapace et maîtrisant peu sa propre langue.

Mais, comme le précise Jacqueline de Romilly:

Deux autres Grecs jouent un rôle majeur pour le renouveau des études helléniques.

Constantin Lascaris.

Et d’abord Constantin Lascaris (1434-1501). Elève de Jean Argyropoulos entre 1444 et 1553, il arrive en Occident vers 1460, après avoir été fait prisonnier durant l’occupation turque de Constantinople en 1453.

Après quelques courts séjours entre les îles grecques, il devient précepteur de la fille de Francesco Sforza à Milan, où il commence la rédaction de sa grammaire, l’Erotemata.

Outil essentiel pour l’apprentissage du grec, l’œuvre sera d’abord imprimée à Milan, puis éditée à deux reprises par Alde Manuce à Venise.

Jean Bessarion.

Constantin Lascaris se rend ensuite à Rome où il rencontre le plus grand protecteur des érudits grecs en Occident et de l’humanisme byzantin au sein du clergé, le cardinal Jean Bessarion (1403-1472), patriarche latin de Constantinople à partir de 1463.

Bessarion est un ami du cardinal Nicolas de Cues (1401-1464), avec lequel il collabore en particulier lors du Concile œcuménique de Ferrare/Florence, réuni pour mettre fin au schisme entre les Eglises d’Orient et d’Occident.

Jean Lascaris

Jean Lascaris.

L’autre érudit grec (sans parenté avec le premier) est Jean (Janus) Lascaris (1445-1535), lui aussi un protégé du cardinal Jean Bessarion qui le chargera de nombreuses missions, notamment de ramener des manuscrits précieux du Mont Athos en 1492.

Bien que né en Asie mineure et fréquentant les grands d’Italie, Lascaris se met au service de la France en tant qu’ambassadeur de Louis XII à Venise entre 1503 et 1508. Il y rejoint l’académie de l’imprimeur Alde Manuce (1449-1515) où lettrés d’Orient et d’Occident se retrouvent pour discuter et éditer les classiques.

Lorsqu’Erasme se rend alors à Venise chez l’imprimeur Alde Manuce pour publier ses Adages, œuvre magistrale visant à populariser toute la sagesse antique, Lascaris lui propose non seulement de l’accueillir chez lui, mais contribue lui-même à l’ouvrage.

Erasme, écrit l’historienne belge Yvonne Charlier, y rédige fiévreusement ses Adages

Travaille également avec Lascaris le jeune étudiant français Germain de Brie.

Quelques années plus tard, lorsqu’Erasme et Thomas More publient en 1516 l’Utopie, récit fictif d’un peuple (les Utopiens) qui tente de créer une société idéale fondée sur les principes définis par Platon dans sa République, ils avancent qu’ils doivent être d’origine grecque, puisque Lascaris « était leur seul grammairien ».

C’est à Venise que Jean Lascaris et Erasme entrevoient ensemble l’idée d’un Collège de langues. Pouvoir comparer les traductions de l’Evangile en hébreu et en grec était la condition sine qua non pour aboutir à une juste compréhension de son contenu.

Lascaris finira sa vie à Rome auprès du pape Léon X, qui le charge en 1514 d’y fonder le Collège grec du Quirinal. Erasme, contre vents et marées, et surtout contre les théologiens de la ville universitaire brabançonne de Louvain, y ouvrira le Collège Trilingue en 1517.

Lascaris s’occupe également de la Bibliothèque royale, installée à Blois dès 1501 par Louis XII, puis déménagée à Fontainebleau avec Guillaume Budé sous François Ier.

L’ancêtre du Collège de France, le Collège des lecteurs royaux fondé en 1530 par François Ier.

Par la suite, sur l’insistance de Budé, François Ier créera en 1530, sous patronage royal, le « Collège des Lecteurs royaux », permettant d’étudier le grec et toutes les matières rejetées par la Sorbonne.

La proximité de Lascaris avec Lefèvre d’Étaples a pu faire écrire que l’œuvre des grands érudits français, Budé, Scaliger, Casaubon, Lambin, Cujas, Estienne, paraissait

Resté caché aux Européens pendant des siècles, cet immense patrimoine – on pourrait dire une vaste civilisation qu’on redécouvre – prit donc le chemin du royaume de France grâce à des hommes tels que Lascaris, dont des disciples comme Lefèvre prirent la relève.

Jacques Lefèvre d’Etaples

Jacques Lefèvre d’Etaples.

Philosophe, mathématicien, musicologue et théologien, Jacques Lefèvre naît vers 1450 à Étaples, en Picardie, et décède en 1536 à Nérac (Lot-et-Garonne). Il latinisa son nom en Jacobus Faber Stupulensis, d’où le surnom de « fabristes » donné à ceux qui adhèrent à sa doctrine.

Il fait ses études à Paris où il obtient le grade de bachelier et de maître des arts. Puis il entre dans les ordres et devient prêtre, sans que l’on sache s’il a effectivement exercé cette fonction. D’un naturel doux et timide, de constitution fragile, d’un désintéressement qui le poussa à faire don de son patrimoine à ses frères et neveux pour s’adonner plus librement à l’étude, Jacques Lefèvre étudia surtout les lettres et la philosophie.

Ses études terminées, après avoir enseigné quelque temps les belles-lettres, le goût des voyages le prend. Il parcourt une partie de l’Europe, on prétend même que le désir d’étendre ses connaissances le conduit en Asie et en Afrique. Attiré par les vents du renouveau que faisait souffler la Renaissance sur toute l’Europe, Lefèvre se rend au moins à deux reprises en Italie où il effectue des longs séjours à Pavie, Padoue, Venise, Rome et Florence.

Avec sa traduction de Platon et d’Aristote, Leonardo Bruni (1370-1444) dota l’Italie, et avec elle, le monde savant, d’un cadre philosophique. L’humanisme italien prit parti pour Platon.

En 1492, Lefèvre rencontre et discute avec les platoniciens et néo-platoniciens florentins, regroupés autour de Marsile Ficin, de son élève Jean Pic de la Mirandole, du Politien et d’Ermolao Barbaro.

En partant d’Hermès Trismégiste, Plotin, Jamblique et Cicéron, ce courant met en avant la prétendue complémentarité entre Platon et Aristote plutôt que leur opposition, espérant pouvoir concilier les doctrines des deux philosophes. Se plaçant au-dessus des deux camps, Jean Pic de la Mirandole préparait un grand ouvrage que la mort l’empêcha d’achever, la Concordia Platonis et Aristoteles, ramenant à une seule sagesse toutes les philosophies et toutes les religions, évidemment sous la tutelle du Vatican. Le néoplatonisme florentin exerce alors une grande influence sur toute une génération de prélats et d’ecclésiastiques.

