Catégorie : Comprendre
Articles, analyses et conférences pédagogiques.
L’histoire de l’art avec le regard d’un amoureux de toutes les renaissances.
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The Creative Principle in Painting

Discussion paper written (updated later but initially conceived in Belgium before 1980) by my beloved wife Christine (Ruth) BIERRE who was a precious source of many of my works, research and inspiration.
Les racines symbolistes des « Killer Games »

Le nombre croissant de massacres commis par des adolescents et jeunes adultes « happés » par les univers persistant véhiculés par des jeux vidéo dont la violence et la perversion ne cessent de croître nous porte à regarder de plus prêt les origines de cette cyberculture et les killer games.
Par Karel Vereycken, décembre 2007.
Le nombre croissant de massacres commis par des adolescents et jeunes adultes « happés » par les univers persistant véhiculés par des jeux vidéo et les killer games dont la violence et la perversion ne cessent de croître nous porte à regarder de plus prêt les origines de cette cyberculture.
La plus grande tromperie des Killer Games c’est précisément qu’ils font croire aux joueurs et aux parents des joueurs, qu’il ne s’agit que d’un simple jeu. Une fois établi ce « fait », notre cerveau tend à renoncer à toute enquête sérieuse sur le sens explicite ou non, et encore moins des « valeurs », véhiculées par le jeu. Beaucoup d’adeptes des jeux, y compris les plus violents, nous ont confiés qu’en réalité, il ne s’intéressaient qu’à « l’environnement graphique » de leur jouet.
Si nous sommes loin d’avoir tous les éléments en main, voici quelques pistes intéressantes pour mieux comprendre la genèse des images qui finissent par créer une telle fascination dans les esprits qu’on estime que le nombre cyberdrogués a dépassé les 10 000 en France.
Les racines symbolistes
Derrière la pseudo dérision de cette « culture de la mort », tout enquêteur honnête, ayant une connaissance rudimentaire de l’histoire de l’art, reconnaît sans grande peine un remake du courant culturel qui ruina la fin du XIXe siècle : ce symbolisme dont la démarche se résumait souvent au culte de la mort et du plaisir, incarné par l’image de la femme fatale, l’évasion dans l’érotisme ou l’exaltation de l’ailleurs onirique et oriental.
Ce motif symboliste du couple eros (sexe) et thanatos (mort) provient directement des doctrines ésotériques et anti-chrétiennes n’excluant pas les sacrifices humains. Si Mme Blavatsky et ses théosophes prônaient la mise à mort du judéo-christianisme en faveur des vertus « femelles » de religions anti-prométhéennes, la montée du fascisme nécessitait la valorisation de symboles hautement plus virils et plus guerriers.
Aujourd’hui, l’on reconnaît volontiers l’influence de la Théosophie sur un des pères fondateurs de l’abstrait lyrique, le peintre russe Wassily Kandinsky ou le cubiste hollandais Piet Mondrian.
Si l’on admet aussi sans problème l’influence des Rose-croix sur le cercle post-impressionniste des « Nabis » (Paul Sérusier, Pierre Bonnard, Maurice Denis et même Aristide Maillol) et autres précurseurs de l’art moderne, l’influence du symbolisme sur l’art réaliste fantastique digital reste largement ignoré.
De la science-fiction au Killer games en passant par les films d’horreurs
Avant l’apparition du business des jeux électroniques, tout cette imagination saugrenue se donnait rendez-vous dans la littérature de science-fiction et les films d’horreur avec des résultats parfois tout aussi dévastateur.


Rappelons que le 3 juin 2002, en Loire Atlantique, un adolescent de 17 ans portant le masque du tueur anonyme du film d’horreur de Wes Craven Scream de 1996 a massacré une jeune fille de 15 ans.
Le masque du film reprend en détail la tête peinte par le peintre symboliste norvégien Edvard Munch dans son œuvre Le cri de 1893. Un texte du journal de Munch à l’époque décrit la genèse de l’œuvre :
« Je suivait un chemin accompagné de deux amis ; le soleil se couchait ; je sentais une brise de mélancolie ; soudainement le ciel devenait rouge sang ; je me suis arrêté pour me reposer contre la clôture ; mortellement fatigué ; fixant les nuages enflammés qui étaient suspendu comme du sang et une épée au-dessus du fjord bleu et la ville ; mes amis continuaient leur chemin ; j’étais là, tremblant d’angoisse ; et je ressentais un grand cri, infini, traverser la nature. »
Au-delà de l’anecdote, constatons que Munch n’était pas une victime innocente. Affirmant que « l’ironie est la politesse du désespoir », il nous montre dans sa lithographie Madone de 1902, la puissance séductrice de la femme fatale entourée d’une frise où courent en vain de frétillants spermatozoïdes tandis que dans le coin gauche un avorton lève un regard suppliant vers sa déesse, variation du motif d’eros/thanatos.
Kill Bill


Ce motif fait toujours recette. Pour rester dans le domaine cinématographique, il est à noter que le rôle attribué à Uma Thurman dans le film de Quentin Tarantino Kill Bill sorti en 2003 est également construit sur un scénario permettant de faire passer ces valeurs du symbolisme fascisant.
Dans ce film, des assassins surgissent et tirent impitoyablement et sans raison sur toutes les personnes présentes lors de la répétition d’une cérémonie de mariage à El Paso au Texas. La mariée (Uma Thurman), qui est enceinte lors de la tuerie survit.
Ancienne tueuse à gages, elle se fixe comme seul but de se venger en tuant ses anciens complices y compris le père de son enfant. Résultat : un film « d’actions » (arts martiaux à gogo) où se mélange le sang des méchants à la beauté de l’actrice grâce à des mises à mort à coups de sabre.
La vengeance est une valeur moderne et la formule eut un tel résultat commercial que Kill Bill 2 et Kill Bill 3 furent rapidement commercialisés.

