Catégorie : Comprendre

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L’histoire de l’art avec le regard d’un amoureux de toutes les renaissances.

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The Creative Principle in Painting

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Les racines symbolistes des « Killer Games »

Par Karel Vereycken, décembre 2007.

Le nombre croissant de massacres commis par des adolescents et jeunes adultes « happés » par les univers persistant véhiculés par des jeux vidéo et les killer games dont la violence et la perversion ne cessent de croître nous porte à regarder de plus prêt les origines de cette cyberculture.

La plus grande tromperie des Killer Games c’est précisément qu’ils font croire aux joueurs et aux parents des joueurs, qu’il ne s’agit que d’un simple jeu. Une fois établi ce « fait », notre cerveau tend à renoncer à toute enquête sérieuse sur le sens explicite ou non, et encore moins des « valeurs », véhiculées par le jeu. Beaucoup d’adeptes des jeux, y compris les plus violents, nous ont confiés qu’en réalité, il ne s’intéressaient qu’à « l’environnement graphique » de leur jouet.

Si nous sommes loin d’avoir tous les éléments en main, voici quelques pistes intéressantes pour mieux comprendre la genèse des images qui finissent par créer une telle fascination dans les esprits qu’on estime que le nombre cyberdrogués a dépassé les 10 000 en France.

Les racines symbolistes

Derrière la pseudo dérision de cette « culture de la mort », tout enquêteur honnête, ayant une connaissance rudimentaire de l’histoire de l’art, reconnaît sans grande peine un remake du courant culturel qui ruina la fin du XIXe siècle : ce symbolisme dont la démarche se résumait souvent au culte de la mort et du plaisir, incarné par l’image de la femme fatale, l’évasion dans l’érotisme ou l’exaltation de l’ailleurs onirique et oriental.

Ce motif symboliste du couple eros (sexe) et thanatos (mort) provient directement des doctrines ésotériques et anti-chrétiennes n’excluant pas les sacrifices humains. Si Mme Blavatsky et ses théosophes prônaient la mise à mort du judéo-christianisme en faveur des vertus « femelles » de religions anti-prométhéennes, la montée du fascisme nécessitait la valorisation de symboles hautement plus virils et plus guerriers.

Aujourd’hui, l’on reconnaît volontiers l’influence de la Théosophie sur un des pères fondateurs de l’abstrait lyrique, le peintre russe Wassily Kandinsky ou le cubiste hollandais Piet Mondrian.

Si l’on admet aussi sans problème l’influence des Rose-croix sur le cercle post-impressionniste des « Nabis » (Paul Sérusier, Pierre Bonnard, Maurice Denis et même Aristide Maillol) et autres précurseurs de l’art moderne, l’influence du symbolisme sur l’art réaliste fantastique digital reste largement ignoré.

De la science-fiction au Killer games en passant par les films d’horreurs

Avant l’apparition du business des jeux électroniques, tout cette imagination saugrenue se donnait rendez-vous dans la littérature de science-fiction et les films d’horreur avec des résultats parfois tout aussi dévastateur.

Rappelons que le 3 juin 2002, en Loire Atlantique, un adolescent de 17 ans portant le masque du tueur anonyme du film d’horreur de Wes Craven Scream de 1996 a massacré une jeune fille de 15 ans.

Le masque du film reprend en détail la tête peinte par le peintre symboliste norvégien Edvard Munch dans son œuvre Le cri de 1893. Un texte du journal de Munch à l’époque décrit la genèse de l’œuvre :

Au-delà de l’anecdote, constatons que Munch n’était pas une victime innocente. Affirmant que «  l’ironie est la politesse du désespoir  », il nous montre dans sa lithographie Madone de 1902, la puissance séductrice de la femme fatale entourée d’une frise où courent en vain de frétillants spermatozoïdes tandis que dans le coin gauche un avorton lève un regard suppliant vers sa déesse, variation du motif d’eros/thanatos.

Kill Bill

Ce motif fait toujours recette. Pour rester dans le domaine cinématographique, il est à noter que le rôle attribué à Uma Thurman dans le film de Quentin Tarantino Kill Bill sorti en 2003 est également construit sur un scénario permettant de faire passer ces valeurs du symbolisme fascisant.

Dans ce film, des assassins surgissent et tirent impitoyablement et sans raison sur toutes les personnes présentes lors de la répétition d’une cérémonie de mariage à El Paso au Texas. La mariée (Uma Thurman), qui est enceinte lors de la tuerie survit.

Ancienne tueuse à gages, elle se fixe comme seul but de se venger en tuant ses anciens complices y compris le père de son enfant. Résultat : un film « d’actions » (arts martiaux à gogo) où se mélange le sang des méchants à la beauté de l’actrice grâce à des mises à mort à coups de sabre.

La vengeance est une valeur moderne et la formule eut un tel résultat commercial que Kill Bill 2 et Kill Bill 3 furent rapidement commercialisés.

Jacek Malszewski, Thanatos I, 1898.

Si le symboliste français Gustave Moreau (précepteur de Matisse) habillait sa fascination pour la mort de mystères plus énigmatiques, comme dans son œuvre Jupiter et Sémélé, ce thème de la femme fatale fut largement développé par des artistes symbolistes, tel que le munichois Franz von Stück (Le péché, 1893 ; Le baiser du sphinx, 1895) ou le belge Ferdinand Khnopf (Le sphinx,1896).

Mais c’est sans doute le peintre polonais Jacek Malszewski, qui nous rapproche peut-être le plus du style en vogue dans l’art digital aujourd’hui.

Dans son Thanatos I de 1898, la mort ailée (une jeune femme) affûte sa faux. Le vieil homme qui demeure dans le manoir visible sur l’arrière plan accourt au bruit.

Enthousiasmé, il va vers une mort certaine.

Heavenly Sword

Regardons maintenant le scénario de Heavenly Sword, un jeu vidéo d’action, développé par Ninja Theory et édité par Sony pour sa PlayStation 3, lancé en septembre 2007 et affichant des profits fulgurants 941 % en un an.

Le joueur s’y identifie avec Nariko, une jolie femme à la longue crinière rouge qui part elle aussi en quête de vengeance contre un roi et son armée pour avoir malmené son clan.

Equipée d’une énorme épée divine, « une lame aussi puissante que divine », Nariko n’a que quelques heures pour accomplir sa tâche.

Car l’arme, forgé il y a des siècles, fut conçue pour un dieu. Mais, n’étant qu’humaine, l’énergie vitale de Nariko est aspirée par l’épée, l’affaiblissant à chaque coup porté.

Une fois de plus, la valeur centrale est la vengeance et le besoin de faire couler le sang à temps avant que s’impose le destin fatal de sa propre mort. La psychologie du terroriste kamikaze, celui de tuer un maximum avant de périr, est omniprésente.

La figure apparaît comme un mélange entre Lara Croft de Tomb Raider, Uma Thurman dans Kill Bill, arrosé de scènes ennuyeuses et banales de Kung Fu. La ressemblance entre les cheveux rouges de Nariki et les fleuves de sang rouge visent à esthétiser la violence.

L’artiste digital à l’origine de cette imagerie maladive est le jeune génois Alessandri Taini qui signe Talexi. Il semble, selon ses productions et sa page MySpace, un fervent admirateur de l’écrivain pervers italien et femme fatale Isabella Santacroce qui exhibe sa fesse droite sur sa page MySpace.

On ne connaît rien de cette personne, à part son association avec les Giovani Cannibali (jeunes cannibales), un mouvement littéraire des années 90 qui donna naissance en Italie à un mouvement philosophique et littéraire, le Nevroromanticismo, qui vise à exprimer le désarroi de l’existence.

Son œuvre se concentre sur l’amour dans tous ses états, y compris celui qui conduit inexorablement à la mort. Dans un livre, elle affirme que la famille n’est qu’un « carnaval horrible » qui ne mérite que la mort. Une série d’œuvres « personnelles » de Talexi, Dark Demonia et Frost Flower, inspiré par des écrits névroromantiques de Santacroce, ne montrent que désolation, bains de sang et avortons métastasés.

Le triangle d’or

Le triangle d’or : de gauche à droite, Dali, Fuchs et le sculpteur personnel d’Hitler Arno Breker.

La figure clef qui forme un pont reliant les symbolistes du début du siècle, l’art nazi, le modernisme et le réalisme fantastique qui domine l’environnement graphique des jeux vidéo d’aujourd’hui est le peintre mystique Ernst Fuchs.

Ernst Fuchs, Dédale et la nymphe, 1978.

Né en 1930, cette « artiste visionnaire » est aussi graphiste, graveur, architecte, concepteur de décors, poète et compositeur. Il fut un des fondateurs, avec d’autres élèves de Albert Paris Gütersloh, de l’école viennoise du réalisme fantastique inspiré par le symboliste Gustav Klimt et autres symbolistes.

Fuchs est le dernier survivant de ce qu’on a appelé « le triangle d’or », c’est-à-dire les trois artistes dont l’œuvre domine le siècle présent : Salvador Dali, Arno Breker et Ernst Fuchs. En réalité, ce triangle d’or n’est rien d’autre que l’extension du « cercle intime » d’Adolf Hitler.

Etudiant les techniques classiques des grands maîtres, Fuchs fut adopté après la guerre par le sculpteur personnel d’Adolf Hitler, Arno Breker.

Dans son Journal (1942/1945) qui couvre la période d’occupation, Jean Cocteau se laisse dire en juin 42 par Arno Breker, parlant de Hitler : « Vous n’aurez jamais en face de vous un homme aussi sensible ».

Arno Breker, ancien élève du symboliste proche des « Nabis », Maillol, est le sculpteur fétiche du régime nazi et le confident artistique de Hitler.

Bien que cubiste en 1922, Breker fut l’auteur des statues hyperréalistes représentant la race supérieure germanique pour le stade de Berlin lors des jeux olympiques en 1936. On lui doit des statues monumentales représentant à merveille la boursouflure et le goût de vespasienne des dignitaires nazis.

Breker, intime d’Hitler et de Albert Speer, était la coqueluche des élites parisiennes dans l’entre deux guerres et fut aussi, à part son amitié avec Jean Cocteau, l’ami de Salvador Dali et plus tard le protecteur d’Ernst Fuchs.

Fuchs déclarait lors des funérailles de Breker en 1991 que « Breker était un vrai prophète du beau dans l’art » et Breker affirmait que Fuchs s’était

Aujourd’hui, Fuchs est la référence principale pour tous ceux engagés dans le réalisme fantastique qui domine « l’art digital ».

En Angleterre, la peintre Brigid Marlin a fondé en 1961 The Society for Art of Imagination, dont Fuchs et son adepte, le peintre suisse Hans Ruedi Giger, sont des membres honoraires.

H.R. Giger s’est fait connaître au grand public pour avoir obtenu l’oscar des meilleurs effets spéciaux sur le film culte de SF et d’horreur de Ridley Scott en 1980 Alien, le huitième passager.

Avec 80 millions de dollars de recette aux Etats-Unis (pour un budget de 11 millions seulement), 3 millions d’entrées en France, oscar des meilleurs effets spéciaux en 1980… Alien, le huitième passager connut un succès considérable.

Comme nous avons commencé à le documenter ici, en bâtissant sur l’héritage de Breker, Fuchs et Giger, l’industrie du jeu vidéo s’est érigée sur l’imaginaire malade qui a échoué à imposer le fascisme il y a trois générations et travaille durement pour sa victoire aujourd’hui, notamment à travers l’Ordre d’Alexandre le Grand.

“Le festin d’Alexandre le Grand”, peinture délirante de Pierre Peyrolle (France), 1990. Sur la droite du tableau sont représentés les “artistes du Triangle d’or” : Arno Breker, Salvador Dalí et Ernst Fuchs. Sur sa gauche (au centre): Roger Peyrefitte (grand-maître de l’ordre d’Alexandre pour le Mérite scientifique et artistique) ainsi que les chevaliers Alexandre de Villiers (à l’extrême gauche) et J. F. Bodenstein. L’arrière-plan représente le plafond du Panthéon de Rome.
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L’eau au Moyen-Orient, casus belli permanent ou pierre angulaire d’une paix durable?

TRANSCRIPTION:

L’eau au Proche-Orient, casus belli permanent ou pierre angulaire d’une paix durable ?

M. le Président, Excellences, chers amis, d’abord merci pour cette invitation. Je suis assez d’accord avec l’orateur précédent [le Pr Strauss.1], qui dit que c’est très important de regarder certains aspects « purement pratiques » avant de bâtir de grandes théories, parce que commencer à résoudre ces aspects pratiques peut être le début d’un processus pouvant finalement conduire à la paix.

Parmi ces sujets, l’eau, évidemment, la question fondamentale dont je vais essayer de vous parler. En réalité la question n’est pas « l’eau », mais plutôt « l’accès à l’eau douce ».

L’Asie du Sud-Est, il faut d’abord le rappeler, est une région essentiellement semi-aride. Il existe bien sûr « le croissant fertile », comprenant l’Irak, la Syrie et le Liban. Mais pour la Jordanie, peut-être encore plus que pour toute la Palestine et Israël, le problème de l’eau et de l’accès à l’eau reste une question fondamentale, voire une question de sécurité nationale, avec ce que cela comporte de bon et également de terrible. Parce qu’au nom de la « sécurité nationale », on peut appliquer des pouvoirs d’exception.

Or, l’eau ne respecte pas les frontières tracées par les hommes. Lorsqu’une rivière coule dans deux pays, à qui appartient-elle ? Le Tigre et l’Euphrate sont-ils des fleuves turcs ou irakiens ? Il n’y a aucun consensus là-dessus.

Du coup, l’eau peut devenir source de conflits, instrument de domination et même arme de guerre. On le voit actuellement à Gaza. Début mars, Israël a coupé l’électricité alimentant des unités de dessalement d’eau de mer, réduisant à seulement quelques milliers de mètres cubes la production d’eau douce par jour. Cela s’apparente à un siège féodal, qui exprime clairement une intention de génocide.

Mais à l’opposé, l’eau peut être source de coopération, à condition que les uns et les autres s’engagent, et je précise « de bonne foi », pour envisager un avenir partagé, soit dans le cadre de relations de bon voisinage (nul besoin de faire la paix pour cela), soit dans la perspective d’un avenir partagé et mutuellement bénéfique.

La vallée du Jourdain

Dans la région, c’est le Jourdain qui collecte les eaux provenant du Liban, de la Syrie et de la Jordanie pour remplir le lac Tibériade (ou mer de Galilée), principal réservoir d’eau douce de la région, bien qu’il existe des sources salines à proximité et en dessous de ce lac. Ce qui fait que lorsque des sécheresses font chuter le niveau du lac, le taux de salinité explose de façon spectaculaire.

Au niveau historique, du fait que toute la région dépend de cet « or bleu », 90% des conflits ont eu pour motif le contrôle des ressources en eau.

Il est vrai que les plans d’aménagement des ressources en eau et en énergie datent d’avant même de la création d’Israël en 1948.

Le plus connu est celui de l’hydrologue russe Pinhas Rutenberg, qui avait élaboré en 1920 un plan pour construire 14 barrages hydroélectriques sur le Jourdain en vue d’approvisionner toute la région en électricité. C’est possible grâce au fort différentiel de hauteur qui marque la succession de cascades typiques de la vallée du Jourdain. Situé à 212 mètres sous le niveau de la mer, le lac Tibériade est le deuxième lac le plus bas du monde, après la mer Morte (430 mètres sous le niveau de la mer).

Comme prévu par le plan Rutenberg, un premier barrage est construit en territoire jordanien, près du lac Tibériade, sur le Yarmouk, le principal affluent du Jourdain qui arrive de Syrie et de Jordanie, dont il délimite la frontière entre les deux pays.

Ce barrage de Tel Or (Naharayim) fonctionnera de 1932 à 1948, date de la création d’Israël. Dès lors, avec la première guerre israélo-arabe, Israël entame des travaux d’aménagement autour du lac Tibériade qui rendent le barrage inopérant.

Grand aqueduc national israélien et canal du Ghor oriental en Jordanie.

Dès le départ, Israël veut sécuriser son approvisionnement en eau en privant ses voisins de cette ressource, avec son projet de « Grand Aqueduc national » (National Water Carrier), qui consiste à acheminer l’eau douce du lac Tibériade vers Jérusalem d’abord, puis vers le sud jusqu’à Beersheba, aux confins du Néguev, où Ben Gourion veut faire fleurir le désert.

Encore aujourd’hui, 60 % d’Israël reste désertique, et 85% de la population vit à Tel Aviv, Jérusalem et sur le littoral. Mais pour moi, Israël reste un pays complètement sous-développé.

Ce projet sera réalisé dans le plus grand secret, Israël étant bien conscient que cela se fait au détriment de ses voisins. Lorsqu’il est inauguré en 1964, les tensions éclatent. Du point de vue arabe, l’ouvrage constitue un casus belli. D’abord parce qu’Israël accapare de l’eau provenant de Syrie, du Liban et de Jordanie. Ensuite, parce qu’offrir un accès aussi important à l’eau ne peut que favoriser l’implantation illégale de colons juifs. Les pays arabes mettent alors au point un projet de diversion afin d’empêcher que le lac Tibériade soit alimenté avec de l’eau arrivant de chez eux, en la détournant au contraire à leur profit. Cela donnera en premier lieu, en Jordanie, le canal dit du Ghor oriental, rebaptisé par la suite canal du Roi Abdallah.

Il faudrait une soirée entière pour détailler tous les conflits et guerres autour de ces projets. Israël ira bombarder les infrastructures arabes et les Palestiniens feront exploser des canaux israéliens.

Les Etats Unis, qui s’approvisionnent en Arabie saoudite en hydrocarbures transitant par le canal de Suez, craignent que cette guerre de l’eau dégénère en un conflit plus vaste. Si l’Egypte entre dans le conflit, cela risque de mettre en danger la sécurité énergétique des Etats-Unis.

Le plan Johnston de 1952.

Pour stabiliser les choses, Eisenhower enverra en 1952 son envoyé spécial Eric Johnston. C’est un homme du cinéma, ne connaissant pas grand-chose au sujet mais capable d’arracher des accords, un peu comme Steve Witkoff aujourd’hui pour Trump.

Johnston a en poche un plan global pour le partage équitable de l’eau, mis au point par les anciens de la Tennessee Valley Authority (TVA), le grand projet du président Franklin Roosevelt pour fournir de l’eau à l’agriculture américaine et de l’électricité au monde rural et à l’industrie américaine, notamment pour produire de l’aluminium pour les avions.

Les quotas de partage que propose Johnston sont extrêmement favorables aux pays arabes. Les commissions techniques mixtes, comprenant aussi bien les Palestiniens, les Israéliens que les pays voisins, valident le plan.

Mais à la Knesset, le vote échoue et la Ligue arabe, dont les experts avaient validé le projet, refuse de l’adopter. La raison est simple : accepter un grand projet régional implique, implicitement, de reconnaître l’état d’Israël et donc de priver les réfugiés palestiniens de leur droit légitime au retour… Avec des revendications juridiquement justes, on finit hélas par maintenir les sources de conflit.

Dans les années 1960, une découverte scientifique va changer la donne. Aux États-Unis, l’administration Kennedy, confrontée à des sécheresses, va financer des équipes dédiées aux nouvelles techniques de désalinisation. Deux chercheurs californiens inventent les membranes permettant la technique d’osmose inverse, un principe physique connu depuis sa découverte par l’abbé Nollet, à l’époque de la Révolution française. Cela déplace le débat car cette invention technique va rendre possibles des choses qui ne l’étaient pas avant.

Water for Peace

En mai 1967, le successeur de Kennedy, Lyndon Johnson, organise une grande conférence à Washington sur le thème « Water for Peace ». 635 délégués de 94 pays et 2000 observateurs y participent. Plusieurs intervenants abordent la question de l’usage du nucléaire civil pour le dessalement. Les amis d’Oppenheimer veulent montrer que l’atome peut servir à autre chose qu’à détruire le Japon. Mais quinze jours plus tard, Israël prend le monde par surprise en lançant la guerre des Six-Jours, notamment pour sécuriser son accès à l’eau en prenant le contrôle des hauteurs du Golan en Syrie.

En réaction, Lewis Strauss, le président de la Commission atomique américaine, et l’ancien président Eisenhower remettent alors sur la table un projet de dessalement nucléaire.

Le conflit sera interminable tant que deux problèmes ne seront pas résolus : celui des réfugiés palestiniens et juifs, et celui du partage de l’eau. Sans eau, ce sera la guerre sans fin. Strauss propose même qu’Américains mais également Russes et Français, y participent, faisant d’un projet de paix régional un levier pour sortir de la logique de la Guerre froide. Le 18 juillet 1967, Edmond Adolphe de Rothschild propose, dans deux lettres au Times de Londres, la création de trois unités nucléaires de dessalement dans la région, une en Jordanie, une en Israël (au bord de la mer Rouge) et une à Gaza (à l’époque sous mandat égyptien). Évidemment, dans la famille Rothschild, tout le monde ne pense pas comme ça et certains sont d’avis qu’il faut instrumentaliser les conflits comme des leviers géopolitiques, mais c’est une autre histoire…

Toujours en 1967, la Rand Corporation, le grand think-tank américain financé par le Pentagone et le complexe militaro-industriel, publie une étude signée Paul Wolfowitz, connu pour sa brillante carrière de néoconservateur, c’est-à-dire le clan de ceux qui ont fabriqué les mensonges sur les armes de destruction massive, afin de lancer la guerre contre l’Irak.

Dans son étude, Wolfowitz affirme que le dessalement c’est fantastique, mais qu’avec la deuxième loi de la thermodynamique, ça ne sera jamais rentable. Quelques années plus tard, le même Wolfowitz reconnaît qu’il avait menti. Mon inquiétude, dit-il, c’était que les pays de la région, y compris Israël, accèdent au nucléaire civil. Tous seraient alors surveillés par l’Agence internationale de l’énergie, une chose inacceptable pour Israël qui est en train de fabriquer sa bombe nucléaire.

Entre-temps, sur le terrain, dans cette région semi-aride, les gens ont soif et manquent d’eau pour l’irrigation.

C’est ici qu’il faut rappeler l’importance de ce que l’on appelle le « nexus eau-nourriture-énergie ». Sans eau, pas d’alimentation. Mais sans énergie, il est compliqué d’obtenir de l’eau douce en abondance. Pour le dessalement, il faut beaucoup d’électricité. Aujourd’hui, Israël, qui fabrique 50% de son eau douce par dessalement, y consacre 10% de son électricité.

Maintenant, il faut bien comprendre que pour la géopolitique, version extrême britannique, avec des gens comme Wolfowitz, les hommes sont comme des lapins. Vous mettez un gentil couple de lapins sur une île et qu’est-ce qu’ils font ? Ils lapinent, et en un temps record, ils vont manger tout l’herbe de l’île et ils vont tous mourir ensemble. Heureusement, les hommes ont quelque chose de plus que les lapins, la créativité. Personne n’a vu jusqu’à maintenant des lapins verdir le désert ou construire des avions pour aller ailleurs. Prenons-donc conscience de notre capacité spécifiquement humaine.

Alors, sur la question de l’eau, sans recours au nucléaire, les Israéliens et toute la communauté scientifique mondiale vont se mobiliser pour trouver des solutions.

La première solution, c’est la collecte et le recyclage, grâce à 120 stations d’épuration, de toutes les eaux sales, grises et usées, afin de les réutiliser pour l’irrigation. Ce taux est aujourd’hui de plus de 80 % en Israël, alors qu’il n’est que de 12 % en Espagne, de 8 % en Italie et de moins de 1% en France, où l’on ne croit pas utile de les récupérer. Du coup, Israël est devenu très économe en eau. La chasse d’eau à double débit est une invention israélienne. Ça peut paraître futile, mais cela a permis d’économiser des millions de litres d’eau. La consommation d’eau par habitant en Israël est l’une des plus basses de l’OCDE.

Deuxième grand axe, le développement de ce que l’on appelle une « agriculture de précision ». Lorsque vous irriguez, et c’est le grand reproche que formulent les Israéliens (qui ont tout fait pour empêcher les Palestiniens d’avoir les technologies pour le faire), vous le faites comme dans l’Antiquité. Quand vous arrosez vos plantes, vous avez 50 % de l’eau qui part dans l’atmosphère. En arrosant au niveau du sol, on en perd encore. Comment faire alors ? On fait du goutte à goutte dans le sous-sol. On peut maintenant le faire à 40 centimètres sous la surface. Mieux encore, les chercheurs ont réussi à comprendre le langage des plantes. On sait qu’à un moment donné, une tomate envoie un signal pour dire « je veux de l’eau, maintenant ». Et si vous ne l’arrosez pas à la bonne heure, elle ne boit pas. Là, je ne suis pas dans la science-fiction. Ce sont les progrès actuels. Il y a des équipes à Beersheba, avec des chercheurs africains, russes, israéliens, etc. Si l’on veut résoudre le problème de l’eau, ce n’est pas seulement en multipliant la quantité d’eau disponible, c’est aussi en améliorant l’efficacité de son usage. Je l’ai vu en Asie centrale, où l’Ouzbékistan, le Kirghizstan, le Turkménistan et l’Afghanistan se disputent les eaux de l’Amou Daria. Mais lorsqu’il arrive au Turkménistan, on utilise son eau pour inonder de vastes plaines, entraînant d’énormes pertes. L’humanité pourra résoudre de nombreux problèmes en modernisant les techniques d’irrigation. En Israël, c’est Simcha Blass qui a fait avancer la science de l’agriculture de précision, en gérant aussi bien l’eau que les engrais par micro-irrigation et goutte-à-goutte.

Le troisième point, c’est le dessalement de l’eau de mer, rendu possible par le procédé d’osmose inverse, grâce à la mobilisation du président Kennedy. Depuis 1999, Israël a construit cinq grandes usines de dessalement : Ashkelon, Palmachin, Hadera, Sorek et Ashdod. Et d’autres doivent ouvrir bientôt. Là encore, Wolfowitz a tancé Israël en disant : bon, vous faites ça, c’est très bien, mais gardez-le pour vous. Il ne faut surtout pas le reproduire ailleurs. Il ne faut pas que ça devienne un modèle, et surtout pas pour les Etats-Unis. Mais un autre facteur entre en jeu : le Bureau central des statistiques discrètes prévoit que la population va passer de 9,5 millions à 15 à 25 millions en 2065. A ce rythme, Israël devrait donc dessaler jusqu’à 3,7 milliards de mètres cubes par an, contre 0,5 milliards de mètres cubes aujourd’hui. Répondre à la demande de 2065, ça voudrait dire construire 30 nouvelles unités de dessalement. Une politique de dessalement entraînera évidemment une hausse de la demande d’électricité.

Enfin, il y a le quatrième axe de recherche, celui des projets de transfert d’eau vers la mer Morte, soit depuis la Méditerranée, soit depuis la mer Rouge. Plusieurs études de faisabilité ont été faites, notamment en permettant au passage de récupérer de l’énergie. D’abord, vous amenez de l’eau de mer jusqu’à un grand réservoir au bord de la mer Morte. De là, l’eau passe dans un puits 400 mètres plus bas et en chutant, elle fait tourner une turbine. Il existe en France une centrale hydro-électrique de ce type qui produit l’équivalent en électricité d’une petite centrale nucléaire. Ensuite, à la sortie, vous passez au dessalement. Ce sera éventuellement l’occasion de repenser complètement l’exploitation des minerais qui composent l’eau de la mer Morte. Son eau contient de la potasse, du sel, du lithium, etc. au total quelque 21 minéraux. La mer Morte, ce n’est pas juste un lieu de villégiature pour les bobos de Tel Aviv, c’est une source de richesses à partager entre Palestiniens, Israéliens et Jordaniens. Avec un petit réacteur nucléaire à haute température, produisant de l’électricité mais aussi de la chaleur industrielle, on peut « décomposer » l’eau et en sortir les éléments utiles, aussi bien l’eau douce que les minéraux.

Une étude de faisabilité allemande de 1975 décrit en partie ce type d’infrastructure. Mais en 1981, un vote de l’Assemblée générale des Nations unies interdit à Israël de réaliser ce projet. Pourquoi ? Israël, qui occupe la Palestine, a l’obligation de s’occuper des populations, mais il n’a pas le droit d’y installer des infrastructures durables de grande envergure. Une fois de plus, on refait la même bêtise qu’on a faite en 1952 en bloquant le plan Johnston.

Plan Oasis

Et c’est là que mon argument est double : au lieu de dire « ça prouve qu’on ne peut rien faire », cela démontre avec force que la réalisation de ces projets est consubstantielle avec la création d’un État palestinien. Parce qu’en créant cet Etat qui devient un partenaire dans un projet commun pour résoudre le problème de l’eau, cela va bénéficier à tout le monde.

C’est ainsi qu’avec Jacques Cheminade et Lyndon LaRouche, avec lesquels je travaille depuis une quarantaine d’années, nous avons repensé les projets de transfert d’eau sous le nom de « Plan Oasis ». Jacques Cheminade a pu l’évoquer ici il y a dix jours.

Dessaler l’eau de mer en bordure de la mer Morte présente plusieurs avantages. Il faut d’abord accepter que le dessalement génère des problèmes de déchets. Lorsque vous dessalez 100 litres d’eau de mer, vous obtenez certes 52 litres d’eau douce, mais également 48 litres de saumure (avec une salinité d’environ 3,5%). Si vous répandez cette saumure dans un champ, cela va en appauvrir le sol.

Pour l’instant, les Israéliens envoient la saumure de leurs usines de dessalement par des tuyaux qui s’avancent de plusieurs kilomètres dans la mer, mais c’est nuisible à la biodiversité. Alors que dans l’approche que je défends, la saumure sera déposée dans la mer Morte. Elle a une salinité de 27 % et comme vous le savez, faute d’être alimentée par le Jourdain dont on détourne toute l’eau, elle est en train de disparaître. Apporter de la saumure à la mer Morte, c’est lui offrir une cure de jouvence !

On peut donc dessaler en bordure de la mer Morte, en tirer de l’eau douce pour la Jordanie, la Palestine et tout le Sud israélien. Aujourd’hui, selon mes sources palestiniennes, il n’y a pas 700 000 colons, mais probablement plus d’un million, aux dernières nouvelles.

Si avec ce projet, on peut amener de l’eau dans le sud d’Israël, dans le Néguev, où ne vit actuellement que 13 % de la population du pays, on pourra y accueillir les colons de Cisjordanie, en leur proposant des loyers pas chers sur place. On pourra les sortir de leur vision haineuse et leur offrir un avenir dans des emplois industriels et agricoles. Mais pour ça, il faut amener de l’eau dans le désert.

Notre projet coche donc toutes les cases pour apporter une solution. C’est comme une chambre d’hôtel avec des fenêtres offrant une vue sur plusieurs horizons, plusieurs solutions potentielles. Dans ce dossier de l’Institut Schiller, sur 38 pages, vous pouvez étudier tout cela en détail.

J’ajouterai que, sur la question de l’eau, il existe plusieurs précédents de coopération, à commencer par l’Annexe N° 3 des accords d’Oslo de 1992.2

Viennent ensuite l’Annexe 2 (articles I à VII) et l’appendice B de l’accord israélo-jordanien de 1994.3 Les termes employés sont très importants. On reconnaît qu’il existe « un problème commun », qu’il faut le résoudre « sans porter atteinte à l’autre », etc. Et enfin, il y a, dans l’appendice B de l’accord, dite d’Oslo II du 2 septembre 19954 sur Gaza et la Cisjordanie, la déclaration sur l’eau et les eaux usées.

Malgré les horreurs qui ont été commises et qui se poursuivent encore, il existe des gens de bonne volonté qui tentent de rendre possible la coexistence de ces peuples.

Pour ma part, j’ai du mal à me prononcer contre les accords d’Oslo, pour la simple raison que pas même 10 % n’en ont été mis en œuvre, du fait que Rabin a été assassiné. Et après, personne, de tous les donneurs de leçons sur le respect du droit international en Ukraine, personne n’a exigé d’Israël qu’il applique les traités qu’il avait signés !

Actuellement, les Gazaouis rejettent dans la mer toutes leurs eaux usées, qui se mélangent à l’eau de mer dans les nappes phréatiques situées en-dessous de la bande de Gaza. Dans les puits de Gaza, on pompe l’eau de ces nappes phréatiques. Du coup, les habitants de Gaza finissent par boire l’eau polluée qu’ils ont eux-mêmes rejetée en mer, entraînant toutes sortes de maladies et d’épidémies. Aujourd’hui, on entend même des Israéliens se plaindre que c’est devenu tellement sale que ça risque de perturber les usines de dessalement de mer.

La bonne nouvelle, c’est qu’au moins formellement, les Joint Water Commissions (JWC), ces comités consultatifs techniques regroupant Israéliens, Palestiniens et Jordaniens, continuent à exister. Mais leur fonctionnement pose problème. Depuis huit ans, tous les projets proposés par les Palestiniens ont été rejetés par des veto israéliens, alors que tous les projets israéliens ont été approuvés.

Je serais prêt même à inviter un représentant des BRICS, un Russe, un Chinois et même un Américain ou un Français dans ces commissions sur l’eau, pour garantir qu’il y ait un regard extérieur et assurer un fonctionnement honnête. Parce que la situation est tellement inéquitable, les Israéliens possèdent si bien la technologie qu’ils peuvent tout dominer.5

C’est là qu’il y a un rapport de force à changer.

Merci.

NOTES:

  1. Michael J. STRAUSS, Professeur de droit international et de relations internationales au Centre d’Études Diplomatiques et Stratégiques (CEDS), et professeur de droit pénal international à l’Université Catholique de Lille. ↩︎
  2. L’accord d’Oslo (dit Oslo I) signé le 13 septembre 1993, dans on Annexe III, points 1, 2 et 3, spécifie un partage équitable des ressources en eau et en énergie. http://news.bbc.co.uk/2/hi/in_depth/middle_east/israel_and_the_palestinians/key_documents/1682727.stm ↩︎
  3. L’accord de paix israélo-jordanien de 1994, article 6.L’accord de paix israélo-jordanien de 1994, article 6. ↩︎
  4. L’accord entre Israël et la Palestine sur la Cisjordanie et Gaza (dit Oslo II), dans son annexe III, article 40, détaille une vaste coopération, y compris pour la gestion des eaux usées. ↩︎
  5. La Cour pénal international (CPI), dans son rapport d’août 2024, article 3 sur « La mise en place sélective : la gestion de l’eau en Cisjordanie » (pp. 8-9-10-11), accuse Israël de priver la population palestinienne d’un accès légitime à l’eau. ↩︎
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Empathy, sympathy, compassion – Humanity’s cultural heritage, key to world peace

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Before talking about World Cultural Heritage, two words about the notions of “sympathy”, “empathy” and “compassion,” three words constructed with the word “pathos”, the Greek word for “suffering” or “affection”.

Today, the word “empathy” is often used interchangeably with the words “sympathy” and “compassion,” but they aren’t really the same thing. All three refer to a caring response to someone else’s distress (pathos).

–Sympathy is a feeling of sincere concern for and share the feelings of someone who is experiencing something difficult or painful (pathos).

Empathy was a word coined in the early 20th century as a translation of the German Einfühlung, it means feeling with people, not just feeling for them. When you’re empathetic, you’re right there with them, feeling it too, because you put yourself, in a sense, “in the shoes of the other person.”

–Compassion goes of course beyond empathy and means action. Compassion goes with altruism, or “a desire to act on that person’s behalf.” Put simply: you relate to someone’s situation, and you want to help them.

But empathy is particularly key for our subject here, that of “peace building” because it can build a bridge between persons considering each other as “enemies”. We can show empathy for persons we don’t consider sympathetic at all. We don’t share their feelings, but we go beyond mere affection and engage in what is called “cognitive empathy”: we know enough about the other person’s background and culture to understand his motivations. As a byproduct, empathy can help us to forgive and pardon as requested by the Peace of Westphalia.

Today, if we want to make peace a reality, we have to mobilize ourselves to raise the level of empathy. Empathy is under massive attack:

  • –by the promotion of brutal competition (that’s why professionnal sports are allowed)
  • –a culture of screens and
  • –the breakdown of person to person dialogue.

There was a campaign to increase empathy in Europe after the bloody wars between France and Germany, when the Goethe Institute opened in France and the Alliance Française in Germany. There was also a movement of “sister” cities allowing people from one village to visit a “sister” village in the other country. They would talk, laugh with their prejudices and celebrate together, have inter personal dialogue and learn to read on the faces the emotions standing “behind” the words.

Now, the knowledge one can acquire of each other culture, language and history, are of course a fundamental tools to develop this “cognitive empathy” which allows you to see persons as “products” of a history, a culture and a civilization, rather then as atomized little entities.

For example, after I discovered the philosophy of mutazalism of the Baghdad Abassides Califate, my entire vision of Islam changed. I know exactly what happened to their civilization, their frustrations and hopes.

Today, China is currently heavily involved and mobilized to protect especially the pre-islamic cultural heritage of Afghanistan and other countries of Central Asia. It is in its own interest. One leading Chinese archaeologist which I met, rightly said that the beauty and intellectual challenge of this art is “the best way to fight terrorism.” Not weapons and drones but culture!

It it was in Afghanistan that the silk road players met when the Greek culture walked towards the East and the Chinese culture walked towards the West.

The Buddhists that prospered in this area were very active over both the maritime and terrestrial silk roads, reaching into Pakistan, India, Sri Lanka, Xinjiang and China. They paid huge attention to metallurgy, architecture, painting, sculpture, poetry, and literature. The first printed text known today is a Buddhist text of 868 AD.

Added to this, the birth of a very agapic form of Mahayana buddhism in the region of Gandhara (now mainly in Pakistan). Its followers, in stead of pursuing a purely personal goal of nirwana (enlightenment), rather took pleasure to free all of humanity from suffering !

Empathy, compassion and mercy were the supreme qualities to be glorified in Gandhara art especially in the form of what are called Bodhisattva’s, that is ordinary persons that are set to become enlightened but elect instead to remain in this world, easing the suffering of all beings and helping others attain enlightenment.

Two examples:

“Boddisattva of infinite compassion,” 1250, Song Dynasty.

“Thinking Bodhisattva”, Hadda, Gandhara, Afghanistan.

The one who understood that this revolutionary form of Buddhism could pacify the region was the Indian Prime minister Nehru who named his daughter Indira Priyadashini (the future Prime Minister Indira Gandhi), because « Priyadarshi » was the name adopted by the great emperor Ashoka the great (304 – 232 BC) after he converted and became a Buddhist prince of peace! 

In 1956, just before the creation of the non-aligned movement and the Bandung conference, Nehru orchestrated a year-long celebration honorifying “2,500 years of Buddhism”, not to resurrect an ancient faith per se, but to claim for India the status as the birthplace of Buddhism: an ancient belief advocating non-violence, pacifism and that calls for ending the disgraceful “caste system” the British worsened and wanted to maintain worldwide.

Mes Aynak

Today, with the Ibn Sina Research & Development Center in Kaboul, we of the Schiller Institute are working day and night to save the archaeological site of Mes Aynak which we want to have classified by UNESCO as a world heritage site.

Mes Aynak is the world’s second largest copper reserve and Afghanistan needs the mining activity to get revenues to complete its urgent reconstruction. But on top of the mine stands the ruins of a vast monastic Buddhist complex that was a key trading post of the silk road between the 1st and the 8th century.

After our campaign and forth and back discussions between the afghan government, China and the Chinese mining company, all actors agreed that the entire cultural heritage on the surface will be protected and mining will only take place with underground mining techniques.

We won a fight, now we have to win the peace.

Full study:

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AUDIO – Vermeer’s Young Woman with a Pearl Necklace

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Vermeer, Metsu, Ter Borch, Hals, l’éloge du quotidien. FR pdf (Nouvelle Solidarité)

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AUDIO – Van Eyck’s theological metaphor in his Madonna in the Cathedral (Berlin)

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Jan Van Eyck, a Flemish Painter using Arab Optics (EN online)
Jan van Eyck, la beauté comme prégustation de la sagesse divine (FR en ligne) + EN on line.

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AUDIO – Joachim Patinir and the Homo Viator

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Quinten Matsys and Leonardo — The Dawn of the Age of Laugher and Creativity, (EN online);

Квентин Массейс и Леонардо: на заре смехотворчества (RU pdf)

Joachim Patinir et l’invention du paysage en peinture (FR en ligne).

Joachim Patinir and the invention of landscape painting (EN online)

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AUDIO – The Culture behind Brueghel’s Proverbs (Berlin)

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List and explication of the proverbs

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ARTKAREL AUDIO GUIDE — Bruegel’s Two Apes (Berlin)

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AUDIO – Rembrandt painting the voice of Anslo (Berlin)

Karel Vereycken during his comments.

1st AUDIO with comments made in Berlin Museum on June 6, 2025.


2nd AUDIO with détailed 45 minutes presentation and analysis during zoom dialogue on September 21, 2025 with Schiller Institute friends in the United States.

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ARTKAREL AUDIO GUIDE — Matsys and the Art of « The Deal » (Berlin)

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Shakespeare’s lesson in Economics

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Karel Vereycken, Venice, intaglio etching on zinc, 2011.

by Karel Vereycken

As early as 1913, the very year that a handful of major Anglo-American banks set up the Federal Reserve to prevent that any form of national bank in the US fixes the rules for money and credit, Henry Farnam 1 , an economist at Yale University, noted that « if one examines the dramas of Shakespeare, one will notice that quite often in his plays the action turns entirely or partly on economic questions. »

The comedy The Merchant of Venice (circa 1596) is undoubtedly the most striking example. While the plot of the story is generally well known, the deeper meaning of this play, which can be read on different levels, is often overlooked. The sequence of events (the story itself) is one, what they reveal (the principles) is another.

The narrative

To help out his protégé Bassanio and enable him to engage with his beloved Portia, a Catholic Venetian merchant and shipowner named Antonio borrows money from a Jewish moneylender, Shylock.

Shylock hates Antonio, the very archetype of the hypocritical Christian, because the latter treats him with contempt. Antonio, on the other hand, hates Shylock because he is Jewish and because he is a usurer: he lends at interest.

Shakespeare makes us understand that the prosperity of Venice is based on the mutual hatred fueled by the oligarchs between Jews and Christians, according to the famous principle of « Divide and rule. » 2

Double-dealing

The Venetian oligarchy never lacked imagination in circumventing the standards it imposed on its adversaries.

Indeed, among both Jews and Christians, financial usury is condemned and even punished. Interest, which is simply defined as the remuneration of a creditor by his debtor for having lent him capital, is a very ancient concept that probably dates back to the Sumerians and is also found in other ancient civilizations such as the Egyptians or the Romans.

Now, let us recall here that Judaism, which is the first of the Abrahamic religions, clearly prohibits lending at interest. We encounter numerous passages that condemn interest in the Torah, such as the book of Exodus 22:25-27, Leviticus 25:36-37 and Deuteronomy 23:20-21.

However, this prohibition only applies to loans within the Jewish community. In Deuteronomy 23:20-21, it is stated that

Initially, the same rule applied among Christians. It was not until the First Council of Nicaea (in 325) that lending at interest was prohibited. At the time, many churches were held by lineages of priests , just as nearby castles were controlled by lineages of lords, the two often being related. While its condemnation had been relatively mild in Christianity before then, interest became a serious sin and was heavily punished from the 1200s onwards.

The exploitation of Jews

Italy has been home to Jews since ancient times. They were dependent on popes, princes, or merchant republics. Rome, Sicily, and the Kingdom of Naples had large communities, and popes sometimes hired Jewish doctors. In the 13th century, some cities granted Jewish bankers, with papal license, a monopoly on pawnbroking.

Venice welcomed Jews but forbade them from practicing any profession other than lending for interest. Initially, the Jews publicly enriched themselves in Venice, drawing the ire of the rest of the population.

To « protect » the Jews, the Doge of Venice created the first ghetto (a Venetian word), offering, it must be said, the most unsanitary district of the lagoon to these Jews whom he detested while cherishing the financing they provided for Venetian colonial expeditions and the slave trade that « Catholic » Venice practiced without any qualms.

The Merchant of Venice

This is the essence of the Venetian system that Shakespeare unmasks in his comedy The Merchant of Venice . 3

So, when Antonio goes to ask Shylock for a loan of 3000 ducats for a period of three months, he first tells him:

Shylock then replies:

To which Antonio retorts:

A friendly exchange between Shylock (left) and Antonio, the Merchant of Venice. BBC, Globe Theatre, London.

Offended, Shylock replies:

Shylock, to escape from the mutual hatred, offers to lend him (according to the Jewish and Christian rule), as a friend, without interest.

But the « good » Catholic Antonio refuses to become friends with the Jew. He asserts that in business, one should not have friends , and demands that he lend to him as an enemy because it is easier to sanction in case of non-compliance with the contract.

As Churchill said, an empire has no friends, only interests. This principle would later be theorized by Nazi crown jurist Carl Schmidt to become the rule of today’s oligarchy: to exist, one needs an enemy, and if you lack one, hurry up to invent one!

The Venitian’s double game

As we can see, Shakespeare points out the hypocrisy of this Venetian system which bases its prosperity on a « win-win » policy, not between friends, but as a cynical game between concurring mafias.

Let us recall here that, although it was regularly at war with the Turks, Venice also created a ghetto for Turkish merchants and even a « Foundation », that is to say a functional trade representation in the city.

View of Venice in 1486.

If a Venetian ambassador was reproached for this trade with the Ottomans which threatened the West, he would reply: « As merchants, we cannot live without them. »

The Ottomans sold wheat, spices, raw silk, cotton, and ash (essential for glassmaking) to the Venetians, while Venice supplied them with finished products such as soap, paper, textiles, and… weapons. Although this was explicitly forbidden by the Pope, countries as France, England, the Low Countries, but especially Venice, Genoa, and Florence sold firearms and gunpowder to the Levant and the Turks. 8

Venice supplied the Turks with cannons and military engineers with its left hand, while renting ships at high prices to Christians who wanted to fight them with its right hand. Added to this was the rivalry with Genoa, which had allied itself with the Palaeologus dynasty but which the Ottomans defeated in favor of the Venetians.

In 1452, a year before the fall of Constantinople, the Hungarian engineer and founder Urban (or Orban), a specialist in large bombards, entered the service of the Ottomans. These cannons, he entrusted to the Sultan, were so powerful that they would bring down « the walls of Babylon. » We know what happened next in 1453.

15th century Turkish cannon.

When the Franks wanted to hire ships in Venice to go on crusade, they lacked money.

No problem: Venice finds the right arrangement. To pay for the ships’ rental, the Franks are invited to make a small detour along the route and begin the crusade by liberating Constantinople, which Venice wants to retake from the Ottomans. And it works! Venice increases its trading posts and military bases in Constantinople to expand its financial and commercial empire.

A Pound of Flesh

Faced with Antonio’s foolish and arrogant response, Shylock pushes his logic to the point of absurdity and, jokingly, suggests that if his debtor does not repay his debt on time, he would have the right to take a pound of flesh from him.

This can be seen as a literal and wacky interpretation of what was written on the « bonds » or « receipts of debt » of the time. Antonio, who is convinced that his ships will return to Venice in time to provide him with enough to repay Shylock, accepts the terms of the contract, almost laughing at their surreal nature.

This is where Shakespeare poses a fundamental question and offers us a beautiful lesson in economics, in the form of a tragic and paradoxical metaphor. In most ancient civilizations, failure to repay a debt could lead you to slavery, cost you your life, or send you to prison for the rest of your life. From monetary slavery, we thus moved on to physical slavery. 9

Later, for example, we find in the archives of the Antwerp courts the text of a trial in 1567 concerning an obligation between Coenraerd Schetz and Jan Spierinck:

You read that right: « by pledging myself. » Taken literally, the debtor pledges his person as surety to his creditor. Let us also recall that in France, imprisonment for private debts was instituted by a royal ordinance of Philip the Fair in March 1303. Apart from two periods of abolition, from 1793 to 1797 and in 1848, the imprisonment of debtors persisted in France until its abolition in 1867.

During the Renaissance, the Christian humanism of Petrarch, Erasmus, Rabelais, and Thomas More combined Socrates’ notion of justice with that of love for others, and a new principle emerged: the life of each individual is sacred and has a value immeasurably greater than any financial debt.

It is a questioning of this principle that turns Shakespeare’s comedy into a drama. Little by little, the spectator learns that Antonio’s ships have all been swept away by storms and other misfortunes. He therefore does not have the necessary means to repay his debt in time.

The Merchant of Venice must therefore accept that Shylock takes a pound of flesh from him as stipulated in the debt title he signed… a financial claim duely validated by a notary and the laws of the Venetian Republic.

Shylock contemplates extracting, as stipulated in his debt claim, a pound of flesh from the debtor, the Merchant of Venice, Antonio. Many are offended by his bloodthirsty behavior, but few by the Venetian system that permitted it.

To save Antonio’s life, his friends then offer the lender double the initial sum borrowed, but Shylock, driven by a sense of revenge, will not listen, angry moreover at the fact that his daughter has left his house with a young Christian merchant, taking with her a tidy sum of ducats and family jewels.

Shylock viciously responds to the Doge’s request to show mercy, saying that he is asking for nothing more… than the application of the law. He also reminds the Venetians that they are in no position to give moral lessons, because in Venice one can « buy » people:

To this, the impotent Doge offers no counterargument. He himself must obey the laws of the city. The only thing he has the right to do is to allow a doctor of law who has examined the case to deliver his expert opinion.

Turnaround of the situation

Here Shakespeare introduces Portia, who, disguised as a law doctor and acting in the name of a higher principle, love for humanity and good, will succeed in turning the tide. 11

Having acknowledged the validity of Shylock’s claim, she turns the tables with the kind of audacity we lack today. Regarding the claim, she notes an important detail concerning the implementation of the sanction:

Portia, disguised as a doctor of law, intervenes to find a happy outcome.

This is another beautiful lesson Shakespeare teaches us. How many excellent laws are worthless simply because their authors didn’t bother to specify their implementation? Do you know the laws that allow you to defend yourself against the injustices the system inflicts on you? Because if the devil is in the details, the good Lord is sometimes not far away. It’s up to you to go and find him.

Shakespeare reminds us that economics is not limited to law and mathematics. Every economic choice remains a societal choice. In reality, only « political economy » should be taught in our universities and theaters.

Presenting the science of economics and finance as an « objective » reality and not as a reality of human choices is the best proof that we are subject to propaganda.

In conclusion, let us emphasize that unlike Christopher Marlowe‘s play, The Jew of Malta (circa 1589), the main actor in Shakespeare’s play is not the evil Jew Shylock (as claimed by anti-Semites who performed distorted versions of the play during the dark periods of our history), but rather the very Catholic merchant of Venice who, as we have seen, uses the Jews for his own interests. Let us recall that in the Jewish ghetto of Venice, the Jews were only allowed to deal with finance but nothing else…

Finally, in The Merchant of Venice , Shakespeare unmasks the workings of a mad and criminal finance which knows how to use formal interpretations of law (the appearance of justice) to satisfy its greed (true injustice).

NOTES:

  1. Henry Farnam, Shakespeare as an economist, p. 437, Yale Publishing Association, New Haven; ↩︎
  2. See Sinan Guven, The Conflict Between Interest and Abrahamic Religions , HEConomist, the student newspaper; ↩︎
  3. All the following quotes from Shakespeare’s The Merchant of Venice are taken from the website Litcharts; ↩︎
  4. Act 1, Scene 3; ↩︎
  5. Act 1, Scene 3; ↩︎
  6. Act 1, Scene 3; ↩︎
  7. Act 1, Scene 3; ↩︎
  8. Salim Aydoz, Artillery Trade of the Ottoman Empire, Muslim Heritage website, Sept. 2006; ↩︎
  9. A case in point is the history of Haiti. See Invade Haiti, Wall Street urged, New York Times, 2022. ↩︎
  10. Act 4, Scene 1; ↩︎
  11. The principle of a « Promethean » woman intervening disguised as a man for the good of humanity will be, with the person of Leonore, at the center of Fidelio, Beethoven’s unique opera; ↩︎
  12. Act 4, Scene 1; ↩︎

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La leçon d’économie de Shakespeare

This article in EN

Karel Vereycken, Venise, eau-forte sur zinc. Vernis mou, aquatinte, 2011.

par Karel Vereycken

Déjà en 1913, l’année même où une poignée de grandes banques anglo-américaines constituait la Réserve fédérale pour fixer les règles de la monnaie et du crédit, Henry Farnam 1, un économiste de l’Université de Yale, faisait remarquer que « si l’on examine les drames de Shakespeare, on remarquera qu’assez souvent, dans ses pièces, l’action tourne entièrement ou en partie autour de questions économiques ».

La comédie Le marchand de Venise (vers 1596) en est sans doute l’exemple le plus éclatant. Si l’on connaît généralement le déroulé de l’histoire, on passe assez souvent à côté du sens profond de cette pièce qui se lit à différents niveaux. L’enchaînement des faits (la petite histoire) en est un, ce qu’ils dévoilent (des principes) en est un autre.

La petite histoire

Pour rendre service à son protégé Bassanio et lui permettre d’épouser sa bien-aimée Portia, un marchand et armateur vénitien catholique du nom d’Antonio emprunte de l’argent à un prêteur juif Shylock. Ce dernier déteste Antonio car celui-ci, l’archétype même du chrétien hypocrite, le traite avec mépris. Antonio, quant à lui, déteste Shylock parce qu’il est juif et parce qu’il est un usurier : il prête avec intérêt.