Plus tard, en 1509, sous le pape guerrier Jules II, les néoplatoniciens dicteront à Raphaël le contenu des fresques de la Chambre de la Signature, où Pic de la Mirandole figure en excellente position. Dans son traité Les Cicéroniens, Erasme dénonce ces néoplatoniciens qui, au lieu de christianiser Platon, se servent de la philosophie antique pour rabaisser le christianisme à la barbarie païenne.

De retour à Paris en 1495, Lefèvre devient professeur au collège Cardinal Lemoine où il enseigne jusqu’en 1507, selon la mode d’alors, la philosophie, la géométrie, l’arithmétique, la grammaire, la géographie, la cosmographie et la musique.

Ses premiers ouvrages sont des commentaires sur Aristote, un philosophe grec que l’on citait souvent mais qu’on lisait assez peu. De façon assez étonnante, ce n’est qu’après sa rencontre avec les néoplatoniciens florentins qu’il décide de publier des écrits d’Aristote, dans les versions des humanistes du Quattrocento, assorties de commentaires qui visent à restaurer la sana intelligentia du philosophe. Ambitieux, Lefèvre conçut son corpus aristotélicien en réaction à l’enseignement scolastique, contre lequel il n’a pas de mots assez durs dans ses préfaces.

Reprenant les traductions partielles ou incomplètes données par Boèce et Bessarion, il tente de les débarrasser de ce que François Rabelais appelait « les gloses tant sales ». A l’époque, il espère encore rendre compatible la pensée d’Aristote avec la parole de l’Evangile.

Mais Lefèvre n’oublie pas pour autant Platon. En 1499, il publie les œuvres du Pseudo-Denys l’Aréopagite, un penseur néoplatonicien du VIe siècle qui était considéré à tort comme l’un des disciples du Christ. Il s’intéresse ensuite à Jean Damascène, à Nicolas de Cues et au mystique espagnol Raymond Lulle : des auteurs qui nourrirent la réflexion spirituelle des chrétiens français tout au long du siècle. Lefèvre mathématicien se retrouve dans l’approche de Nicolas de Cues, pour qui, comme pour Pythagore, les mathématiques ne sont que la science des proportions divines.

Paradoxalement, c’est à la suite de la lecture du Pseudo-Denys qu’il rejette ce qu’il a adoré, et ses commentaires suivants témoignent d’une grande méfiance envers le platonisme. En 1506, il publie, à la suite de la Politique, un résumé de la République et des Lois, intitulé Hécatonomies, dont la marge est fréquemment annotée d’un « stultitia » (bêtise) ou « semistultitia » (demi-bêtise). Dans ce traité, il regroupe les prescriptions de Platon qu’il approuve et celles qui doivent être condamnées.

Les Briçonnet

Guillaume Briçonnet, évêque de Saint-Malo.

A un moment donné, Jacques Lefèvre d’Etaples obtient la protection de la puissante famille Briçonnet.

C’est une véritable dynastie de diplomates, de bâtisseurs et de grands serviteurs du Royaume.

Guillaume Briçonnet (1445-1514) est un officier royal puis un ecclésiastique français, connu sous le nom de Cardinal de Saint-Malo. D’abord financier, il exerce la fonction de général des finances de Languedoc sous Louis XI.

A la mort de sa femme, il entre dans les ordres. Recommandé par Louis XI à son successeur, il est nommé secrétaire du Trésor. Il sera ministre d’Etat de Charles VIII et créé cardinal par le pape en 1495. Le 27 mai 1498, il couronne Louis XII à Reims.

Guillaume Briçonnet, évêque de Lodève, de Saint-Germain-des-Prés et de Meaux.

Guillaume Briçonnet a un fils éponyme né en 1470. En 1489, alors qu’il est étudiant à Paris, au Collège de Navarre (il n’a alors que 19 ans), Guillaume Briçonnet (fils) est nommé évêque de Lodève. Il deviendra également abbé de Saint-Guilhem-le-Désert en 1493.8

Il continue cependant à résider pour un temps à Paris afin de compléter sa formation, avec pour précepteur Josse Clichtove, par qui il fait la connaissance de Lefèvre d’Étaples et de son entourage. En 1495, succédant à son oncle Robert, archevêque de Reims, Guillaume Briçonnet devient l’un des deux présidents de la Chambre des Comptes à Paris et le restera jusqu’en 1507. Reçu chanoine de l’Église de Paris en 1503, il se fait construire une très belle demeure dans le cloître de Notre-Dame.

Nommé abbé de Saint-Germain-des-Prés en 1507, il appellera Lefèvre auprès de lui afin d’y promouvoir une réforme des moeurs des moines. Pour Lefèvre, c’est un moment de vérité. Ce qui apparaît alors avec force, c’est qu’il n’a jamais pratiqué la philosophie pour s’éloigner du religieux, au contraire, sa quête de vérité ne fut qu’une étape dans son élan conduisant vers Dieu. Prudent, lorsqu’il examine les doctrines des uns et des autres, il évite de prendre parti tout en poursuivant ses propres réflexions. Bien plus que d’Aristote ou de Platon, c’est de l’Evangile que Lefèvre tire son inspiration. Pour lui, l’étude des Saintes Ecritures doit être le couronnement de ses travaux, leur point d’aboutissement naturel.

Lefèvre veut se rapprocher de cette lumière qu’il voit au loin. On dira qu’il traverse une « crise mystique ». Longue est la liste des auteurs mystiques dont Lefèvre a publié les ouvrages. Depuis celui qu’il considérait comme le plus ancien de tous, Denys l’Aréopagite, elle va jusqu’au plus récent, Nicolas de Cues, en passant par Héraclite, Hermès Trismégiste, Jean Damascène, Raymond Lulle, Richard de Saint-Victor et Ruysbroeck l’admirable.

En 1509, Lefèvre publie un Psautier en cinq langues. Le choix de s’occuper d’abord du Psautier était avant tout de nature pastorale : il veut offrir aux moines un instrument efficace pour comprendre pleinement le contenu de leurs prières, mais aussi insister sur la centralité du rapport direct entre le fidèle et Dieu.

En 1511, de passage à Paris, Erasme rencontre Lefèvre. S’ils ont pu se critiquer l’un l’autre, ils se respectent mutuellement et partageront toute leur vie un engagement commun.