Si le symboliste français Gustave Moreau (précepteur de Matisse) habillait sa fascination pour la mort de mystères plus énigmatiques, comme dans son œuvre Jupiter et Sémélé, ce thème de la femme fatale fut largement développé par des artistes symbolistes, tel que le munichois Franz von Stück (Le péché, 1893 ; Le baiser du sphinx, 1895) ou le belge Ferdinand Khnopf (Le sphinx,1896).
Mais c’est sans doute le peintre polonais Jacek Malszewski, qui nous rapproche peut-être le plus du style en vogue dans l’art digital aujourd’hui.
Dans son Thanatos I de 1898, la mort ailée (une jeune femme) affûte sa faux. Le vieil homme qui demeure dans le manoir visible sur l’arrière plan accourt au bruit.
Enthousiasmé, il va vers une mort certaine.
Heavenly Sword
Regardons maintenant le scénario de Heavenly Sword, un jeu vidéo d’action, développé par Ninja Theory et édité par Sony pour sa PlayStation 3, lancé en septembre 2007 et affichant des profits fulgurants 941 % en un an.
Le joueur s’y identifie avec Nariko, une jolie femme à la longue crinière rouge qui part elle aussi en quête de vengeance contre un roi et son armée pour avoir malmené son clan.
Equipée d’une énorme épée divine, « une lame aussi puissante que divine », Nariko n’a que quelques heures pour accomplir sa tâche.
Car l’arme, forgé il y a des siècles, fut conçue pour un dieu. Mais, n’étant qu’humaine, l’énergie vitale de Nariko est aspirée par l’épée, l’affaiblissant à chaque coup porté.
Une fois de plus, la valeur centrale est la vengeance et le besoin de faire couler le sang à temps avant que s’impose le destin fatal de sa propre mort. La psychologie du terroriste kamikaze, celui de tuer un maximum avant de périr, est omniprésente.
La figure apparaît comme un mélange entre Lara Croft de Tomb Raider, Uma Thurman dans Kill Bill, arrosé de scènes ennuyeuses et banales de Kung Fu. La ressemblance entre les cheveux rouges de Nariki et les fleuves de sang rouge visent à esthétiser la violence.

L’artiste digital à l’origine de cette imagerie maladive est le jeune génois Alessandri Taini qui signe Talexi. Il semble, selon ses productions et sa page MySpace, un fervent admirateur de l’écrivain pervers italien et femme fatale Isabella Santacroce qui exhibe sa fesse droite sur sa page MySpace.
On ne connaît rien de cette personne, à part son association avec les Giovani Cannibali (jeunes cannibales), un mouvement littéraire des années 90 qui donna naissance en Italie à un mouvement philosophique et littéraire, le Nevroromanticismo, qui vise à exprimer le désarroi de l’existence.
Son œuvre se concentre sur l’amour dans tous ses états, y compris celui qui conduit inexorablement à la mort. Dans un livre, elle affirme que la famille n’est qu’un « carnaval horrible » qui ne mérite que la mort. Une série d’œuvres « personnelles » de Talexi, Dark Demonia et Frost Flower, inspiré par des écrits névroromantiques de Santacroce, ne montrent que désolation, bains de sang et avortons métastasés.
Le triangle d’or

La figure clef qui forme un pont reliant les symbolistes du début du siècle, l’art nazi, le modernisme et le réalisme fantastique qui domine l’environnement graphique des jeux vidéo d’aujourd’hui est le peintre mystique Ernst Fuchs.

Né en 1930, cette « artiste visionnaire » est aussi graphiste, graveur, architecte, concepteur de décors, poète et compositeur. Il fut un des fondateurs, avec d’autres élèves de Albert Paris Gütersloh, de l’école viennoise du réalisme fantastique inspiré par le symboliste Gustav Klimt et autres symbolistes.
Fuchs est le dernier survivant de ce qu’on a appelé « le triangle d’or », c’est-à-dire les trois artistes dont l’œuvre domine le siècle présent : Salvador Dali, Arno Breker et Ernst Fuchs. En réalité, ce triangle d’or n’est rien d’autre que l’extension du « cercle intime » d’Adolf Hitler.
Etudiant les techniques classiques des grands maîtres, Fuchs fut adopté après la guerre par le sculpteur personnel d’Adolf Hitler, Arno Breker.
Dans son Journal (1942/1945) qui couvre la période d’occupation, Jean Cocteau se laisse dire en juin 42 par Arno Breker, parlant de Hitler : « Vous n’aurez jamais en face de vous un homme aussi sensible ».
Arno Breker, ancien élève du symboliste proche des « Nabis », Maillol, est le sculpteur fétiche du régime nazi et le confident artistique de Hitler.
Bien que cubiste en 1922, Breker fut l’auteur des statues hyperréalistes représentant la race supérieure germanique pour le stade de Berlin lors des jeux olympiques en 1936. On lui doit des statues monumentales représentant à merveille la boursouflure et le goût de vespasienne des dignitaires nazis.
Breker, intime d’Hitler et de Albert Speer, était la coqueluche des élites parisiennes dans l’entre deux guerres et fut aussi, à part son amitié avec Jean Cocteau, l’ami de Salvador Dali et plus tard le protecteur d’Ernst Fuchs.
Fuchs déclarait lors des funérailles de Breker en 1991 que « Breker était un vrai prophète du beau dans l’art » et Breker affirmait que Fuchs s’était
« illustré dans les années 70 et 80 par des œuvres monumentales, aboutissement d’un inlassable travail créatif dédié à la sublimation passionnelle de la violence et de la mort. »
Aujourd’hui, Fuchs est la référence principale pour tous ceux engagés dans le réalisme fantastique qui domine « l’art digital ».

En Angleterre, la peintre Brigid Marlin a fondé en 1961 The Society for Art of Imagination, dont Fuchs et son adepte, le peintre suisse Hans Ruedi Giger, sont des membres honoraires.
H.R. Giger s’est fait connaître au grand public pour avoir obtenu l’oscar des meilleurs effets spéciaux sur le film culte de SF et d’horreur de Ridley Scott en 1980 Alien, le huitième passager.
Avec 80 millions de dollars de recette aux Etats-Unis (pour un budget de 11 millions seulement), 3 millions d’entrées en France, oscar des meilleurs effets spéciaux en 1980… Alien, le huitième passager connut un succès considérable.
Comme nous avons commencé à le documenter ici, en bâtissant sur l’héritage de Breker, Fuchs et Giger, l’industrie du jeu vidéo s’est érigée sur l’imaginaire malade qui a échoué à imposer le fascisme il y a trois générations et travaille durement pour sa victoire aujourd’hui, notamment à travers l’Ordre d’Alexandre le Grand.

L’eau au Moyen-Orient, casus belli permanent ou pierre angulaire d’une paix durable?