Shakespeare nous fait comprendre que la prospérité de Venise repose sur la séparation et sur la détestation mutuelle entre Juifs et Chrétiens, selon son célèbre principe de « Diviser pour régner ». 2

L’oligarchie vénitienne n’a jamais manqué d’imagination pour contourner les normes qu’elle faisait appliquer à ses adversaires.

L’usure

En effet, aussi bien chez les Juifs que chez les Chrétiens, l’usure financière est condamnée et même punie. L’intérêt qu’on définit simplement comme la rémunération d’un créancier par son débiteur pour lui avoir prêté du capital, est un concept très ancien qui date probablement des Sumériens et qu’on retrouve aussi dans d’autres civilisations antiques comme les Égyptiens ou les Romains.

Or, rappelons ici que le Judaïsme, qui est la première des religions abrahamiques, interdit clairement le prêt à intérêt. On rencontre de nombreuses fois des passages qui condamnent l’intérêt dans la Torah comme le livre de l’Exode 22:25-27, le Lévitique 25:36-37 et le Deutéronome 23:20-21.

Cependant, cette interdiction ne concerne que les prêts dans la communauté juive. Dans le Deutéronome 23:20-21, il est dit que

Initialement, la même règle s’appliquait chez les Chrétiens. Ce n’est qu’à partir du premier Concile de Nicée (en 325) que le prêt à intérêt est interdit. A l’époque, de nombreuses églises sont tenues par des lignages de prêtres, tout comme les châteaux voisins sont contrôlés par des lignages de seigneurs, les deux étant souvent apparentés. Alors que sa condamnation était relativement modérée dans le Christianisme auparavant, l’intérêt devient un grave péché lourdement puni à partir des années 1200.

L’exploitation des juifs

L’Italie abrite des Juifs depuis l’Antiquité. Ils dépendent soit des papes, soit des princes, soit des républiques marchandes. Rome, la Sicile, le royaume de Naples comprennent de larges communautés et les papes engagent parfois des médecins juifs. Au XIIIe siècle, certaines villes accordent à des banquiers juifs, avec licence pontificale, le monopole du prêt sur gages.

Venise accueille les Juifs mais leur interdit de pratiquer tout autre métier que prêteur contre intérêt. Dans un premier temps, les Juifs s’enrichissent au grand jour à Venise et s’attirent les foudres du reste de la population.

Pour « protéger » les Juifs, le doge de Venise crée le premier « ghetto » (un mot vénitien), offrant, il faut le préciser, le quartier le plus insalubre de la lagune à ces Juifs qu’il déteste tout en chérissant le financement qu’ils permettent aux expéditions coloniales vénitiennes et au trafic d’esclaves que Venise la « Catholique » pratique sans complexes.

Le marchand de Venise

Shylock répond alors :

Échange sympathique entre Shylock (à gauche) et Antonio, le marchand de Venise. BBC, Théâtre du Globe, Londres.

Offusqué, Shylock répond :

Shylock, pour sortir de la détestation mutuelle propose de lui prêter (selon la règle juive et chrétienne), en ami, sans intérêt. Mais le « bon » catholique Antonio refuse de devenir ami avec le Juif. Il affirme qu’en affaires, il ne faut pas avoir d’amis, et exige qu’on lui prête en tant qu’ennemi car c’est plus facile à sanctionner en cas de non-respect du contrat.

Comme le disait Churchill, un Empire n’a pas d’amis, il n’a que des intérêts. Ce principe sera théorisé ensuite par Carl Schmidt pour devenir la règle de l’oligarchie d’aujourd’hui : pour exister, il faut un ennemi et s’il en manque, dépêchons-nous d’en inventer un !

Le double jeu des Vénitiens

Comme on le voit, Shakespeare pointe sur l’hypocrisie de ce système vénitien qui base sa prospérité sur une politique « gagnant-gagnant » non pas entre amis mais entre ennemis.

Rappelons ici que, bien qu’elle soit régulièrement en guerre contre les Turcs, Venise crée également un ghetto pour les marchands turcs et même une « fondation », c’est-à-dire une représentation commerciale fonctionnelle.

Vue sur Venise en 1486.

Si l’on reprochait à un ambassadeur vénitien ce commerce avec les Ottomans qui menaçaient l’Occident, celui-ci répondait : « En tant que marchands, nous ne pouvons vivre sans eux. »

Les Ottomans vendaient du blé, des épices, de la soie grège, du coton et de la cendre (pour la fabrication du verre) aux Vénitiens, tandis que Venise leur fournissait des produits finis tels que du savon, du papier, des textiles et… des armes. Bien que cela soit explicitement interdit par le pape, la France, l’Angleterre, les Pays-bas, mais surtout Venise, Gênes, et Florence vendaient des armes à feu et de la poudre à canon au Levant et aux Turcs. 4

Venise fournit de sa main gauche des canons et des ingénieurs militaires aux Turcs tout en louant à prix fort, de sa main droite, des navires aux Chrétiens voulant les combattre. A cela s’ajoute la rivalité avec Gênes qui s’était alliée à la dynastie des Paléologues mais que les Ottomans ont battue au profit des Vénitiens.

En 1452, un an avant la chute de Constantinople, l’ingénieur et fondeur hongrois Urban (ou Orban), spécialiste des grosses bombardes, se met au service des Ottomans. Ces canons confie-t-il au Sultan, sont si puissants qu’ils feraient chuter « les murs de Babylone ». On connaît la suite en 1453.

Canon turc du XVe siècle.

Lorsque les Francs veulent louer des navires à Venise pour partir en croisade, l’argent leur fait défaut.

Pas de souci : Venise trouve l’arrangement qui convient. Pour payer la location des navires, les Francs sont invités à faire un petit détour sur le trajet, et commencer la croisade par la libération de Constantinople que Venise veut reprendre aux Ottomans. Et ça marche ! Venise multiplie ses comptoirs et ses bases militaires à Constantinople pour étendre son empire financier et commercial.

Une livre de chair

Face à la réponse sotte et arrogante d’Antonio, Shylock pousse la logique jusqu’à l’absurde et, sur le ton de la plaisanterie, propose alors que dans l’éventualité où son débiteur ne rembourserait pas sa dette en temps et en heure, il aurait le droit de prélever sur celui-ci une livre de chair.

On peut y voir une interprétation littérale et loufoque de ce qui s’écrivait sur les « obligations » ou « reconnaissances de dette » de l’époque. Antonio, qui est convaincu que ses navires rentreront à temps à Venise pour lui fournir de quoi rembourser Shylock, accepte les conditions du contrat, presque en riant de leur caractère surréaliste.

C’est là que Shakespeare pose une question fondamentale et nous offre une belle leçon d’économie, sous la forme d’une métaphore tragique et paradoxale. Dans la plupart des civilisations de l’Antiquité, le non-remboursement d’une dette pouvait vous conduire en esclavage, vous coûter la vie ou vous envoyer en prison pour le reste de vos jours. De l’esclavage monétaire on passait ainsi à l’esclavage physique.

Plus tard, on trouve, par exemple, dans les archives des tribunaux d’Anvers le texte d’un procès en 1567 concernant une obligation entre Coenraerd Schetz et Jan Spierinck :

Pris à la lettre, le débiteur gage sa personne en caution à son créancier. Rappelons également qu’en France la prison pour dettes privées est instituée par une ordonnance royale de Philippe Le Bel de mars 1303. En dehors de deux périodes de suppression, de 1793 à 1797 et en 1848, la contrainte par corps des débiteurs a persisté en France jusqu’à son abolition en 1867.

A la Renaissance, l’humanisme chrétien de Pétrarque, d’Erasme, de Rabelais et de Thomas More allie la notion de justice de Socrate avec celle de l’amour d’autrui, et un nouveau principe émerge : la vie de chaque individu est sacrée et a une valeur incommensurablement supérieure à tous les titres de dette financière.

C’est une remise en question de ce principe qui fait tourner la comédie de Shakespeare au drame. Petit à petit, le spectateur apprend que les navires d’Antonio ont tous été emportés par des tempêtes et d’autres déconvenues. Il ne dispose donc pas en temps et en heure des moyens nécessaires pour s’acquitter de sa dette.

Le marchand de Venise doit donc accepter que Shylock lui prenne une livre de chair comme le stipule la reconnaissance de dette qu’il a signée… un titre de dette validé par les lois de la République.

Shylock envisage extraire, comme le prévoit son titre de dette, une livre de chair du débiteur, le marchand de Venise, Antonio. Beaucoup s’offusquent de son comportement sanguinaire, peu du système vénitien qui l’autorisait.

Pour sauver la vie d’Antonio, ses amis proposent alors au prêteur le double de la somme initiale empruntée, mais Shylock, animé par un sentiment de vengeance, ne veut rien entendre, fâché de surcroît du fait que sa fille est partie de sa maison avec un jeune marchand chrétien emportant une coquette somme de ducats et des bijoux de famille.

Shylock répond vicieusement au Doge qui lui demande d’être clément, qu’il ne réclame rien d’autre que l’application de la loi. Au passage il rappelle aux Vénitiens qu’ils sont mal placés pour donner des leçons de moralité, car à Venise on peut « acheter » des personnes :

A cela, le Doge impuissant n’apporte aucun contre-argument. Lui-même doit obéir aux lois de la cité. L’unique chose qu’il a le droit de faire, c’est de laisser la parole à un docteur en droit qui a examiné l’affaire, pour qu’il livre son avis d’expert.

Retournement de la situation

Ici, Shakespeare fait intervenir Portia qui, déguisée en homme de loi et agissant au nom d’un principe supérieur, l’amour pour l’humanité et le bien, prend la parole. 5

Une fois reconnue la validité de la demande de Shylock, elle retourne la situation avec le genre d’audace qui nous manque aujourd’hui. A propos de la créance, elle relève un détail important concernant la mise en œuvre de la sanction :

Portia, déguisée en docteur en droit, intervient pour trouver une issue heureuse.

C’est une autre belle leçon que nous donne Shakespeare. Combien de lois excellentes ne valent rien du simple fait que leurs auteurs n’ont pas pris la peine d’en spécifier la mise en œuvre ? Connaissez-vous les lois vous permettant de vous défendre contre les injustices que le système vous inflige ? Car si le diable est dans les détails, le bon Dieu n’est parfois pas loin. A vous d’aller le chercher.

Shakespeare nous rappelle que l’économie ne se réduit pas au droit et aux mathématiques. Tout choix économique reste un choix de société. En réalité, seule « l’économie politique » devrait être enseignée dans nos facultés et nos théâtres.

Présenter la science de l’économie et de la finance comme une réalité « objective » et non pas comme une réalité des choix humains, est la meilleure preuve que nous sommes soumis à de la propagande.

Pour conclure, soulignons que contrairement à la pièce de Christopher Marlowe, Le Juif de Malte (vers 1589), l’acteur principal de la pièce de Shakespeare n’est pas le Juif maléfique Shylock (comme le prétendaient des antisémites qui faisaient jouer des versions dénaturées de la pièce durant les périodes noires de notre histoire), mais bien le très catholique marchand de Venise qui, on l’a vu, se sert des Juifs pour son propre intérêt. Rappelons que dans le ghetto juif de Venise, les Juifs n’avaient que le droit de s’occuper de finance mais de rien d’autre…

Enfin, dans Le marchand de Venise, Shakespeare démasque le fonctionnement d’une finance folle et criminelle qui sait utiliser des interprétations formelles du droit (l’apparence de la justice) pour satisfaire sa cupidité (la véritable injustice).

NOTES:

  1. Henry Farnam, Shakespeare as an economist, p. 437, Yale Publishing Association, New Haven ; ↩︎
  2. Voir à ce propos Sinan Guven, Le conflit entre l’intérêt et les religions abrahamiques, HEConomist, le journal des étudiants ; ↩︎
  3. Toutes les citations qui suivent du Marchand de Venise de Shakespeare sont tirées de la version en lecture libre sur le site Atramenta. ↩︎
  4. Salim Aydoz, Artillery Trade of the Ottoman Empire, Muslim Heritage website, Sept. 2006 ; ↩︎
  5. Le principe d’une femme « prométhéenne » intervenant déguisée en homme pour le bien de l’humanité sera, avec la personne de Leonore, au centre de Fidelio, l’unique opéra de Beethoven ; ↩︎
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Le Landjuweel d’Anvers de 1561 — Faire de l’art une arme pour la paix

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Sommaire

  • Introduction
  • Alphabétisation précoce (encadré)
  • Les Chambres de rhétorique
  • Réhabilitation
  • Joutes, compétitions et autres festivals
  • Landjuweel
  • Contexte politique et économique
  • Gand, 1539
  • L’influence d’Érasme
  • De Violieren et la Guilde de Saint-Luc
  • Anvers, 1561
  • Organisation du Landjuweel
  • Philosophie
  • Une journée mémorable
  • Paix et art, unis pour la célébration
  • Censure, répression et révolte dans les Pays-Bas bourguignons

Introduction

Comme chacun le sait, ce sont les vainqueurs qui écrivent l’histoire. Non pas celle de l’humanité, mais la leur. Celle des « perdants » est laissée de côté. C’est pourquoi, en Belgique comme aux Pays-Bas, les églises officielles, catholiques, luthériennes ou calvinistes, et les élites dirigeantes, choisies par l’Espagne et les Britanniques, ont soigneusement effacé des livres la vérité sur le rôle révolutionnaire d’Érasme et son impact. 1

Comme nous le documentons ici, Érasme a réussi, grâce à sa bonté et son esprit noble et ironique, à mobiliser un assez large public, non seulement dans les sections instruites des élites européennes, mais également dans une large partie de la classe moyenne montante des travailleurs, une section sociale que l’on pourrait identifier aux Gilets jaunes d’aujourd’hui.

Denis van Alsloot – Détail, L’Ommeganck du 31 mai 1615 à Bruxelles, peinture, Victoria and Albert Museum.

À notre époque, les processions religieuses, les défilés de géants et les carnavals masqués de Venise, Rio de Janeiro ou encore de Dunkerque paraissent fort sympathiques, mais tellement loin de la « vraie culture » !

Qualifier ces événements et traditions de simple « folklore » résulte principalement d’une méconnaissance de l’histoire. Si l’on considère l’intention et le contenu de certaines de ces fêtes, comme le Landjuweel de Gand en 1539 et celui d’Anvers en 1561, avec 5000 participants et encore bien plus de spectateurs, fêtes populaires plaçant l’art, la poésie et la musique comme véritables sources de paix et d’harmonie durables entre les nations, les États et les peuples, on peut dire qu’en termes de raffinement et de beauté, elles rivalisent, et je dirais même surpassent, bien des événements prétendument « culturels » d’aujourd’hui.

Les Chambres de rhétorique

Pays-Bas bourguignons vers 1500.

A l’origine de ces festivals et concours de poésie du type Landjuweel, des sociétés littéraires et dramatiques appelées Kamers van rhetorike (chambres de rhétorique), qui apparaissent à partir de la fin du XIVe siècle dans le nord-ouest de la France et dans les anciens Pays-Bas, surtout dans le comté de Flandre et le duché du Brabant.

Alors qu’aux XVIIe et XVIIIe siècles ces chambres allaient devenir des clubs littéraires pour une bourgeoisie avide d’exercices d’éloquence et de rimes, à cette époque la culture rhétorique n’est pas socialement une culture d’élite, car la plupart des rhétoriciens étaient des commerçants et n’appartenaient pas à l’élite dirigeante de leur ville.

Des recherches récentes ont confirmé que les chambres de rhétorique de Flandre et du Brabant recrutaient principalement leurs membres dans les classes moyennes urbaines, plus précisément dans les cercles d’artisans (maçons, menuisiers, charpentiers, teinturiers, imprimeurs, peintres, etc.), de commerçants, de commis, d’exerçant des professions intellectuelles et de commerçants. 15

En 1530, parmi les 42 membres de la chambre bruxelloise De Corenbloem (Le Bleuet), on dénombre 32 artisans (bouchers, brasseurs, meuniers, charpentiers, tuiliers, peigneurs, pêcheurs, carrossiers, tailleurs de pierre, etc., soit 76,2 %). 16

Dans les professions artistiques, on compte un vitrier et deux peintres (7,1 %), et dans le commerce, un marchand de fruits, un aubergiste, un patron de bateau et un chiffonnier (9,5 %). Les autres membres sont un haut fonctionnaire, un harpiste et un annonceur.

Composition des membres de De Corenbloem, par profession.

Pour la période 1400-1650, on a recensé 227 chambres de rhétorique néerlandophones dans les Pays-Bas méridionaux et la Principauté de Liège, ce qui signifie que pratiquement chaque ville en possède au moins une. En 1561, le duché de Brabant compte environ 40 chambres de rhétorique reconnues, tandis qu’on en dénombre 125 dans le comté de Flandre. 17

Leur organisation est semblable à celle des corporations : à la tête de chacune se trouve le doyen, généralement un ecclésiastique (ces chambres conservaient un aspect religieux). Depuis leur création, elles sont de deux sortes : les libres (vrye), bénéficiant d’une subvention communale, et les soumises (onvrye ou vrywillige), n’ayant pas de subvention, mais rendant compte à une chambre suprême (hoofdkamer). Parmi les rhétoriciens se trouvent les fondateurs (ouders) et les membres (broeders ou gezellen) ; à la tête de toutes se trouvent un empereur, un prince, souvent un prince héréditaire (opperprins ou erfprins) ; viennent ensuite un président honoraire (hoofdman), un grand doyen, un doyen, un auditeur (fiscael), un porte-étendard (vaendraeger ou Alpherus) et un garçon (knaep), qui s’adonne parfois à la poésie.

Les plus importants sont les « facteurs », c’est-à-dire les poètes chargés de la « factie » (composition) des poèmes, des pièces de théâtre, des farces et de l’organisation des festivités. Initialement d’appartenance ecclésiastique, les chambres prirent leur indépendance pour s’établir, concrètement, comme un comité des fêtes, chargé par les autorités municipales d’égayer de poésie et de splendeur les événements politiques et culturels tout au long de l’année.

Réhabilitation

Des recherches plus poussées, principalement aux Pays-Bas, ont conduit les chercheurs à « réhabiliter » les chambres de rhétorique, désormais considérées comme des institutions ayant joué un rôle majeur dans le développement du néerlandais vernaculaire au cours de la période 1450-1620. 18

Certes, composées pour la plupart sous forme de dialogues entre personnages allégoriques, héritage du Moyen Âge et de la tradition des troubadours, artistiquement parlant, la plupart de ces pièces, à quelques exceptions près, n’ont jamais atteint le niveau ou la qualité d’intensité dramatique ou de raffinement de Shakespeare ou de Schiller.

Mais comme nous le verrons, le désir et l’intention d’émanciper le peuple à travers une forme d’art littéraire et musical qui élève par son contenu moral et libère par un rire cathartique (purificateur) étaient clairement au cœur de leurs objectifs admirables.

L’archiviste néerlandais Jeroen Vandommele suggère que les experts devraient repenser leur point de vue :

L’historien néerlandais respecté Herman Pleij a contribué à une meilleure compréhension du phénomène et a donné une impulsion majeure à cette approche en démontrant, à partir des années 1970, le potentiel de la littérature des XVe et XVIe siècles à générer ce qu’il appelle la « culture urbaine de la fin du Moyen Âge », véritable expression d’une culture civique et urbaine autonome. 20

Selon lui, leurs œuvres visaient à déclencher une « offensive civilisatrice » qui encouragerait les élites urbaines et les classes moyennes à se développer intellectuellement et moralement et à se distinguer (et se dissocier) de leurs homologues urbains moins civilisés.

Joutes, compétitions et autres festivals

Mystère de la Passion, tableau vivant sur le parvis des cathédrales.

Les chambres cultivent l’art de la poésie en s’affrontant lors de concours qui comptent parmi les événements majeurs qu’elles organisent entre elles ou pour le public. Chaque chambre fixe elle-même la fréquence des concours et la valeur des prix, souvent symboliques, à gagner. Si certaines chambres se contentent de quatre concours par an, la chambre anversoise De Violieren (La Giroflée) en fait une compétition hebdomadaire !

Très vite, ces activités donnent naissance à des festivités publiques, célébrées successivement dans toutes les grandes villes. Le Landjuweel combine habilement plusieurs genres théâtraux et musicaux, auparavant distincts, en une seule grande fête urbaine :

  • Les « Mystères » et « Miracles » (Mirakel-spelen, passie-spelen) sont des spectacles de rue ou de grands tableaux vivants, parfois sur des chars (wagen-spelen). Vers 1450, le Mystère de la Passion d’Arnoul Gréban, joué des milliers de fois dans toute la France, est une pièce de 34 000 vers, nécessitant 394 acteurs qui retracent la vie du Christ cinq jours durant.
  • La « Fête des Fous » ou « Fête des Innocents », mascarades et déguisements organisés par des « sociétés joyeuses » auxquelles le clergé participe activement depuis le XIIe siècle. On assiste alors à un renversement total de la société : la femme devient l’homme, l’enfant l’évêque, le professeur l’élève… On élit un pape, un évêque et un abbé des fous, on brûle de vieilles chaussures dans des encensoirs, on danse dans les églises en marmonnant du latin de manière à provoquer de nombreux éclats de rire. On danse et chante, accompagnés par des musiciens jouant d’instruments à vent (flûte, trompette ou cornemuse) ou à cordes (vielle à roue, harpe, luth). Il n’est pas rare de constater une grave confusion au sein des couvents : relations nocturnes entre l’abbé des fous et les abbesses mineures, voire simulacres de mariage entre un évêque et une supérieure. Pour la fête des fous, le bas clergé se déguise, porte des masques hideux et s’enduit de suie. Le costume et les attributs des fous furent consacrés au XVe siècle. Papes, conciles et diverses autorités publièrent des textes visant à supprimer cette fête dès le XIIe siècle.
  • Les Ommegang (littéralement « tourner autour » de l’église) sont des processions religieuses, organisées par l’Église et les corporations d’arbalétriers en l’honneur des saints, dont ils portent les statues sur leurs épaules. Si à Bruxelles, l’Ommegang devient l’occasion pour les nobles de déambuler en ville (comme en 1549 pour témoigner de leur loyauté à l’occupant espagnol), à Anvers, deux Ommegang se succèdent : le premier, religieux, à la Pentecôte, le second, apparu plus tard, à l’Assomption, avec une forte participation laïque des corporations, des métiers et des chambres de rhétorique, chacun d’eux fournissant un char à une procession dans les rues de la ville.
  • Carnaval, nouveau nom donné par l’Église aux « Saturnales », grandes fêtes romaines de huit jours en l’honneur de Saturne, dieu de l’agriculture et du temps, lors du solstice d’hiver. Cette période de célébrations costumées et de libertés, notamment à Venise, qui se développe entre les XIe et XIIIe siècles, est encadrée par l’Église, qui juge nécessaire d’éviter les révoltes populaires. Elle se caractérise par une inversion des rôles et l’élection d’un faux roi. Les esclaves sont alors libres de parler et d’agir à leur guise et se font servir par leur maître. Ces festivités sont accompagnées de grands repas.

Les rhétoriciens estiment à juste titre que ces genres se complètent parfaitement. Les festivals alternent donc, sans mépriser la hiérarchie qu’impose la nature des sujets, pièces à contenu spirituel et religieux (mystères, passions) et pièces à contenu philosophique, didactique et moralisateur (zinne-spelen), sans oublier la satire, la farce et autres éléments humoristiques (sotties, esbattements, etc.).

Fête des fous. (après 1550). Maison du Roi, Réserves. Musée de la ville de Bruxelles.

Historiquement, la scène où se déroulent ces événements s’est déplacée, de la nef des églises vers le parvis des cathédrales, puis vers l’espace public au sens large, d’abord en plein air (sur la grand-place, dans le cimetière, sur un char) avant d’être obligée par les autorités de se tenir exclusivement dans des lieux fermés.

Parmi les concours organisés par les chambres de rhétorique, le plus ancien connu serait celui de Bruxelles en 1394. Celui d’Audenarde, en 1413, est mieux documenté. Suivront ceux de Furnes en 1419, de Dunkerque en 1426, de Bruges en 1427 et 1441, de Malines en 1427 et de Damme en 1431.

Landjuweel

A l’origine, les Landjuwelen étaient un cycle de sept compétitions entre milices communales pratiquant le maniement des armes, les Schutterijen du duché de Brabant. Les plus hautes personnalités du pays assistent à ces tournois, qui sont même honorés par les souverains.

L’idée est d’organiser un Landjuweel tous les trois ans, le vainqueur de la première compétition étant chargé d’organiser la suivante, et ainsi de suite. A l’issue du septième Landjuweel, les vainqueurs inaugurent un nouveau cycle. Le vainqueur du premier tournoi, qui a remporté une coupe d’argent, doit confectionner deux plats d’argent pour le vainqueur du deuxième Landjuweel d’un cycle, qui en confectionne à son tour trois pour le vainqueur de la compétition suivante, et ainsi de suite jusqu’au septième tournoi du cycle.

Il existait une étroite collaboration entre les sociétés chevaleresques des villes de Bruges et de Lille en Flandre, ainsi qu’entre Bruges et Bruxelles. Comme Bruges, Lille organisait un tournoi annuel, « L’Espinette ».

En février de chaque année, une délégation brugeoise se rend à Lille pour participer au tournoi, et en retour, les Lillois participent au concours annuel de l’Ours Blanc à Bruges, qui se déroule en mai. Ce spectacle donne lieu à des festivités auxquelles les poètes brugeois contribuent également. Ils écrivent les scénarios des esbattements, récitent des louanges et rapportent ces activités dans leurs chroniques.

Les divergences de langues ne suscitent aucune querelle. Des prix sont institués pour récompenser les œuvres rédigées en français ou en néerlandais, selon la langue véhiculaire de la ville où se tient le concours. Mais il arrive parfois que lors d’un même concours, un prix soit décerné pour des œuvres dans les deux langues. Ce fut notamment le cas à Gand en 1439. Des prix sont également décernés pour la plus belle œuvre.

Des thèmes sous forme de questions sont proposés, auxquelles seules les chambres autorisées peuvent répondre en vers, rédigés par les « facteurs ». Ces questions ont généralement un but moral ou politique.

Ainsi, en 1431, en pleine guerre entre la France et la Flandre alliée à l’Angleterre, la chambre de rhétorique d’Arras (l’ancienne Atrecht, dans les Pays-Bas bourguignons), pose la question : « Pourquoi la paix, si ardemment désirée, tarde-t-elle si longtemps à venir ? »

Rappelons qu’en 1435, la paix d’Arras, organisée par les amis du Cardinal Nicolas de Cues, Jacques Cœur et Yolande d’Aragon, scellait la fin de la guerre de Cent Ans. 21

Contexte politique et économique

Au fil des alliances et mariages, les Pays-Bas bourguignons tombent sous le contrôle de la famille des Habsbourg, entièrement à la merci de la banque des Fugger d’Augsbourg. 22

C’est ainsi qu’à sa mort, en 1519, l’empereur du Saint-Empire romain germanique, Maximilien Ier (de la famille des Habsbourg), devait environ 350 000 florins à Jacob Fugger. Pour éviter tout défaut de paiement sur cet investissement, Fugger rassemble un cartel de banquiers afin de réunir les pots-de-vin nécessaires pour permettre à Charles Quint, le petit-fils de Maximilien, d’acheter les votes et de lui succéder sur le trône.

En collaboration directe avec Marguerite d’Autriche, qui a rejoint le projet par crainte pour la paix en Europe, Jacob Fugger centralise ainsi les fonds nécessaires pour corrompre chaque « grand électeur » du Saint Empire germanique, profitant de l’occasion pour renforcer considérablement ses positions monopolistiques, notamment face à des concurrents comme les Welser et le port d’Anvers en pleine expansion. 23

Dans les années 1520, Charles Quint devra emprunter à un taux de 18 %, et jusqu’à 49 % entre 1553 et 1556. Pour maintenir les dépenses colossales nécessaires à la gestion de son vaste empire, il n’a d’autre choix que de mener une politique prédatrice. Il vend ses mines pour apaiser les banquiers, leur donne carte blanche pour coloniser le Nouveau Monde et consent au pillage des régions les plus prospères de son empire, la Flandre et le Brabant, les écrasant d’impôts et de dîmes pour financer l’« économie de guerre ». 24

L’essor assez spectaculaire de la Renaissance du Nord, qui accède, à travers l’apprentissage du grec, du latin et de l’hébreu, notamment grâce au Collège trilingue fondé par Érasme à Louvain en 1515 25, aux sciences et à toutes les richesses de l’époque classique, subit de plein fouet les coups de bélier d’une finance féodale devenue ogre.

Charles Quint ordonne de dresser une liste des auteurs à proscrire dans ses États, préfigurant ainsi la création de l’Index quelques années plus tard. De 1520 à 1550, il promulgue treize édits répressifs contre l’hérésie, introduisant une inquisition moderne inspirée du modèle espagnol.

Marie de Hongrie, portrait par Hans Knell.

La portée de ces « placards » reste assez limitée jusqu’à l’arrivée de Philippe II, en raison du manque d’enthousiasme de la reine régente Marie de Hongrie (1505-1558) et des élites locales à leur égard. Leur application est confiée aux autorités judiciaires urbaines et provinciales, ainsi qu’au Grand Conseil de Malines, sous la supervision d’un tribunal spécifique, établi en 1522 dans les Pays-Bas bourguignons sur le modèle de l’Inquisition espagnole.

En 1540 est fondé l’ordre des Jésuites, initialement chargé d’obtenir par la parole ce qui ne pouvait l’être par l’épée et le feu. Il se tourne rapidement vers son propre théâtre ! De 1545 à 1563, le Concile de Trente se réunit pour imposer des réformes et tenter d’éradiquer l’hérésie protestante. La lecture de la Bible était désormais interdite au commun des mortels, tout comme sa discussion et son illustration. Albrecht Dürer, le grand graveur et géomètre allemand établi à Anvers, fit ses valises en 1521 pour retourner à Nuremberg, et Érasme s’exila à Bâle la même année. Le grand cartographe flamand Gérard Mercator, formé par les érasmiens et soupçonné d’hérésie, fut emprisonné en 1544. Libéré de prison, il s’exila en Allemagne en 1552. En raison de leurs convictions religieuses, Jan et Cornelis, les deux fils du peintre Quinten Matsys 26 ami d’Erasme, quittèrent Anvers et s’exilèrent en 1544.

Charles Quint abdiqua en 1555 pour laisser la place à son fils Philippe II. Ce dernier retourna en Espagne et confia la régence des Pays-Bas bourguignons à sa demi-sœur Marguerite de Parme (1522-1586).

Alors que l’administration des Pays-Bas bourguignons était officiellement assurée par le Conseil d’État, composé des stathouders et de la haute noblesse, un conseil secret (la consulta ) créé par Philippe II et composé de Charles de Berlaymont (1510-1578), Antoine Perrenot de Granvelle (1517-1582) et Viglius van Aytta (1507-1577) prenait toutes les décisions importantes, notamment en matière de fiscalité, d’ordre, d’administration et de religion, et transformait ainsi le Conseil d’État en une simple chambre consultative.

Trois conflits surgirent rapidement : la présence de troupes espagnoles, l’établissement de nouveaux diocèses et la lutte contre le protestantisme. Les troupes espagnoles survivantes des guerres d’Italie, fortes d’environ 3000 hommes, ne recevaient pas de solde et pillaient le pays. Après de nombreuses hésitations de la part de Philippe II, et sous la menace de la démission simultanée d’Orange et d’Egmont, les troupes partirent finalement en janvier 1561.

1523, Exécution des luthériens Hendrik Vos et Jan Van Essen.

Les premières victimes des persécutions, exécutés à Bruxelles le 1er juillet 1523, furent Hendrik Vos et Jan Van Essen, deux moines augustiniens d’Anvers qui avaient embrassé les idées de Luther, qu’ils avaient fréquenté à Wittenberg. 27 La première victime wallonne fut le théologien tournaisien Jean Castellain, exécuté à Vic, en Lorraine, le 12 janvier 1525. 28

De nombreuses victimes étaient des membres du clergé catholique convertis à la Réforme, mais aussi de nombreuses femmes. À partir de 1529, les persécutions prirent une tournure dramatique suite à l’adoption du placard impérial généralisant la peine de mort. 40 % des exécutions pour hérésie en Occident entre 1523 et 1565 eurent lieu dans les Pays-Bas bourguignons. Les XVII Provinces furent l’une des régions qui connurent le plus fort taux de condamnations à mort par rapport à l’ensemble de sa population. Environ 1500 personnes furent exécutées, soit une intensité trente fois supérieure à celle de la France. 29

Ils ne feront que renforcer l’opposition à la tyrannie qui conduira en 1576 Guillaume d’Orange (dit « Le Taciturne ») à prendre la tête de la révolte des Pays-Bas bourguignons, aboutissant 80 ans plus tard à la scission entre le nord (les Pays-Bas, majoritairement protestants) et le sud (la Belgique, exclusivement catholique).

Gand, 1539

Podium du Landjuweel de Gand de 1539.

En juin 1539, la Chambre De Fonteine (La Fontaine) de Gand convoqua les sociétés dramatiques et littéraires du pays à un grand landjuweel en l’honneur de la Sainte Trinité, pour lequel l’empereur Charles Quint accorda une permission et un sauf-conduit d’un mois à ceux qui souhaitaient y participer.

Une charte d’invitation fut publiée à ce sujet. Elle posait, pour la pièce de moralité, une question ainsi formulée : « Quelle est la plus grande consolation du mourant ? »

Ce sujet fait clairement écho à l’un des écrits populaires d’Érasme, traduit en néerlandais l’année de sa publication en 1534, de De preparatione ad Mortem. 30

Dix-neuf sociétés de rhétoriciennes répondirent à l’appel : il s’agissait de chambres établies à Anvers, Audenarde, Axel, Bergues, Bruges, Bruxelles, Courtrai, Deinze, Enghien, Kaprijke, Leffinge, Lo (dans le commerce de Furnes), Menin, Messines, Neuve-Église, Nieuport, Tielt, Tirlemont et Ypres.

La chambre anversoise De Violieren remporta le premier prix. Pieter Huys de Bergues remporta le deuxième prix, composé de trois vases en argent pesant sept marcs sur lesquels était gravée l’entrée d’une académie. Son poème, composé d’environ cinq cents vers en néerlandais, met en scène cinq figures allégoriques : la Bienveillance, l’Observance des Lois, le Cœur Consolé, la Consolation et le Cœur Contrit. Chacune d’elles énumère les biens dans lesquels l’homme trouve le bonheur à l’heure de la mort. Pour De Violieren, la plus grande consolation était « la résurrection de la chair », un dogme purement catholique.

Mais c’était sans compter sur la partie « off » du concours. Car les trois autres questions, auxquelles il fallait répondre en chœur, étaient :

  • « Quel animal au monde acquiert le plus de force ? »
  • « Quelle nation au monde fait preuve du plus de folie ? »
  • « Serais-je soulagé si je pouvais lui parler ? »

En conséquence, la majorité des pièces allégoriques jouées étaient des satires sanglantes contre le pape, les moines, les indulgences, les pèlerinages, le cardinal Granvelle, etc. Les compositions des lauréats gantois furent publiées d’abord en format in-quarto, puis en in-duo.

Dès leur parution, ces pièces furent interdites, et ce n’est pas sans raison que, plus tard, ce landjuweel fut cité comme le premier à avoir mobilisé le pays littéraire en faveur de la Réforme protestante. Ces œuvres étant loin d’être favorables au régime espagnol, le duc d’Albe ordonna leur suppression par l’Index de 1571 et, plus tard, le gouvernement des Pays-Bas bourguignons interdit même les représentations théâtrales des Chambres de Rhétorique. 31

L’influence d’Érasme

Érasme dans l’atelier de Matsys à Anvers, tableau d’Eugène Siberdt (1851-1931). À droite, le célèbre tableau de Matsys représentant les collecteurs d’impôts cupides.

À Anvers, l’influence d’Érasme était notable et sa présence recherchée. On connaît son amitié avec le secrétaire de la ville, Pieter Gillis 32, un humaniste érudit anversois très apprécié de Thomas More 33 qui intégra certains de ses poèmes dans son œuvre majeure, L’Utopie. Pour plaire à More, Pieter Gillis et Érasme lui offrent leur double portrait réalisé par Quentin Matsys 34. La maison de Gillis à Anvers était également un lieu de rencontre régulier pour tous les grands humanistes de l’époque.

De 1523 à 1584, 21 éditeurs ne publient pas moins de 47 éditions des œuvres de l’humaniste, et le rhéteur Cornelis Crul traduit, avant 1550, les Colloques et d’autres œuvres majeures en néerlandais.

La plupart des rhétoriciens maîtrisaient le latin et pouvaient donc lire Érasme dans l’original. Certaines écoles latines, comme celle de Gouda en 1521, incluaient dans leur programme des écrits choisis de lui pour chaque niveau de classes. 35

Le prestige de l’humaniste se répand dans toute l’Europe.

Ferdinand Colomb (1488-1539), fils très bibliophile du navigateur génois Christophe Colomb, non seulement acquit une vaste série de ses œuvres, mais se rendit aussi à Louvain en octobre 1520 pour y rencontrer leur auteur. 36

Dans une lettre datée de 1521, Jérôme Aléandre (1480-1542), légat du pape Léon X, mettait en garde contre les « éléments de mauvais aloi » qui prospéraient à Anvers. « Ils [les rhétoriciens] se présentaient comme les défenseurs de la bonne littérature et étaient tous de l’école de notre ami devenu un grand nom [Érasme]. » Aléandre ajoutait : « Il [Érasme] a pourri toute la Flandre ! » 37

De Violieren et la Guilde de Saint-Luc

Le blason de De Violieren (La Giroflée) d’Anvers pour le Landjuweel. Au centre, le boeuf ailé, symbole de Saint-Luc.

A Anvers également, une Chambre de rhétorique, De Violieren (Les Giroflées), est officiellement créée en 1480 comme une sorte de division littéraire au sein de la Guilde de Saint-Luc, la guilde des artistes datant de 1382. 38

La devise des rhéteurs était « Uyt ionsten versaemt » (Unis par l’affection. Mais « ionsten » est aussi proche de « consten », le mot flamand pour les arts).

Cette symbiose produisit des résultats fructueux. Pour la plupart des historiens, les Violieren constituaient en quelque sorte la branche littéraire de la Guilde de Saint-Luc. Jusqu’en 1664, la guilde avait son siège sur le côté nord de la Grand-Place d’Anvers, la maison Spaengien ou Pand van Spanje. La guilde était composée de tous les métiers liés aux beaux-arts, notamment les peintres, les sculpteurs, les enlumineurs, les graveurs et les imprimeurs.

L’Eglise, entre 1460 et 1560, pour se financer, louait aux artistes l’Onze-Lieve-Vrouwepand, un claustrum avec de galeries entourant une cour ouverte. Dans ce bâtiment, les peintres d’art, les sculpteurs, les ébénistes et les libraires pouvaient louer un stand où ils pouvaient exposer leurs produits à la vente. Il s’agissait de la plus grande foire d’art de ce qui était alors l’Europe. Après 1560, le marché s’organisait au premier étage de la Bourse du Commerce.

La Guilde de Saint-Luc :

Les Liggeren, registre de la guilde des peintres de Saint-Luc d’Anvers.
  • En 1491, l’ami d’Érasme, le peintre Quinten Matsys 39, y fut inscrit comme maître. L’une de ses commandes majeures, le Triptyque de la Déploration du Christ, provenait de la guilde des charpentiers. Selon l’archiviste en chef de la ville d’Anvers, Van den Branden, Matsys lui-même était membre des Violieren et écrivait des poèmes pour leurs concours ;
  • En 1515, Matsys fut rejoint à la Guilde de Saint-Luc par deux autres grands artistes inspirés eux aussi par l’esprit d’Érasme, Joachim Patinir (1480-1524) et Gérard David (1460-1523) ;
  • En 1519, les registres de la guilde (The Liggeren 40) mentionnent l’inscription de Jan Sanders van Hemessen (1500-1566), dont la fille Catharina (1528-1565) deviendra en 1548 la première femme peintre – et professeur de peinture aux hommes – à être admise à la guilde des peintres ;
  • En 1527, celle de Pieter Coecke van Aelst (1502-1550), maître de Bruegel ;
  • en 1531, ceux des deux enfants de Matsys, Jan et Cornelis ;
  • en 1540, celle de Peter Baltens (1527-1584) ;
  • en 1545, celle du graveur et imprimeur Hieronymous Cock (1510-1570) dont l’atelier produisit des estampes de Bruegel et du poète et traducteur révolutionnaire hollandais Dirk Coornhert (1522-1590), ami proche et conseiller de Guillaume le Taciturne (1533-1583) ;
  • en 1550, celle du grand imprimeur Christophe Plantin (1520-1589) ;
  • et en 1551, celle de Pieter Bruegel l’Ancien (1525-1569). 41

En bref, plusieurs personnalités culturelles éminentes des Pays-Bas ont participé ou auraient certainement pu participer au Landjuweel d’Anvers en 1561 : Jan Sanders van Hemissen et sa fille Catherina ; Jan et Cornelis Matsys, les deux fils de Quinten Matsys ; Peter Baltens, Hieronymous Cock, Dirk Coornhert, Guillaume le Taciturne, Christophe Plantin et Pieter Breugel l’Ancien. 42

Les échanges quotidiens au sein des Violieren entre les poètes et les artistes les plus importants de l’époque eurent une influence bénéfique sur leurs activités et en firent, après quelques années, l’une des sociétés les plus prospères du Brabant.

Les correcteurs de l’imprimerie Plantin.

Dans les concours les plus importants, De Violieren remporta des lauriers : premier prix en 1493 à Bruxelles, en 1515 à Malines et en 1539 à Gand, dans une lutte mémorable à laquelle participèrent 19 chambres de différentes régions du pays.

En août 1541, un concours fut organisé à Diest par la Chambre locale De Lelie (Le lys), auquel participèrent dix autres chambres du Brabant. Le grand prix fut décerné à la Chambre anversoise De Violieren, pour la présentation d’un esbattement (farce).

Anvers, 1561

Comme de coutume, la Chambre ayant remporté le meilleur prix devait à son tour organiser un Landjuweel. C’était également l’avis de De Violieren, après son exploit à Diest ; cependant, les circonstances de l’époque ont fait que le sujet a été reporté. Vingt ans se sont écoulés avant que quiconque puisse songer à organiser un tel concours artistique.

Trois dirigeants de De Violieren, avec beaucoup de courage, s’engageront pleinement dans l’initiative, au péril de leur réputation, leur honneur, leur fortune, leur patrimoine et même de leur vie :

Anthonis van Stralen.
  • Anthonis van Stralen (1521-1568) était le chef des Violieren. Echevin d’Anvers, Van Stralen avait été étroitement associé à l’obtention du permis pour le Landjuweel. En mai 1561, il fut promu bourgmestre (buitenburgemeester) d’Anvers, peut-être en récompense de ses services. Le succès du Landjuweel était dû en grande partie à la coopération entre le magistrat anversois et le conseil des Violieren.
  • Melchior Schetz (vers 1513-1583) était prince de Violieren. Il était le beau-frère de Van Stralen et également échevin. Il était l’un des trois enfants du grand marchand anversois Érasme Schetz (mort en 1550), surnommé le « banquier d’Érasme ». 43 Avec ses trois fils, il a créé une importante société bancaire et commerciale. 44 Son amitié avec Érasme est symptomatique de la popularité dont Érasme jouissait à Anvers. Il lui offrit sa résidence hospitalière : la Huis van Aken, un palais où il avait reçu Charles Quint en personne.

    Dans une lettre, il lui fit, entre autres, cette proposition alléchante : « Mon cœur et l’âme de tant de personnes aspirent à votre présence parmi nous. Je me suis souvent demandé quel enchantement vous retenait ici plutôt que parmi nous. Pieter Gillis [secrétaire de la ville et leur ami commun] m’a donné une raison : nous n’avons pas de vin de Bourgogne, qui convient le mieux à votre tempérament, ne craignez rien, et si c’est le seul obstacle qui vous retient, n’hésitez pas à revenir ; nous veillerons à ce que vous soyez approvisionné en vin, et non seulement en vin de Bourgogne, mais aussi en vin de Perse et d’Inde si vous en avez envie et besoin. »

    En tant que prince de Violieren, son fils Melchior représentait la Chambre le plus souvent en public. Il devait également être responsable de l’organisation financière de la Chambre. Schetz était l’un des plus importants prêteurs d’argent d’Anvers. Il ne fait aucun doute que la ville a facilité financièrement l’organisation du festival.
  • Willem van Haecht (1530-1585) : Issu d’une famille de peintres et de graveurs, il était dessinateur et, vraisemblablement, libraire de profession. Sa devise était Behaegt Gods wille (conforme-toi à la volonté de Dieu). Van Haecht était un ami de l’humaniste et écrivain bruxellois Johan Baptista Houwaert (1533-1599). Il compare Houwaert à Cicéron dans l’éloge introductif du Lusthof der Maechden de Houwaert, publié vers 1582. Dans son éloge, Van Haecht affirme que tout homme sensé devrait reconnaître que Houwaert écrit avec éloquence et excellence.

    Van Haecht a également écrit les paroles de diverses chansons, généralement d’inspiration chrétienne. C’est le cas des paroles d’une chanson polyphonique à cinq voix, Ghelijc den dach hem baert, diet al verclaert, probablement composée par Hubert Waelrant (1517-1595) pour l’ouverture de la pièce des Violieren au landjuweel de 1561. Le poème a également été imprimé sur une feuille volante avec notation musicale, distribué à l’assistance.


    Dès 1552, Van Haecht était affilié à De Violieren, dont les membres comprenaient Cornelis Floris de Vriendt (1514-1575), le principal architecte de l’hôtel de ville de style Renaissance d’Anvers, ainsi que son frère, le peintre Frans Floris de Vriendt (vers 1519-1570) et le peintre Maerten de Vos (1532-1603). Van Haecht devint le « facteur » (poète titulaire) de De Violieren en 1558.
La résidence style Renaissance du rhétoricien et peintre Frans Floris Devriendt dans l’Arenbergstraat d’Anvers, conçue par son frère Cornelis en 1563. Entre les croisées de l’étage Frans peignit les niches dans lesquelles étaient représentés les emblèmes du véritable artiste, à savoir : La Diligence, la Pratique, la Poésie, l’Architecture, le Travail, l’Expérience et l’Industrie. (Estampe d’après un dessin de Joseph Linning, avant 1868)

D’autres personnalités de premier plan impliquées dans l’organisation du Landjuweel comprenaient des imprimeurs tels que Jan de Laet (1524-1566), le graveur et éditeur Hieronymus Cock (vers 1510-1570) (fondateur de l’imprimerie Aux Quatre Vents qui publia les gravures de Bruegel) et le peintre Jacob Grimmer (1510-1590).

L’autre figure majeure était Peeter Baltens (1527-1584), peintre, rhéteur, graveur et éditeur anversois. 45 Baltens était membre de la Guilde de Saint-Luc et des Violieren. Ayant en partie formé Bruegel, son rôle s’avéra particulièrement important. Il noua des amitiés étroites (notamment avec les veuves de Hieronymus Cock (vers 1510-1570) et de Pieter Coecke van Aelst (1502-1550), cette dernière étant également la belle-mère de Bruegel) et collabora avec les plus grands noms anversois de son temps. Il s’associa avec des patriciens anversois tels que le poète Jonker Jan van der Noot (1539-1595), la riche famille de marchands Schetz et de riches marchands tels que Nicolaes Jonghelinck (1517-1570), banquier d’affaires, mécène et bailleur de fonds de Bruegel.

Selon Lode Goukens,

Herman Pleij note que les Rhétoriciens ont comme consigne de redorer le blason des marchands d’Anvers en faisant la distinction entre le bon grain et l’ivraie. 47

De Groote Robijn, résidence d’Anthonis van Stralen, maire d’Anvers.

Cependant, les recherches sur les relations entre peintres, poètes (ou rederijkers) et marchands montrent que ces trois groupes développent un style de vie culturel commun au XVIe siècle, dans lequel l’amour de la science et de l’art occupe une place centrale.

Pour lancer un concours de rhétorique, il fallait obtenir l’autorisation du gouvernement du pays, ce qui n’était plus chose aisée à l’époque. C’était une conséquence du concours de Gand de 1539, où les idées de nouvelles doctrines contre les institutions de la religion catholique furent présentées et défendues sans la moindre hésitation.

Cependant, De Violieren et les élus d’Anvers (Van Stralen et Schetz) étaient farouchement déterminés à organiser leur Landjuweel. Celui qui fit le plus pour retarder l’obtention de l’autorisation fut le cardinal Perrenot de Granvelle (1517-1582), archevêque de Malines et conseiller de Marguerite de Parme (1522-1586), après l’abdication de l’empereur, son frère Charles Quint, régente des Pays-Bas bourguignons.

Organisation du Landjuweel

En février 1561, les délégués de la ville d’Anvers s’adressèrent à Granvelle avec une requête adressée à la régente, dans laquelle ils soutenaient que De Violieren, par rapport aux autres Chambres, était statutairement obligée d’organiser un concours.

Antoine Perrenot de Granvelle.

Granvelle espérait torpiller l’initiative, mais, conscient qu’un rejet brutal aurait enflammé l’opposition, il chercha divers prétextes. Il fit poliment comprendre aux délégués qu’il souhaitait reporter un tel événement, prétextant que, grâce à l’accord de paix entre la France et les Habsbourg, la guerre venait d’être suspendue et que de telles fêtes représentaient des dépenses importantes, que le pays ne pouvait ou ne voulait pas assumer.

Cela ne dissuada guère les Anversois. Ils répondirent que l’année précédente, l’autorisation avait été accordée à la Chambre de Vilvorde et qu’un report était inconcevable. Sentant qu’ils n’y renonceraient qu’avec un profond dégoût, Granvelle accepta à contrecœur de présenter leur demande à Marguerite, tout en affirmant que l’État s’arrogeait le droit de prélever des impôts sur tous ceux qui participaient au concours.

Craignant surtout que la fête ne devienne une caisse de résonance pour tous ceux qui critiquaient l’occupation espagnole et les abus de l’Église, Granvelle les somma aussi d’informer les chambres participantes que ne pouvait apparaître dans leurs pièces, leurs esbattements ou leurs poèmes, le moindre mot, phrase ou allusion contre la religion, le clergé ou le gouvernement, sinon elles perdraient non seulement le prix qu’elles auraient pu gagner, mais seraient punies et privées de leurs privilèges et de leurs droits ; et que la Chambre d’Anvers avait à veiller à ce que la ville soit bien gardée pendant les festivités et qu’aucun trouble ne puisse survenir.

Marguerite de Parme.

Marguerite de Parme, souvent en désaccord avec Madrid, se montra plus ouverte et moins craintive que Granvelle. Après avoir consulté le rapport fourni par le Conseil de Brabant, qui savait pertinemment que trop de répression encourageait la protestation, elle apposa l’apostille le 22 mars 1561, invitant le chancelier du duché à fournir à Anvers les lettres cachetées nécessaires à l’organisation du Landjuweel.

Ces lettres furent émises le même jour au nom du roi et accordèrent un sauf-conduit de quatorze jours avant le début jusqu’à quatorze jours après la fin du Landjuweel à tous ceux qui souhaitaient y assister, à l’exception de,

La chambre de rhétorique d’Anvers avait soumis 24 thèmes potentiels pour le Landjuweel (voir liste ci-dessous). Marguerite de Parme leur offrait le choix entre les trois sujets qu’elle avait sélectionné 49:

  • « L’expérience ou l’apprentissage apporte-t-il plus de sagesse ? »
  • « Qu’est-ce qui conduit le plus l’homme vers les arts ? »
  • « Pourquoi un homme riche et avide désire-t-il davantage de richesses ? »

Philosophie

Pour montrer combien nos rhétoriciens, sous la direction de Van Straelen et de Schetz, traitèrent de questions philosophiques et politiques de toutes sortes, voici l’ensemble des vingt-quatre sujets qu’ils avaient soumis 50:

  1. Wat sake dat Roomen dede triumpheren? (Qu’est-ce qui a permis à Rome de triompher ?)
  2. Wat dat Roomen meest dede declineren? (Qu’est-ce qui a fait le plus décliner Rome ?)
  3. Weder experientie oft geleertheyt meer wijsheyt bybrengt? (Est-ce que c’est l’expérience ou le savoir qui apporte le plus de sagesse ?)
  4. Hetwelck den mensche meer verwect tot cunsten? (Qu’est ce qui peut conduire le plus l’homme vers l’Art ?)
  5. Dwelk ‘t voetsel der cunsten is? (De quoi l’art se nourrit-il ?)
  6. Waeromme den mensche van tydelycke dinghen zoo begheerlijk is? (Pourquoi l’Homme est-il tellement désireux des choses temporelles ?)
  7. Waer deur des menschen dagen meest vercort worden? (Qu’est-ce qui raccourci les jours des hommes ?)
  8. Waer deur des menschen dagen verlengt worden? (Qu’est-ce qui rallonge les jours des hommes ?)
  9. Waerom dat matige rijckdom ‘t meeste geluck der waerelt genaemt wordt ? (Pourquoi c’est la richesse moyenne qui apporte le plus de bonheur au monde ?)
  10. Dwelck den meesten voorspoed in deser waerelt is? (Quelle est la plus grande prospérité dans ce monde ?)
  11. Dwelck den meesten tegenspoed in deser werelt is? (Quel est le plus grand contre-temps dans ce monde ?)
  12. Hoe compt dat dagelix alle dingen verdieren? (Comment se fait-il que toutes les choses se consument chaque jour ?)
  13. Oft een ghierich mensch kan versaegt worden? (Si un homme avare peut être découragé ?)
  14. Waerom een ryck ghierich mensch meer rykdom begeert? (Pourquoi un riche avare désire encore plus de richesse ?)
  15. Waerom dat ryckdom egeen giericheyt en blust? (Pourquoi la richesse n’étéint pas l’avarice?)
  16. Waerom dat d’eynde der blysschappen ongenucht volcht? (Pourquoi l’amusement est suivi de mécontement ?)
  17. Waerom dat wellust berouw voortbrenght? (Pourquoi la luxure engendre des remords?)
  18. Waerom dat wellust hare straffinghe medebrengt? (Pourquoi la luxure apporte sa propre punition ?)
  19. Waar deur dat Roomen tot zoe groote prosperiteyt quam? (Comment les Romains ont atteint une si grande prospérité ?)
  20. Dwelk de monarchie van Roomen in voorspoed hiel? (Quel gouvernement a maintenu les Romains dans la prospérité ?)
  21. Wat cunste eldernootelykste in een stad is? (Quel art est de la plus haute nécessité dans une ville ?)
  22. Wat der wereld meer rust inbrenct? (Qu’est-ce qui peut amener le monde vers plus de paix ?)
  23. Waer deur de mensche meest compt tot hoocheyt der werelt? (Qu’est-ce qui conduit le plus les gens vers l’orgueil du monde ?)
  24. Waer deur men den woeker best zoude mogen extirperen? (Quel serait le meilleur moyen pour éradiquer l’usure ?)

