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Le Cénacle de Meaux et l’Humanisme chrétien à la Renaissance

« Tout ce qui se déroule quotidiennement dans ce pays vient d’un gouvernement qui se déclare ‘chrétien’. Depuis des semaines, non seulement les Juifs mais aussi des milliers de catholiques fidèles en Allemagne – et je pense dans le monde entier – attendent et espèrent que l’Eglise du Christ [l’Eglise catholique romaine] fasse entendre sa voix pour mettre un terme à cet abus du nom du Christ. Cette idolâtrie de la race et du pouvoir étatique, martelée chaque jour aux masses par la radio, n’est-elle pas une hérésie patente ? Tout cela n’est-il en contradiction totale avec l’attitude de notre Seigneur et Sauveur, qui, même sur la croix, priait pour ceux qui le persécutaient ? »1
Cette citation ressemble en bien des aspects à ce que de nombreux chrétiens ressentent aujourd’hui devant l’instrumentalisation du religieux pour justifier des guerres rapaces et sanguinaires présentées en « guerres justes », en particulier par des membres éminents de l’Administration Trump, notamment son ministre de la Guerre, Pete Hegseth.
L’histoire bégaie, car cette citation n’est pas d’aujourd’hui. Elle est extraite d’une lettre envoyée au pape en 1933 par Edith Stein, philosophe d’origine juive devenue carmélite, lorsque les catholiques allemands, minoritaires dans ce pays protestant, signent un Concordat avec Hitler. L’ennemi commun à combattre est désormais le bolchevisme. En échange de leur silence devant la barbarie nazie, Hitler leur offre sa gracieuse protection.
En France, à la même époque, le grand patronat, européiste avant l’heure, clamait : « Mieux vaut Hitler que le Front populaire ! »
Notre chance, aujourd’hui, est d’avoir un pape qui élève la voix. Et cette voix peut donner à chacun le courage pour enrayer la marche folle vers la guerre.
Le Dimanche des Rameaux, Léon XIV avait répété avec force que personne ne peut justifier la guerre au nom du Seigneur :
Dieu « n’écoute pas la prière de ceux qui font la guerre ». « Au contraire, est asservi à la mort celui qui a tourné le dos au Dieu vivant, pour faire de lui-même et de son propre pouvoir l’idole muette, aveugle et sourde. »
A la soif de pouvoir s’ajoute celle de l’argent, dénoncée lors de son voyage dans la Principauté de Monaco.
Au cours de sa première année de pontificat, le Pape a appelé à maintes reprises à une réconciliation « désarmée et désarmante ». Aux « seigneurs de la guerre » qui font de leur pouvoir « une idole muette, aveugle et sourde », il a opposé l’écoute d’une « mélodie plus grande que nous ». Cette harmonie sur laquelle danser quand le monde semble oublier même « la lumière ».
La venue du Pape Léon XIV en France
Dans un communiqué publié le 6 mai, le président de la Conférence des évêques de France confirme ce que beaucoup espéraient depuis un an : bien que cela reste à confirmer, Léon XIV pourrait venir en France fin septembre 2026, en faisant étape à Paris et à Lourdes.
C’est l’occasion pour nous d’évoquer un des sursauts les plus lumineux de notre pays, qui a connu son apogée en 1521, avec la création du Cénacle de Meaux par le philosophe-théologien Jacques Lefèvre d’Etaples (1450-1537), à la demande de son élève l’évêque Guillaume Briçonnet (1472-1534).
Ce n’était pas un cercle philosophique ou de prière. Il s’agissait en premier lieu de lire, d’étudier, de traduire et d’imprimer l’évangile en français et de former les ecclésiastiques à la prédication. La démarche était si simple, honnête et novatrice qu’elle dérangea profondément le pouvoir politique et religieux en place. Le Cénacle fut fermé après seulement quatre ans, ses animateurs furent persécutés et durent s’exiler. Ce n’est que grâce à la protection de Marguerite de Navarre (1492-1549) (encore appelée Marguerite d’Angoulême ou Marguerite de Valois-Angoulême), sœur de François Ier, gagnée à ce courant, que leurs grandes figures purent échapper aux flammes du bûcher.
Evangélisme de la Renaissance
Pour Guillaume d’Alonge, Jacques Lefèvre d’Etaples est
« le leader intellectuel et le fondateur de l’évangélisme français, un mouvement réformateur qui se développa dans les premières décennies du XVIe siècle, en parallèle de la Réforme protestante, avec laquelle il eut des points de contact importants ».2
Ce que certains nomment « l’évangélisme de la Renaissance » (à ne pas confondre avec l’évangélisme messianique américain, courant qui anime les va-t’en guerre d’aujourd’hui) correspond à un mouvement d’idées caractérisé par la valorisation de l’exégèse biblique.
Par différence avec l’évangélisme au sens le plus courant du terme, il ne se rapporte pas nécessairement à la Réforme protestante. Au contraire, de nombreux humanistes qui ne souhaitent pas rompre avec la papauté mais se déclarent néanmoins hostiles aux abus ecclésiastiques, comme Erasme de Rotterdam et François Rabelais, sont animés d’un désir de réforme sans schisme.
Si les catholiques ont voulu les éradiquer en les ignorant, les protestants ont toujours prétendu qu’ils étaient des leurs.
Comme Erasme, Jacques Lefèvre d’Etaples était certes réformiste mais n’a jamais envisagé de rompre avec l’Eglise catholique romaine, ainsi que le réclamaient Luter, Calvin et autres figures de la Réforme protestante. Les humanistes chrétiens de la Renaissance croyaient, peut-être avec naïveté, qu’en appelant à la raison, la curie romaine finirait par céder à leurs exigences en acceptant d’éradiquer la corruption et les abus qui polluaient gravement l’institution.
Humanisme
C’est en Italie, avec Pétrarque (1304-1374), que naît l’humanisme. Le poète commence par recueillir les inscriptions sur les vieilles pierres de Rome et poursuit dans les manuscrits sa quête des Anciens.
Avec son ami Boccace, il fera venir en Italie les savants byzantins pour ressusciter l’étude du grec et du latin. Si le terme humaniste désigne alors celui qui, par l’étude du grec et du latin « cultive les humanités » (studia humanitatis), les penseurs humanistes de la Renaissance n’abjurent pas pour autant leur foi chrétienne mais cherchent plutôt à marier les deux.
Une rupture très nette avec le pessimisme scolastique va alors s’opérer. Se concevant comme « créé à l’image vivant du Créateur », l’homme de la Renaissance, uomo universale, doué de raison et de libre arbitre, n’accuse plus le diable. C’est lui qui doit se démener pour surmonter ses mauvais penchants. Et s’il développe pleinement son potentiel créateur, c’est avant tout pour plaire au Créateur en mettant sa vie au service du bien public plutôt qu’à sa gloire personnelle.
En Europe du Nord, le courant des Frères et Soeurs de la vie commune et celui des béguines partent de la conviction que vie contemplative et vie active doivent se compléter et non s’opposer. Chacun doit vivre « à l’imitation du Christ ». C’est à Deventer, chez les Frères de la vie commune, qu’Erasme, inspiré par des enseignants comme Rodolphe Agricola, découvrira l’humanisme chrétien et les « bonnes lettres ».3
Le grec et les Grecs

Si l’étude du grec pénètre en Italie et aux Pays-Bas dès le début du XVe siècle, en France, les jeunes élites se bousculent pour assister, à partir de 1476, aux cours d’un exilé grec, Georges Hermonyme de Sparte, piètre pédagogue, rapace et maîtrisant peu sa propre langue.
Mais, comme le précise Jacqueline de Romilly:
« Hermonyme n’eut qu’un mérite : c’est d’être le premier. Le fait est qu’il eut pour élèves, (…) ou simplement par ses conseils, tous ceux qui devaient être la gloire de l’humanisme naissant : Reuchlin fut son élève, Lefèvre d’Etaples dit avoir profité de ses conseils, Erasme lui demanda des leçons, ainsi que Beatus Rhenanus – et surtout notre patron à tous, Guillaume Budé ».4
Deux autres Grecs jouent un rôle majeur pour le renouveau des études helléniques.

Et d’abord Constantin Lascaris (1434-1501). Elève de Jean Argyropoulos entre 1444 et 1553, il arrive en Occident vers 1460, après avoir été fait prisonnier durant l’occupation turque de Constantinople en 1453.
Après quelques courts séjours entre les îles grecques, il devient précepteur de la fille de Francesco Sforza à Milan, où il commence la rédaction de sa grammaire, l’Erotemata.
Outil essentiel pour l’apprentissage du grec, l’œuvre sera d’abord imprimée à Milan, puis éditée à deux reprises par Alde Manuce à Venise.

