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Le Cénacle de Meaux et l’Humanisme chrétien à la Renaissance

De gauche à droite, trois personnalités majeures de l’Humanisme chrétien en France : Marguerite de Navarre, l’abbé Guillaume Briçonnet et Jacques Lefèvre d’Etaples.

Cette citation ressemble en bien des aspects à ce que de nombreux chrétiens ressentent aujourd’hui devant l’instrumentalisation du religieux pour justifier des guerres rapaces et sanguinaires présentées en « guerres justes », en particulier par des membres éminents de l’Administration Trump, notamment son ministre de la Guerre, Pete Hegseth.

L’histoire bégaie, car cette citation n’est pas d’aujourd’hui. Elle est extraite d’une lettre envoyée au pape en 1933 par Edith Stein, philosophe d’origine juive devenue carmélite, lorsque les catholiques allemands, minoritaires dans ce pays protestant, signent un Concordat avec Hitler. L’ennemi commun à combattre est désormais le bolchevisme. En échange de leur silence devant la barbarie nazie, Hitler leur offre sa gracieuse protection.

En France, à la même époque, le grand patronat, européiste avant l’heure, clamait : « Mieux vaut Hitler que le Front populaire ! »

Notre chance, aujourd’hui, est d’avoir un pape qui élève la voix. Et cette voix peut donner à chacun le courage pour enrayer la marche folle vers la guerre.

Le Dimanche des Rameaux, Léon XIV avait répété avec force que personne ne peut justifier la guerre au nom du Seigneur :

A la soif de pouvoir s’ajoute celle de l’argent, dénoncée lors de son voyage dans la Principauté de Monaco.

Au cours de sa première année de pontificat, le Pape a appelé à maintes reprises à une réconciliation « désarmée et désarmante ». Aux « seigneurs de la guerre » qui font de leur pouvoir « une idole muette, aveugle et sourde », il a opposé l’écoute d’une « mélodie plus grande que nous ». Cette harmonie sur laquelle danser quand le monde semble oublier même « la lumière ».

La venue du Pape Léon XIV en France

Dans un communiqué publié le 6 mai, le président de la Conférence des évêques de France confirme ce que beaucoup espéraient depuis un an : bien que cela reste à confirmer, Léon XIV pourrait venir en France fin septembre 2026, en faisant étape à Paris et à Lourdes.

C’est l’occasion pour nous d’évoquer un des sursauts les plus lumineux de notre pays, qui a connu son apogée en 1521, avec la création du Cénacle de Meaux par le philosophe-théologien Jacques Lefèvre d’Etaples (1450-1537), à la demande de son élève l’évêque Guillaume Briçonnet (1472-1534).

Ce n’était pas un cercle philosophique ou de prière. Il s’agissait en premier lieu de lire, d’étudier, de traduire et d’imprimer l’évangile en français et de former les ecclésiastiques à la prédication. La démarche était si simple, honnête et novatrice qu’elle dérangea profondément le pouvoir politique et religieux en place. Le Cénacle fut fermé après seulement quatre ans, ses animateurs furent persécutés et durent s’exiler. Ce n’est que grâce à la protection de Marguerite de Navarre (1492-1549) (encore appelée Marguerite d’Angoulême ou Marguerite de Valois-Angoulême), sœur de François Ier, gagnée à ce courant, que leurs grandes figures purent échapper aux flammes du bûcher.

Evangélisme de la Renaissance

Pour Guillaume d’Alonge, Jacques Lefèvre d’Etaples est

Ce que certains nomment « l’évangélisme de la Renaissance » (à ne pas confondre avec l’évangélisme messianique américain, courant qui anime les va-t’en guerre d’aujourd’hui) correspond à un mouvement d’idées caractérisé par la valorisation de l’exégèse biblique.

Par différence avec l’évangélisme au sens le plus courant du terme, il ne se rapporte pas nécessairement à la Réforme protestante. Au contraire, de nombreux humanistes qui ne souhaitent pas rompre avec la papauté mais se déclarent néanmoins hostiles aux abus ecclésiastiques, comme Erasme de Rotterdam et François Rabelais, sont animés d’un désir de réforme sans schisme.

Si les catholiques ont voulu les éradiquer en les ignorant, les protestants ont toujours prétendu qu’ils étaient des leurs.

Comme Erasme, Jacques Lefèvre d’Etaples était certes réformiste mais n’a jamais envisagé de rompre avec l’Eglise catholique romaine, ainsi que le réclamaient Luter, Calvin et autres figures de la Réforme protestante. Les humanistes chrétiens de la Renaissance croyaient, peut-être avec naïveté, qu’en appelant à la raison, la curie romaine finirait par céder à leurs exigences en acceptant d’éradiquer la corruption et les abus qui polluaient gravement l’institution.

Humanisme

C’est en Italie, avec Pétrarque (1304-1374), que naît l’humanisme. Le poète commence par recueillir les inscriptions sur les vieilles pierres de Rome et poursuit dans les manuscrits sa quête des Anciens.

Avec son ami Boccace, il fera venir en Italie les savants byzantins pour ressusciter l’étude du grec et du latin. Si le terme humaniste désigne alors celui qui, par l’étude du grec et du latin « cultive les humanités » (studia humanitatis), les penseurs humanistes de la Renaissance n’abjurent pas pour autant leur foi chrétienne mais cherchent plutôt à marier les deux.

Une rupture très nette avec le pessimisme scolastique va alors s’opérer. Se concevant comme « créé à l’image vivant du Créateur », l’homme de la Renaissance, uomo universale, doué de raison et de libre arbitre, n’accuse plus le diable. C’est lui qui doit se démener pour surmonter ses mauvais penchants. Et s’il développe pleinement son potentiel créateur, c’est avant tout pour plaire au Créateur en mettant sa vie au service du bien public plutôt qu’à sa gloire personnelle.

En Europe du Nord, le courant des Frères et Soeurs de la vie commune et celui des béguines partent de la conviction que vie contemplative et vie active doivent se compléter et non s’opposer. Chacun doit vivre « à l’imitation du Christ ». C’est à Deventer, chez les Frères de la vie commune, qu’Erasme, inspiré par des enseignants comme Rodolphe Agricola, découvrira l’humanisme chrétien et les « bonnes lettres ».3

Le grec et les Grecs

Un érudit grec enseinant à Florence au début du XVe siècle.

Si l’étude du grec pénètre en Italie et aux Pays-Bas dès le début du XVe siècle, en France, les jeunes élites se bousculent pour assister, à partir de 1476, aux cours d’un exilé grec, Georges Hermonyme de Sparte, piètre pédagogue, rapace et maîtrisant peu sa propre langue.

Mais, comme le précise Jacqueline de Romilly:

Deux autres Grecs jouent un rôle majeur pour le renouveau des études helléniques.

Constantin Lascaris.

Et d’abord Constantin Lascaris (1434-1501). Elève de Jean Argyropoulos entre 1444 et 1553, il arrive en Occident vers 1460, après avoir été fait prisonnier durant l’occupation turque de Constantinople en 1453.

Après quelques courts séjours entre les îles grecques, il devient précepteur de la fille de Francesco Sforza à Milan, où il commence la rédaction de sa grammaire, l’Erotemata.

Outil essentiel pour l’apprentissage du grec, l’œuvre sera d’abord imprimée à Milan, puis éditée à deux reprises par Alde Manuce à Venise.

Jean Bessarion.

Constantin Lascaris se rend ensuite à Rome où il rencontre le plus grand protecteur des érudits grecs en Occident et de l’humanisme byzantin au sein du clergé, le cardinal Jean Bessarion (1403-1472), patriarche latin de Constantinople à partir de 1463.

Bessarion est un ami du cardinal Nicolas de Cues (1401-1464), avec lequel il collabore en particulier lors du Concile œcuménique de Ferrare/Florence, réuni pour mettre fin au schisme entre les Eglises d’Orient et d’Occident.

Jean Lascaris

Jean Lascaris.

L’autre érudit grec (sans parenté avec le premier) est Jean (Janus) Lascaris (1445-1535), lui aussi un protégé du cardinal Jean Bessarion qui le chargera de nombreuses missions, notamment de ramener des manuscrits précieux du Mont Athos en 1492.

Bien que né en Asie mineure et fréquentant les grands d’Italie, Lascaris se met au service de la France en tant qu’ambassadeur de Louis XII à Venise entre 1503 et 1508. Il y rejoint l’académie de l’imprimeur Alde Manuce (1449-1515) où lettrés d’Orient et d’Occident se retrouvent pour discuter et éditer les classiques.

Lorsqu’Erasme se rend alors à Venise chez l’imprimeur Alde Manuce pour publier ses Adages, œuvre magistrale visant à populariser toute la sagesse antique, Lascaris lui propose non seulement de l’accueillir chez lui, mais contribue lui-même à l’ouvrage.

Erasme, écrit l’historienne belge Yvonne Charlier, y rédige fiévreusement ses Adages

Travaille également avec Lascaris le jeune étudiant français Germain de Brie.

Quelques années plus tard, lorsqu’Erasme et Thomas More publient en 1516 l’Utopie, récit fictif d’un peuple (les Utopiens) qui tente de créer une société idéale fondée sur les principes définis par Platon dans sa République, ils avancent qu’ils doivent être d’origine grecque, puisque Lascaris « était leur seul grammairien ».

C’est à Venise que Jean Lascaris et Erasme entrevoient ensemble l’idée d’un Collège de langues. Pouvoir comparer les traductions de l’Evangile en hébreu et en grec était la condition sine qua non pour aboutir à une juste compréhension de son contenu.

Lascaris finira sa vie à Rome auprès du pape Léon X, qui le charge en 1514 d’y fonder le Collège grec du Quirinal. Erasme, contre vents et marées, et surtout contre les théologiens de la ville universitaire brabançonne de Louvain, y ouvrira le Collège Trilingue en 1517.

Lascaris s’occupe également de la Bibliothèque royale, installée à Blois dès 1501 par Louis XII, puis déménagée à Fontainebleau avec Guillaume Budé sous François Ier.

L’ancêtre du Collège de France, le Collège des lecteurs royaux fondé en 1530 par François Ier.

Par la suite, sur l’insistance de Budé, François Ier créera en 1530, sous patronage royal, le « Collège des Lecteurs royaux », permettant d’étudier le grec et toutes les matières rejetées par la Sorbonne.