À première vue, on pourrait dire qu’en choisissant la question « Qu’est-ce qui peut le plus conduire l’homme vers l’art ? » 51, Van Stralen et Schetz choisissent le sujet le moins « politique ». C’est méconnaître Érasme et la pensée platonicienne pour qui beauté et bonté forment une unité et pour qui tout gouvernement qui ne promeut pas la beauté, la néglige ou, pire encore, la méprise, se condamne à l’échec ! En pratique, les poètes, partant de ce principe supérieur, ont fini par fustiger, sans les nommer explicitement, tous les criminels et bellicistes de cette époque.

D’ailleurs, Willem van Haecht, le « facteur » (poète officiel) de De Violieren, dans la pièce qu’il composa spécialement pour le Landjuweel d’Anvers en 1561, montrait que ce qui conduisit les Empires à leur déclin fut, comme c’est encore le cas aujourd’hui, leur manque d’estime pour les Arts, y compris évidemment la Rhétorique.

Du coup, c’est sur ce thème que les 5000 participants (!) au Landjuweel, ont commencé à réfléchir, composer des chants, des pièces de théâtre, des refrains, des allégories, des rébus, des tableaux et des farces, le tout présenté ensuite, par le Landjuweel, à presque tout le pays.

On se frotte les yeux pour y croire : deux siècles avant (!) Friedrich Schiller, le poète allemand surnommé « poète de la liberté » et inspirateur de nombreuses révolutions à la fin du XVIIIe siècle, une élite humaniste éclairée par Érasme aux Pays-Bas a conduit une partie substantielle du pays à s’élever vers une paix durable en s’émancipant du servage et de l’ignorance par la beauté morale ! Le Landjuweel d’Anvers de 1561 fut bien plus qu’une simple fête, ce fut un changement de paradigme et un véritable tournant. Chapeau !

Après avoir reçu l’autorisation, la Chambre de rhétorique et le Conseil municipal d’Anvers s’attelèrent aussitôt à donner à ce grand festival littéraire toute sa splendeur et sa magnificience. Un carton d’invitation en vers fut rédigé, précisant le sujet du concours et les prix à gagner.

Melchior Schetz, prince de De Violieren, défilant dans les rues d’Anvers au Landjuweel de 1561.

Le 23 avril, ce carton d’invitation fut remis par le bourgmestre Nicolaas Rockox, en présence de Melchior Schetz et d’Anthonis van Stralen, à l’hôtel de ville d’Anvers, à quatre messagers assermentés, chargés de le transmettre à toutes les chambres de rhétorique du Brabant et de les inviter également au Landjuweel. Ces messagers voyagèrent aux frais de la ville et se rendirent d’abord à Louvain, la plus ancienne ville du Brabant. Partout, la nouvelle d’un Landjuweel à Anvers fut accueillie avec une joie extraordinaire, et les messagers furent accueillis avec une grande générosité.

Alors que dans la plupart des villes du Brabant les rhétoriciens s’occupaient à composer et à enseigner des pièces de théâtre et des poèmes, à fabriquer des chars de triomphe et à peindre des armoiries, à Anvers ils ne restaient pas inactifs.

De Violieren fait alors confectionner de magnifiques vêtements neufs pour ses membres, à la suggestion de Melchior Schetz, pour la cérémonie d’accueil offerte aux participants.

Podium du Landjuweel d’Anvers 1561.

Une élégante scène de théâtre fut érigée sur la Grand-Place d’Anvers, conçue par Cornelis Floris. Ironie de l’histoire, elle fut installée à l’endroit même où l’Inquisition décapitait les « hérétiques ». Le public assistait aux représentations debout, à l’exception du jury et des hauts fonctionnaires, pour lesquels des bancs étaient prévus.

Partout, l’effervescence et l’animation régnaient ; chaque citoyen souhaitait apporter sa contribution pour accueillir les invités étrangers avec la solennité requise et beaucoup de faste.

Le conseil municipal, pour sa part, avait pris les mesures nécessaires pour que tout se passe bien. Tous les habitants des rues où devaient passer les rhéteurs ont reçu l’ordre de dégager les rues et de retirer tout échafaudage ou obstacle qui pourrait gêner leur passage.

Tout le monde attendait avec impatience le 3 août, jour où l’entrée officielle aurait lieu et où les jeux de Landjuweel commenceraient.

Une journée mémorable

Hôtel de ville d’Anvers (à gauche) conçu par Cornelis Floris Devriendt.

Le 3 août 1561 est un jour mémorable dans l’histoire d’Anvers. La ville était parée de ses habits de fête : sur les façades des maisons, drapeaux, fanions et festons ; sur les places publiques, d’élégantes arches de style Renaissance.

Ce n’est un secret pour personne : les Anversois aiment gagner beaucoup d’argent. Mais ils aiment aussi le dépenser sans compter ! Au cours de ce merveilleux XVIe siècle, ils prenaient plaisir à afficher, lors de ces occasions, une splendeur qui dépasse, pour ainsi dire, notre imagination.

Juerken, le bouffon ou imbécile de De Violieren au Landjuweel d’Anvers de 1561.

Partout régnait la joie et la vie. De nombreux étrangers traversaient les rues ; tous, étrangers comme locaux, s’engageaient à maintenir le meilleur ordre possible au milieu de cette agitation et de ce tumulte. 52

À 14 heures, les « frères » de la guilde De Violieren se rassemblèrent pour se rendre ensemble à la Keizerspoort afin de rencontrer les chambres participantes. Ils étaient 65, montés sur des chevaux magnifiquement parés, vêtus de précieux uniformes. Ceux-ci se composaient de tabards de soie violette rayés de satin blanc ou de drap argenté, de pourpoints blancs rayés de rouge, de bas et de bottes blancs, et de chapeaux violets ornés de plumes rouges, blanches et violettes.

À la Keizerspoort, les chambres étrangères participantes furent solennellement reçues. Elles étaient quatorze et, au son des clairons et sous les acclamations de la foule, elles entrèrent dans Anvers, suivant la Huidevetterstraat, l’Eiermarkt et le Melkmarkt jusqu’à la Grote Markt, devant l’Hôtel de Ville.

Représentation artistique du Landjuweel d’Anvers de 1561, peint en 1899 par Edgard Farasyn pour l’hôtel de ville d’Anvers.

Le cortège était grandiose et impressionnant ; on n’avait jamais rien vu de tel dans ces régions. Sans les frères de la Guilde sur les chars, les porteurs d’armoiries, les écuyers, les valets de pied, les trompettistes, les tambours et autres musiciens à pied, le nombre de rhétoriciens à cheval de toutes les villes s’élevait à 1393, celui des chars à 23 et celui des autres chars à 197. 53

L’Ommegang de 1685 (supposé être une procession religieuse sans concours de poésie ou de théâtre) donne néanmoins une idée de ce à quoi ressemblaient les événements culturels de masse à Anvers.

Après quinze jours de compétition entre les villes de grande et moyenne taille pendant le Landjuweel, une semaine supplémentaire de « Hagespelen », des compétitions moins fastueuses et moins coûteuses entre les cantons, villages et communes, a suivi. Les organisateurs ne voulaient pas de perdants. Les formats étaient si variés qu’à la fin du mois, pas une seule ville, village ou commune n’était sans prix.

Pièce de théâtre dans un village flamand.

Et de retour dans leurs villes, tous ces acteurs culturels, comédiens, chanteurs, poètes, farceurs et comiques, dynamisés comme jamais par la rencontre avec une nation entière, rejouèrent chez eux la pièce ou le spectacle qui leur avait valu un prix. Dans la mesure où chaque chambre primée fut obligée d’organiser un nouveau concours, un véritable effet de diffusion et de contamination culturelle se répandit dans le pays.

Bateaux de mer entrant à Bruxelles par le canal Bruxelles-Escaut. Peinture d’Andreas Martin (1699-1763).

La joie et la fierté étaient telles que la Chambre de Vilvorde a donné une représentation spéciale pour l’ouverture du nouveau canal Bruxelles-Willebroek en octobre 1561. Le projet d’un canal de 28 km de long, reliant Bruxelles à l’Escaut (et donc à Anvers et à la mer) était évoqué depuis 1415, mais c’est Marie de Hongrie qui, en 1550, a ouvert le chantier. Le canal a vu le jour après 11 ans de travaux.

Le Landjuweel d’Anvers impressionna les spectateurs venus de l’étranger, parmi lesquels Richard Clough 54, représentant du financier anglais Thomas Gresham. Le marchand ne cacha pas son admiration et ne tarit pas d’éloges sur les festivités, les comparant à l’entrée de Philippe II et de Charles Quint à Anvers en 1549. Il ne pouvait que constater que l’organisation du Landjuweel était plus vaste et le spectacle plus impressionnant :

Paix et art, unis pour la célébration

Le mardi 5 août, deux jours après la grande réception des chambres participantes, les rhétoriciens en visite, ainsi que le reste des spectateurs, sont solennellement accueillis sur la Grand-Place d’Anvers.

Les Violieren proposent ensuite une zinnespel (morale) de bienvenue : Den Wellecomme (La Bienvenue), écrite par Willem van Haecht. Au cœur de la pièce se trouve la paix relative qui permet l’organisation du Landjuweel, une rencontre symbolisant le renouveau de la rhétorique (l’art de la rhétorique) rendue possible grâce à la tranquillité retrouvée. Le duché avait beaucoup souffert dans les années 1550, mais s’était lentement relevé après la paix du Cateau-Cambrésis (1559) marquant une pause dans le conflit entre les Habsbourg et la France. L’espoir de jours meilleurs était permis. Les réactions littéraires à la paix furent donc particulièrement optimistes. L’aube d’un nouvel âge d’or était dans tous les esprits.

La pièce met en scène trois nymphes, des fleurs – sœurs – qui, ensemble, représentent De Violieren. Après des années de guerre, la Chambre a eu l’opportunité d’organiser le Landjuweel. Pour cela, les nymphes ont une grande dette de gratitude envers le peuple brabançon. Malgré les temps difficiles et les divisions croissantes entre les différents groupes sociaux, le peuple est resté uni.

C’est la Concordia, le sentiment d’unité et de solidarité, qui unit désormais les défenseurs du bien public. Par amour pour l’art de la rhétorique, tous sont venus de tous horizons à Anvers pour célébrer ensemble le Landjuweel. Selon les nymphes, il est grand temps que Rethorica reprenne la place qui lui revient dans la société. Maintenant que le dieu guerrier Mars et la détestée Discordia ont été chassés, elle seule peut apporter joie et paix au pays. Seule la semence de la rhétorique (« Rethorices saet ») peut porter des fruits de joie.

Les fleurs se mirent donc en quête de Rethorica. Autrement dit, De Violieren décrit principalement le Landjuweel comme une fête de la joie, organisée par les Chambres de Rhétorique pour renforcer le sentiment d’appartenance et les liens d’amitié entre les villes et les peuples de la région.

Illustration du drame de Van Haecht « La Bienvenue ». Trois nymphes viennent réveiller Rethorica, endormie, mais protégée par Antwerpia. A gauche sur l’avant-plan, les outils d’invention et de travail que Rhetorica a abandonné en s’endormant.

Finalement, les nymphes trouvent Rhetorica, endormie dans les bras d’une jeune fille (Anwerpia), qui l’a toujours protégée. Alors que les déesses de la vengeance (« Érinnies ») ont ravagé le pays pendant vingt ans, la rhétorique a toujours été protégée et chérie à Anvers. Il est temps de la réveiller de son long sommeil hivernal.

Frans Floris, L’éveil des arts (vers 1560), Musée des arts de Porto Rico, USA.

Une fois réveillée, Rhetorica et le Landjuweel marqueront le début d’une période de prospérité et d’un reveil des arts, pour Anvers et pour le monde, un thème allégorique développé par Frans Floris, le rhétoricien ami de Van Haecht, dans son oeuvre L’éveil des arts (vers 1560). Cette œuvre allégorique commémore la signature du traité du Cateau-Cambrésis, l’accord de paix le plus important du XVIe siècle, marqué par la guerre. siècle, marqué par la guerre. Dans un paysage ravagé par la guerre, Philippe II d’Espagne assume le rôle d’Apollon, représenté par le personnage barbu au centre. Le dieu du soleil éveille les arts libéraux, représentés par des femmes dotées d’attributs (le berceau des sculpteurs, la plume des poètes, les partitions des musiciens, les globes des cartographes, etc.) De sa main gauche, Philippe II montre quatre femmes qui éloignent un Mars abject. Mars, le dieu de la guerre, dépouillé de son épée et ses trophées de bataille. Cette scène symbolise une nouvelle ère de prospérité culturelle rendue possible par la paix.

Den Wellecomme de Van Haecht ne se contente pas de dégager une atmosphère de joie et d’euphorie, il lance aussi quelques piques aux oppresseurs. Les Chambres conservèrent un arrière-goût amer. Au cours des années précédentes, plusieurs rhétoriciens avaient été frappés par le destin. Le « facteur » précédent, le très estimé Jan van den Berghe (mort en 1559), était décédé de vieillesse. De plus, deux membres éminents avaient été victimes de persécutions religieuses.

Les imprimeurs Frans Fraet (1505-1558) et Willem Touwaert Cassererie (vers 1478-1558) furent condamnés et exécutés en 1558, malgré les protestations vigoureuses de leur guilde, pour avoir imprimé et été trouvés en possession de livres interdits (des Bibles néerlandaises).

Gravure d’après Jan van der Straet (Johannes Stradanus).

Anvers était le centre nord-européen de l’édition hétérodoxe dans la première moitié du XVIe siècle. C’est d’Anvers que les livres étaient expédiés dans toute l’Europe. Alastair Duke, qui a étudié les méthodes de l’Inquisition à cette époque, a suggéré que sur quatre mille livres publiés en Europe entre 1500 et 1540, la moitié a été imprimée à Anvers 56 ; presque la moitié de ces publications contenaient des influences protestantes. 57

Ces persécutions renforcèrent la méfiance du gouvernement central envers les rhéteurs. Les temps n’étaient pas faciles pour eux.

L’art de la rhétorique « n’a pas beaucoup d’amis », comme le regrette Van Haecht. 58

Bien que le Landjuweel ait été conçu pour célébrer la paix et non pour exprimer le mécontentement, l’horreur des années de guerre passées et les divisions qui en ont résulté étaient clairement palpables.

La rencontre se déroula sous le signe de l’amitié et de la solidarité – ce qui n’était pas sans raison la devise de De Violieren. Faisant référence au miracle de la Pentecôte, le carton d’invitation comparait les rhétoriciens aux apôtres, qui reçurent le Saint-Esprit en se rassemblant dans l’unité, sans désaccord ni conflit. Ce motif était courant chez les rhétoriciens.

Déjà dans les poèmes du brugeois Anthonis de Roovere (vers 1430-1482), les pièces de théâtre gantoises de 1539 et dans Const van Rhetoriken de Matthijs de Castelein (1485-1550), l’inspiration du rhétoricien est comparée à l’enthousiasme religieux des apôtres à la Pentecôte. Les rhétoriciens considéraient leur poésie comme un don du Saint-Esprit. Cela rappelle fortement la thématique d’Érasme dans sa Querela Pacis (La Complainte de la paix, 1517). Dans ce célèbre pamphlet pour la paix, le miracle de la Pentecôte est également utilisé pour souligner l’importance de l’unité et de l’amour dans la société. Seule la religion chrétienne, selon Érasme, avait la force de se défendre contre la tyrannie et la guerre. Le bien-être de la société tout entière a toujours eu la priorité sur toute forme d’intérêt personnel.

Un carton d’invitation rimé fut envoyé à toutes les chambres du Brabant, accompagnée d’une gravure sur bois (probablement réalisée par Willem van Haecht). Cette gravure allégorique souligne l’importance de la rhétorique pour parvenir à la paix.

Estampe sur bois illustrant l’invitation adressée aux autres chambres de rhétorique par les Violieren d’Anvers pour le Landjuweel de 1561.

Rhetorica trône au centre, ses attributs étant un parchemin et un lys, symboles respectivement des vertus de promotion du savoir et d’harmonisation de l’art rhétorique. De chaque côté d’elle se trouvent Prudentia (à gauche) et Inventio (à droite). Prudentia, la Providence, est représentée tenant un miroir (la perspicacité) et un serpent (la prudence). Inventio, l’Invention, possède les attributs d’un compas et d’un livre. Ces deux personnifications font référence aux qualités de conception soignée et d’érudition. Elles sont toutes deux destinées à soutenir Rhetorica. Elles se tiennent sur une marche surélevée, sur laquelle pousse la fleur de violette. Sous la fleur, le bœuf de la guilde de Saint-Luc soutient les armoiries de la guilde des peintres d’Anvers. Les personnifications Pax, Charitas et Ratio se placent à gauche du trône pour rendre hommage à Rhetorica. Une lumière divine (Lux) les illumine.

À droite, Ira, Invidia et Discordia sont poursuivies dans une profondeur brûlante (tenebrae). Les ténèbres du passé cèdent ainsi la place à un avenir illuminé où règne la rhétorique. Contrairement au texte du carton d’invitation, l’art de la rhétorique assure ici la paix. Il y a donc une interaction constante entre rhétorique et paix.

Dans le carton d’invitation et la pièce de bienvenue de De Violieren, la paix crée les conditions propices à l’épanouissement de la rhétorique. Dans la gravure sur bois, c’est précisément l’art de la rhétorique qui, grâce à ses qualités de perspicacité et d’invention, chasse la colère, l’envie et la discorde vers le ravin des ténèbres. Sa lumière divine crée les conditions propices à l’épanouissement de la paix, de l’amour et de la raison.

Les trois allégories positives à gauche de la Rhétorique contrastent délibérément avec les trois figures à sa droite. Ratio est opposée à Ira, Charitas à Invidia et Pax à Discordia. Dans sa conception, Van Haecht a choisi la discorde (Discordia) plutôt que la guerre (Bellum) comme opposé à la paix (Pax).

Le concept de paix était profondément ancré dans le système des valeurs collectives. Dans ce discours, la paix, avec la justice, l’ordre et l’esprit collectif, constitue l’un des piliers de la cohésion sociale interne. La paix protège la ville du monde extérieur et maintient l’équilibre entre les différents segments de la société, notamment par l’exercice de la cohésion et de la solidarité. De plus, la paix, tant spirituelle que matérielle, apporte bien-être et prospérité. Mais cela ne peut être atteint que si tous les groupes urbains travaillent ensemble à l’unisson.

La discorde, qu’elle soit entre les guildes, entre les sections du patriciat urbain, entre les riches et les pauvres, ou entre les factions religieuses, constitue la plus grande menace pour la paix intérieure et doit être évitée par-dessus tout. 59

Le discours des rhétoriciens sur la paix repose sur l’idée que Dieu avait créé le monde comme un tout harmonieux, ordonné et parfait. Discordia personnifie la rupture de cette création, de la relation entre Dieu et l’homme, et de celle entre l’homme et la nature.

La discorde perturbe également l’équilibre entre les citadins, entre la ville et la campagne, et entre le prince et ses sujets. De plus, elle provoque des troubles dans l’esprit humain. Ce concept implique une perte individuelle de maîtrise de soi et de raison.

Vandommele écrit que selon eux,

Tout comme la musique, la poésie était, à leurs yeux, un don du ciel. Toutes deux utilisaient la théorie de l’harmonie pour refléter l’ordre du cosmos et servaient également à communiquer avec Dieu. De plus, le mot « discorde » dans la littérature des rhétoriciens désigne également un manque d’harmonie dans les vers et les rimes, une offense impardonnable en poésie.

Pour toutes ces raisons, la discorde était considérée comme la principale cause de malheur. Il fallait à tout prix la bannir au plus profond de l’enfer. Les rhétoriciens, grâce à leur maîtrise de la poésie et de la rhétorique, étaient ceux qui pouvaient y parvenir. Ils assumaient le rôle de gardiens de la paix, responsables de la sociabilité urbaine.

Le Landjuweel d’Anvers de 1561, gigantesque événement culturel de masse rappelant ces nobles qualités humaines qui unissent le bien et le beau dans un contexte ou la survie de la société était loin d’être certaine, fut un véritable « cri du peuple », un peu semblable à ce que la France connaîtra ultérieurement avec la Fête de la Fédération avant la Révolution française. 61

Au Landjuweel, une entente entre commerçants, artisans, poètes et artistes, éclairés par les lumières d’Erasme, ont appelé les gouvernements du monde à renoncer à l’usure, au pillage et à la guerre et à organiser une paix durable fondée sur l’harmonie des intérêts mutuellement bénéfiques.

Anvers, bourse du commerce, reconstruction datant de 1872 de l’original construite en 1531.

Censure, répression et révolte

À partir de 1521, des décrets répriment la lecture et la possession de livres interdits, tant les écrits luthériens que les Bibles. En 1525, la justice anversoise mit en garde les imprimeurs et les libraires. À partir de 1528, les rhétoriciens sont tenus de faire examiner et valider au préalable leurs œuvres avant toute production ou publication.

En 1533, la réforme gagna du terrain. Pas un jour ne se passait sans une joute satirique contre le clergé. Cinq rhéteurs d’Amsterdam sont condamnés à effectuer un pèlerinage à Rome à leurs frais. En 1536, un imprimeur ayant enfreint la réglementation est décapité sur la Grand-Place d’Anvers. L’Eloge de la folie et les Colloques d’Erasme sont mises à l’Index des livres interdits en 1559, avant même la date du Landjuweel, pour y rester jusqu’en 1900.

Sans autorisation préalable, les Chambres de rhétorique ne peuvent plus présenter de pièces de théâtre en public. C’est la conséquence du Landjuweel de Gand en 1539, où, nous l’avons vu, la liberté prévaut. Le 6 octobre de la même année, le chancelier de Brabant écrivit au régent que la vente du recueil imprimé des pièces peut avoir de très graves conséquences. D’emblée, la collection est placée sur l’index des livres interdits. Un décret stipule également qu’il est désormais interdit de faire référence aux Saintes Écritures et aux sacrements. L’interdiction de vente des recueils provoqua une réaction contraire et attira de nombreux lecteurs. Ces œuvres de 1536 furent réimprimées trois fois, la dernière édition datant de 1564, deux ans avant le déclenchement du Beeldenstorm (Fureur iconoclaste).

En 1566, les peintures et sculptures des églises et des monastères, les reliques et tout ce qui était associé au culte des images furent brisés et détruits par les calvinistes, la branche la plus radicale du protestantisme. On soupçonne et accuse immédiatement les Chambres de Rhétorique d’inspiration érasmienne, d’être responsables des destructions de la « Furie iconoclaste » !

3 millions de florins d’or pour acheter la Paix religieuse

Une fois de plus, les milieux d’affaires autour de la famille Schetz tentent de calmer les troubles. Une figure importante mais peu connu du grand public est Jan Vleminck, latiniste instruit et seigneur de Wijnigem. Actif dans le commerce international il épousa, le 21 juillet 1561, Isabelle Schetz, fille du banquier Gaspar Schetz (1513-1580), baron de Wezemaal, seigneur de Grobbendonk, Heist et Hingene, et trésorier général de Philippe II. Gaspar Schetz était lui-même le fils d’Érasme Schetz, banquier anversois d’Érasme plus haut, et frère de Melchior Schetz, grand organisateur du Landjuweel.

C’est Jan Vleminck qui aurait commandité chez Breugel le tableau Le dénombrement de Béthléhem, oeuvre actuellement au Musée de Bruxelles.62 Au centre figure en effet l’auberge De Swaen (Le cygne) à Wijnegem, bâtiment où Vleminck, qui avait pas mal prêté au Roi, avait le droit de collecter des impôts pour récuperer sa mise.

Dans leur étude, Het leven en de tijd van Jan Vleminck, heer van Wijnegem (1526-1568), les auteurs63 offrent un passage confirmant amplement notre hypothèse d’un milieu d’affaires cherchant à obtenir la paix par la diplomatie, la tolérance et même… par l’argent:

Un an plus tard, avec l’arrivée du sanguinaire duc d’Albe dans les Pays-Bas bourguignons en 1567, l’intolérance religieuse se transforme en persécution violente de tout ceux qui critiquent la foi catholique.

Anthonis van Stralen, chef des Violieren et, comme nous l’avons vu, l’un des principaux organisateurs du Landjuweel d’Anvers et ami personnel de Guillaume le Taciturne, tente de partir en exil en Allemagne. Mais le 9 septembre, sur ordre du duc d’Albe, il est intercepté par le comte Lodron entre Anvers et Lierre. Le 25 septembre, il est transféré à la prison de Treurenberg à Bruxelles. En février 1568, il est transféré au château de Vilvorde pour comparaître devant le nouveau Conseil des Troubles.

Après avoir été soumis pendant plusieurs jours à la torture, Van Stralen est porté au bourreau. Peinture d’Emile Godding (1841-1898), Hôtel de ville d’Anvers.

Après avoir été torturé, ses biens sont confisqués et il est condamné à mort par l’épée. La sentence est exécutée au château de Vilvorde le 24 septembre 1568. 66

Cette décision suscita une vive indignation à Anvers. De nombreux marchands et citoyens importants quittent alors définitivement la ville.

Les pièces du Landjuweel d’Anvers de 1561, dont celles de Willem Van Haecht, qui respirent l’esprit d’Érasme, sont interdites. Leur représentation du 21 juin 1565, bien accueillie par le public, fait grincer des dents le clergé, selon Godevaert van Haecht, un proche parent de l’auteur.

Van Haecht s’enfuit à Aix-la-Chapelle, puis aux Pays-Bas. Son poème « Hoe salich zijn die landen », écrit pour De Violieren, fut mis en musique par Jacobus Flori et inclus dans le Geuzenliedboek, recueil de chants de ceux qui s’étaient révoltés contre la domination espagnole dans les Pays-Bas bourguignons.

Eclate alors la « Furie espagnole » (ou Terreur espagnole), une série de saccages violents de villes (Malines, Anvers, Naarden, etc.) des Pays-Bas bourguignons. La principale cause en était le retard de paiement dû aux soldats et aux mercenaires par Philippe II. L’Espagne vient de déclarer faillite. Les banquiers refusent d’effectuer les transactions que leur demande le roi d’Espagne tant qu’ils n’ont pas trouvé de compromis. A titre d’exemple, le transfert depuis l’Espagne du salaire des troupes ne pouvait être effectué par lettre de change (l’équivalent au XVIe siècle d’un mandat postal). Le gouvernement espagnol a donc dû transférer l’argent réel par voie maritime – une opération beaucoup plus coûteuse, lente et périlleuse. Malheureusement pour Philippe, 400 000 florins destinés à payer les troupes ont été saisis par le gouvernement anglais d’Elizabeth I lorsque des navires contenant les florins se sont mis à l’abri d’une tempête dans les ports anglais. 67

La furie espagnole la plus célèbre fut le sac et l’incendie d’Anvers, qui durèrent trois jours en novembre 1576. Au moins 7000 personnes furent tuées et de nombreux biens furent détruits. Un écrivain anglais, témoin de l’événement, estima à 17 000 le nombre de morts.

Sac d’Anvers pendant la furie espagnole de 1576.

Peu après, sous la direction du grand érasmien Guillaume le Taciturne, soutenu par les Chambres de Rhétorique, la nation entière se soulève contre l’oppression et en faveur d’une République.

Le Plakkaat ou Akte van Verlatinghe (traduit par Acte d’abjuration), signé le 26 juillet 1581, est considéré comme la « déclaration d’indépendance » de nombreuses provinces des Pays-Bas qui considéraient que le roi avait failli dans ses obligations envers son peuple.

Le texte a été rédigée par le législateur et greffier anversois Jan van Asseliers (1530-1587), un ami proche aussi bien de Melchior Schetz que d’autres organisateurs clés du Landjuweel anversois de 1561. 68 Le texte a été imprimé à Leyden par Charles Silvius, le fils de Willem Silvius (1521-1580) 69 , l’humaniste anversois qui a imprimé et publié l’intégralité des actes du même Landjuweel en 1562. 70

Ce n’est qu’après 80 ans de guerre (1568-1648), lors du traité de Westphalie, que la République des Pays-Bas a été reconnue, laissant le sud sous le contrôle des Habsbourg.

Les citoyens instruits s’exilent. Entre 150.000 et 200.000 réfugiés se seraient établis dans les Provinces-Unies et en Allemagne. Certaines villes, comme Francfort, Hambourg, Londres et Amsterdam, doivent leur prospérité à l’arrivée des réfugiés des Pays-Bas méridionaux. Après 1581, les autorités espagnoles ne tentent plus d’empêcher ces départs qui répondent à leur volonté de vider le pays de ses habitants protestants. 71

Biographie choisie

(En ordre chronologique)

NOTES :

  1. VEREYCKEN, Karel, Comment la folie d’Erasme sauva notre civilisation, Schiller Institute, Washington; ↩︎
  2. Les taux d’alphabétisation à Venise et Florence étaient supérieurs à 15 %. Cependant, ils n’étaient pas de 70 % comme l’affirme Ross King dans son livre The Bookseller of Florence. King cite deux sources distinctes. Sur l’alphabétisation florentine, l’article de Robert Black Literacy in Florence, 1427, dans Florence and Beyond: Culture, Society and Politics in Renaissance Italy… ainsi que le premier chapitre de Education and Society in Florentine Tuscany de Black (qui traitent tous deux du même sujet). Pour l’estimation générale de l’alphabétisation, King cite R.C. Allen, Progress and Poverty in Early Modern Europe, Economic History Review 56 (2003), p. 415. Nous trouvons ici un taux d’alphabétisation urbain de 23 %, qui est lui-même basé essentiellement sur l’estimation pour Venise en 1587 de Paul Grendler, Schooling in Renaissance Italy: Literacy and Learning, 1300-1600. King induit le lecteur en erreur dans la manière dont il présente ces données. Il affirme que sept adultes florentins sur dix savaient lire et écrire, mais la base de son chiffre (Black) concerne exclusivement l’alphabétisation des hommes (en particulier les chefs de famille adultes et valides). En revanche, le chiffre de King de moins de 25 % (pour les autres villes européennes) est une estimation de l’alphabétisation des hommes et des femmes combinée. (Les chiffres réels donnés par Grendler sont de 33 % d’alphabétisation des hommes et de 12 à 13 % d’alphabétisation des femmes.) Il faut noter que les chiffres de Grendler sont basés sur ses estimations de la scolarisation. Plus précisément, en 1587, Venise a enregistré une profession de foi pour chaque enseignant (256 au total) de la République, ce qui fournit des informations sur des éléments tels que le nombre d’élèves qu’ils ont enseignés. Sur cette base, Grendler estime le nombre d’élèves dans l’enseignement formel à environ 4625. (4595 garçons et 30 filles, soit 26% et 0,2% des populations respectives.) Gendler ajoute à ce chiffre celui de l’enseignement informel ou du soutien scolaire, dont le nombre est estimé en supposant que la majorité des nobles et des citoyens (9,4 % de la population) auraient soit instruit leurs filles, soit les auraient envoyées dans un couvent. (Il semble que ce soit les estimations de 2 % de tutorat informel et de 3-4 % de couvents d’internat pour filles, bien que ces chiffres spécifiques ne soient pas précisés dans le texte.) Enfin, il y a aussi les écoles de doctrine chrétienne (fonctionnellement l’école du dimanche), pour lesquelles, sur la base des chiffres d’autres villes, Grendler estime un effectif d’environ 2000 garçons et 3000 filles, parmi lesquels Grendler estime que peut-être 1000 de chaque (soit 6 % de garçons et 7 % de filles) auraient atteint un niveau d’alphabétisation rudimentaire. Voici donc la base des estimations de 33 % (hommes) et de 12-13 % (femmes). ↩︎
  3. DERVILLE, Alain, L’alphabétisation du peuple à la fin du Moyen Age, La Revue du Nord, 1984. ↩︎
  4. DERVILLE, Alain, Ibid. ↩︎
  5. STOUTEN, Hanna, GOEDGEBUURE, Jaap, VERBIJ-SCHILLINGS, Jeanne, Histoire de la littérature néerlandaise (Pays-Bas et Flandres), Fayard, Paris, 1999. ↩︎
  6. AKCILAK, İ. Semih Akçomak, WEBBINK Dinand, TER WEEL Bas, Why Did the Netherlands Develop so Early? The Legacy of the Brethren of the Common Life, IZA DP No. 7167, Forschungsinstitut zur Zukunft der Arbeit Institute for the Study of Labor (IZA), 2013 ; ↩︎
  7. Open Universiteit Nederland, Orientatiecursus cultuurwetenschappen, Van Bourgondische Nederlanden tot Republiek, Deel 2, 2009. ↩︎
  8. PYE, Mychael, The Babylon of Europe, Editions Nevetica, Brussels, 2024 ; ↩︎
  9. PYE, Mychael Pye, Ibid. ; ↩︎
  10. CIPOLLA, C., Literacy and Development in the West, Penguin Books: London, 1969, p. 47 ; ↩︎
  11. PYE, Michael, Ibid., p. 105 ; ↩︎
  12. PARKER, G., The Dutch Revolt, Cornell University Press: Ithaca, NY., notes of Philip’s visit to the Netherlands in 1549, 1977, p. 21 ; ↩︎
  13. PYE, Michael, Ibid., p. 124 ; ↩︎
  14. HUET, Leen, Guiciardini cité dans Pieter Bruegel, la biographie, CFC Editions, Bruxelles, 2021, p. 55 ; ↩︎
  15. VANDOMMELE, Jeroen, Als in een spiegel, Vrede, kennis en gemeenschap op het Antwerpse Landjuweel van 1561, Uitgeverij Verloren, Hilversum, 2011. ↩︎
  16. REMCO, Sleiderink, De schandaleuze spelen van 1559 en de leden van De Corenbloem. Het socioprofessionele, literaire en religieuze profiel van de Brusselse rederijkerskamer, Belgian Review of Philology and History, volume 92, fascic. 3, 2014. Modern languages and literatures, pp. 847-875; ↩︎
  17. VANDOMMELE, Jeroen, Ibid. ; ↩︎
  18. VANDOMMELE, Jeroen, Ibid. ; ↩︎
  19. VANDOMMELE, Jeroen, Ibid. ; ↩︎
  20. PLEIJ, Herman, Het gevleugelde woord. Geschiedenis van de Nederlandse literatuur 1400-1560, Bert Bakker, Amsterdam, 2007 : ↩︎
  21. VEREYCKEN, Karel, Comment Jacques Coeur a mis fin à la guerre de cent ans, Artkarel.com, 2018; ↩︎
  22. VEREYCKEN, Karel, Jacob Fugger le riche, père du fascisme financier, Artkarel.com, 2024: ↩︎
  23. VEREYCKEN, Karel, Fugger, Ibid. ↩︎
  24. VEREYCKEN, Karel, Fugger, Ibid. ↩︎
  25. VEREYCKEN, Karel, Le rêve d’Erasme, le collège des trois langues de Louvain, Artkarel, 2019; ↩︎
  26. VEREYCKEN, Karel, Quinten Matsys et Léonard. L’aube de l’ère du rire et de la créativité, Artkarel, 2024; ↩︎
  27. NIJENHUIS, Andreas, Les Pays-Bas au prisme des Réformes (1500-1650), L’Europe en conflits, p. 101-136, Presses universitaires de Rennes, 2019. ↩︎
  28. CHARLES, Pierre-Yves, Chercheur invité à l’Université Libre d’Amsterdam, La Réformation des Réfugiés, site internet de l’Eglise protestante unie de Belgique; ↩︎
  29. CHARLES, Pierre-Yves, Ibid. ; ↩︎
  30. DEGROOTE, Dr. Gilbert, In Erasmus’ Lichtkring, Koninklijke Nederlandse Maatschappij, 1962; ↩︎
  31. DE BAECKER, Louis, Les Flamands de France, Messager des sciences historiques et archives des arts de Belgique, Gand, Vanderhaeghen, 1850, p. 181; ↩︎
  32. VEREYCKEN, Karel, Comment la folie d’Erasme sauva notre civilisation, Schiller Institute, Washington ; ↩︎
  33. VEREYCKEN, Karel, Ibid. ↩︎
  34. VEREYCKEN, Karel, Quinten Matsys, Ibid. ; ↩︎
  35. DEGROOTE, Dr. Gilbert, Ibid. ; ↩︎
  36. DEGROOTE, Dr. Gilbert, Ibid. ; ↩︎
  37. DEGROOTE, Dr. Gilbert, Ibid. ; ↩︎
  38. PEETERS, Natacha, The painter’s apprentice in fifteenth and sixteenth century Antwerp. An analysis of the archival sources, Apprentissages, États et sociétés dans l’Europe moderne, Mélanges de l’Ecole française de Rome, 131-2, p. 221-227, 2019 ;
    ↩︎
  39. VEREYCKEN, Karel, Quinten Matsys, Ibid. ; ↩︎
  40. ISRAEL, N. , De Liggeren en andere historische archieven der Antwerpsche Sint Lucasgilde, Amsterdam, 1961; ↩︎
  41. MEGANCK, Tine Luk Meganck (Op. cit.) underscores that « Bruegel’s visual language is closely related to the poetic imaginary of the rhetoricians. Like the rhymesters, Bruegel often presented a serious message with a dash of mockery, as an inversion of the established order, as the world upside down. » ↩︎
  42. HUET, Leen, Ibid. ↩︎
  43. GODIN, André. Érasme et son banquier. In: Revue d’histoire moderne et contemporaine, tome 34 N°4, pp. 529-552, Octobre-décembre 1987. ↩︎
  44. SOLY, Hugo Soly, Capital at Work in Antwerp’s Golden Age, Studies in European Urban History (SEUH)(1100-1800), Volume 55, Ghent University, Brepols, 2021. ↩︎
  45. GOUKENS, Lode, Peeter Baltens, een “grafisch diplomaat” tijdens de troebelen (Antwerpen 1572-1584), VUB, 2018 ; ↩︎
  46. GOUKENS, Lode, Ibid.; ↩︎
  47. PLEIJ, Herman, Het gevleugelde woord. Geschiedenis van de Nederlandse literatuur 1400-1560, Bert Bakker, Amsterdam, 2007 ; ↩︎
  48. KRUYSKAMP, Dr. C. , Het Antwerpse Landjuweel van 1561, De Nederlandse Boekhandel, Antwerpen, 1962 ; ↩︎
  49. ROOSES, Max, De feesten van het Landjuweel in 1892, De Vlaamse School, Nieuwe Reeks, jaargang 5, 1892 ; ↩︎
  50. CLAES, Henri, Het Landjuweel van Antwerpen in 1561, De Vlaamsche Kunstbode, 1890; ↩︎
  51. VAN DIXHOORN, Arjan, (Op. cit.), s’appuyant sur Vandommele, soutient que le mot « Art » (consten) se réfère ici seulement aux arts libéraux et aux arts mécaniques et non aux arts ”supérieurs ». Cet argument ne tient pas, car le leitmotiv de l’ensemble du Landjuweel, comme Vandommele lui-même le démontre avec force, était que l’harmonie de la poésie et de la musique, un don du ciel, était la seule base viable d’une paix et d’une concorde durables. Le thème du Réveil des arts « supérieurs » est d’ailleurs le thème d’un tableau peint par Frans Floris en 1560, un peintre et un intellectuel influent appartenant aux organisateurs du Landjuweel. Parmis les arts endormis de Floris, la musique, la sculpture, la cartographie, etc. ↩︎
  52. GRAPHEUS, Abraham; VAN STRALEN, Anthonis; VAN EVEN, Edward; Het Landjuweel van Antwerpen in 1561, Eene verhandeling Over Dezen Beroemden Wedstrijd Tusschen De Rederijkerskamers van Braband, Bewerkt naar Eventijdige Oorkonden En Versierd met 35 platen, naar tekeningen van Frans Floris en andere meesters, CJ Fontayn, Leuven, 1861 ; ↩︎
  53. GRAPHEUS, Abraham; VAN STRALEN, Anthonis; VAN EVEN, Edward; Ibid. ; ↩︎
  54. CLOUGH, Richard, Brief over het Landjuweel van 1561, DBNL; ↩︎
  55. CLOUGH, Richard, Ibid. ; ↩︎
  56. DUKE, Alastair C., Dissident Identities in the Early Modern Low Countries, ed. Judith Pollmann and Andrew Spicer, Aldershot, Ashgate, 2009 ; ↩︎
  57. CHRISTMAN, Victoria, The Coverture of Widowhood: Heterodox Female Publishers in Antwerp, 1530-1580. The Sixteenth Century Journal, 2011 ; ↩︎
  58. VANDOMMELE, Jeroen, Ibid. ; ↩︎
  59. VANDOMMELE, Jeroen, Ibid. ; ↩︎
  60. VANDOMMELE, Jeroen, Ibid. ; ↩︎
  61. La Fête de la Fédération était une célébration qui se déroula au Champ-de-Mars le 14 juillet 1790, premier anniversaire de la prise de la Bastille. Avec plus de 300 000 personnes présentes, l’événement célébrait les réalisations de la Révolution française (1789-1799) et l’unité du peuple français. La fête elle-même fut un accomplissement monumental : des dizaines de milliers de citoyens français se portèrent volontaires pour travailler dans la boue et la pluie à la construction d’un amphithéâtre sur le Champ-de-Mars, avec un autel de la Patrie colossal en son centre. Cet événement marqua la naissance du patriotisme français, du moins au sens où on l’entend aujourd’hui, et fut la première célébration du 14 juillet, fête nationale française, toujours célébrée chaque année. Parallèlement, cette fête marqua l’apogée de l’unité pendant la Révolution française, car par la suite, les révolutionnaires sombrèrent dans des luttes entre factieux et une politique fondée sur la terreur. ↩︎
  62. Tine Luk MEGANK, « Volkstelling te Bethlehem. Winter van een gouden tijdperk » in: Bruegels wintertaferelen. Historici en kunsthistorici in dialoog, eds. Tine Luk Meganck en Sabine van Sprang, 2018, p. 85-127; ↩︎
  63. R. CORRENS, H. RAU en M. VAN DE CRUYS, Het leven en de tijd van Jan Vleminck, heer van Wijnegem (1526-1568), uitg. Homunculus, Wijnegem 2014, p.124-126; ↩︎
  64. A.A. van Schelven, Het verzoekschrift der drie miljoen goudgulden (okt. 1566), in: Bulletin voor Geschiedenisonderricht, 6e reeks, deel 9, s.l., 1929, p. 1-42. ↩︎
  65. ARAB (Algemeen Rijksarchief van België), versch. Man., nr. 182, stukken uit de XVIe eeuw, deel 1, f° 184. ↩︎
  66. VAN CAPPELLE, Johannes Pieter, Anthonis van Stralen. National Library of the Netherlands (original from the University of Amsterdam), 1827; ↩︎
  67. Le sac d’Anvers, connu comme la Furie Espagnole, Gifex.com; ↩︎
  68. GENARD, P. , Jean van Asseliers, Biographie nationale de Belgique, Wikisource; ↩︎
  69. Portail Biblissima, Willem Silvius (1521-1580); ↩︎
  70. SILVIUS, Willem, Spelen van sinne vol scoone moralisacien uutleggingen ende bediedenissen op alle loeflijcke consten … Ghespeelt … binnen der stadt van Andtwerpen op dLant-juweel … den derden dach augusti … M.D.LXI., Erfgoedbibliotheek Hendrik Conscience, Antwerpen, 1562; ↩︎
  71. CHARLES, Pierre-Yves, Ibid. ↩︎

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The 1561 Landjuweel of Antwerp made Art a Weapon for Peace

Cet article, en FR

Antwerp

By Karel Vereycken, April 2025

Summary

Introduction

Of course, as it is well known, it is the victors who write history. Not that of humanity, but their own. The history of the « losers » falls by the wayside. Therefore, in the Low Countries, be it Belgium or the Netherlands, the official churches, be they Catholic, Lutheran or Calvinist, and ruling elites, chosen by Spain and the British, have carefully erased from the books the truth about the revolutionary role and impact of Erasmus. 1

As we document here, Erasmus succeded, through his noble spirit and delicious wit, to mobilize quite a large following, not only in educated layers of the European elites, but in a broad part of the rising middle-class working people, a social layer which might resemble today’s « Yellow Vests ».

1616 Ommegang of Brussels.

For modern people, of course, the religious processions, parades of giants, and masked carnivals of Venice, Rio de Janeiro, or Dunkirk in France appear as sympathetic as mere folkloric manifestations on UNESCO’s list of the intangible cultural heritage of France and Belgium. Appealing, no doubt, but without any connection to « true culture »!

Qualifying these events and traditions as « folkloric » results mostly from a lack of knowledge and understanding of real history. Regarding both the intent and the content of some of these festivals, such as the « Landjuweel » of Ghent in 1539 and the one in Antwerp in 1561, with five thousand participants and many more spectators, placing art, poetry and music as the true source of durable peace and harmony among nations, states and peoples, in terms of refinement and beauty, it can be said that they rival, and I would even say surpass many supposedly « cultural » events of today.

The Chambers of Rhetoric

Burgundian Low Countries around 1500.

At the origin of these poetry festivals and competitions of the Landjuweel type, literary and drama societies called Kamers van rhetorike (Chambers of Rhetoric) which emerged from the end of the XIVth century in the northwest of France and in the former Low Countries, above all in the County of Flanders and the Duchy of Brabant.

While in the XVIIth and XVIIIth centuries these chambers became literary clubs for a bourgeoisie enjoying exercises in eloquence and rhyme, in these early days rhetorical culture was not socially an elite culture, as most rhetoricians were tradespeople and did not belong to the ruling elite of their city.

Recent research has confirmed that the rhetorical chambers of Flanders and Brabant primarily recruited their members from the urban middle classes, more specifically from the circles of artisans (masons, joiners, carpenters, dyers, printers, painters, etc.), merchants, clerks, practitioners of intellectual professions, and merchants. 15

In 1530, among the 42 members of the Brussels Chamber of De Corenbloem, there were 32 craftsmen (butchers, brewers, millers, carpenters, tile layers, comb makers, fishermen, coachbuilders, stonemasons, etc. = 76.2%). 16

In the artistic professions, there was a glazier and two painters (7.1%), in commerce, a fruit seller, an innkeeper, a skipper and a rag seller (9.5%). The remaining members were a civil servant, a harp-player and an announcer.

Composition of the membership of De Corenbloem, by profession.

For the period 1400-1650, records were found of 227 Dutch-speaking chambers of rhetoric in the Southern Low Countries and the Principality of Liège, meaning that virtually every town had at least one. In 1561, the Duchy of Brabant had about 40 recognized chambers of rhetoric, while the County of Flanders had 125. 17

Their organization was similar to that of the corporations: at the head of each chamber was the dean, usually a clergyman (the chambers retained a religious aspect). Since their creation, the chambers were of two kinds: the free (vrye), enjoying a communal grant, and the subject (onvrye or vrywillige), having no grant, but reporting to a supreme chamber (hoofdkamer). Among the rhetoricians were the founders (ouders), and the members (broeders or gezellen); at the head of all were an emperor, a prince, often a hereditary prince (opperprins or erfprins); then came an honorary president (hoofdman), a grand dean, a dean, an auditor (fiscael), a standard-bearer (vaendraeger or Alpherus), and a boy (knaep), who sometimes dabbled in poetry.

The most important of all were the « factors » or « factors », that is to say the poets who were in charge of the « factie » (composition), poems, plays, farces and the organization of festivities. Initially in the bosom of the ecclesiastics, the Chambers took their independence and established themselves, in practical terms, as a « Festival Committee », charged by the municipal authorities with brightening up with poetry and splendor the joyous entries and cultural events throughout the year.

Rehabilitation

Further research, primarily in the Netherlands, has led scholars to « rehabilitate » the Chambers of Rhetoric, now considered of having been institutions that played a major role in the development of vernacular Dutch during the period 1450-1620. 18

Admittedly, mostly composed as dialogues among allegorical figures, a legacy of the Middle Ages and the troubadour tradition, artistically speaking, with some exceptions, most of these plays never reached the level or quality of dramatic intensity or refinement of Shakespeare or Schiller.

But as we shall see, the desire and intent to emancipate the people through a form of literary and musical art that uplifts by its moral content and liberates through ironical « cathartic » laughter was clearly central to their admirable objectives.

Jeroen Vandommele suggests that experts should rethink their views:

The respected Dutch historian Herman Pleij, who has contributed to a better understanding of the phenomenon and gave a major boost to this approach by demonstrating, from the 1970s onwards, the potential of XVth- and XVIth-century literature to generate what he calls « late medieval urban culture, » a true expression of an autonomous civic and urban culture. 20

According to him, their works were intended to unleash a « civilizing offensive » that would encourage the urban elite and middle classes to develop intellectually and morally and to distinguish (and dissociate) themselves from their less civilized urban counterparts.

Jousts, competitions and other festivals

Mystery Play.

The Chambers cultivated the art of poetry by competing against each other in competitions that were among the major events they organized for themselves or for the public. Each chamber itself set the frequency of the competitions and the value of the prizes, often quite symbolic, that could be won. While for some chambers, four competitions per year were enough, for the Antwerp chamber, De Violieren, it was a weekly competition!

Very quickly, these activities gave rise to public festivities, celebrated successively in all the major cities. The Landjuweel skillfully combined several genres of theatrical and musical dramaturgy, which had previously been separate, into a single large city festival:

  • The “Mystery Plays » and « Miracle Plays » (Mirakel-spelen, passie-spelen) street theater or large tableaux vivants, sometimes on floats (wagen-spelen). The Mystère de la Passion by Arnoul de Gréban, performed thousands of times throughout France, was a play of 34,000 verses requiring 394 actors reenacting the last five days of the life of Christ.
  • The « Feast of Fools » or « Feast of the Innocents », masquerades and disguises organized by « joyous societies » in which the clergy had actively participated since the XIIth century. We were then witnessing a total reversal of society: the woman became the boy, the child the bishop, the teacher the student, … The pope was elected, the bishop of fools, the abbot of fools, old shoes were burned in censers, people danced in churches while mumbling Latin in such a way as to trigger many fits of laughter. People danced and sang, accompanied for this by musicians who played wind instruments (flute, trumpet or bagpipes) or string instruments (hurdy-gurdy, harp, lute). It was not uncommon to find serious confusion reigning within convents: nocturnal relations between the abbot of fools and the minor abbesses or even mock weddings between a bishop and a superior. For the Feast of Fools, the lower clergy disguised themselves, wore hideous masks and smeared themselves with soot. The costume and attributes of fools became established in the XVth century. Popes, councils and various authorities published texts aimed at suppressing the said festival from the XIIth century onwards.
  • The Ommegang (literally « going around » the church and the city) were religious processions, organized by the church and the crossbowmen’s guilds in honor of the saints whose statues were carried on their shoulders. If in Brussels, the Ommegang became an opportunity for nobles to exhibit themselves in the city (as in 1549 to show their loyalty to the Spanish occupier), in Antwerp, two Ommegangs followed one another: the first, religious, at Pentecost, the second, on the feast of the Assumption, with a strong secular participation of the guilds, trades and chambers of rhetoric, each of them contributing a float to a procession in the streets of the city.
  • Carnival, the new name given by the Church to the « Saturnalia, » the great eight-day Roman festivities in honor of Saturn, god of agriculture and time, during the winter solstice. This period of costumed celebrations and freedoms, particularly in Venice, which developed between the XIth and XIIIth centuries, was supervised by the Church, which considered it necessary to avoid popular revolts. It featured a reversal of roles and the election of a false king. Slaves were then free to speak and act as they wished and were served by their masters. The festivities were accompanied by large meals.

The Rhetoricians rightly believed that these genres complemented each other perfectly. The festivals therefore alternated, without losing the hierarchy of the depth of the meaning that one wanted to convey, both pieces with spiritual and religious content (mysteries, passions) and pieces with philosophical, didactic and moralizing content (zinne-spelen), without forgetting satire, farce and other humorous things (sotties, esbattements, etc.).

Feast of fools (after 1550). Brussels city museum.

Historically, the stage where such events took place moved from the nave of churches, first to the forecourt of cathedrals and finally to the public space in the wider sense, first in the open air (in the Great Square, in the cemetery, on a chariot) before being forced by the authorities to occur exclusively in closed halls.