Constantin Lascaris se rend ensuite à Rome où il rencontre le plus grand protecteur des érudits grecs en Occident et de l’humanisme byzantin au sein du clergé, le cardinal Jean Bessarion (1403-1472), patriarche latin de Constantinople à partir de 1463.
Bessarion est un ami du cardinal Nicolas de Cues (1401-1464), avec lequel il collabore en particulier lors du Concile œcuménique de Ferrare/Florence, réuni pour mettre fin au schisme entre les Eglises d’Orient et d’Occident.
Jean Lascaris

L’autre érudit grec (sans parenté avec le premier) est Jean (Janus) Lascaris (1445-1535), lui aussi un protégé du cardinal Jean Bessarion qui le chargera de nombreuses missions, notamment de ramener des manuscrits précieux du Mont Athos en 1492.
Bien que né en Asie mineure et fréquentant les grands d’Italie, Lascaris se met au service de la France en tant qu’ambassadeur de Louis XII à Venise entre 1503 et 1508. Il y rejoint l’académie de l’imprimeur Alde Manuce (1449-1515) où lettrés d’Orient et d’Occident se retrouvent pour discuter et éditer les classiques.
Lorsqu’Erasme se rend alors à Venise chez l’imprimeur Alde Manuce pour publier ses Adages, œuvre magistrale visant à populariser toute la sagesse antique, Lascaris lui propose non seulement de l’accueillir chez lui, mais contribue lui-même à l’ouvrage.
Erasme, écrit l’historienne belge Yvonne Charlier, y rédige fiévreusement ses Adages
« avec l’aide d’une pléiade de savants distingués, parmi lesquels Jean-Baptiste Egnazio, membre de l’Académie aldine, et Jean Lascaris, réfugié grec, passionné de manuscrits et ambassadeur de Louis XII à Venise ».5
Travaille également avec Lascaris le jeune étudiant français Germain de Brie.
Quelques années plus tard, lorsqu’Erasme et Thomas More publient en 1516 l’Utopie, récit fictif d’un peuple (les Utopiens) qui tente de créer une société idéale fondée sur les principes définis par Platon dans sa République, ils avancent qu’ils doivent être d’origine grecque, puisque Lascaris « était leur seul grammairien ».
C’est à Venise que Jean Lascaris et Erasme entrevoient ensemble l’idée d’un Collège de langues. Pouvoir comparer les traductions de l’Evangile en hébreu et en grec était la condition sine qua non pour aboutir à une juste compréhension de son contenu.
Lascaris finira sa vie à Rome auprès du pape Léon X, qui le charge en 1514 d’y fonder le Collège grec du Quirinal. Erasme, contre vents et marées, et surtout contre les théologiens de la ville universitaire brabançonne de Louvain, y ouvrira le Collège Trilingue en 1517.
Lascaris s’occupe également de la Bibliothèque royale, installée à Blois dès 1501 par Louis XII, puis déménagée à Fontainebleau avec Guillaume Budé sous François Ier.

Par la suite, sur l’insistance de Budé, François Ier créera en 1530, sous patronage royal, le « Collège des Lecteurs royaux », permettant d’étudier le grec et toutes les matières rejetées par la Sorbonne.
La proximité de Lascaris avec Lefèvre d’Étaples a pu faire écrire que l’œuvre des grands érudits français, Budé, Scaliger, Casaubon, Lambin, Cujas, Estienne, paraissait
« être la continuation des écoles de Byzance et d’Alexandrie, plutôt qu’une émanation des courants venant d’Italie ».6
Resté caché aux Européens pendant des siècles, cet immense patrimoine – on pourrait dire une vaste civilisation qu’on redécouvre – prit donc le chemin du royaume de France grâce à des hommes tels que Lascaris, dont des disciples comme Lefèvre prirent la relève.
Jacques Lefèvre d’Etaples

Philosophe, mathématicien, musicologue et théologien, Jacques Lefèvre naît vers 1450 à Étaples, en Picardie, et décède en 1536 à Nérac (Lot-et-Garonne). Il latinisa son nom en Jacobus Faber Stupulensis, d’où le surnom de « fabristes » donné à ceux qui adhèrent à sa doctrine.
Il fait ses études à Paris où il obtient le grade de bachelier et de maître des arts. Puis il entre dans les ordres et devient prêtre, sans que l’on sache s’il a effectivement exercé cette fonction. D’un naturel doux et timide, de constitution fragile, d’un désintéressement qui le poussa à faire don de son patrimoine à ses frères et neveux pour s’adonner plus librement à l’étude, Jacques Lefèvre étudia surtout les lettres et la philosophie.
Ses études terminées, après avoir enseigné quelque temps les belles-lettres, le goût des voyages le prend. Il parcourt une partie de l’Europe, on prétend même que le désir d’étendre ses connaissances le conduit en Asie et en Afrique. Attiré par les vents du renouveau que faisait souffler la Renaissance sur toute l’Europe, Lefèvre se rend au moins à deux reprises en Italie où il effectue des longs séjours à Pavie, Padoue, Venise, Rome et Florence.
Avec sa traduction de Platon et d’Aristote, Leonardo Bruni (1370-1444) dota l’Italie, et avec elle, le monde savant, d’un cadre philosophique. L’humanisme italien prit parti pour Platon.
On attaqua Aristote, « sa métaphysique qui met le particulier avant le général, sa théologie qui, au Dieu créateur de Platon, substitue un dieu inactif, sa psychologie qui n’ose affirmer résolument l’immortalité de l’âme, sa morale qui fait résider la vertu non dans le bien, mais dans le juste milieu entre le bien et le mal ».7
En 1492, Lefèvre rencontre et discute avec les platoniciens et néo-platoniciens florentins, regroupés autour de Marsile Ficin, de son élève Jean Pic de la Mirandole, du Politien et d’Ermolao Barbaro.
En partant d’Hermès Trismégiste, Plotin, Jamblique et Cicéron, ce courant met en avant la prétendue complémentarité entre Platon et Aristote plutôt que leur opposition, espérant pouvoir concilier les doctrines des deux philosophes. Se plaçant au-dessus des deux camps, Jean Pic de la Mirandole préparait un grand ouvrage que la mort l’empêcha d’achever, la Concordia Platonis et Aristoteles, ramenant à une seule sagesse toutes les philosophies et toutes les religions, évidemment sous la tutelle du Vatican. Le néoplatonisme florentin exerce alors une grande influence sur toute une génération de prélats et d’ecclésiastiques.
Plus tard, en 1509, sous le pape guerrier Jules II, les néoplatoniciens dicteront à Raphaël le contenu des fresques de la Chambre de la Signature, où Pic de la Mirandole figure en excellente position. Dans son traité Les Cicéroniens, Erasme dénonce ces néoplatoniciens qui, au lieu de christianiser Platon, se servent de la philosophie antique pour rabaisser le christianisme à la barbarie païenne.
De retour à Paris en 1495, Lefèvre devient professeur au collège Cardinal Lemoine où il enseigne jusqu’en 1507, selon la mode d’alors, la philosophie, la géométrie, l’arithmétique, la grammaire, la géographie, la cosmographie et la musique.
Ses premiers ouvrages sont des commentaires sur Aristote, un philosophe grec que l’on citait souvent mais qu’on lisait assez peu. De façon assez étonnante, ce n’est qu’après sa rencontre avec les néoplatoniciens florentins qu’il décide de publier des écrits d’Aristote, dans les versions des humanistes du Quattrocento, assorties de commentaires qui visent à restaurer la sana intelligentia du philosophe. Ambitieux, Lefèvre conçut son corpus aristotélicien en réaction à l’enseignement scolastique, contre lequel il n’a pas de mots assez durs dans ses préfaces.
Reprenant les traductions partielles ou incomplètes données par Boèce et Bessarion, il tente de les débarrasser de ce que François Rabelais appelait « les gloses tant sales ». A l’époque, il espère encore rendre compatible la pensée d’Aristote avec la parole de l’Evangile.
Mais Lefèvre n’oublie pas pour autant Platon. En 1499, il publie les œuvres du Pseudo-Denys l’Aréopagite, un penseur néoplatonicien du VIe siècle qui était considéré à tort comme l’un des disciples du Christ. Il s’intéresse ensuite à Jean Damascène, à Nicolas de Cues et au mystique espagnol Raymond Lulle : des auteurs qui nourrirent la réflexion spirituelle des chrétiens français tout au long du siècle. Lefèvre mathématicien se retrouve dans l’approche de Nicolas de Cues, pour qui, comme pour Pythagore, les mathématiques ne sont que la science des proportions divines.
Paradoxalement, c’est à la suite de la lecture du Pseudo-Denys qu’il rejette ce qu’il a adoré, et ses commentaires suivants témoignent d’une grande méfiance envers le platonisme. En 1506, il publie, à la suite de la Politique, un résumé de la République et des Lois, intitulé Hécatonomies, dont la marge est fréquemment annotée d’un « stultitia » (bêtise) ou « semistultitia » (demi-bêtise). Dans ce traité, il regroupe les prescriptions de Platon qu’il approuve et celles qui doivent être condamnées.
Les Briçonnet

A un moment donné, Jacques Lefèvre d’Etaples obtient la protection de la puissante famille Briçonnet.
C’est une véritable dynastie de diplomates, de bâtisseurs et de grands serviteurs du Royaume.
Guillaume Briçonnet (1445-1514) est un officier royal puis un ecclésiastique français, connu sous le nom de Cardinal de Saint-Malo. D’abord financier, il exerce la fonction de général des finances de Languedoc sous Louis XI.
A la mort de sa femme, il entre dans les ordres. Recommandé par Louis XI à son successeur, il est nommé secrétaire du Trésor. Il sera ministre d’Etat de Charles VIII et créé cardinal par le pape en 1495. Le 27 mai 1498, il couronne Louis XII à Reims.