La proximité de Lascaris avec Lefèvre d’Étaples a pu faire écrire que l’œuvre des grands érudits français, Budé, Scaliger, Casaubon, Lambin, Cujas, Estienne, paraissait

Resté caché aux Européens pendant des siècles, cet immense patrimoine – on pourrait dire une vaste civilisation qu’on redécouvre – prit donc le chemin du royaume de France grâce à des hommes tels que Lascaris, dont des disciples comme Lefèvre prirent la relève.

Jacques Lefèvre d’Etaples

Jacques Lefèvre d’Etaples.

Philosophe, mathématicien, musicologue et théologien, Jacques Lefèvre naît vers 1450 à Étaples, en Picardie, et décède en 1536 à Nérac (Lot-et-Garonne). Il latinisa son nom en Jacobus Faber Stupulensis, d’où le surnom de « fabristes » donné à ceux qui adhèrent à sa doctrine.

Il fait ses études à Paris où il obtient le grade de bachelier et de maître des arts. Puis il entre dans les ordres et devient prêtre, sans que l’on sache s’il a effectivement exercé cette fonction. D’un naturel doux et timide, de constitution fragile, d’un désintéressement qui le poussa à faire don de son patrimoine à ses frères et neveux pour s’adonner plus librement à l’étude, Jacques Lefèvre étudia surtout les lettres et la philosophie.

Ses études terminées, après avoir enseigné quelque temps les belles-lettres, le goût des voyages le prend. Il parcourt une partie de l’Europe, on prétend même que le désir d’étendre ses connaissances le conduit en Asie et en Afrique. Attiré par les vents du renouveau que faisait souffler la Renaissance sur toute l’Europe, Lefèvre se rend au moins à deux reprises en Italie où il effectue des longs séjours à Pavie, Padoue, Venise, Rome et Florence.

Avec sa traduction de Platon et d’Aristote, Leonardo Bruni (1370-1444) dota l’Italie, et avec elle, le monde savant, d’un cadre philosophique. L’humanisme italien prit parti pour Platon.

En 1492, Lefèvre rencontre et discute avec les platoniciens et néo-platoniciens florentins, regroupés autour de Marsile Ficin, de son élève Jean Pic de la Mirandole, du Politien et d’Ermolao Barbaro.

En partant d’Hermès Trismégiste, Plotin, Jamblique et Cicéron, ce courant met en avant la prétendue complémentarité entre Platon et Aristote plutôt que leur opposition, espérant pouvoir concilier les doctrines des deux philosophes. Se plaçant au-dessus des deux camps, Jean Pic de la Mirandole préparait un grand ouvrage que la mort l’empêcha d’achever, la Concordia Platonis et Aristoteles, ramenant à une seule sagesse toutes les philosophies et toutes les religions, évidemment sous la tutelle du Vatican. Le néoplatonisme florentin exerce alors une grande influence sur toute une génération de prélats et d’ecclésiastiques.

Plus tard, en 1509, sous le pape guerrier Jules II, les néoplatoniciens dicteront à Raphaël le contenu des fresques de la Chambre de la Signature, où Pic de la Mirandole figure en excellente position. Dans son traité Les Cicéroniens, Erasme dénonce ces néoplatoniciens qui, au lieu de christianiser Platon, se servent de la philosophie antique pour rabaisser le christianisme à la barbarie païenne.

De retour à Paris en 1495, Lefèvre devient professeur au collège Cardinal Lemoine où il enseigne jusqu’en 1507, selon la mode d’alors, la philosophie, la géométrie, l’arithmétique, la grammaire, la géographie, la cosmographie et la musique.

Ses premiers ouvrages sont des commentaires sur Aristote, un philosophe grec que l’on citait souvent mais qu’on lisait assez peu. De façon assez étonnante, ce n’est qu’après sa rencontre avec les néoplatoniciens florentins qu’il décide de publier des écrits d’Aristote, dans les versions des humanistes du Quattrocento, assorties de commentaires qui visent à restaurer la sana intelligentia du philosophe. Ambitieux, Lefèvre conçut son corpus aristotélicien en réaction à l’enseignement scolastique, contre lequel il n’a pas de mots assez durs dans ses préfaces.

Reprenant les traductions partielles ou incomplètes données par Boèce et Bessarion, il tente de les débarrasser de ce que François Rabelais appelait « les gloses tant sales ». A l’époque, il espère encore rendre compatible la pensée d’Aristote avec la parole de l’Evangile.

Mais Lefèvre n’oublie pas pour autant Platon. En 1499, il publie les œuvres du Pseudo-Denys l’Aréopagite, un penseur néoplatonicien du VIe siècle qui était considéré à tort comme l’un des disciples du Christ. Il s’intéresse ensuite à Jean Damascène, à Nicolas de Cues et au mystique espagnol Raymond Lulle : des auteurs qui nourrirent la réflexion spirituelle des chrétiens français tout au long du siècle. Lefèvre mathématicien se retrouve dans l’approche de Nicolas de Cues, pour qui, comme pour Pythagore, les mathématiques ne sont que la science des proportions divines.

Paradoxalement, c’est à la suite de la lecture du Pseudo-Denys qu’il rejette ce qu’il a adoré, et ses commentaires suivants témoignent d’une grande méfiance envers le platonisme. En 1506, il publie, à la suite de la Politique, un résumé de la République et des Lois, intitulé Hécatonomies, dont la marge est fréquemment annotée d’un « stultitia » (bêtise) ou « semistultitia » (demi-bêtise). Dans ce traité, il regroupe les prescriptions de Platon qu’il approuve et celles qui doivent être condamnées.

Les Briçonnet

Guillaume Briçonnet, évêque de Saint-Malo.

A un moment donné, Jacques Lefèvre d’Etaples obtient la protection de la puissante famille Briçonnet.

C’est une véritable dynastie de diplomates, de bâtisseurs et de grands serviteurs du Royaume.

Guillaume Briçonnet (1445-1514) est un officier royal puis un ecclésiastique français, connu sous le nom de Cardinal de Saint-Malo. D’abord financier, il exerce la fonction de général des finances de Languedoc sous Louis XI.

A la mort de sa femme, il entre dans les ordres. Recommandé par Louis XI à son successeur, il est nommé secrétaire du Trésor. Il sera ministre d’Etat de Charles VIII et créé cardinal par le pape en 1495. Le 27 mai 1498, il couronne Louis XII à Reims.

Guillaume Briçonnet, évêque de Lodève, de Saint-Germain-des-Prés et de Meaux.

Guillaume Briçonnet a un fils éponyme né en 1470. En 1489, alors qu’il est étudiant à Paris, au Collège de Navarre (il n’a alors que 19 ans), Guillaume Briçonnet (fils) est nommé évêque de Lodève. Il deviendra également abbé de Saint-Guilhem-le-Désert en 1493.8

Il continue cependant à résider pour un temps à Paris afin de compléter sa formation, avec pour précepteur Josse Clichtove, par qui il fait la connaissance de Lefèvre d’Étaples et de son entourage. En 1495, succédant à son oncle Robert, archevêque de Reims, Guillaume Briçonnet devient l’un des deux présidents de la Chambre des Comptes à Paris et le restera jusqu’en 1507. Reçu chanoine de l’Église de Paris en 1503, il se fait construire une très belle demeure dans le cloître de Notre-Dame.

Nommé abbé de Saint-Germain-des-Prés en 1507, il appellera Lefèvre auprès de lui afin d’y promouvoir une réforme des moeurs des moines. Pour Lefèvre, c’est un moment de vérité. Ce qui apparaît alors avec force, c’est qu’il n’a jamais pratiqué la philosophie pour s’éloigner du religieux, au contraire, sa quête de vérité ne fut qu’une étape dans son élan conduisant vers Dieu. Prudent, lorsqu’il examine les doctrines des uns et des autres, il évite de prendre parti tout en poursuivant ses propres réflexions. Bien plus que d’Aristote ou de Platon, c’est de l’Evangile que Lefèvre tire son inspiration. Pour lui, l’étude des Saintes Ecritures doit être le couronnement de ses travaux, leur point d’aboutissement naturel.

Lefèvre veut se rapprocher de cette lumière qu’il voit au loin. On dira qu’il traverse une « crise mystique ». Longue est la liste des auteurs mystiques dont Lefèvre a publié les ouvrages. Depuis celui qu’il considérait comme le plus ancien de tous, Denys l’Aréopagite, elle va jusqu’au plus récent, Nicolas de Cues, en passant par Héraclite, Hermès Trismégiste, Jean Damascène, Raymond Lulle, Richard de Saint-Victor et Ruysbroeck l’admirable.

En 1509, Lefèvre publie un Psautier en cinq langues. Le choix de s’occuper d’abord du Psautier était avant tout de nature pastorale : il veut offrir aux moines un instrument efficace pour comprendre pleinement le contenu de leurs prières, mais aussi insister sur la centralité du rapport direct entre le fidèle et Dieu.

En 1511, de passage à Paris, Erasme rencontre Lefèvre. S’ils ont pu se critiquer l’un l’autre, ils se respectent mutuellement et partageront toute leur vie un engagement commun.

Lefèvre continue son offensive en publiant les Épîtres de Paul (1512), dont on sait qu’elles ont constitué l’un des terrains de bataille pour la Réforme en général et pour Luther en particulier (« la foi et les œuvres » ou « la foi seule » comme voie de salut).

Un point important rapproche nettement Lefèvre d’Erasme et l’éloigne clairement de Luther : son interprétation du libre arbitre. Pour le théologien picard, malgré l’état de misère et d’impuissance dans lequel le péché originel a jeté l’homme, celui-ci conserve la capacité, bien que réduite, d’accueillir le don de la grâce, de s’ouvrir au salut, de rejeter le mal et de choisir le bien. Il en découle une vision plus optimiste et sereine du processus du salut, véritablement ouvert et accessible à tous les hommes, en contraste avec l’interprétation sombre et angoissée du salut, que les réformés réservaient à quelques heureux élus.

Lefèvre éditeur de Nicolas de Cues

Page des oeuvres complètes de Nicolas de Cues
dans l’édition de 1514 de Jacques Lefèvre d’Etaples chez Josse Bade à Paris.
Nicolas de Cues.