Among the competitions organized by the Chambers of Rhetoric, the oldest known was that of Brussels in 1394. The one in Oudenaarde, which took place in 1413, is better documented. These were followed by those of Furnes in 1419, Dunkirk in 1426, Bruges in 1427 and 1441, Mechelen in 1427 and Damme in 1431.

Landjuweel

The Landjuwelen were originally a cycle of seven competitions between communal militias practicing their skills in the use of weapons: the Schutterijen of the Duchy of Brabant. The highest luminaries of the country attended such shootings; they were even honored by sovereigns.

The idea was to organize a Landjuweel every three years. The winner of the first competition would organize the next competition and so on; the winners of the seventh Landjuweel would start a new cycle. The winner of the first tournament, having obtained a silver cup, would make two silver dishes for the winner of the second Landjuweel in a cycle, and the latter would in turn make three for the winner of the next competition, and so on until the seventh tournament in the cycle.

There was close cooperation between the knightly societies of the cities of Bruges and Lille in Flanders, as well as between Bruges and Brussels. Like Bruges, Lille organized an annual tournament, « L’Espinette. »

Every February, a delegation from Bruges came to Lille to compete in the tournament, just as the inhabitants of Lille participated in the annual competition of the White Bear in Bruges, which took place in May. This spectacle gave rise to festivities to which the poets of Bruges also contributed. They wrote the scenarios for the esbattements, recited praises, and reported on these activities in their chronicles.

There were no quarrels about differences of languages. Prizes were established to reward works in either French or Dutch, depending on the lingua franca of the city where the competition was held. But sometimes, at the same competition, a prize was awarded for works in both languages. This was notably the case in Ghent in 1439. Prizes were also awarded for the most beautiful entry.

Themes in the form of questions were suggested, which only authorized chambers could answer in verse. These questions were resolved by the « factors » and generally had a moral or political purpose. Thus, in 1431, in the midst of the wars between France and Flanders allied to Britain, the Chamber of Rhetoric of Arras, formerly a city named Atrecht in the Burgundian Low Countries, posed the question « Why is peace, so eagerly desired, so slow in coming »? Note that in 1435, the Peace of Arras, organized by the friends of Nicolas Cusanus, Jacques Coeur and Yolande d’Aragon, sealed the end of the Hundred Years’ War. 21

Political and economic context

Through alliances and marriages, the Burgundian Low Countries fell under the control of the Habsburg family, who were completely at the mercy of the famous Augsburg bank, the evil Fuggers, known as the fathers of « financial fascism ». 22

Hence, when Maximilian I, of the Habsburg family and Holy Roman Emperor, died in 1519, he owed Jacob Fugger approximately 350,000 florins. To prevent default on this investment, Fugger assembled a cartel of bankers to gather all the necessary bribe money to enable Maximilian’s grandson, Charles V, to buy the vote and succeed him to the throne. Thus, Jacob Fugger, in direct liaison with Margaret of Austria, who joined the project because of her fears for peace in Europe, centrally gathered the money to bribe each Elector, taking advantage of the opportunity to dramatically strengthen his monopolistic positions, particularly over competitors such as the Welsers and the rapidly expanding port of Antwerp. 23

Charles V, in the 1520s, had to borrow at 18% and even 49% between 1553 and 1556. To maintain the enormous expenditures to oversee his vast Empire, Charles V had no choice but to pursue a predatory policy. He sold his mines to appease the bankers, gave them carte blanche to colonize the New World, and consented to the pillaging of the most prosperous region of his Empire, Flanders and Brabant, which were subject to taxes and tithes to pay for the « war economy. » 24

The rather spectacular rise of the Northern Renaissance, which gained access, thanks to the learning of Greek, Latin and Hebrew, notably thanks to the Three Language College founded by Erasmus in Louvain in 1515 25, to science and all the wealth of the classical period, was to collide head-on with the battering rams of feudal finance which had become an ogre.

Charles V ordered that a list of authors to be proscribed be drawn up in his states, thus foreshadowing the establishment of the Index a few years later. From 1520 to 1550, he promulgated thirteen repressive edicts against heresy, introducing a modern inquisition based on the Spanish model.

Mary of Hungary, portrait by Hans Knell.

The application of these « placards » remained rather weak until the arrival of Philip II due to the lukewarm attitude of Queen Regent Mary of Hungary (1505-1558) and local elites towards them. Their application was entrusted to the urban and provincial judicial authorities, as well as to the Grand Council of Mechelen, with the supervision of a specific tribunal, established in 1522 in the Burgundian Low Countries based on the model of the Spanish Inquisition.

In 1540, the Jesuit order was founded, initially tasked with obtaining by word what could not be obtained by the sword. It quickly turned to the use of theater! From 1545 to 1563, the Council of Trent met to impose reforms and seek to eradicate Protestant heresy. Reading the Bible was now forbidden to ordinary mortals, as was discussing and illustrating it. Albrecht Dürer, the great German engraver and geometer based in Antwerp, packed his bags in 1521 to return to Nuremberg, and Erasmus went into exile in Basel the same year. The great Flemish cartographer Gerard Mercator, educated by the Erasmians and suspected of heresy, was imprisoned in 1544. Released from prison, he went into exile in Germany in 1552. Because of their religious beliefs, Jan and Cornelis, the two sons of Quinten Matsys 26, left Antwerp and went into exile in 1544.

Charles V abdicated in 1555 to leave his place to his son Philip II. The latter returned to Spain and entrusted the regency of the Burgundian Low Countries to his half-sister Margaret of Parma (1522-1586).

While the administration of the Burgundian Low Countries was officially carried out through the Council of State, composed of the stadholders and the high nobility, a secret council (the consulta) created by Philip II and composed of Charles de Berlaymont (1510-1578), Antoine Perrenot de Granvelle (1517-1582) and Viglius van Aytta (1507-1577) was responsible for making the most important decisions, particularly concerning taxation, order, administration and religion, and thus transformed the Council of State into a simple consultative chamber.

Three disputes quickly arose: the presence of Spanish troops in the Seventeen Provinces, the establishment of new dioceses in the Burgundian Low Countries, and the fight against Protestantism. Spanish troops remaining from the Italian Wars, approximately 3,000 strong, were not paid and were pillaging the country. After much hesitation by Philip II, and under threat of the simultaneous resignation of Orange and Egmont, the troops finally left in January 1561.

1523, execution of heretics in Brussels.

The first victims of persecution in Europe were Antwerp’s Hendrik Vos and Jan Van Essen, two augustinian monks who had become friends of Luther, executed in Brussels on July 1, 1523. 27 The first Walloon victim was the Tournai theologian Jean Castellain, executed in Vic, Lorraine, on January 12, 1525. 28

Many victims were Catholic clergy who had converted to the Reformation, but also many women. From 1529, the persecutions took a dramatic turn following the adoption of the imperial placard generalizing the death penalty. 40% of executions for heresy in the West between 1523 and 1565 occurred in the Burgundian Low Countries. The 17 Provinces were one of the regions that suffered the highest rate of death sentences relative to its entire population. Approximately 1,500 people were executed, an intensity thirty times higher than in France. 29

They will only strengthen the opposition to the tyranny which will lead in 1576 William of Orange (known as « The Silent ») to take the lead in the revolt of the Burgundian Low Countries, ending 80 years later with the split between the north (the Netherlands, predominantly Protestant) and the south (Belgium, exclusively Catholic).

Ghent, 1539

Stage of the Ghent Landjuweel of 1539.

In June 1539, the De Fonteine (The Fountain) Chamber of Ghent summoned the dramatic and literary societies of the country to a great landjuweel in honor of the Holy Trinity, for which Emperor Charles V granted permission and a month’s safe conduct to those wishing to participate.

An invitation charter was published on this subject. It posed, for the morality play, a question thus formulated: « What is the greatest consolation of the dying man? »

This subject clearly echoes one of Erasmus‘s popular writings, quickly translated into Dutch in the year of its publication in 1534, De preparatione ad Mortem. 30

Nineteen rhetorician societies responded to the call: these were chambers established in Antwerp, Oudenaarde, Axel, Bergues, Bruges, Brussels, Courtrai, Deinze, Enghien, Kaprijke, Leffinge, Lo (in the Furnes Trade), Menin, Messines, Neuve-Église, Nieuwpoort, Tielt, Tirlemont, and Ypres.

The chamber known as « De Violieren » from Antwerp won first prize. Pieter Huys de Bergues won second prize, consisting of three silver vases weighing seven marks on which the entrance to an academy was engraved. His poem comprises about five hundred verses in Dutch, and it features five allegorical figures under the names of Benevolence, Observance of the Laws, the Consoled Heart, Consolation, and the Contrite Heart. Each of them lists the goods in which man finds happiness at the hour of death. For De Violieren, the greatest consolation was « the resurrection of the body, » a purely Catholic dogma.

But that was without counting on the « off » part of the competition. Because the three other questions, to be answered in chorus, were:

  • « Which animal in the world gains the most strength? »
  • « Which nation in the world shows the most madness? »
  • « Would I be relieved if I could talk to him? »

As a result, the majority of allegorical plays performed were bloody satires against the Pope, monks, indulgences, pilgrimages, Cardinal Granvelle, etc. The compositions of the Ghent laureates were published first in quarto format, then in duodecimo.

From the moment they appeared, these plays were banned, and it was not without reason that, later, this landjuweel was cited as the first to have stirred the literary country in favor of the Protestant Reformation. These works being far from favorable to the Spanish regime, the Duke of Alba ordered their suppression by the Index of 1571 and, later, the government of the Burgundian Low Countries even banned theatrical performances of the Chambers of Rhetoric.

The influence of Erasmus

Erasmus in Matsys’ studio in Antwerp, painting by Eugène Siberdt (1851-1931). On the right, Matsys’ famous painting of the avaricious taxcollectors.

In Antwerp, Erasmus‘s influence was notable, and his presence was sought after. Well-known was his friendship to the city’s secretary Pieter Gilles 31, an Antwerp erudite humanist dearly appreciated by Thomas More 32 who integrated Gillis poems in his opus majus, Utopia. To please More, Pieter Gillis and Erasmus got their portraits done by Quinten Matsys33 to whom they offered their double portrait. Gillis house in Antwerp was also a regular meeting point for all the leading humanists of that time.

Den Grooten Spiegel, Gillis’ house in Antwerp.

Between 1523 and 1584, 21 publishers published no fewer than 47 editions of the humanist’s works, and the rhetorician Cornelis Crul, before 1550, translated the Colloquies and other major works into Dutch.

Most rhetoricians mastered Latin and could therefore read Erasmus in the original. Some Latin schools, as documented in the case of Gouda for the year 152134, included selected writings for each grade in their curriculum. The humanist’s prestige spread throughout Europe.

Ferdinand Columbus (1488-1539), the very bibliophile son of Christopher Columbus, not only acquired a vast series of his works, but also traveled to Louvain in October 1520 to meet their author. 35

In a letter dated 1521, Hieronymus Aleander (1480-1542), the legate of Pope Leo X, warned of « elements having bad reputation » who were thriving in Antwerp. They presented themselves « as the defenders of good literature and were all from the school of our friend who became a great name [Erasmus]. » Aleander added that « He [Erasmus] has spoiled all of Flanders! » 36

Erasmus in 1532, by Hans Holbein the Younger.

De Violieren and the Guild of Saint Luke

The emblem of De Violieren of Antwerp for the Landjuweel.

Also in Antwerp, a Chamber of Rhetoric, De Violieren (The Gillyflowers), was officially created in 1480 within the Guild of Saint Luke, the artists’ guild dating back from 1382. 37

The rhetoricians’ motto was « Uyt ionsten versaemt » (United by affection. But « ionsten » is also close to « consten », the Flemish word for arts).

This symbiosis produced fruitful results. For most historians, De Violieren were, in a way, the literary branch of the Guild of Saint Luke.

The latter was composed of all trades related to the fine arts, including painters, sculptors, illuminators, engravers, and printers. Until 1664, the guild had its headquarters on the north side of Antwerp’s Grote Markt, in the Spaengien or Spanish House.

Between 1460 and 1560, to finance its activities, the Church rented out to artists the Onze-Lieve-Vrouwepand, a claustrum with galleries surrounding an open courtyard. In this building, art painters, sculptors, cabinetmakers and booksellers could rent a stand where they could display their wares for sale. It was the largest art fair in what was then Europe. After 1560, the market moved to the second floor of the new Handelsbeurs (Trade Exchange).

The Saint-Luke artist guild:

The Liggeren, archives of Antwerp’s Saint-Luke painters guild.
  • In 1491, Erasmus’s friend, the painter Quinten Matsys 38, was listed as a master. One of his major commissions, the Triptych of the Lamentation of Christ, came from the carpenters’ guild. According to the Antwerp chief city archivist Van den Branden, Matsys himself was a member of De Violieren and wrote poems for their contests.
  • In 1515, Matsys was joined in the Guild of Saint Luke by two other great artists equally inspired by the spirit of Erasmus, Joachim Patinir (1480-1524) and Gerard David (1460-1523).
  • In 1519, the guild registers (The Liggeren 39) mention the registration of Jan Sanders van Hemessen (1500-1566), whose daughter Catharina (1528-1565) would become the first female painter in 1548 – and teacher of painting to men – to be admitted to the painters’ guild;
  • In 1527, that of Pieter Coecke van Aelst (1502-1550), Bruegel’s master;
  • in 1531, those of Matsys’s two children, Jan and Cornelis;
  • in 1540, that of Peter Baltens (1527-1584);
  • in 1545, that of the engraver and printer Hieronymous Cock (1510-1570) whose workshop produced prints of Bruegel and Dutch revolutionary poet and translator Dirk Coornhert (1522-1590), close friend and collaborator of William the Silent (1533-1583);
  • in 1550, that of the great printer Christophe Plantin (1520-1589);
  • and in 1551, that of Pieter Bruegel the Elder (1525-1569). 40

In short, several of the Low Countries towering cultural personalities, assisted or certainly could have asisted at the Antwerp 1561 Landjuweel: Jan Sanders van Hemissen and his daughter Catherina; Jan and Cornelis Matsys, sons of Quinten Matsys; Peter Baltens, Hieronymous Cock, Dirk Coornehert, William the Silent, Christophe Plantin and Pieter Breugel the Elder. 41

The daily exchanges between the rhetoricians and the most important artists of the day united in the Violieren had a beneficial influence on their activities and, after a few years, made them one of the most successful societies in Brabant.

Proofreaders at the Plantin printingshop.

In the most important competitions, De Violieren won laurels: first prize in 1493 in Brussels, in 1515 in Mechelen and in 1539 in Ghent, in a memorable fight in which 19 chambers from different regions of the country participated.

In August 1541, a competition was held in Diest, organized by the local Chamber De Lelie in which ten other chambers from Brabant participated. The grand prize was awarded to the Antwerp Chamber, De Violieren, for the presentation of an esbattement (farce).

Antwerp, 1561

As was customary, the Chamber that won the best prize was in turn to organize a Landjuweel. This was also the opinion of De Violieren, after his feat in Diest; however, the circumstances of the time meant that the subject was postponed. 20 years passed before anyone could think of organizing such an artistic competition.

Three leaders of De Violieren, with great courage, will fully commit to the initiative, risking their reputation, honor, life and heritage:

Anthonis van Stralen.
  • Anthonis van Stralen (1521-1568) was the leader of De Violieren. As a member of the Antwerp city council, Van Stralen had been closely involved in obtaining the patent. His appointment as city leader, two months before the first attempt at rapprochement with the Council of Brabant, must have been a strategic move on the part of De Violieren. In May 1561, he was promoted to mayor of Antwerp, perhaps as a reward for his services. The success of the Landjuweel was largely due to the cooperation between the Antwerp magistrate and De Violieren’s board.
  • Melchior Schetz (c. 1513-1583) was the Prince of De Violieren. He was Van Stralen’s brother-in-law and also an alderman.

    He was one of the three children (Gaspard, Balthasar and Melchior) of the leading Antwerp merchant Erasmus Schetz (died in 1550), known as the « banker of Erasmus ». 42 With his three sons, he set up a major banking and merchant firm. 43 His friendship with Erasmus is symptomatic of the popularity Erasmus enjoyed in Antwerp. He provided him with his hospitable residence: the Huis van Aken, a palace where he had received Charles V himself. In a letter, he made him, among other things, this tempting proposition:

    « My heart and the souls of so many people long for your presence among us. I have often wondered what enchantment it was that kept you there rather than among us. Peter Gillis [city secretary and their mutual friend] gave me a reason: we do not have Burgundy wine, which best suits your temperament, do not fear this, and if this is the only obstacle holding you back, do not hesitate to come back; we will see to it that you are supplied with wine, and not only Burgundy wine, but also Persian and Indian wine if you desire and need it . »

    As Prince of De Violieren, his son Melchior represented the chamber most often publicly. He must also have been responsible for the financial organization of the Chamber. Schetz was one of the largest moneylenders in Antwerp. There is no doubt that the city financially facilitated the organization of the festival.
  • Willem van Haecht (1530-1585) : Born into a family of painters and engravers, he was a draughtsman and, presumably, also a bookseller by profession. His motto was Behaegt Gods wille (translated as « conform to the will of God »). Van Haecht was a friend of the Brussels humanist and author Johan Baptista Houwaert (1533-1599). He compares Houwaert to Cicero in the introductory eulogy to Houwaert’s The Lusthof der Maechden, written by him and published in 1582 or 1583. In his eulogy, Van Haecht states that every sensible man should recognize that Houwaert writes with eloquence and excellence. Van Haecht wrote lyrics for various songs, usually of Christian inspiration. This is the case for the lyrics of a five-part polyphonic song, Ghelijc den dach hem baert, diet al verclaert, probably composed by Hubert Waelrant (1517-1595) for the overture to the play De Violieren at the landjuweel of 1561. The poem was also printed on a loose leaf with musical notation. As early as 1552, Van Haecht was affiliated with De Violieren, whose members included Cornelis Floris de Vriendt (1514-1575), the main architect of the Renaissance-style Town Hall in Antwerp, as well as painters Frans Floris de Vriendt (c. 1519-1570) and Maerten de Vos (1532-1603). Van Haecht became the « factor » (title poet) of De Violieren in 1558.
The Renaissance residence of rhetorician and painter Frans Floris Devriendt in Antwerp’s Arenbergstraat, designed by his brother Cornelis in 1563. Between the crosspieces on the first floor, Frans painted the niches depicting the true artist’s emblems, namely: Diligence, Practice, Poetry, Architecture, Labor, Experience and Industry. (Print after a drawing of Joseph Linnig, before 1868)

Other people involved in the organization of the Landjuweel included printers such as Jan de Laet (1524-1566) and renowned artists such as Hieronymus Cock (c. 1510-1570) (founder of the In de Vier Winden printing house which published Bruegel’s engravings) and Jacob Grimmer (1510-1590).

The other major figure was Peeter Baltens (1527-1584) 44 an Antwerp painter, rhetorician, engraver and publisher. Baltens was a member of the Guild of Saint Luke and De Violieren. Having partly trained Bruegel, Baltens’ role proved particularly important.

He formed close friendships (notably with the widows of both Hieronymus Cock (c. 1510-1570) and Pieter Coecke van Aelst (1502-1550), the latter also being Bruegel’s stepmother) and collaborated with the greatest names in Antwerp of his time.

He associated with Antwerp patricians such as Jonker Jan van der Noot (1539-1595), the wealthy Schetz merchant family, and wealthy merchants such as Nicolaes Jonghelinck (1517-1570), merchant banker and Bruegel’s financial backer.

According to Lode Goukens,

Den Grooten Robijn, residence of Antwerp mayor Anthony van Stralen.

Herman Pleij notes that the Rhetoricians have as consignment to repolish the reputation of the Antwerp merchant by making the distinction between the honest ones and the sharks. 46

Research into the relationships between painters, poets (or rederijkers), and merchants has shown that these three groups developed a common cultural lifestyle in the XVIth century, in which the love of science and art occupied a central place.

To launch a rhetoric competition, permission had to be obtained from the country’s government, which was no longer easily done at that time. This was a consequence of the Ghent competition of 1539, when the ideas of new doctrines against the institutions of the Catholic religion were presented and defended without the slightest qualm.

However, De Violieren and the elected representatives of Antwerp (Van Stralen and Schetz) were fiercely determined to be able to organize their Landjuweel. The man who did the most to delay obtaining authorization was the hated Cardinal Perrenot de Granvelle (1517-1582), Archbishop of Mechelen and advisor to Margaret of Parma (1522-1586), following the abdication of the Emperor, her brother Charles V, the regent of the Burgundian Low Countries.

Organization of the Landjuweel

In February 1561, the delegates of the city of Antwerp approached Granvelle with a petition to the regent, in which they argued that De Violieren, compared to the other Chambers, were statutorily obliged to organize a competition.

Antoine Perrenot de Granvelle.

Granvelle hoped to torpedo the initiative, but realizing that a brutal rejection would have inflamed the opposition, he sought various pretexts to postpone the event indefinitely. He politely made it clear to the delegates that he wished to postpone such an event for a while longer, using the pretext that, thanks to the peace agreement between France and the Habsburgs, the war had just been suspended, and that such festivals represented significant expenses, while the country could not or would not bear the costs. This did little to deter the people of Antwerp. They replied that the previous year, permission had been granted to the Chamber of Vilvoorde and that a postponement could not reasonably be imagined. Sensing that they would only renounce it with immense disgust, Granvelle reluctantly agreed to present their request to Marguerite, while asserting that the government had given itself the right to levy taxes on all those who came to the competition.

Fearing above all that the festival would become a sounding board for all those criticizing the Spanish occupation and the abuses of the Church, Granvelle also summoned them to inform the participating chambers that they would not intervene in their plays, their esbattements or their poems with a single word against religion, the clergy or the government, otherwise they would not only lose the prize they might have won, but would also be punished and deprived of their privileges and rights; and that the Chamber of Antwerp should ensure that the city was well guarded during the festivities and that no disturbances could arise.

Margaret of Parma.

Margaret of Parma, often at odds with Madrid, was less fearful and more open.

After consulting the report provided by the Council of Brabant, which was well aware that too much repression encouraged protest, she placed the apostille on March 22, 1561, inviting the Chancellor of the Duchy to provide Antwerp with the sealed letters required to organize the Landjuweel.

These letters were issued the same day in the name of the king and granted safe conduct from fourteen days before the start until fourteen days after the end of the Landjuweel to all those who wished to attend, with the exception of

The Antwerp Chamber submitted 24 themes as potential topics for the Landjuweel competition (seen below). Among those, Margaret of Parma approved three topics among which the Chamber was free to pick one. 48

  • Does experience or learning bring more wisdom? »
  • « What most leads man towards the arts? »
  • « Why does a rich and greedy man desire more wealth? »

Philosophy

To show how much our rhetoricians, under the direction of Van Straelen and Schertz, dealt with philosophical and political questions of all kinds, here are the whole of the twenty-four subjects which they had submitted 49:

  1. What made Rome triumph?
  2. What caused Rome to decline the most?
  3. Is it experience or knowledge that brings more wisdom?
  4. What can lead man most towards Art?
  5. What feeds art?
  6. Why is man so desirous of temporal things?
  7. What shortens the days of men?
  8. What lengthens the days of men?
  9. Why is average wealth the most happiness in the world?
  10. What is the greatest prosperity in this world ?
  11. What is the biggest setback in this world?
  12. How is it that all things are consumed every day?
  13. If a miserly man can be discouraged?
  14. Why does a rich miser desires even more wealth?
  15. Why does wealth not extinguish greed?
  16. Why is amusement followed by displeasure?
  17. Why does lust breed remorse?
  18. Why does lust bring its own punishment?
  19. How did the Romans achieve such a great prosperity?
  20. What sort of government kept the Romans prosperous ?
  21. What art is most necessary for a city?
  22. What can bring the world more rest [peace] ?
  23. What most drives people to worldly pride?
  24. What would be the best way to eradicate usery?

At first glance, one could say that by choosing the question « What can lead man most towards Art? »50, Van Stralen and Schetz choose the least « political » subject. This is to misunderstand Erasmus and Platonic thought for whom beauty and goodness form a unity and for whom any government that does not promote beauty, neglects it or worse still, despises it, condemns itself to failure! In practice, poets starting from this higher principle, ended blasting, without explicitly naming them, all the criminals and warmongereres of those days.

Moreover, Willem van Haecht, the « factor » (official poet) of De Violieren, in the play he composed especially for the Landjuweel of Antwerp in 1561, would say that what led Empires to their decline was, as it still is today, their lack of esteem for the Arts, including obviously Rhetoric.

So, it was on this theme that the 5000 participants (!) of the Landjuweel, and beyond a large part of the country, began to reflect, to compose songs, dramas, refrains, allegories, rebuses, pintings and farces and presented them to thousands of fellow citizens.

Amazingly, two centuries before (!) Friedrich Schiller, the German poet that earned the name of « poet of freedom » and who inspired many revolutions at the end of the XVIIIth century, a humanist elite enlightened by Erasmus in the Low Countries led a substantial part of the country to rise up to the conditions of a durable peace by emancipating itself from serfdom and ignorance through moral beauty! The Antwerp Landjuweel of 1561 was much more than a feast, it was a shift of paradigm and a real game changer. Hats off!

After receiving permission, the Chamber of Rhetoric and the City Council immediately set about giving the great literary festival as much pomp as possible. A rhymed invitation card was drawn up, stating the subject of the competition and the prizes to be won.

Melchior Schetz, prince of De Violieren, parading in the streets of Antwerp at the Landjuweel of 1561.

On April 23, this invitation card was presented by Mayor Nicolaas Rockox, in the presence of Melchior Schetz and Anthonis van Stralen, at the Antwerp City Hall to four sworn messengers, who were instructed to convey it to all the Chambers of Rhetoric in Brabant and to invite them to the Landjuweel as well. These messengers traveled at the city’s expense and first went to Leuven, the oldest city in Brabant. Everywhere, the news of a Landjuweel in Antwerp was greeted with extraordinary joy, and the messengers were very generously received.

While in most cities of Brabant the rhetoricians were busy composing and teaching plays and poems, making triumphal chariots and painting coats of arms, in Antwerp they were not inactive.

De Violieren had beautiful new clothes made for its members, at the suggestion of Melchior Schetz, for the welcoming ceremony offered to the participants.

Stage of the Antwerp 1561 Landjuweel.

An elegant theatre stage was erected on Antwerp’s Grote Markt (Great Square), designed by Cornelis Floris. Coincidentally, it was installed on the exact spot where the Inquisition had been beheading « heretics. » The audience watched the performances standing, with the exception of the jury and high-ranking officials, for whom benches were provided.

There was excitement and liveliness everywhere; every citizen wanted to do their part to welcome the foreign guests with all possible pomp and wealth. The city council, for its part, had taken the necessary measures.

All residents of the streets where the rhetoricians were to pass were ordered to clear the streets and remove any scaffolding or obstacles that might hinder their passage.

Everyone was eagerly awaiting August 3rd, the day when the formal entry would take place and the Landjuweel games would begin.

A memorable day

Antwerp City Hall (left) designed by Cornelis Floris Devriendt.

August 3, 1561, is indeed a memorable day in the history of Antwerp. The city was dressed in its festive attire; on the facades of houses, flags, pennants, and festoons; in public places, graceful arches in the opulent Renaissance style.

It’s no secret that the people of Antwerp like to make a lot of money. But they also like to spend it lavishly! In that marvelous XVIth century, they took pleasure in displaying a splendor on such occasions that, so to speak, surpasses our imagination.

Juerken, the jester or fool of De Violieren at the 1561 Antwerp Landjuweel.

Everywhere there was joy and life. Many strangers passed through the streets; all, foreigners and locals alike, agreed to maintain the best possible order amidst this agitation and commotion. 51

At 2:00 p.m., the « brothers » of De Violieren guild gathered to ride together to the Keizerspoort to meet the participating chambers. There were 65 of them, mounted on magnificently adorned horses, in their precious uniforms. These consisted of tabards of purple silk, striped with white satin or silver cloth, white doublets striped with red, white stockings and boots, and purple hats with red, white, and purple plumes.

At the Keizerspoort, the participating foreign chambers were solemnly received. There were 14 of them, and to the sound of bugles and the cheers of the crowd, they entered Antwerp, following the Huidevetterstraat, the Eiermarkt, and the Melkmarkt to the Grote Markt in front of the City Hall (at that time under construction).

Artistic representation of the Antwerp 1561 Landjuweel, painted in 1899 by Edgard Farasyn for the Antwerp City Hall.

The procession was grandiose and impressive; nothing like it had ever been seen before in these parts. Without the Guild brothers on the chariots, the coat-of-arms bearers, the squires, the footmen, the trumpeters, the drummers, and other musicians on foot, the number of mounted rhetoricians from all the towns amounted to 1,393, that of the chariots to 23, and that of the other chariots to 197. 52

The Ommegang of 1685 (supposedly a religious procession without poetry contest of drama) gives nevertheless an idea about how cultural mass events in Antwerp looked like.

After weeks of competition between the large and medium-sized towns during the Landjuweel, followed an additional week of « Hagespelen, » that is, the less lavish but less expensive competitions between the townships, villages, and municipalities. The formats were so varied that by the end of the month, not a single town, village, or municipality was without a prize.

Theater play in a Flemish village.

And once back in their cities, all these cultural actors, actors, singers, poets, jokers, and comical fools, energized like never before by the encounter with an entire nation, reenacted at home the piece or play that had won them a prize. To the extent that each chamber that won a prize was obliged to organize a new competition, a true effect of cultural diffusion and contamination was infused into the country.

Seaships entering Brussels via the Brussels-Scheldt canal. Painting of Andreas Martin (1699-1763).

The joy and proudness was such that the Chamber of Vilvorde did a special performance for the opening of the newly built Brussels-Willebroek canal in octobre 1561. The project for a 28 km long canal, connecting Brussels to the Scheldt (and therefore to Antwerp and the Sea) had been discussed since 1415 but it was Mary of Hungary in 1550 who kickstarted its actual construction.

The splendid Landjuweel of Antwerp impressed the spectators, among them Richard Clough53, the representative of the English financier Thomas Gresham. The merchant did not hide his admiration and was full of praise for the festivities, drawing a comparison with the entry of Philip II and Charles V into Antwerp in 1549.

He could only note that the organization of the Landjuweel was larger and the spectacle more impressive:

Peace and art, united for celebration

On Tuesday, August 5, two days after the grand reception of the participating chambers, the visiting rhetoricians, along with the rest of the spectators, were solemnly welcomed on the Grand Place in Antwerp.

De Violieren then offer a welcoming zinnespel (morality): Den Wellecomme (The Welcome), written by Willem van Haecht. At the heart of the play is the proclaimed peace of 1559, which made possible the organization of the Landjuweel, a national gathering symbolizing the renewed awakening of the Art of Rhetoric, for which peace was a necessary condition. The duchy had suffered greatly in the 1550s, but had slowly recovered after the Peace of Cateau-Cambrésis (1559). There was hope for better times. Literary reactions to the peace were therefore particularly optimistic. The dawn of a new golden age was on everyone’s mind.

The play features three flower nymphs—sisters—who together represent De Violieren. After years of war, the Chamber was given the opportunity to organize the Landjuweel. For this, the nymphs owe a great debt of gratitude to the people of Brabant. Despite the difficult times and growing divisions between the different social groups, the people remained united.

It is « Concordia, » the feeling of unity and solidarity, that now unites the defenders of the public good. Out of love for the art of rhetoric, everyone has come from far and wide to Antwerp to celebrate the Landjuweel together. According to the nymphs, it is high time that the character of Rethorica resumes her rightful place in society. Now that the war god Mars and the hated Discordia have been driven out, she alone can bring joy and peace to the country. Only the seed of rhetoric (« Rethorices saet ») can bear fruit of joy.

So the flowers set out in search of Rethorica. In other words: De Violieren primarily describes the Landjuweel as a festival of joy, organized by the Chambers of Rhetoric to strengthen the sense of community and bonds of friendship between the region’s cities.

Illustration of the Van Haechts drama The Welcome. Three nymps come to wake Rtetorica, sleeping, but protected by Antwerpia.

Eventually, the nymphs find Rhetorica, asleep in the arms of a young girl (Antwerp), who has always protected her. While the goddesses of vengeance (« Erinniae ») ravaged the country for twenty years, rhetoric was always protected and cherished in Antwerp. Now it is time to awaken her from her long winter sleep.

Once awakened, Rhetorica and the Landjuweel will mark the beginning of a period of prosperity and an awakening of the arts, for Antwerp and for the world, an allegorical theme developed by Frans Floris, the rhetorician and friend of Van Haecht, in his work The Awakening of the Arts (circa 1560).

Frans Floris, The Awakening of the Arts (circa 1560).

This allegorical work commemorates the signing of the Treaty of Cateau-Cambrésis, the most important peace agreement of the war-torn 16th century.

In a landscape ravaged by war, Philip II of Spain (it was hoped) assumes the role of Apollo, represented by the bearded figure in the center. The sun god awakens the liberal arts, represented by women endowed with attributes (sculptors’ cradles, poets’ feather, musicians’ scores, cartographers’ globes, etc.). With his left hand, Philip II shows four women warding off an abject Mars, the god of war, stripped of his sword and battle trophies. The scene symbolizes a new era of cultural prosperity made possible by peace.

The play Den Wellecomme not only exudes an atmosphere of joy and euphoria, but also launches a few barbs at the oppressors. The Chambers retained a bitter aftertaste. In the preceding years, several rhetoricians had been struck by fate. The previous factor, the highly praised Jan van den Berghe (died in 1559) , had died of old age. In addition, two prominent members had fallen victim to religious persecution. The printers Frans Fraet (1505-1558) and Willem Touwaert Cassererie (c. 1478-1558) were condemned and executed in 1558, despite the vigorous protests of their guild, for printing and being found in possession of forbidden books (Dutch Bibles).

Engraving after Jan van der Straet (Johannes Stradanus).

Antwerp was the Northern European centre of heterodox publishing in the first half of the sixteenth century. From Antwerp the books were shipped all over Europe. Alastair Duke, who studied the methods of the Inquisition in this period, has suggested that of four thousand books published in Europe between 1500 and 1540, half were printed in Antwerp 55 almost half of those publications contained Protestant influences. 56

These persecutions increased the central government’s distrust of the rhetoricians. These were not easy times for them. The art of rhetoric « doesn’t have many friends, » as Van Haecht puts it. 57 Although the Landjuweel was designed to celebrate peace and not to express discontent, the horror of the past war years and the resulting divisions were clearly palpable.

The contest was to be held under the banner of friendship and solidarity – not without reason the motto of De Violieren. Referring to the miracle of Pentecost, the invitation card compares the Brabant rhetoricians to the apostles, who received the Holy Spirit by gathering together in unity, without disagreement or conflict. This motif was common among rhetoricians.

Already in the poems of Anthonis de Roovere (c. 1430-1482), the Ghent plays of 1539, and in Matthijs de Castelein ‘s Const van Rhetoriken (c. 1485-1550), the rhetorician’s inspiration were compared to the religious enthusiasm of the apostles at Pentecost. Rhetoricians saw their poetry as a gift from the Holy Spirit.

This is strongly reminiscent of the discourse Erasmus presents in his Querella pacis (The Complaint for Peace, 1517). In this famous pamphlet for peace, the miracle of Pentecost is also used to emphasize the importance of unity and love in society. Only the Christian religion, according to Erasmus, had the strength to defend itself against tyranny and war. The well-being of the whole society has always taken priority over any form of personal interest.

An « invitation card » was personnaly transmitted by messagers to all the chambers in Brabant, accompanied by a woodcut (probably also designed by Willem van Haecht). The print emphasizes the importance of rhetoric in achieving peace.

Printed invitation to other chambers of rhetoric by the Antwerp Violieren for the 1561 Landjuweel.

Rhetoric sits enthroned in the center, her attributes being a scroll and a lily, symbols respectively of the qualities of promoting knowledge and harmonizing the art of rhetoric. On either side of Rhetoric are Prudentia (left) and Inventio (right). Prudentia —Providence—is depicted holding a mirror (insight) and a serpent (prudence) in her hands. Inventio —Invention—has the attributes of a compass and a book. These two personifications refer to the qualities of careful design and erudition. Both personifications are intended to support Rhetoric. They stand on a raised step, on which grows the violet flower. Beneath the flower, the ox of the Guild of Saint Luke supports the coat of arms of the Antwerp painters’ guild. The personifications Pax, Charitas, and Ratio come to the left of the throne to pay homage to Rhetoric.

Divine light (Lux) illuminates them. On the right, Ira, Invidia, and Discordia are pursued into a burning depth (tenebrae). The darkness of the past thus gives way to an illuminated future in which rhetoric reigns. In contrast to the text on the invitation card, here the art of rhetoric ensures peace. There was thus a constant interaction between rhetoric and peace.

In De Violieren’s « invitation » and welcome piece, peace created the conditions in which rhetoric could flourish. In the woodcut, it is precisely the art of rhetoric that drives anger, envy, and discord into the darkness, making use of its qualities of insight and invention. Its divine light creates the conditions in which peace, love, and reason can flourish.

The three positive allegories on the left of the Rhetoric are deliberately contrasted with the three figures on its right. Ratio is placed against Ira, Charitas against Invidia, and Pax against Discordia. In his design, Van Haecht chose discord (Discordia) rather than war (Bellum) as the opposite of peace (Pax).

The concept of peace was deeply rooted in the urban community’s value system. In this discourse, peace, along with justice, order, and community spirit, constituted one of the pillars of internal social cohesion. Peace protected the city from the outside world and maintained balance between the different urban segments, particularly through the exercise of cohesion and solidarity. Moreover, peace, both spiritual and material, brought well-being and prosperity. But this could only be achieved if all urban groups worked together in unison.

Discord, whether between guilds, between sections of the urban patriciate, between rich and poor, or between religious factions, posed the greatest threat to internal peace and was to be avoided above all else. 58

The urban discourse on peace followed the idea that God had created the world as a harmonious, orderly, and perfect whole. Discordia personified the breakdown of this creation, of the relationship between God and man, and that between man and nature.

Discord also disrupted the balance between city dwellers, between city and countryside, and between the prince and his subjects. Furthermore, it caused unrest in the human spirit. This concept implied an individual loss of self-control and reason.

Vandommele writes that according to them,

Along with music, poetry was, in their eyes, of celestial origin. Both used the theory of harmony to reflect the order of the cosmos and were also used to communicate with God. Moreover, the word « discord » in the literature of the rhetoricians also refers to a lack of harmony in verse and rhyme, an unforgivable offense in poetry.

For all these reasons, discord was considered the main cause of unhappiness. It had to be banished to the depths of hell at all costs. Rhetoricians, thanks to their mastery of poetry and rhetoric, were the ones who could achieve this. They assumed the role of guardians of the peace, responsible for urban sociability.

The Antwerp Landjuweel of 1561, a gigantic cultural mass event recalling the noblest human qualities that unite the good and the beautiful, was a true « cry of the people, » somewhat similar to what France would later experience with the Fête de la Fédération60 before the French Revolution.

At the Landjuweel, enlightened artisans and artists called on the governments of the world to renounce usury, plunder, and war and to organize a lasting peace based on the harmony of mutually beneficial interests.

Antwerp trade and later stock market. 1872 reconstruction of the 1531 original.

Censorship, repression and revolt

From 1521, decrees repressed the reading and possession of forbidden books, both Lutheran writings and Bibles. In 1525, the Antwerp judiciary warned printers and booksellers. From 1528, Rhetoricians were required to have their works validated before any production or publication. In 1533, the reform gained ground. Not a day went by without a satirical joust against the clergy. Five rhetoricians from Amsterdam were sentenced to make a pilgrimage to Rome at their own expense. In 1536, a printer who had violated the regulations was beheaded at Antwerp’s Grote Markt. Without a prior permit, the Chambers of Rhetoric could no longer present plays in public. This didn’t prevent the Landjuweel in Ghent in 1939, where freedom prevailed. On October 6 of the same year, the Chancellor of Brabant wrote to the Regent that the sale of the printed collection of plays could have very serious consequences. Consequently, the collection was placed on the index of prohibited books. In 1559, two years before the Landjuweel, Erasmus’ In Praise of Folly and Colloquia were put on the index of forbidden books where they remained till 1900.

A decree also stipulated that it was henceforth forbidden to make references to the Holy Scriptures and the sacraments. The ban on the sale of the collections provoked a counter-reaction and attracted many readers. These works were reprinted three times, the last edition being in 1564, two years before the outbreak of the Beeldenstorm (Iconoclastic Fury). 61

In 1566, the paintings and sculptures in churches and monasteries, relics, and everything associated with the cult of images, were broken and destroyed by the Calvinists, the most radical branch of the Protestants. Immediately suspected of being responsible for this destruction: the erasmian spirited Chambers of Rhetoric!

3 million gold florins to buy religious peace

Once again, the business circles surrounding the Schetz family are attempting to quell the unrest. An important but little-known figure is Jan Vleminck , a erudite Latinist and lord of Wijnigem. Active in international trade, he married Isabelle Schetz on July 21, 1561. She was the daughter of the banker Gaspar Schetz (1513-1580), Baron of Wezemaal, Lord of Grobbendonk, Heist, and Hingene, and Treasurer General to Philip II. Gaspar Schetz himself was the son of Erasmus Schetz, the Antwerp banker mentioned above that supported Erasmus of Rotterdam, and the brother of Melchior Schetz, the instigator and organizer of the Landjuweel.

It was Jan Vleminck who is believed to have commissioned the painting The Census at Bethlehem from Pieter Breugel the Elder, a work now in the Brussels. At the center of the painting stands the De Swaen (The Swan) inn in Wijnegem, a building where Vleminck, who had lent a considerable amount to the King, had the right to collect himsmelf taxes to recoup his investment.62

In their study, Het leven en de tijd van Jan Vleminck, heer van Wijnegem (1526-1568), the authors63offer a passage amply confirming our hypothesis of a business community seeking to obtain peace through diplomacy, tolerance and even… through a large sum of money:

A year later, with the arrival of the bloodthirsty Duke of Alba in the Burgundian Netherlands in 1567, rampant intolerance was replaced by violent persecution of those who criticized the Catholic faith.

Anthonis van Stralen, the masthead of De Violieren, and as we have seen, one of the main organizers of the Antwerp Landjuweel, and a personal friend of William the Silent, went into exile in Germany. But on September 9, on the orders of the Duke of Alva, he got intercepted by Count Lodron between Antwerp and Lier. On September 25 he was transferred to the Brussels Treurenberg prison. In February 1568, he was transferred to Vilvoorde Castle to appear before the new Council of Troubles.

After having been subjected for several days to torture, Van Stralen is carried to the executioner. Painting of Emile Godding (1841-1898), Antwerp City Hall.

After being tortured, his property was confiscated, and he was sentenced to death by the sword. The sentence was carried out at Vilvoorde Castle on September 24, 1568. 66

This decision sparked great indignation in Antwerp. Many important merchants and citizens left the city permanently.

The plays of the Antwerp Landjuweel of 1561, including those by Willem Van Haecht, which exuded the spirit of Erasmus, were banned. Their performance on 21 June 1565, which was well received by the public, is said to have made the clergy grind their teeth, according to Godevaert van Haecht, a close relative of the author.

Van Haecht fled to Aachen, and then to the northern Burgundian Low Countries. His poem Hoe salich zijn die landen, written for De Violieren, was set to music by Jacob Florius and was included in the Geuzenliedboek, a collection of songs by those who revolted against Spanish rule in the Burgundian Low Countries.

Then broke out the Spanish Fury, a number of violent sackings of cities (Mechelen, Antwerp, Naarden, etc.) of the Burgundian Low Countries. The main cause was Philip II’s delay in paying soldiers and mercenaries. Spain had just declared bankruptcy. The bankers refused to carry out the transactions demanded of them by the King of Spain until they had found a compromise. For example, the transfer of troops’ wages from Spain could not be carried out by bill of exchange (the 16th century equivalent of a postal order). The Spanish government therefore had to transfer the real money by sea – a much more costly, slow and perilous operation. Unfortunately for Philip, 400,000 florins intended to pay the troops were seized by the English government of Elizabeth I when ships containing the florins were sheltered from a storm in English ports. 67

The most notorious Spanish Fury was the three-day long sack and burning of Antwerp in November 1576. At least 7,000 lives and a great deal of property were lost. The deaths were assessed at 17,000 by an English writer who was a witness.

Sack of Antwerp during the Spanish Fury of 1576.

Soon after, under the leadership of the great Erasmian William the Silent, supported by the Chambers of Rhetoric, the entire nation rose up against oppression and in favor of a Republic.

The Plakkaat van Verlatinghe (translated as the Act of Abjuration), signed on July 26, 1581, is considered the « declaration of independence » of many of the provinces of the Low Countries who considered that the King had betrayed his obligations towards his own people.

It was written by the Antwerp lawmaker and Registrar Jan van Asseliers (1530-1587), a close friend of Melchior Schetz and other key organizers of the Antwerp 1561 Landjuweel. 68 It was printed in Leyden by Charles Silvius, the son of Willem Silvius (1521-1580) 69 , the Antwerp humanist that printed and published the full proceedings of the same Landjuweel. 70

It was only after 80 years of war (1568-1648), at the Treaty of Westphalia, that the Republic of the Netherlands was recognized, leaving the south under Habsburg control.

Educated citizens went into exile. Between 150,000 and 200,000 refugees settled in the United Provinces and Germany. Cities such as Frankfurt, Hamburg, London and Amsterdam owed their prosperity to the arrival of refugees from the Southern Low Countries. After 1581, the Spanish authorities made no attempt to prevent these departures, which were in line with their desire to empty the country of its Protestant inhabitants. 71

Selected biography

(chronological order)

NOTES:

  1. Karel Vereycken, How Erasmus folly saved our civilization, Schiller Institute; ↩︎
  2. Literacy rates were above 15% in Venice and Florence. However, they were not 70% as claimed by Ross King in his book The Bookseller of Florence. King cites two separate sources. On Florentine literacy Robert Black’s article Literacy in Florence, 1427, in Peterson and Bornstein (eds), Florence and Beyond: Culture, Society and Politics in Renaissance Italy… as well as the first chapter of Black’s Education and Society in Florentine Tuscany (both of which cover the same material). For the general literacy estimate, King cites R. C. Allen, Progress and Poverty in Early Modern Europe, Economic History Review 56 (2003), p. 415. Here we find an urban literacy rate of 23% given, which is itself based centrally on the estimate for Venice in 1587 from Paul Grendler, Schooling in Renaissance Italy: Literacy and Learning, 1300-1600. King misleads the reader in the way he presents this data. He claims that seven in ten Florentine adults could read and write, but the basis for his number (Black) is exclusively addressing male literacy (specifically adult and able-bodied male heads of household). By contrast, King’s figure of less than 25% (for other european cities) is an estimate of male and female literacy combined. (The actual numbers given by Grendler are 33% male literacy and 12-13% female literacy.) One must note that Grendler’s numbers are based on his estimates of schooling. Specifically, in 1587 Venice recorded a profession of faith for every teacher (256 in total) in the Republic, which provide information about things like the number of students they taught. On this basis Grendler estimates the number of students in formal education at around 4625. (4595 boys and 30 girls, i.e. 26% and 0.2% of the respective populations.) Gendler adds to this figure that of informal schooling or tutoring, whose number is estimated on the assumption that the majority of nobles and citizens (9.4% of the population) would have either educated their daughters or sent them to a convent. (This appears to be the estimates of 2% informal tutoring and 3-4% boarding convents for girls are coming from, though these specific numbers aren’t spelled out in the text.) Finally there are also Schools of Christian Doctrine (functionally sunday school), for which, on the basis of numbers from other cities, Grendler estimates an enrolment of around 2000 boys and 3000 girls, out of which Grendler guestimates that maybe 1000 of each (i.e. 6% of boys and 7% of girls) would have achieved rudimentary literacy. So here is the basis for the 33% (male) and 12-13% (female) estimates. ↩︎
  3. Alain Derville, L’alphabétisation du peuple à la fin du Moyen Age, La Revue du Nord, 1984. ↩︎
  4. Alain Derville, Op. cit. ↩︎
  5. Hanna Stouten, Jaap Goedgebuure, Jeanne Verbij-Schillings, History of Dutch Literature (Netherlands and Flanders), Fayard, Paris, 1999. ↩︎
  6. İ. Semih Akçomak, Dinand Webbink, Bas ter Weel, Why Did the Netherlands Develop so Early? The Legacy of the Brethren of the Common Life, IZA DP No. 7167, Forschungsinstitut zur Zukunft der Arbeit Institute for the Study of Labor (IZA), 2013; ↩︎
  7. Open Universiteit Nederland, Orientatiecursus cultuurwetenschappen, Van Bourgondische Nederlanden tot Republiek, Deel 2, 2009. ↩︎
  8. Mychael Pye, La Babylone d’Europe, Anvers, les années de gloire, Editions Nevetica, Brussels, 2024, p. 21. ↩︎
  9. Mychael Pye, Ibid, p. 33. ↩︎
  10. Cipolla, C., Literacy and Development in the West, Penguin Books: London, 1969, p. 47 ↩︎
  11. Michael Pye, Ibid., p. 105; ↩︎
  12. Parker, G., The Dutch Revolt, Cornell University Press: Ithaca, NY., notes of Philip’s visit to the Low Countries in 1549, 1977, p. 21. ↩︎
  13. Michale Pye, Ibid., p. 124; ↩︎
  14. Leen Huet, quoted in Pieter Bruegel, la biographie, CFC Editions, Brussels, 2021, p. 55; ↩︎
  15. Jeroen Vandommele, Als in een spiegel, Vrede, kennis en gemeenschap op het Antwerpse Landjuweel van 1561, Uitgeverij Verloren, Hilversum, 2011. ↩︎
  16. Sleiderink Remco, De schandaleuze spelen van 1559 en de leden van De Corenbloem. Het socioprofessionele, literaire en religieuze profiel van de Brusselse rederijkerskamer, Belgian Review of Philology and History, volume 92, fascic. 3, 2014. Modern languages and literatures, pp. 847-875; ↩︎
  17. Jeroen Vandommele, Op. cit. ↩︎
  18. Jeroen Vandommele, Op. cit. ↩︎
  19. Jeroen Vandommele, Op. cit. ↩︎
  20. Herman Pleij, Het gevleugelde woord. Geschiedenis van de Nederlandse literatuur 1400-1560, Bert Bakker, Amsterdam, 2007. ↩︎
  21. Karel Vereycken, How Jacques Cœur put an end to the Hundred Years’ War, Artkarel.com, 2018; ↩︎
  22. Karel Vereycken, Jacob Fugger « The Rich », father of financial fascism, Artkarel.com, 2024; ↩︎
  23. Karel Vereycken, Fugger, Op. cit. ↩︎
  24. Karel Vereycken, Fugger, Op. cit. ↩︎
  25. Karel Vereycken, Erasmus Dream, the Leuven Three Language College, Artkarel, 2019; ↩︎
  26. Karel Vereycken, Quinten Matsys and Leonardo, the dawn of an age of laughter and creativity, Artkarel, 2024; ↩︎
  27. Andreas Nijenhuis, Les Pays-Bas au prisme des Réformes (1500-1650), L’Europe en conflits, p. 101-136, Presses universitaires de Rennes, 2019. ↩︎
  28. Pierre-Yves Charles, Chercheur invité à l’Université Libre d’Amsterdam, La Réformation des Réfugiés, site internet de l’Eglise protestante unie de Belgique; ↩︎
  29. Pierre-Yves Charles, Op. cit. ; ↩︎
  30. Dr. Gilbert Degroote, In Erasmus’ Lichtkring, Koninklijke Nederlandse Maatschappij, 1962. ↩︎
  31. Karel Vereycken, How Erasmus folly saved our civilization, Schiller Institute; ↩︎
  32. Karel Vereycken, Erasmus, Op. cit. ↩︎
  33. Karel Vereycken, Quinten Matsys and Leonardo, the Dawn of an Age of Laughter and Creativity, Artkarel, 2024. ↩︎
  34. Dr. Gilbert Degroote, Op. cit. ↩︎
  35. Dr. Gilbert Degroote, Op. cit. ↩︎
  36. Dr. Gilbert Degroote, Op. cit. ↩︎
  37. Natacha Peeters, The painter’s apprentice in fifteenth and sixteenth century Antwerp. An analysis of the archival sources, Apprentissages, États et sociétés dans l’Europe moderne, Mélanges de l’Ecole française de Rome, 131-2, p. 221-227, 2019; ↩︎
  38. Karel Vereycken, Quinten Matsys and Leonardo, the dawn of an age of laughter and creativity, Artkarel, 2024; ↩︎
  39. N. Israel, De Liggeren en andere historische archieven der Antwerpsche Sint Lucasgilde, Amsterdam, 1961; ↩︎
  40. Tine Luk Meganck (Op. cit.) underscores that « Bruegel’s visual language is closely related to the poetic imaginary of the rhetoricians. Like the rhymesters, Bruegel often presented a serious message with a dash of mockery, as an inversion of the established order, as the world upside down. » ↩︎
  41. Leen Huet, Pieter Bruegel, la biographie, 2023; ↩︎
  42. André Godin. Érasme et son banquier. In: Revue d’histoire moderne et contemporaine, tome 34 N°4, pp. 529-552, Octobre-décembre 1987. ↩︎
  43. Hugo Soly, Capital at Work in Antwerp’s Golden Age, Studies in European Urban History (SEUH)(1100-1800), Volume 55, Ghent University, Brepols, 2021. ↩︎
  44. Lode Goukens, Peeter Baltens, een “grafisch diplomaat” tijdens de troebelen (Antwerpen 1572-1584), VUB, 2018; ↩︎
  45. Lode Goukens, Op. cit. ↩︎
  46. Herman Pleij, Het gevleugelde woord. Geschiedenis van de Nederlandse literatuur 1400-1560, Uitgeverij Bert Bakker, Amsterdam, 2007; ↩︎
  47. Dr. C. Kruyskamp, Het Antwerpse Landjuweel van 1561, De Nederlandse Boekhandel, Antwerpen, 1962. ↩︎
  48. Max Rooses, De feesten van het Landjuweel in 1892, De Vlaamse School, Nieuwe Reeks, jaargang 5, 1892; ↩︎
  49. Henri Claes, Het Landjuweel van Antwerpen in 1561, De Vlaamsche Kunstbode, 1890; ↩︎
  50. Arjan van Dixhoorn (Op. cit.), building on Vandommele, argues that the word « Art » (consten) refers here to the 7 liberal arts and mechanical arts and not the « higher » arts. That is unconvincing since the leitmotiv of the entire Landjuweel, as Vandommele himself keenly demonstrates, was that it was the harmony of poetry and music, a gift from heaven, that was the only viable basis for durable peace and concord. The Awakening of the Arts is in fact the theme of a painting by Frans Floris in 1560, an influential painter and an intellectual belonging to the Landjuweel organizers. Among Floris’s dormant arts are music, sculpture, cartography and other « higher » arts. ↩︎
  51. Abraham Grapheus, Anthonis van Stralen, Edward van Even, Het Landjuweel van Antwerpen in 1561, Eene verhandeling Over Dezen Beroemden Wedstrijd Tusschen De Rederijkerskamers van Braband, Bewerkt naar Eventijdige Oorkonden En Versierd met 35 platen, naar tekeningen van Frans Floris en andere meesters, CJ Fontayn, Leuven, 1861; ↩︎
  52. Abraham Grapheus, Anthonis van Stralen, Edward van Even, Op. cit.; ↩︎
  53. Richard Clough, Brief over het Landjuweel van 1561, DBNL; ↩︎
  54. Richard Clough, Op. cit.; ↩︎
  55. Alastair C. Duke, Dissident Identities in the Early Modern Low Countries, ed. Judith Pollmann and Andrew Spicer, Aldershot, Ashgate, 2009; ↩︎
  56. Victoria Christman, The Coverture of Widowhood: Heterodox Female Publishers in Antwerp, 1530-1580. The Sixteenth Century Journal, 2011; ↩︎
  57. Jeroen Vandommele, Op. cit. ↩︎
  58. Jeroen Vandommele, Op. cit. ↩︎
  59. Jeroen Vandommele, Op. cit. ↩︎
  60. The Festival of the Federation (Fête de la Fédération) was a celebration that occurred on the Champ de Mars on 14 July 1790, the first anniversary of the Storming of the Bastille. With over 300,000 people in attendance, the event honored the achievements of the French Revolution (1789-99) and the unity of the French people. The festival itself was a monumental accomplishment, as tens of thousands of French citizens volunteered to labor in the mud and rain to build an amphitheater on the Champ de Mars with a colossal Altar of the Fatherland at its center. The event marked the birth of French patriotism, at least in the sense that such a term is understood today, and was the first celebration of 14 July, France’s national holiday, which is still annually celebrated. At the same time, the festival was the high watermark of unity during the French Revolution itself, since afterward the revolutionaries devolved into factionalism and politics based on terror. ↩︎
  61. Louis de Baecker, Les Flamands de France, Messager des sciences historiques et archives des arts de Belgique, Gand, Vanderhaeghen, 1850, p. 181; ↩︎
  62. Tine Luk MEGANK, « Volkstelling te Bethlehem. Winter van een gouden tijdperk » in: Bruegels wintertaferelen. Historici en kunsthistorici in dialoog, eds. Tine Luk Meganck en Sabine van Sprang, 2018, p. 85-127; ↩︎
  63. R. CORRENS, H. RAU en M. VAN DE CRUYS, Het leven en de tijd van Jan Vleminck, heer van Wijnegem (1526-1568), uitg. Homunculus, Wijnegem 2014, p.124-126; ↩︎
  64. A.A. van Schelven, Het verzoekschrift der drie miljoen goudgulden (okt. 1566), in: Bulletin voor Geschiedenisonderricht, 6e reeks, deel 9, s.l., 1929, p. 1-42. ↩︎
  65. ARAB (Algemeen Rijksarchief van België), versch. Man., nr. 182, stukken uit de XVIe eeuw, deel 1, f° 184 ↩︎
  66. Johannes Pieter van Cappelle, Anthonis van Stralen. National Library of the Netherlands (original from the University of Amsterdam), 1827; ↩︎
  67. Le sac d’Anvers, connu comme la Furie Espagnole, Gifex.com ; ↩︎
  68. P. Génard, Jean van Asseliers, Biographie nationale de Belgique, Wikisource. ↩︎
  69. Portail Biblissima, Willem Silvius (1521-1580). ↩︎
  70. Willem Silvius, Spelen van sinne vol scoone moralisacien uutleggingen ende bediedenissen op alle loeflijcke consten … Ghespeelt … binnen der stadt van Andtwerpen op dLant-juweel … den derden dach augusti … M.D.LXI., Erfgoedbibliotheek Hendrik Conscience, Antwerpen, 1562; ↩︎
  71. Pierre-Yves Charles, Op. cit. ↩︎
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Britain’s Opium Wars Against China, Key to Understand the Present

Michel Panet (standing left), President of the Association Carrefour France-Sichuan, with Karel Vereycken (sitting on the right).