Guillaume Briçonnet a un fils éponyme né en 1470. En 1489, alors qu’il est étudiant à Paris, au Collège de Navarre (il n’a alors que 19 ans), Guillaume Briçonnet (fils) est nommé évêque de Lodève. Il deviendra également abbé de Saint-Guilhem-le-Désert en 1493.8
Il continue cependant à résider pour un temps à Paris afin de compléter sa formation, avec pour précepteur Josse Clichtove, par qui il fait la connaissance de Lefèvre d’Étaples et de son entourage. En 1495, succédant à son oncle Robert, archevêque de Reims, Guillaume Briçonnet devient l’un des deux présidents de la Chambre des Comptes à Paris et le restera jusqu’en 1507. Reçu chanoine de l’Église de Paris en 1503, il se fait construire une très belle demeure dans le cloître de Notre-Dame.
Nommé abbé de Saint-Germain-des-Prés en 1507, il appellera Lefèvre auprès de lui afin d’y promouvoir une réforme des moeurs des moines. Pour Lefèvre, c’est un moment de vérité. Ce qui apparaît alors avec force, c’est qu’il n’a jamais pratiqué la philosophie pour s’éloigner du religieux, au contraire, sa quête de vérité ne fut qu’une étape dans son élan conduisant vers Dieu. Prudent, lorsqu’il examine les doctrines des uns et des autres, il évite de prendre parti tout en poursuivant ses propres réflexions. Bien plus que d’Aristote ou de Platon, c’est de l’Evangile que Lefèvre tire son inspiration. Pour lui, l’étude des Saintes Ecritures doit être le couronnement de ses travaux, leur point d’aboutissement naturel.
« Dans le lointain, écrit-il, une lumière si brillante a frappé mes regards, que les doctrines humaines m’ont semblé des ténèbres en comparaison des études divines, tandis que celles-ci m’ont paru exhaler un parfum dont rien sur la terre n’égale la douceur. »9
Lefèvre veut se rapprocher de cette lumière qu’il voit au loin. On dira qu’il traverse une « crise mystique ». Longue est la liste des auteurs mystiques dont Lefèvre a publié les ouvrages. Depuis celui qu’il considérait comme le plus ancien de tous, Denys l’Aréopagite, elle va jusqu’au plus récent, Nicolas de Cues, en passant par Héraclite, Hermès Trismégiste, Jean Damascène, Raymond Lulle, Richard de Saint-Victor et Ruysbroeck l’admirable.
En 1509, Lefèvre publie un Psautier en cinq langues. Le choix de s’occuper d’abord du Psautier était avant tout de nature pastorale : il veut offrir aux moines un instrument efficace pour comprendre pleinement le contenu de leurs prières, mais aussi insister sur la centralité du rapport direct entre le fidèle et Dieu.
En 1511, de passage à Paris, Erasme rencontre Lefèvre. S’ils ont pu se critiquer l’un l’autre, ils se respectent mutuellement et partageront toute leur vie un engagement commun.
Lefèvre continue son offensive en publiant les Épîtres de Paul (1512), dont on sait qu’elles ont constitué l’un des terrains de bataille pour la Réforme en général et pour Luther en particulier (« la foi et les œuvres » ou « la foi seule » comme voie de salut).
Un point important rapproche nettement Lefèvre d’Erasme et l’éloigne clairement de Luther : son interprétation du libre arbitre. Pour le théologien picard, malgré l’état de misère et d’impuissance dans lequel le péché originel a jeté l’homme, celui-ci conserve la capacité, bien que réduite, d’accueillir le don de la grâce, de s’ouvrir au salut, de rejeter le mal et de choisir le bien. Il en découle une vision plus optimiste et sereine du processus du salut, véritablement ouvert et accessible à tous les hommes, en contraste avec l’interprétation sombre et angoissée du salut, que les réformés réservaient à quelques heureux élus.
Lefèvre éditeur de Nicolas de Cues

dans l’édition de 1514 de Jacques Lefèvre d’Etaples chez Josse Bade à Paris.

Sa flamme mystique, Lefèvre la partage avec les Briçonnet, puis avec Marguerite de Navarre.
Et lorsqu’en 1514, Lefèvre fait imprimer à Paris les œuvres complètes de Nicolas de Cues, jusqu’alors uniquement publiées deux fois en Allemagne, il adresse son épître dédicatoire au frère de Guillaume, Denys Briçonnet, évêque de Toulon.
Selon Noëlle Balley,
« le plus remarquable exemple de cette coopération entre érudits est l’édition des œuvres de Nicolas de Cues, dirigée par Lefèvre, et pour laquelle il fit rechercher et copier des manuscrits par tous ses correspondants, réalisant ainsi une véritable édition collective internationale ». 10
Son imprimeur était Josse Bade, un flamand passionné originaire de Gand, formé chez les imprimeurs lyonnais. Pas toujours rigoureux, celui-ci publiait de nombreux humanistes, dont Sébastien Brant (La Nef des Fous), Erasme (Eloge de la Folie), Budé, etc.
Son gendre était l’imprimeur humaniste et érudit Robert Estienne (1503-1559), fils de l’imprimeur Henri Estienne (1460-1520) (l’ancien). François Ier le nomme, avant 1539, imprimeur royal pour l’hébreu et le latin, ainsi que pour le grec à partir de 1544.
Cénacle de Meaux

À partir de 1518 le protecteur de Lefèvre, Guillaume Briçonnet, décide d’élire résidence dans son nouveau diocèse, à Meaux, où il compte mettre en œuvre une réforme pastorale inspirée de la ligne théologique esquissée par l’humaniste picard. Au cœur de ce projet se situait la volonté, qui était celle des humanistes, d’apporter le message essentiel de l’Évangile à tous les hommes, même les plus simples et les moins instruits, et de faciliter ainsi l’accès aux mystères de la foi, avec la conviction que l’intervention du Saint Esprit pouvait inspirer l’intelligence et le cœur des fidèles.
Ami et disciple de Lefèvre, Guillaume Briçonnet résout de faire prévaloir ses idées morales dans son diocèse. Et, ce qui est inhabituel à cette époque, il abandonne la vie de cour pour y vivre.
Toujours à la demande de Briçonnet, Lefèvre fonde alors le Cénacle de Meaux, foyer de réflexion et de réforme de l’Église de Meaux. Il s’agit de retourner aux sources du christianisme, vers l’enseignement originel du Christ, en répandant le Nouveau Testament en français : on « délatinise » les textes évangéliques.
Nommé en 1520 vicaire de Guillaume Briçonnet, devenu évêque de Meaux, Lefèvre s’installe dans cette ville. En 1521, Briçonnet devient le directeur spirituel de la sœur du roi de France, Marguerite de Navarre, qui est acquise à la cause.
La même année, Briçonnet et Lefèvre attirent autour d’eux plusieurs théologiens et prédicateurs, dont le futur réformé Guillaume Farel, l’infatigable Gérard Roussel, le théologien flamand Josse Clichtove, l’hébraïsant François Vatable, l’éloquent Martial Mazurier, l’intrépide Michel d’Arande, Pierre Caroli, prédicateur célèbre, et Jean Lecomte de Lacroix. Puis d’autres viennent, élargissant le cénacle : Pierre de Sébiville, Aimé Mégret, le franciscain ami de Rabelais, Pierre Amy, et Jacques Groslot, bailli d’Orléans. Leur mot d’ordre, simple, est aussi celui de Marguerite de Navarre :
« Connaître l’Evangile, suivre l’Evangile, et faire connaître partout l’Evangile. »
Marguerite de Navarre a côtoyé Léonard de Vinci lors de ses trois dernières années de vie (1516-1519) au château du Clos Lucé, à Amboise. Marguerite y avait vécu avec son époux Charles IV d’Alençon en 1509. Par la suite, elle y séjourna régulièrement avec sa mère Louise de Savoie et son frère François Ier, dans le voisinage immédiat de Léonard de Vinci.