Sa flamme mystique, Lefèvre la partage avec les Briçonnet, puis avec Marguerite de Navarre.

Et lorsqu’en 1514, Lefèvre fait imprimer à Paris les œuvres complètes de Nicolas de Cues, jusqu’alors uniquement publiées deux fois en Allemagne, il adresse son épître dédicatoire au frère de Guillaume, Denys Briçonnet, évêque de Toulon.

Selon Noëlle Balley,

Son imprimeur était Josse Bade, un flamand passionné originaire de Gand, formé chez les imprimeurs lyonnais. Pas toujours rigoureux, celui-ci publiait de nombreux humanistes, dont Sébastien Brant (La Nef des Fous), Erasme (Eloge de la Folie), Budé, etc.

François Ier et Marguerite de Navarre visitent l’imprimerie de Robert Estienne.

Son gendre était l’imprimeur humaniste et érudit Robert Estienne (1503-1559), fils de l’imprimeur Henri Estienne (1460-1520) (l’ancien). François Ier le nomme, avant 1539, imprimeur royal pour l’hébreu et le latin, ainsi que pour le grec à partir de 1544.

Cénacle de Meaux

La ville de Meaux (77).

À partir de 1518 le protecteur de Lefèvre, Guillaume Briçonnet, décide d’élire résidence dans son nouveau diocèse, à Meaux, où il compte mettre en œuvre une réforme pastorale inspirée de la ligne théologique esquissée par l’humaniste picard. Au cœur de ce projet se situait la volonté, qui était celle des humanistes, d’apporter le message essentiel de l’Évangile à tous les hommes, même les plus simples et les moins instruits, et de faciliter ainsi l’accès aux mystères de la foi, avec la conviction que l’intervention du Saint Esprit pouvait inspirer l’intelligence et le cœur des fidèles.

Ami et disciple de Lefèvre, Guillaume Briçonnet résout de faire prévaloir ses idées morales dans son diocèse. Et, ce qui est inhabituel à cette époque, il abandonne la vie de cour pour y vivre.

Toujours à la demande de Briçonnet, Lefèvre fonde alors le Cénacle de Meaux, foyer de réflexion et de réforme de l’Église de Meaux. Il s’agit de retourner aux sources du christianisme, vers l’enseignement originel du Christ, en répandant le Nouveau Testament en français : on « délatinise » les textes évangéliques.

Marguerite de Navarre. Huile sur toile, attribuée à Jean Clouet.

Nommé en 1520 vicaire de Guillaume Briçonnet, devenu évêque de Meaux, Lefèvre s’installe dans cette ville. En 1521, Briçonnet devient le directeur spirituel de la sœur du roi de France, Marguerite de Navarre, qui est acquise à la cause.

La même année, Briçonnet et Lefèvre attirent autour d’eux plusieurs théologiens et prédicateurs, dont le futur réformé Guillaume Farel, l’infatigable Gérard Roussel, le théologien flamand Josse Clichtove, l’hébraïsant François Vatable, l’éloquent Martial Mazurier, l’intrépide Michel d’Arande, Pierre Caroli, prédicateur célèbre, et Jean Lecomte de Lacroix. Puis d’autres viennent, élargissant le cénacle : Pierre de Sébiville, Aimé Mégret, le franciscain ami de Rabelais, Pierre Amy, et Jacques Groslot, bailli d’Orléans. Leur mot d’ordre, simple, est aussi celui de Marguerite de Navarre :

Marguerite de Navarre a côtoyé Léonard de Vinci lors de ses trois dernières années de vie (1516-1519) au château du Clos Lucé, à Amboise. Marguerite y avait vécu avec son époux Charles IV d’Alençon en 1509. Par la suite, elle y séjourna régulièrement avec sa mère Louise de Savoie et son frère François Ier, dans le voisinage immédiat de Léonard de Vinci.

Marguerite de Navarre, dessin attribué à François Clouet.

Elle était une protectrice influente des arts, tandis que Vinci était le « premier peintre » du roi. En 1546, Rabelais lui rend honneur en lui dédiant son Tiers Livre.

Une thèse récente, de Jonathan Reid, a montré que Marguerite était dès cette époque au cœur d’un vaste réseau incluant plus de deux cents membres de la cour, des diplomates, des prélats, des hommes de lettres. S’étendant bien au-delà de Paris et Meaux, ce réseau concernait aussi Alençon, Lyon, Grenoble, Bourges, Poitiers et Mâcon.

Les imprimeurs, parmi lesquels Augereau et Du Bois, mais aussi Simon de Colines, clandestin à Lyon, en faisaient partie. Au total, selon Reid, 450 éditions de 200 œuvres « évangéliques » seraient sorties des presses françaises grâce à la protection de Marguerite.11

Sur le terrain

Après avoir visité tout son diocèse, Briçonnet constate que la plupart des curés ne résident pas dans leur paroisse et que les desservants ne sont qu’à peine, voire pas du tout, formés en théologie. De plus, ils n’ont pas le temps d’enseigner leurs ouailles car ils doivent travailler, tous les revenus de la paroisse allant aux curés. Les seuls prêcheurs instruits sont les Cordeliers, qui se bornent souvent à promettre l’enfer aux mauvais chrétiens.

Dès 1518, Briçonnet entreprend de lutter contre la dépravation des mœurs et le relâchement de la discipline ecclésiastique en réformant en profondeur son diocèse. Il simplifie le culte, supprime l’adoration des images et des reliques et encourage les prédications pour raviver la foi. Il considère son diocèse comme une terre de mission, et le divise en 26 stations de neuf paroisses chacune. Mais, année après année, il constate l’insuffisance des mesures : plus de la moitié des desservants sont incapables d’effectuer convenablement la tâche qui leur est assignée. Il décide d’expulser les 53 plus inaptes et de former des prêtres. Les Cordeliers sont interdits de chaire.

Commentaires sur la langue grecque publié par Guillaume Budé chez Josse Bade à Paris.

A Meaux, le Cénacle fait tourner une imprimerie pour publier, parmi d’autres, les ouvrages de Lefèvre d’Étaples : Commentaires des quatre évangiles (en latin) en 1522, Ancien Testament (en français), Homélies, Épîtres, Évangiles, Actes des Apôtres (1523) et Psaumes (1524).

Les principaux instruments du renouveau religieux furent une plus grande attention à la sélection et l’éducation du corps sacerdotal, la restauration de l’autorité de l’évêque vis-à-vis des ordres religieux concurrents, le contrôle des chaires confiées à des prédicateurs fidèles à la doctrine christocentrique et fermement convaincus du principe de la justification par la foi seule, sur lequel Lefèvre insistait depuis des années dans ses écrits, ainsi que l’impression et la distribution de nombreux écrits et ouvrages destinés aux clercs et aux laïcs : il s’agissait de textes de piété centrés principalement sur la prière mentale et sur l’invitation à simplifier et à purifier les rituels traditionnels, ainsi que de versions latines et surtout françaises des Saintes Écritures.

Débarrassés des gloses inutiles, les textes sont commentés de vive voix pour de petits groupes de personnes ayant un peu d’instruction. Des prières en langage simple sont imprimées à destination du peuple, ainsi que des ouvrages de vulgarisation à partir de 1525. Les prêches, qui changent (on ne menace plus de l’enfer, on ne quête plus à la fin), ont du succès. La Picardie voisine, la Thiérache, le monastère de Livry-en-Aulnoy suivent la démarche fabriste.

Meaux fut un laboratoire pour d’autres diocèses du royaume, dans lesquels des évêques proches du réseau évangélique tentèrent de mettre en application le modèle de renouveau pastoral élaboré par Lefèvre et les siens. Mais si effectivement l’évangélisme devint un courant influent et respecté sous le règne de François Ier, ce fut grâce au soutien d’une partie de la cour qui, comme nous l’avons mentionné, faisait référence à Marguerite. L’appui politique, économique et diplomatique de la sœur du roi et de son réseau permit aux fabristes d’avoir un accès direct à la cour et d’influencer les choix de la couronne concernant la politique de tolérance à l’égard de « l’hérésie » et les nominations des évêques et des abbés.

La réaction

Un maître enseignant dans une salle de l’Université de la Sorbonne à Paris au Moyen Âge. D’après une miniature. XVIe siècle.

Le Cénacle de Meaux attire immédiatement les foudres des Cordeliers (qu’il a privés du produit de leurs quêtes) et des théologiens de la Sorbonne.

En avril 1521, les thèses de Luther, initialement bien reçues et étudiées, sont condamnées par l’Université de Paris. Clichtove fait défection (il rédige un ouvrage sur le culte des saints, proclame que « l’intelligence des laïcs ne pourra jamais comprendre le sens sublime enfermé dans les livres divins » que les plus doctes ont peine à comprendre).

Bien que la traduction de Lefèvre du Nouveau Testament s’appuie sur le texte de la Vulgate, elle y apporte une soixantaine de corrections d’après les originaux grecs. Les docteurs de Paris sont principalement irrités de « l’Épître exhortatoire » qu’il met en tête de la deuxième partie, où il recommande à tous les fidèles de lire l’Écriture sainte en langue vernaculaire, c’est-à-dire en français.

On défère onze propositions à la faculté. Les tribunaux ordonnent que le Nouveau Testament rn français de Lefèvre d’Étaples soit brûlé. Mais le roi, instruit de cette affaire dans laquelle il ne voit qu’une tracasserie du doyen de la Sorbonne, Noël Béda, intervient et Lefèvre, s’étant justifié en présence des prélats et des docteurs que la cour lui a donnés pour juges, sort avec honneur de cette attaque.

En octobre 1523, sous la pression, Briçonnet interdit les livres de Luther dans son diocèse et en 1524, il renvoie Farel, trop provocateur dans ses prêches, afin de pouvoir continuer son travail de diffusion de l’Évangile. À ses frais, il organise des lectures publiques de la Bible et en fait distribuer des traductions, qui gagnent la Normandie, la Champagne et la vallée de la Loire.

Cette première phase d’expansion du mouvement fabriste s’acheva vers 1525, lorsque, sous la régence, le parti conservateur imposa une politique répressive à l’égard des luthériens et des évangéliques, sans distinction.

L’heure des persécutions

Marguerite de Navarre conseillant son jeune frère, le roi François Ier.