Dear guests and friends, Good Evening,

First of all, I would like to thank Carrefour France-Sichuan Association (ACFS) and its president Michel Panet for this kind invitation.

1. Introduction

I will start my presentation by talking about the present. We will then travel back in time to better understand what is happening to us today.

At the end of the Cold War and after the breakup of the USSR, it was hoped that peaceful cooperation would bring about lasting peace in the world. Unfortunately, today many conflicts have been rekindled.

From the China Sea to the Panama Canal, via Ukraine, Palestine, Greenland and Canada, the words « tariffs », « sanctions », « high-intensity wars », « annexation », « ethnic cleansing » and « genocide » have made a comeback, and unfortunately, they are not just words.

With regard to China. While we can rejoice that the prospect of a settlement through diplomatic channels is emerging to end the conflict in Ukraine, many analysts fear that the United States is mereley seeking to extinguish this conflict in order to have a free hand for a confrontation with China, designated in 2022 by the « kind » Democrat Antony Blinken as the country « which is, in the long term, the most serious threat to the international order. »

It is true that Donald Trump, after having exchanged on December 16 with Chinese President Xi Jinping on trade, the social network TikTok and fentanyl (a drug produced and distributed by the Mexican Cartels which has caused 100,000 deaths in the United States and whose precursors come partly from China), repeated almost word for word what he had said in 2017: « by working together, China and the United States can solve almost all of the world’s problems ». A few days later, as we know, he announced an increase in customs duties on foreign products, notably Mexican, Canadian, European and Chinese while showing himself willing to negotiate the time frame of their implementation.

This rivalry between the United States and China is reminiscent in many ways of the situation preceding the « opium wars » that I will talk to you about this evening.

Since the banking crisis of 2008, the current financial system has been in a state of virtual bankruptcy. Gigantic financial schemes, called derivatives and securitizations, mechanically generate financial bubbles. And like soap bubbles, financial bubbles inevitably end up exploding. When they burst, panic sets in and the system grinds down.

In 2008, the highest authorities of the UN in charge of the fight against narcotics admitted : the banking system, especially the interbank market which had come to a complete standstill, had been « lubricated » by billions of dirty money from crime, fraud, corruption, terrorism and drugs.

Worse still, after the crisis, nothing was done to prevent such a solution from repeating itself. No meeting of the European Council, the IMF or the G20 was devoted to the subject. Let us recall that it was only after the attacks of September 11 that the beginnings of the fight against the laundering of dirty money were outlined. Since then, the surveillance bodies set up were immediately diverted from their initial purpose. To this day, it is the strongest who use them to spy on and subjugate their enemies and vassals.

All this is reminiscent of the pitiful state of the British Empire at the end of the 18th century. A systemically bankrupt monster, the British Empire then chose drugs and war to perpetuate the privileges of its oligarchy in the name of « customs duties » and unregulated « free trade » as free as the fox in the henhouse.

The history of the Opium Wars shows that drug trafficking and war are not things that « happen to us, » but choices that corrupt elites impose on entire societies. Drugs are not something that « happens to us » through foreign aggression, but rather a choice that our leaders make through their acts and acts of omission.

As we documented in this book (shows book), the heirs of what was set up by the British following the Opium Wars, notably the Hong Kong and Shanghai Banking Corporation (HSBC) and the other « pearls of the Crown », that is to say the tax havens, allow a globalized narco-finance to prosper in full daylight and with complete impunity. By its size, this narco-finance has gone from « too big-to-fail » to « too big-to-jail ». Unless this taboo is lifted now, nothing serious can be done to eradicate the deadly narcotic business.

I will focus here on the (not so hidden) economic and financial stakes behind the opiim wars, which few historians dwell on. As long as we do not understand the driving force behind events, they will tend to repeat themselves. And as Marx once said, when history repeats itself, the first time it repeats as a tragedy, the second time as a farce.

Both Tragedy and farce, today, with the « white tsunami » of cocaine and ecstasy, and the corruption that accompanies it and which is eating away at France above all, history is repeating itself.

2. Deconstructing the « narrative »

The official « narrative », if it appears in school textbooks, presents the Opium Wars as a clash « between two empires » that they want to put on an equal footing, each with « its addiction » and each with its hypocritical and greedy elites:

  • Among the English, we are told, the addiction is tea; among the Chinese, opium. Let us recall all the same that we have never seen Chinese warships bombard English ports to force the British to consume Chinese tea…;
  • The British, we are told, advocated an « open door » policy, they sought to « open China » to « free trade, » Christianity and democracy;
  • The dangers of opium are « exaggerated, » the English have always told us. Laudanum (a few opium poppy seeds dissolved in ethanol) was freely available in their country, so why not elsewhere?
  • The British, we are told, only wanted to « satisfy » a demand and not to create it. If they had not sold their Bengali productions, others would have sold theirs, notably the Iranians and the Turks.

Fundamentally, this « narrative » is entirely false and at the very least without nuance, but it is the « narrative » of many conferences on the subject that most often end up, and this is logical, by advocating the choice rejected by the Chinese emperor and his advisors, that of the legalization of all drugs. Which goes to show that narratives are never neutral.

In any case, it is not a question of « two empires seeking to dominate the world »:

  • China, through its territorial and demographic expansion, but in a system favoring creativity and progress, must certainly face a strong and sometimes terrible « growth crisis » with populations demanding their share of development;
  • In contrast, for the British, war is written into the DNA of their system: a monetarism thriving on the rent drawn from land, possessions, raw materials and slaves to exploit them, all acquired at low prices and sold to the highest price, whether it be tea, opium and from Hong Kong, Chinese coolies sold to the United States.

3. Opium and its history

a) Plant and consumption

Before we continue, a few words about the product. What is opium?

Latex running out of opium poppies.

What we call opium is the latex (dried juice) produced by incision of the capsule before maturity of a plant, the « opium poppy » ( Papaver Somniferum ). Now what is special about opium is that it contains dozens of alkaloids that are used in pharmacy, more precisely morphine and codeine, two powerful analgesics.

Opium is consumed mainly in two ways:

  • In solid form (balls)
  • In liquid form (mixed with alcohol)
  • Smoked (with or without tobacco)

Like most drugs, opium can make you sleepy as well as overexcited. Like cocaine or captagon, it can make you insensitive to pain, a property much appreciated by warriors. In all cases, it gives you an illusory feeling of pleasure that you will find very difficult to do without. Opium dens, said one writer, are par excellence « the place where artificial paradises meet a real hell. »

b) Medical use

Recent archaeological studies have shown that it was in Switzerland that Neolithic farmers enabled the domestication of the opium poppy between 5 and 6 millennia ago.

Opium quickly entered the pharmacopoeia of Mesopotamia, Egypt and ancient Greece. Homer describes its use. The Arabs, the Venetians, the Portuguese, the Dutch and then the British were the first traders in opium.

In the United Kingdom, as we have already reported, laudanum, composed of a few poppy seeds in alcohol (wine or ethanol), was used for medicinal purposes.

Invented by the Swiss Paracelsus, this drink was sold over the counter at a low price in British pharmacies. Highly addictive and often fatal, because it contained morphine and codeine, laudanum was supposed to relieve the pain of coughs and migraines while offering a trance and ecstasy to poets lacking imagination. England consumed between 10 and 20 tons of opium per year for « medical use ».

Via the Silk Roads, opium was introduced to Central Asia and China during the Tang Dynasty (618-907). Its consumption, for medical use or as a kind of Viagra, remained marginal due to its foreign origin and its high price.

c) Tobacco

This situation would change radically in the 16th century with the arrival in the New World of Nicotiana tabacum, tobacco , consumed above all in America in the form of chews to quench hunger and thirst.

The « taking » and « chewing » of tobacco took over the whole of Europe and beyond, Asia, in a few decades. Smoking arrived in Italy in 1561, by Cardinal Prospero di Santa-Croce; in England in 1565; in Germany around 1570 by the Huguenots moving away from France; in Vienna in the same years. In 1580, it reached Turkey, which opened the door to Asia, where tobacco consumption became widespread in a few decades.

At the turn of the 16th century, the introduction of the pipe in Southeast Asia by the Portuguese and the Spanish marked a decisive turning point. First the Portuguese and then the Dutch, having clearly identified the extent of smoking in China, to boost their sales by making tobacco more addictive, dipped it in opium to obtain the famous madak.

The craze was immediate. Quickly, consumers, installed in nicely furnished living rooms when they were the upper classes, or in unsanitary slums for the poor populations in Jakarta, preferred to smoke madak and later chandoo (an opium refined to be smoked) with long pipes. It should be noted that smoked, opium « gains advantages » for the consumer: the risk of overdose is much lower than orally and the pleasure effect is no longer delayed but almost immediate.

Before the arrival of tobacco, China had already opened its doors to new crops from the New World, including corn, sweet potatoes and peanuts. While the consumption of these last three improves life expectancy, that of tobacco reduces it substantially. Smoking remains a major scourge in China. In 2020, with 300 million tobacco smokers, China still holds the world record for the number of smokers…

In the end, even before the British imposed legal opium production and consumption on China through war, the country already had an estimated 4 million to 13.5 million opium addicts. With at least 40 million opium users in China in 1949, Chinese opium addiction, on a state-wide scale, remains the largest wave of drug addiction in history.

The UN, in a report of 2008, stated that,

4. Trade with China

Before the Opium Wars, China had become a major economic and political power. Thanks to improved nutrition, the population of China increased from 100 million at the end of the 17th century to 430 million by 1850. Although there were fifteen major peasant revolts, some of which lasted for many years, the country was relatively self-sufficient.

Compare this with the number of inhabitants of the British Isles, estimated at less than 17 million in 1810, around 10 million in England and Wales, 5 million in Ireland and less than 2 million in Scotland, without taking into account the « great famine » which decimated at least 1 million people in Ireland in 1845, due to lack of potatoes (while Britain was growing tons of opium in Bengal !).

Direct foreign trade between China and European countries began in the 16th century, with the Portuguese as their first economic partners (1517), to whom the Chinese leased Macao (30 km²) in 1557. Then came the Spanish, who, by the Treaty of Saragossa (1529), legalized their grabbing of the Philippines which initially, by the Treaty of Tordesillas (1494), were under the rule of the the Genovese bankers dominated Portugese. The Spanish founded Manila there in 1571. And finally the Dutch, who settled in Indonesia, first on the island of Penghu (1603) north of Taiwan, then in 1619 in Batavia (Jakarta, Java, Indonesia), then in Taiwan (1624). The Russians came as neighbors by land.

It is important to understand how China traded with « foreigners » before the Opium Wars. To simplify roughly, we can speak of two systems:

  • the “Tributary System”;
  • the “Canton System”.

a) The « Tributary System »

Kowtow in front of a Ming Emperor.

The term « tribute system » is a Western invention. There was no equivalent term in the Chinese lexicon to describe what would today be considered the « tribute system, » and it was not intended as an institution or system.

The so-called Chinese tributary system or Cefeng system dates back to the Han Dynasty (202-220 BC). It reflected the Chinese worldview according to which China, of virtually uncontested grandeur and autonomy, was the world-civilization, that is, « all that was under heaven » ( tianxia ). The Chinese word for China (Zhongguo) actually means this: « Middle Country ». In this framework, although one can debate the possible interpretations, the Chinese emperor was considered the sovereign and therefore responsible for all humanity.

To organize economic exchanges with other peoples, called « barbarians » and « uncivilized, » the imperial court established a protocol. Non-Chinese could be accepted into the Emperor’s sphere if they were willing to go to court and perform the forbidden ritual of « kowtow » as a form of homage and recognition of his precedence. This prostration consisted of three kneelings and nine prostrations expressing a gesture of deep respect that consists of the person performing it kneeling and bowing so that his head touches the ground.

Kowtow of a Chinese citizen in front of a district judge.

It should be noted that the kowtow was not exclusively required of foreigners, but was also required when a person was, for example, brought into the presence of an official (representative of the imperial authority) for example to plead his case before a local court.

In everyday life in modern China, this gesture is no longer performed in front of a human being. Some Buddhists perform the kowtow in front of statues or a tomb to express the respect shown to the deceased. It is reported that some Buddhist pilgrims perform a kowtow every three steps during their long pilgrimages. It is also a ritual gesture in Chinese martial arts initiation ceremonies.

When visiting the Chinese court, sovereigns or emissaries would offer tribute (gifts) on this occasion. In fact, in exchange for this recognition, the tributaries received sumptuous gifts that often exceeded the value of what they received, thus demonstrating the benevolence and generosity of the Emperor. More important than the tribute, they obtained the implicit promise of protection (possibly military) and commercial rights.

Western observers like to exaggerate the importance of this ritual and see in it, somewhat wrongly, both a clear desire for Chinese domination and a form of active corruption on the part of the tributaries. In reality, the tributary system, which organized China’s diplomatic framework, mainly provided it with a means of regulating the flow of foreign goods across imperial borders. For the tributary states, the status ceremonially granted by the Chinese Court gave them privileged commercial access to Chinese ports. This status was above all protocol and did not necessarily imply strong political control.

Scholars differ on the nature of China’s relations with its neighbors in the traditional period, but generally agree that political actors within the tributary system were largely autonomous and in almost all cases virtually independent. Some historians even argue that China gave rise to a European-style community of sovereign states and established diplomatic relations with other countries around the world in accordance with international law.

The list of countries that paid tribute to China is very long. It includes neighboring countries but also the Portuguese and the Dutch who considered that the commercial advantages obtained in exchange were so advantageous that they willingly complied with it, seeing it only as a formality and a ritual of respect and politeness.

b) The « Canton system »

The second way of trading with China, the so-called Canton (now Guangdong) system, emerged in 1757 under the Qing dynasty (1644–1912). From the beginning of his reign, the Kangxi Emperor (r. 1661–1722) faced a number of challenges, not the least of which was integrating his relatively new minority dynasty from Manchuria into the Chinese Han majority. Support for the previous Ming dynasty rulers remained strong, particularly in the south of the country, including Canton.

Kangxi twice banned all maritime trade for internal security reasons , to prevent any attempted seaborne coups. During the Qing dynasty, no fewer than 15 rebellions took place, including one led by Koxinga, a Ming loyalist, and separately the Three Feudatories Rebellion, which led to the capture of Taiwan in 1683.

After the rebellions were suppressed, Kangxi issued an edict in 1684:

For 160 years, Canton would be the only Chinese port open to trade with the West. Canton, a fortified city 100 km inland on the Pearl River, already by its geography, offered a certain security.

A large city in the south, with good rainfall in the center of the tea-producing region and with a densely populated hinterland rich in productive capacities, Canton is one of the economic lungs of China.

China sets the rules:

  • foreign merchants are not allowed to enter Canton;
  • warships are prohibited there;
  • All orders for export and import must be placed through one of the 13 members (Hong) of the Chinese merchant guild (the co-Hong);
  • The Hongs rented them a small piece of land outside the city walls on the banks of the Pearl River, known as the « 13 Factories »,
  • Western merchants may only be present in the trading posts during the trading season, which extends from June to December. Women and weapons are prohibited there;
  • Westerners can store some goods there, but they are primarily trading posts and offices;
  • The bulk of their goods must remain 13 km to the south, on the island of Whampoa;
Map of the City of Canton, with citywalls and location of « 13 Factories ».
The « 13 Factories » in Canton.
Island of Whampoa.

Since the Portuguese operated from Macau and the Spanish from the New World through Chinese residents in the Philippines, the system would primarily serve a handful of other Western and Christian powers: French, Dutch, Danish, Swedish, Spanish, Americans and British.

5. Economic and Financial Stakes

Let us now examine the economic and financial issues, essential to understanding how the logics which, as long as we remain slaves to them, end in war:

a) Tea

The first economic and financial issue at stake was not the Chinese addiction to opium but that of the British to tea. According to legend, tea was discovered in China one day in the year 2737 BC, by Shen Nong. This emperor with the body of a man and the head of an ox wanted to improve the lot of humans and it was to guarantee their health that he ordered his subjects to boil water before drinking it. One day, while he was resting in the shade of a tea plant, he boiled a little water to quench his thirst. Three leaves fell into his cup. He tasted this infusion and found it exquisite. Tea was born.

Tea imports in Britain.

Tea first appeared in China as a medicinal drink and was later consumed daily for pleasure. By the 17th century, tea began to travel to Europe, following the Silk Road. In 1606, the first crates of tea arrived in Amsterdam aboard a ship of the Dutch East India Company (VOC), making it the first shipment of tea in history to be delivered to a Western port. Accounts vary. What is said is that England adopted tea and its rituals after King Charles II received two pounds of black, fragrant leaves from China in 1664.

Old East India House in London.

By the end of the 17th century, tea was the national drink of the Kingdom.

Between 1720 and 1750, tea imports to Great Britain through the British East India Company (EIC) more than quadrupled. Real « tea fleets » developed. In 1766, exports from Canton reached 6,000,000 pounds (2,700 tons). At their peak, in the 1830s, England imported 360,000 tons of tea from China per year.

A minor but not insignificant effect was that the British Treasury also became addicted, not to tea, but to tea revenues, since it levied a 100% customs duty on its import .

As Waley-Cohen writes:

b) Trade Deficit

Even as the EIC’s profits were no longer sufficient to offset the cost of governing India, tea-loving British helped push trade figures with Asia into the red.

While British merchants and the British treasury were enriched by buying tea cheaply, taxing it, and selling it at a higher price, by the 1780s Britain’s trade deficit with China was exploding.

c) Financial Deficit

Silver imports of China. EIC = East India Company; Country traders are undboubtless the Chinese traders importing silver from New Spain (Mexico).

Symptomatic of this imbalance is the fact that the Chinese, who buy almost no goods in return (a little tin and iron), demand silver (metal) as the only accepted means of payment.

It all began in 1571. Until that date, China collected taxes from its inhabitants in the form of corvées or goods. At that time, it decided to levy taxes in silver. On a daily basis, for small daily payments, the Chinese used copper coins with which, when the time came, they could obtain silver ingots (sycees) to pay taxes or make large transactions.

Sycee (lingot of silver metal)

The sycees had no denomination and were not struck by a central Mint. Their value was determined by their weight in « tael » (unit of weight. One canton tael = 37.5 grams, one tael = one thousand copper coins).

Another accepted means of payment was the « piece of eight » or « Spanish dollar », the main international currency at the time. (See box)

« Spanish dollar » also called « Piece of Eight ». The two columns will be intetrated in the american dollar sign ($).
The Manilla-Acapulco trade (China aquiring silver from New Spain (Mexico, Bolivia and Peru) in exchange for porcelaine, silk and tea sold by Chinese traders based in Manilla, the Philippines.
1888 Republica Méxicana silver 8 Reales trade coin, with chinese marks on it to be allowed in China.

Thus, to pay for British imports from China (tea, porcelain, silks), between 1710 and 1759, 26 million pounds in silver went to China, which bought only 9 million worth of goods in return from England.

This situation would become even more critical for the British Empire later. Firstly because of its own colonial policy, because of the speculations leading to the dismantling of the EIC and because of the emancipation movements contesting its policy of plunder and slavery.

In 1773, the American « insurgents » during the Boston Tea Party demanded the right to trade freely with countries outside the British Empire. The French and Spanish Bourbons, seeking revenge for the humiliation suffered in the Seven Years’ War (1756-1763), supported, first covertly and then openly, the American « insurgents ».

Other countries challenged British hegemony. In Europe, in 1780, the member countries of the « League of Armed Neutrality » (Sweden, Denmark, Russia, the Netherlands, Prussia, Portugal, etc.) demanded their right to trade with America and refused British dictates and sanctions.

Then followed, at the beginning of the 19th century, after civil wars for their sovereignty, a series of « independences » depriving both the English and the Chinese of the precious silver metal that they needed so much, notably Colombia (1810), Venezuela (1811), Chile (1811), Mexico (1811), Paraguay (1811), Peru (1821), Uruguay (1825) and Bolivia (1825).

Added to this, after strong speculative surges, were repeated panics and bank failures: that of 1819 in the United States and those of 1825 (77 banks were declared bankrupt) and 1847 in London.

These shocks contribute to the feeling of panic in the face of a system that is shaking and will contribute to fueling a dynamic of war appearing as the last option to « save » the system.

d) Cotton

Finally, another additional factor upsetting the balance, the mechanization of production lines. The invention of the steam engine, the previous century, led to a mechanized production of cotton by factories in the north of England.

Steam powered ginning of Coton in Britain.

Quickly, the world market was flooded with cheap cotton textiles produced in very large quantities. Textile producers feasted in England and the surplus was absorbed by the Indian market. However, anyone looking to buy goods in India had to obtain « Council Bills », a paper currency issued by the British crown that could only be purchased in London by paying in gold or silver… When the Indians converted these Council Bills into currency, they were given the equivalent in rupees, rupees collected by the British tax authorities on site. As a result, in order to be able to buy the immense quantities now at their disposal, the English merchants established in India also needed an ever-increasing quantity of metal silver.

Boom of the British Coton exports to India.

On the side of their British masters, although the Indian economist Utna Patnaik arrives at the sum of 45,000 billion dollars to quantify all the wealth extorted by the British from India, at the time, the EIC’s account books indicated that the costs of maintaining the Empire exceeded the EIC’s income: for example, from 1780 to 1790, the combined profits from the EIC’s trade with India and China reduced by barely 2 million the debt of 28 million pounds, left over from their conquest of India.

6. Open China!

a) Lord McCartney’s embassy

Lord George Macartney.

Although the First Opium War did not begin until 1839, the first « virtual shot » fired in that conflict occurred fifty years earlier, when the British envoy completely failed in his attempt to « open China. »

This envoy, Lord George Macartney (1737-1806) was a seasoned diplomat known for his efficiency and dynamism. His mission was simple. It was to obtain a privilege that no other country in the world had: diplomatic representation in Beijing and the right for British ships to dock at ports other than Canton.

Tea, porcelain and fabrics in themselves, trade with China was booming to the point that Canton was congested and unable to handle the volumes sought. In bad shape, the British were quick to demand an « open door » policy.

After a year-long journey, at the expense of the British East India Company, the British envoy, accompanied by a delegation of one hundred people, arrived on September 14, 1793. The emperor did not receive them in Beijing, which would have meant a meeting between equals, but in a yurt (tent) erected in front of his mountain residence in Rehe (present-day Chengde), 227 km to the north, where the sovereign retired when it was too hot in the capital and where he would receive the Englishman among emissaries from several other countries.

Emperor Qianlong.

The emperor, a scholar, a calligrapher, a patron of the arts and sciences with a library of 36,000 books, is at the height of his glory. His reign had begun in 1736, 57 years earlier. Under his rule, China became the most populous country in the world and its territory doubled.

Then the inevitable question of ritual prostration before the Chinese emperor arose. Given the commercial stakes, Macartney, in his finest ceremonial costume, said he was willing to engage in kowtow. Only, in exchange, as the representative of the largest Empire on the planet that has just launched the industrial revolution, and convinced that establishing a relationship on an equal footing was already a debasement, he demanded that the members of the Chinese imperial court do the same… before the giant portrait of King George III of England (1738-1820) that he has brought for the occasion!

The mandarins decline, especially since it is unthinkable to do this in front of other foreign delegations! The Chinese then demonstrate their patience and diplomatic genius. Finally, the emperor agrees to receive Macartney if he pays the same homage before the Chinese imperial throne as he is accustomed to pay before that of his own sovereign.

British cartoon mocking Lord Macartney kneeling in front of the Chinese Emperor.

Macartney kneels before the emperor without kissing his hand, which is normal in London but strange in China. This protocol difficulty finally overcome, the interview takes place. He offers the letter from King George III to the emperor. In return, the latter showers the ambassador with precious gifts, but rejects his requests, has him escorted back to his ships and sends him home. He orders his officials in Canton to keep a close eye on foreign merchants in general and the British in particular.

The Emperor examines the 600 gifts Macartney left at the Yuan Ming Yuan (Summer Palace). These gifts – including telescopes and other astronomical instruments, model British warships, textiles and weapons – are of excellent workmanship and demonstrate the scientific knowledge and technical skill of the British. But in reality, while the Chinese would have liked to have access to the steam engine, locomotives and steel rails, the gifts are only intended to display British supremacy in weaponry…

Most accounts of the embassy see Macartney’s refusal to bow to the Emperor as the immediate cause of its failure, but the misunderstanding goes deeper. The Chinese defend a philosophy, the British their Empire with its privileges and possessions.

As is often the case before destructive wars, there is a total lack of empathy, an inability to understand the intention and the frame of reference of the other. People spend their time commenting on the colour of their own glasses. They think they know without taking the time to know. Macartney thought that diplomatic relations could be established with China in the same way as they were established in Europe and on the same basis, while Qianlong expected Macartney to honour him by complying with the Qing ceremonial for the reception of foreign dignitaries. Both were wrong.

The exchange of gifts was another source of confusion. Macartney, for example, was unaware that the golden sceptre Qianlong presented him with was a symbol of peace and prosperity, and rejected it as inappropriate and of little value.

Qianlong, for his part, who was passionate about new technologies, considered in his letter to King George III that the sumptuous gifts from the British were only trinkets and could contribute nothing to the development of Chinese manufacturing. (See box)

Portrait of King George III.

Compounding his performance, Macartney’s constant reversals, which demonstrated his willingness to adapt and compromise, convinced the Chinese that the British were hiding their true intentions, which only served to irritate them. Under these circumstances, the Qing felt no pressure to make any concessions.

In any case, the British demands seemed exuberant to the Chinese. What was the point of an embassy in Beijing, more than two thousand kilometers from Canton, when trade was being negotiated there? After all, the Hongs already supplied all the products the English demanded!

The Emperor Qianlong , who received Macartney, left power in 1796 to Emperor Jiaqing (1760-1820), who was succeeded by his son, the Daoguang (1782-1850).

His suspicions proved fully justified. In the years following the Macartney embassy, the British would ignore Chinese laws and warnings not to deploy military forces in Chinese waters.

  • In 1802, claiming that they wanted to protect Macau from a French invasion, they attempted to seize the enclave leased by China to the Portuguese;
  • Then, during the War of 1812 between the British and Americans, the former attacked American ships deep in the inner harbor of Canton (the Americans had already plundered British ships in Chinese waters);
  • And in 1814, after that country had become a tributary state of China, Nepal was invaded and forcibly incorporated into the British Empire. All this led the Chinese authorities to become very suspicious of the true British intentions.

b) The Opium « Solution »

Producing opium in Bengal and selling it illegally or legally in China then appears to be the obvious solution, because it allows us to « resolve » almost all of the problems we have just mentioned:

In 1825, the EIC’s mere income from opium was sufficient to pay for its imports of tea from China.
  • From 1828, thanks to the opium trade, the trade balance was reversed: more money left China than came in;
  • The flow of silver metal reversed towards the British Empire: between 1808 and 1856, 384 million silver dollars left China for the British Empire thanks to the boom in opium imports, while between 1752 and 1800, 105 million silver dollars went from the British Empire to China thanks to the sale of tea, porcelain and silks. From 1800 to 1818, the annual average of the traffic stabilized around 4,000 chests (each chest containing about 65 kg of opium); from 1831, this figure approached 20,000;
  • The British got enough to buy Chinese tea. In 1839, the revenues from opium alone paid for all the tea purchases;
  • The British Treasury collected customs duties on tea imports, allowing it to modernize the Empire’s Navy, the same Navy that was used to defeat China;
  • British merchants established in India got the necessary silver income to pay the « Council bills » in London, allowing them in return to buy surplus cotton in England.

Aren’t you happy?

7. Opium routes

Britain, India and China: the opium road.

Long before the British, it was the Portuguese and the Dutch who introduced opium into China.

a) Portuguese

Mansion of an opium trader in Macao.

After being banned, as in various other European countries, tobacco was reintroduced into China around 1644 under the Qing dynasty, which, without fully understanding the consequences, made itself vulnerable to the opium scourge by trivializing smoking. In West Bengal, the Portuguese settled in Satgaon from 1536 and then in 1578 in Hooghly, on the Ganges. From 1589, the Portuguese began to bring increasing quantities of opium into China via Macao, a Chinese territory leased to the Portuguese in 1557.

The opium trade played an important role in the economy of Macao for a long time, also representing a significant part of the peninsula’s income. It should be noted that Macao, whose gaming industry is now 10 times larger than that of Las Vegas, just like the Emirates, was removed a few years ago from the blacklist of tax havens to join the « grey list » of « cooperative » tax havens.

b) Dutch

The Dutch come next. At war at home against Spain and in search of financial profits, they dominate the « spice route » and regularly wage war against their Portuguese, Spanish or British competitors.

They settled in Penghu (1603), a small island next to Taiwan, then in 1619 in Batavia (now Jakarta in Indonesia) and finally in Taiwan (1624). The Dutch also opened a base for their Dutch East India Company (VOC) in 1659 in Bengal. The Batavians did not do things by halves. In 1740, after the sudden collapse of the price of sugar, the Chinese laborers working in Batavia (Java) whose wages were being crushed, revolted against their employer, the OIC. To avenge the deaths of a good dozen Dutch who perished during the revolts, no fewer than 10,000 Chinese were massacred…

Chinese merchants based in Indonesia and Dutch, from Jakarta (Indonesia), and Portuguese from Bengal (India), will export opium to Guangdong and Fujian (China).

c) Britain and the British East India Company

London: Main office of the British East India Company (EIC).


In India, the English drove out their European competitors (France and Portugal). In 1632, the troops of Emperor Shah Jahan laid siege to Hooghly in Bengal (West India) and expelled the Portuguese. 19 years later, in 1651, the English settled there and in 1690, they made Calcutta, 40 km south of Hooghly, their commercial base in Bengal where they took over opium production.

In 1683, the British East India Company (EIC), whose importance for tea we saw, gave instructions for the first time that opium should be part of its investments.

Meanwhile, in China, the first decrees appeared: as early as 1709, the court declared that opium consumption, prostitution and the corruption that accompanied it, were harmful to people’s physical and mental health. In 1729, opium dens were banned in China. These imperial decrees, which sounded more like warnings and were poorly enforced, gave rise to the establishment of vast smuggling networks thanks to the collaboration of corrupt officials who turned a blind eye to the contents of European ships arriving at the port.

In 1757, following the Battle of Plassey , the British imposed themselves and seized in 1764 what would become the opium poppy producing regions: Bengal (Calcutta) and the bordering states which are, to the north of Calcutta, Bihar and to the east, Odisha.

The modus operandi of this trade will undergo a profound change. Initially, everything is done under the « legal » monopoly of the EIC, then passes into the underworld of the gentleman traffickers.

Modeled after the powerful maritime empires of Antiquity (Athens, Phocaea, Carthage, etc.), Italy (Amalfi, Pisa, Genoa, Venice, etc.) and Portugal, the EIC was the largest and richest private (joint-stock) company in history, founded in 1600 by a royal charter of Queen Elizabeth I. In 1602 the EIC arrived in Java in Indonesia, due to its climate, the ideal place for the production of many spices (pepper, nutmeg, cinnamon, cloves, lemongrass, fennel, anise, ginger, etc.), in 1608 it set foot in Surat, India and in 1613 in Japan. In 1699 it traded with Canton in China.

A state within a state, the EIC levied its own taxes and administered justice through its own courts. And to protect its trade, it had the right to wage war. To this end, it paid for its own armies and leased long-term regiments from the British regular army. It was an entity with sovereign powers. It was accountable to no one except the shareholders it enriched through its worldwide trade in spices, tea, textiles and opium.

Between 1730 and 1770, the EIC imported slaves on a large scale from Mozambique and especially Madagascar into India and Indonesia. In Indonesia, the Dutch militarily drove the British off the « spice route ». In 1773, the British supplanted the Portuguese in India and the EIC imposed its monopoly on the opium trade with China, in particular to finance its own conquest of the Indian subcontinent. In short, the EIC fed « on the beast ».

On the ground, the populations hardly benefited from it. The colonial government of Bengal weakened food crops by directing local production to benefit the trade balance of the British Empire. The export of jute, indigo, cotton, opium and… grains, ensured by European trading houses, made the commercial wealth of the colonial administration.

In 1880, 14% of the revenues of India under British mandate came from opium while its population declined. The beginnings of the territorial establishment of the EIC coincided with the great Bengal famine of 1770 which caused, according to sources, between 10 and 60 million deaths.

Consistent with its vision of financial income and human livestock, the EIC employed in 1805 at Haileybury College, to train its executives, the Reverend Thomas Malthus for whom demographic growth always exceeds the means to support it.

At the producer-consumer level, the EIC knew full well that opium was banned in China. In order not to compromise its tea imports, the EIC therefore invented a stratagem that did the trick.

V0019154 A busy stacking room in the opium factory at Patna, India. L Credit: Wellcome Library, London. Wellcome Images images@wellcome.ac.uk http://wellcomeimages.org A busy stacking room in the opium factory at Patna, India. Lithograph after W. S. Sherwill, c. 1850. 1850 By: W. S. SherwillPublished: – Copyrighted work available under Creative Commons Attribution only licence CC BY 4.0 http://creativecommons.org/licenses/by/4.0/

In Bengal, the company organized the large-scale cultivation of the poppy and all the industrial phases of its processing, from the exhausting harvesting of latex by incising the poppy capsules, to the passing of this latex over drying trays, to the pressing into balls which were covered with a layer of crushed and dried poppy stems and leaves, and finally to its packaging in mango wood boxes. Some 2,500 employees working in 100 offices of a powerful colonial institution called the Opium Agency supervised the poppy growers, enforcing contracts and quality with an iron fist. The Indian workers received commissions on each unit produced.

The EIC’s « opium fleet » shipping raw opium from Northern India to Calcutta for auction.

Initially, the crates were sent to Calcutta where they were auctioned. From there, the company could wash its hands of what happened to them, leaving private merchants to venture off the Chinese coast. It is worth noting that the EIC granted licenses to private ships trading with China, licenses which contained a provision that penalized them if they carried opium… other than that supplied by the EIC.

Opium use for non-medical purposes was forbidden in China – the first laws banning opium had been enacted in 1729 – and the EIC did not want to be seen as illegally importing opium, which would have prompted a reaction from the emperor.

Instead, it would use Indian merchants licensed by the Company to trade with China. These companies sold opium for money, particularly around Lintin Island at the mouth of the Pearl River, where Chinese smugglers collected the goods and distributed them throughout China.

Exchange between British and Chinese opium smugglers.

Opium was also shipped to other parts of the Chinese coast, but outside its territorial waters, where it was smuggled into the country on local boats. The smugglers’ payments were made at the Company’s establishments in Canton, and by 1825 the bulk of tea purchases were covered by drug trafficking. By 1830, there were over 100 Chinese smugglers’ boats trading in opium.

In 1858, Karl Marx mocked the false Christian values that the British government evoked in its fight against the Chinese « semi-barbarians » and pointed out the enormous profits:

By the end of the 19th century, the poppy was harvested by some 1.3 million peasant households in what are now Uttar Pradesh and Bihar states. The crop occupied between a quarter and a half of a peasant’s farm. A few thousand workers – in two opium factories on the Ganges – dried and mixed the milky liquid from the seed, made it into cakes, and packed the opium balls in wooden chests.

Opium weighing in India under British rule.

However, judged too corporate, constantly bailed out by the British State, corrupt, managed from London and judged inefficient, it encountered much opposition. In 1832, when its serious responsibility in the haemorrhage of the Treasury’s silver stocks was noted, its monopoly on trade with China was abolished

As Adam Smith wished, who opposed all forms of monopoly, whether private or public, the tea and opium trade was then handed over to more dynamic gentleman traffickers. The Crown, while setting itself up as the guarantor of the « international rules-based order », cultivated the art of black, grey and shady areas (like today’s tax havens) allowing it to triumph.

d) Gentlemen traffickers

Dr William Jardine, the scottish opium billionnaire that got the war started against China.

The leading figure of this species was the Scottish surgeon, Dr. William Jardine , a staunch supporter of the legalization of the opium trade, from which he made his fortune. He was employed by the EIC from 1802 to 1817 before settling in Bombay.

His early success in Canton as a commercial agent for opium merchants in India earned him admission in 1825 as a partner in Magniac & Co., and by 1826 he was in control of the company’s operations in Canton, where he had been operating since 1820.

James Matheson , another Scot, joined him shortly afterwards, and Magniac & Co. was reconstituted as Jardine, Matheson & Co. , the great firm that made its fortune from the sale of opium in China and which still exists today under the name « Jardines » with assets of around $100 billion.

Based in Hong Kong and domiciled in Bermuda (a tax haven suspected of dope money laundering), it officially ceased this trade in 1870 to devote itself to other commercial activities, including shipping, railways, textiles and real estate development.

William Keswick.

To be complete, we must add the Keswick dynasty, whose founder, the Scotsman William Keswick (1834-1912) who would be a major grey emissary at the heart of this nebula.

His grandmother, Jean Jardine Johnstone , was the elder sister of Dr William Jardine, founder of Jardine Matheson & Company.

His father, Thomas Keswick , had married Margaret Johnstone, niece of Jardine and daughter of Jean, and had entered the Jardine business.

Logo of the current Jardine Matheson Group, not any longer in opium.

What drives Jardine and Mathison is an unabashed Sinophobia.

The Chinese, Matheson said, were,

James Matheson.

After China destroyed opium chests seized from British traders in 1839 and ordered Jardine’s arrest for violating all existing laws, he fled to London in 1839. Finally, from 1841 until his death in 1843, he sat in Parliament for Ashburton, representing the Whig party.

It was he who, through lobbying and media offensives in the press, convinced both Parliament and the then Foreign Minister, Lord Palmerston, to whom he sent a letter detailing the strategy that would be adopted to launch the first opium war. The English merchants whose merchandise had been confiscated in Canton would not be compensated immediately. This would be discussed in more detail after the victory. As for the costs of the war, even for a small war England could not afford it. The solution was quickly found: the bill would be presented to the losers, the Chinese.

Speaking of Jardine & Matheson, Waley-Cohen points out:

8. The « religious » factor

What may be surprising today is that Protestant and Catholic missionaries were the natural allies of the traffickers: once they reached the Chinese coast, they landed among the opium merchants on Lintin Island, acted as their interpreters in exchange for places on ships sailing north, distributed their piety tracts as the drugs were unloaded; and, in the Chinese Repository , the main English-language Protestant publication in Canton, they shared a forum for spreading their views on the urgent need to open China by any means necessary.

The Protestant London Missionary Society sent its first representative to southern China, Robert Morrison, in 1807. Mission observers expressed their frustration during the 1830s in the tones of pure imperialist paternalism:

By the 1830s, merchants and missionaries were both advocates of violence.

« When an adversary supports his arguments by the use of physical force, [the Chinese] can be humble, kind, and even good, » noted Karl Gützlaff, a rugged Pomeranian missionary who, during the Opium War, would lead the British military occupation of eastern Chinese territories, managing entire armies of Chinese spies and collaborators.

For its part, London would sanction any English official opposed to the conflict and install military personnel who had triumphed against Napoleon, such as the evil William Napier, Chief Superintendent of British Trade in China who enthusiastically noted in his journal:

9. Consequences of opium addiction

a) Medical and Social consequences

Chinese opium smokers.

Opium quickly caused dramatic health havoc, first among the elite and then among the Chinese people as a whole. Initially, the consumers were scholars, officials and intellectuals. They became totally dependent and ruined themselves to obtain it. For the Jiaqing emperor, his people  » waste their time and money, they exchange their silver currency and their goods for this vulgar filth from abroad ».

Opium consumption reduced the life expectancy of Chinese opium addicts, mainly men between the ages of twenty and fifty-five. Habitual smokers (8 pipes per day) died within 5 to 6 years, modest smokers (1 pipe per day) after 20 years. Most opium addicts succumbed before the age of 50.

Opium smokers in Indonesia.

In 1836, even before the British imposed the legalization of opium by war, China already had between 4 and 13.5 million consumers, according to estimates.

Joanna Waley-Cohen, in her book The Peking Sextants, notes that in those days (much like today), everyone could easily find a good reason to indulge in the now ubiquitous drug:

b) Economic, Monetary, FInancial and Political consequences

  • Economically, productivity is falling because of the havoc this drug is wreaking on the Chinese population;
  • On the monetary and financial level, the purchase of opium by Chinese consumers then substantially reduced the quantity of silver, as we have seen, essential to the monetary system. Between 1793 and 1836, the silver reserves of the imperial treasury went from 70 million taels to only 10 million taels. As silver became scarcer, its price soared. As a result, for the Chinese citizen at the bottom of the scale, who, in order to pay his taxes, had to obtain silver with his copper currency, the drop in his purchasing power was brutal. A petition addressed to the Emperor in 1838 expressed alarm at the fact that the « copper price » of silver had suddenly gone from 1000 to 1600 coins! As a result, there was growing discontent against the emperor and the multiplication of peasant revolts,
  • On the political level, members of the Qing government were concerned about the corrupting effect that the establishment and flourishing of a drug culture would have. If the court resolutely rejects any idea of compromise and resists a section of the Chinese elites in favour of the legalisation of opium, it is because it sees all of these factors clearly. But above all, she became aware of the danger that all the oppositions, internal and external, could one day, when the planets aligned, join forces: corrupt elites, nostalgic for the previous dynasty, peasants suffering the collapse of their purchasing power, foreign powers seeking to « open » China to their colonial pillage and Protestant and Catholic evangelists in tune with the opium traffickers, all wanting to conquer the wealth, bodies, minds and souls of the Chinese, including by overthrowing the dynasty.

10. The unavoidable?

a) First Opium War (1839-1842)

Lin Zexu.

If for the English, the situation was restored from 1828, for the Chinese, with more than 10 million people addicted to opium, the situation was untenable. The Emperor Daoguang (1782-1850) then sent the imperial commissioner Lin Zexu (Tse-Hou) (1785-1850) to Canton. A former soldier, a scholar, he was an exceptional man.

In 1839, he arrived in Canton to supervise the banning of the opium trade and to suppress its use. He attacked the opium trade on several levels. First, he tried to reason with the British. To do this, he published in Canton an open letter sent to Queen Victoria (1819-1901), Queen of England since 1837, asking her to stop the opium trade. (see box)

Queen Victoria in 1843.

Without a response from the Queen, China, faced with an existential choice, then decides to apply the law, essential to preserve its integrity and sovereignty.

Overmore, among the scholars advising the emperor, opinions were divided:

  • On one side, those who were keen to target opium consumers rather than opium producers. For them, the production and sale of opium should be legalized, then taxed by the government, an argument that still makes some people dream today. Taxing the drug would make it so expensive that people would have to smoke less of it or not smoke it at all (as if the black market would magically disappear). The money collected from taxes on the opium trade could help the Chinese government reduce the loss of revenue and the flight of money (what a bargain!). The purchase of opium was to be done exclusively with Chinese goods, thus preventing money from fleeing the country (a bit of protectionism to defend the industry!);
  • On the other side, stood those who argued that if the opium trade and the vices that came with it (idleness, prostitution, corruption, addiction, debt, etc.) could not be eradicated, the Chinese empire would have no more peasants to work the land, no more townspeople to pay taxes, no more students to study, and no more soldiers to fight. Rather than targeting opium users, the traffickers had to be arrested and punished.

The second camp is led by Lin Zexu but his strategy was twofold:

  • the rehabilitation of opium addicts. In 1839, there were between 4 and 13.5 million of them. They had 18 months to wean themselves off, they risked the death penalty if they did not give up;
  • the end of impunity for banking and commercial interests, whether Chinese or foreign, involved in the opium trade.

When the British merchants in Canton refused to hand over their drug shipments, Lin Zexu laid siege to the « 13 factories ». He deprived them of their staff, forcing the gentlemen-traders to prepare their own meals and take care of the latrines. On February 26, 1839, to make them understand what awaited them, Lin ordered the hanging of a Chinese trafficker in front of the Cantonese representations of the British merchants who claimed not to be liable to local law.

Despite the hostility of a corrupt part of the Chinese elite, he arrested 1,600 Chinese drug traffickers and confiscated 42,000 pipes and 14,000 cases of opium. But at least 20,000 remained on board the ships off the Chinese coast…

He then issued an order requiring foreign merchants in writing not to transport opium and to allow their ships to be inspected. Captain Charles Elliot, the British Chief Superintendent of Trade in China, called for disobedience and ordered British ships not to sign the agreement because if opium was found, the cargo would be confiscated and the perpetrators executed. The English claimed extraterritoriality and even when a Chinese peasant was killed by the British, they refused to hand the culprit over to the Chinese authorities.

After multiple injunctions, threats and summons, Elliot finally released 20,290 chests of opium to the Chinese authorities. To the British merchants, he assured them that the British Crown would compensate them for the value of the merchandise, estimated at two million pounds. This was the trap he set for Lin Zexu. Elliot and Lord Palmerston, who had made the decision a long time ago to go to war against China, thus creating the pretext to launch the war: British interests had been « plundered » and their flag « mocked ».

The destruction of British opium ordered by Lin Zexu.

Lin, proud of his victory, on June 7, 1839, had the crates opened, reduced the opium to a paste, ground it with quicklime in specially constructed vats, and threw it into the sea. They asked forgiveness from the gods of the sea for polluting it in this way. The foreigners were ordered to abandon the factories and retreat to Macao.

Hong Kong, on the other side of the estuary, was initially only a fishing village. The English who rushed there continued to be harassed by the Chinese who cut off their supplies.

Then, the first British aid arrived. At the naval battle of Chuenbi in November 1839, near Canton Bay, two British ships engage 14 imperial junks and sink four before withdrawing without loss, demonstrating their nation’s technological superiority.

In London, under pressure from the « Big Opium », the merchant lobby led by William Jardine, the British Parliament decided in October to send a military expedition to China. There was not a penny in the coffers, but that was not a problem, the losers would pay the costs.

Lord Palmerston.

Lord Palmerston, British Foreign Secretary, immediately sent instructions to Elliot demanding an end to hostilities. Among the conditions:

  • a preferential trade treaty for the British in China;
  • the opening of four ports (Canton, Xiamen, Shanghai and Ningbo, where illegal opium was already entering China);
  • the ability for British citizens to be tried in accordance with the laws of their country.

Over the next few months, the British withdrew their military and diplomats from Canton, giving the impression to the Qing Empire that they did not want open conflict. It was the calm before the storm.

Palmerston sent a letter to the government of India to prepare the squadron of an expeditionary force: 16 ships of the line, 4 gunboats, 28 transport ships, 540 guns and 4000 men. His first objective was not Canton, but the strategic island of Zhoushan, near the mouth of the Yangtze, about 1500 km from Canton and 1400 km from Beijing.

The final goal sought was very clear: to obtain compensation for the confiscated opium, for the settlement of certain debts of the Co-Hong merchants and for the cost of the expedition, to open the ports of the coast, Canton, Amoy, Fuzhou, Ningbo, Shanghai to British trade freed from the system of the Co-Hong merchants. Finally, to set up the blockade of Canton, to control the mouths of the Yangtze and the Yellow River in order to paralyze Chinese foreign trade and to seize Pei-Ho (forts of Taku), at the gates of the capital.

The British iron frigate HMS Nemesis, on the right, destroying Chinese jonks.

The fortress fell in a matter of days to the power of the artillery of British ships, notably the HMS Nemesis, considered the English « secret weapon » in the Opium Wars and the first steam frigate in history with an iron hull and watertight bulkheads.

This first flat-bottomed ship equipped with paddle wheels, could easily penetrate the mouths of Chinese rivers. Supposedly built in only three months at the request of the EIC’s « secret committee », Chinese wooden junks could not compete with such a technical feat.

The Europeans, with their steamships, rifles and easy-to-maneuver cannons, won thanks to their technological superiority. The Chinese, on their side, had only a few rudimentary cannons, bows, arrows and spears. But as some battles during the Second Opium War demonstrate, they studied their opponent’s military technology and tried to assimilate it as quickly as possible, but were unable to catch up in time…

After this show of force, the British moved to the Pearl River Delta to subdue Canton. But their conditions for ending hostilities, which included the surrender of Hong Kong Island in exchange for Zhoushan Island, were unacceptable. They captured Canton after three months of fighting, and China agreed to a ceasefire in May 1841.

The British fleet returned to the mouth of the Yangtze and captured the strategic port of Ningbo in October. After repelling Chinese attempts to recapture the place in the spring of 1842, the British sought to strike a blow to prevent a prolonged conflict on land.