Elle était une protectrice influente des arts, tandis que Vinci était le « premier peintre » du roi. En 1546, Rabelais lui rend honneur en lui dédiant son Tiers Livre.
Une thèse récente, de Jonathan Reid, a montré que Marguerite était dès cette époque au cœur d’un vaste réseau incluant plus de deux cents membres de la cour, des diplomates, des prélats, des hommes de lettres. S’étendant bien au-delà de Paris et Meaux, ce réseau concernait aussi Alençon, Lyon, Grenoble, Bourges, Poitiers et Mâcon.
Les imprimeurs, parmi lesquels Augereau et Du Bois, mais aussi Simon de Colines, clandestin à Lyon, en faisaient partie. Au total, selon Reid, 450 éditions de 200 œuvres « évangéliques » seraient sorties des presses françaises grâce à la protection de Marguerite.11
Sur le terrain
Après avoir visité tout son diocèse, Briçonnet constate que la plupart des curés ne résident pas dans leur paroisse et que les desservants ne sont qu’à peine, voire pas du tout, formés en théologie. De plus, ils n’ont pas le temps d’enseigner leurs ouailles car ils doivent travailler, tous les revenus de la paroisse allant aux curés. Les seuls prêcheurs instruits sont les Cordeliers, qui se bornent souvent à promettre l’enfer aux mauvais chrétiens.
Dès 1518, Briçonnet entreprend de lutter contre la dépravation des mœurs et le relâchement de la discipline ecclésiastique en réformant en profondeur son diocèse. Il simplifie le culte, supprime l’adoration des images et des reliques et encourage les prédications pour raviver la foi. Il considère son diocèse comme une terre de mission, et le divise en 26 stations de neuf paroisses chacune. Mais, année après année, il constate l’insuffisance des mesures : plus de la moitié des desservants sont incapables d’effectuer convenablement la tâche qui leur est assignée. Il décide d’expulser les 53 plus inaptes et de former des prêtres. Les Cordeliers sont interdits de chaire.

A Meaux, le Cénacle fait tourner une imprimerie pour publier, parmi d’autres, les ouvrages de Lefèvre d’Étaples : Commentaires des quatre évangiles (en latin) en 1522, Ancien Testament (en français), Homélies, Épîtres, Évangiles, Actes des Apôtres (1523) et Psaumes (1524).
Les principaux instruments du renouveau religieux furent une plus grande attention à la sélection et l’éducation du corps sacerdotal, la restauration de l’autorité de l’évêque vis-à-vis des ordres religieux concurrents, le contrôle des chaires confiées à des prédicateurs fidèles à la doctrine christocentrique et fermement convaincus du principe de la justification par la foi seule, sur lequel Lefèvre insistait depuis des années dans ses écrits, ainsi que l’impression et la distribution de nombreux écrits et ouvrages destinés aux clercs et aux laïcs : il s’agissait de textes de piété centrés principalement sur la prière mentale et sur l’invitation à simplifier et à purifier les rituels traditionnels, ainsi que de versions latines et surtout françaises des Saintes Écritures.
Débarrassés des gloses inutiles, les textes sont commentés de vive voix pour de petits groupes de personnes ayant un peu d’instruction. Des prières en langage simple sont imprimées à destination du peuple, ainsi que des ouvrages de vulgarisation à partir de 1525. Les prêches, qui changent (on ne menace plus de l’enfer, on ne quête plus à la fin), ont du succès. La Picardie voisine, la Thiérache, le monastère de Livry-en-Aulnoy suivent la démarche fabriste.
Meaux fut un laboratoire pour d’autres diocèses du royaume, dans lesquels des évêques proches du réseau évangélique tentèrent de mettre en application le modèle de renouveau pastoral élaboré par Lefèvre et les siens. Mais si effectivement l’évangélisme devint un courant influent et respecté sous le règne de François Ier, ce fut grâce au soutien d’une partie de la cour qui, comme nous l’avons mentionné, faisait référence à Marguerite. L’appui politique, économique et diplomatique de la sœur du roi et de son réseau permit aux fabristes d’avoir un accès direct à la cour et d’influencer les choix de la couronne concernant la politique de tolérance à l’égard de « l’hérésie » et les nominations des évêques et des abbés.
La réaction

Le Cénacle de Meaux attire immédiatement les foudres des Cordeliers (qu’il a privés du produit de leurs quêtes) et des théologiens de la Sorbonne.
En avril 1521, les thèses de Luther, initialement bien reçues et étudiées, sont condamnées par l’Université de Paris. Clichtove fait défection (il rédige un ouvrage sur le culte des saints, proclame que « l’intelligence des laïcs ne pourra jamais comprendre le sens sublime enfermé dans les livres divins » que les plus doctes ont peine à comprendre).
Bien que la traduction de Lefèvre du Nouveau Testament s’appuie sur le texte de la Vulgate, elle y apporte une soixantaine de corrections d’après les originaux grecs. Les docteurs de Paris sont principalement irrités de « l’Épître exhortatoire » qu’il met en tête de la deuxième partie, où il recommande à tous les fidèles de lire l’Écriture sainte en langue vernaculaire, c’est-à-dire en français.
On défère onze propositions à la faculté. Les tribunaux ordonnent que le Nouveau Testament rn français de Lefèvre d’Étaples soit brûlé. Mais le roi, instruit de cette affaire dans laquelle il ne voit qu’une tracasserie du doyen de la Sorbonne, Noël Béda, intervient et Lefèvre, s’étant justifié en présence des prélats et des docteurs que la cour lui a donnés pour juges, sort avec honneur de cette attaque.
En octobre 1523, sous la pression, Briçonnet interdit les livres de Luther dans son diocèse et en 1524, il renvoie Farel, trop provocateur dans ses prêches, afin de pouvoir continuer son travail de diffusion de l’Évangile. À ses frais, il organise des lectures publiques de la Bible et en fait distribuer des traductions, qui gagnent la Normandie, la Champagne et la vallée de la Loire.
Cette première phase d’expansion du mouvement fabriste s’acheva vers 1525, lorsque, sous la régence, le parti conservateur imposa une politique répressive à l’égard des luthériens et des évangéliques, sans distinction.
L’heure des persécutions

En 1525, les bouleversements géopolitiques changent la donne en France. En premier lieu, c’est le piège tendu par les guerres d’Italie qui se referme sur François Ier. Le 24 février 1525, le roi est fait prisonnier à Pavie par les troupes de Charles Quint.
Du coup, il n’est plus en position de protéger l’évêque de Meaux. A cela s’ajoute qu’en mai, une bulle papale autorise un groupe composé de trois théologiens de la Sorbonne et d’un curé à traquer l’hérésie.
Alors que Lefèvre publie les Épîtres et Évangiles pour les 52 dimanches de l’année à venir, ses ennemis ont plus de succès avec une nouvelle attaque, profitant du trouble attisé dans le diocèse de Meaux par des prédicateurs indiscrets et des moines turbulents. Un procès s’ouvre devant la Sorbonne à l’initiative des Cordeliers, qui l’accusent de permettre à « l’hérésie » de se répandre.

La même année, le parlement de Paris intente un procès contre Briçonnet. Par mesure d’apaisement, ce dernier autorise à nouveau les Cordeliers à prêcher, demande à ses curés de restaurer le culte des saints et de la Vierge, interdit les prêches aux plus extrêmes et prend sous sa protection personnelle les statues et images de saints. Jean Leclerc, un cardeur de laine converti aux idées nouvelles, est fouetté pour avoir placardé des affiches hostiles au pape.
Après à peine quatre ans d’existence, le cénacle de Meaux est dissous en 1525.
Pendant quelques mois, afin d’éviter les arrestations et les condamnations, Lefèvre et les siens sont contraints de quitter le royaume pour se réfugier à Strasbourg. Sur place, il renforce ses liens avec des protestants modérés tels que Capiton et Butzer, et fréquente Otto Brunfels, auquel le rattachait une attitude nicodémite, reconnaissant la légitimité de la dissimulation religieuse dans un contexte de persécution.
En 1526, avec le retour de François Ier, négocié avec l’Espagne par Marguerite de Navarre, et grâce à sa protection, ils sont de retour en France et parviennent à conserver des espaces de manœuvre pendant quelques années encore à la cour et dans le reste du royaume, par une intense activité d’impression et de diffusion d’écrits, ainsi qu’à travers une action systématique de prédication évangélique au cœur même de la capitale. Le roi accorde à Lefèvre le poste de bibliothécaire personnel à Blois et lui confie l’éducation de ses deux enfants.
Guillaume Briçonnet est pour sa part innocenté. En 1528, il participe au synode de Paris qui condamne le luthéranisme. Un an plus tard, François Ier sacrifie le prédicateur Louis de Berquin (1490-1529), un ami d’Érasme mais également traducteur de traités luthériens. Il est brûlé vif en place de Grève à Paris.
L’exil
En 1530, Lefèvre choisit de quitter la cour pour se rendre auprès de sa protectrice, Marguerite de Navarre, à Nérac. Il y restera jusqu’à sa mort en 1536, préférant ne pas prendre position dans les disputes entre protestants et catholiques.
On ne peut le taxer de protestantisme, bien que ses commentaires sur le célibat des prêtres, le jeûne et les sacrements soient extrêmement sévères et préparent la voie réformée. Le terme d’« évangélisme » récemment proposé semble en revanche convenir à cette attitude de fidélité absolue à l’esprit et à la lettre des Écritures.