Le 28 mars 2025, Karel Vereycken, pour l’Institut Schiller, lors d’un colloque organisé par l’Académie de géopolitique de Paris sur l’avenir de la Palestine, retrace les enjeux de l’eau au Proche orient, casus belli permanent ou pierre angulaire d’une paix durable.
Dans ce cadre, il présente le Plan Oasis, vaste programme de développement des infrastructures de base (eau, énergie, transports, etc.) promu par l’Institut Schiller.
TRANSCRIPTION:
L’eau au Proche-Orient, casus belli permanent ou pierre angulaire d’une paix durable ?
M. le Président, Excellences, chers amis, d’abord merci pour cette invitation. Je suis assez d’accord avec l’orateur précédent [le Pr Strauss.1], qui dit que c’est très important de regarder certains aspects « purement pratiques » avant de bâtir de grandes théories, parce que commencer à résoudre ces aspects pratiques peut être le début d’un processus pouvant finalement conduire à la paix.
Parmi ces sujets, l’eau, évidemment, la question fondamentale dont je vais essayer de vous parler. En réalité la question n’est pas « l’eau », mais plutôt « l’accès à l’eau douce ».
L’Asie du Sud-Est, il faut d’abord le rappeler, est une région essentiellement semi-aride. Il existe bien sûr « le croissant fertile », comprenant l’Irak, la Syrie et le Liban. Mais pour la Jordanie, peut-être encore plus que pour toute la Palestine et Israël, le problème de l’eau et de l’accès à l’eau reste une question fondamentale, voire une question de sécurité nationale, avec ce que cela comporte de bon et également de terrible. Parce qu’au nom de la « sécurité nationale », on peut appliquer des pouvoirs d’exception.
Or, l’eau ne respecte pas les frontières tracées par les hommes. Lorsqu’une rivière coule dans deux pays, à qui appartient-elle ? Le Tigre et l’Euphrate sont-ils des fleuves turcs ou irakiens ? Il n’y a aucun consensus là-dessus.
Du coup, l’eau peut devenir source de conflits, instrument de domination et même arme de guerre. On le voit actuellement à Gaza. Début mars, Israël a coupé l’électricité alimentant des unités de dessalement d’eau de mer, réduisant à seulement quelques milliers de mètres cubes la production d’eau douce par jour. Cela s’apparente à un siège féodal, qui exprime clairement une intention de génocide.
Mais à l’opposé, l’eau peut être source de coopération, à condition que les uns et les autres s’engagent, et je précise « de bonne foi », pour envisager un avenir partagé, soit dans le cadre de relations de bon voisinage (nul besoin de faire la paix pour cela), soit dans la perspective d’un avenir partagé et mutuellement bénéfique.

Dans la région, c’est le Jourdain qui collecte les eaux provenant du Liban, de la Syrie et de la Jordanie pour remplir le lac Tibériade (ou mer de Galilée), principal réservoir d’eau douce de la région, bien qu’il existe des sources salines à proximité et en dessous de ce lac. Ce qui fait que lorsque des sécheresses font chuter le niveau du lac, le taux de salinité explose de façon spectaculaire.
Au niveau historique, du fait que toute la région dépend de cet « or bleu », 90% des conflits ont eu pour motif le contrôle des ressources en eau.
Il est vrai que les plans d’aménagement des ressources en eau et en énergie datent d’avant même de la création d’Israël en 1948.
Le plus connu est celui de l’hydrologue russe Pinhas Rutenberg, qui avait élaboré en 1920 un plan pour construire 14 barrages hydroélectriques sur le Jourdain en vue d’approvisionner toute la région en électricité. C’est possible grâce au fort différentiel de hauteur qui marque la succession de cascades typiques de la vallée du Jourdain. Situé à 212 mètres sous le niveau de la mer, le lac Tibériade est le deuxième lac le plus bas du monde, après la mer Morte (430 mètres sous le niveau de la mer).
Comme prévu par le plan Rutenberg, un premier barrage est construit en territoire jordanien, près du lac Tibériade, sur le Yarmouk, le principal affluent du Jourdain qui arrive de Syrie et de Jordanie, dont il délimite la frontière entre les deux pays.
Ce barrage de Tel Or (Naharayim) fonctionnera de 1932 à 1948, date de la création d’Israël. Dès lors, avec la première guerre israélo-arabe, Israël entame des travaux d’aménagement autour du lac Tibériade qui rendent le barrage inopérant.