They set their sights on Zhenjiang, a city near Nanking where the southern end of the Grand Canal, the most important communication route between the north and south of China, was located. In July, the fall of Zhenjiang led to the closure of the Grand Canal. Faced with the threat to Nanking and the impossibility of navigating the Grand Canal to supply the Chinese troops from the north, the imperial authorities had to capitulate.

Peace negotiations between the British and the Chinese resulted in the signing of the Treaty of Nanking on 29 August 1842 aboard a British warship, HMS Cornwallis , supplemented by two other treaties.

Signing of the Treaty of Nanking.

The clauses of these three treaties recognize the following rights for the British:

  • The transfer of Hong Kong, which will become a military and economic center;
  • Five ports were opened , namely Xiamen, Canton, Fuzhou, Ningbo and Shanghai. The British were granted the right to settle in these ports and live there with their families (for merchants). The Treaty of Humen authorized the construction of buildings in these ports;
  • War compensation (expenses + opium) of 21 million yuan, or 1/3 of the imperial government’s revenue, to be paid over a four-year period;
  • Customs : British traders are subject to the payment of customs duties fixed by mutual agreement between the Chinese and the British;
  • Consular jurisdiction law : in the event of a dispute between a Chinese and a British person, a British court will decide on the basis of British laws;
  • Most-favored-nation clause : If China signs a treaty with another power, the privilege granted to the nation in question will also be granted to the United Kingdom.

The United States and France, in 1842, demanded the same privileges as those granted to the United Kingdom. By the Treaty of Wangxia (village near Macao) the Americans obtained them. By the Treaty of Whapoa, in 1844, the French as much. Added to this was the right to build churches, to establish cemeteries and finally, to evangelize. The Chinese would strongly resist in the applying the Treaty of Nanking.

b) Second Opium War (1856-1860)

In 1854, France, the United Kingdom, and the United States contacted the Chinese authorities and requested revisions of the treaties to enter Canton without resistance, expand trade to northern China and along the Yangtze River, legalize the opium trade, and deal with the court directly in Beijing. The imperial court rejected all requests for revisions.

On October 8, 1856, Chinese officers boarded the Arrow, a British ship registered in Hong Kong under the British flag, suspected of piracy and opium trafficking. They captured the twelve crewmen (Chinese) and imprisoned them. The British officially requested the release of these sailors, citing the emperor’s promise to protect British ships, without success. The British then referred to « the insult made to the British flag » by the soldiers of the Qing Empire.

They decided to attack Canton and the surrounding forts. Ye Mingchen, then governor of Guangdong and Guangxi provinces, ordered the Chinese soldiers stationed in the forts not to resist.

Corpses of Chinise soldiers at Fort Taku.

American warships bombarded Canton. But the people of Canton and soldiers resisted the attack and forced the attackers to retreat towards Humen. The British parliament demanded reparations from China for the Arrow incident and asked France, the United States and Russia to participate in a multinational intervention. Russia sent its diplomats, without participating militarily.

  • The Second Opium War began in earnest at the end of 1857.
  • On December 28, 1857, the combined fleets of England and France stormed Canton;
  • On March 16, 1858, French Admiral Rigault de Genouilly left Canton with the squadron for northern China;
  • On May 20, 1858, acting in concert with the English, he seized the forts of Takou at the mouth of the Peïho before going up to Tianjan (Tien-Tsin) in the direction of Beijing;
  • On June 24, 1859, Franco-English forces attempted to enter Tianjin;
  • On September 2, 1860, Tianjin was taken.
Treaty of Tien-Tsin.

On June 12, 1858, the British, French, Americans and Russians negotiated the Treaty of Tien-Tsin. (today Tianjin) containing the following clauses:

  1. The British, French and Americans will have the right to establish permanent delegations in Beijing (a city forbidden to many foreigners until then);
  2. Eleven more Chinese ports (see Article XI of the treaty) will be opened to foreign trade (including Yingkou, Danshui, Hankou and Nanking);
  3. Foreign ships (even military ones) will be able to navigate the Yangzi Jiang without control;
  4. Foreigners may travel to the interior regions of China for the purpose of trading, sending missionaries, or any other purpose;
  5. China shall pay an indemnity to England and France of 2 million silver taels each, and compensation to English merchants of another 2 million;
  6. Official letters and documents between China and the United Kingdom shall exclude the character « 夷 » or « yi » meaning « barbarians » when referring to subjects of the British Crown and its officials;
  7. Legalization of opium by China, the illegality of which had not been called into question by the Treaty of Nanking.

The clause providing for the establishment of foreign legations in Beijing met with fierce opposition in the capital, and once Western troops had withdrawn from the forts near Tianjin, the Qing showed no intention of complying with it. They strengthened their fortifications and repelled Western troops who nevertheless managed to reach Beijing. The emperor fled to Rehe, the imperial winter residence, 225 km north of Beijing.

Sacking of the Summer Palace by French and British troops.

A skirmish along the way, coupled with unusually brutal treatment of Western prisoners, prompted them to plunder the Yuan Ming Yuan, the summer palace northwest of the capital that the Jesuits had built for Qianlong just over a century earlier.

It was not just one building, but a vast complex with 200 buildings and beautiful gardens. What could not be taken was smashed into pieces. After a long week of looting and destruction, when Beijing fell, the complex was burned down on October 17.

Map of Summer Palace.
Ruins of the Beijing Summer Palace.
Cartoon of the French engraver Honoré Daumier: « So! Comrade … is this (french wine) not better than O…O…Opium? I will civilize you, Guy! »
Poster celebrating British heroism.

On October 24, 1860, China surrendered. It then signed the Convention of Peking, which ratified the Treaty of Tientsin and ended the Second Opium War.

Convention of Peking.

The Beijing Convention includes the following clauses:

  • China’s recognition of the validity of the Treaty of Tianjin;
  • The opening of Tianjin as a commercial port;
  • The perpetual cession of the south of the Kowloon Peninsula (south of today’s Boundary Street) to the United Kingdom, as well as Ngong shuen chau (called in English, Stonecutters Island), which significantly enlarged the colony of Hong Kong; La Grande-Elle obtained in 1898 a 99-year lease on the New Territories (952 km² constituting 80% of Hong Kong territory) and on 235 islands off the coast of Hong Kong.
  • Freedom of worship in China for Christians;
  • Allowing British ships to take Chinese labour to the Americas;
  • The payment to the British and the French of an indemnity amounting to eight million taels of silver (about 320 tons) for each country;
  • The transfer to the Russian Empire of Outer Manchuria and Ussuri Krai, largely creating the present-day Primorsky Krai, corresponding to the territory of the former Manchu province in Eastern Tartary;
  • The opening of the port of Shamian Island, in Canton, to foreign trade and the completion by the Canton authorities of the construction of the British factory

The Qing government was also forced to sign treaties with Russia, ceding over 1.5 million square kilometers of territory in the northeast and northwest, particularly in Outer Manchuria.

French cartoon (published after the start of Japanese agression of 1894), showing foreign powers carving up china as a pie.

Other conflicts followed, followed by other unequal treaties:

  • the first Sino-Japanese war of 1894;
  • the invasion of the Eight-Country Alliance to suppress the Boxer Rebellion in 1901;
  • Treaty of Versailles in 1921;
  • Second Sino-Japanese War of 1937

11. Hong Kong and the Birth of HSBC

Thomas Sutherland.

Following the Opium War, the British opium dynasties thought of only one thing: getting rich from the now legal sale of opium. Jardine, before his death in 1843, launched a subscription among his clients to create such a bank. However, following persistant acts of Chinese resistance, the Indian producers had seen the value of their assets collapse…

It was not until 1865 that Thomas Sutherland established HSBC.

As tai-pan (top managers) of Jardine Matheson & Company, the Keswick family was closely associated with the development of Hong Kong and the management of HSBC, the Indo-China Steam Navigation Company Ltd, the Canton Insurance Office Ltd (now HSBC Insurance Co), the Hongkong and Kowloon Wharf and Godown Company Limited, the Star Ferry, the Hong Kong Tramway, the Hong Kong Land Investment and Agency Co Ltd and the Hongkong and Whampoa Dock Co Ltd.

Hong Kong office of HSBC in 1901.

In the French economic daily Les Echos of July 18, 2013, business historian Tristan Gaston-Breton , outlines the take-off of Hong Kong thanks to the opium trade:

The island also hosted a large merchant community from India, which founded powerful trading houses there. It controlled the opium traffic from Bengal, which was resold to European trading houses in exchange for manufactured goods. Linked together by all sorts of business relationships, Europeans, Indians and Chinese participated in the same commercial networks and the same traffic.

As early as 1847, the P&O took over part of the opium trade now under British control. In 11 years, it transported 642,000 chests of opium from Bengal and Malaya to Europe despite competition from Jardine & Matheson’s Apcar Line.

The Peninsular and Oriental Steam Navigation Company (P&O) was a shipping company founded in London in 1837 by two British businessmen. Since 2006 it became part of the Emirati company Dubai Ports World (DP World).

Sutherland’s idea, Les Echos explains:

12. Conclusion

Jardine’s main office in Hong Kong.

Any sensible person who examines the contents of the « unequal treaties » that were imposed on China will quickly understand to what extent this period is for her a « century of humiliation. »

The label « Opium War » turns out to be a very reductive title since it was, through brutal « gunboat diplomacy », a clear attempt at colonization with a view to perpetuating a monetarist system which carries war within it like clouds carry storms.

Certainly, the Chinese and the British should and could have invented an alternative to the pitfalls of the financial and commercial mechanisms of their time.

Just as we must do today by creating, with the BRICS, an alternative to the current system before it plunges us back into an international conflict.

The English could have invited the Chinese to India to explain how to grow tea there! It was not until the end of the EIC monopoly in 1834 that it became seriously interested in tea growing in India.

To succeed, the EIC had to send Robert Fortune, a botanist, as a spy to bring back from China the tea that would make Darjeeling in India in 1856. The EIC would then grow tea in Ceylon (Sri Lanka) from 1857.

The current system has already made the choice of drugs. The highest officials of the UN acknowledged that in 2008, at the beginning of the great financial crisis that continues to weigh us down, the interbank market was able to remain liquid thanks to the acceptance of billions of dollars coming from crime, corruption and drugs.

The Jardines and Keswicks, who have given up opium, continue to make their fortunes in British tax havens. The Jardines firm, which is worth a hundred billion dollars, is now a Hong Kong company domiciled in Bermuda, and Matheson & Co., Ltd., is a London merchant bank.

Like HSBC, these families remain active supporters of the Royal Institute of International Affairs (RIIA or Chatham House), the pinnacle of the international financial oligarchy headquartered in London.

In 2012, HSBC Bank, set up by the gentlemen traffickers and their descendants and caught red-handed laundering billions of dollars for Al-Qaeda and the Mexican drug cartels that control a substantial portion of the cocaine and fentanyl trafficking in the United States, was saved thanks to the direct intervention of the British Finance Minister who argued that the banking license of a bank as large as HSBC could not be suspended without causing a crash of the entire global economy. As said before, from « too big-to-fail », they became « too big-to-jail ».

HSBC former office in Shanghai, China.

HSBC, after paying a fine, continues its shady activities, as denounced by the International Consortium of Journalists. It is an « untouchable » bank because it is kind enough to buy the Treasury bonds that allow France to « roll over » its never ending debt.

13. Biography

  • Cantón Álvarez, José Antonio, The sulphurous opium war , Le Monde Histoire & Civilisations, 2020;
  • Lovell, Julia, The Opium War, 1832-1842, Buchet-Chastel, 2017;
  • Waley-Cohen, Joanna, The Sextants of Beijing, Presses universitaires de Montréal, 2002;
  • Travis-Hanes III, W., Sanello, Frank, The Opium Wars, The Addiction of One Empire and the Corruption of another, Sourcebooks, Inc., 2002;
  • Executive Intelligence Review, Dope, Inc., 1976, 1986;
  • Cartwright, Mark, Fall of the British East India Company , World Encyclopedia, 2022;
  • China365, How the Opium Wars Made China What It Is Today, China365 website;
  • Les Crises, file The Opium Wars in China, November 2012;
  • Paulès, Xavier, The Opium Wars in China , University of Geneva, Chuan Tong International website.
  • Tual, Jacques, Indian Opium and British Imperialism at the Beginning of the 20th Century: The Case of Ceylan, Centre for Research on Travel Literature (CRLV), 2008;
  • Desmaretz, Gérard, The Opium Wars in China , Agoravox, 2024;
  • Chouvy, Pierre-Arnaud, Opium in globalization: the case of the Golden Triangle, Erudit, 2016;
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La défense du patrimoine culturel de l’humanité, clé d’une paix mondiale

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Avant de parler du patrimoine culturel mondial, quelques mots sur les notions de « sympathie », d’« empathie » et de « compassion », trois mots construits à partir du mot pathos, qui signifie en grec « souffrance » ou « affection ».

Aujourd’hui, on emploie souvent « empathie » à la place de « sympathie » et de « compassion », mais il ne s’agit pas vraiment de la même chose, bien que tous trois renvoient à une réponse bienveillante à la détresse d’autrui (pathos).

  • La sympathie est un sentiment de préoccupation sincère et de partage des sentiments de quelqu’un qui vit un épisode difficile ou douloureux.
  • Le terme empathie a été inventé au début du XXe siècle pour traduire l’allemand Einfühlung, qui signifiere sentir avec les gens, et pas seulement pour eux. Lorsque vous faites preuve d’empathie à l’égard d’autrui, vous ressentez ce qu’il ressent car vous vous mettez, en quelque sorte, « à la place de l’autre ».
  • La compassion va au-delà de l’empathie et se traduit par une action. Elle va de pair avec l’altruisme, ou « le désir d’agir en faveur de l’autre ». En d’autres termes, on se sent concerné par sa souffrance et poussé à y remédier.

L’empathie est particulièrement importante pour notre sujet, à savoir comment construire la paix et une culture de paix, car elle permet de jeter un pont entre des personnes qui se considèrent mutuellement comme des ennemis. On peut faire preuve d’empathie à l’égard de quelqu’un que l’on ne considère pas du tout comme sympathique. Sans partager ses sentiments, nous nous engageons néanmoins dans ce que l’on appelle l’« empathie cognitive » : nous en savons suffisamment sur le passé et la culture de l’autre pour comprendre ses motivations. En conséquence, l’empathie peut nous aider à pardonner, comme le stipulait le traité de Westphalie qui mit fin à la Guerre de Trente ans en 1648.

Aujourd’hui, si nous voulons faire de la paix une réalité, nous devons nous mobiliser pour promouvoir et élever le niveau d’empathie parmi nos concitoyens.

L’empathie fait l’objet d’attaques massives :

  • par la promotion de la notion de compétition brutale (c’est pourquoi le sport professionnel est promue au détriment du sport amateur) ;
  • par les écrans qui promeuvent la recherche du plaisir immédiat et la violence gratuite ;
  • par l’effondrement du dialogue de personne à personne.

Après les terribles guerres entre la France et l’Allemagne, une campagne a été menée pour accroître l’empathie en Europe, avec l’ouverture de l’Institut Goethe en France et de l’Alliance française en Allemagne. On a également organisé un mouvement de jumelage entre villes, permettant aux habitants de visiter leur commune « sœur » dans l’autre pays. Ils discutaient, fraternisaient, riaient de leurs préjugés et faisaient la fête ensemble, ils cultivaient un dialogue interpersonnel et apprenaient à lire sur les visages les émotions cachées derrière les mots.

Or, la connaissance que l’on peut acquérir de la culture, de la langue et de l’histoire de l’autre est bien sûr un outil fondamental pour développer cette « empathie cognitive » qui permet de voir les personnes comme issus d’une histoire, d’une culture et d’une civilisation, plutôt que comme de petites entités atomisées.

C’est ainsi qu’après avoir découvert la philosophie du mutazilisme des Abbassides de Bagdad, toute ma vision de l’Islam a changé. J’ai appris ce qui était arrivé à leur civilisation, leurs frustrations et leurs espoirs.

Aujourd’hui, la Chine est fortement impliquée et mobilisée pour protéger notamment le patrimoine culturel pré-islamique de l’Afghanistan et d’autres pays d’Asie centrale, qu’elle considère comme dans son propre intérêt. Un éminent archéologue chinois m’a déclaré à juste titre que la beauté et le défi intellectuel de cet art étaient « le meilleur moyen de lutter contre le terrorisme » — non pas les armes et les drones, mais la culture !

C’est en Afghanistan que se sont rencontrés les acteurs de la Route de la soie, lorsque la culture grecque faisait route vers l’Est et la culture chinoise vers l’Ouest.

Les bouddhistes qui ont prospéré dans cette région furent très actifs sur les Routes de la soie maritimes et terrestres, atteignant le Pakistan, l’Inde, le Sri Lanka, le Xinjiang et la Chine. Ils accordaient une grande attention à la métallurgie, l’architecture, la peinture, la sculpture, la poésie et la littérature. Le plus ancien livre imprimé connu est un texte bouddhiste datant de 868 après JC.

Bodhisattva de la compassion infinie, 1250, dynastie Song.

A cela s’ajoute l’apparition d’une forme très agapique du bouddhisme Mahayana dans la région du Gandhara (aujourd’hui situé principalement au Pakistan et en Afghanistan). Ses adeptes, au lieu de poursuivre un but purement personnel de nirvana (illumination), se réjouissaient avant tout de libérer l’humanité entière de la souffrance.

Dans l’art du Gandhara, l’empathie, la compassion et la miséricorde étaient les qualités suprêmes à glorifier, en particulier pour les « Bodhisattvas », ces individus ayant fait le vœu d’atteindre l’état d’éveil, ou illumination, mais préférant retarder leur propre « libération » et soulager d’abord la souffrance des autres pour les aider à l’atteindre à leur tour.

Bodhisattva pensant, Hadda, Gandhara, Afghanistan.

Celui qui comprit comment cette forme révolutionnaire de bouddhisme pouvait pacifier la région fut le Premier ministre indien Nehru, qui nomma sa fille Indira (la future Première ministre Indira Gandhi) « Priyadarshini », le nom adopté par l’empereur Ashoka le Grand (304-232 av. J.-C.) après sa conversion, faisant de lui un prince bouddhiste de la paix.

En 1956, juste avant la création du mouvement des non-alignés et la conférence de Bandung, Nehru orchestra toute une année de célébration honorant « 2500 ans de bouddhisme », non pas pour ressusciter une croyance ancienne en tant que telle, mais pour revendiquer pour l’Inde le statut de berceau du bouddhisme : une religion-philosophie prônant la non-violence et la paix, tout en appelant à mettre fin au honteux système de castes que les Britanniques avaient encouragé et cherché à maintenir dans le monde entier.

Mes Aynak

Aujourd’hui, l’Institut Schiller, avec le Centre de recherche et de développement Ibn Sina à Kaboul, travaille sans relâche pour sauver le site archéologique de Mes Aynak, que nous souhaitons inscrire sur la liste de l’UNESCO comme patrimoine mondial à préserver.

La mine de Mes Aynak est le deuxième gisement mondial de cuivre, et l’Afghanistan a grand besoin des revenus de cette activité minière pour mener à bien sa reconstruction urgente.

Or, au-dessus de ce site se trouvent les ruines d’un vaste complexe monastique bouddhiste, qui fut un comptoir commercial clé de la Route de la soie entre le Ier et le VIIIe siècle.

Grâce à notre campagne, et à l’issue d’intenses discussions entre le gouvernement afghan, la Chine et la compagnie minière chinoise, un accord fut trouvé pour préserver l’intégrité du patrimoine culturel situé en surface, en ne recourant qu’à des techniques souterraines pour l’exploitation minière.

Nous avons gagné une bataille, il nous reste maintenant à gagner la paix.

PS: N’hésitez pas à me contacter si vous désirer prendre part à ce combat.

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Pourquoi l’Empire romain reste un modèle pour l’oligarchie

Le « Projet pour un nouveau siècle Américain » (PNAC)

Le 11 septembre 2001, les observateurs de la vie politique américaine furent frappés de stupeur en entendant les déclarations fracassantes du vice-président, Dick Cheney. En effet, avant même l’ouverture d’une quelconque enquête sur les attentats, celui-ci déclara d’emblée qu’il fallait frapper l’Irak.

Dès le lendemain, à en croire les dires du célèbre journaliste du Washington Post, Bob Woodward, dans son livre « Bush at War », le ministre de la Défense, Donald Rumsfeld, déclarait lors d’une réunion à la Maison-Blanche que « l’Irak devait être l’une des premières cibles de la guerre contre le terrorisme ». Réaction impulsive de faucon ? Non, car en réalité, la clique de Cheney et Rumsfeld souhaitait achever cette guerre commencée en 1991. C’est un vieux projet qu’ils défendent depuis la chute du mur de Berlin et bien que, selon eux, Bush père ait fait quelques pas dans la bonne direction, la présidence Clinton faillit anéantir tout le chemin parcouru. Ainsi, le 18 février 1992, Paul Wolfowitz (actuel n°2 du Pentagone) et Lewis Libby (chef de cabinet de Cheney) sonnent l’alarme dans un document intitulé « Defense Policy Guidance » (DPG).

Avec Eric Edelman et Zalmay Khalilzad (actuel représentant spécial américain pour l’Irak), ils y développent d’abord la notion de guerre préventive visant à garantir la « prééminence américaine », imposée « par la force, si nécessaire ». Aujourd’hui, grâce à des fuites dans les médias, émanant de documents officiels, nous savons que ce milieu n’exclut nullement l’utilisation d’armes nucléaires, biologiques ou chimiques dans ce but.

Outrés par la « pause stratégique » dans les dépenses militaires imposée par Bill Clinton, qui espérait faire profiter l’économie américaine de ce « dividende de la paix », les faucons vont se regrouper au printemps 1997 dans l’association Project for a New American Century (PNAC), dont feront partie l’actuel vice-président Dick Cheney, son chef de cabinet Lewis Libby (avocat de Marc Rich, un gros bonnet de la pègre,), le ministre de la Défense Donald Rumsfeld, son adjoint Paul Wolfowitz, William Kristol, du Weekly Standard, Abram Shulsky, Robert Kagan et même Jeb Bush. Leur thèse sera présentée comme une proposition programmatique à la future administration de George W. Bush, en septembre 2000, sous le titre « Rebuilding America’s Defenses ».

Plus nuancé dans ses propos, graphiques et statistiques à l’appui, ce rapport souligne que les années 90 furent une « décade de négligence » par rapport à la réalité militaire et que cette négligence tend à gâcher ce que Charles Krauthammer nommait ce « moment unipolaire » qui s’instaura à la chute du mur de Berlin, faisant disparaître le dernier compétiteur mondial, l’URSS.

Sans scrupules, une doctrine impériale classique y est pleinement développée sous le label « Pax Americana », dernier nom de l’utopie d’un gouvernement mondial sous la coupe des élites malthusiennes anglo-américaines, « l’anglosphère ».

En vérité, la Pax Romana fut une longue période de guerres et de génocide permanent, qui mérite le label d’une des « barbaries les mieux organisées ».

Pour faire des Etats-Unis ce pouvoir militaire incontestable, puisque, selon les auteurs, seule la puissance militaire peut servir de fondement à cette Pax Americana, quatre nouvelles orientations sont esquissées, résumées ci-dessous.

Le texte affirme d’emblée qu’à l’opposé de l’époque de la Guerre froide, le but stratégique des Etats-Unis au XXIe siècle n’est plus simplement « d’endiguer » l’URSS, mais de « préserver la Pax Americana ». Les quatre nouvelles missions militaires proposées pour cette tâche sont :

  1. Sécuriser et étendre des zones de paix démocratique.
    Moyen : « homeland security » (sécurité domestique), ce qui implique, comme nous le voyons avec la politique du ministre de la Justice et sympathisant du Ku Klux Klan, John Ashcroft, la suppression « librement consentie » des droits civiques les plus élémentaires.
  2. Empêcher l’émergence d’une nouvelle grande puissance rivale.
    Moyen : présence militaire multiple, capable de mener plusieurs guerres à la fois (par exemple, simultanément en Iraq et en Corée du Nord). Cet engagement semble tellement monstrueux qu’on a peine à imaginer les moyens d’y parvenir.
  3. Défendre des régions clefs
    Moyen : « constabulary duties » (missions de maintien de la paix).
  4. Exploiter les transformations de la guerre
    Moyen : « Revolution in Military Affairs » (RMA, révolution dans les affaires militaires). Ces soi-disant armes intelligentes, souvent des armes anciennes « dopées » de gadgets informatiques, ressemblent plus aux armes « miracles » d’Hitler qu’à une réelle révolution technologique impliquant de nouveaux principes physiques. L’échec patent des missiles anti-missiles Patriot et Arrow représente un bon exemple de ce refus hystérique des nouveaux principes physiques qu’impliquait le projet initial d’Initiative de Défense Stratégique (IDS).
Reconstitution d’une villa romaine pour la fondation Paul Getty à Malibu. Certaines élites de « l’anglosphère » sont fascinées par la longévité de l’Empire romain.

Évidemment, en conclusion de l’argumentaire, on constate amèrement qu’en temps de paix, hélas, l’opinion publique aura certaines réticences à souscrire à de tels programmes et à accepter de supporter le fardeau budgétaire qu’ils impliquent. On y affirme (page 51) que tout cela prendra énormément de temps, « sauf s’il se produit un évènement catastrophique et catalyseur, du type nouveau Pearl Harbour ».

Rappelons ici qu’Henry Kissinger, entre autres, avait immédiatement employé le terme « Pearl Harbour » pour caractériser les attentats du 11 septembre. Il est donc clair que l’enjeu de la guerre en Irak dépasse largement la question du contrôle des hydrocarbures, mais implique la mise en place d’un gouvernement mondial, une « Pax Americana » à l’instar de la fictive « Pax Romana » de l’Empire romain. Or, à l’époque, le monde romain était le monde tout court.

Le fardeau

Michael Ignatieff.

Justement, le 5 janvier 2003, le New York Times a publié un article retentissant intitulé « The Burden » (le fardeau), écrit par un certain Michael Ignatieff, à l’instar de l’article de Rudyard Kipling, « le fardeau de l’homme blanc ».

Ignatieff est un anglo-canadien d’origine russe qui vit en Angleterre, petit-fils du fondateur de l’Okhrana (services secrets du Tsar) et professeur dans de multiples écoles de l’élite anglo-américaine, tel que le St-Anthony College de Londres, le King’s College de Cambridge, l’inévitable Harvard, aux Etats-Unis, et même l’Ecole des Hautes Etudes de Paris. Ignatieff s’exprime aussi régulièrement sur la BBC. Ce jeune professeur talentueux, véritable sommité de l’establishment anglo-américain, est un peu le porte-parole d’une faction des élites en place.

En France, on se rappellera certainement le premier supplément du Monde reprenant certains articles du New York Times, dont l’un relatait les prises de positions des intellectuels anglo-américains au sujet de « cet empire qui vient ». Ignatief n’est donc pas le premier à s’interroger sur les avantages et les risques posés à une république (les Etats-Unis) qui accepte ou décide de devenir un empire (anglo-américain).

Citant un historien anglais qui affirme que si l’Angleterre a acquis un empire, ce fut sûrement « in a fit of absence of mind » (sur un coup de tête), Ignatieff écrit :

Cessons donc de nous voiler la face, poursuit-il, car quel

Ignatieff prend le temps d’évaluer les avantages et désavantages de ce genre d’entreprise :

Pour Ignatieff, la chose est donc acquise, l’empire est bien là ! L’unique question qui reste en suspens, c’est de savoir comment faire pour que ça fonctionne correctement. Sa démarche semble presque une postface à l’analyse de l’historien Edward Gibbon (1737-1794), un proche de Lord Shelburne en Angleterre, qui écrivit en 1776 Déclin et chute de l’empire romain.

Avec La Richesse des Nations, ce manuel de la rente financière comme socle d’un ordre oligarchique, écrit par Adam Smith, le livre de Gibbon était une attaque stratégique contre la jeune république américaine, instaurée la même année par Benjamin Franklin et ses amis colbertistes. Après la perte de l’Amérique pour l’Empire britannique, le livre de Gibbon tente de tirer les leçons de l’histoire.

Ignatieff rappelle l’analyse faite par Gibbon pour expliquer la chute de l’empire romain :

Aujourd’hui, le Commonwealth anglais, successeur des Vénitiens qui se dénommaient les « nouveaux Romains », est supposé représenter le modèle de ce savoir-faire impérial de gouvernement indirect, mais réel.

L’empire romain

En tout cas, ce débat nous oblige à devenir « expert ès Empire romain » dans les plus brefs délais. Pour cela, une rapide visite dans une grande librairie nous met devant une terrible évidence : s’il y a pléthore de livres sur Rome et l’Empire, quasiment aucun ne traite réellement de son déclin.

Jadis, en France, les élèves pouvaient au moins profiter du vieux Malet et Isaac, qui nous en apprend bien plus que la plupart des experts d’aujourd’hui, époque où certains enseignent l’histoire de la sandale, de Jules César à Marilyne Monroe…

Mais forcément, la plupart des auteurs qui ont écrit sur le sujet sont fascinés par la grandeur, les institutions, l’organisation de ce système. Dans l’Encyclopaedia Universalis, un auteur, d’ailleurs conférencier sur le sujet, défend mordicus que le terme de « Bas-Empire », jugé trop péjoratif, mériterait d’être remplacé aujourd’hui par « Antiquité tardive ». Quant aux livres qui prétendent enquêter sur le déclin de l’Empire, ils affirment qu’il n’existe aucun élément matériel prouvant sa chute. « Au moment où Rome s’effondre et se dépeuple, d’autres régions se portent très bien », etc.

Après tout, cette vision est peut-être la bonne façon de voir les choses, car pour chuter, il faut d’abord monter !

En vérité, la « civilisation » romaine a été une longue période de guerres et de génocide permanent, qui mérite le label de « l’une des barbaries les mieux organisées ». La description que nous en livre la philosophe française Simone Weil (1909-1943) donne presque envie de faire interdire les bandes dessinées d’Astérix pour « banalisation d’actes génocidaires » :

Saint-Augustin, l’un des pères de l’Eglise, (354-430) ne dit pas autre chose quand il s’insurge contre ceux qui pensent que, du fait qu’elle a duré longtemps, la civilisation romaine était nécessairement grande. Il écrit dans La cité de Dieu :

Les origines

Pour bien saisir le « tournant impérial » fondamental de la civilisation romaine, qui se produit bien avant l’arrivée officielle de « l’Empire », rappelons d’abord quelques éléments de son histoire.

Fondée vers -750 par une coalition de Latins et de Sabins, Rome est, dès sa fondation, un centre colonial, sur le modèle perse, subjuguant et protégeant militairement des territoires et des satrapes, sans pour autant fonder de pays ni de nation. On pourrait dire qu’elle créa non pas un, mais de multiples protectorats, dirigés par un quarteron d’oligarques vivant dans un luna-parc, un vaste parc d’attraction du nom de Rome.

Plusieurs peuples organisés et tribus disputent les territoires de la péninsule italienne à la sphère d’influence de Rome, mais devront finalement s’y soumettre. D’abord dans le nord, entre l’Arno et le Tibre, les Etrusques.

Entre – 550 et -509, les Romains sont dirigés par des rois étrusques qui feront de la cité une grande ville, notamment en construisant un réseau d’égouts, la fameuse Cloaca Maxima. Mais les rois étrusques, accusés tantôt d’être tyranniques, tantôt trop favorables au peuple, sont chassés par des familles patriciennes qui fondent un simulacre de République, laissant en fait le véritable pouvoir aux grandes familles qui siègent au Sénat.

Dans le sud, Rome va mettre sous sa coupe les nombreuses populations grecques installées là depuis des siècles, dont la capitale était la cité-état de Syracuse en Sicile, comptoir de Corinthe qui contrôlait la Méditerranée orientale. Malgré l’accord conclu en -510 entre la République romaine et Carthage, lui laissant le contrôle de la Méditerranée occidentale, Rome entrera dans un long affrontement avec cette ville d’Afrique du Nord devenue, après Tyr, le centre du commerce phénicien.

Ce conflit est amplement décrit par les historiens romains Polybe (204 av. J.C. – 118 av. J.C.) et Tite-Live (59 av. J.C. – 17), sous le nom de guerres puniques.

Les guerres puniques

Dès le IIIe siècle av. J.C., Carthage domine presque toute l’Afrique du Nord et une bonne partie de la côte sud de l’Espagne.

L’enjeu de la première guerre punique (-264 à -241) sera le contrôle de la Sicile, pièce maîtresse pour prendre le contrôle de la Méditerranée. A l’opposé des Carthaginois et des Grecs, peuples de commerçants et de marins, jusque-là les Romains sont plutôt des terriens et des agriculteurs.

Pour conquérir la Sicile, ils devront s’adapter, notamment en se dotant d’une force navale efficace. Ainsi, au cours de l’hiver -261, Rome construit cent « quinquérèmes », dont le plan demeure incertain, sur le modèle de l’épave d’un navire carthaginois. Ce bateau compte cinq niveaux de rameurs, soit deux de plus que les « trirèmes » grecques.

Le consul Duilius introduira le « corbeau » (corvus), rampe d’abordage muni d’un grappin qui s’enfonçait si solidement dans le pont de l’adversaire que les deux navires étaient littéralement soudés. Les Romains, ayant ainsi rétabli un champ de bataille « terrestre » à leur avantage, envahissaient alors le pont de l’ennemi, et leur férocité au corps à corps leur permettait d’arracher la victoire, comme ce fut le cas à la bataille de Myles (-260) et à celle d’Ecnome (-256).

Carthage est vaincue et un traité de paix est signé, imposant une indemnité de guerre dont les conditions seront durcies suites aux demandes du « peuple » aux comices (assemblées).

Peu après, Rome se fait remettre la Sardaigne et la Corse, causant une injustice à l’origine d’un nouveau conflit. A Carthage, les populations furieuses délaissent alors le parti pacifiste des Hannons pour se tourner vers le parti des revanchards que sont les Barcides (Hamilkar Barca, Hannibal, etc.)

La deuxième guerre punique (-218 à -201) sera surtout un bras de fer entre un homme, Hannibal, et Rome. Ce carthaginois était un stratège génial, légendaire pour sa traversée des Alpes avec des éléphants et ses victoires sur les Romains sur le Tessin, sur les bords de la Trébie, au bord du lac Trasimène et surtout à la bataille mythique de Cannes (-216) où, sur 80 000 Romains, 45 000 furent tués.

Pourtant, en 202, le Romain Scipion (l’Africain) infligera à Hannibal une défaite décisive à Zama (Tunisie actuelle). De nouveau, un traité de paix est signé entre Rome et Carthage, qui perd ses possessions territoriales en Espagne et sera obligée de payer 50 000 talents répartis sur cinquante ans.

Carthago delenda est [Il faut détruire Carthage]

Ainsi, à la fin de la deuxième guerre punique, les Romains, pourvus d’une puissance militaire inégalée, se trouvent dans le même type de « moment unipolaire » que celui de « l’empire américain » aujourd’hui.

Voyant Carthage redevenir prospère cinquante ans après sa défaite, le « faucon » Caton le censeur, convaincu qu’il faut éliminer « la montée de tout compétiteur global », achève chacun de ses discours au Sénat par ces mots : Carthago delenda est (il faut détruire Carthage). Rome trouvera les arguties légales et juridiques pour parvenir à ses fins.

Simone Weil, dans ses Réflexions sur les origines de l’Hitlérisme, écrit et publié en 1939, donne le cas de Carthage en exemple de la perfidie qui se cache derrière le « respect du droit » professé par la « Pax Romana », qui inspira tant Hitler :

Pour les Carthaginois, peuple de marins, se retirer de 80 stades (14 km) de la mer, équivalait à un arrêt de mort ! Après trois ans de résistance et de combats de rue désespérés, Scipion l’Emilien réussit finalement à s’emparer de la ville. Carthage brûla pendant dix-sept jours. Elle fut rasée et on fit mêler du sel à la terre afin de la rendre infertile à jamais.

Augustin en défense de l’Etat-nation

Dans la Cité de Dieu, Augustin ne se lasse pas de critiquer l’esprit impérial. D’abord, il en montre le ridicule :

Ensuite, se moquant de l’esprit « justicier » des Romains, il attaque sur le fond :

Ou encore :

Les conquêtes coloniales

Une alliance de financiers et de généraux ambitieux pousse alors Rome à se lancer dans une immense expansion coloniale pour former seize provinces, qui n’ont pas seulement à souffrir les gouverneurs, mais surtout les banquiers, qui empruntent à taux très bas à Rome et prêtent aux provinciaux à des taux usuraires atteignant jusqu’à 50 % !

Comme le dit sans détour l’Isaac et Malet (p.33) : « Les conquêtes romaines furent en partie une vaste opération financière ».

Sous différents prétextes – économiques, militaires (guerres défensives) et psychologiques (besoins de sécurité) – Rome annexe un ensemble de riches territoires.

  • En -148, la Macédoine ;
  • en -146, la Grèce et l’Afrique ;
  • en -133, l’Espagne ;
  • en -120, la Narbonnaise ;
  • en -129, l’Asie ;
  • en – 101, la Cilicie ;
  • en -74 la Bithynie et le Cyrénaïque ;
  • en -67 l’Orient (Pont, Syrie) ;
  • en -58, la Gaule et
  • en -46, la Numidie.

Une société de consommation

Le pillage du monde méditerranéen, notamment en imposant d’énormes indemnités de guerre en biens et en esclaves, transformera une société relativement productive en pure société de consommation.

La mondialisation avant l’heure. Sous les Flaviens, les céréales venaient essentiellement d’Espage, de Gaule et d’Italie. Au IVe siècle, elle viendront essentiellement d’Afrique du Nord.

Le peuple de Rome, jusque-là assez austère, s’enrichit, adaptant son mode de vie et ses mœurs en conséquence. La corruption s’installe et les nobles accaparent le domaine public. Augustin identifie précisément l’intervalle entre la deuxième et la troisième guerre punique comme le moment d’un changement de paradigmes :

Salluste, parlant de l’époque précédant la deuxième guerre punique affirme :

A Rome, peu à peu, la corruption et la décadence s’installent en maîtres. Des seize derniers empereurs, la plupart sombrent dans une pédérastie criminelle. Suétone écrit dans les Vies des douze Césars :

On peut y ajouter l’apparition des premiers combats de gladiateurs et même un retour à l’adoration de dieux maléfiques.

Écroulement démographique

Effondrement radical de la population entre l’an 0 et 600 après JC.

Et pourtant, c’est précisément cette abondance de richesses qui va provoquer le glissement vers la chute. Dès le début de ces conquêtes coloniales, en -130, le Sénat de Rome est forcé de constater une stagnation démographique. Elle se transformera en dépopulation croissante qui se répandra dans les provinces au cours des cinq siècles suivants.

Comme l’a maintes fois démontré l’économiste américain Lyndon LaRouche, le potentiel de densité démographique relative indique « objectivement » la capacité d’accueil d’une économie organisée.

Déjà, les chiffres concernant la simple densité de population de l’Empire romain, comparés à ceux de la Grèce antique, ne laissent aucun doute : en Grèce, en -400, la densité de population atteignait 35 habitants par km2, c’est-à-dire presque un tiers de plus qu’en Italie romaine où elle est de 23,3 habitants par km2 à l’époque la plus peuplée, c’est-à-dire en l’an 1, pour chuter jusqu’à 11,6 en l’an 600 !

Il faudra attendre le début du XIIIe siècle en Italie et le début du XVe en Angleterre pour retrouver une densité de population du même ordre (Italie vers 1200 : 24 h/km2 ; Angleterre en 1377 : 19 h/km2).

A Rome, le gonflement de la force de travail par une main d’œuvre gratuite d’esclaves, grâce à la « mondialisation », précarise les populations autochtones, finissant par ruiner leur système de production. Une fois formalisées les limites de l’empire, le flux d’esclaves frais se tarit et c’est au tour des populations italiennes de subir le même sort.

C’est ce pillage, et la destruction de l’économie physique, qui provoquera l’effondrement spectaculaire de l’an 200. Alors que la population maximale du monde romain atteint 47 millions à son apogée, elle tombera jusqu’à 29 millions autour de l’an 600, soit une réduction proche de 40 % ! Aveuglée et corrompue par un hédonisme dépravé, Rome échoue, incapable de remettre en question les axiomes de la concupiscence sur lesquels est bâti son système. Pour tenter d’inverser la tendance, tout en faisant l’économie d’une réelle remise en cause, l’histoire romaine n’est qu’une longue fuite en avant dans « la régulation », dans l’incapacité où elle se trouve d’agir sur les causes.

On pense ici, non sans ironie, à certains gauchistes simplets de notre époque, qui, pour « lutter contre le capitalisme », proposent « d’interdire les licenciements » ! Rome sera ainsi la championne des régulations, des mesures et des lois. Bien évidemment, toutes les lois et ensemble de mesures qui sont prises, visant à enrayer la catastrophe démographique en limitant ses conséquences, y compris les codes Dioclétien (instaurant le servage, grande invention romaine pour le bonheur de l’humanité !) ou celui de Théodose (qui rend les métiers héréditaires), échouent lamentablement quand ils ne sont pas écartés d’emblée.

Par exemple, les fameuses réformes agraires proposées par les frères Gracques, visant dès -130 à redistribuer les terres cultivables de certains patriciens aux agriculteurs dépourvus de terre qui habitent Rome.

Dans les débats au Sénat, les Gracques expliquent que l’objectif de ces réformes n’est pas tellement de répondre à un désir de justice sociale, mais de satisfaire le besoin de l’empire à disposer d’une main d’œuvre capable de se reproduire. Ils précisent d’ailleurs que leurs réformes ne représentent aucune menace pour les riches. Néanmoins, révélateur d’un déni hystérique de tout principe de réalité, tous deux seront assassinés et leurs réformes abandonnées.

Ensuite, en – 107, faute d’hommes, le général Marius se voit obligé d’ouvrir le recrutement des légions aux classes inférieures, ce qui n’empêche pas de cruelles pénuries de troupes pour les armées de César en Gaule, forçant même Tibère à abandonner certaines conquêtes territoriales, faute de bras.

Sous l’empereur Auguste, le « Lex Juliana » inclue un dispositif populationniste privant les célibataires et les divorcés de leur droit d’héritage. A la campagne, les ressources sont si maigres que les fermiers et travailleurs essayent d’avoir le moins d’enfants possible.

Sous les empereurs Nerva et Trajan (vers l’an 100), les « alimenta » offrent des aides aux familles pour leur permettre de nourrir leurs enfants jusqu’à l’adolescence. Comme pendant la révolution culturelle en Chine, sous Mao, même les familles patriciennes laissent mourir leurs propres filles, pratique qui tend à se généraliser. Même les familles oligarchiques doivent faire face au déclin démographique. Sur les 400 familles siégeant au Sénat à l’époque de Néron, il n’en reste plus que 200 une génération plus tard.

Quelles contributions ?

Mais, dira-t-on, Rome fut un transmetteur de la connaissance grecque et de la culture antique. Qu’en est-il réellement ?

Du point de vue de la science, Simone Weil affirme :

En effet, on constate l’abandon de la tradition scientifique grecque au bénéfice d’un pragmatisme purement technique, parfois capable d’assimiler les techniques d’autres cultures (les arcs des Etrusques, le ciment et la brique des Assyriens, etc.). Bien que la roue à eau figure dans les « Dix livres sur l’Architecture » de Vitruve, il y porte peu d’attention. L’application de la technologie ne le passionne pas, si ce n’est la façon de placer hommes et femmes aux bains pour économiser l’eau. Pendant longtemps, les Romains ont gardé les amphores en grès, alors que les Gaulois avaient déjà mis au point le tonneau.

Architecture

Le grand architecte Auguste Choisy écrit en 1899 dans L’Histoire de l’Architecture :

Porta Nigra de Trèves, Allemagne.

Il est utile de comparer la Porta Nigra de Trèves, qui date de la fin du IIIème siècle, construite par simple empilement de pierres, avec la Domus Aurea » (Maison d’or) de Néron à Rome, coupole sphérique sur le modèle des tombes de la Grèce mycénienne, résultant d’une combinaison sophistiquée de maçonnerie et de béton.

Domus Aurea de Néron à Rome.

La technologie est au service des caprices de prestige des empereurs fous, mais pas de l’avancement de l’intérêt général !

Infrastructures

A part les immenses aqueducs, science des Etrusques et d’Asie centrale, capables par exemple d’approvisionner plus d’un million d’habitants de Rome grâce à des innovations comme l’emploi du plomb pour la tuyauterie, le bilan est pauvre.

Les routes romaines étant essentiellement construites pour les messagers et les armées, le reste du fret commercial s’opère essentiellement sur les voix secondaires. Ainsi, transporter une cargaison de céréales d’Alexandrie vers Rome revient moins cher que de la faire venir de l’intérieur de l’Italie.

Agriculture

L’agriculture romaine fut dévastée par le monétarisme et l’aristotélisme. Dans les propriétés immenses, 20, 30 à 50 fois la taille d’une ferme familiale (comme celle de Montmaurin, en Haute-Garonne, d’environ 10 000 hectares), les esclaves cultivent d’une façon extensive des produits de plus en plus orientés vers l’exportation (vin, huile d’olive) et de moins en moins de céréales.

Semblable aux physiocrates, et convaincu que c’est la terre et non les hommes qui produisent la richesse, Caton, le massacreur de Carthage, écrit dans son Economie Rurale (I,CXXXVI) :

Bien que l’on élève dans d’énormes ranchs des chevaux de course pour le cirque, les animaux de trait et par conséquent les engrais, ne sont guère de mise sous l’Empire romain. Il faut attendre le Xe en Europe du Nord (et même la fin du XVIIe en Angleterre…) pour voir apparaître le collier rigide (inventé en Chine au Ve siècle) qui prend appui sur les épaules du cheval, pour révolutionner l’agriculture. Possédant une force équivalant à celle d’un bœuf, le cheval de trait peut déplacer la moitié plus de poids par seconde et par distance.

Cette politique de croissance zéro dans les campagnes provoque un véritable exode rural, créant les conditions d’une famine et alourdissant encore les charges fiscales pesant sur ceux qui restent. Ceux qui fuient la campagne trouvent à Rome les « annona », une aide alimentaire instaurée dès -500, dont bénéficient 200.000 personnes en -130, pour passer à 320.000, soit un quart, sinon la moitié de la population.

Le Cirque et les jeux

A Rome, l’astuce des maîtres consiste à laisser leurs esclaves en semi-liberté pour les faire bénéficier de cette nourriture gratuite résultant du pillage des récoltes de Sicile, d’Égypte et d’Afrique du Nord.

A l’époque de Claude (+50), Rome ne compte pas moins de 159 jours fériés par an et en +354, ce chiffre atteint les 200 !

Pour occuper cette foule et la désinhiber de la violence du système et des guerres, une mise en scène permanente est organisée autour d’une culture de la mort. Déjà, la perspective d’un « no future » est si forte que beaucoup d’hommes libres de Rome, convaincus de l’inutilité de leur existence, s’enregistrent volontairement comme gladiateur afin de ne jamais avoir à subir la dépendance matérielle.

De 120 gladiateurs engagés à lutter, leur nombre passe à 350 couples qui s’affrontent en duels sous Trajan, et après la conquête de la Dacie, 117 jours de célébration voient s’opposer non moins de 4941 paires de gladiateurs ! Jeux et paris vont alors bon train.

Sous Trajan, le Circus Maximus, un hippodrome construit en -329 où se déroulent 24 courses par jour, mesurant 600 mètres sur 200 et pouvant accueillir jusqu’à 255 000 spectateurs, ne connaîtra rien de comparable, si ce n’est le stade de Berlin, construit par les nazis en 1936. Les représentations théâtrales sont d’une vulgarité extrême et le public connaît généralement les chansons et les textes par cœur.

« L’âne d’or » d’Apulée (v.125 – v.180), met en scène un coït avec un âne et, plus tard, une crucifixion « life » est incorporée dans une pièce.

Joute navale au Colisée.

Le « Colisée », un amphithéâtre construit sous Flavien, vers 70, peut recevoir jusqu’à 50 000 personnes. Grâce à des astuces techniques, le plateau se transforme en petit lac pour figurer des joutes navales. Mais c’est généralement moins romantique.

Le seul jour de l’inauguration, non moins de cinq mille animaux sont mis à mort au cours de combats divers. Des lions sont lâchés sur des buffles, des ours contre des panthères, des rhinocéros contre des éléphants, des gladiateurs contre des tigres, etc.

Le bilan mortel est impressionnant !  Pour ne donner que quelques exemples des plus sanglants :

  • Le retour victorieux de Trajan du royaume dace provoqua le sacrifice de 11 000 animaux.
  • Le venatio au Circus Maximus de 169 av. JC vit mourir 63 léopards, 40 ours et plusieurs éléphants.
  • En 55 av. JC, ce fut 500 lions, 410 panthères et léopards et 18 éléphants qui périrent en cinq jours.
  • La même année, Pompée célèbre l’inauguration de son théâtre avec 410 panthères et 600 lions.
  • En l’honneur de Jules César, 400 lions moururent en une journée.
  • A une autre 500 fantassins affrontèrent 20 éléphants et 20 autres montés d’hommes et de tourelles.
  • 500 ours furent exécutés sous l’ordre de Caligula pour sa sœur Drusilla.
  • 5 000 bêtes moururent pour l’inauguration du Colisée

Ken Kronberg dans son étude très complète, constate que,

D’ailleurs, chaque matin, avant l’arrivée des nobles dans les stades, les criminels en tous genres (terme qui s’applique également aux chrétiens) sont jetés en pâture aux fauves pour les mettre en appétit. Les crucifixions n’ont d’ailleurs pas été inventées pour les chrétiens.

A Lutetia (Paris), rappelez-vous que Montmartre vient de « Mont des Martyrs », c’est-à-dire l’endroit où l’on exécute les condamnés à mort.

A Lugdunum (Lyon), la « Croix Rousse » désigne un lieu similaire, car on brûlait les cadavres sur les croix pour prévenir les épidémies. L’omniprésence de la cruauté froide et calculée et de la mort arbitraire semble avoir eu le même effet que certains de nos jeux vidéos violents d’aujourd’hui : désinhiber les hommes en les familiarisant avec la barbarie.

D’ailleurs, à Carthage, après le massacre d’une grande partie de la population, on trouva dans les rues, non seulement des cadavres d’enfants, de femmes, de vieillards et d’hommes, mais aussi des chiens coupés en morceaux et des membres épars d’animaux…

Conclusion

Dans cette société romaine, il est clair que la vie d’un individu, surtout dépourvu de pouvoir, n’a aucune valeur. Mais ce pouvoir de vie et de mort, véritable culte du sang, dont Rome dispose, ce pouvoir de ne pas respecter la vie humaine sera en réalité la faiblesse mortelle d’une culture tragique, relativement apte à s’adapter mais incapable de se changer.

Shakespeare, dans Jules César, l’a parfaitement identifié :

L’un des comploteurs impliqué dans l’assassinat de César utilisera son orgueil pour l’amener sur le lieu du crime :

Ceux qui ne comprennent pas les erreurs axiomatiques de leur propre culture sont condamnés à répéter les erreurs de l’histoire. Tel est le sort qui guette aujourd’hui les oligarchies imbéciles. Après cinquante ans de pillage par le FMI et la Banque mondiale, aggravé par l’émergence de bulles financières incontrôlables, le système court rapidement à sa perte. L’écroulement de l’URSS, en 1989, a fait revivre la dangereuse illusion d’un « moment unilatéral », capable d’engendrer l’utopie d’un empire mondial.

Le dernier « moment unilatéral » de ce type intervint en 1946, lorsque Bertrand Russell demanda une « attaque préventive » nucléaire contre l’URSS avant qu’elle ne se dote d’armes de destruction massive équivalant à l’arsenal occidental.

Aujourd’hui, sous couvert d’éliminer la menace du terrorisme et des « Etats-voyous », et derrière les prophéties d’un « choc de civilisations », nous entendons de nouveau : « Carthago delenda est » !

Mais croyez-vous réellement que l’Irak soit la nouvelle Carthage ? Non, Carthage, c’est vous et moi, c’est l’Europe en passe de devenir le véritable compétiteur global par sa politique d’intégration eurasiatique, du Portugal à la mer de Chine.

Peut-être même Carthage est-elle davantage encore cette amitié franco-allemande qui, comme Numance à l’époque romaine, par l’exemplarité de son indépendance, représente une exception intolérable. Ne vous y trompez donc pas, les empires n’ont pas d’alliés, ils n’ont que vassaux et rebelles, chacun reconnaissant à sa façon la supériorité et le prestige de l’Empire.

La bataille n’est donc pas celle du petit jardin pacifique de Kant (l’Europe) contre Hobbes (le droit du plus fort), comme Robert Kagan le conjecture, mais celle d’Augustin contre l’Empire romain, car cet empire touche déjà à sa fin et ce n’est pas une nouvelle croisade qui le fera perdurer. A l’administration américaine, nous disons donc volontiers ce que le devin disait à Jules César : « Crains les ides de mars ».

Addendum : Une information vient cruellement conforter notre analyse. Début mars, Ed Koch, ancien maire de New York, inconditionnel de la guerre contre l’Irak et donc exaspéré par l’opposition française, aurait déclaré, « Omnia Gallia delenda est » (Il faut détruire toute la Gaulle).