Marguerite de Navarre, il faut le souligner, est une lettrée.
Mais si elle connaît le latin et même le grec, elle est loin de maîtriser ces langues anciennes comme le fait Lefèvre, dont elle a pu suivre les leçons.
Pour des raisons religieuses, elle a même reçu des cours d’hébreu de Paul Paradis, surnommé le Canosse, qui deviendra plus tard lecteur du Collège royal. Elle fut très influencée par la pensée du Cénacle de Meaux, dont elle donne des exemples en particulier dans ses comédies profanes et ses poèmes.
Et selon un historien,
« elle a aussi connaissance de Nicolas de Cues, auteur de la Docte ignorance, édité lui aussi par Lefèvre, de Saint Bonaventure, du Pseudo-Denys, en fait un moine syrien du Ve siècle ».12
En 1531, l’érudit vénitien Jérôme Aléandre, ancien nonce devenu le persécuteur en chef d’Erasme pour la curie romaine, se montre fort bien informé sur la situation. Il regrette que Lefèvre reste sous l’influence de son ancien disciple Gérard Roussel, évêque d’Oloron.
L’ambition des conservateurs romains et français était alors de convaincre Lefèvre d’écrire une rétractation de ses erreurs et de se rendre à Rome pour obtenir sa pleine réintégration au sein de l’Église romaine.
Il n’en fut pas ainsi. Si Lefèvre ne pouvait plus afficher publiquement ses choix spirituels, il restait proche des positions de ses disciples Roussel et Marguerite qui, pendant tout le règne de François Ier, même après l’affaire des Placards, ne cessèrent de soutenir une troisième voie entre Rome et Genève. En 1534, Briçonnet meurt au château d’Esmans, près de Montereau-Fault-Yonne.
Conclusion

La traduction de La Sainte Bible par Lefèvre, basée sur le texte de la Vulgate, sera imprimée non pas en France, mais à Anvers en 1530.
Ce fut la première Bible en langue vernaculaire, qui servit de base à toutes les traductions françaises, modernes comprises.
Foyer de prédication, cet épicentre de l’humanisme chrétien que fut le Cénacle de Meaux, précurseur du « réformisme », eut une grande influence sur les humanistes et les écrivains de cette génération.
Marguerite protège François Rabelais (1483-1553) et l’encourage d’écrire Gargantua and Pantagruel. Ami de Rabelais, le célèbre poète Clément Marot, se met au service de Marguerite. Il est bientôt accusé d’hérésie et se réfugie à Nérac en 1535.
Surnommée la « mère de la Renaissance », Marguerite de Navarre fut la mère de Jeanne d’Albret et donc la grand-mère d’Henri IV, le bon roi Henri qui, connaissant cette filiation intellectuelle et spirituelle, allait incarner cet idéal dans l’action.
C’est certainement en ayant à l’esprit l’œuvre du Cénacle de Meaux qu’il réussit, du moins en partie, à mettre fin aux guerres de Religions ravageant la France.
La paix inclusive qu’il organisa en France, basée sur la coïncidence des opposés théorisée par Nicolas de Cues, sera le modèle pour la Paix de Westphalie qui mit fin à la guerre de Trente Ans en 1648.
Bibliographie sommaire
- ALONGE, Guillaume Jacques Lefèvre d’Étaples dans la crise religieuse du XVIe siècle, nord’ 2022/2 N° 80, pages 15 à 21, Éditions Société de Littérature du Nord.
- BARNAUD, Jean
— Jacques Lefèvre d’Etaples : la préparation, Etudes théologiques et religieuses, 11e année, N° 1, 1936.
— Jacques Lefèvre d’Etaples, maître de philosophie, Etudes théologiques et religieuses, 11e année, N° 2, 1936.
— Jacques Lefèvre d’Etaples (suite), Etudes théologiques et religieuses, 11e année, N° 3, 1936.
— Jacques Lefèvre d’Etaples (suite et fin), Etudes théologiques et religieuses, 11e année, N° 4-5, 1936. - CHARLIER, Yvonne, Erasme et l’amitié, d’après sa correspondance, Editions Les Belles Lettres, Paris, 1977.
- DE ROMILLY, Jacqueline, Cinq siècles d’hellénisme en France, Bulletin de l’Association Guillaume Budé, mars 1977.
- EICHEL-LOJKINE, Patricia, Marguerite de Navarre, perle de la Renaissance, Perrin, Paris, 2021.
- PERNOT, Jean-François, Jacques Lefèvre d’Etaples (1450 ? – 1536), Actes du colloque d’Etaples les 7 et 8 novembre 1992, Classiques Garnier, Paris, 1995.
NOTES:
- https://www.facinghistory.org/resource-library/agreement-catholic-church ↩︎
- file:///C:/Users/User/Desktop/alonge-2022-jacques-lefevre-detaples-dans-la-crise-religieuse-du-xvie-siecle.pdf ↩︎
- L’humanisme chrétien se différencie de « l’Humanisme séculier » (anti-religieux) et supposément « scientifique ». Une fois éliminé la dimension spirituelle, la dimension humaniste a fini également à la trappe. Julian Huxley, un des grands promoteurs de « l’humanisme séculier » a fini par inventer le terme « transhumaniste », une idéologie qu’il voyait capable de remplacer toutes les religions. Le millionnaire Jeffrey Epstein, tout comme les milliardaires Elon Musk, Larry Ellison et Peter Thiel en sont des adeptes. ↩︎
- file:///C:/Users/User/Desktop/Jacques%20LEtap/Romilly_Helle%CC%81nisme-France.pdf ↩︎
- Yvonne Charlier, Erasme et l’amitié, p. 100. https://books.openedition.org/pulg/3297 ↩︎
- Börje Knös, Un ambassadeur de l’hellénisme : Janus Lascaris et la tradition gréco-byzantine dans l’humanisme français, Uppsala, Almqvist & Wiksells, 1945. ↩︎
- Philippe. Monnier, Le Quattrocento. T. II, p. 82. ↩︎
- https://www.etudesheraultaises.fr/publi/evocation-de-guillaume-briconnet-eveque-de-lodeve-de-1489-a-1519/ ↩︎
- Heminjard, Correspondance des Réformateurs, t. I, p. 4, note. ↩︎
- https://theses.chartes.psl.eu/document/ENCPOS_1991_01 ↩︎
- Jonathan Reid, King’s Sister, Queen of Dissent : Marguerite de Navarre (1492-1549) and her Evangelical Network. Leyden, Brill, 2009 ; 2 vol. ↩︎
- Jean-Pierre Duteil. Marguerite de Navarre. Ellipses, 2021. hal-04186835. ↩︎
Karel Vereycken Celebrated in « 100 Artists of Europe » Book

The art work of Franco-Belgian painter engraver Karel Vereycken is featured in the just released book « 100 Artists of Europe » published by Culturale Lab. The artist is honored to be part of this initiative celebrating creativity across our continent ! #100ArtistsOfEurope #EuropeanArt #CultureAndArt



Karel Vereycken wins Honorable Mention in landscape contest


On May 7, 2026, Franco-Belgian painter engraver Karel Vereycken, was informed he won a « Honorable Mention Award » in the « 13th Landscape » international juried Art competion of Teravarna.

Be the Peace You Want For All

Cyrus le Grand, l’Iran et le dialogue des civilisations

Par Karel Vereycken
En réponse au tweet publié début avril par Pete Hegseth, le secrétaire américain à la guerre, menaçant de renvoyer l’Iran « à l’âge de pierre », l’ambassade iranienne d’Afrique du Sud a répondu par ce petit commentaire très ferme mais riche en solutions diplomatiques potentielles :
« Quand vous étiez encore dans des grottes à la recherche du feu, nous inscrivions les droits de l’homme sur le cylindre de Cyrus. Nous avons enduré la tempête d’Alexandre le Grand et l’invasion des Mongols et nous avons perduré ; car l’Iran n’est pas seulement un pays, c’est une civilisation. »

Décryptons
Cyrus II (le Grand) est le fondateur de l’Empire perse achéménide, en 552 av. J.-C.
C’est sa prise de Babylone, en 539 av. J.-C., qui inaugure l’ère impériale de la Perse. En mettant fin à l’empire babylonien, jusque-là maître de l’Asie occidentale, Cyrus fonde un empire s’étendant de l’Inde à l’Est à Carthage à l’Ouest, et du Caucase et du Danube au Nord à l’Ethiopie au Sud.
Avec 5,5 millions de km2 de territoire, l’empire perse comptait environ 50 millions d’habitants, soit 40 % de la population mondiale.

L’empire perse est le premier en date des empires indo-européens. Avec ses 20 gouverneurs (satrapes) de provinces, son mode d’organisation décentralisé a parfois servi de modèle aux empires grec et romain, et évidemment à ceux des Anglo-Saxons, des Français, des Espagnols, etc.
L’acte fondateur de l’empire perse est la publication du célèbre « édit » du roi Cyrus, dont un exemplaire gravé en caractères cunéiformes sur un cylindre en terre cuite a été retrouvé à Babylone en 1879. Il est conservé au British Museum de Londres.