Lefèvre continue son offensive en publiant les Épîtres de Paul (1512), dont on sait qu’elles ont constitué l’un des terrains de bataille pour la Réforme en général et pour Luther en particulier (« la foi et les œuvres » ou « la foi seule » comme voie de salut).

Un point important rapproche nettement Lefèvre d’Erasme et l’éloigne clairement de Luther : son interprétation du libre arbitre. Pour le théologien picard, malgré l’état de misère et d’impuissance dans lequel le péché originel a jeté l’homme, celui-ci conserve la capacité, bien que réduite, d’accueillir le don de la grâce, de s’ouvrir au salut, de rejeter le mal et de choisir le bien. Il en découle une vision plus optimiste et sereine du processus du salut, véritablement ouvert et accessible à tous les hommes, en contraste avec l’interprétation sombre et angoissée du salut, que les réformés réservaient à quelques heureux élus.

Lefèvre éditeur de Nicolas de Cues

Page des oeuvres complètes de Nicolas de Cues
dans l’édition de 1514 de Jacques Lefèvre d’Etaples chez Josse Bade à Paris.
Nicolas de Cues.

Sa flamme mystique, Lefèvre la partage avec les Briçonnet, puis avec Marguerite de Navarre.

Et lorsqu’en 1514, Lefèvre fait imprimer à Paris les œuvres complètes de Nicolas de Cues, jusqu’alors uniquement publiées deux fois en Allemagne, il adresse son épître dédicatoire au frère de Guillaume, Denys Briçonnet, évêque de Toulon.

Selon Noëlle Balley,

Son imprimeur était Josse Bade, un flamand passionné originaire de Gand, formé chez les imprimeurs lyonnais. Pas toujours rigoureux, celui-ci publiait de nombreux humanistes, dont Sébastien Brant (La Nef des Fous), Erasme (Eloge de la Folie), Budé, etc.

François Ier et Marguerite de Navarre visitent l’imprimerie de Robert Estienne.

Son gendre était l’imprimeur humaniste et érudit Robert Estienne (1503-1559), fils de l’imprimeur Henri Estienne (1460-1520) (l’ancien). François Ier le nomme, avant 1539, imprimeur royal pour l’hébreu et le latin, ainsi que pour le grec à partir de 1544.

Cénacle de Meaux

La ville de Meaux (77).

À partir de 1518 le protecteur de Lefèvre, Guillaume Briçonnet, décide d’élire résidence dans son nouveau diocèse, à Meaux, où il compte mettre en œuvre une réforme pastorale inspirée de la ligne théologique esquissée par l’humaniste picard. Au cœur de ce projet se situait la volonté, qui était celle des humanistes, d’apporter le message essentiel de l’Évangile à tous les hommes, même les plus simples et les moins instruits, et de faciliter ainsi l’accès aux mystères de la foi, avec la conviction que l’intervention du Saint Esprit pouvait inspirer l’intelligence et le cœur des fidèles.

Ami et disciple de Lefèvre, Guillaume Briçonnet résout de faire prévaloir ses idées morales dans son diocèse. Et, ce qui est inhabituel à cette époque, il abandonne la vie de cour pour y vivre.

Toujours à la demande de Briçonnet, Lefèvre fonde alors le Cénacle de Meaux, foyer de réflexion et de réforme de l’Église de Meaux. Il s’agit de retourner aux sources du christianisme, vers l’enseignement originel du Christ, en répandant le Nouveau Testament en français : on « délatinise » les textes évangéliques.

Marguerite de Navarre. Huile sur toile, attribuée à Jean Clouet.

Nommé en 1520 vicaire de Guillaume Briçonnet, devenu évêque de Meaux, Lefèvre s’installe dans cette ville. En 1521, Briçonnet devient le directeur spirituel de la sœur du roi de France, Marguerite de Navarre, qui est acquise à la cause.

La même année, Briçonnet et Lefèvre attirent autour d’eux plusieurs théologiens et prédicateurs, dont le futur réformé Guillaume Farel, l’infatigable Gérard Roussel, le théologien flamand Josse Clichtove, l’hébraïsant François Vatable, l’éloquent Martial Mazurier, l’intrépide Michel d’Arande, Pierre Caroli, prédicateur célèbre, et Jean Lecomte de Lacroix. Puis d’autres viennent, élargissant le cénacle : Pierre de Sébiville, Aimé Mégret, le franciscain ami de Rabelais, Pierre Amy, et Jacques Groslot, bailli d’Orléans. Leur mot d’ordre, simple, est aussi celui de Marguerite de Navarre :

Marguerite de Navarre a côtoyé Léonard de Vinci lors de ses trois dernières années de vie (1516-1519) au château du Clos Lucé, à Amboise. Marguerite y avait vécu avec son époux Charles IV d’Alençon en 1509. Par la suite, elle y séjourna régulièrement avec sa mère Louise de Savoie et son frère François Ier, dans le voisinage immédiat de Léonard de Vinci.

Marguerite de Navarre, dessin attribué à François Clouet.

Elle était une protectrice influente des arts, tandis que Vinci était le « premier peintre » du roi. En 1546, Rabelais lui rend honneur en lui dédiant son Tiers Livre.

Une thèse récente, de Jonathan Reid, a montré que Marguerite était dès cette époque au cœur d’un vaste réseau incluant plus de deux cents membres de la cour, des diplomates, des prélats, des hommes de lettres. S’étendant bien au-delà de Paris et Meaux, ce réseau concernait aussi Alençon, Lyon, Grenoble, Bourges, Poitiers et Mâcon.

Les imprimeurs, parmi lesquels Augereau et Du Bois, mais aussi Simon de Colines, clandestin à Lyon, en faisaient partie. Au total, selon Reid, 450 éditions de 200 œuvres « évangéliques » seraient sorties des presses françaises grâce à la protection de Marguerite.11

Sur le terrain

Après avoir visité tout son diocèse, Briçonnet constate que la plupart des curés ne résident pas dans leur paroisse et que les desservants ne sont qu’à peine, voire pas du tout, formés en théologie. De plus, ils n’ont pas le temps d’enseigner leurs ouailles car ils doivent travailler, tous les revenus de la paroisse allant aux curés. Les seuls prêcheurs instruits sont les Cordeliers, qui se bornent souvent à promettre l’enfer aux mauvais chrétiens.