En 1525, les bouleversements géopolitiques changent la donne en France. En premier lieu, c’est le piège tendu par les guerres d’Italie qui se referme sur François Ier. Le 24 février 1525, le roi est fait prisonnier à Pavie par les troupes de Charles Quint.

Du coup, il n’est plus en position de protéger l’évêque de Meaux. A cela s’ajoute qu’en mai, une bulle papale autorise un groupe composé de trois théologiens de la Sorbonne et d’un curé à traquer l’hérésie.

Alors que Lefèvre publie les Épîtres et Évangiles pour les 52 dimanches de l’année à venir, ses ennemis ont plus de succès avec une nouvelle attaque, profitant du trouble attisé dans le diocèse de Meaux par des prédicateurs indiscrets et des moines turbulents. Un procès s’ouvre devant la Sorbonne à l’initiative des Cordeliers, qui l’accusent de permettre à « l’hérésie » de se répandre.

Léon X, pape de 1513 à 1521, assiste à l’autodafé des livres de Martin Luther (1483-1546), sommé de se rétracter avant d’être excommunié en 1521. Gravure sur bois.

La même année, le parlement de Paris intente un procès contre Briçonnet. Par mesure d’apaisement, ce dernier autorise à nouveau les Cordeliers à prêcher, demande à ses curés de restaurer le culte des saints et de la Vierge, interdit les prêches aux plus extrêmes et prend sous sa protection personnelle les statues et images de saints. Jean Leclerc, un cardeur de laine converti aux idées nouvelles, est fouetté pour avoir placardé des affiches hostiles au pape.

Après à peine quatre ans d’existence, le cénacle de Meaux est dissous en 1525.

Pendant quelques mois, afin d’éviter les arrestations et les condamnations, Lefèvre et les siens sont contraints de quitter le royaume pour se réfugier à Strasbourg. Sur place, il renforce ses liens avec des protestants modérés tels que Capiton et Butzer, et fréquente Otto Brunfels, auquel le rattachait une attitude nicodémite, reconnaissant la légitimité de la dissimulation religieuse dans un contexte de persécution.

En 1526, avec le retour de François Ier, négocié avec l’Espagne par Marguerite de Navarre, et grâce à sa protection, ils sont de retour en France et parviennent à conserver des espaces de manœuvre pendant quelques années encore à la cour et dans le reste du royaume, par une intense activité d’impression et de diffusion d’écrits, ainsi qu’à travers une action systématique de prédication évangélique au cœur même de la capitale. Le roi accorde à Lefèvre le poste de bibliothécaire personnel à Blois et lui confie l’éducation de ses deux enfants.

Guillaume Briçonnet est pour sa part innocenté. En 1528, il participe au synode de Paris qui condamne le luthéranisme. Un an plus tard, François Ier sacrifie le prédicateur Louis de Berquin (1490-1529), un ami d’Érasme mais également traducteur de traités luthériens. Il est brûlé vif en place de Grève à Paris.

L’exil

Château de Nérac.

En 1530, Lefèvre choisit de quitter la cour pour se rendre auprès de sa protectrice, Marguerite de Navarre, à Nérac. Il y restera jusqu’à sa mort en 1536, préférant ne pas prendre position dans les disputes entre protestants et catholiques.

On ne peut le taxer de protestantisme, bien que ses commentaires sur le célibat des prêtres, le jeûne et les sacrements soient extrêmement sévères et préparent la voie réformée. Le terme d’« évangélisme » récemment proposé semble en revanche convenir à cette attitude de fidélité absolue à l’esprit et à la lettre des Écritures.

Marguerite de Navarre.

Marguerite de Navarre, il faut le souligner, est une lettrée.

Mais si elle connaît le latin et même le grec, elle est loin de maîtriser ces langues anciennes comme le fait Lefèvre, dont elle a pu suivre les leçons.

Pour des raisons religieuses, elle a même reçu des cours d’hébreu de Paul Paradis, surnommé le Canosse, qui deviendra plus tard lecteur du Collège royal. Elle fut très influencée par la pensée du Cénacle de Meaux, dont elle donne des exemples en particulier dans ses comédies profanes et ses poèmes.

Et selon un historien,

En 1531, l’érudit vénitien Jérôme Aléandre, ancien nonce devenu le persécuteur en chef d’Erasme pour la curie romaine, se montre fort bien informé sur la situation. Il regrette que Lefèvre reste sous l’influence de son ancien disciple Gérard Roussel, évêque d’Oloron.

L’ambition des conservateurs romains et français était alors de convaincre Lefèvre d’écrire une rétractation de ses erreurs et de se rendre à Rome pour obtenir sa pleine réintégration au sein de l’Église romaine.

Il n’en fut pas ainsi. Si Lefèvre ne pouvait plus afficher publiquement ses choix spirituels, il restait proche des positions de ses disciples Roussel et Marguerite qui, pendant tout le règne de François Ier, même après l’affaire des Placards, ne cessèrent de soutenir une troisième voie entre Rome et Genève. En 1534, Briçonnet meurt au château d’Esmans, près de Montereau-Fault-Yonne.

Conclusion

La Sainte Bible, édition en français, publié par Lefèvre d’Etaples à Anvers en 1525.

La traduction de La Sainte Bible par Lefèvre, basée sur le texte de la Vulgate, sera imprimée non pas en France, mais à Anvers en 1530.

Ce fut la première Bible en langue vernaculaire, qui servit de base à toutes les traductions françaises, modernes comprises.

Foyer de prédication, cet épicentre de l’humanisme chrétien que fut le Cénacle de Meaux, précurseur du « réformisme », eut une grande influence sur les humanistes et les écrivains de cette génération.

Marguerite protège François Rabelais (1483-1553) et l’encourage d’écrire Gargantua and Pantagruel. Ami de Rabelais, le célèbre poète Clément Marot, se met au service de Marguerite. Il est bientôt accusé d’hérésie et se réfugie à Nérac en 1535.

Henri IV.

Surnommée la « mère de la Renaissance », Marguerite de Navarre fut la mère de Jeanne d’Albret et donc la grand-mère d’Henri IV, le bon roi Henri qui, connaissant cette filiation intellectuelle et spirituelle, allait incarner cet idéal dans l’action.

C’est certainement en ayant à l’esprit l’œuvre du Cénacle de Meaux qu’il réussit, du moins en partie, à mettre fin aux guerres de Religions ravageant la France.

La paix inclusive qu’il organisa en France, basée sur la coïncidence des opposés théorisée par Nicolas de Cues, sera le modèle pour la Paix de Westphalie qui mit fin à la guerre de Trente Ans en 1648.

Bibliographie sommaire

  • ALONGE, Guillaume Jacques Lefèvre d’Étaples dans la crise religieuse du XVIe siècle, nord’ 2022/2 N° 80, pages 15 à 21, Éditions Société de Littérature du Nord.
  • BARNAUD, Jean
    — Jacques Lefèvre d’Etaples : la préparation, Etudes théologiques et religieuses, 11e année, N° 1, 1936.
    — Jacques Lefèvre d’Etaples, maître de philosophie, Etudes théologiques et religieuses, 11e année, N° 2, 1936.
    — Jacques Lefèvre d’Etaples (suite), Etudes théologiques et religieuses, 11e année, N° 3, 1936.
    — Jacques Lefèvre d’Etaples (suite et fin), Etudes théologiques et religieuses, 11e année, N° 4-5, 1936.
  • CHARLIER, Yvonne, Erasme et l’amitié, d’après sa correspondance, Editions Les Belles Lettres, Paris, 1977.
  • DE ROMILLY, Jacqueline, Cinq siècles d’hellénisme en France, Bulletin de l’Association Guillaume Budé, mars 1977.
  • EICHEL-LOJKINE, Patricia, Marguerite de Navarre, perle de la Renaissance, Perrin, Paris, 2021.
  • PERNOT, Jean-François, Jacques Lefèvre d’Etaples (1450 ? – 1536), Actes du colloque d’Etaples les 7 et 8 novembre 1992, Classiques Garnier, Paris, 1995.

NOTES:

  1. https://www.facinghistory.org/resource-library/agreement-catholic-church ↩︎
  2. file:///C:/Users/User/Desktop/alonge-2022-jacques-lefevre-detaples-dans-la-crise-religieuse-du-xvie-siecle.pdf ↩︎
  3. L’humanisme chrétien se différencie de « l’Humanisme séculier » (anti-religieux) et supposément « scientifique ». Une fois éliminé la dimension spirituelle, la dimension humaniste a fini également à la trappe. Julian Huxley, un des grands promoteurs de « l’humanisme séculier » a fini par inventer le terme « transhumaniste », une idéologie qu’il voyait capable de remplacer toutes les religions. Le millionnaire Jeffrey Epstein, tout comme les milliardaires Elon Musk, Larry Ellison et Peter Thiel en sont des adeptes. ↩︎
  4. file:///C:/Users/User/Desktop/Jacques%20LEtap/Romilly_Helle%CC%81nisme-France.pdf ↩︎
  5. Yvonne Charlier, Erasme et l’amitié, p. 100. https://books.openedition.org/pulg/3297 ↩︎
  6. Börje Knös, Un ambassadeur de l’hellénisme : Janus Lascaris et la tradition gréco-byzantine dans l’humanisme français, Uppsala, Almqvist & Wiksells, 1945. ↩︎
  7. Philippe. Monnier, Le Quattrocento. T. II, p. 82. ↩︎
  8. https://www.etudesheraultaises.fr/publi/evocation-de-guillaume-briconnet-eveque-de-lodeve-de-1489-a-1519/ ↩︎
  9. Heminjard, Correspondance des Réformateurs, t. I, p. 4, note. ↩︎
  10. https://theses.chartes.psl.eu/document/ENCPOS_1991_01 ↩︎
  11. Jonathan Reid, King’s Sister, Queen of Dissent : Marguerite de Navarre (1492-1549) and her Evangelical Network. Leyden, Brill, 2009 ; 2 vol. ↩︎
  12. Jean-Pierre Duteil. Marguerite de Navarre. Ellipses, 2021. hal-04186835. ↩︎
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La révolution du grec ancien, Platon et la Renaissance

Enseignement à l’Université de Bologne (Italie) avant 1400. Sans livres scolaires,
les élèves ont bien du mal à se concentrer.