Cet édit est d’une valeur incomparable, puisqu’il constitue la première déclaration des droits de l’homme dans l’histoire de l’humanité. Par cet édit, Cyrus le Grand abolit le travail forcé et proclame solennellement l’égalité des droits pour tous les membres de l’empire, ainsi que la liberté de culte et de croyances pour tous les individus.
Que l’ambassade iranienne ait répondu de la sorte est donc très intéressant. Bien sûr, l’honneur de la grande civilisation iranienne se rit de l’ignorance crasse de l’administration Trump. Mais en même temps, en évoquant le cylindre de Cyrus, l’Iran, s’inspirant d’une conception supérieure, tend une perche pour une solution négociée et, implicitement, pour la possibilité d’un avenir de nouveau partagé.
Voyons pourquoi
- Bien que les archéologues et les historiens spécialistes du Proche-Orient rejettent généralement ces interprétations comme anachroniques, le cylindre fut adopté comme symbole par le shah Mohammad Reza Pahlavi, qui l’a présenté comme la « première charte des droits de l’homme », puis exposé à Téhéran en 1971 pour célébrer le 2500e anniversaire de l’Empire iranien.
- La même année, l’ONU l’a traduit dans toutes ses langues officielles et en a fait un précurseur de la Déclaration des droits de l’homme. Son retour à l’Iran en 2010 est considéré comme un grand événement commémoré dans la république islamique d’Iran, dont le président de l’époque, Mahmoud Ahmadinejad, en fait une source d’inspiration guidant le combat pour les opprimés. Trois ans plus tard, c’est cette fois-ci aux États-Unis que le cylindre est présenté et loué comme un symbole de liberté. Plus récemment, le 6 novembre 2025, la 43e Conférence générale de l’UNESCO a officiellement reconnu, à l’unanimité de ses États membres, le Cylindre de Cyrus (toujours considéré comme la première déclaration des droits de l’homme au monde) comme symbole mondial de liberté, de justice et de respect de la diversité culturelle.
- Les relations entre Iraniens et Juifs remontent à l’Antiquité. L’un des épisodes les plus glorifiés par l’identité iranienne est la libération des Juifs de Babylone par… Cyrus II le Grand, geste consigné et gravé sur le fameux cylindre et preuve d’ouverture et de tolérance. La Bible donne d’ailleurs une interprétation très favorable du règne de Cyrus, que le livre d’Esdras présente comme celui qui a permis le « retour à Sion » du peuple juif, après sa captivité à Babylone.
La communauté juive en Iran est estimée aujourd’hui entre 8000 et 12 000 personnes, ce qui en fait la plus importante du Moyen-Orient après Israël, bien qu’en forte baisse depuis 1979 (environ 100 000 avant la révolution). Début avril, se laissant guidé par l’IA sans vérification humaine, Israël a bombardé la synagogue de Téhéran. L’armée israélienne a exprimé ses « regrets » pour les dégâts causés par cette frappe nocturne ayant visé selon elle « un haut commandant militaire » iranien.
Dialogue des civilisations

Évoquer le cylindre de Cyrus revient donc à tendre une perche : la perspective d’un dialogue inter-culturel, inter-religieux et inter-civilisationnel, posant les bases d’une solution pacifique à de nombreux conflits autrement insolubles, autant à l’intérieur du pays (avec les partisans d’un retour de la dynastie Pahlavi) qu’à l’extérieur (avec Israël, les chrétiens et l’Occident en général).
Depuis des millénaires au carrefour des Routes de la soie, l’ADN de la civilisation iranienne n’est pas le terrorisme et la déstabilisation, mais bien un combat pour la justice, le respect et l’ouverture aux autres.
Un an après les célébrations iraniennes du Cylindre de Cyrus, en 1971, le professeur autrichien Hans Köchler, président de l’International Progress Organization (IPO), fidèle ami et collaborateur de l’Institut Schiller et de sa fondatrice Helga Zepp-LaRouche, a pris sa plume pour proposer à l’UNESCO d’organiser
« un congrès international au sujet des problèmes résultant du dialogue entre les différentes civilisations. »
Durant des années, Hans Köchler, par d’innombrables présentations, conférences et colloques dans le monde entier, notamment en Iran, fera un travail exceptionnel pour populariser le concept, avant d’être repris et soutenu par l’Institut Schiller. Sous les auspices de la présidence autrichienne et sénégalaise, un grand colloque a eu lieu en 1974 à Innsbruck, en Autriche.
En 1997, en opposition à la théorie du « choc des civilisations », la thèse du géopoliticien Bernard Lewis vulgarisée par Samuel P. Huntington, le président iranien Mohammad Khatami placera le dialogue entre les civilisations au cœur de son mandat. C’est sur sa suggestion que l’ONU, en 1998, déclara l’année 2001 comme « l’année du Dialogue entre civilisations ».
Le concept revient aujourd’hui sur la table. Saurons-nous nous mettre au diapason de l’ADN iranien ou resterons-nous à « l’âge de pierre » moral ?
Cyrus the Great, Iran and the Dialogue of Civilizations

Responding to a tweet posted in early April by Pete Hegseth, the US « Secretary of War », threatening to send Iran « back to the Stone Age, » the Iranian embassy in South Africa replied with this short but firm comment, rich in potential diplomatic solutions:
“At a time when you where still in caves searching for fire, we were inscribing human rights on the Cyrus Cylinder. We endured the storm of Alexander the Great and the Mongol invasions and remained; because Iran is not just a country, it is a civilization.«
History
Cyrus II (the Great) was the founder of the Achaemenid Persian Empire in 552 BC. It was his capture of Babylon in 539 BC that inaugurated the imperial era of Persia. By ending the Babylonian empire, which had until then ruled Western Asia, Cyrus founded an empire stretching from India in the East to Carthage in the West, and from the Caucasus and the Danube in the North to Ethiopia in the South.

With 5.5 million km² of territory, the Persian Empire had approximately 50 million inhabitants, representing 40% of the world’s population. The Persian Empire is the earliest of the Indo-European empires.
With its 20 provincial governors (satraps), its decentralized mode of organization sometimes served as a model for the Greek and Roman empires, and obviously for those of the Anglo-Saxons, the French, the Spanish, etc.
The founding act of the Persian Empire was the publication of the famous « edict » of King Cyrus, a copy of which, engraved in cuneiform characters on a terracotta cylinder, was found in Babylon in 1879. It is kept in the British Museum in London.

This edict is of unparalleled value, as it constitutes the first declaration of human rights in human history. Through this edict, Cyrus the Great abolished forced labor and solemnly proclaimed equal rights for all members of the empire, as well as freedom of worship and belief for all individuals. The fact that the Iranian embassy responded in this way is therefore very interesting. Of course, the honor of Iran’s great civilization scoffs at the Trump administration’s blatant ignorance.
But at the same time, by invoking the Cyrus cylinder, Iran, drawing on a higher concept, extends an olive branch for a negotiated solution and, implicitly, for the possibility of a shared future once again.
Let’s see why
- Although archaeologists and historians specializing in the Near East generally reject these interpretations as anachronistic, the cylinder was adopted as a symbol by Shah Mohammad Reza Pahlavi, who presented it as the « first charter of human rights, » and then exhibited in Tehran in 1971 to celebrate the 2500th anniversary of the Iranian Empire.
- That same year, the UN translated it into all its official languages and recognized it as a precursor to the Universal Declaration of Human Rights. Its return to Iran in 2010 was a major event commemorated in the Islamic Republic of Iran, where then-President Mahmoud Ahmadinejad cited it as a source of inspiration guiding the struggle for the oppressed. Three years later, the cylinder was presented and praised in the United States as a symbol of freedom. More recently, on November 6, 2025, the 43rd UNESCO General Conference unanimously recognized the Cyrus Cylinder (still considered the world’s first declaration of human rights) as a global symbol of freedom, justice, and respect for cultural diversity.
- Relations between Iranians and Jews date back to antiquity. One of the episodes most celebrated in Iranian identity is the liberation of the Jews from Babylon by Cyrus the Great, an act recorded and engraved on the famous cylinder seal, a testament to openness and tolerance. The Bible, moreover, offers a very favorable interpretation of Cyrus’s reign, which the Book of Ezra presents as the one that enabled the Jewish people’s « return to Zion » after their captivity in Babylon. The Jewish community in Iran is estimated today to number between 8,000 and 12,000 people, making it the largest in the Middle East after Israel, although its numbers have declined sharply since 1979 (around 100,000 before the revolution). In early April, guided by AI without human verification, Israel bombed the Tehran synagogue. The Israeli army expressed its « regret » for the damage caused by this nighttime strike, which it claimed targeted a « senior Iranian military commander. »
Dialogue of Civilizations
To evoke the Cyrus cylinder is therefore to extend, from a higher standpoint, an olive branch: the prospect of an intercultural, inter-religious and inter-civilizational dialogue, laying the foundations for a peaceful solution to many otherwise insoluble conflicts, both within the country (with the supporters of a return of the Pahlavi dynasty) and outside (with Israel, Christians and the West in general).
For millennia at the crossroads of the Silk Roads, the DNA of Iranian civilization has not been terrorism and destabilization, but rather a fight for justice, respect and openness to others.
One year after the Iranian celebrations of the Cyrus Cylinder, in 1971, the Austrian professor Hans Köchler, president of the International Progress Organization (IPO), a close friend and collaborator of the Schiller Institute and its founder Helga Zepp-LaRouche, took up his pen to propose to UNESCO the organization of
« an international congress on the subject of the problems arising from the dialogue between different civilizations. »
For years, Hans Köchler, through countless presentations, lectures, and symposia worldwide, particularly in Iran, did exceptional work to popularize the concept, before it was taken up and supported by the Schiller Institute.
Under the auspices of the Austrian and Senegalese presidencies, a major symposium was held in 1974 in Innsbruck, Austria. In 1997, in opposition to the « Clash of Civilizations » theory, the thesis of geopolitician Bernard Lewis popularized by Samuel P. Huntington, Iranian President Mohammad Khatami placed dialogue between civilizations at the heart of his mandate. It was at his suggestion that the UN, in 1998, declared 2001 the « Year of Dialogue Among Civilizations. »
The concept is back on the table today. Will we be able to adapt to the Iranian DNA or will we remain in the moral « Stone Age »?
Karel Vereycken wins Megalopolitan Art Gallery’s Talent Prize