Dès 1518, Briçonnet entreprend de lutter contre la dépravation des mœurs et le relâchement de la discipline ecclésiastique en réformant en profondeur son diocèse. Il simplifie le culte, supprime l’adoration des images et des reliques et encourage les prédications pour raviver la foi. Il considère son diocèse comme une terre de mission, et le divise en 26 stations de neuf paroisses chacune. Mais, année après année, il constate l’insuffisance des mesures : plus de la moitié des desservants sont incapables d’effectuer convenablement la tâche qui leur est assignée. Il décide d’expulser les 53 plus inaptes et de former des prêtres. Les Cordeliers sont interdits de chaire.

Commentaires sur la langue grecque publié par Guillaume Budé chez Josse Bade à Paris.

A Meaux, le Cénacle fait tourner une imprimerie pour publier, parmi d’autres, les ouvrages de Lefèvre d’Étaples : Commentaires des quatre évangiles (en latin) en 1522, Ancien Testament (en français), Homélies, Épîtres, Évangiles, Actes des Apôtres (1523) et Psaumes (1524).

Les principaux instruments du renouveau religieux furent une plus grande attention à la sélection et l’éducation du corps sacerdotal, la restauration de l’autorité de l’évêque vis-à-vis des ordres religieux concurrents, le contrôle des chaires confiées à des prédicateurs fidèles à la doctrine christocentrique et fermement convaincus du principe de la justification par la foi seule, sur lequel Lefèvre insistait depuis des années dans ses écrits, ainsi que l’impression et la distribution de nombreux écrits et ouvrages destinés aux clercs et aux laïcs : il s’agissait de textes de piété centrés principalement sur la prière mentale et sur l’invitation à simplifier et à purifier les rituels traditionnels, ainsi que de versions latines et surtout françaises des Saintes Écritures.

Débarrassés des gloses inutiles, les textes sont commentés de vive voix pour de petits groupes de personnes ayant un peu d’instruction. Des prières en langage simple sont imprimées à destination du peuple, ainsi que des ouvrages de vulgarisation à partir de 1525. Les prêches, qui changent (on ne menace plus de l’enfer, on ne quête plus à la fin), ont du succès. La Picardie voisine, la Thiérache, le monastère de Livry-en-Aulnoy suivent la démarche fabriste.

Meaux fut un laboratoire pour d’autres diocèses du royaume, dans lesquels des évêques proches du réseau évangélique tentèrent de mettre en application le modèle de renouveau pastoral élaboré par Lefèvre et les siens. Mais si effectivement l’évangélisme devint un courant influent et respecté sous le règne de François Ier, ce fut grâce au soutien d’une partie de la cour qui, comme nous l’avons mentionné, faisait référence à Marguerite. L’appui politique, économique et diplomatique de la sœur du roi et de son réseau permit aux fabristes d’avoir un accès direct à la cour et d’influencer les choix de la couronne concernant la politique de tolérance à l’égard de « l’hérésie » et les nominations des évêques et des abbés.

La réaction

Un maître enseignant dans une salle de l’Université de la Sorbonne à Paris au Moyen Âge. D’après une miniature. XVIe siècle.

Le Cénacle de Meaux attire immédiatement les foudres des Cordeliers (qu’il a privés du produit de leurs quêtes) et des théologiens de la Sorbonne.

En avril 1521, les thèses de Luther, initialement bien reçues et étudiées, sont condamnées par l’Université de Paris. Clichtove fait défection (il rédige un ouvrage sur le culte des saints, proclame que « l’intelligence des laïcs ne pourra jamais comprendre le sens sublime enfermé dans les livres divins » que les plus doctes ont peine à comprendre).

Bien que la traduction de Lefèvre du Nouveau Testament s’appuie sur le texte de la Vulgate, elle y apporte une soixantaine de corrections d’après les originaux grecs. Les docteurs de Paris sont principalement irrités de « l’Épître exhortatoire » qu’il met en tête de la deuxième partie, où il recommande à tous les fidèles de lire l’Écriture sainte en langue vernaculaire, c’est-à-dire en français.

On défère onze propositions à la faculté. Les tribunaux ordonnent que le Nouveau Testament rn français de Lefèvre d’Étaples soit brûlé. Mais le roi, instruit de cette affaire dans laquelle il ne voit qu’une tracasserie du doyen de la Sorbonne, Noël Béda, intervient et Lefèvre, s’étant justifié en présence des prélats et des docteurs que la cour lui a donnés pour juges, sort avec honneur de cette attaque.

En octobre 1523, sous la pression, Briçonnet interdit les livres de Luther dans son diocèse et en 1524, il renvoie Farel, trop provocateur dans ses prêches, afin de pouvoir continuer son travail de diffusion de l’Évangile. À ses frais, il organise des lectures publiques de la Bible et en fait distribuer des traductions, qui gagnent la Normandie, la Champagne et la vallée de la Loire.

Cette première phase d’expansion du mouvement fabriste s’acheva vers 1525, lorsque, sous la régence, le parti conservateur imposa une politique répressive à l’égard des luthériens et des évangéliques, sans distinction.

L’heure des persécutions

Marguerite de Navarre conseillant son jeune frère, le roi François Ier.

En 1525, les bouleversements géopolitiques changent la donne en France. En premier lieu, c’est le piège tendu par les guerres d’Italie qui se referme sur François Ier. Le 24 février 1525, le roi est fait prisonnier à Pavie par les troupes de Charles Quint.

Du coup, il n’est plus en position de protéger l’évêque de Meaux. A cela s’ajoute qu’en mai, une bulle papale autorise un groupe composé de trois théologiens de la Sorbonne et d’un curé à traquer l’hérésie.

Alors que Lefèvre publie les Épîtres et Évangiles pour les 52 dimanches de l’année à venir, ses ennemis ont plus de succès avec une nouvelle attaque, profitant du trouble attisé dans le diocèse de Meaux par des prédicateurs indiscrets et des moines turbulents. Un procès s’ouvre devant la Sorbonne à l’initiative des Cordeliers, qui l’accusent de permettre à « l’hérésie » de se répandre.

Léon X, pape de 1513 à 1521, assiste à l’autodafé des livres de Martin Luther (1483-1546), sommé de se rétracter avant d’être excommunié en 1521. Gravure sur bois.

La même année, le parlement de Paris intente un procès contre Briçonnet. Par mesure d’apaisement, ce dernier autorise à nouveau les Cordeliers à prêcher, demande à ses curés de restaurer le culte des saints et de la Vierge, interdit les prêches aux plus extrêmes et prend sous sa protection personnelle les statues et images de saints. Jean Leclerc, un cardeur de laine converti aux idées nouvelles, est fouetté pour avoir placardé des affiches hostiles au pape.