Par Karel Vereycken,
peintre-graveur, zoographe, passionné d’histoire.
cet article en PDF

Des amis m’ont interrogé sur les conditions ayant conduit à la découverte de la philosophie grecque, en particulier les idées de Platon, et le rôle qu’a pu jouer la découverte du grec ancien pendant la Renaissance européenne.

On entend parfois dire que c’est à l’occasion des grands conciles œcuméniques de Ferrare et de Florence (1439) qu’en apportant avec lui les manuscrits grecs de Byzance, le cardinal Nicolas de Cues (Cusanus), avec ses amis Pléthon et Bessarion, aurait permis à l’Europe occidentale d’accéder aux trésors de la philosophie grecque, notamment en redécouvrant Platon dont les œuvres étaient perdues depuis des siècles.

C’est l’introduction par Nicolas de Cues de la vision positive de l’homme qui aurait suscité en partie la Renaissance. Comme preuve, le fait qu’après le Concile de Florence, les Médicis auraient été les premiers à financer la traduction de l’œuvre complète de Platon, une percée qui aurait permis à la Renaissance de devenir ce qu’elle est devenue.

Si tout ceci n’est pas entièrement faux, permettez-moi d’y apporter quelques précisions.

La Renaissance fut-elle le fruit du Concile de Florence ?

Coluccio Salutati, chancelier de Florence.

Pas vraiment. C’est le programme de renouveau des études grecques et hébraïques, lancé par Coluccio Salutati (1332-1406), futur chancelier de Florence, qui marqua le début du processus.

L’idée lui vient de Pétrarque et de Boccace. Avec Dante Alighieri (1265-1321), c’est sans doute le poète italien Pétrarque (1304-1374) qui incarne le mieux l’idéal qui animait les humanistes de la Renaissance.

Toute sa vie, il tenta de « retrouver le très riche enseignement des auteurs classiques dans toutes les disciplines et, à partir de cette somme de connaissances le plus souvent dispersées et oubliées, de relancer et de poursuivre la recherche que ces auteurs avaient engagée ». *

Après avoir suivi ses parents à Avignon, Pétrarque fit ses études à Carpentras où il apprit la grammaire, puis à Montpellier, la rhétorique, et enfin à Bologne, où il passa sept ans à l’école de jurisconsultes.

Cependant, au lieu d’étudier le droit qui ouvrait sur une belle carrière, Pétrarque, en secret, lira tous les classiques alors connus, notamment Cicéron et Virgile, malgré le fait que son père ait brûlé ses livres à l’occasion.

Barlaam de Seminara

L’évêque basilien Barlaam de Seminara, portant un sac d’épaule,
traverse une rivière. Haguenau, 1469. Encre et lavis sur papier.
Pétrarque

Sous le pontificat de Benoît XII, Pétrarque tenta d’acquérir les rudiments de la langue grecque grâce à un savant moine de l’ordre de Saint-Basile, Barlaam de Seminara (1290-1348), dit Barlaam le Calabrais, venu en 1339 à Avignon en tant qu’ambassadeur d’Andronic III Paléologue afin de tenter, en vain, de mettre un terme au schisme entre les Églises orthodoxe et catholique.

Philosophe, théologien et mathématicien, Barlaam, tout en ayant une connaissance limitée du grec et du latin, fut un des premiers à souhaiter que l’étude de la langue et de la philosophie grecques renaisse en Europe.

Dans son Traité sur sa propre ignorance et celle de beaucoup d’autres (1367), Pétrarque se déclara fier de ses manuscrits grecs – et de sa bibliothèque en général – et évoqua avec admiration Barlaam :

J’ai chez moi seize œuvres de Platon. Je ne sais pas si mes amis en ont jamais entendu nommer les titres […]. Et ce n’est là qu’une petite partie de l’œuvre de Platon, car j’en ai vu, de mes yeux, un grand nombre, en particulier chez le calabrais Barlaam, modèle moderne de sagesse grecque qui commença à m’enseigner le grec alors que j’ignorais encore le latin et qui l’aurait peut-être fait avec succès si la mort ne me l’eût ravi et n’eût fait obstacle à mes honnêtes projets, comme de coutume.

En 1350, c’est-à-dire deux ans après le décès de Barlaam, Pétrarque rencontra Boccace (1313-1375). Ce dernier, comme Pétrarque, se prit d’un vif amour pour le grec. Dans sa jeunesse, à Naples, il avait lui aussi rencontré Barlaam et appris quelques mots de grec, recopiant avec une émouvante maladresse des alphabets, des vers, y joignant la traduction latine et des indications de prononciation.

Le calabrais Léonce Pilate,
traducteur d’Euripide, d’Aristote et d’Homère.

Pour se remettre au grec, Boccace fit alors venir de Thessalonique un disciple de Barlaam, Léonce Pilate (mort en 1366), un personnage austère, laid et de fort mauvais caractère. Mais ce Calabrais lui expliqua l’Iliade et l’Odyssée d’Homère et lui traduisit seize dialogues de Platon. Comment se fâcher avec lui ?

Boccace le garda trois ans dans sa maison et fit créer pour lui, chose totalement nouvelle, une chaire de grec à Florence. Mais Pilate ne maîtrisait pas vraiment cette langue. Bien que se faisant passer pour un Grec de souche, l’homme n’avait qu’une maigre connaissance du grec ancien et ses traductions ne dépassèrent jamais le niveau du mot-à-mot. Quant aux leçons qu’il donna à Pétrarque, elles étaient si brutales qu’il l’en dégoûta pour toujours.

Ce qui ne l’empêchera pas, sur les instances de Boccace, de traduire l’Iliade et l’Odyssée d’Homère en latin à partir d’un manuscrit grec envoyé à Pétrarque par Nicolaos Sigeros, l’ambassadeur de Byzance à Avignon.

L’histoire étant ce qu’elle est, c’est grâce à cette traduction très imparfaite que l’Europe redécouvrit une des grandes œuvres fondatrices de sa culture !

Et sur ce terreau fragile s’élèvera une flamme qui va révolutionner le monde.

Ne fut-ce pas moi, écrit Boccace dans sa Généalogie des Dieux, qui eus la gloire et l’honneur de me servir le premier de vers grecs parmi les Toscans ? Ne fut-ce pas moi qui amenai par mes prières, Pilate à s’établir à Florence et qui l’y logeait ? J’ai fait venir à mes frais des exemplaires d’Homère et d’autres auteurs grecs alors qu’il n’en existait pas en Toscane. Je fus le premier des Italiens à qui fut expliqué, en particulier, Homère, et je le fis ensuite expliquer en public.

La chasse aux manuscrits

Le traité de Boccace, Des femmes célèbres. Il s’agit, dans la littérature européenne, de la première œuvre ne présentant que des biographies de femmes.

Ce qui importe, c’est qu’au cours de ces rencontres, Pétrarque créa un réseau culturel couvrant toute l’Europe, qui se prolongea jusqu’en Orient.

Il demanda alors à ses relations et amis, qui partageait son idéal humaniste, de l’aider à retrouver dans leur pays ou leur province, les textes latins des anciens que pouvaient posséder les bibliothèques des abbayes, des particuliers ou des villes. Au cours de ses propres voyages il retrouva plusieurs textes majeurs tombés dans l’oubli.

C’est à Liège (Belgique) qu’il découvrit le Pro Archia et à Vérone, Ad Atticum, Ad Quintum et Ad Brutum, tous de Cicéron. Lors d’un séjour à Paris, il mit la main sur les poèmes élégiaques de Properce, puis, en 1350, sur une œuvre du Quintilien. Dans un souci constant de restituer le texte le plus authentique, il soumet ces manuscrits à un minutieux travail philologique et leur apporte des corrections par rapprochements avec d’autres manuscrits. C’est ainsi qu’il recomposa la première et la quatrième décade de l’Histoire Romaine de Tite-Live à partir de fragments et qu’il restaura certains textes de Virgile.

Ces manuscrits, qu’il conserva dans sa propre bibliothèque, en sortirent par la suite sous forme de copies et devinrent ainsi accessibles au plus grand nombre. Tout en reconnaissant que « la vraie foie » manquait aux païens, Pétrarque estimait que lorsqu’on parle vertu, le vieux et le nouveau monde ne firent pas en lutte.

Le « Circolo di Santo Spirito »

Le couvent augustinien Santo Spirito de Florence.

A partir des années 1360, Boccace réunira un premier groupe d’humanistes connu sous le nom de « Circolo di Santo Spirito » (Cercle du Saint Esprit), emprunté au couvent augustinien florentin datant du XIIIe siècle.

Forme embryonnaire d’une université, son Studium Generale (reconnu en 1284) était alors au cœur d’un vaste centre intellectuel comprenant des écoles, des hospices et des réfectoires pour les indigents.

Avant son décès en 1375, Boccace, qui avait récupéré une partie de la bibliothèque de Pétrarque, léguera au couvent l’ensemble de cette précieuse collection de livres et manuscrits anciens.**

Ensuite, dans les années 1380 et au début des années 1390, un deuxième cercle d’humanistes s’y réunit quotidiennement dans la cellule du moine augustinien Luigi Marsili (1342-1394). Ce dernier, qui avait étudié la philosophie et la théologie aux universités de Paris et de Padoue, où il était déjà entré en contact avec Pétrarque en 1370, se lia rapidement d’amitié avec Boccace.

En fréquentant à partir de 1375 le Cercle du Saint Esprit, le futur chancelier de Florence Coluccio Salutati (1332-1406) s’éprit à son tour d’un amour infini pour les études grecques.

En invitant à Florence le savant grec Manuel Chrysoloras (1355-1415) pour y enseigner le grec ancien, c’est Salutati qui donnera l’impulsion décisive conduisant à la fin du schisme entre l’Orient et l’Occident et donc à l’unification des Églises, consacrée lors du Concile de Florence de 1439.

Un siècle avant Salutati, le philosophe et scientifique anglais Roger Bacon (1214-1294), un moine franciscain résidant à Oxford, auteur d’une de l’une des premières grammaires grecques, appela déjà de ses vœux une telle « révolution linguistique ».