Dès le départ, Israël veut sécuriser son approvisionnement en eau en privant ses voisins de cette ressource, avec son projet de « Grand Aqueduc national » (National Water Carrier), qui consiste à acheminer l’eau douce du lac Tibériade vers Jérusalem d’abord, puis vers le sud jusqu’à Beersheba, aux confins du Néguev, où Ben Gourion veut faire fleurir le désert.
Encore aujourd’hui, 60 % d’Israël reste désertique, et 85% de la population vit à Tel Aviv, Jérusalem et sur le littoral. Mais pour moi, Israël reste un pays complètement sous-développé.
Ce projet sera réalisé dans le plus grand secret, Israël étant bien conscient que cela se fait au détriment de ses voisins. Lorsqu’il est inauguré en 1964, les tensions éclatent. Du point de vue arabe, l’ouvrage constitue un casus belli. D’abord parce qu’Israël accapare de l’eau provenant de Syrie, du Liban et de Jordanie. Ensuite, parce qu’offrir un accès aussi important à l’eau ne peut que favoriser l’implantation illégale de colons juifs. Les pays arabes mettent alors au point un projet de diversion afin d’empêcher que le lac Tibériade soit alimenté avec de l’eau arrivant de chez eux, en la détournant au contraire à leur profit. Cela donnera en premier lieu, en Jordanie, le canal dit du Ghor oriental, rebaptisé par la suite canal du Roi Abdallah.
Il faudrait une soirée entière pour détailler tous les conflits et guerres autour de ces projets. Israël ira bombarder les infrastructures arabes et les Palestiniens feront exploser des canaux israéliens.
Les Etats Unis, qui s’approvisionnent en Arabie saoudite en hydrocarbures transitant par le canal de Suez, craignent que cette guerre de l’eau dégénère en un conflit plus vaste. Si l’Egypte entre dans le conflit, cela risque de mettre en danger la sécurité énergétique des Etats-Unis.
Le plan Johnston de 1952.
Pour stabiliser les choses, Eisenhower enverra en 1952 son envoyé spécial Eric Johnston. C’est un homme du cinéma, ne connaissant pas grand-chose au sujet mais capable d’arracher des accords, un peu comme Steve Witkoff aujourd’hui pour Trump.
Johnston a en poche un plan global pour le partage équitable de l’eau, mis au point par les anciens de la Tennessee Valley Authority (TVA), le grand projet du président Franklin Roosevelt pour fournir de l’eau à l’agriculture américaine et de l’électricité au monde rural et à l’industrie américaine, notamment pour produire de l’aluminium pour les avions.
Les quotas de partage que propose Johnston sont extrêmement favorables aux pays arabes. Les commissions techniques mixtes, comprenant aussi bien les Palestiniens, les Israéliens que les pays voisins, valident le plan.
Mais à la Knesset, le vote échoue et la Ligue arabe, dont les experts avaient validé le projet, refuse de l’adopter. La raison est simple : accepter un grand projet régional implique, implicitement, de reconnaître l’état d’Israël et donc de priver les réfugiés palestiniens de leur droit légitime au retour… Avec des revendications juridiquement justes, on finit hélas par maintenir les sources de conflit.
Dans les années 1960, une découverte scientifique va changer la donne. Aux États-Unis, l’administration Kennedy, confrontée à des sécheresses, va financer des équipes dédiées aux nouvelles techniques de désalinisation. Deux chercheurs californiens inventent les membranes permettant la technique d’osmose inverse, un principe physique connu depuis sa découverte par l’abbé Nollet, à l’époque de la Révolution française. Cela déplace le débat car cette invention technique va rendre possibles des choses qui ne l’étaient pas avant.
Water for Peace
En mai 1967, le successeur de Kennedy, Lyndon Johnson, organise une grande conférence à Washington sur le thème « Water for Peace ». 635 délégués de 94 pays et 2000 observateurs y participent. Plusieurs intervenants abordent la question de l’usage du nucléaire civil pour le dessalement. Les amis d’Oppenheimer veulent montrer que l’atome peut servir à autre chose qu’à détruire le Japon. Mais quinze jours plus tard, Israël prend le monde par surprise en lançant la guerre des Six-Jours, notamment pour sécuriser son accès à l’eau en prenant le contrôle des hauteurs du Golan en Syrie.
En réaction, Lewis Strauss, le président de la Commission atomique américaine, et l’ancien président Eisenhower remettent alors sur la table un projet de dessalement nucléaire.
Le conflit sera interminable tant que deux problèmes ne seront pas résolus : celui des réfugiés palestiniens et juifs, et celui du partage de l’eau. Sans eau, ce sera la guerre sans fin. Strauss propose même qu’Américains mais également Russes et Français, y participent, faisant d’un projet de paix régional un levier pour sortir de la logique de la Guerre froide. Le 18 juillet 1967, Edmond Adolphe de Rothschild propose, dans deux lettres au Times de Londres, la création de trois unités nucléaires de dessalement dans la région, une en Jordanie, une en Israël (au bord de la mer Rouge) et une à Gaza (à l’époque sous mandat égyptien). Évidemment, dans la famille Rothschild, tout le monde ne pense pas comme ça et certains sont d’avis qu’il faut instrumentaliser les conflits comme des leviers géopolitiques, mais c’est une autre histoire…
Toujours en 1967, la Rand Corporation, le grand think-tank américain financé par le Pentagone et le complexe militaro-industriel, publie une étude signée Paul Wolfowitz, connu pour sa brillante carrière de néoconservateur, c’est-à-dire le clan de ceux qui ont fabriqué les mensonges sur les armes de destruction massive, afin de lancer la guerre contre l’Irak.
Dans son étude, Wolfowitz affirme que le dessalement c’est fantastique, mais qu’avec la deuxième loi de la thermodynamique, ça ne sera jamais rentable. Quelques années plus tard, le même Wolfowitz reconnaît qu’il avait menti. Mon inquiétude, dit-il, c’était que les pays de la région, y compris Israël, accèdent au nucléaire civil. Tous seraient alors surveillés par l’Agence internationale de l’énergie, une chose inacceptable pour Israël qui est en train de fabriquer sa bombe nucléaire.
Entre-temps, sur le terrain, dans cette région semi-aride, les gens ont soif et manquent d’eau pour l’irrigation.
C’est ici qu’il faut rappeler l’importance de ce que l’on appelle le « nexus eau-nourriture-énergie ». Sans eau, pas d’alimentation. Mais sans énergie, il est compliqué d’obtenir de l’eau douce en abondance. Pour le dessalement, il faut beaucoup d’électricité. Aujourd’hui, Israël, qui fabrique 50% de son eau douce par dessalement, y consacre 10% de son électricité.
Maintenant, il faut bien comprendre que pour la géopolitique, version extrême britannique, avec des gens comme Wolfowitz, les hommes sont comme des lapins. Vous mettez un gentil couple de lapins sur une île et qu’est-ce qu’ils font ? Ils lapinent, et en un temps record, ils vont manger tout l’herbe de l’île et ils vont tous mourir ensemble. Heureusement, les hommes ont quelque chose de plus que les lapins, la créativité. Personne n’a vu jusqu’à maintenant des lapins verdir le désert ou construire des avions pour aller ailleurs. Prenons-donc conscience de notre capacité spécifiquement humaine.
Alors, sur la question de l’eau, sans recours au nucléaire, les Israéliens et toute la communauté scientifique mondiale vont se mobiliser pour trouver des solutions.
—La première solution, c’est la collecte et le recyclage, grâce à 120 stations d’épuration, de toutes les eaux sales, grises et usées, afin de les réutiliser pour l’irrigation. Ce taux est aujourd’hui de plus de 80 % en Israël, alors qu’il n’est que de 12 % en Espagne, de 8 % en Italie et de moins de 1% en France, où l’on ne croit pas utile de les récupérer. Du coup, Israël est devenu très économe en eau. La chasse d’eau à double débit est une invention israélienne. Ça peut paraître futile, mais cela a permis d’économiser des millions de litres d’eau. La consommation d’eau par habitant en Israël est l’une des plus basses de l’OCDE.
—Deuxième grand axe, le développement de ce que l’on appelle une « agriculture de précision ». Lorsque vous irriguez, et c’est le grand reproche que formulent les Israéliens (qui ont tout fait pour empêcher les Palestiniens d’avoir les technologies pour le faire), vous le faites comme dans l’Antiquité. Quand vous arrosez vos plantes, vous avez 50 % de l’eau qui part dans l’atmosphère. En arrosant au niveau du sol, on en perd encore. Comment faire alors ? On fait du goutte à goutte dans le sous-sol. On peut maintenant le faire à 40 centimètres sous la surface. Mieux encore, les chercheurs ont réussi à comprendre le langage des plantes. On sait qu’à un moment donné, une tomate envoie un signal pour dire « je veux de l’eau, maintenant ». Et si vous ne l’arrosez pas à la bonne heure, elle ne boit pas. Là, je ne suis pas dans la science-fiction. Ce sont les progrès actuels. Il y a des équipes à Beersheba, avec des chercheurs africains, russes, israéliens, etc. Si l’on veut résoudre le problème de l’eau, ce n’est pas seulement en multipliant la quantité d’eau disponible, c’est aussi en améliorant l’efficacité de son usage. Je l’ai vu en Asie centrale, où l’Ouzbékistan, le Kirghizstan, le Turkménistan et l’Afghanistan se disputent les eaux de l’Amou Daria. Mais lorsqu’il arrive au Turkménistan, on utilise son eau pour inonder de vastes plaines, entraînant d’énormes pertes. L’humanité pourra résoudre de nombreux problèmes en modernisant les techniques d’irrigation. En Israël, c’est Simcha Blass qui a fait avancer la science de l’agriculture de précision, en gérant aussi bien l’eau que les engrais par micro-irrigation et goutte-à-goutte.
—Le troisième point, c’est le dessalement de l’eau de mer, rendu possible par le procédé d’osmose inverse, grâce à la mobilisation du président Kennedy. Depuis 1999, Israël a construit cinq grandes usines de dessalement : Ashkelon, Palmachin, Hadera, Sorek et Ashdod. Et d’autres doivent ouvrir bientôt. Là encore, Wolfowitz a tancé Israël en disant : bon, vous faites ça, c’est très bien, mais gardez-le pour vous. Il ne faut surtout pas le reproduire ailleurs. Il ne faut pas que ça devienne un modèle, et surtout pas pour les Etats-Unis. Mais un autre facteur entre en jeu : le Bureau central des statistiques discrètes prévoit que la population va passer de 9,5 millions à 15 à 25 millions en 2065. A ce rythme, Israël devrait donc dessaler jusqu’à 3,7 milliards de mètres cubes par an, contre 0,5 milliards de mètres cubes aujourd’hui. Répondre à la demande de 2065, ça voudrait dire construire 30 nouvelles unités de dessalement. Une politique de dessalement entraînera évidemment une hausse de la demande d’électricité.
—Enfin, il y a le quatrième axe de recherche, celui des projets de transfert d’eau vers la mer Morte, soit depuis la Méditerranée, soit depuis la mer Rouge. Plusieurs études de faisabilité ont été faites, notamment en permettant au passage de récupérer de l’énergie. D’abord, vous amenez de l’eau de mer jusqu’à un grand réservoir au bord de la mer Morte. De là, l’eau passe dans un puits 400 mètres plus bas et en chutant, elle fait tourner une turbine. Il existe en France une centrale hydro-électrique de ce type qui produit l’équivalent en électricité d’une petite centrale nucléaire. Ensuite, à la sortie, vous passez au dessalement. Ce sera éventuellement l’occasion de repenser complètement l’exploitation des minerais qui composent l’eau de la mer Morte. Son eau contient de la potasse, du sel, du lithium, etc. au total quelque 21 minéraux. La mer Morte, ce n’est pas juste un lieu de villégiature pour les bobos de Tel Aviv, c’est une source de richesses à partager entre Palestiniens, Israéliens et Jordaniens. Avec un petit réacteur nucléaire à haute température, produisant de l’électricité mais aussi de la chaleur industrielle, on peut « décomposer » l’eau et en sortir les éléments utiles, aussi bien l’eau douce que les minéraux.
Une étude de faisabilité allemande de 1975 décrit en partie ce type d’infrastructure. Mais en 1981, un vote de l’Assemblée générale des Nations unies interdit à Israël de réaliser ce projet. Pourquoi ? Israël, qui occupe la Palestine, a l’obligation de s’occuper des populations, mais il n’a pas le droit d’y installer des infrastructures durables de grande envergure. Une fois de plus, on refait la même bêtise qu’on a faite en 1952 en bloquant le plan Johnston.
Plan Oasis
Et c’est là que mon argument est double : au lieu de dire « ça prouve qu’on ne peut rien faire », cela démontre avec force que la réalisation de ces projets est consubstantielle avec la création d’un État palestinien. Parce qu’en créant cet Etat qui devient un partenaire dans un projet commun pour résoudre le problème de l’eau, cela va bénéficier à tout le monde.
C’est ainsi qu’avec Jacques Cheminade et Lyndon LaRouche, avec lesquels je travaille depuis une quarantaine d’années, nous avons repensé les projets de transfert d’eau sous le nom de « Plan Oasis ». Jacques Cheminade a pu l’évoquer ici il y a dix jours.
Dessaler l’eau de mer en bordure de la mer Morte présente plusieurs avantages. Il faut d’abord accepter que le dessalement génère des problèmes de déchets. Lorsque vous dessalez 100 litres d’eau de mer, vous obtenez certes 52 litres d’eau douce, mais également 48 litres de saumure (avec une salinité d’environ 3,5%). Si vous répandez cette saumure dans un champ, cela va en appauvrir le sol.
Pour l’instant, les Israéliens envoient la saumure de leurs usines de dessalement par des tuyaux qui s’avancent de plusieurs kilomètres dans la mer, mais c’est nuisible à la biodiversité. Alors que dans l’approche que je défends, la saumure sera déposée dans la mer Morte. Elle a une salinité de 27 % et comme vous le savez, faute d’être alimentée par le Jourdain dont on détourne toute l’eau, elle est en train de disparaître. Apporter de la saumure à la mer Morte, c’est lui offrir une cure de jouvence !
On peut donc dessaler en bordure de la mer Morte, en tirer de l’eau douce pour la Jordanie, la Palestine et tout le Sud israélien. Aujourd’hui, selon mes sources palestiniennes, il n’y a pas 700 000 colons, mais probablement plus d’un million, aux dernières nouvelles.
Si avec ce projet, on peut amener de l’eau dans le sud d’Israël, dans le Néguev, où ne vit actuellement que 13 % de la population du pays, on pourra y accueillir les colons de Cisjordanie, en leur proposant des loyers pas chers sur place. On pourra les sortir de leur vision haineuse et leur offrir un avenir dans des emplois industriels et agricoles. Mais pour ça, il faut amener de l’eau dans le désert.
Notre projet coche donc toutes les cases pour apporter une solution. C’est comme une chambre d’hôtel avec des fenêtres offrant une vue sur plusieurs horizons, plusieurs solutions potentielles. Dans ce dossier de l’Institut Schiller, sur 38 pages, vous pouvez étudier tout cela en détail.
J’ajouterai que, sur la question de l’eau, il existe plusieurs précédents de coopération, à commencer par l’Annexe N° 3 des accords d’Oslo de 1992.2
Viennent ensuite l’Annexe 2 (articles I à VII) et l’appendice B de l’accord israélo-jordanien de 1994.3 Les termes employés sont très importants. On reconnaît qu’il existe « un problème commun », qu’il faut le résoudre « sans porter atteinte à l’autre », etc. Et enfin, il y a, dans l’appendice B de l’accord, dite d’Oslo II du 2 septembre 19954 sur Gaza et la Cisjordanie, la déclaration sur l’eau et les eaux usées.
Malgré les horreurs qui ont été commises et qui se poursuivent encore, il existe des gens de bonne volonté qui tentent de rendre possible la coexistence de ces peuples.
Pour ma part, j’ai du mal à me prononcer contre les accords d’Oslo, pour la simple raison que pas même 10 % n’en ont été mis en œuvre, du fait que Rabin a été assassiné. Et après, personne, de tous les donneurs de leçons sur le respect du droit international en Ukraine, personne n’a exigé d’Israël qu’il applique les traités qu’il avait signés !
Actuellement, les Gazaouis rejettent dans la mer toutes leurs eaux usées, qui se mélangent à l’eau de mer dans les nappes phréatiques situées en-dessous de la bande de Gaza. Dans les puits de Gaza, on pompe l’eau de ces nappes phréatiques. Du coup, les habitants de Gaza finissent par boire l’eau polluée qu’ils ont eux-mêmes rejetée en mer, entraînant toutes sortes de maladies et d’épidémies. Aujourd’hui, on entend même des Israéliens se plaindre que c’est devenu tellement sale que ça risque de perturber les usines de dessalement de mer.
La bonne nouvelle, c’est qu’au moins formellement, les Joint Water Commissions (JWC), ces comités consultatifs techniques regroupant Israéliens, Palestiniens et Jordaniens, continuent à exister. Mais leur fonctionnement pose problème. Depuis huit ans, tous les projets proposés par les Palestiniens ont été rejetés par des veto israéliens, alors que tous les projets israéliens ont été approuvés.
Je serais prêt même à inviter un représentant des BRICS, un Russe, un Chinois et même un Américain ou un Français dans ces commissions sur l’eau, pour garantir qu’il y ait un regard extérieur et assurer un fonctionnement honnête. Parce que la situation est tellement inéquitable, les Israéliens possèdent si bien la technologie qu’ils peuvent tout dominer.5
C’est là qu’il y a un rapport de force à changer.
Merci.
NOTES:
- Michael J. STRAUSS, Professeur de droit international et de relations internationales au Centre d’Études Diplomatiques et Stratégiques (CEDS), et professeur de droit pénal international à l’Université Catholique de Lille. ↩︎
- L’accord d’Oslo (dit Oslo I) signé le 13 septembre 1993, dans on Annexe III, points 1, 2 et 3, spécifie un partage équitable des ressources en eau et en énergie. http://news.bbc.co.uk/2/hi/in_depth/middle_east/israel_and_the_palestinians/key_documents/1682727.stm ↩︎
- L’accord de paix israélo-jordanien de 1994, article 6.L’accord de paix israélo-jordanien de 1994, article 6. ↩︎
- L’accord entre Israël et la Palestine sur la Cisjordanie et Gaza (dit Oslo II), dans son annexe III, article 40, détaille une vaste coopération, y compris pour la gestion des eaux usées. ↩︎
- La Cour pénal international (CPI), dans son rapport d’août 2024, article 3 sur « La mise en place sélective : la gestion de l’eau en Cisjordanie » (pp. 8-9-10-11), accuse Israël de priver la population palestinienne d’un accès légitime à l’eau. ↩︎
Empathy, sympathy, compassion – Humanity’s cultural heritage, key to world peace
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Empathy, sympathy, compassion – Humanity’s cultural heritage, key to world peace. Speech by Karel Vereycken, painter-engraver, at the Schiller Institute’s international conference on 15 and 16 June 2024.