On May 1st, franco-belgian painter and engraver Karel Vereycken received the following news from the Megalopolitan Art Gallery:
« Congratulations! It is our privilege to announce that your artworks have been selected for Portrait, 2026 International Online Exhibition. The jury has recognized your exceptional work with the Talent Prize award. »
The exhibition is now live at: https://megalopolitanart.com/current

La coïncidence des opposés


Genèse







Karel Vereycken featured on FineArtsNews.com


Karel Vereycken: Crafting Paradoxical Metaphors to Reveal the Invisible
Franco-Belgian painter engraver Karel Vereycken is now featured on FineArtsNews.com!
This amazing opportunity was made possible through Culturale Lab (@culturalelab @culturalelab_art), a platform dedicated to supporting and promoting contemporary artists worldwide.
His story has been published on FineArtsNews.com, a respected international publication covering fine arts, museum exhibitions, and the global art scene.
« It’s an incredible honor to have my work and artistic journey showcased to art collectors, gallery professionals, museum curators, and fine art lovers worldwide, » said Vereycken. « This feature explores my creative process, inspirations, and recent works. I’m grateful for this opportunity to connect with art lovers and collectors around the world. »
Read the full article:
https://fineartsnews.com/2026/04/karel-vereycken-crafting-paradoxical-metaphors-to-reveal-the-invisible/

Karel Vereycken: Crafting Paradoxical Metaphors to Reveal the Invisible
Posted on by Jonathan Hale

Also available in: ES FR DE IT ZH
In a world often saturated with the immediate and the obvious, there exists an artist dedicated to excavating deeper truths, coaxing the intangible into the realm of the visible. Karel Vereycken, an engraver whose journey began in the storied city of Antwerp, Belgium, and now flourishes in Argenteuil, France, is such an artist. His work transcends mere representation, delving into the complex tapestry of human experience through meticulously crafted paradoxical metaphors. Vereycken’s art is not simply to be observed; it is an invitation to a profound dialogue, a contemplation of the unseen forces that shape our lives.
A Foundation Forged in Curiosity and Discipline

Born in Antwerp in 1957, Karel Vereycken’s artistic path was not a straight line but a rich exploration shaped by both circumstance and innate drive. His parents, who navigated the challenges of a port and ship repair industry background, recognized the importance of cultural enrichment for their children. While an early foray into music, cut short by a rigid teaching method, led him to a communal drawing school, it was here that the seeds of his artistic future were sown. Under the tutelage of Herman Cornelis, a sculptor with a hands-on, intuitive approach, Vereycken learned the power of observation and replication. A pivotal moment arrived at the age of twelve when he secured his first art prize. This recognition, coupled with his teacher’s conviction of his “precious talent,” propelled him towards more formal training. His mother’s encouragement led him to the Institut Saint-Luc in Brussels, where he immersed himself in Plastic Arts. Here, the rigorous study of anatomy and the works of masters like Leonardo da Vinci and Albrecht Dürer provided a foundational understanding of form and expression. His dedication to mastery further solidified at the Académie Royale des Beaux-Arts, where he earned a certificate of passage in copper engraving “with distinction.”
The subsequent move to Paris marked a period of diverse engagement. Vereycken initially pursued journalism and editing for a non-commercial publication, but the call of art remained insistent. He returned to his artistic roots, initially exploring ancient painting techniques, recreating the works of old masters using hand-made egg tempera and traditional oil methods. This period, while enriching in its technical discovery, proved challenging in terms of exhibition, as the works found new homes before he could present them. This led to a renewed focus on watercolors and the meticulous craft of etching, mediums that would become central to his practice.
His ongoing commitment to honing his skills is evident in his continued engagement with the etching community in France. As a member of the Fédération nationale de l’estampe, Vereycken refined his technical prowess at Atelier63 and further perfected his craft at the Montreuil printing workshop founded by the Danish engraver Bo Halbirk. This journey, from the vibrant streets of Antwerp to the artistic hubs of Brussels and Paris, underscores a lifelong pursuit of excellence and a deep-seated passion for the enduring power of artistic creation.
“Sublimart”: The Art of Paradoxical Metaphor

Vereycken’s artistic output is best described by his coined term, “sublimart”—a fusion of “sublime” and “art.” This neologism encapsulates his unique approach: figurative art that employs paradoxical metaphors to elevate the soul to a sublime level. His work is not about superficial beauty or direct narrative, but about constructing visual paradoxes that act as gateways to deeper understanding. “Making visible the invisible,” as he succinctly puts it, is the driving force behind his creations. He achieves this not through conventional symbolism or straightforward depiction, but by weaving together disparate elements in a way that challenges perception and sparks contemplation.
The materials and techniques he primarily utilizes – etching, painting, oil, and watercolor – are employed with a discerning hand. Etching, with its inherent precision and the intricate lines it allows, is particularly suited to his exploration of layered meaning. The process of etching demands patience and deliberate action, mirroring the thoughtful construction of his conceptual metaphors. His dedication to classical techniques, combined with a modern sensibility, allows him to imbue his figurative works with a profound emotional and intellectual resonance. Each piece is a carefully orchestrated dialogue between form and concept, inviting the viewer to embark on a personal journey of discovery.
The thematic underpinnings of Vereycken’s work are not consciously pursued but rather emerge organically from his engagement with the world and his artistic explorations. He seeks to “shock people by showing them that nothing is more ‘modern’ and ‘revolutionary’ than ‘classical’ art.” However, his definition of classical art is far from rigid or academic. For Vereycken, it represents a “science of composition based on non-cynical, liberating, ironical, poetical metaphors.” These metaphors, he believes, are the fundamental keys to all forms of art, whether visual or musical. His approach is rooted in the understanding that art is a profound “gift” from the artist to the viewer, an act of love that fosters connection and shared experience.
A Vision of Artistic Enlightenment

Karel Vereycken’s artistic endeavors are imbued with a profound sense of purpose, extending beyond the creation of aesthetically pleasing objects. He views his work as a form of “teaching activity,” a “humanistic intellectual guerrilla warfare” aimed at awakening viewers to new dimensions of perception. While he acknowledges the importance of sales for furthering his artistic endeavors, his ultimate motivation lies not in pandering to popular taste but in facilitating a deeper connection with the viewer. He strives to make art a “window” to realms that people intuitively recognize as significant but have often been denied access to.
His commitment to this vision is exemplified by his efforts to share his knowledge and passion. He has led numerous guided tours of major art institutions like the Louvre in Paris, the Museums of Antwerp, Brussels or Frankfurt, the Brera in Milan, the Gemäldegalerie in Berlin and the Metropolitan Museum in New York. These immersive experiences have been documented, with some audio recordings available on his website, allowing a wider audience to benefit from his insights. The heartfelt gratitude he has received, with individuals expressing their astonishment at how deeply ideas can be conveyed through paintings, underscores the impact of his pedagogical approach.
Looking ahead, Vereycken’s trajectory continues to be marked by active participation and a desire to broaden his reach. Having been digitally showcased at ARTEXPO in New York and ARTSHOPPING at the Carrousel du Louvre in Paris, he remains engaged with contemporary art platforms. Following his “Mona Lisa Prize” win and subsequent exhibition at Galerie Mona Lisa in Paris, his focus remains on sharing his transformative art. The prospect of an exhibition in El Salvador for SUMARTE 2026 signals his international aspirations and a continued commitment to making his unique perspective accessible to a global audience. His ongoing work, such as the conceptually rich “Stairway to Heaven,” demonstrates his continued exploration of marrying diverse visual inspirations—in this instance, the landscapes of China’s Yellow Mountains with Flemish landscape traditions—to craft potent metaphors for the human journey.
Karel Vereycken’s art is a testament to the enduring power of intellectual curiosity, technical mastery, and a profound belief in the capacity of art to illuminate the human spirit. Through his creation of paradoxical metaphors, he invites us to look beyond the surface, to engage with the invisible currents of meaning that shape our existence. His work is a vital reminder that true artistry lies not just in what is seen, but in what is felt, understood, and ultimately, revealed.
To connect with Karel Vereycken and explore his captivating work, please visit his website and social media platforms:
- Website: https://artkarel.com/
- Instagram: https://www.instagram.com/karelvereycken/
- Facebook: https://www.facebook.com/karel.vereycken/
- Manifestampe Profile: https://www.manifestampe.org/utilisateur/karel-vereycken/profil
- Contemporary Art Curator Magazine Interview: https://www.contemporaryartcuratormagazine.com/home-2/karel-vereycken-interview
Karel Vereycken webpage at Circle Foundation for the Arts

On April 20, 2026, Franco-Belgian painter engraver Karel Vereycken became a member of the Circle Foundation for the Arts (CFA).
In this new capacity of a « Circle Artist » he could open a permanent dedicated webpage on the CFA website, an additional window increasing the artists overall visibility and reach-out.
https://circle-arts.com/member/karel-vereycken/
Thanks for that !