Comme le précise Dean P. Lockwood dans son article Roger Bacon’s Vision of the Study of Greek (1919) :

« De toute évidence, le grec ancien était la clé de voûte du grand entrepôt des connaissances antiques, l’hébreu et l’arabe étant les deux autres. En outre, nous ne devons pas oublier qu’à l’époque de Bacon, la supériorité des anciens était un fait incontestable. Le monde moderne a surpassé les Grecs et les Romains dans d’innombrables domaines ; les penseurs médiévaux se rapprochaient encore du standard hellénique.« Trois choses étaient claires pour Roger Bacon : la nécessité de maîtriser la langue grecque, l’ignorance qu’on avait de cette langue à son époque et aussi, l’occasion réelle de pouvoir l’acquérir. On peut dire la même chose de l’hébreu, mais Bacon faisait passer, à juste titre, le grec en premier. Le programme de Bacon était simple :
1. Rechercher les Grecs byzantins natifs résidant en Europe, de préférence des grammairiens. Ils sont très peu nombreux, bien sûr, mais on peut les trouver dans les monastères grecs du sud de l’Italie.
2. A partir de ceux-ci et de toute autre source disponible, retrouver des livres en grec ancien. Si l’on réalisait ce programme, Bacon prophétisa avec confiance que les résultats ne se feraient pas attendre ».

Leonardo Bruni

Leonardo Bruni (manuscrit du XVe siècle).

Manuel Chrysoloras arriva à Florence à l’hiver 1397, un événement qui apparaîtra comme une nouvelle grande opportunité selon l’un de ses élèves les plus célèbres, le savant humaniste Leonardo Bruni (1369-1444). Celui-ci occupera le poste de chancelier de Florence lors du Concile qu s’y déroula. Bruni disait qu’il y avait beaucoup de professeurs de droit, mais que personne n’avait étudié le grec ancien en Italie du Nord depuis 700 ans.

En faisant venir Chrysoloras à Florence, Salutati permit à un groupe de jeunes, dont Bruni et Vergerio, la lecture d’Aristote et de Platon en grec original.

Aristote (la Logique) contre Platon (la Dialectique),
bas-relief de Luca della Robbia.

Jusque-là, en Europe, les chrétiens connaissaient les noms de Pythagore, Socrate et Platon par leurs lectures des pères de l’Eglise : Origène, Saint-Jérôme et Saint Augustin. Ce dernier, dans sa Cité de Dieu, n’hésite pas à affirmer que les « platoniciens », c’est-à-dire Platon et ceux qui ont assimilé son enseignement (Plato et qui eum bene intellexerunt), étaient supérieurs à tous les autres philosophes païens.

Comme nous l’avons démontré ailleurs, notamment dans notre étude sur Raphaël et l’École d’Athènes, c’est en grande partie la démarche philosophique optimiste et prométhéenne de Platon, pour qui la connaissance provient avant tout de la capacité d’hypothèse et non pas du simple témoignage des sens, comme le prétend Aristote, qui fournit la sève permettant à l’arbre de la Renaissance d’offrir à l’humanité tant de fruits merveilleux.

Le témoignage suivant, de l’imprimeur français Etienne Dolet, mort sur le bûcher à Paris en 1546, révèle bien que pour les humanistes, il s’agissait d’un projet civilisationnel décidé à faire reculer la barbarie en élevant l’homme « au-dessus de l’animal par son âme ».

Le cercle d’Ambrogio Traversari

Buste d’Ambrogio Traversari au couvent Sainte-Marie-des-Anges.

L’élève le plus célèbre de Chrysoloras fut Ambrogio Traversari (1386-1439) qui devint général de l’ordre des Camaldules. Aujourd’hui honoré comme un saint par son ordre, Traversari fut l’un des premiers à conceptualiser le type « d’humanisme chrétien » que promouvront le Cusain et plus tard Erasme de Rotterdam (qui forgea le concept de « Saint-Socrate » en unissant Platon aux Saintes Ecritures et aux Pères de l’Eglise), ainsi que celui qui se considérait comme son disciple, le bouillonnant François Rabelais.

Traversari, l’un des principaux organisateurs du Concile de Florence, fut également le protecteur personnel du grand peintre de la Renaissance Piero della Francesca et l’architecte du Dôme Filippo Brunelleschi.

Le couvent florentin Sainte-Marie-des-Anges.

Selon Vespasiano de Bisticci, l’historien de la cour d’Urbino, Traversari animait des séances de travail hebdomadaires sur Platon et la philosophie grecque au couvent florentin Sainte-Marie-des-Anges avec la fine fleur de l’humanisme européen dans le domaine des lettres, de la théologie, de la science, de la politique, de l’aménagement des villes et des territoires, de l’éducation et des beaux-arts. Parmi eux :

  • Le cardinal-philosophe allemand Nicolas de Cues ;
  • Paolo dal Pozzo Toscanelli, le célèbre médecin et cartographe, lui aussi ami et protecteur de Piero della Francesca et de Léonard de Vinci ;
  • L’érudit collectionneur de manuscrits Niccolò Niccoli, conseiller de Côme l’ancien, héritier de l’empire industriel et financier des Médicis. Considéré à l’époque comme l’homme le plus riche d’Occident, il fut l’un des mécènes du sculpteur Donatello ;
  • Aeneas Sylvius Piccolomini, le futur pape humaniste Pie II ;
  • Le secrétaire apostolique du pape Innocent VII puis de ses trois successeurs, Leonardo Bruni, élève de Chrysoloras. Il succèdera à Coluccio Salutati à la chancellerie de Florence (1410-1411 et 1427-1444).
  • L’homme d’Etat italien Carlo Marsuppini, passionné de l’Antiquité grecque et successeur de Bruni, à sa mort en 1444, au poste de chancelier de la République de Florence.
  • Le philosophe, antiquaire et écrivain Poggio Bracciolini. Après avoir conseillé pas moins de neuf papes (!), il est nommé chancelier de la République de Florence suite à la mort de Marsuppini en 1453 ;
  • L’homme politique et ambassadeur Gianozzi Manetti. Amoureux du grec ancien et de l’hébreu, son cercle comprend Francesco Filelfo, Palla Strozzi et Lorenzo Valla. Valla ;

Manuel Chrysoloras à Florence

L’érudit grec Manuel Chrysoloras,
dessin de Paolo Uccello.

Chrysoloras ne resta que quelques années à Florence, de 1397 à 1400. Tout comme à Bologne, Venise et Rome, il y enseigna les rudiments du grec ancien. Parmi les nombreux jeunes qui profiteront de ses cours, plusieurs de ses élèves comptèrent parmi les figures les plus marquantes du renouveau des études grecques dans l’Italie de la Renaissance.

Outre Leonardo Bruni et Ambrogio Traversari, on compte parmi eux Guarino da Verona et le banquier florentin Palla Strozzi (1372-1462), par la suite l’ami et protecteur du sculpteur et traducteur Lorenzo Ghiberti). A noter, le fait que Strozzi prit à sa charge une partie du traitement de Chrysoloras et fit venir de Constantinople et de Grèce les livres nécessaires à l’enseignement nouveau.

Chrysoloras se rendit à Rome à l’invitation de Bruni, à l’époque secrétaire du pape Grégoire XII. En 1408, le savant grec fut envoyé à Paris par l’empereur Manuel II Paléologue (1350-1425) pour une importante mission. En 1413, choisi pour y représenter l’Église d’Orient, il se rendit également en Allemagne pour une ambassade auprès de l’empereur Sigismond, dont l’objet est de décider du lieu du Concile sur l’union des églises, qui se tiendra à Constance en 1415.

Chrysoloras a traduit en latin les œuvres d’Homère et La République de Platon. Son Erotemata (Questions-réponses), qui fut la première grammaire grecque de base employée en Europe occidentale, circula d’abord sous forme de manuscrit avant d’être publiée en 1484.

Réimprimée à de multiples reprises, elle connut un succès considérable non seulement auprès de ses élèves à Florence, mais également auprès des humanistes les plus éminents de l’époque, dont Thomas Linacre à Oxford et Erasme lorsqu’il résida à Cambridge. Son texte devint le manuel de base des élèves du fameux « Collège Trilingue » créé en 1515 par Erasme à Louvain en Belgique.

Un cercle d’étude à la Renaissance.

Traversari rencontra Chrysoloras à l’occasion des deux séjours qu’il fit à Florence pendant l’été 1413, puis en janvier-février 1414, et le vieux lettré byzantin fut impressionné par la culture bilingue du jeune moine. Il lui adressera une longue lettre philosophique en grec sur le thème de l’amitié. Ambrogio lui-même exprima dans ses lettres la plus grande considération pour Chrysoloras et son émotion pour la bienveillance qu’il lui avait témoigna.

Notons également que le riche érudit humaniste Niccolò Niccoli, grand collectionneur de livres, ouvrit sa bibliothèque à Traversari et le mit en relation avec les cercles érudits de Florence (notamment Leonardo Bruni, et aussi Côme de Médicis dont il était le conseiller), de Rome et de Venise.

En 1423, le pape Martin V envoie deux lettres, l’une au prieur du couvent Sainte-Marie-des-Anges, le Père Matteo, l’autre à Traversari lui-même, exprimant son soutien au grand développement des études patristiques dans cet établissement, et tout particulièrement au travail de traduction des Pères grecs mené par Traversari.

Le pape avait en vue les négociations qu’il allait mener avec l’Église grecque : début 1423, son légat Antoine de Massa rapporta de Constantinople plusieurs manuscrits grecs qu’il confia à Traversari pour traduction : notamment l’Adversus Græcos de Manuel Calécas, et pour les classiques les Vies et doctrines des philosophes illustres de Diogène Laërce, qui ne sera longtemps diffusé que dans la traduction latine de Traversari.

C’est suite à ce travail que Traversari manifesta son intérêt à voir résolu le schisme entre les Eglises latine et grecque. Fin 1423, Niccolò Niccoli procura à Traversari un vieux volume contenant tout le corpus des anciens canons ecclésiastiques. Le savant moine exprima dans sa correspondance avec l’humaniste son enthousiasme de pouvoir se plonger dans la vie de l’Église chrétienne antique alors unie. Sur sa lancée il traduira en grec une longue lettre du pape Grégoire le Grand aux prélats d’Orient.

Bessarion et Pléthon furent-ils les premiers à introduire l’ensemble de l’œuvre de Platon en Europe ?