Before talking about World Cultural Heritage, two words about the notions of “sympathy”, “empathy” and “compassion,” three words constructed with the word “pathos”, the Greek word for “suffering” or “affection”.
Today, the word “empathy” is often used interchangeably with the words “sympathy” and “compassion,” but they aren’t really the same thing. All three refer to a caring response to someone else’s distress (pathos).
–Sympathy is a feeling of sincere concern for and share the feelings of someone who is experiencing something difficult or painful (pathos).
—Empathy was a word coined in the early 20th century as a translation of the German Einfühlung, it means feeling with people, not just feeling for them. When you’re empathetic, you’re right there with them, feeling it too, because you put yourself, in a sense, “in the shoes of the other person.”
–Compassion goes of course beyond empathy and means action. Compassion goes with altruism, or “a desire to act on that person’s behalf.” Put simply: you relate to someone’s situation, and you want to help them.
But empathy is particularly key for our subject here, that of “peace building” because it can build a bridge between persons considering each other as “enemies”. We can show empathy for persons we don’t consider sympathetic at all. We don’t share their feelings, but we go beyond mere affection and engage in what is called “cognitive empathy”: we know enough about the other person’s background and culture to understand his motivations. As a byproduct, empathy can help us to forgive and pardon as requested by the Peace of Westphalia.
Today, if we want to make peace a reality, we have to mobilize ourselves to raise the level of empathy. Empathy is under massive attack:
- –by the promotion of brutal competition (that’s why professionnal sports are allowed)
- –a culture of screens and
- –the breakdown of person to person dialogue.
There was a campaign to increase empathy in Europe after the bloody wars between France and Germany, when the Goethe Institute opened in France and the Alliance Française in Germany. There was also a movement of “sister” cities allowing people from one village to visit a “sister” village in the other country. They would talk, laugh with their prejudices and celebrate together, have inter personal dialogue and learn to read on the faces the emotions standing “behind” the words.
Now, the knowledge one can acquire of each other culture, language and history, are of course a fundamental tools to develop this “cognitive empathy” which allows you to see persons as “products” of a history, a culture and a civilization, rather then as atomized little entities.
For example, after I discovered the philosophy of mutazalism of the Baghdad Abassides Califate, my entire vision of Islam changed. I know exactly what happened to their civilization, their frustrations and hopes.
Today, China is currently heavily involved and mobilized to protect especially the pre-islamic cultural heritage of Afghanistan and other countries of Central Asia. It is in its own interest. One leading Chinese archaeologist which I met, rightly said that the beauty and intellectual challenge of this art is “the best way to fight terrorism.” Not weapons and drones but culture!
It it was in Afghanistan that the silk road players met when the Greek culture walked towards the East and the Chinese culture walked towards the West.
The Buddhists that prospered in this area were very active over both the maritime and terrestrial silk roads, reaching into Pakistan, India, Sri Lanka, Xinjiang and China. They paid huge attention to metallurgy, architecture, painting, sculpture, poetry, and literature. The first printed text known today is a Buddhist text of 868 AD.
Added to this, the birth of a very agapic form of Mahayana buddhism in the region of Gandhara (now mainly in Pakistan). Its followers, in stead of pursuing a purely personal goal of nirwana (enlightenment), rather took pleasure to free all of humanity from suffering !
Empathy, compassion and mercy were the supreme qualities to be glorified in Gandhara art especially in the form of what are called Bodhisattva’s, that is ordinary persons that are set to become enlightened but elect instead to remain in this world, easing the suffering of all beings and helping others attain enlightenment.
Two examples:


The one who understood that this revolutionary form of Buddhism could pacify the region was the Indian Prime minister Nehru who named his daughter Indira Priyadashini (the future Prime Minister Indira Gandhi), because « Priyadarshi » was the name adopted by the great emperor Ashoka the great (304 – 232 BC) after he converted and became a Buddhist prince of peace!
In 1956, just before the creation of the non-aligned movement and the Bandung conference, Nehru orchestrated a year-long celebration honorifying “2,500 years of Buddhism”, not to resurrect an ancient faith per se, but to claim for India the status as the birthplace of Buddhism: an ancient belief advocating non-violence, pacifism and that calls for ending the disgraceful “caste system” the British worsened and wanted to maintain worldwide.
Mes Aynak
Today, with the Ibn Sina Research & Development Center in Kaboul, we of the Schiller Institute are working day and night to save the archaeological site of Mes Aynak which we want to have classified by UNESCO as a world heritage site.
Mes Aynak is the world’s second largest copper reserve and Afghanistan needs the mining activity to get revenues to complete its urgent reconstruction. But on top of the mine stands the ruins of a vast monastic Buddhist complex that was a key trading post of the silk road between the 1st and the 8th century.
After our campaign and forth and back discussions between the afghan government, China and the Chinese mining company, all actors agreed that the entire cultural heritage on the surface will be protected and mining will only take place with underground mining techniques.
We won a fight, now we have to win the peace.
Full study:
AUDIO – Vermeer’s Young Woman with a Pearl Necklace