Après à peine quatre ans d’existence, le cénacle de Meaux est dissous en 1525.

Pendant quelques mois, afin d’éviter les arrestations et les condamnations, Lefèvre et les siens sont contraints de quitter le royaume pour se réfugier à Strasbourg. Sur place, il renforce ses liens avec des protestants modérés tels que Capiton et Butzer, et fréquente Otto Brunfels, auquel le rattachait une attitude nicodémite, reconnaissant la légitimité de la dissimulation religieuse dans un contexte de persécution.

En 1526, avec le retour de François Ier, négocié avec l’Espagne par Marguerite de Navarre, et grâce à sa protection, ils sont de retour en France et parviennent à conserver des espaces de manœuvre pendant quelques années encore à la cour et dans le reste du royaume, par une intense activité d’impression et de diffusion d’écrits, ainsi qu’à travers une action systématique de prédication évangélique au cœur même de la capitale. Le roi accorde à Lefèvre le poste de bibliothécaire personnel à Blois et lui confie l’éducation de ses deux enfants.

Guillaume Briçonnet est pour sa part innocenté. En 1528, il participe au synode de Paris qui condamne le luthéranisme. Un an plus tard, François Ier sacrifie le prédicateur Louis de Berquin (1490-1529), un ami d’Érasme mais également traducteur de traités luthériens. Il est brûlé vif en place de Grève à Paris.

L’exil

Château de Nérac.

En 1530, Lefèvre choisit de quitter la cour pour se rendre auprès de sa protectrice, Marguerite de Navarre, à Nérac. Il y restera jusqu’à sa mort en 1536, préférant ne pas prendre position dans les disputes entre protestants et catholiques.

On ne peut le taxer de protestantisme, bien que ses commentaires sur le célibat des prêtres, le jeûne et les sacrements soient extrêmement sévères et préparent la voie réformée. Le terme d’« évangélisme » récemment proposé semble en revanche convenir à cette attitude de fidélité absolue à l’esprit et à la lettre des Écritures.

Marguerite de Navarre.

Marguerite de Navarre, il faut le souligner, est une lettrée.

Mais si elle connaît le latin et même le grec, elle est loin de maîtriser ces langues anciennes comme le fait Lefèvre, dont elle a pu suivre les leçons.

Pour des raisons religieuses, elle a même reçu des cours d’hébreu de Paul Paradis, surnommé le Canosse, qui deviendra plus tard lecteur du Collège royal. Elle fut très influencée par la pensée du Cénacle de Meaux, dont elle donne des exemples en particulier dans ses comédies profanes et ses poèmes.

Et selon un historien,

En 1531, l’érudit vénitien Jérôme Aléandre, ancien nonce devenu le persécuteur en chef d’Erasme pour la curie romaine, se montre fort bien informé sur la situation. Il regrette que Lefèvre reste sous l’influence de son ancien disciple Gérard Roussel, évêque d’Oloron.

L’ambition des conservateurs romains et français était alors de convaincre Lefèvre d’écrire une rétractation de ses erreurs et de se rendre à Rome pour obtenir sa pleine réintégration au sein de l’Église romaine.

Il n’en fut pas ainsi. Si Lefèvre ne pouvait plus afficher publiquement ses choix spirituels, il restait proche des positions de ses disciples Roussel et Marguerite qui, pendant tout le règne de François Ier, même après l’affaire des Placards, ne cessèrent de soutenir une troisième voie entre Rome et Genève. En 1534, Briçonnet meurt au château d’Esmans, près de Montereau-Fault-Yonne.

Conclusion

La Sainte Bible, édition en français, publié par Lefèvre d’Etaples à Anvers en 1525.

La traduction de La Sainte Bible par Lefèvre, basée sur le texte de la Vulgate, sera imprimée non pas en France, mais à Anvers en 1530.

Ce fut la première Bible en langue vernaculaire, qui servit de base à toutes les traductions françaises, modernes comprises.

Foyer de prédication, cet épicentre de l’humanisme chrétien que fut le Cénacle de Meaux, précurseur du « réformisme », eut une grande influence sur les humanistes et les écrivains de cette génération.

Marguerite protège François Rabelais (1483-1553) et l’encourage d’écrire Gargantua and Pantagruel. Ami de Rabelais, le célèbre poète Clément Marot, se met au service de Marguerite. Il est bientôt accusé d’hérésie et se réfugie à Nérac en 1535.

Henri IV.

Surnommée la « mère de la Renaissance », Marguerite de Navarre fut la mère de Jeanne d’Albret et donc la grand-mère d’Henri IV, le bon roi Henri qui, connaissant cette filiation intellectuelle et spirituelle, allait incarner cet idéal dans l’action.

C’est certainement en ayant à l’esprit l’œuvre du Cénacle de Meaux qu’il réussit, du moins en partie, à mettre fin aux guerres de Religions ravageant la France.

La paix inclusive qu’il organisa en France, basée sur la coïncidence des opposés théorisée par Nicolas de Cues, sera le modèle pour la Paix de Westphalie qui mit fin à la guerre de Trente Ans en 1648.

Bibliographie sommaire

  • ALONGE, Guillaume Jacques Lefèvre d’Étaples dans la crise religieuse du XVIe siècle, nord’ 2022/2 N° 80, pages 15 à 21, Éditions Société de Littérature du Nord.
  • BARNAUD, Jean
    — Jacques Lefèvre d’Etaples : la préparation, Etudes théologiques et religieuses, 11e année, N° 1, 1936.
    — Jacques Lefèvre d’Etaples, maître de philosophie, Etudes théologiques et religieuses, 11e année, N° 2, 1936.
    — Jacques Lefèvre d’Etaples (suite), Etudes théologiques et religieuses, 11e année, N° 3, 1936.
    — Jacques Lefèvre d’Etaples (suite et fin), Etudes théologiques et religieuses, 11e année, N° 4-5, 1936.
  • CHARLIER, Yvonne, Erasme et l’amitié, d’après sa correspondance, Editions Les Belles Lettres, Paris, 1977.
  • DE ROMILLY, Jacqueline, Cinq siècles d’hellénisme en France, Bulletin de l’Association Guillaume Budé, mars 1977.
  • EICHEL-LOJKINE, Patricia, Marguerite de Navarre, perle de la Renaissance, Perrin, Paris, 2021.
  • PERNOT, Jean-François, Jacques Lefèvre d’Etaples (1450 ? – 1536), Actes du colloque d’Etaples les 7 et 8 novembre 1992, Classiques Garnier, Paris, 1995.