Giovanni Aurispa, traducteur de Platon.

Pas vraiment. Si Jean Bessarion (1403-1472) apporta effectivement en 1437 sa propre collection des « œuvres complètes de Platon » à Florence, elles avaient déjà été introduites plus tôt en Italie, notamment en 1423 par le Sicilien Giovanni Aurispa (1376-1459), le précepteur de Lorenzo Valla (un autre collaborateur du Cusain, avec lequel il dénonça la fraude de la « Donation de Constantin » et dont les travaux influenceront fortement Erasme). 

En 1421, Aurispa, travaillant avec Traversari, fut envoyé par le pape Martin V afin de servir de traducteur au marquis Gianfrancesco Gonzaga, en mission diplomatique auprès de l’empereur byzantin Manuel II Paléologue. Sur place, Aurispa gagna la faveur du fils et successeur de l’empereur, Jean VIII Paléologue (1392-1448), qui fit de lui son secrétaire. Deux ans plus tard, Aurispa accompagnera l’empereur byzantin dans une mission à la cour d’Europe.

Jean VIII Paléologue, ici représenté comme le roi Balthazar,
fresque de Benozzo Gozzoli.

Le 15 décembre 1423, 16 ans avant le Concile de Florence de 1439, Aurispa arriva à Venise avec la plus grande et la plus belle collection de textes grecs à pénétrer en Occident ; donc avant ceux apportés par Bessarion.

En réponse à une lettre de Traversari, il précisa avoir ramené 238 manuscrits. Ceux-ci contenaient toutes les œuvres de Platon, dont la plupart jusqu’alors n’étaient connues que très partiellement ou pas du tout en Occident, à quelques exceptions près. Par exemple, en Sicile, dès 1160, Henri Aristippe de Calabre (1105-1162) avait traduit en latin le Phèdre et le Ménon, deux dialogues de Platon.

Le virus du néo-platonisme

Les authentiques platoniciens (tels que Pétrarque, Traversari, Nicolas de Cues ou Erasme), s’opposèrent avec force aux « néo-platoniciens » (tels que Plotin, Proclus, Jamblique, le Ficin et autres Pic de la Mirandole) dont l’influence suscitera ce que l’on peut et doit appeler une « contre-Renaissance ».

Quelques siècles plus tard, le philosophe humaniste Leibniz mettra lui aussi fortement en garde contre les « néo-platoniciens » et exigera que l’on étudie Platon dans ses écrits originaux plutôt qu’à travers ses commentateurs, aussi brillants soient-ils :

« Non ex Plotino aut Marsilio Ficino, qui mira semper et mystica affectantes diceren tanti uiri doctrinam corrupere. » Il faut étudier Platon, dit-il, « mais non pas Plotin ou le Ficin, qui, en s’efforçant toujours de parler merveilleusement et mystiquement, corrompent la doctrine d’un si grand homme. »

Examinons maintenant, dans ce contexte, la figure de Pléthon, qui estimait que Platon et Aristote pouvaient jouer chacun leur propre rôle.

George Gemistos Pléthon,
fresque de Benozzo Gozzoli.

George Gemistos « Pléthon » (1355-1452), fut un disciple du neo-platonicien radical Michael Psellos (1018-1080).

Vers 1410, Gemistos ouvrit son académie « néo-platonicienne » à Mistra (près du site de l’ancienne Sparte) et ajouta « Pléthon » à son nom pour ressembler à Platon. A part Platon, il admirait aussi Pythagore et les « Oracles chaldéens », qu’il attribua à Zoroastre.

Alors que la plupart des écrits de Pléthon, soupçonné d’hérésie, furent brûlés, une partie de son œuvre finira entre les mains de son ancien élève, le cardinal Jean Bessarion. Ce dernier, avant de mourir, légua sa vaste collection de manuscrits et de livres à la bibliothèque Saint-Marc de Venise (ville où résidaient plus de 4000 Grecs). Parmi ces livres et manuscrits se trouvait le Résumé des Doctrines de Zoroastre et de Platon. Ce texte, un mélange de croyances polythéistes et d’éléments néo-platoniciens, était un résumé que Pléthon avait écrit en partant de l’œuvre de Platon, Les Lois.

Jean Bessarion, ce véritable humaniste qui participa au Concile de Ferrare (1437) et de Florence (1439), en tant que représentant des Grecs et a signa le décret de l’Union, il s’en tint au principe :

« J’honore et respecte Aristote, j’aime Platon » (colo et veneror Aristotelem, amo Platonem).

Pour lui, la pensée platonicienne ne serait acceptable pour le monde latin (Occident) que lorsqu’elle obtiendrait le même droit que la pensée aristotélicienne en apparaissant comme une interprétation irénique de l’aristotélisme, sans être en contradiction avec le christianisme.

Les Médicis financèrent-ils un programme intensif pour traduire les œuvres de Platon ?

Côme de Médicis.

En 1397, le banquier et industriel Giovannni « di Bicci » de’ Medici (1360-1429) fonda la Banque des Médicis. Giovanni possédait deux manufactures de laine à Florence et fut membre de deux guildes : l’Arte della Lana et l’Arte del Cambio. En 1402, il fut l’un des juges du jury qui sélectionna le projet du sculpteur Lorenzo Ghiberti pour les magnifiques bas-reliefs en bronze des portes du Baptistère de Florence.

En 1418, Giovanni di Bicci, souhaitant doter les Medicis de leur propre église familiale, confia à Filippo Brunelleschi, futur réalisateur du Duomo, la fameuse coupole de la cathédrale de Santa Maria del Fioro, le Duomo, le soin de transformer radicalement l’église basilique de San Lorenzo et chargea Donatello de réaliser les sculptures.

Politiquement, la puissante famille des Médicis, actifs dans la finance et l’industrie textile, n’accéda au pouvoir qu’en 1434, trois ans avant le Concile de Florence alors que la Renaissance battait déjà son plein.

Certes, le fils et héritier de Giovanni di Bicci, Cosimo (Côme) di Medici (1389-1464), connu comme l’homme le plus riche de son siècle, fut si enthousiasmé par les paroles de Pléthon qu’il acquit une bibliothèque complète de manuscrits grecs. Il lui acheta également un ensemble de 24 dialogues de Platon, ainsi qu’un exemplaire du Corpus Hermeticum d’Hermès Trismégiste l’Égyptien (entre 100 et 300 après JC.), trouvé en Macédoine par un moine italien, Leonardo de Pistoia.

Cosimo songea à faire traduire du grec ancien au latin la totalité des œuvres de Platon. Cependant, comme nous l’avons déjà dit, Leonardo Bruni (1369-1444), chancelier de la république florentine de 1427 à 1444, avait déjà traduit bien avant une grande partie des œuvres de Platon du grec ancien vers le latin.

Cosimo choisit comme traducteur Marsilio Ficino (1433-1499), le fils de son médecin personnel, âgé seulement de cinq ans au moment du Concile de Florence en 1439. Ayant de sérieux doutes sur les capacités du Ficin lorsque ce dernier lui offre en 1456 sa première traduction, Les institutions platoniques, Cosimo lui demanda de ne pas publier cet ouvrage et d’apprendre d’abord la langue grecque… que le Ficin apprit auprès du savant byzantin Jean Argyropoulos (1395 -1487), un élève aristotélicien de Bessarion.

Avancé en âge et gagné par la corruption, Cosimo lui donna finalement le poste. Il lui alloue une bourse annuelle, les manuscrits nécessaires et une villa à Careggi, un quartier de Florence, où le Ficin fonda son « Académie platonicienne » avec une poignée d’adeptes, parmi lesquels Angelo Poliziano (1454-94), Jean Pic de la Mirandole (1463-1494) et Cristoforo Landino (1424-1498).

Marsilio Ficino (à gauche) avec ses disciples.

L’Académie du Ficin, reprenant (comme il le dit lui-même) l’ancienne tradition néo-platonicienne de Plotin et de Porphyre organisait chaque année, le 7 novembre, un banquet cérémonial « négligé depuis mille deux cents ans ». Cette date correspondait, selon lui, à la fois à l’anniversaire de Platon et de sa mort.

Après le dîner, les participants lisaient le Symposium de Platon, puis chacun d’entre eux commentait l’un des discours de l’œuvre. Il s’agissait de démonstrations sans véritable dialogue et dépourvus de l’essence de toute vraie dialectique socratique : l’ironie.

En outre, il est à noter que la plupart des réunions de l’Académie du Ficin avaient lieu en présence de l’ambassadeur de Venise à Florence, en particulier le puissant oligarque Bernardo Bembo (1433-1519), père du cardinal « poète » Pietro Bembo, plus tard conseiller spécial du pape guerrier, le génois Jules II.

C’est cette alliance formée par la famille des Médicis, de plus en plus dégénérée, des Vénitiens et des néo-platoniciens qui permit de consolider une emprise oligarchique sur l’Église catholique romaine.

Les Médicis eurent peu de considération pour Léonard de Vinci dont ils jugeaient trop lente l’exécution de ses œuvres et ses fresques défaillantes techniquement. Déçu de n’obtenir aucune commande de la part du pape, Léonard se rendit en France où le roi François Ier l’attendait.

Giorgio Vasari, peintre médiocre, fut l’homme orchestre des Médicis. Dans sa Vies des peintres, il répandit le mythe que la Renaissance fut le bébé quasi-exclusif des ses employeurs.

Soulignons également qu’avant de traduire les œuvres de Platon, et à la demande expresse de Cosimo, le Ficin traduira d’abord (en 1462) les Hymnes orphiques, les Dictons de Zoroastre et le Corpus Hermeticum d’Hermès Trismégiste.

Ce n’est qu’en 1469 (trente ans après le Concile de Florence) que le Ficin achèvera ses traductions de Platon après une dépression nerveuse en 1468, décrite par ses contemporains comme une crise de « profonde mélancolie ».

En 1470, sous le titre plagié de Proclus, le Ficin écrivit sa Théologie platonicienne de l’immortalité des âmes. Bien que complètement gagné au néo-platonisme ésotérique, il devint prêtre en 1473 et écrira son Livre de la religion chrétienne sans renoncer à sa vision païenne néo-platonicienne, puisqu’il entreprit alors toute une nouvelle série de traductions des néo-platoniciens d’Alexandrie : les cinquante-quatre livres des Ennéades de Plotin ainsi que les œuvres de Porphyre et de Proclus.