Karel Vereycken, on June 15, commenting Young Woman with a Pearl Necklace, a painting of Johannes Vermeer, at the Berlin Gemäldegalerie, Germany.
Listen:
this AUDIO
Read:
—Vermeer, Metsu, Ter Borch, Hals, l’éloge du quotidien. FR pdf (Nouvelle Solidarité)
AUDIO – Van Eyck’s theological metaphor in his Madonna in the Cathedral (Berlin)

Karel Vereycken, on June 15, analyzing Jan Van Eyck’s theological metaphor of light in his « Madonna in the Cathedral », at Berlin’s Gemäldegalerie, Germany.

Listen
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Read
Jan Van Eyck, a Flemish Painter using Arab Optics (EN online)
Jan van Eyck, la beauté comme prégustation de la sagesse divine (FR en ligne) + EN on line.
AUDIO – Joachim Patinir and the Homo Viator


Karel Vereycken, commenting Joachim Patinir’s painting « The Rest on the Flight to Egypt » at the Berlin Gemäldegalerie, Germany.
For more:
—Joachim Patinir and the Invention of Landscape
Listen
to the audio
Read:
Quinten Matsys and Leonardo — The Dawn of the Age of Laugher and Creativity, (EN online);
Квентин Массейс и Леонардо: на заре смехотворчества (RU pdf)
Joachim Patinir et l’invention du paysage en peinture (FR en ligne).
Joachim Patinir and the invention of landscape painting (EN online)
ARTKAREL AUDIO GUIDE — Bruegel’s Two Apes (Berlin)



Karel Vereycken, on June 15, analyzing and commenting Bruegel’s painting « The Two Apes » at Berlin’s Gemäldegalerie, Germany.
AUDIO – Rembrandt painting the voice of Anslo (Berlin)

1st AUDIO with comments made in Berlin Museum on June 6, 2025.





Karel Vereycken, on June 6, 2025, decrypting Rembrandt’s painting of the predicator Cornelis Anslo and his wife, Gemäldegalerie, Berlin, Germany.
For more on this subject, see my 1985 article (FR) Rembrandt, bâtisseur de nations, Nouvelle Solidarité.
2nd AUDIO with détailed 45 minutes presentation and analysis during zoom dialogue on September 21, 2025 with Schiller Institute friends in the United States.
Read:
- Rembrandt, un bâtisseur de nations FR pdf (Nouvelle Solidarité).
- Rembrandt et la lumière d’Agapè (FR en ligne) : Rembrandt et Comenius pendant la guerre de trente ans.
- Rembrandt and the Light of Agapè (EN online)
- Rembrandt : 400 ans et toujours jeune ! (FR en ligne).
- Rembrandt: 400 years old and still young ! (EN online).
- Rembrandt et la figure du Christ (FR en ligne) + EN pdf + DE pdf.
ARTKAREL AUDIO GUIDE — Matsys and the Art of « The Deal » (Berlin)

Comment on Quinten Matsys‘ painting « The Deal » (aka « The Contract ») in the Gemäldegalerie of Berlin, Germany. (June 2025)
For more on this artist, see my study on Matsys and Leonardo, the dawn of the Age of Laughter and Creativity.