NOTES:

  1. https://www.facinghistory.org/resource-library/agreement-catholic-church ↩︎
  2. file:///C:/Users/User/Desktop/alonge-2022-jacques-lefevre-detaples-dans-la-crise-religieuse-du-xvie-siecle.pdf ↩︎
  3. L’humanisme chrétien se différencie de « l’Humanisme séculier » (anti-religieux) et supposément « scientifique ». Une fois éliminé la dimension spirituelle, la dimension humaniste a fini également à la trappe. Julian Huxley, un des grands promoteurs de « l’humanisme séculier » a fini par inventer le terme « transhumaniste », une idéologie qu’il voyait capable de remplacer toutes les religions. Le millionnaire Jeffrey Epstein, tout comme les milliardaires Elon Musk, Larry Ellison et Peter Thiel en sont des adeptes. ↩︎
  4. file:///C:/Users/User/Desktop/Jacques%20LEtap/Romilly_Helle%CC%81nisme-France.pdf ↩︎
  5. Yvonne Charlier, Erasme et l’amitié, p. 100. https://books.openedition.org/pulg/3297 ↩︎
  6. Börje Knös, Un ambassadeur de l’hellénisme : Janus Lascaris et la tradition gréco-byzantine dans l’humanisme français, Uppsala, Almqvist & Wiksells, 1945. ↩︎
  7. Philippe. Monnier, Le Quattrocento. T. II, p. 82. ↩︎
  8. https://www.etudesheraultaises.fr/publi/evocation-de-guillaume-briconnet-eveque-de-lodeve-de-1489-a-1519/ ↩︎
  9. Heminjard, Correspondance des Réformateurs, t. I, p. 4, note. ↩︎
  10. https://theses.chartes.psl.eu/document/ENCPOS_1991_01 ↩︎
  11. Jonathan Reid, King’s Sister, Queen of Dissent : Marguerite de Navarre (1492-1549) and her Evangelical Network. Leyden, Brill, 2009 ; 2 vol. ↩︎
  12. Jean-Pierre Duteil. Marguerite de Navarre. Ellipses, 2021. hal-04186835. ↩︎
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Erasmus’ dream: the Leuven Three Language College

In autumn 2017, a major exhibit organized at the University library of Leuven and later in Arlon, also in Belgium, attracted many people. Showing many historical documents, the primary intent of the event was to honor the activities of the famous Three Language College (Collegium Trilingue), founded in 1517 by the efforts of the Christian Humanist Erasmus of Rotterdam (1467-1536) and his allies. Though modest in size and scope, Erasmus’ initiative stands out as one of the cradles of European civilization, as you will discover here.

Revolutionary political figures, such as William the Silent (1533-1584), organizer of the Revolt of the Netherlands against the Habsburg tyranny, humanist poets and writers such as Thomas More, François Rabelais, Miguel Cervantes and William Shakespeare, all of them, recognized their intellectual debt to the great Erasmus of Rotterdam, his exemplary fight, his humor and his great pedagogical project.

For the occasion, the Leuven publishing house Peeters has taken through its presses several nice catalogues and essays, published in Flemish, French as well as English, bringing together the contributions of many specialists under the wise (and passionate) guidance of Pr Jan Papy, a professor of Latin literature of the Renaissance at the Leuven University, with the assistance of a “three language team” of Latinists which took a fresh look at close to all the relevant and inclusively some new documents scattered over various archives.

The Leuven Collegium Trilingue: an appealing story of courageous vision and an unseen international success. Thanks to the legacy of Hieronymus Busleyden, counselor at the Great Council in Mechelen, Erasmus launched the foundation of a new college where international experts would teach Latin, Greek and Hebrew for free, and where bursaries would live together with their professors”, reads the back cover of one of the books.

University of Leuven, Belgium.

For the researchers, the issue was not necessarily to track down every detail of this institution but rather to answer the key question: “What was the ‘magical recipe’ which attracted rapidly to Leuven between three and six hundred students from all over Europe?”

Erasmus’ initiative was unprecedented. Having an institution, teaching publicly Latin and, on top, for free, Greek and Hebrew, two languages considered “heretic” by the Vatican, was already tantamount to starting a revolution.

Was it that entirely new? Not really. As early as the beginning of the XIVth century, for the Italian humanists in contact with Greek erudites in exile in Venice, the rigorous study of Greek, Hebraic and Latin sources as well as the Fathers and the New Testament, was the method chosen by the humanists to free mankind from the Aristotelian worldview suffocating Christianity and returning to the ideals, beauty and spirit of the “Primitive Church”.

For Erasmus, as for his inspirer, the Italian humanist Lorenzo Valla (1403-1457), the « Philosophy of Christ » (agapic love), has to come first and opens the road to end the internal divisions of Christianity and to uproot the evil practices of greed (indulgences, simony) and religious superstition (cult of relics) infecting the Church from the top to the bottom, and especially the mendicant orders.

To succeed, Erasmus sets out to clarify the meaning of the Holy Writings by comparing the originals written in Greek, Hebrew and Latin, often polluted following a thousand years of clumsy translations, incompetent copying and scholastic commentaries.

Brothers of the Common Life

My own research allows me to recall that Erasmus was a true disciple of the Sisters and Brothers of the Common Life of Deventer in the Netherlands, a hotbed of humanism in Northern Europe. The towering figures that founded this lay teaching order are Geert Groote (1340-1384), Florent Radewijns (1350-1400) and Wessel Gansfort (1420-1489), all three said to be fluent in precisely these three languages.

The religious faith of this current, also known as the “Modern Devotion”, centered on interiority, as beautifully expressed in the little book of Thomas a Kempis (1380-1471), the Imitation of Christ. This most read book after the Bible, underlines the importance for the believer to conform one owns life to that of Christ who gave his life for mankind.

Rudolph Agricola

Rudolp Agricola, painted by Cranach.

Hence, in 1475, Erasmus father, fluent in Greek and influenced by famous Italian humanists, sends his son to the chapter of the Brothers of the Common Life in Deventer, at that time under the direction of Alexander Hegius (1433-1499), himself a pupil of the famous Rudolph Agricola (1442-1485) which Erasmus had the chance to listen to and which he calls a “divine intellect”.

Follower of the cardinal-philosopher Nicolas of Cusa (1401-1464), enthusiastic advocate of the Italian Renaissance and the Good Letters, Agricola would tease his students by saying:

“Be cautious in respect to all that you learned so far. Reject everything! Start from the standpoint you will have to un-learn everything, except that what is based on your sovereign authority, or on the basis of decrees by superior authors, you have been capable of re-appropriating yourself”.