Innocence

Karel Vereycken featured in « Art to Hearts » Magazine




The international art magazine Art to Hearts, in its edition #12 appearing in April 2026, took two pages (p. 83-84) to feature the artistic statement and three engravings of Franco-Belgian painter engraver Karel Vereycken.
Big thanks for that !
« Arts to Hearts Magazine, a key initiative of the Arts to Hearts Project, highlights and amplifies the voices of artists worldwide. This international art publication offers a platform to showcase their diverse talents, perspectives, and stories. Widely available through retailers like Barnes & Noble and Amazon, the magazine connects artists to a global audience of galleries, curators, collectors, and art lovers, bringing their work into the spotlight. »
Karel Vereycken art work on show in New York


Karel Vereycken’s engraving « Flemish Fisherman » will be digitally on show at ARTEXPO (Pier 36) in New York, on April 9–12, 2026 at the booth of the Effetto Arte Foundation of Palermo who awarded the artist recently in Milan, Italy, with the international Prize « Universal Genius, Tribute to Leonardo da Vinci ».
Big thanks to them !



Karel Vereycken awarded Honorable Mention in 14th Open Art Competition


In April 2026, Karel Vereycken‘s watercolor « The Crab » obtained an « Honorable Mention » at 14th « Open » International Juried Art Contest of Teravarna.
Karel Vereycken featured in ARTIO Magazine

In its March-April issue (N° 12), the Art & Culture Magazine ARTIO published by ARTIO Galery, published a one page feature showing Karel Vereycken‘s etching « Farmers of Sudan ». Big thanks for that to artist Bisa Bennett, its director and curator in chief.


Karel Vereycken finalist for Cover Contest Art Magazine


On March 10, Franco-Belgian painter engraver Karel Vereycken was informed that he was selected as one of the 30 finalist of the cover contest for Spotlight Magazine.
« With over 280 participating artists from 40 countries submitting work across a wide range of styles and media, selecting only a few pieces was not an easy task. While your work was not selected for the magazine cover, I am very pleased to inform you that you have been chosen as one of 30 Contest Finalists. This distinction reflects the strength and quality of your work among a highly competitive international selection. »
Karel Vereycken Finalist for Santa Fe Art Show

On April 7, 2026, Franco-Belgian painter engraver Karel Vereycken received a Finalist Certificate « for artwork submitted and distinguised in the 78th Artavita Online Art Contest competing for exhibition in Santa Fe ».
A Milan, Karel Vereycken appelle à une « nouvelle Renaissance »


Le 21 mars, lors de la remise du Prix international « Le Génie universel – Hommage à Léonard de Vinci », dans l’auditorium du prestigieux Musée national des sciences et des techniques Léonard de Vinci, à Milan, le peintre graveur Karel Vereycken a lancé un appel en faveur d’une « Nouvelle Renaissance ».

Venus de soixante pays, une bonne centaine d’artistes et d’amateurs d’art assistaient à la cérémonie.
En guise de clôture, un représentant diplomatique du Mexique a félicité organisateurs et artistes présents.
Avant de se métamorphoser en fondation, c’était une association destinée à promouvoir les artistes débutants et confirmés. Galerie d’art et éditeur, la Fondation organise régulièrement des expositions internationales dans de nombreuses villes italiennes et étrangères.
Les finalistes avaient été sélectionnés pour la consistance artistique de leur démarche par les conservateurs de la « Fondazione Effetto Arte » de Palerme.
Concernant leur mission, les organisateurs écrivent sur leur site :
« Nous sommes convaincus que nos expériences doivent se concrétiser et s’étendre, afin de contrer l’aplatissement intellectuel de notre époque. Plus que jamais, en ce moment historique, l’art a besoin d’espaces de participation maximale pour que le grand public puisse y prendre part. C’est la voie que nous nous engageons à suivre pour les événements futurs, afin de permettre à un nombre croissant de personnes d’entrer en contact avec la dimension artistique, de la manière la plus simple et la plus directe, comme un moment de partage social avec les communautés artistiques. »
Vereycken n’était que l’un des nombreux lauréats primés. Remerciant les organisateurs pour cette distinction, plusieurs artistes ont expliqué en quoi Léonard de Vinci avait été pour eux une source d’inspiration personnelle et constante.
L’un d’eux a déclaré :
« À 28 ans, je pouvais reproduire de mémoire la plupart des tableaux de Léonard. »
Nombre d’entre eux, très émus, ont évoqué leur art, non seulement comme un refuge face à l’anxiété envahissante du moment présent, mais aussi comme un moyen pour combattre et réduire la menace d’une guerre imminente.
Discours

Chers organisateurs, chers collègues, honorables invités,

Tout d’abord, félicitations à vous tous, et plus particulièrement aux graveurs, car nous nous faisons rares. Voici ma gravure sur cuivre. (Apparaît sur grand écran « Le pêcheur flamand », à gauche sur la photo du catalogue.)
C’est avec un grand honneur et un immense plaisir que j’assiste à cet événement important et que j’accepte cette distinction.
Je tiens à féliciter les organisateurs pour cette initiative. Jamais le moment n’a été plus opportun pour rendre hommage au génie de la Renaissance, Léonard de Vinci, car aujourd’hui, en ces temps sombres de guerre, de corruption et de déprévation, il est absolument urgent que nous, artistes et amateurs d’art, renouions avec les plus hautes exigences.
Où en est le monde aujourd’hui ? Nous sommes entrés dans le siècle de la supercherie absolue, où de fausses informations et de fausses monnaies sont produites par de fausses élites se servant de l’intelligence fausse pour manipuler l’information, tout en poussant le monde réel à de véritables guerres contre de véritables êtres humains.
Pire encore pour les arts : le meurtre, la guerre et même le génocide sont promus sur internet comme des œuvres d’art à vendre.
Réveillons-nous ! Déjà en 1789, alors que les révolutions balayaient l’Europe, le poète allemand Friedrich Schiller, dans un poème, soulignait l’importance de l’ART :
« Artistes ! La dignité de l’homme est remise en vos mains : gardez-la ! Elle tombe avec vous ! Avec vous elle s’élèvera ! »
Par conséquent, une nouvelle Renaissance n’est pas un simple rêve. Il faut la concrétiser à nouveau, afin de réhumaniser l’humanité et de recréer l’empathie nécessaire au dialogue et à la compréhension mutuelle.
Milan est un lieu idéal pour jouer un rôle majeur dans cette nouvelle Renaissance. C’est ici, au palais de Ludovic Sforza, qu’une jeune et brillante poétesse, Cecilia Gallerani, dont le portrait nous est familier grâce à la « Dame à l’hermine », initia Léonard de Vinci à ses discussions musicales, poétiques et philosophiques – une rencontre qui marqua sans conteste l’ascension de Léonard de Vinci au rang de génie.
Pour lui, comme pour le penseur de la Renaissance Nicolas de Cues, dont les écrits furent lus ici, il nous faut apprendre à déchiffrer le macrocosme invisible à travers le microcosme. Le monde a besoin de nouvelles Cecilia et de nouveaux Léonard.
Mettons fin dès maintenant au « siècle de la supercherie » en organisant ensemble, grâce à des concours artistiques de grande qualité, une nouvelle Renaissance qui célèbre la beauté et la dignité intérieure.
Tel est le défi que nous devons relever aujourd’hui.
Merci.




Karel Vereycken featured in ART LOVERS Magazine



The outstanding and beautiful International Art Lovers Magazine (ARTLO), published in Spain, in its March-April issue N° 6, 2026, offers a two page feature article on Franco Belgian painter engraver and historian Karel Vereycken.
ARTLO identifies itself as « a group of people who are passionate about art – true art lovers who are enthusiastic about everything we do in the creative world. We love discovering emerging artists and being part of a community where art is a way of life ».
ARTLO Magazine clearly offers rich in depth articles allowing a remarkably high level and much needed debate on both « classical » and « modern » art.
You can order, in the coming days, your own print copy, via this link.