Articles et livres consultés :

  • Choisy Auguste, Histoire de l’Architecture, Bibliothèque de l’Image, Paris 1996.
  • Goldsworthy Adrian, Les guerres romaines, Editions Autrement, Paris 2000.
  • Kronberg Kenneth, « How the Romans nearly destroyed civilization », dans New Solidarity, 1983.
  • Mac Mullen Ramsay, « Le déclin de Rome et la corruption du pouvoir », dans Les Belles Lettres, 1991.
  • Saint-Augustin, La Cité de Dieu », Desclée de Brouwer, 1960, Paris.
  • Shakespeare, Jules César, Folio, Gallimard.
  • Suétone, La Vie des douze Césars, Folio, Gallimard.
  • Tite Live, Histoire Romaine, Livres XXVI à XXX, Garnier-Flammarion, 1994, Paris.
  • Weil Simone, « Quelques réflexions sur les origines de l’Hitlérisme », 1939, Œuvres Complètes, Vol. II, Gallimard, 1989, Paris.
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Jacob Fugger « The Rich », father of financial fascism

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Bribery and elections

In the « good old days » of the Roman Empire, things were so much simpler! Already in Athens but on a much larger scale in Rome, electoral bribery was big business. In the late Republic, lobbies coordinated schemes of bribery and extortion. Large-scale borrowing to raise money for bribes is even said to have created so much financial instability that it contributed to the 49–45 BC civil war. Roman generals, once they had systematically massacred and looted some distant colony and sold for hard cash their colonial loot, could simply buy the required number of votes, always decisive to elect an emperor or endorse a tyrant after a coup d’Etat. Legitimacy was always post-factum those days.

In Rome, the “elections” became an obscene farce to the point that they were eliminated. “A blessing from heaven”, said the statesman Quintus Aurelius Symmachus, rejoicing that “the hideous voting tablet, the crooked distribution of the seating places in the theater among the clients, the venal run, all of these are no more!”

The Holy Roman German Empire

Reviving such a degenerate and corrupt imperial system wasn’t a bright idea. On 25 December 800, Pope Leo III crowned Charlemagne as Roman emperor, reviving the title in Western Europe more than three centuries after the collapse of the ancient Western Roman Empire in 476 DC.

In 962 DC, when Otto I was crowned emperor by Pope John XII, he fashioned himself as Charlemagne’s successor, and inaugurated a continuous existence of the empire for over eight centuries. In theory the emperors were considered the primus inter pares (“first among equals”) of all Europe’s Catholic monarchs. In practice, the imperial office was traditionally elective by the mostly German prince-electors.

Just as the vote of the Roman Senate was necessary to “elect” a Roman Emperor, in the Middle Ages, a tiny group of prince-electors had the privilege of “electing” the “King of the Romans.” Once elected in that capacity, this elected king would then be crowned Emperor by the pope.

The status of prince-elector had great prestige. It was considered to be behind only the emperor, kings, and the highest dukes. The prince-electors held exclusive privileges that were not shared with other princes of the Empire, and they continued to hold their original titles alongside that of prince-electors.

In 1356, the Golden Bull, a decree carrying a golden seal, issued by the Imperial Diet at Nuremberg and Metz headed by the Emperor of that time, Charles IV, fixed the protocols and rules of the imperial power system. While limiting their power, the Golden Bull granted the great-electors the Privilegium de non appellando (“privilege of not appealing”), preventing their subjects from lodging an appeal to a higher Imperial court, and turning their territorial courts into courts of last resort.

However, imposing such a superstructure everywhere was no mean feat. With Jacques Cœur, Yolande d’Aragon and Louis XI, France increasingly asserted itself as a sovereign, anti-imperial nation-state.

Therefore, the Holy Roman Empire, by a decree adopted at the Diet of Cologne in 1512, became the “Holy Roman Empire of the Germanic Nation,” a name first used in a document in 1474. The adoption of this new name coincided with the loss of imperial territories in Italy and Burgundy to the south and west by the late XVth century, but also aimed to emphasize the new importance of the German Imperial Estates in ruling the Empire. Napoleon was supposedly the one who said the Holy Roman German Empire was triply misnamed and none of the three. It was “too debauched” to be holy, “too German” to be Roman and “too weak” to be an Empire.

In light of the object of this article, we will not expand here on this subject. Noteworthy nevertheless, the fact that German Nazi Party propaganda, as early as 1923, would identify the Holy Roman Empire of the Germanic Nation as the « First » Reich (Reich meaning empire), with the German Empire as the « Second » Reich and what would eventually become Nazi Germany as the « Third » Reich.

Hitler had a soft spot for Fugger’s hometown Augsburg and wanted to make it the “City of German Businessmen”. To honor the Fugger family, he wanted to convert their Palace into a huge trade museum. To break the Fuhrer’s moral, the building got severely bombed in February 1942.

The Prince Electors

By the XVIth Century, the Holy Roman Empire consisted of 1,800 semi-independent states spread across Central Europe and Northern Italy. In a nod to the ancient Germanic tradition of electing kings, the medieval emperors of this sprawling patchwork of disparate territories were elected

What we do know is that, from the Golden Bull of 1356 onward, the emperor was elected in Frankfurt by an “electoral college” of seven “Prince-electors” (Kurfürst in German):

  • the archbishop of Mainz, arch-chancellor of Germany;
  • the archbishop of Trier, arch-chancellor of Gallia (France);
  • the archbishop of Cologne, arch-chancellor of Italy;
  • the duke of Saxony;
  • the count palatine of the Rhine;
  • the margrave of Brandenburg;
  • and the king of Bohemia.

Of course, to obtain the vote of these great electors, candidates had to deliver oral and in advance written promises and engagements, and especially, on (and under) the table, offer privileges, power, money and more.

Hence, the most difficult endeavor for any aspiring candidate, was to raise the bribery money to buy the votes. As a result, the very existence and survival of the Holy Roman German Empire, depended nearly entirely on the existence, survival and especially goodwill of a financial oligarchy of wealthy merchant banking families willing to lend the money to the bribers. Just as a handful of giant banks are controlling western nations today by buying their emissions of state bonds required to bail-out and refinance permanent but growing debt bubbles, the banking monopolies of those days became very rapidly too-big-to-fail and too-big-to-jail.

The financial power and influence of the Bardi, Peruzzi and other Medici bankers, who, by ruining the European farmers plunged Europe in great famine creating the conditions for the XIVth Century’s “Black Death” wiping out between 30 and 50 percent of the European population, is no secret and has been aptly documented by a friend of mine, the American financial analyst, Paul Gallagher.

Fucker Advenit

Augsbourg.

Here, we’ll focus on the activities of two German banking families who dominated the world in the early XVIth century: the Fuggers and the Welsers of Augsburg.

Unlike the Welsers, and old patrician family about we will say more later, the Fugger’s’ success story begins in 1367, when “master weaver” Hans Fugger (1348-1409) moved from his village of Graben to the “free imperial city” of Augsburg, a four-hour walk away. The Augsburg tax register reads “Fucker Advenit” (Fugger has arrived). In 1385, Hans was elected to the leadership of the weavers’ guild, which gave him a seat on the city’s Grand Council.

Augsburg, like other free and imperial cities, was not subject to the authority of any prince, but only to that of the emperor himself. The city was represented at the Imperial Diet, controlled its own trade and allowed little outside interference.

German merchants.

In Renaissance Germany, few cities matched Augsburg’s energy and effervescence. Markets overflowed with everything from ostrich eggs to saints’ skulls. Ladies brought falcons to church. Hungarian cow-boys drove cattle through the streets. If the emperor came to town, knights jousted in the squares. If a murderer was arrested in the morning, he was hanged in the afternoon for all to see. Beer flowed as freely in the public baths as it did in the taverns. The city not only authorized prostitution, it also maintained brothels

Initially, the Fugger’s commercial profile was very traditional: fabrics made by local weavers were bought and sold at fairs in Frankfurt, Cologne and, over the Alps, Venice. For a weaver like Hans Fugger, this was the “ideal time” to come to Augsburg. An exciting innovation was taking hold throughout Europe: fustian, a new type of fabric perhaps named after the Egyptian town of Fustat, near Cairo, which manufactured this material before its production spread to Italy, southern Germany and France.

Medieval fustian was a sturdy canvas or twill fabric with a cotton weft and a linen, silk or hemp warp, one side of which was lightly woolen. Lighter than wool, it became very much in demand, particularly for a new invention: underwear. While linen and hemp could be grown almost anywhere, in the late Middle Ages, cotton came from the Mediterranean region, from Syria, Egypt, Anatolia and Cyprus, and entered Europe via Venice.

From Jacob the Elder to « Fugger Bros »


In Augsburg, Hans had two children: Jacob, known as “Jacob the Elder” (1398-1469) and Andreas Fugger (1394-1457). The two sons had different and opposing investment strategies. While Andreas went bankrupt, Jacob the Elder cautiously expanded his business.

After Jacob the Elder’s death in 1469, his eldest son Ulrich Fugger (1441-1510), with the help of his younger brother Georg Fugger (1453-1506), took over the management of the company.

Gradually, profits were invested in far more profitable activities: precious stones, goldsmithery, jewelry and religious relics such as martyrs’ bones and fragments of the cross; spices (sugar, salt, pepper, saffron, cinnamon, alum); medicinal plants and herbs and, above all, metals and mines (gold, silver, copper, tin, lead, mercury) which, as collateral enabled the expansion of credit and monetary issuance.

The Fugger forged close personal and professional ties with the aristocracy. They married into some of the most powerful families in Europe – in particular, the Thurzos of Austria. Their activities spread throughout central and northern Europe, Italy and Spain, with branches in Nuremberg, Leipzig, Hamburg, Lübeck, Frankfurt, Mainz and Cologne, Krakow, Danzig, Breslau and Budapest, Venice, Milan, Rome and Naples, Antwerp and Amsterdam, Madrid, Seville and Lisbon.

Jacob Fugger « The Rich »

Jacob Fugger « The Rich ».

In 1473, another brother, the youngest of the three, Jacob Fugger (later known as “the Rich”) (1459-1525), aged 14 and originally destined for an ecclesiastical career, was sent to Venice, then “the world’s most trading city”. There, he was trained in commerce and book accounting. Jacob returned to Augsburg in 1486 with such admiration for Venice that he liked to be called “Jacobo” and never let go of his Venetian gold beret. Later, with a certain sense of irony, he called the accounting techniques he learned in Venice “The art of enrichment”. The humanist Erasmus of Rotterdam seems to have wanted to respond to him in his colloquium “The friend of lies and the friend of truth”.

The importance of information

In Venice, Jacob assimilated Venetian (Roman Empire) methods to succeed:

  • organize a private intelligence service;
  • impose a monopoly on strategic goods and products;
  • alternate between intelligent corruption and blackmail;
  • push the world to the brink of bankruptcy to make bankers such as Fugger indispensable.

Jacob Fugger recognized the importance of information. To be successful, he has to know what’s going on in the seaports and trading centers. Eager to gain every possible business advantage, Fugger set up a private mail courier designed to transmit news — such as “deaths and results of battles” — exclusively to him, so that he would have it before anyone else, especially before the emperor.

Jacob the Elder and his wife. Rich in terms of money, poor of love and no children.
Wealth and Power paying tribute to Jacob Fugger.

Jacob Fugger financed any project, person or operation that meets his long-term objectives. But always under strict conditions set by him, and always to impose himself on others. The prevailing principle was do ut des, in other words, “I give, I can receive”. In exchange for every loan, collateral such as metal production, mining concessions, state financial inflows, commercial and social privileges, tax and customs exemptions, and high positions in key institutions, were demanded. And with the increase in the sums advanced, the increase in the quid pro quos demanded by Fugger.

If “modern” capitalism is the dictatorship of private monopolies at the expense of free competition, it’s safe to say that he truly is its founder.

The most important thing he learned in Venice? To always be prepared to sacrifice short-term financial gains, and even to offer financial profits to his victims, in order to demonstrate his solvency and ensure his long-term political control. In the absence of national or public banks, popes, princes, dukes and emperors depended heavily, if not entirely, on an oligopoly of private bankers. When an Austrian emperor, whose banker he was, wanted to impose a universal tax, Fugger sank the project because it reduced his dependence on bankers!

A Venetian ambassador, discovering that Jacob had learned his trade in Venice, confessed:

Europe seen through the eyes of Fugger with the axis Venice (north), Augsburg, Nuremberg, Antwerpen (south).

Antwerp and Venice

The three Fugger brothers were aware of the key role played by Venice and Antwerp in the copper trade, with Augsburg, along with Nuremberg, right in the middle of the trade corridor connecting them.

Antwerp
1503 marked the beginning of the Portuguese activities of the House of Fugger in Antwerp, and in 1508 the Portuguese made Antwerp the base of their colonial trade.

Antwerp stock exchange.

In 1515, Antwerp established Europe’s first stock exchange, a model for London (1571) and Amsterdam (1611). Copper, pepper and debts were traded. The purchase of a cargo of pepper was settled ¾ in gold, ¼ in copper. First Venice, then Portugal and Spain, depended on Fugger for silver and copper.

Venice
The firm exported copper and silver from Tyrol to Venice, and imported luxury goods, fine textiles, cotton and, above all, Indian and Oriental spices from Venice. After much effort, on November 30, 1489, the Venetian Council of State confirmed the Fugger’s permanent possession of their room in the “Fondaco dei Tedeschi”, the German merchants’ warehouse on the Grand Canal, on whose upkeep and decoration they spent considerable sums.

“Fondaco dei Tedeschi”, the German merchants’ warehouse on the Grand Canal.

At the beginning of the XVIth century, Nuremberg merchants shared with Augsburg merchants the monopoly of what was the most important German trading post. During the meals taken in common, required by the rules, they officially presided over the table with their colleagues from Cologne, Basel, Strasbourg, Frankfurt and Lübeck.

Well-known merchant families traded in the Fondaco dei Tedeschi, including the Imhoff, Koler, Kref, Mendel and Paumgartner families from Nuremberg, and the Fugger and Höchstetter families from Augsburg. Merchants mainly imported spices from Venice: saffron, pepper, ginger, nutmeg, cloves, cinnamon and sugar.

“Fondaco dei Tedeschi”, interior court.

The Nuremberg stock exchange served as a commercial link between Italy and other European economic centers. Foods known and appreciated in the Mediterranean region, such as olive oil, almonds, figs, lemons and oranges, jams and wines like Malvasia and Chierchel found their way from the Adriatic Sea to Nuremberg.

Other valuable products included corals, pearls, precious stones, Murano glassware and textiles such as silk fabrics, cotton and damask sheets, velvet, brocade, gold thread, camelot and bocassin. Paper and books completed the list.

In the years that followed, “Ulrich Fugger & Brothers” dealt in Venetian bills of exchange with the Frankfurt company Blum, and sources frequently mention the company’s branch on the Rialto as an outlet for copper and silver, a center for the purchase of luxury goods and a clearing station for transfers to the Roman curia.

The World changes

Fugger’s involvement in the international metal trade: silver (dark gray); copper (red); lead (blue) and mercury (olive green).

In 1498, six years after Christopher Columbus’s voyage to America, Vasco da Gama (1460-1524) was the first European to find the route to India, bypassing Africa. This enabled him to set up Calicut, the first Portuguese trading post in India. The opening of this sea route to the East Indies by the Portuguese deprived the Mediterranean trade routes, and thus South Germany, of much of their importance. Geographically, Spain, Portugal and the Netherlands gained the upper hand.

Jacob Fugger, always in the know before anyone else, decided to adapt to the new realities and relocated his colonial business from Venice to Lisbon and Antwerp. He took advantage of the opportunity to open up new markets such as England, without abandoning markets such as Italy. He took part in the spice trade and opened a factory in Lisbon in 1503. He was authorized to ship pepper, other spices and luxury goods such as pearls and precious stones via Lisbon.

Along with other German and Italian trading houses, Fugger contributed to a fleet of 22 Portuguese ships led by the Portuguese Francisco de Almeida (1450-1510), which sailed to India in 1505 and returned in 1506. Although a third of the imported goods had to be sold to the King of Portugal, the operation remained profitable. Impressed by the financial returns, the King of Portugal made the spice trade a royal monopoly, excluding all foreign participation, in order to reap the full benefits. However, the Portuguese still depended heavily on the copper supplied by Fugger, a key product for trade with India.

Fugger, tricks and tactics

Let’s summarize the “genius” and some of the tricks that enabled Jacob Fugger to become “the rich” at the expense of the rest of humanity.

1. Bail me out, baby

In 1494, the Fugger brothers founded a trading company with a capital of 54,385 florins, a sum that doubled two years later when, in 1496, Jacob persuaded Cardinal Melchior von Meckau (1440-1509), Prince-Bishop of Brixen (today’s Bressanone in the Italian Tyrol), to join the company as a “silent partner” in the expansion of mining activities in Upper Hungary. In total secrecy, and without the knowledge of his ecclesiastical chapter, the prince-Bishop invested 150,000 florins in the Fugger company in exchange for a 5% annual dividend. While such “discreet transactions” were quite common among the Medici, profiting from interest rates remained a sin for the church. When the prince-bishop died in Rome in 1509, this investment scheme was discovered. The pope, the bishopric of Brixen and the Meckau family, all claiming the inheritance, demanded immediate repayment of the sum, which would have led to Jacob Fugger’s insolvency. It was this situation that prompted Emperor Maximilian I to intervene and help his banker. Fugger came up with the formula.

Provided he helped Pope Julius II in a small war against the Republic of Venice, only the Hapsburg monarch was recognized as Cardinal Melchior von Meckau’s legitimate heir. The inheritance could now be settled by paying off outstanding debts. Fugger was also required to deliver jewels as compensation to the Pope. In exchange for his support, however, Maximilian I demanded continued financial backing for his ongoing military and political campaigns. A way of telling the Fugger: “I’m saving you today, but I’m counting on you to save me tomorrow…”.

2. Buy me a pope and the Vatican, baby

Raimondi, Marcantonio, Pope Julius II.

In 1503, Jacob Fugger contributed 4,000 ducats (5,600 florins) to the papal campaign of Julius II and greased the cardinals’ palms to get this “warrior pope” elected. To protect himself and the Vatican, Julius II requested 200 Swiss mercenaries. In September 1505, the first contingent of Swiss Guards set out for Rome. On foot and in the harshness of winter, they marched south, crossed the St. Gotthard Pass and received their pay from the banker… Jacob Fugger.

Julius showed his gratitude by awarding Fugger the contract to mint the papal currency. Between 1508 and 1524, the Fugger leased the Roman mint, the Zecca, manufacturing 66 types of coins for four different popes.

3. Business first, baby

In 1509, Venice was attacked by the armies of the League of Cambrai, an alliance of powerful European forces determined to break Venice’s monopoly over European trade. The conflict disrupted the Fuggers’ land and sea trade. The loans granted by the Fugger to Maximilian (a member of the League of Cambrai) were guaranteed by the copper from the Tyrol exported via Venice… The Fugger’s sided with Venice without falling out with a happy Maximilian.

4. Buy me a hitman, baby

Fugger had rivals who hated him. Among them, the Gossembrot brothers. Sigmund Gossembrot was the mayor of Augsburg. His brother and business partner, George, was Maximilian’s treasury secretary. They wanted mining revenues to be invested in the real economy, and advised the emperor to break with the Fugger. Both brothers died in 1502 after eating black pudding. The great Fugger historian Gotried von Pölnitz, who has spent more time in the archives than anyone else, wonders whether the Fugger ordered the assassination. Let’s just say that absence of proof is not proof of absence.

5. Your mine is mine, baby

Copper mining in the XVIth century.

The time between 1480 and 1560 was the “century of the metallurgical process.” Gold, silver and copper could now be separated economically. Demand for the necessary mercury for the separation process grew rapidly. Jacob, aware of the potential financial gains it offered, went from textile trade to spice trade and then into mining.

Sigismund Archduke of Austria.

Therefore, he headed to Innsbruck, currently Austria. But the mines were owned by Sigismund Archduke of Austria (1427-1496), a member of the Habsburg family and cousin of the emperor Frederick.

The good news for Jacob Fugger is that Sigismund was a big spender. Not for his subjects, but for his own amusement. One lavish party sees a dwarf emerge from a cake to wrestle a giant.

As a result, Sigismund was constantly in debt. When he ran out of money, Sigismund sold the production from his silver mine at knock-down prices to a group of bankers. To the Genoese banking family Antonio de Cavallis, for example. To get into the game, Fugger lends the Archduke 3,000 florins and receives 1,000 pounds of silver metal at 8 florins per pound, which he later sells for 12. A paltry sum compared with those lent by others, but a key move that opened his relations with Sigismund and above all with the nascent Habsburg dynasty.

In 1487, after a military skirmish with the more powerful Venice for control of the Tyrolean silver mines, Sigismund’s financial irresponsibility made him persona non grata with the big bankers. In despair, he turned to Fugger. Fugger mobilized the family fortune to raise the money the archduke demanded. An ideal situation for the banker. Of course, the loan was secured and subject to strict conditions. Sigismund was forbidden to repay it with silver metal from his mines, and had to cede control of his treasury to Fugger. If Sigmund repays him, Fugger walks away with a fortune. But, given Sigmund’s track record, the chance of him repaying is nil. Ignoring the terms of the loan, most of the other bankers are convinced that Fugger will go bankrupt. And indeed, Sigismund defaulted, just as Fugger… had predicted. However, as stipulated in the contract, Fugger seized “the mother of all silver mines”, the one in the Tyrol. By advancing a little cash, he gets his hands on a giant silver mine.

6. Buy my « Fugger Bonds », baby

Fuggerhaus, Augsbourg.

The way Fugger banking worked was that Fugger lent to the emperor (or another customer) and re-financed the loan on the market (at lower interest rates) by selling so-called “Fugger bonds” to other investors. The Fugger bonds were much sought after investments as the Fugger were regarded as “safe debtors”. Thus, the Fugger used their own superior credit standing in the market to secure financing for their customers whose credit rating was not as well regarded. The idea was – provided the emperor and the other customers honored their commitments – they would make a profit from the difference in interest between the loans the Fugger extended and the interest payable on the Fugger bonds.

7. Buy me an Emperor, baby

Hapsburg Emperor Maximilian I of Austria.

Sigismund was soon eclipsed by emperor Frederick IIIrd’s son, Maximilian of Austria (1459-1519), who had arranged to take power if Sigismund did not pay back money he owed him. (Fugger could have lent Sigismund the money to keep him in power but decided he’d prefer Maximilian in the position.)

Maximilian was elected “King of the Romans” in 1486 and ruled as the Holy Roman Emperor from 1508 till his death in 1519. Jacob Fugger supported Maximilian I of Habsburg in his accession to the throne by paying 800,000 florins. Laying the foundation for the family’s widely distributed landholdings, this time Fugger, as collateral, didn’t want silver, but land. So he acquired the countships of Kirchberg and Weissenhorn from Maximilian I in 1507 and in 1514, the emperor made him a count.

Unsurprisingly, Maximilian’s military conquests coincided with Jacob’s plans for mining expansion. Fugger purchased valuable land with the profits from the silver mines he had obtained from Sigismund, and then financed Maximilian’s army to retake Vienna in 1490. The emperor also seized Hungary, a region rich in copper.

Albrecht Dürer, The big canon.

A “copper belt” stretched along the Carpathian Mountains through Slovakia, Hungary and Romania. Fugger modernizes the country’s mines by introducing hydraulic power and tunnels. Jacob’s aim was to establish a monopoly on this strategic raw material, copper ore. Along with tin, copper is used in the manufacture of bronze, a strategic metal for weapons production. Fugger opened foundries in Hohenkirchen and Fuggerau (the family’s namesake in Carinthia, today in Austria), where he produced cannons directly.

8. Sell me indulgences, baby

Indulgence trading: on the left, a Fugger clerk, in the center the Dominican preacher Tetzel and on the right, on horseback, the archbishop of Mainz, Albrecht of Brandenburg.

In 1514, the position of Archbishop of Mainz became available. As we have seen, this was the most powerful position in Germany, with the exception of that of the emperor. Such positions require remuneration. Albrecht of Brandenburg (1490-1545), whose family, the Hohenzollerns, ruled a large part of the country, wanted the post. Albrecht was already a powerful man: he held several other ecclesiastical offices. But even he couldn’t afford to pay such high fees. So, he borrowed the necessary sum from the Fugger, in return for interest, which the convention of the time described as a fee for “trouble, danger and expense”.

Pope Leo X, having squandered the papal treasury on his coronation and organized parties where prostitutes looked after the cardinals, asked for 34,000 florins to grant Albrecht the title – roughly equivalent to $4.8 million today – and Fugger deposited the money directly into the pope’s personal account.

All that remained was to pay back the Fugger. Albrecht had a plan. He obtained from Pope Leo X the right to administer the recently announced “jubilee indulgences”. Indulgences were contracts sold by the Church to forgive sins, allowing believers to buy their way out of purgatory and into heaven.

But to fleece the sheep, as with any good scam, a “cover” or “narrative” was required. The motive, concocted by Julius II, was credible, claiming that St. Peter’s Basilica needed urgent and costly renovation.

Johann Tetzel.

In charge of the sale was a “peddler of indulgences”, the Dominican Johann Tetzel, who “carried Bibles, crosses and a large wooden box with […] an image of Satan on top”, and told the faithful that his indulgences “canceled all sins”. He even proposed a “progressive scale”, with the wealthy believers paying 25 florins and ordinary workers just one. Tetzel is quoted as saying: “When the money rattles in the box, the soul jumps out of purgatory”.

On the ground, in every church, Fugger clerks worked on site to collect the money, half of which went to the Pope and half to Fugger. At the same time, Fugger obtained a monopoly on the transfer of the funds obtained from the sale of indulgences between Germany and Rome.

If the archbishop was at the mercy of the Fugger, so too was Pope Leo X, who, to repay his debt, collected money through “simonies”, i.e. selling high ecclesiastical offices to princes. Between 1495 and 1520, 88 of the 110 bishoprics in Germany, Hungary, Poland and Scandinavia were appointed by Rome in exchange for money transfers centralized by Fugger. In this way, Fugger became “God’s banker, Rome’s chief financier”.

9. Buy me Martin Luther, baby

Since the IIIrd century, the Catholic Church asserted that God can be indulgent, granting total or partial remission of the penalty incurred following forgiveness of a sin. However, the indulgence obtained in return for an act of piety (pilgrimage, prayer, mortification, donation), notably in order to shorten a deceased person’s passage through purgatory, over time, turned into a lucrative business, used by Urban II to recruit enthusiastic faithful to the First Crusade.

In the XVIth century, it was this trade in indulgences that led to serious unrest and turmoil within the Church. Described as superstition by Erasmus in his “In Praise of Folly”, the denunciation of the indulgence trade was the very subject of Luther’s ninety-five arguments, the manifesto he nailed on the door of the Castle Church of Wittenberg and would lead the Church to division and to the Protestant Reformation. Refusing to travel to Rome to answer charges of heresy and of challenging the Pope’s authority, Luther agreed to present himself in Augsburg in 1518 to the papal legate, Cardinal Cajetan. The latter urged Luther to retract or reconsider his statements (“revoca!”).

Although Luther had denounced Fugger by name for his central role in the indulgence swindle, he agreed to be interrogated in the central office of the bank that organized the crime he denounced!

Luther seems to have been aware that, verbal accusations aside, the Fuggers would protect and promote him rather than face a much more reasonable call for reform from Erasmus and his followers. While he could have been arrested and burned at the stake as some demanded, Luther showed up, refused to backtrack on his statements and left unscathed.

10. Buy them poverty, baby

In the XVIth century, prices increased consistently throughout Western Europe, and by the end of the century prices reached levels three to four times higher than at the beginning. Recently historians have grown dissatisfied with monetary explanations of the sixteenth-century price rise. They have realized that prices in many countries began to rise before much New World gold and silver entered Spain, let alone left it, and that probable treasure-flows bear little relation to price movements, including in Spain itself.

In reality, in the late fifteenth and early sixteenth century European populations began to expand again, recovering from that long era of contraction initiated by the Black Death of 1348. Growing populations produced rising demands for food, drink, cheap clothing, shelter, firewood, etc., all ultimately products of the land. Farmers found it difficult to increase their output of these things: food prices, land values, industrial costs, all rose. Such pressures are now seen as an important underlying cause of this inflation, though few would deny that it was stimulated at times by governments manipulating the currency, borrowing heavily, and fighting wars.

The “Age of the Fuggers” was an age where money was invested in more money and financial speculation. The real economy was looted by taxes and wars.

The dynamic created by the collapse of the living standards, taxes and price inflation for most of the people and the public exposure of corruption of both the Church and the aristocracy, set the scene for riots in many cities, the German “Peasant war,” an insurrection of weavers, craftsmen and even miners, ending with the “Revolt of the Netherlands” and centuries of bloody “religious” wars that only terminated with the “funeral” of the Empire by the Peace of Westphalia in 1648.

11. Buy them social housing, baby

Fuggerei.

Jacob Fugger’s initiative, in 1516, to start building the Fuggerei, a social housing project for a hundred working families in Augsburg, rather unique for the day, came as “too little and too late,” when the firm’s image became under increasing attacks. The Fuggerei survived as a monument to honor the Fugger. The rent remained unchanged, it still is one Rhenish gulden per year (equivalent to 0.88 euros), three daily prayers for the current owners of the Fuggerei, and the obligation to work a part-time job in the community. The conditions to live there, akin to the Harz4 measures, remain the same as they were 500 years ago: one must have lived at least two years in Augsburg, be of the Catholic faith and have become indigent without debt. The five gates are still locked every day at 10 PM.

12. Buy me rates worth an interest, baby

Pope Leon X.

“You shall not charge interest.” In 1215 Pope Innocent III explicitly confirmed the prohibition on interest and usury decreed in the Bible. The line from Luke 6:35, “Lend and expect nothing in return,” was taken by the Church to mean an outright ban on usury, defined as the demand for any interest at all. Even savings accounts were considered sinful. Not Jacob Fugger’s ideal scenario. To change this, Fugger hired a renowned theologian Johannes Eck (1494-1554) of Ingolstadt to argue his case. Fugger conducted a full-on public relations campaign, including setting up debates on the issue, and wrote an impassioned letter to Pope Leo.

As a result, Leo issued a decree proclaiming that charging interest was usury only if the loan was made “without labor, cost or risk” — which of course no loan ever really is. More than a millennium after Aristotle, Pope Leo X found that risk and labor involved with safeguarding capital made money lending “a living thing.” As long as a loan involved labor, cost, or risk, it was in the clear. This opened a flood of church-legal lending: Fugger’s lobbying paid off with a fortune. Fugger persuaded the Church to permit an interest of 5% – and he was reasonably successful: charging interest was not allowed, but it wasn’t punished either.

Thanks to Leon X, Fugger was now able to attract cash by offering depositors a 5% return. As for loans, according to the Tyrolean Council’s report, while other bankers were lending Maximilian at a rate of 10%, the rate charged by Fugger, justified by “the risk”, was over 50%! Charles V, in the 1520s, had to borrow at 18%, and even at 49% between 1553 and 1556. Meanwhile, Fugger’s equity, which in 1511 amounted to 196,791 florins, rose in 1527, two years after Jacob’s death, to 2,021,202 florins, for a total profit of 1,824,411 florins, or 927% increase, which represents, on average, an annual increase of 54.5%.

Quinten Matsys, The usurers, 1520, Galleria Doria Pamphilj, Rome.

All this is presented today, not as usury, but as a “great advance” anticipating modern wealth and asset management practices…

Fugger “broke the back of the Hanseatic Ligue” and “roused commerce from its medieval slumber by persuading the pope to lift the ban on moneylending. He helped save free enterprise from an early grave by financing the army that won the German Peasants War, the first great clash between capitalism and communism,” writes Greg Steinmetz, historian and former Wall Street Journal correspondent.

Jewish ghetto in Venice, 1906.

13. Buy me an Austro-Hungarian empire, baby

When Turkey invaded Hungary in 1514, Fugger was gravely concerned about the value of his Hungarian copper mines, his most profitable properties. After diplomatic efforts failed, Fugger gave Maximilian an ultimatum — either strike a deal with Hungary or forget about more loans. The threat worked. Maximilian negotiated a marriage alliance that left Hungary in Hapsburg hands, leading to “redrawing the map of Europe by creating the giant political tinderbox known as the Austro-Hungarian Empire. Fugger needed a Hapsburg seizure of Hungary to protect his holdings.

14. Buy me a second emperor, baby

Emperor Charles V.

When Maximilian I, Holy Roman Emperor, died in 1519, he owed Jacob Fugger around 350,000 guilders. To avoid a default on this investment, Fugger organized a banker’s rally to gather all the bribery money allowing Maximilian’s grandson, Charles V, buying the throne.

If another candidate had been elected emperor, like King Francis I of France who suddenly tried to enter the scene, and would certainly have been reluctant to pay Maximilian’s debts to Fugger, the latter would have sunk into bankruptcy.

This situation reminds the modus operandi of JP Morgan, after the 1897 US banking crash and the banking panic of 1907. The “Napoleon of Wall Street,” afraid of a revival of a real national bank in the tradition of Alexander Hamilton, first gathered all the funds required to bail out his failing competitors, and then set up the Federal Reserve system in 1913, a private syndicate of bankers in charge of preventing the government of interfering in their lucrative business

Hence, Jacob Fugger, in direct liaison with Margaret of Austria, who bought into the scheme because of her worries about peace in Europe, in a totally centralized way, gathered the money for each elector, using the occasion to bolster dramatically his monopolistic positions, especially over his competitors such as the Welsers and the rising port of Antwerp.

According to the French historian Jules Michelet (1798-1874), Jacob Fugger energetically imposed three preconditions:

  1. The Garibaldi of Genoa, the Welsers of Germany and other bankers, could only partake in this scheme by making down-payments to Fugger and could only lend money [to Charles] through his intermediary;
  2. Fugger obtained promissory notes from the cities of Antwerp and Mechelen as collateral, paid for out of Zeeland tolls;
  3. Fugger got the city of Augsburg to forbid lending to the French. He requested Marguerite of Austria (the regent) to forbid the people of Antwerp from exchanging money in Germany for anyone.” (handing over de facto that lucrative business to the Augsburg bankers only…)
Hans Holbein the Younger, The Rich Man, 1526. When he died, death stole his money! Fugger “the Rich” died in 1525.

Now, as said before, people mistakenly think that Jacob “the Rich”, was “very rich.” Of course he was: today, he is considered to be one of the wealthiest people ever to have lived, with a GDP-adjusted net worth of over $400 billion, and approximately 2% of the entire GDP of Europe at the time, more than twice the fortune of Bill Gates.

If this was true or not and how wealthy he really was we will never know. But if you look at the capital declared by the Fugger brothers to the Augsburg tax authorities, it dwarfs by far the giant amounts being lent.

According to Fugger historian Mark Häberlein, Jacob anticipated modern day tax avoidance tricks by striking a deal with the Augsburg tax authorities in 1516. In exchange for an annual lump sum, the family’s true wealth… would not be disclosed. One of the reasons of course is that, just as BlackRock today, Fugger was a “wealth manager”, promising a return on investment of 5 percent while pocketing 14.5 percent himself… Cardinals and other fortunes would secretly invest in Fugger for his juicy returns.

Hence, it is safe to say that Fugger was very rich… of debts. And just as the IMF and a handful of mammoth banks today, by bailing out their clients with fictitious money, the Fuggers were doing nothing else than bailing out themselves and increasing their capacity to keep doing so. No structural reform on the table, only a liquidity crisis? Sounds familiar!

Charles’ unanimous selection by the Electors required exorbitant bribes, to the tune of 851,585 guilders, to smooth the way. Jacob Fugger put in 543,385 guilders, around two thirds of the sum. For the first time, the only collateral was Charles himself, ruling over most of the world and America.

It would take an entire book or a documentary to detail the amazing scope of bribes deployed for Charles’ imperial election, a well-documented event.

Just some excerpts from a detailed account:

15. Buy me zero regulation, baby

In 1523, under pressure from public opinion growing angry against the merchant houses of Augsburg, foremost of them the Fugger, the fiscal arm of the imperial Council of Regency brought an indictment against them. Some even brought up the idea of restricting trading capital of individual firms to 50,000 florins and limiting the number or their branches to three.

Acutely aware that such regulations would ruin him, Jacob Fugger, in panic, on April 24, 1523, wrote a short message to the Emperor Charles V, remembering his Majesty of his dependence on the good health of the Fugger bank accounts:

Charles Vth realized that the debt was not the issue of the message and immediately wrote to his brother Ferdinand, asking him to take measures to prevent the anti-monopoly trial. The imperial fiscal authorities were ordered to drop the proceedings. For Fugger and the other great merchants, the storm had passed.

16. Buy me Spain, baby

Of course, Charles V didn’t had a dime to pay back the giant Fugger loan that got him elected! Little by little, Fugger obtained his rights to continue mining metals – silver and copper – in the Tyrol, validated. But he got more, first in Spain itself and, quite logically, in the territories newly conquered by Spain in America.

17. Buy me America, baby

Firstly, to raise funds, Charles leased the income of the main territories of the three great Spanish orders of chivalry, known as Maestrazgos, for which the Fugger paid 135,000 ducats a year but got much more than what he spent for the lease.

Between 1528 and 1537, the Maestrazgos were administered by the Welsers of Augsburg and a group of merchants led by the Spanish head of the postal service Maffeo de Taxis and the Genoese banker Giovanni Battista Grimaldi. But after 1537, the Fugger took over again. The lease contract was very attractive for two reasons: first it allowed the leaseholders to export grain surpluses from these estates and second, it included the mercury mines of Alamadén, a crucial element both for the production of mirror glass, the processing of gold and medical applications.

Now, as the Fugger depended on gold and silver shipments from America to recover their loans to the Spanish crown, it appeared logical for them to set their eyes on the New World, as well.

18. Buy me Venezuela, baby

Let us now enter the Welsers whose history can be traced back to the XIIIth century, when its members held official positions in the city of Augsburg. Later, the family became widely known as prominent merchants. During the XVth century, when the brothers Bartholomew and Lucas Welser carried on an extensive trade with the Levant and elsewhere, they had branches in the principal trading centers of southern Germany and Italy, and also in Antwerp, London, and Lisbon. In the XVth and XVIth centuries, branches of the family settled at Nuremberg and in Austria.

As a reward for their financial contributions to his election in 1519, second in importance to Fugger but quite massive, King Charles V, unable to reimburse, provided the Welsers with privileges within the African slave trade and conquests of the Americas.

The Welser Family was offered the opportunity to participate in the conquest of the Americas in the early to mid-1500s. As fixed in the Contract of Madrid (1528), also known as the “Welser Contracts”, the merchants were guaranteed the privilege to carry out so-called “entradas” (expeditions) to conquer and exploit large parts of the territories that now belong to Venezuela and Colombia. The Welsers nourished fantasies about fabulous riches fueled by the discovery of golden treasures and are said to have created the myth of “El Dorado” (the city of gold).

Account of a German colonial expedition.

The Welsers started their operations by opening an office on the Portuguese island of Madeira and acquiring a sugar plantation on the Canary Islands. Then they expanded to San Domingo, today’s Haiti. The Welser’s hold of the slave trade in the Caribbean began in 1523, five years before the Contract of Madrid, as they had begun their own sugar production on the Island.

Included in the Contract of Madrid, the right to exploit a huge part of the territory of today’s Venezuela (Klein Venedig, Little Venice), a country they themselves called “Welserland”. They also obtained the right to ship 4,000 African slaves to work in the sugar plantations. While Spain would grant capital, horses and arms to Spanish conquistadors, the Welser would only lend them the money that allowed them to buy, exclusively from them, the means of running their operations.

Welsers exploring Venezuela.

Poor German miners went to Venezuela and got rapidly into huge debt, a situation which exacerbated their rapacity and worsened the way they treated the slaves. From 1528 to 1556, seven expeditions led to the plunder and destruction of local civilizations. Things became so ugly that in 1546, Spain revoked the contract, also because they knew the Welsers also served Lutheran clients in Germany.

Bartholomeus Welser’s son, Bartholomeus VI Welser, together with Philipp von Hutten were arrested and beheaded in El Tocuyo by local Spanish Governor Juan de Carvajal in 1546. Some years later, the abdication of Charles V in 1556 meant the definitive end of the Welser’s attempt to re-assert their concession by legal means.

19. Buy me Peru and Chile, baby

Unlike the Welser family, Jacob Fugger’s participation in overseas trade was cautious and conservative, and the only other operation of this kind he invested in, was a failed 1525 trade expedition to the Maluku Islands led by the Spaniard Garcia de Loaisa (1490-1526).

For Spain, the idea was to gain access to Indonesia via America, escaping Portuguese control over the spice road. Jacob the Rich died in December of that year and his nephew Anton Fugger (1493-1560) took over the strategic management of the firm.

And the did go on. The Fugger’s relations with the Spanish Crown reached a climax in 1530 with the loan of 1.5 million ducats from the Fugger for the election of Ferdinand as “Roman King”. It was in this context that the Fugger agent Veit Hörl obtained as collateral from Spain the right to conquer and colonize the western coastal region of South America, from Chincha to the Straits of Magellan. This region included present-day southern Peru and all of Chile. Things however got foggy and for unknown reasons, Charles V, who in principle agreed with the deal failed to ratify the agreement. Considering that the Welser’s Venezuela project degenerated into a mere slave-raiding and booty enterprise and ended in substantial losses, Anton Fugger, who thought financial returns were too low, abandoned the undertaking.

20. By me a couple of slaves, baby

Manillas.

Copper from the Fugger mines was used for cannons on ships but also ended up in the production of horse-shoe shaped “manillas”. Manillas, derived from the Latin for hand or bracelet, were a means of exchange used by Britain, Portugal, Spain, the Netherlands, France and Denmark to trade with west Africa in gold and ivory, as well as enslaved people. The metals preferred were originally copper, then brass at about the end of the XVth century and finally bronze in about 1630.

In 1505, in Nigeria, a slave could be bought for 8–10 manillas, and an elephant’s ivory tooth for one copper manila. Impressive figures are available: between 1504 and 1507, Portuguese traders imported 287,813 manillas from Portugal into Guinea, Africa, via the trading station of São Jorge da Mina. The Portuguese trade increased over the following decades, with 150,000 manillas a year being exported to the like of their trading fort at Elmina, on the Gold Coast. An order for 1.4 million manillas was placed, in 1548, with a German merchant of the Fugger family, to support the trade.

In clear: without the copper of the Fugger’s, the slave-trade would not never have become what it became.

Benin bronze bas relief.

In 2023, a group of scientists discovered that some of the Benin bronzes, now reclaimed by African nations, were made with metal mined thousands of miles away… in the German Rhineland. The Edo people in the Kingdom of Benin, created their extraordinary sculptures with melted down brass manilla bracelets, Fugger’s grim currency of the transatlantic slave trade between the XVIth and XIXth centuries…

Endgame

Anton Fugger.

Anton Fugger tried to maintain the position of a house that, however, continued to weaken. Sovereigns were not as solvent as had been hoped. Charles V had serious financial worries and the looming bankruptcy was one of the causes he stepped down leaving the rule of the empire to his son, King Philip II of Spain. Despite all the gold and silver arriving, the Empire went bankrupt. On three occasions (1557, 1575, 1598), Philip II was unable to pay his debts, as were his successors, Philip III and Philip IV, in 1607, 1627 and 1647.

But the political grip of the Fugger over Spanish finances was so strong, writes Jeannette Graulau, that “when Philip II declared a suspension of payment in 1557, the bankruptcy did not include the accounts of the Fugger family. The Fugger offered Philip II a 50 % reduction in the interest of the loans if the firm was omitted from the bankruptcy. Despite intense lobbying by his powerful secretary, Francisco de Eraso, and Spanish bankers who were rivals of the Fugger, Philip did not include the Fugger in the bankruptcy.”

In 1563, the Fugger’s’ claims on the Spanish Crown amounted to 4.445 million florins, far more than their assets in Antwerp (783,000 florins), Augsburg (164,000 florins), Nuremberg and Vienna (28,600 florins), while their total assets amounted to 5.661 million florins.

But in the end, having tied their fate too closely to that of the Spanish sovereigns, the Fugger banking Empire collapsed with the collapse of the Spanish Hapsburg Empire. The Welser went belly up in 1614.

French professor Pierre Bezbakh, writing in Le Monde in Sept. 2021 noted:

Today, a handful of international banks called “Prime Brokers” are allowed to buy and resell on the secondary market French State Bonds, issued at regular dates by the French Treasury Agency to refinance French public debt (€3,150 billion) and most importantly to refinance debt repayments (€41 billion in 2023).

The names of today’s Fugger are: HSBC, BNP Paribas, Crédit Agricole, J.P. Morgan, Société Générale, Citigroup, Deutsche Bank, Barclays, Bank of America Securities and Natixis.

Conclusion

Beyond the story of the Fugger and Welser dynasties who, after colonizing Europeans, extended their colonial crimes to America, there’s something deeper to understand.

Today, it is said that the world financial system is “hopelessly” bankrupt. Technically, that is true, but politically it is successfully kept on the border of total collapse in order to keep the entire world dependent on a stateless financier predator class. A bankrupt system, paradoxically, despairs us, but gives them hope to remain in charge and maintain their privileges. Only bankers can save the world from bankruptcy!

Historically, we, as one humanity, have created “Nation States” duly equipped with government controlled “National Banks,” to protect us from such systemic financial blackmail. National Banks, if correctly operated, can generate productive credit generation for our long-term interest in developing our physical and human economy rather than the financial bubbles of the financial blackmailers. Unfortunately, such a positive system has rarely existed and when it existed it was shot down by the money-traders Roosevelt wanted to chase from the temple of the Republic.

As we have demonstrated, the severe mental dissociation called “monetarism” is the essence of (financial) fascism. Criminal financial and banking syndicates “print” and “create” money. If that money is not “domesticated” and used as an instrument for increasing the creative powers of mankind and nature, everything cannot, but go wrong.

Willing to “convert”, at all cost, including by the destruction of mankind and his creative powers, a nominal “value” that only exists as an agreement among men, into a form of “real” physical wealth, was the very essence of the Nazi war machine.

In order to save the outstanding debts of the UK and France to the US weapon industry owned by JP Morgan and consorts, Germany had to be forced to pay. When it turned out that was impossible, Anglo-French-American banking interests set up the “Bank for International Settlements”.

The BIS, under London’s and Wall Street’s direct supervision, allowed Hitler to obtain the Swiss currency he required to go shopping worldwide for his war machine, a war machine considered potentially useful as long as it was set to march East, towards Moscow. As a collateral for getting cash from the BIS, the German central bank would deposit as collateral tons of gold, stolen from countries it invaded (Austria, Netherlands, Belgium, Luxembourg, Czechoslovakia, Poland, Albania, etc.). The dental gold of the Jews, the communists, the homosexuals and the Gypsies being exterminated in the concentration camps, was deposited on a secret account of the Reichsbank to finance the SS.

The Bank of England’s and Hitler’s finance minister Hjalmar Schacht, who escaped the gallows of the Nuremberg trials thanks to his international protections, was undoubtedly the best pupil ever of Jacob Fugger the Rich, not the father of German or “modern” banking, but the father of financial fascism, inherited from Rome, Venice and Genoa. Never again.

Summary biography

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Jacob Fugger « le riche », père du fascisme financier

Par Karel Vereycken, septembre 2024.

Corruption et élections

Au « bon » vieux temps de l’Empire romain, tout était tellement plus simple ! Déjà à Athènes, mais à plus grande échelle à Rome, la corruption électorale est une pratique rodée. À la fin de la République romaine, des « lobbies » puissants coordonnent des systèmes de corruption et d’extorsion. On dit même que les emprunts à grande échelle destinés à financer les pots-de-vin ont créé l’instabilité financière qui a conduit à la guerre civile de 49-45 av. JC. Les généraux romains, une fois qu’ils avaient ravagé et pillé une colonie lointaine et transformé en espèces sonnantes et trébuchantes leur butin, achetaient directement les voix des sénateurs, toujours utiles pour élire tel ou tel empereur ou légitimer un tyran après son énième coup d’État. A Rome, les « élections » deviendront une telle farce obscène qu’elles furent éliminées. « Une bénédiction du ciel », se réjouit l’homme d’État Quintus Aurelius Symmachus, heureux que « l’affreux bulletin de vote, la répartition des places au spectacle entre copains, la course vénale, tout cela n’existe plus ! ».

Le « Saint-Empire romain germanique »

Faire revivre un système impérial aussi dégénéré et corrompu n’était donc pas forcément une idée brillante, à part pour les lobbies corrupteurs. Le 25 décembre 800, le pape Léon III a couronné Charlemagne « Empereur romain », faisant revivre le titre en Europe occidentale plus de trois siècles après l’effondrement de l’ancien Empire romain d’Occident en 476.

En 962, Otton Ier est couronné empereur par le pape Jean XII. Il se présente comme le successeur de Charlemagne et inaugure l’existence continue de l’Empire pendant plus de huit siècles…

En théorie, les empereurs étaient considérés comme les « premiers parmi leurs pairs », les monarques catholiques d’Europe. Mais, tout comme le vote du Sénat romain était nécessaire pour « élire » un empereur romain, au Moyen Âge, dans la pratique, un petit groupe de « Princes-électeurs », principalement allemands, s’arroge le privilège d’élire le « Roi des Romains ». Une fois élu à ce titre, ce roi est ensuite couronné « Empereur » par le pape.

Le statut d’Électeur jouit d’un grand prestige et est considéré comme juste inférieur à celui de l’empereur, des rois et des plus grands ducs. Les Électeurs bénéficient de privilèges exclusifs qui ne sont pas partagés avec les autres princes de l’Empire, et ils continuent à porter leur titre d’origine en même temps que celui d’Électeur.

En 1356, la « Bulle d’or », un décret portant un sceau d’or émis par la Diète impériale de Nuremberg et de Metz dirigée par l’empereur de l’époque, Charles IV, fixe les règles et les protocoles du système de pouvoir impérial. Tout en limitant quelque peu leur pouvoir, la Bulle d’or accorde aux Grands Électeurs le « Privilegium de non appellando » (privilège de non-appel), empêchant leurs sujets de faire appel à une juridiction impériale supérieure et transforme leurs tribunaux territoriaux en juridictions de dernier ressort.

Cependant, imposer partout une telle superstructure n’est pas mince affaire. Avec Jacques Cœur, Yolande d’Aragon et Louis XI, la France s’affirme de plus en plus comme un État-nation souverain et anti-impérial.

C’est ainsi que le Saint-Empire romain, par un décret adopté à la Diète de Cologne en 1512, devient le « Saint Empire romain germanique », nom utilisé pour la première fois dans un document de 1474. L’adoption de ce nouveau nom coïncide avec la perte des territoires impériaux en Italie et en Bourgogne au sud et à l’ouest à la fin du XVe siècle, tout en visant à souligner la nouvelle importance des États impériaux allemands dans la direction de l’Empire. Napoléon est supposé avoir déclaré que le terme « Saint-Empire romain germanique » était trois fois erroné. Car il était trop débauché pour être saint, trop allemand pour être romain et trop faible pour être un empire.

Vu l’objet de cet article, nous ne nous étendrons pas sur ce vaste sujet. Il convient néanmoins de noter que la propagande du parti nazi, dès 1923, désignait le « Saint-Empire romain de la nation germanique » comme le « premier » Reich (Reich signifiant empire), l’Empire allemand comme le « deuxième » Reich et ce qui allait devenir l’Allemagne nazie comme le « troisième » Reich.

Adolphe Hitler, fier de l’héritage des Fugger, voulait faire d’Augsbourg la « cité des marchands allemands » et transformer la grande résidence des Fugger en « musée du commerce ». Pour briser le morale du führer, le bâtiment fut sévèrement bombardé en février 1942.

Les Princes électeurs

Au XVIe siècle, le Saint-Empire romain germanique se compose d’une myriade de quelque 1800 entités semi-indépendantes réparties en Europe centrale et en Italie du Nord. En clin d’œil à l’ancienne tradition germanique d’élection des rois, les empereurs médiévaux de ce patchwork tentaculaire de territoires disparates sont élus.

A partir de la Bulle d’or de 1356, l’empereur est élu à Francfort (futur siège de la Banque centrale européenne) par un « collège électoral » composé de sept « Princes-électeurs » (en allemand Kurfürst) :

  • l’archevêque de Mayence, archichancelier d’Allemagne ;
  • l’archevêque de Trêves, archichancelier de Gallia (France) ;
  • l’archevêque de Cologne, archichancelier d’Italie ;
  • le duc de Saxe ;
  • le comte palatin du Rhin ;
  • le margrave de Brandebourg ;
  • le roi de Bohême.

Bien entendu, pour obtenir le vote de ces messieurs, les aspirants formulent des engagements oraux et écrits, et surtout, aussi bien sur que sous la table, offrent des privilèges, du pouvoir, de l’argent et bien d’autres choses encore.

Ainsi, la tâche la plus difficile pour tout candidat en herbe consiste à réunir les fonds nécessaires à l’achat des votes. En conséquence, l’existence et la survie même du Saint-Empire romain germanique est aux mains d’une oligarchie financière de riches familles de banquiers marchands.

Tout comme une poignée de banques géantes contrôlent aujourd’hui les nations occidentales en leur achetant leurs émissions de bons du Trésor indispensables au refinancement des intérêts de leurs dettes, les banquiers du début du XVIe siècle, se constituant en oligopole, s’imposent comme « trop grands pour faire faillite », et par conséquent, « trop grands pour aller en prison ».