Erasmus, with the foundation of the Collegium Trilingue will carry this ambition at a level unreached before. To do so, Erasmus and his friend apply a new pedagogy. Hence, instead of learning by heart medieval commentaries, pupils are called to formulate their proper judgment and take inspiration of the great thinkers of the Classical period, especially “Saint Socrates”. Latin, a language that degenerated during the Roman Empire, will be purified from barbarisms.

With this approach, for pupils, reading a major text in its original language is only the start. An explorative work is required: one has to know the history and the motivations of the author, his epoch, the history of the laws of his country, its geography, cosmography, all considered to be indispensable instruments to put each text in its specific literary and historical context and allowing reading, beyond the words, the intention of their author.

Erasmus (left) and his friend Pieter Gilles, by Antwerp painter Quinten Metsijs.

This “modern” approach (questioning, critical study of sources, etc.) of the Collegium Trilingue, after having demonstrated its efficiency by clarifying the message of the Gospel, will rapidly travel over Europe and reach many other domains of knowledge, notably scientific issues! By uplifting young talents, out of the small and sleepy world of scholastic certitudes, this institution rapidly grew into a hotbed for creative minds.

For the ignorant reader who often considers Erasmus as some kind of comical writer praising madness which lost it after an endless theological dispute with Martin Luther, such a statement might come as a surprise.

Scientific Renaissance

Art and science for the people. The early 16th century was a time of early scientific education.

While Belgium’s contributions to science, under Emperor Charles Vth, are broadly recognized and respected, few are those understanding the connection uniting Erasmus with a mathematician as Gemma Frisius and his pupil and friend Gerard Mercator, an anatomist such as Andreas Vesalius or a botanist such as Rembert Dodonaeus.

Hence, as already thoroughly documented in 2011 by Professor Jan Papy in a remarkable article, the scientific renaissance which bloomed in the Netherlands and Belgium in the early XVIth century, could not have taken place if it were for the “linguistic revolution” provoked by the Collegium Trilingue.

Because, beyond the mastery of their vernacular languages (French and Dutch), hundreds of youth, by studying Greek, Latin and Hebrew, suddenly got access to all the scientific treasures of Greek Philosophy and the best authors in those newly discovered languages.

Remains of the old Louvain city wall. In the foreground, the Jansenius tower, in the background, the Justus Lipsius tower.

At last, they could read Plato in the text, but also Anaxagoras, Heraclites, Thales of Millet, Eudoxus of Cnidus, Pythagoras, Eratosthenes, Archimedes, Galen, Vitruvius, Pliny the elder, Euclid and Ptolemy whose work they will master and eventually correct.

As the books published by Peeters account in great detail, during the first century of its existence, the Collegium Trilingue had a rough time confronting political uproar and religious strife. Heavy critique came especially form the “traditionalists”, a handful of theologians for which the Greeks were nothing but schismatics and the Jews the assassins of Christ and esoterics.

The opposition was such that Erasmus himself never could teach at the Collegium and, while keeping in close contact, decided to settle in Basel, Switzerland, in 1521.

Despite all of this, the Erasmian revolution conquered Europe overnight and a major part of the humanists of that period were trained or influenced by this institution. From abroad, hundreds of pupils arrived to follow classes given by professors of international reputation.

27 European universities integrated pupils of the Collegium in their teaching staff: among them stood Jena, Wittenberg, Cologne, Douai, Bologna, Avignon, Franeker, Ingolstadt, Marburg, etc.

Teachers at the Collegium were secured a decent income so that they weren’t obliged to give private lectures to secure a living and could offer public classes for free. As was the common practice of the Brothers of the Common Life in Deventer, a system of bursa allowed talented though poor students, including many orphans, to have access to higher learning. “Something not necessarily unusual those days, says Pr Jan Papy, and done for the sake of the soul of the founder (of the Collegium, reference to Busleyden)”.

Le Wentelsteen, last remaining staircase of the Collegium Trilingue. Crédit : Karel Vereycken

While visiting Leuven and contemplating the worn-out steps of the spiral staircase (wentelsteen), one of the last remains of the building that had a hard time resisting the assaults of time and ignorance, one can easily imagine those young minds jumping down the stairs with enthusiasm going from the dormitory to the classroom. Looking at the old shopping list of the school’s kitchen one can conclude the food was excellent with lots of meat, poultry but also vegetables and fruits, and sometimes wine from Beaune in Burgundy, especially when Erasmus came for a visit! While over the years, of course, the quality of the learning transmitted, would vary in accordance with the excellence of its teachers, the Collegium Trilingue, whose activity would last till the French revolution, gave its imprint in history by giving birth to what some have called the “Little Renaissance” of the first half of the XVIth century.

In France, the Sorbonne University reacted with fear and in 1523, the study of Greek was outlawed in France.

Marguerite de Navarre, reader of Erasmus.

François Rabelais, at that time a monk in Vendée, saw his books confiscated by the prior of his monastery and deserts his order. Later, as a doctor, he translated the medical writings of the Greek scientist Galen from Greek into French. Rabelais’s letter to Erasmus shows the highest possible respect and intellectual debt to Erasmus.

In 1530, Marguerite de Navarre, sister of King Francis, and reader and admirer of Erasmus, at war with the Sorbonne, convinced her brother to allow Guillaume Budé, a friend of Erasmus, to create the “Collège des Lecteurs Royaux” (ancestor of the Collège de France) on the model of the Collegium Trilingue. And to protect its teachers, many coming directly from Leuven, they got the title of “advisors” of the King. The Collège taught Latin, Hebrew and Greek, and rapidly added Arab, Syriac, medicine, botany and philosophy to its curriculum.

Dirk Martens

Dirk Martens.

Also celebrated for the occasion, Dirk Martens (1446-1534), rightly considered as one of the first humanists to introduce printing in the Southern Netherlands.

Born in Aalst in a respected family, the young Dirk got his training at the local convent of the Hermits of Saint William. Eager to know the world and to study, Dirk went abroad. In Venice, at that time a cosmopolite center harboring many Greek erudite in exile, Dirk made his first steps into the art of printing at the workshop of Gerardus de Lisa, a Flemish musician who set up a small printing shop in Treviso, close to Venice.