Le Ficin, dans ses « Cinq questions concernant l’esprit », s’attaqua explicitement à la conception prométhéenne de l’homme :

Rien n’est plus déraisonnable que l’homme qui, par la raison, est le plus parfait de tous les animaux, non, de toutes les choses du ciel, le plus parfait, dis-je, par rapport à cette perfection formelle qui nous est donnée dès le commencement, que l’homme, également par la raison, devrait être le moins parfait de tous par rapport à cette perfection finale pour laquelle la première perfection est donnée. Cela semble être celui du plus malheureux Prométhée. Instruit par la sagesse divine de Pallas, il a pris possession du feu céleste, c’est-à-dire de la raison. C’est à cause de cette possession, sur le plus haut sommet de la montagne, c’est-à-dire à la place la plus élevée de la contemplation, qu’il est à juste titre jugé le plus misérable de tous, car il est rendu misérable par le rongement continuel du plus vorace des vautours, c’est-à-dire par le tourment de l’enquête… 

(…) Que disent les philosophes de ces choses ? Certainement que les Mages, disciples de Zoroastre et d’Ostanès, affirment quelque chose de similaire. Ils disent que, à cause d’une certaine vieille maladie de l’esprit humain, tout ce qui est très malsain et difficile nous arrive…

L’Académie néo-platonicienne florentine, soutenue par le flamboyant Lorenzo de Médicis (1449-1492) dit « Laurent le Magnifique », ne fut jamais à l’origine d’une quelconque Renaissance. Bien au contraire, elle servira d’opération « delphique » : défendre Platon pour mieux le détruire ; le louer en des termes tels qu’il en devienne discrédité.

Et surtout détruire l’influence de Platon en opposant la religion à la science, à un moment où Nicolas de Cues et ses partisans réussirent à fertiliser l’une avec la semence de l’autre. N’est-il pas étrange que le nom du Cusain n’apparaisse pas une seule fois dans les œuvres du Ficin ou de Pic de la Mirandole, si érudits ?

Infecté par ce néo-platonisme ésotérique, Thomaso Inghirami (1470-1516), le bibliothécaire en chef du pape Jules II, n’accomplira rien d’autre que cela en dictant au peintre Raphaël le contenu des Stanze (chambres) au Vatican quelques décennies plus tard.

La « mélancolie » néo-platonicienne, que l’ami d’Erasme, le peintre-graveur Albrecht Dürer, prendra comme thème de sa célèbre gravure, deviendra la matrice philosophique des romantiques, des symbolistes et de l’école dite moderne.

Quant à la révolution que susciteront les études grecques dans les sciences, j’ai eu l’occasion d’expliquer la question dans mon texte « 1512-2012 : De la cosmographie aux cosmonautes, Gérard Mercator et Gemma Frisius ».

Humanistes et traducteurs

Pour conclure, voici une courte liste de traducteurs (il en manque certainement) et des langues étrangères qu’ils maîtrisaient.

Remercions-les pour tout ce qu’ils nous ont apporté. Sans eux, l’homme n’aurait certainement pas pu poser le pied sur la Lune !

  • Cicéron, 106-43 av. JC. : italien, latin et grec ;
  • Philon d’Alexandrie, vers 20 av. JC- 45 apr. JC : hébreu, grec ;
  • Origène, v. 185-v. 253 après JC. : grec, latin ;
  • Saint Jérôme (de Stridon), 342-420 : italien, latin et grec ;
  • Boèce, 477-524 : italien, latin et grec ;
  • Bède le Vénérable, 672-735 : anglais, latin, grec et hébreu ;
  • Charlemagne, 742-814, parlait couramment le latin et connaissait le grec, l’hébreu, le syriaque et l’esclavon (l’ancien serbo-croate) ;
  • Jean Scot Erigène, 800-876 : irlandais, grec, arabe et hébreu ;
  • Hunayn ibn Ishaq, 809-873 : arabe, syriaque, persan et grec ;
  • Thabit ibn Qurra, 826-901 : syriaque, arabe et grec ;
  • Al-Fârâbi, 872-950 : farsi, sogdien et grec ;
  • Al-Biruni, 973-1048, chorasmien, farsi, arabe, syriaque, sanskrit, hindi, hébreu et grec ;
  • Héloïse, 1092-1141 : français, latin, grec et hébreu ;
  • Hugues de Saint Victor, 1096-1141 : français, latin, grec ;
  • Constantin l’Africain, XIe siècle. : arabe, latin, grec et italien ;
  • Jean Sarrazin, XIIe siècle : latin et grec ;
  • Henri Aristippe, 1105-1162 : italien, latin et grec ;
  • Gérard de Crémone, 1114-1187 : Italien, latin et arabe ;
  • Robert Grosseteste, 1168-1253 : anglais, latin et grec;
  • Michael Scot, 1175-1232 : écossais, latin, grec, hébreu et arabe;
  • Moïse de Bergame, XIIe siècle : italien, latin et grec ;
  • Burgundio de Pise, XIIe siècle : italien, latin et grec ;
  • Jacques de Venise, mort après 1147 : italien, latin et grec ;
  • Roger Bacon, 1214-1294 : anglais, latin, grec, hébreu, arabe et chaldéen ;
  • Guillaume de Moerbeke, 1215-1286 : flamand, latin et grec ;
  • Raymond Lulle, 1232-1315 : catalan, latin et arabe ;
  • Dante Alighieri, 1265-1321 : italien et latin
  • Léonce Pilate, (?-1366) : italien, latin et grec ;
  • Francesco Pétrarque, 1304-1374 : Italien, latin et notions de grec ;
  • Giovanni Boccaccio (Bocace), 1313-1375 : italien, latin et notions de grec ;
  • Coluccio Salutati, 1331-1406 : italien et latin ;
  • Geert Groote, 1340-1384 : néerlandais, latin, grec et hébreu ;
  • Florens Radewijns, 1350-1400 : néerlandais et latin ;
  • Manuel Chrysoloras, 1355-1415 : grec, latin et italien ;
  • Jacopo d’Angelo, 1360-1410, italien, latin, grec ;
  • Georgius Gemistus Pléthon, 1360-1452 : grec ;
  • Pier Paolo Vergerio (l’Ancien), 1370-1445 : italien, latin et grec ;
  • Leonardo Bruni, 1370-1441 : italien, latin, grec, hébreu et arabe ;
  • Guarino Guarini (de Vérone), 1370-1460 : italien, latin et grec ;
  • Palla di Onorio Strozzi, 1372-1462 : italien, latin et grec ;
  • Giovanni Aurispa, 1376-1459 : italien, latin et grec ;
  • Vittorino da Feltre, 1378-1446 : italien, latin et grec ;
  • Poggio Bracciolini, 1380-1459 : italien, latin et grec ;
  • Ambrogio Traversari, 1386-1439 : italien, latin et grec ;
  • Gianozzo Manetti, 1396-1459 : italien, latin, grec et hébreu ;
  • Jean Argyropoulos, 1395-1487 : grec, italien et latin ;
  • Georges de Trébizonde, 1396-1472 : grec, latin et italien ;
  • Tommaso Parentucelli (pape Nicolas V), 1397-1494 : italien et latin ;
  • Francesco Filelfo, 1398-1481 : Italien, latin et grec ;
  • Carlo Marsuppini, 1399-1453 : italien, latin et grec ;
  • Théodore de Gaza, 1400-1478 : grec et latin ;
  • Jean Bessarion, 1403-1472 : grec, latin et italien ;
  • Lorenzo Valla, 1407-1457 : italien, latin et grec ;
  • Nicolas de Cues, 1401-1464 : allemand, latin, grec et hébreu ;
  • John Wessel Gansfoort, 1419-1489 : néerlandais, latin, grec et hébreu ;
  • Georg von Peuerbach, 1423-1461 : allemand, latin et grec ;
  • Démétrios Chalcondyle, 1423-1511 : grec et latin ;
  • Marcilio Ficino, 1433-1499 : italien, latin et grec ;
  • Constantin Lascaris, 1434-1501 : grec, latin, italien ;
  • Regiomontanus, 1436-1476 : allemand, latin et grec ;
  • Alexander Hegius, 1440-1498 : néerlandais, latin et grec ;
  • Rudolf Agricola, 1444-1485 : néerlandais, latin, grec et hébreu ;
  • Janus Lascaris, 1445-1535 : grec et latin ;
  • William Grocyn, 1446-1519, anglais, latin et grec ;
  • Angelo Poliziano, 1454-1494 : italien, latin et grec ;
  • Johannes Reuchlin, 1455-1522 : allemand, latin, grec et hébreu ;
  • Thomas Linacre, 1460-1524 : anglais, latin et grec ;
  • Erasme de Rotterdam, 1467-1536 : néerlandais, français, latin et grec ;
  • Guillaume Budé, 1467-1540 : français, latin et grec ;
  • William Latimer, 1467-1545 : anglais, latin et grec ;
  • Willibald Pirckhimer, 1470-1530 : allemand, latin et grec ;
  • Marcus Musurus, 1470-1517, italien, latin et grec ;
  • Thomas More, 1478-1535 : anglais, latin et grec ;
  • Pietro Bembo, 1470-1547 : italien, latin et grec ;
  • Jérôme Aléandre, 1480-1542, italien, latin et grec;
  • François Rabelais, 1483-1553 : français, latin et grec ;
  • Germain de Brie, 1490-1538 : français, latin et grec;
  • Juan Luis Vivès, 1492-1540 : espagnol, latin, grec et hébreu.

* * * * *

NOTES :
*A. Artus et M. Maynègre, La Fontaine de Pétrarque, n° spécial consacré au 700e anniversaire de la naissance de François Pétrarque, Avignon, 2004.
**Dans son testament du 28 août 1374, Boccace avait prédisposé qu’à sa mort (advenue le 21 décembre 1375), une partie de sa riche bibliothèque (l’essentiel des textes latins et grecs, à l’exclusion donc des œuvres en langue vernaculaire) aille en héritage au frère augustin Martino da Signa et que celui-ci, à sa propre mort (survenue en 1387), la lègue intégralement à son institution d’appartenance, le couvent de Santo Spirito à Florence.

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