Le rôle néfaste des Bardi, Peruzzi et autres banquiers Médicis, qui, en ruinant les agriculteurs européens, avaient plongé l’Europe dans une grande famine invitant la « Peste Noire » à décimer entre 30 et 50 % de la population européenne, est un fait historique bien documenté, notamment par mon ami, l’analyste financier américain Paul Gallagher.

Fucker Advenit

Augsbourg, 1497.

Nous nous intéresserons ici aux activités de deux familles de banquiers allemands qui dominent le monde au début du XVIe siècle : les Fugger et les Welser d’Augsbourg (Bavière).

Contrairement aux Welser, une vieille famille patricienne dont nous parlerons à la fin, l’histoire de la réussite des Fugger commence en 1367, lorsque qu’un simple artisan, le « maître tisserand » Hans Fugger (1348-1409), quitte son village de Graben pour s’installer dans la « ville impériale libre » d’Augsbourg, à quatre heures de marche. Le registre des impôts d’Augsbourg indique « Fucker Advenit » (Fugger est arrivé). En 1385, Hans est élu à la direction de la guilde des tisserands, ce qui lui permet de siéger au Grand Conseil de la ville.

Augsbourg, comme les autres villes libres et impériales, n’est soumise à l’autorité d’aucun prince, mais seulement à celle de l’empereur. La ville est représentée à la Diète impériale, contrôle son propre commerce et ne permet que peu d’interférences extérieures.

Dans l’Allemagne de la Renaissance, peu de villes ont égalé l’énergie et l’effervescence d’Augsbourg. Les marchés débordent de tout, des œufs d’autruche aux crânes de saints. Les dames apportent des faucons à l’église. Des éleveurs hongrois conduisent du bétail dans les rues. Si l’empereur vient en ville, les chevaliers joutent sur les places. Si un meurtrier est arrêté le matin, il est pendu l’après-midi pour être vu de tous. La bière coule dans les bains publics aussi librement que dans les tavernes. La ville ne se contente pas d’autoriser la prostitution, elle entretient les maisons closes.

Marchands allemands, vers 1520.

Au départ, le profil commercial des Fugger est fort traditionnel : on achète des tissus fabriqués par des tisserands locaux et on les vend lors de foires à Francfort, à Cologne et, au-delà des Alpes, à Venise.

Pour un tisserand comme Hans Fugger, c’était le « bon moment » pour venir à Augsbourg. Une innovation passionnante s’installe dans toute l’Europe : la futaine, un nouveau type de tissu qui tire peut-être son nom de la ville égyptienne de Fustat, près du Caire, qui fabriquait ce matériau avant que sa production ne s’étende à l’Italie, à l’Allemagne du Sud et à la France.

La futaine médiévale était un tissu robuste type toile ou sergé avec une trame de coton et une chaîne de lin, de soie ou de chanvre et dont l’un des côtés a subi un léger lainage. Plus légère que la laine, elle deviendra très demandée, notamment pour une nouvelle invention : les sous-vêtements. Alors que le lin et le chanvre pouvaient être cultivés presque partout, à la fin du Moyen Âge, le coton provient de la région méditerranéenne, de Syrie, d’Égypte, d’Anatolie et de Chypre, et entre en Europe par Venise.

De Jacob l’Ancien à « Fugger Brothers »

À Augsbourg, Hans a deux enfants : Jacob, connu sous le nom de « Jacob l’Ancien » (1398-1469) et Andreas Fugger (1394-1457). Les deux fils ont des stratégies d’investissement différentes et opposées. Alors qu’Andreas fait faillite, Jacob l’Ancien développe prudemment ses activités.

Après le décès de Jacob l’Ancien en 1469, son fils aîné Ulrich Fugger (1441-1510), avec l’aide de son frère cadet Georg Fugger (1453-1506), prend la direction de l’entreprise jusqu’à sa mort.

Petit à petit, les profits sont investis dans des activités nettement plus rentables : pierres précieuses, orfèvrerie, bijoux et reliques religieuses telles que les os des martyrs et les fragments de croix ; épices (sucre, sel, poivre, safran, cannelle, alun) ; plantes et herbes médicinales et surtout métaux et mines (or, argent, cuivre, étain, plomb, mercure) qui, comme collatéral, permettront l’expansion des émissions monétaires, tout en fournissant les matières premières stratégiques pour l’armement.

Les Fugger nouent alors d’étroites relations personnelles et professionnelles avec l’aristocratie. Ils se marient avec les familles les plus puissantes d’Europe – en particulier les Thurzo d’Autriche. Leurs activités s’étendent à toute l’Europe centrale et septentrionale, à l’Italie et à l’Espagne, avec des succursales à Nuremberg, Leipzig, Hambourg, Lübeck, Francfort, Mayence et Cologne, à Cracovie, Danzig, Breslau et Budapest, à Venise, Milan, Rome et Naples, à Anvers et Amsterdam, à Madrid, Séville et Lisbonne.

Jacob Fugger « le Riche »

En 1473, le plus jeune des trois frères, Jacob Fugger (ultérieurement connu comme « le Riche ») (1459-1525), âgé de 14 ans et destiné à l’origine à une carrière ecclésiastique, est envoyé à Venise, à l’époque « la ville la plus commerçante du monde. Il y est formé au commerce et à la comptabilité. Jeune, Jacob rappelle qu’il s’y est trouvé dormant « à côté de ses compatriotes sur un plancher couvert de paille dans le grenier ».

Jacob retourne à Augsbourg en 1486 avec une immense admiration pour Venise au point qu’il aimait se faire appeler « Jacobo » et ne lâche jamais son béret d’or vénitien. Plus tard, avec un certain sens de l’ironie, il appelle la comptabilité apprise à Venise « l’art de l’enrichissement ».

L’humaniste Érasme de Rotterdam semble avoir voulu lui répondre dans son Colloque « L’ami du mensonge et l’ami de la vérité ».

L’importance de l’information

A Venise, Jacob a assimilé les méthodes vénitiennes (de l’Empire romain) pour réussir :

  • organiser un service de renseignement privé ;
  • imposer un monopole sur les produits stratégiques ;
  • alternance entre la corruption intelligente et le chantage ;
  • pousser le monde au bord de la faillite pour se rendre indispensable.

Jacob Fugger reconnaît l’importance de l’information. Pour réussir, il doit être informé de ce qui se passe dans les ports maritimes et les centres de commerce. Désireux d’obtenir tous les avantages possibles en affaires, Fugger met en place un système de courrier privé destiné à lui transmettre exclusivement les nouvelles, telles que les « décès et les résultats des batailles », afin qu’il les ait avant tout le monde, surtout avant l’empereur.

Jacob Fugger finance tout projet, personne ou opération, correspondant à son objectif à long terme. Mais toujours à des conditions sévères fixées par lui et toujours pour s’imposer aux autres. Le principe en vigueur était le « do ut des », en d’autres termes, « je donne, je peux recevoir ».

En échange de tout prêt, des garanties et des hypothèques étaient exigées : des productions de métaux, des concessions minières, des entrées financières des États, des privilèges commerciaux et sociaux, des exemptions fiscales et douanières et de hautes fonctions pour les proches de Fugger dans la vie des Etats. Et avec la hausse des sommes avancées, la hausse des contreparties exigées par Fugger.

Sébastian Löscher, La richesse et le pouvoir payant tribut à Jacob Fugger, 1525, Augsbourg.

Si le capitalisme « moderne » est la dictature de monopoles privés au détriment d’une libre concurrence non-faussé, c’est sûr qu’il en est le fondateur.

La chose la plus importante qu’il ait apprise à Venise ? Être toujours prêt à sacrifier des gains financiers à court terme et même à offrir des profits financiers à ses victimes pour démontrer sa solvabilité et assurer son contrôle politique à long terme. En l’absence de banques nationales ou de banques publiques, les papes, les princes, les ducs et les empereurs dépendent fortement, voire entièrement, d’un oligopole de banquiers privés.

Lorsqu’un empereur autrichien, dont il est le banquier, envisage de lever un impôt universel, Fugger sabote le projet car cela réduisait sa dépendance des banquiers !

Un ambassadeur vénitien, découvrant que Jacob avait appris son métier à Venise, confesse:

Anvers et Venise

L’Europe (à l’envers), vue par Fugger avec Venise dans le nord et Anvers dans le Sud. Augsbourg au centre du monde.

Les trois Fugger sont bien conscients du rôle clé de Venise et d’Anvers pour le commerce du cuivre, Augsbourg se trouvant, avec Nuremberg, au beau milieu du corridor commercial les reliant. (voir carte)

Anvers

L’année 1503 marque le début des activités portugaises de la maison Fugger à Anvers et, en 1508, les Portugais font d’Anvers la maison de base du commerce colonial.

Bourse de commerce d’Anvers.

En 1515, Anvers se dote de la première bourse de commerce d’Europe qui servira de modèle pour Londres (1571) et Amsterdam (1611).

On y négocie le cuivre, le poivre et les dettes. L’achat d’une cargaison de poivre se réglait pour les ¾ en or, pour ¼ en cuivre. Venise d’abord, Portugal et Espagne par la suite, dépendent de Fugger pour l’argent (métal) et le cuivre.

Venise

La firme exporte du cuivre et de l’argent du Tyrol vers Venise, et importe par Venise des produits de luxe, des textiles fins, du coton et, surtout, des épices indiennes et orientales. Après de grands efforts, c’est le 30 novembre 1489 que le Conseil d’État de Venise confirme aux Fugger la possession permanente de leur chambre au Fondaco dei Tedeschi (Maison des Allemands), l’entrepôt des marchands allemands de poivre sur le Grand Canal, pour l’entretien et la décoration duquel Fugger a dépensé des sommes importantes.

Fondaco dei Tedeschi, (Maison des Allemands) à Venise, vue de l’extérieur.

Au début du XVIe siècle, les marchands de Nuremberg partagent avec ceux d’Augsbourg, le monopole de ce qui constitue le plus important comptoir commercial germanique. Au cours des repas pris en commun que le règlement leur impose, ils président alors officiellement la table réunissant leurs confrères de Cologne, de Bâle, de Strasbourg, de Francfort et de Lübeck.

Des familles de commerçants bien connues font du commerce dans la Fondaco dei Tedeschi dont les Imhoff, Koler, Kreß, Mendel et Paumgartner de Nuremberg, et les Fugger et Höchstetter de Augsbourg. Les marchands importent principalement des épices de Venise : safran, poivre, gingembre, muscade, clous de girofle, cannelle et sucre.

Fondaco dei Tedeschi, Venise. Vue sur la cour intérieure.

La bourse de Nuremberg sert de lien commercial entre l’Italie et d’autres centres économiques européens. Des aliments connus et appréciés dans la région méditerranéenne, tels que l’huile d’olive, les amandes, les figues, les citrons et les oranges, les confitures et des vins trouvent leur chemin de la mer Adriatique à Nuremberg.

A cela s’ajoutent d’autres produits de valeur tels que les coraux, les perles, les pierres précieuses, les produits de la verrerie de Murano et de l’industrie textile, comme les tissus de soie, draps de coton et de damas, velours, brocart, fil d’or, camelot et bocassin. Du papier et des livres complètent la liste.

Au cours des années suivantes, la firme « Ulrich Fugger et frères » traite des lettres de change vénitiennes avec la société Blum de Francfort et les sources mentionnent fréquemment la succursale de la société sur le Rialto comme un débouché pour le cuivre et l’argent, un centre pour l’achat de produits de luxe et une station de compensation pour les transferts à la curie romaine.

Le basculement du monde

Engagements des Fugger dans le commerce international des métaux: argent (gris foncé); cuivre (rouge); plomb (bleu) et mercure (vert olive).

En 1498, six ans après le voyage de Christophe Colomb vers l’Amérique, Vasco de Gama (1460-1524) fut le premier Européen à trouver la route de l’Inde en contournant l’Afrique. Il put ainsi fonder Calicut, le premier comptoir portugais en Inde. L’ouverture de la route maritime vers les Indes orientales par les Portugais prive alors les routes commerciales de la Méditerranée, et donc de l’Allemagne du Sud, d’une grande partie de leur importance. Géographiquement, c’est l’Espagne, le Portugal et les Pays-Bas qui prennent l’avantage.

Jacob Fugger, toujours au courant de tout avant tout le monde, décide alors de relocaliser son marché colonial de Venise vers Lisbonne et Anvers. Il profite de l’occasion pour ouvrir de nouveaux marchés tels que l’Angleterre, sans pour autant délaisser ses marchés tels que l’Italie. Il participe au commerce des épices et ouvre une factorerie à Lisbonne en 1503.

Il reçoit l’autorisation de faire transiter par Lisbonne le poivre, d’autres épices et des produits de luxe tels que les perles et les pierres précieuses.

Avec d’autres maisons de commerce d’Allemagne et d’Italie, Fugger contribue à une flotte de 22 navires portugais dirigée par le portugais Francisco de Almeida (1450-1510), qui se rend en Inde en 1505 et en revient en 1506. Bien qu’un tiers des marchandises importées doive être cédé au roi du Portugal, l’opération reste rentable. Obnubilé par les gains énormes de l’expédition, le roi du Portugal, pour pleinement pouvoir en profiter, fait du commerce des épices un monopole royal excluant toute participation étrangère. Cependant, les Portugais restent dépendant du cuivre livré par Fugger, un produit d’exportation essentiel pour le commerce avec l’Inde.

Fugger, ruses et astuces

1. Renfloue-moi, chérie

En 1494, les frères Fugger fondent une entreprise commerciale avec un capital de 54 385 florins, somme qui sera doublée deux ans plus tard lorsque Jacob persuade, en 1496, le cardinal Melchior von Meckau (1440-1509), prince-évêque de Brixen (aujourd’hui Bressanone dans le Tyrol italien), de rejoindre l’entreprise en tant qu’« associé silencieux » dans le cadre de l’expansion des activités minières en Haute-Hongrie. Dans le plus grand secret et à l’insu de son chapitre ecclésiastique, le prince-évêque place 150 000 florins dans la société Fugger en échange d’un dividende annuel de 5 %. Si de telles « transactions discrètes » étaient tout à fait habituelles chez les Médicis, profiter de taux d’intérêts reste un péché pour l’Eglise.

Lorsque le prince-évêque meurt à Rome en 1509, cet investissement est découvert. Le pape, l’évêché de Brixen et la famille de Meckau, qui revendiquent tous l’héritage, exigent alors le remboursement immédiat de la somme, ce qui aurait entraîné l’insolvabilité de Jacob Fugger.

C’est cette situation qui incite l’empereur Maximilien Ier à intervenir et à aider son banquier. Fugger lui trouve la formule. À condition d’aider le pape Jules II dans une petite guerre contre la République de Venise, le monarque des Habsbourg est reconnu comme l’héritier légitime du cardinal Melchior von Meckau. L’héritage peut désormais être réglé par l’amortissement des dettes en cours. Fugger doit également livrer des bijoux en guise de dédommagement au pape. En échange de son soutien, Maximilien Ier exige toutefois un appui financier soutenu pour ses campagnes militaires et politiques en cours. Une façon de dire aux Fugger : « Je vous sauve aujourd’hui mais je compte sur vous pour me sauver demain… ».

2. Achète-moi un pape et le Vatican, chérie

Pape Jules II.

En 1503, Jacob Fugger donne 4000 ducats (5600 florins) pour graisser la patte des cardinaux afin de faire élire « le pape guerrier » Jules II, ennemi des humanistes.

Une fois élu, pour sa protection, Jules II réclame 200 mercenaires suisses. En septembre 1505, le premier contingent de gardes suisses se met en route pour Rome. À pied et dans les rigueurs de l’hiver, ils marchent vers le sud, franchissent le col du Saint-Gothard et reçoivent leur solde du banquier… Jacob Fugger.

Jules II montre sa gratitude en confiant à Fugger la frappe de la monnaie papale. Entre 1508 et 1524, les Fugger occupent à Rome l’hôtel des monnaies, la Zecca, et fabriquent 66 types de pièces pour quatre papes différents.

3. Les affaires d’abord, chérie

En 1509, Venise est attaquée par les armées de la Ligue de Cambrai, une alliance de puissantes forces européennes qui décide de briser le monopole de Venise sur le commerce européen.

Le conflit désorganise les échanges terrestres et maritimes des Fugger. Les prêts accordés par les Fugger à Maximilien (membre de la Ligue de Cambrai) sont garantis par le cuivre du Tyrol exporté via Venise… Les Fuggers se rangent du côté de Venise sans se brouiller avec un Maximilien bien content.

4. Achète-moi un tueur à gages, chérie

Fugger a des rivaux qui le détestent. Parmi eux, les frères Gossembrot. Sigmund Gossembrot est le maire d’Augsbourg. Son frère et associé en affaires George, est le secrétaire au trésor de Maximilien. Ils souhaitent que les revenus des mines soient investis dans l’économie réelle et conseillent à l’empereur de rompre avec les Fugger. Les deux frères moururent en 1502 après avoir mangé du boudin noir. Le grand historien des Fugger, Gotried von Pölnitz, qui a passé plus de temps que quiconque dans les archives, s’est demandé si les Fugger avaient ordonné cet assassinat. Disons qu’une absence de preuve n’est pas une preuve d’absence.

5. Ta belle mine est mienne, chérie

Mine de cuivre au XVIe siècle.

La période comprise entre 1480 et 1560 a été le siècle de la révolution métallurgique. L’or, l’argent et le cuivre peuvent désormais être séparés de manière économique. La demande de mercure nécessaire au processus augmente rapidement.

Jacob, conscient des gains financiers potentiels qu’il offre, passa du commerce des textiles à celui des épices, puis à l’exploitation minière. Il se rend donc à Innsbruck, dans l’actuelle Autriche, où les mines appartiennent à Sigismond, archiduc d’Autriche (1427-1496), membre de la famille Habsbourg et cousin de l’empereur Frédéric.

Sigismond d’Autriche.

La bonne nouvelle pour Jacob Fugger, c’est que Sigismond est très dépensier. Non pas pour ses sujets mais pour se divertir. Lors d’une fête somptueuse on voit sortir un nain d’un gâteau pour lutter contre un géant. Résultat, Sigismond est constamment obligé de s’endetter. Lorsque l’argent manque, Sigismond vend la production de sa mine d’argent à des prix cassés à un groupe de banquiers. Par exemple à la famille de banquiers génois Antonio de Cavallis.

Pour entrer dans le jeu, Fugger prête à l’archiduc 3000 florins et reçoit 1000 livres d’argent métal à 8 florins la livre, qu’il revend plus tard à 12. Une somme dérisoire comparée à celles prêtées par d’autres, mais ouvrant ses relations avec Sigismond et surtout avec la dynastie naissante des Habsbourg.

En 1487, après une escarmouche militaire avec Venise, plus puissante, pour le contrôle des mines d’argent du Tyrol, l’irresponsabilité financière de Sigismond le rend persona non grata auprès des grands banquiers. Désespéré, il se tourne alors vers Fugger. Ce dernier mobilise la fortune familiale pour réunir l’argent que réclame le monarque. Une situation idéale pour le banquier. Bien entendu, il s’agit d’un prêt garanti et assorti de conditions très strictes. Sigismond ne peut pas le rembourser avec de l’argent métal de ses mines et il doit céder à Fugger le contrôle de son trésor public. Si Sigismond le rembourse, Fugger repart avec une fortune. Mais, compte tenu des antécédents de Sigismond, la chance qu’il rembourse est nulle. Ignorant les conditions du prêt, la plupart des autres banquiers sont convaincus que Fugger fera faillite. Et en effet, Sigismond a fait défaut, exactement comme Fugger… l’avait prévu. Cependant, comme stipule le contrat, Fugger s’empare de « la mère de toutes les mines d’argent », celle du Tyrol. En avançant un peu d’argent comptant, il met la main sur une mine d’argent.

6. Achète mes « obligations Fugger », chérie

Palais Fugger d’Augsbourg, cour intérieure.

Le fonctionnement de la banque Fugger est « moderne » : Fugger prête à l’Empereur (ou à un autre client) et refinance le prêt sur le marché (à des taux d’intérêt plus bas) en vendant des « obligations Fugger » à d’autres investisseurs. Les obligations Fugger étaient des investissements très recherchés car les Fugger sont considérés comme « débiteurs sûrs ». Ainsi, les Fugger ont utilisé leur solvabilité supérieure sur le marché pour garantir le financement de leurs clients dont la solidité n’était pas aussi bien notée. Tant que l’Empereur et les autres clients honorent leurs engagements, les Fugger font un profit sur la différence d’intérêt entre les prêts accordés à taux élevé et l’argent levé à taux bas. Moderne, non ?

7. Achète-moi un empereur, chérie

Maximilien d’Autriche.

Sigismond est bientôt éclipsé par le fils de l’Empereur Frédéric III, Maximilien d’Autriche (1459-1519), qui s’est arrangé pour prendre le pouvoir si Sigismond ne rembourse pas l’argent qu’il lui devait. (Fugger aurait pu prêter à Sigismond l’argent nécessaire pour le maintenir au pouvoir, mais il préfère que Maximilien occupe ce poste).

Maximilien est élu « Roi des Romains » en 1486 et régne en tant qu’empereur du Saint-Empire romain germanique de 1508 jusqu’à sa mort en 1519. Jacob Fugger a soutenu Maximilien Ier de Habsbourg lors de son accession au trône en versant 800 000 florins pour soudoyer les grands Électeurs. Cette fois, Fugger, en tant que caution, ne réclame pas de l’argent, mais des terres. C’est ainsi qu’il acquiert les comtés de Kirchberg et de Weissenhorn auprès de Maximilien Ier en 1507. En 1514, l’empereur le nomme comte.

Sans surprise, les conquêtes militaires de Maximilien coïncident avec les projets d’expansion minière de Jacob. Fugger achète de précieuses terres avec les bénéfices qu’il tire des mines d’argent obtenues de Sigismond et finance ensuite l’armée de Maximilien pour reprendre Vienne en 1490. L’empereur s’empare également de la Hongrie, une région riche en cuivre.

Albrecht Dürer, Le grand canon (détail), gravure sur acier, 1518.

Une « ceinture du cuivre » s’étend tout le long des Carpates comprenant la Slovaquie, la Hongrie et la Roumanie. Fugger modernise les mines du pays grâce à l’introduction de l’énergie hydraulique et de galeries.

L’objectif de Jacob est d’établir un monopole sur le cuivre, matière première stratégique. Avec l’étain, le cuivre entre dans la fabrication du bronze, métal stratégique pour la production de l’armement.

Fugger ouvre des fonderies à Hohenkirchen et dans une usine fortifiée située à Villach, en Carinthie, la Fuggerau (aujourd’hui en Autriche), qui est en même temps un arsenal où l’on fond des canons, où l’on fabrique des mousquets et des arquebuses.

8. Vend des indulgences, chérie

Trafic des indulgences: à gauche, un commis des Fugger, au centre le prédicateur dominicain Tetzel et à droite, à cheval, l’archevêque de Mayence Albrecht de Brandebourg.

En 1514, le poste d’archevêque de Mayence se libère. Comme nous l’avons vu, il s’agit du poste le plus puissant d’Allemagne, à l’exception de celui de l’Empereur. De tels postes requièrent des rétributions. Albrecht de Brandebourg (1490-1545), dont la famille, les Hohenzollern, régnait sur une grande partie du pays, voulait le poste. Albrecht est déjà un homme puissant : il occupe plusieurs autres fonctions ecclésiastiques. Mais même lui n’a pas les moyens de payer des honoraires aussi élevés. Il emprunte donc la somme nécessaire aux Fugger, moyennant un intérêt, que la convention de l’époque qualifie d’honoraire pour « peine, danger et dépense ».

Le pape Léon X, après avoir dilapidé le trésor papal pour son couronnement et organisé des fêtes où des prostituées s’occupaient des cardinaux, demande 34 000 florins pour accorder le titre à Albrecht – ce qui équivaut à peu près à 4,8 millions de dollars d’aujourd’hui – et Fugger dépose l’argent directement sur le compte personnel du pape.

Reste maintenant à rembourser les Fugger. Albrecht a un plan. Il obtient du pape Léon X le droit d’administrer les « indulgences du jubilé » récemment annoncées. Les indulgences étaient des contrats vendus par l’Église pour pardonner les péchés, permettant aux croyants d’acheter leur sortie du purgatoire et leur entrée au paradis.

Mais pour « tondre les moutons », comme pour toute bonne escroquerie, il fallait une « couverture » ou un « narratif ». Le motif à invoquer, concocté par Jules II, était crédible : il affirmait que la basilique Saint-Pierre avait besoin d’une rénovation urgente et coûteuse.

Johann Tetzel avec sa caisse.

Chargé de la vente, un « colporteur d’indulgences », le dominicain Johann Tetzel, « portait des bibles, des croix et une grande boîte en bois avec […] une image de Satan sur le dessus », et disait aux fidèles que ses indulgences « annulaient tous les péchés ». Il propose même un « barème progressif », les riches payant 25 florins et les travailleurs ordinaires un seul. Tetzel aurait dit : « lorsque l’argent s’entrechoque dans la boîte, l’âme saute du purgatoire ».

Sur le terrain, dans chaque église, des commis des Fugger assistent directement à la collecte de l’argent dont la moitié allait au pape et l’autre à Fugger. Fugger obtient du même coup le monopole des transferts de l’argent obtenu par la vente des indulgences entre l’Allemagne et Rome.

Si l’archevêque est à la merci des Fugger, le pape Léon X l’est tout autant, car, pour rembourser sa dette, il collecte de l’argent par des « simonies », c’est-à-dire qu’il vend de hautes fonctions ecclésiastiques aux princes. Entre 1495 et 1520, 88 des 110 évêques d’Allemagne, de Hongrie, de Pologne et de Scandinavie ont été nommés par Rome en échange de transferts d’argent centralisés par Fugger. C’est comme cela que Fugger devient « le banquier de Dieu, le principal financier de Rome ».

9. Achète-moi Luther, chérie

Depuis le IIIe siècle, l’Église catholique affirme que Dieu peut se montrer indulgent et accorder une rémission totale ou partielle de la peine encourue suite au pardon d’un péché. Cependant, l’indulgence obtenue en contrepartie d’un acte de piété (pèlerinage, prière, mortification, don), notamment dans le but de raccourcir le passage par le purgatoire d’un défunt, au cours du temps s’est transformée en un commerce lucratif. Urbain II s’en servira pour recruter des croyants à la première croisade.

Au XVIe siècle, c’est ce trafic des indulgences qui créera de graves troubles et un tumulte au sein de l’Église. Pratique qualifiée par Erasme de superstition dans son Éloge de la folie, la dénonciation du commerce des indulgences est le sujet même des quatre-vingt-quinze arguments de Luther, dont la thèse conduira l’Église à la division et à la Réforme protestante.

Refusant de se rendre à Rome pour répondre aux accusations d’hérésie et de mise en cause de l’autorité du Pape, Luther accepte de se présenter en 1518 à Augsbourg au légat du pape, le cardinal Cajetan. Ce dernier exhorta Luther à se rétracter ou à revenir sur ses déclarations (« revoca ! »).

Luther au palais Fugger d’Augsbourg, devant le cardinal Cajetan.

Alors que Luther avait dénoncé nommément Fugger pour son rôle central dans l’escroquerie des indulgences, il accepta d’être interrogé dans le bureau central de la banque qui organisait le crime qu’il dénonce !

Luther semble avoir été conscient que, accusations verbales à part, les Fugger allaient le protéger et le promouvoir afin de discréditer à un appel à la réforme beaucoup plus raisonnable émanant d’Érasme et de ses disciples à l’intérieur de l’Eglise. Alors qu’il aurait pu être arrêté et brûlé sur le bûcher comme certains le demandaient, Luther est venu, a refusé pendant trois jours de revenir sur ses déclarations et est reparti indemne.

10. Achète-moi de la pauvreté, chérie

Au XVIe siècle, les prix augmentent de façon constante dans toute l’Europe occidentale. A la fin du siècle, ils sont trois à quatre fois plus élevés qu’au début. Récemment, les historiens se sont montrés insatisfaits des explications monétaires de la hausse des prix au XVIe siècle. Ils se sont rendus compte que les prix dans de nombreux pays ont commencé à augmenter avant que la majeure partie de l’or et de l’argent du Nouveau Monde n’arrive en Espagne, et a fortiori ne la quitte, et que les flux monétaires qui leur sont associés n’ont que peu de rapport avec des mouvements de prix, y compris en Espagne.

En réalité, à la fin du XVe et au début du XVIe siècle, la population européenne a recommencé à croître, après la longue période de contraction amorcée par la peste noire de 1348. L’accroissement de la population a entraîné une augmentation de la demande de nourriture, de boissons, de vêtements bon marché, d’abris, de bois de chauffage, etc. Les agriculteurs ont du mal à augmenter leur production : les prix des denrées alimentaires, la valeur des terres, les coûts industriels, tout augmente. Ces pressions sont aujourd’hui considérées comme une cause sous-jacente importante de cette inflation, même si peu de gens nieraient qu’elle a été exacerbée à certains moments par les gouvernements qui manipulent la monnaie, empruntent massivement et mènent des guerres.

« L’ère des Fuggers » est une ère où l’argent est investi dans l’argent et la spéculation financière. L’économie réelle est pillée par les impôts et les guerres. La dynamique créée par l’effondrement du niveau de vie, les impôts et l’inflation des prix pour la plupart des gens et la révélation publique de la corruption de l’Église et de l’aristocratie ouvrent la voie à des émeutes dans de nombreuses villes, à la Guerre des paysans, à une insurrection des tisserands, des artisans et même des mineurs. La « Révolte des Pays-Bas » et des siècles de guerres « religieuses » sanglantes ne prendront fin qu’avec l’« enterrement » de l’Empire par la paix de Westphalie en 1648.

11. Achète-moi des logements sociaux, chérie

Alors qu’il appauvrit des centaines de milliers de personnes par sa rapacité financière, Jacob Fugger offre une centaine de logements sociaux aux indigents qui veulent travailler et prier pour sa famille.

L’initiative de Jacob Fugger, en 1516, de construire la Fuggerei, un projet de logement sociaux pour une centaine de familles de travailleurs à Augsbourg, plutôt unique dans son genre pour l’époque, s’avère trop peu et arrive trop tard. La Fuggerei a survécu en tant que monument en l’honneur des Fugger. Le loyer n’a pas changé, il est toujours d’un gulden rhénan par an (équivalent à 0,88 euros). Mais les locataires doivent prier trois fois par jour pour les Fugger et exercer un emploi à temps partiel. Les conditions pour y vivre restent les mêmes qu’il y a 500 ans : il faut avoir vécu au moins deux ans à Augsbourg, être de confession catholique et indigent sans dettes. Un précurseur des mesures Harz-4? Chaque jour, les cinq portes ferment à 22 heures.

12. Achète-moi des taux dignes d’intérêt, chérie

« Tu ne percevras pas d’intérêts ». En 1215, le pape Innocent III a explicitement confirmé l’interdiction de l’intérêt et de l’usure décrétée par la Bible. La phrase de Luc 6:35, « Prêtez et n’attendez rien en retour », est interprétée par l’Église comme une interdiction pure et simple de l’usure, définie comme la demande d’un quelconque intérêt. Même les comptes d’épargne étaient considérés comme un péché. Ce n’était pas le scénario idéal de Jacob Fugger.

Pour changer cette situation, Fugger embauche un théologien renommé, Johannes Eck (1494-1554) d’Ingolstadt, pour plaider sa cause. Fugger mène une véritable campagne de relations publiques, notamment en organisant des débats sur la question entre orateurs de son choix, et écrit une lettre passionnée au pape Léon X.

Au service des Fugger, le pape Léon X, tableau de Raphaël.

En conséquence, Léon X publie un décret proclamant que la perception d’intérêts n’est de l’usure que si le prêt était consenti « sans travail, coût ou risque » – ce qui n’a jamais été le cas pour aucun prêt.

Plus d’un millénaire après Aristote, le pape Léon X a constaté que le risque et le travail liés à la protection du capital faisaient du prêt d’argent une chose vivante. Tant qu’un prêt implique un travail, un coût ou un risque, il est en règle. Le tour est joué. Fugger persuade l’Église d’autoriser un taux d’intérêt de 5 % – et il réussit assez bien : la perception d’intérêts n’est pas autorisée, mais elle n’est pas punie non plus.

Ainsi, grâce à Léon X, Fugger peut désormais attirer des dépôts en offrant à ses clients un rendement de 5 %. Au niveau des prêts, selon le rapport du Conseil du Tyrol, alors que les autres banquiers prêtaient à un taux de 10 % à Maximilien, le taux appliqué par Fugger, justifié par « le risque » dépassait les 50 % !

Quinten Matsys, Les usuriers, 1520, Galleria Doria Pamphilj, Rome.

Charles Quint, dans les années 1520, a dû emprunter à 18 % et même à 49 % entre 1553 et 1556. Entre-temps, les biens de Fugger, qui s’élèvent en 1511 à 196 791 florins, passent en 1527, deux ans après la mort de Jacob, à 2 021 202 florins, soit un bénéfice total de 1 824 411 florins, ou 927 % d’augmentation, ce qui représente, en moyenne, une augmentation annuelle de 54,5 %. Tout cela est aujourd’hui présenté, non pas comme de l’usure, mais comme une « grande avancée » anticipant les pratiques modernes de gestion de fortunes et d’actifs…

Fugger « a brisé les reins de la Ligue hanséatique » et « a sorti le commerce de son sommeil médiéval en persuadant le pape de lever l’interdiction de prêter de l’argent. Il a contribué à sauver la libre entreprise d’une mort prématurée en finançant l’armée qui a remporté la guerre des paysans allemands, le premier grand affrontement entre le capitalisme et le communisme », souligne Greg Steinmetz, historien et ancien correspondant du Wall Street Journal.

Venise, le plus ancien ghetto juif d’Europe

13. Achète-moi un Empire austro-hongrois, chérie

Lorsque la Turquie envahit la Hongrie en 1514, Fugger s’inquiète vivement de la valeur de ses mines de cuivre hongroises, ses propriétés les plus rentables. Après l’échec des efforts diplomatiques, Fugger lance un ultimatum à Maximilien : soit il conclut un accord avec la Hongrie, soit Fugger renonce à d’autres prêts. La menace fonctionne.

Fidèle à la devise qui prétend expliquer l’origine de la prospérité de la famille de Habsbourg. « Bella gerant alii, tu, felix Austria, nube » (les autres font la guerre; toi, heureuse Autriche, tu fais des mariages), Maximilien négocie une alliance matrimoniale qui laisse la Hongrie aux mains des Habsbourg, ce qui conduit à redessiner la carte de l’Europe en créant la gigantesque poudrière politique connue sous le nom d’Empire austro-hongrois. Fugger avait besoin que les Habsbourg s’emparent de la Hongrie pour protéger ses possessions.

14. Achète-moi un deuxième empereur, chérie

Charles Quint, élu empereur avec l’argent des Fugger. Il les remboursera avec le sang et les larmes de ses sujets.

Lorsque Maximilien Ier, empereur du Saint-Empire romain germanique, meurt en 1519, il doit à Jacob Fugger environ 350 000 florins. Pour éviter un défaut de paiement sur cet investissement, Fugger a réuni un cartel de banquiers afin de réunir tout l’argent de la corruption permettant au petit-fils de Maximilien, Charles Quint, d’acheter le trône.

Si un autre candidat avait été élu empereur, comme le roi de France François qui a soudainement tenté d’entrer en scène, et aurait certainement été réticent à payer les dettes de Maximilien à Fugger, ce dernier aurait sombré dans la faillite.

Cette situation rappelle le modus operandi de JP Morgan, après le krach bancaire américain de 1897 et la panique bancaire de 1907. Le « Napoléon de Wall Street », craignant la renaissance d’une véritable banque nationale dans la tradition d’Alexander Hamilton, réunit d’abord les fonds nécessaires pour renflouer ses concurrents défaillants, puis crée, en 1913, le système de la Réserve fédérale, un syndicat privé de banquiers chargé d’empêcher le gouvernement de s’immiscer dans leurs affaires lucratives.

Ainsi, Jacob Fugger, en liaison directe avec Marguerite d’Autriche, qui a adhéré au projet en raison de ses craintes pour la paix en Europe, a rassemblé de manière totalement centralisée l’argent pour chaque Électeur, profitant de l’occasion pour renforcer de manière spectaculaire ses positions monopolistiques, en particulier sur ses concurrents tels que les Welser et le port d’Anvers, en pleine expansion.

Selon l’historien français Jules Michelet (1798-1874), Jacob Fugger posa énergiquement trois conditions :

Hans Holbein le Jeune, L’Homme riche, 1526. Lors de son décès, la mort lui pique ses sous ! Fugger « le Rich » meurt en 1525.

Comme nous l’avons déjà dit, les gens pensent à tort que Jacob « le Riche » était « très riche ». Bien sûr qu’il l’était : aujourd’hui, il est considéré comme l’une des personnes les plus riches de l’Histoire, avec une fortune de plus de 400 milliards de dollars (actuels), soit environ 2 % du PIB total de l’Europe à l’époque, plus de deux fois la fortune de Bill Gates.

Nous ne saurons jamais si cela est vrai ou non et quelle était sa richesse réelle. Mais si l’on examine le capital propre déclaré par les frères Fugger aux autorités fiscales d’Augsbourg, on s’aperçoit qu’il éclipse de loin les sommes colossales prêtées.

Selon l’historien Mark Häberlein, Jacob a anticipé les astuces modernes d’évasion fiscale en concluant un accord avec les autorités fiscales d’Augsbourg en 1516. En échange d’une somme forfaitaire annuelle, la véritable richesse de la famille… n’est pas divulguée. L’une des raisons en est bien sûr que, tout comme BlackRock aujourd’hui, Fugger était un « gestionnaire de fortune », promettant un retour sur investissement de 5 % tout en empochant lui-même 14,5 %… Les cardinaux et autres fortunes investissaient secrètement dans Fugger pour ses rendements juteux.

On peut donc dire que Fugger était très riche… de dettes. Et tout comme le FMI et une poignée de banques géantes aujourd’hui, en renflouant leurs clients avec de l’argent fictif, les Fugger ne faisaient rien d’autre que de se renflouer eux-mêmes et d’augmenter leur capacité à continuer de le faire. Pas de réforme structurelle sur la table, seulement une crise de liquidité ? Cela me rappelle quelque chose !

Le choix unanime de Charles Quint par les Électeurs a nécessité des pots-de-vin exorbitants, d’un montant de 851 585 florins, pour faciliter les choses. Jacob Fugger a versé 543 385 florins, soit environ les deux tiers de la somme, les Welser et quelques banquiers génois ont avancé le reste.

Il faudrait un gros livre ou un documentaire pour détailler l’ampleur des pots-de-vin payés pour l’élection impériale de Charles Quint.

Voici un extrait d’un compte rendu détaillé :

Albert de Brandebourg. Pas assez de doigts aux mains pour exhiber ses bagues.
Hermann V de Wied.
Joachim Ier Nestor.

15. Achète-moi un monde sans régulation bancaire, chérie

En 1523, sous la pression d’une opinion publique de plus en plus remontée contre les maisons de commerce d’Augsbourg, au premier rang celles des Fugger, le bras fiscal du Conseil impérial de régence les met en accusation. Certains évoquent même l’idée de limiter le capital commercial des entreprises individuelles à 50 000 florins et le nombre de leurs succursales à trois. La mort pour Fugger.

Conscient qu’une telle réglementation le ruinerait, Jacob Fugger, pris de panique, écrit le 24 avril 1523 un court message à l’empereur Charles Quint, rappelant à sa Majesté sa dépendance à l’égard de la bonne santé des comptes bancaires de Fugger :

16. Achète-moi l’Espagne, chérie

Bien sûr, Charles Quint n’a pas un kopeck pour rembourser le prêt géant de Fugger qui l’avait fait élire ! Petit à petit, Fugger fait valider son droit de poursuivre l’exploitation des métaux – argent et cuivre – dans le Tyrol pour faire fructifier l’argent. Mais il en obtint davantage, d’abord en Espagne même et, tout à fait logiquement, dans les territoires nouvellement conquis par l’Espagne en Amérique.

17. Achète-moi l’Amérique, chérie

Tout d’abord, pour rembourser sa dette, Charles propose l’usufruit des principaux territoires des ordres de chevalerie espagnols, appelés Maestrazgos, pour lesquels les Fugger paient 135 000 ducats par an. Entre 1528 et 1537, le Maestrazgos est administré par les Welser d’Augsbourg et un groupe de marchands dirigé par le chef espagnol du service postal Maffeo de Taxis et le banquier génois Giovanni Battista Grimaldi. Mais après 1537, les Fugger reprennent le flambeau. Le contrat de bail est très intéressant pour deux raisons : d’une part, il permet aux preneurs à bail d’exporter les excédents de céréales de ces domaines et, d’autre part, il inclut les mines de mercure d’Alamadén, un élément crucial à la fois pour la production de verre à miroir, le traitement de l’or et les applications médicales.

Comme les Fugger dépendent des livraisons d’or et d’argent en provenance d’Amérique pour recouvrer leurs prêts à la couronne espagnole, il semblait logique qu’ils se tournent également vers le Nouveau Monde.

18. Achète-moi le Venezuela, chérie

Plaque commémorative sur la résidence des Welser à Augsbourg: « Ici résidait entre 1511 et 1519, Bartolomé Welser qui a dirigé les premières colonisations allemandes en Amérique du Sud.

Bartholomé Welser.

Passons maintenant aux Welser. L’histoire des Welser remonte au XIIIe siècle, lorsque ses membres occupaient des postes officiels dans la ville d’Augsbourg. Plus tard, la famille s’est fait connaître en tant que patriciens et marchands de premier plan. Au XVe siècle, alors que les frères Bartolomé et Lucas Welser pratiquent un vaste commerce avec le Levant et d’autres pays, ils ont des succursales dans les principaux centres commerciaux du sud de l’Allemagne et de l’Italie, ainsi qu’à Anvers, Londres et Lisbonne. Aux XVe et XVIe siècles, des branches de la famille s’installent à Nuremberg et en Autriche.

En récompense de leur contribution financière à son élection en 1519, le roi Charles Quint, incapable de rembourser, accorde aux Welser des privilèges dans la traite des esclaves africains et la conquête des Amériques.

La famille Welser se voit donc offrir la possibilité de participer à la conquête des Amériques au début et au milieu du XVe siècle. Comme le stipule le contrat de Madrid (1528), également connu sous le nom de « contrats Welser », les marchands se sont vus garantir le privilège de mener des « entradas » (expéditions) pour conquérir et exploiter de grandes parties des territoires qui appartiennent aujourd’hui au Venezuela et à la Colombie. Les commerçants allemands cultivent des fantasmes de richesses fabuleuses, alimentés par la découverte de trésors d’or : on dit que les Welser ont créé le mythe de l’El Dorado (la cité de l’or).

Récit allemand (1509) sur les expéditions portugaises.

Les Welser commencent leurs activités en ouvrant un bureau sur l’île portugaise de Madère et en acquérant une plantation de sucre aux îles Canaries.

Ils se sont ensuite étendus à Saint-Domingue, l’actuelle Haïti. La main-mise des Welser sur la traite des esclaves dans les Caraïbes a commencé en 1523, cinq ans avant le contrat de Madrid, puisqu’ils avaient commencé leur propre production de sucre sur l’île.

Les Welser explorant le Venezuela.



Le contrat de Madrid comprend le droit d’exploiter une grande partie du territoire de l’actuel Venezuela (en espagnol « Petite Venise »), un pays qu’ils appelaient eux-mêmes « Welserland ». Ils obtiennent également le droit d’expédier 4 000 esclaves africains pour travailler dans les plantations de sucre. Alors que l’Espagne accorde des capitaux, des chevaux et des armes aux conquistadors espagnols, les Welsers ne leur prêtent qu’au prix fort et les obligent à acheter, exclusivement auprès d’eux, les moyens de faire tourner leurs activités. Des Allemands pauvres se rendent au Venezuela et s’endettent rapidement, ce qui exacerbe leur rapacité et aggrave la façon dont ils traitent les esclaves. De 1528 à 1556, sept entradas (expéditions) conduisent au pillage et à l’exploitation des cultures locales.

La situation devient si grave qu’en 1546, l’Espagne révoque le contrat, notamment parce qu’elle sait que les Welser servent également des clients luthériens en Allemagne. Le fils de Bartholomeus Welser, Bartholomeus VI Welser et Philipp von Hutten sont arrêtés et décapités à El Tocuyo par le gouverneur espagnol local Juan de Carvajal en 1546. Enfin, l’abdication de Charles Quint en 1556 met un terme à la tentative des Welser de rétablir par la loi leur concession.

19. Achète-moi le Pérou et le Chili, chérie

Contrairement à la famille Welser, la participation de Jacob Fugger au commerce colonial reste prudente et conservatrice, et la seule autre opération de ce type dans laquelle il investit est une expédition commerciale ratée de 1525 vers les Moluques, menée par l’Espagnol Garcia de Loaisa (1490-1526). Pour l’Espagne, l’idée était d’accéder à l’Indonésie en passant par l’Amérique, ce qui aurait permis d’échapper au contrôle portugais. Cela n’ira pas plus loin parce que Jacob le Riche meurt en décembre de la même année et son neveu Anton Fugger prend la direction de l’entreprise.

Cependant, la fête continue. Les relations des Fugger avec la Couronne espagnole atteignent leur apogée en 1530 avec le prêt de 1,5 million de ducats des Fugger pour l’élection de Ferdinand comme « roi romain ». C’est dans ce contexte que l’agent des Fugger, Veit Hörl, obtient en garantie de l’Espagne le droit de conquérir et de coloniser la région côtière occidentale de l’Amérique du Sud, de Chincha au Pérou jusqu’au détroit de Magellan. Cette région comprend l’actuel sud du Pérou et tout le Chili. Les choses se sont cependant embrouillées et, pour des raisons inconnues, Charles Quint, qui était d’accord avec l’accord, ne le ratifie pas. Considérant que le projet vénézuélien des Welser a dégénéré en entreprise brutale de pillage et s’est soldé par des pertes substantielles. Anton Fugger, qui estime que les retombées financières sont trop faibles, abandonne ce type d’entreprise.

20. Achète moi des esclaves, chérie

Des manillas, monnaie d’échange pour l’achat d’esclaves.


Le cuivre des mines de Fugger était utilisé pour les canons des navires, mais il servait également à la production de « manillas » en forme de fer à cheval. Les manillas, dérivées du latin signifiant main ou bracelet, étaient une « monnaie » utilisée par la Grande-Bretagne, le Portugal, l’Espagne, les Pays-Bas, la France et le Danemark pour échanger avec l’Afrique de l’Ouest de l’or et de l’ivoire, ainsi que des personnes réduites à l’état d’esclaves. Les métaux privilégiés étaient à l’origine le cuivre, puis le laiton vers la fin du XVe siècle et enfin le bronze vers 1630.

En 1505, au Nigeria, un esclave se vend pour 8 à 10 manilles, et une dent d’éléphant pour une manille de cuivre. On dispose désormais de chiffres : entre 1504 et 1507, les commerçants portugais importent 287 813 manilles du Portugal vers la Guinée, en Afrique, via la station commerciale de São Jorge da Mina. Le commerce portugais s’intensifie au cours des décennies suivantes. 150 000 manilles sont exportées chaque année vers le fort commercial d’Elmina, sur la Côte d’Or. En 1548, une commande de 1,4 million de manilles est passée à un marchand allemand de la famille Fugger pour soutenir le commerce.

Un bronze béninois.

En 2023, un groupe de scientifiques a découvert que certains des bronzes du Bénin, aujourd’hui restitués aux nations africaines, ont été fabriqués avec du métal extrait à des milliers de kilomètres de là, en Rhénanie allemande. Le peuple Edo du Royaume du Bénin, a créé ses extraordinaires sculptures avec des bracelets en laiton fondus, la sinistre monnaie de la traite transatlantique des esclaves entre le 16e et le 19e siècle…

Fin de partie

Anton Fugger.

Après la mort de Jacob, son neveu Anton Fugger (1493-1560) tente de maintenir la position d’une maison qui s’affaiblit.

Les souverains captifs ne sont pas aussi solvables qu’on l’espérait. Charles Quint a de sérieux soucis financiers et la faillite qui s’annonce est l’une des raisons pour lesquelles il se retire, laissant la direction de l’empire à son fils, le roi Philippe II d’Espagne. Malgré l’arrivée de l’or et de l’argent, l’Empire fait faillite. À trois reprises (1557, 1575, 1598), Philippe II est incapable de payer ses dettes, tout comme ses successeurs, Philippe III et Philippe IV, en 1607, 1627 et 1647.

Mais l’emprise politique des Fugger sur les finances espagnoles est si forte, écrit Jeannette Graulau, que « lorsque Philippe II déclara une suspension de paiement en 1557, la faillite n’incluait pas les comptes de la famille Fugger. Les Fugger proposent à Philippe II une réduction de 50 % des intérêts des prêts si l’entreprise est exclue de la faillite. Malgré le lobbying intense de son puissant secrétaire, Francisco de Eraso, et des banquiers espagnols rivaux des Fugger, Philippe n’inclut pas les Fugger dans la faillite ». Bravo les artistes !

En 1563, les créances des Fugger sur la Couronne espagnole s’élevaient à 4,445 millions de florins, soit bien plus que leurs avoirs à Anvers (783 000 florins), Augsbourg (164 000 florins), Nuremberg et Vienne (28 600 florins).

Mais en fin de compte, en unissant leur destin trop étroitement à celui des souverains espagnols, l’empire bancaire des Fugger s’est effondré avec l’effondrement de l’empire espagnol des Habsbourg.

Le professeur français Pierre Bezbakh, écrivant dans Le Monde en septembre 2021, a noté :

Aujourd’hui, uniquement dix méga-banques (dont 4 françaises) appelées « Prime Brokers » sont autorisées à acheter et à revendre sur le marché secondaire les bons d’État français, émis à dates régulières par l’Agence française du Trésor pour refinancer la dette publique française (3228 milliards d’euros) et surtout pour refinancer les remboursements de la dette (51 milliards d’euros en 2024). Les noms des Fuggers d’aujourd’hui sont : HSBC, BNP Paribas, Crédit Agricole, J.P. Morgan, Société Générale, Citi, Deutsche Bank, Barclays, Bank of America Securities et Natixis.

Conclusion

Au-delà de l’histoire des dynasties Fugger et Welser qui, après avoir colonisé les Européens, ont étendu leurs crimes coloniaux à l’Amérique, il y a quelque chose de plus profond à comprendre.

Aujourd’hui, on dit que le système financier mondial est « désespérément » en faillite. Techniquement, c’est vrai, mais politiquement, il est maintenu avec succès au bord de l’effondrement total afin de garder le monde entier dépendant d’une classe de prédateurs financiers apatrides. Un système en faillite, paradoxalement, nous désespère, mais leur donne l’espoir de rester aux commandes et de maintenir leurs privilèges jusqu’à la fin des temps. Seuls les banquiers peuvent sauver le monde de la faillite !

Historiquement, nous, en tant qu’humanité, avons créé des « États-nations » dûment équipés de « banques nationales » contrôlées par le gouvernement, afin de nous protéger de ce chantage financier systémique et abject. Les banques nationales, si elles sont correctement gérées, peuvent générer des crédits productifs dans notre intérêt à long terme en développant notre économie physique et humaine plutôt que les bulles financières des maîtres-chanteurs financiers.

Malheureusement, un tel système positif a rarement existé et lorsqu’il a existé, il a été saboté par les marchands d’argent que Roosevelt voulait chasser du temple de la République.

Comme nous l’avons démontré, la grave dissociation mentale appelée « monétarisme » est l’essence même du fascisme (financier). Les syndicats financiers et bancaires criminels « impriment » et « créent » de l’argent. Si cet argent n’est pas « domestiqué » et utilisé comme instrument pour accroître les pouvoirs créatifs de l’homme et de la nature, les ressources s’épuisent et les conflits deviennent insolubles.

La volonté de « convertir » à tout prix, y compris par la destruction de l’humanité et de ses pouvoirs créateurs, une « valeur » nominale qui n’existe qu’en tant qu’accord entre les hommes, en une forme de richesse physique « réelle », est l’essence même de la machine de guerre nazie.

Pour sauver les dettes du Royaume-Uni et de la France envers l’industrie américaine de l’armement détenue par JP Morgan et consorts, il fallait forcer, par le Traité de Versailles, l’Allemagne à payer. Lorsqu’il s’est avéré que c’était impossible, les intérêts bancaires anglo-franco-américains ont créé la « Banque des règlements internationaux ».

La BRI, sous la supervision directe de Londres et de Wall Street, a permis à Hitler d’obtenir les liquidités et devises suisses dont il avait besoin pour construire sa machine de guerre, une machine de guerre considérée comme potentiellement utile pour les Occidentaux tant qu’elle annonçait vouloir marcher vers l’Est, en direction de Moscou.

Pour obtenir des liquidités de la BRI, la banque centrale allemande déposait en garantie des tonnes d’or volées aux pays qu’elle envahissait (Autriche, Pays-Bas, Belgique, Luxembourg, Tchécoslovaquie, Pologne, Albanie, etc.). L’or dentaire des Juifs, des communistes, des homosexuels et des Tziganes exterminés dans les camps de concentration est déposé sur un compte secret de la Reichsbank pour financer les SS.

Le ministre des finances de la Banque d’Angleterre et d’Hitler, Hjalmar Schacht, qui a échappé à la potence du procès de Nuremberg grâce à ses protections internationales, fut sans doute le meilleur élève de Jacob Fugger le Riche, non pas le père de la banque allemande ou « moderne », mais le père du fascisme financier, héritier de Rome, de Venise et de Gênes. Plus jamais ça !

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