Back in Aalst, together with his partner John of Westphalia, Martens printed in 1473 the first book in the country with a movable type printing press, a treatise of Dionysius the Carthusian (1401-1471), a friend and collaborator of cardinal-philosopher Nicolas of Cusa, as well as the spiritual advisor of Philip the Good, the Duke of Burgundy and thought to be the occasional « theological » advisor of the latter’s court painter, Jan Van Eyck.

If the oldest printed book known to us is a Chinese Buddhist writing dating from 868, the first movable printing types, made first out of wood and then out of hardened porcelain and metal, came from China and Korea in 1234.

Replica of Martens’ printing press at the Communal Museum of Aalst.

The history of two lovers, a poem written by Aeneas Piccolomini before he became the humanist Pope Pius II, was another early production of Marten’s print shop in Aalst.

Proud to have introduced this new technique allowing a vast increase in the spreading of good and virtuous ideas, Martens wrote in one of the prefaces: “This book was printed by me, Dirk Martens of Aalst, the one who offered the Flemish people all the know-how of Venice”.

After some years in Spain, Martens returned to Aalst and started producing breviaries, psalm books and other liturgical texts. While technically elaborate, the business never reached significant commercial success.

Martens then moved to Antwerp, at that time one of the main ports and cross-roads of trade and culture. Several other Flemish humanists born in Aalst played eminent roles in that city and animate its intellectual and cultural life. Among these:

Cornelis De Schrijver (1482-1558), the secretary of the City of Aalst, better known under his latin name Scribonius and later as Cornelius Grapheus. Writer, translator, poet, musician and friend of Erasmus, he was accused of heresy and hardly escaped from being burned at the stake.

Pieter Gillis (1486-1533), known as Petrus Aegidius. Pupil of Martens, he worked as a corrector in his company before becoming Antwerp’s chief town clerk. Friend of Erasmus and Thomas More, he appears with Erasmus in the double portrait painted by another friend of both, Quinten Metsys (1466-1530).

Pieter Coecke van Aelst (1502-1550), editor, painter and scenographer. After a trip to Italy, he set up a workshop in Antwerp. Pieter will produce patrons for tapestries, translated with the help of his wife the works of the Roman architect Vitruvius into Dutch and trained the young Flemish painter Bruegel the Elder who will marry his daughter.

Invention of pocket books

In Antwerp, Martens became part of this milieu and his workshop became a meeting place for painters, musicians, scientists, poets and writers. With the Collegium Trilingue, Martens opens a second shop, this time in Leuven to work with Erasmus. In order to provide adequate books to the Collegium, Martens proudly became, in the footsteps of the Venetian Printer Aldo Manuce, one of the first printers to concentrate on in-octavo 8° (22 x 12 cm), i.e. “pocket” size books affordable by all and which students could take home !

For the specialists of the Erasmus house of Anderlecht, close to Brussels,

“Martens innovated in nearly all domains. As well as in terms of printing types as lay-out. He was the first to introduce Italics, Greek and Hebrew letter types. He also generalized the use of ‘New Roman’ letter type so familiar today. During the first thirty years of the XVIth century, he also operated the revolution in lay-out (chapters and paragraphs) that gave birth to the modern book as we know it today. All this progress, he achieved in close cooperation with Erasmus”.

Thomas More’s Utopia

1516, pages from Thomas More’s Utopia, printed by Martens in Leuven. On the left, an imaginary map showing the island of Utopia. On the right, the equally imaginary Utopian alphabet.

In 1516, it was Dirk Martens who printed the first edition of Thomas More’s Utopia. Among the hundreds of editions he printed mostly alone, 61 books and writings of Erasmus, notably In Praise of Folly. He also produced More’s edition of the roman satirist Lucian and Columbus’ account of the discovery of the new world. In 1423, Martens printed the complete works of Homer, quite a challenge!

In 1520, a papal bull of Leo X condemned the errors of Martin Luther and ordered the confiscation of his writings to be burned in public in front of the clergy and the people.

For Erasmus, burning books didn’t automatically erased their their content from the minds of the people. “One starts by burning books, one finishes by burning people” Erasmus warned years before Heinrich Heine said that “There, were one burns books, one ends up burning people”.

Printers and friends of Erasmus, especially in France, died on the stake opening the doors for the religious wars that will ravage Europe for the century to come.

What Erasmus feared above all, is that with the Vatican’s brutal war against Luther, it is the entire cultural renaissance and the learning of languages that got threatened with extinction.

In July 1521, confronted with the book burning, the German painter and engraver Albrecht Dürer, who made his living with bible illustrations, left Antwerp with his wife to return to his native Nuremberg.

Thirty years later, in 1552, the great cartographer Gerardus Mercator, a brilliant pupil of the Collegium Trilingue, for having called into question the views of Aristotle, went into exile and settled in Duisbourg, Germany.

In 1521, at the request of his friends who feared for his life, Erasmus left Leuven for Basel and settled in the workshop of another humanist, the Swiss printer Johann Froben.

In 1530, with a foreword of Erasmus, Froben published Georgius Agricola’s inventory of mining techniques, De Re Metallica, a key book that vastly contributed to the industrial revolution of Saxen, Switzerland, Germany and the whole of Europe.

Conclusion

If certain Catholic historians try to downplay the hostility of their Church towards Erasmus, the fact remains that between 1559 and 1900, the full works of Erasmus were on the “Index Vaticanus” and therefore “forbidden readings” for Catholics.

If Thomas More, whom Erasmus considered as his twin brother, was canonized by Pius XI in 1935 and recognized as the patron saint of the political leaders, Erasmus himself was never rehabilitated.

Interrogated by this author in a letter, the Pope Francis returned a polite but evasive answer.

Let’s rebuild the Collegium Trilingue !

With the exception of the staircase, only a few stones remain of the historical building housing the Collegium Trilingue. In 1909, the University of Louvain planned to buy up and rebuild the site but the First World War changed priorities. Before becoming social housing, part of the building was used as a factory. As a result, today, there is no overwhelming charm. However, seeing the historical value of the site, we cannot but fully support a full reconstruction plan of the building and its immediate environment.

It would make the historical center of Leuven so much nicer, so much more attractive and very much more loyal to its own history. On top, such a reconstruction wouldn’t cost much and might interest private investors. The images in 3 dimensions produced for the Leuven exhibit show a nice Flemish Renaissance building, much in the style of the marvels constructed by architect Rombout II Keldermans.

Every period has the right to honestly “re-write” its own history, without falsifications, according to its own vision of the future.

It has to be noted here that the world famous “Rubenshuis” in Antwerp, is not at all the original building, but a scrupulous reconstruction of the late 1930s.

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