Audio:
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Read:
- Quinten Matsys and Leonardo — The Dawn of the Age of Laugher and Creativity, (EN online);
- Квентин Массейс и Леонардо: на заре смехотворчества (RU pdf)
- Joachim Patinir et l’invention du paysage en peinture (FR en ligne).
- Joachim Patinir and the invention of landscape painting (EN online)
- Le Landjuweel d’Anvers de 1561 — Faire de l’art une arme pour la paix (FR en ligne)
- The 1561 Landjuweel of Antwerp that made art a weapon for Peace (EN online)
Shakespeare’s lesson in Economics
Cet article en FR

by Karel Vereycken
As early as 1913, the very year that a handful of major Anglo-American banks set up the Federal Reserve to prevent that any form of national bank in the US fixes the rules for money and credit, Henry Farnam 1 , an economist at Yale University, noted that « if one examines the dramas of Shakespeare, one will notice that quite often in his plays the action turns entirely or partly on economic questions. »
The comedy The Merchant of Venice (circa 1596) is undoubtedly the most striking example. While the plot of the story is generally well known, the deeper meaning of this play, which can be read on different levels, is often overlooked. The sequence of events (the story itself) is one, what they reveal (the principles) is another.
The narrative
To help out his protégé Bassanio and enable him to engage with his beloved Portia, a Catholic Venetian merchant and shipowner named Antonio borrows money from a Jewish moneylender, Shylock.
Shylock hates Antonio, the very archetype of the hypocritical Christian, because the latter treats him with contempt. Antonio, on the other hand, hates Shylock because he is Jewish and because he is a usurer: he lends at interest.
Shakespeare makes us understand that the prosperity of Venice is based on the mutual hatred fueled by the oligarchs between Jews and Christians, according to the famous principle of « Divide and rule. » 2
Double-dealing
The Venetian oligarchy never lacked imagination in circumventing the standards it imposed on its adversaries.
Indeed, among both Jews and Christians, financial usury is condemned and even punished. Interest, which is simply defined as the remuneration of a creditor by his debtor for having lent him capital, is a very ancient concept that probably dates back to the Sumerians and is also found in other ancient civilizations such as the Egyptians or the Romans.
Now, let us recall here that Judaism, which is the first of the Abrahamic religions, clearly prohibits lending at interest. We encounter numerous passages that condemn interest in the Torah, such as the book of Exodus 22:25-27, Leviticus 25:36-37 and Deuteronomy 23:20-21.
However, this prohibition only applies to loans within the Jewish community. In Deuteronomy 23:20-21, it is stated that
« When you lend money, food, or anything else to a fellow countryman, you shall not charge him interest. You may charge interest when you lend to a foreigner, but you shall not lend at interest to your fellow countrymen. »
Initially, the same rule applied among Christians. It was not until the First Council of Nicaea (in 325) that lending at interest was prohibited. At the time, many churches were held by lineages of priests , just as nearby castles were controlled by lineages of lords, the two often being related. While its condemnation had been relatively mild in Christianity before then, interest became a serious sin and was heavily punished from the 1200s onwards.
The exploitation of Jews
Italy has been home to Jews since ancient times. They were dependent on popes, princes, or merchant republics. Rome, Sicily, and the Kingdom of Naples had large communities, and popes sometimes hired Jewish doctors. In the 13th century, some cities granted Jewish bankers, with papal license, a monopoly on pawnbroking.
Venice welcomed Jews but forbade them from practicing any profession other than lending for interest. Initially, the Jews publicly enriched themselves in Venice, drawing the ire of the rest of the population.
To « protect » the Jews, the Doge of Venice created the first ghetto (a Venetian word), offering, it must be said, the most unsanitary district of the lagoon to these Jews whom he detested while cherishing the financing they provided for Venetian colonial expeditions and the slave trade that « Catholic » Venice practiced without any qualms.
The Merchant of Venice
This is the essence of the Venetian system that Shakespeare unmasks in his comedy The Merchant of Venice . 3
So, when Antonio goes to ask Shylock for a loan of 3000 ducats for a period of three months, he first tells him:
« Shylock, I normally don’t lend or borrow money with interest, but in order to help my needy friend, I’ll break my custom. » 4
Shylock then replies:
« Sir Antonio, many times you have criticized me about my money and habit of charging interest in the Rialto. I have endured it all with patience and a shrug, because we Jews are known for our ability to endure. You say I believe in the wrong religion, call me a cut-throat dog, and spit on my Jewish clothing, all because I use my own money to make profit. And now it appears that you need my help. Okay, then!
You come to me and you say, « Shylock, I need money. » You tell me this! You who spat on my beard and kicked me as you’d kick a stray dog away from your threshold! You ask for money. What should I say to you? Shouldn’t I say, « Does a dog have money? Is it possible for a dog to lend you three thousand ducats? » Or should I get bend to my knees and with bated breath humbly whisper, « Fair sir, you spat on me last Wednesday; you spurned me then; another time you called me a dog—and for all this courtesy you’ve shown me, I will gladly lend you this much money? » 5
To which Antonio retorts:
« I am likely to call you such names again, spit on you again, and spurn you, too. If you decide to lend this money, don’t do it as if we are your friends. After all, when have friends ever charged each other interest? Lend me the money as your enemy and if I break my part of the agreement you can more happily punish me. » 6

Offended, Shylock replies:
« Why, look at your temper! I would be friends with you and have your affection, forget about how you have shamed me, lend you what you need and take no interest—but you won’t listen to me! I’m giving you a kind offer. » 7
Shylock, to escape from the mutual hatred, offers to lend him (according to the Jewish and Christian rule), as a friend, without interest.
But the « good » Catholic Antonio refuses to become friends with the Jew. He asserts that in business, one should not have friends , and demands that he lend to him as an enemy because it is easier to sanction in case of non-compliance with the contract.
As Churchill said, an empire has no friends, only interests. This principle would later be theorized by Nazi crown jurist Carl Schmidt to become the rule of today’s oligarchy: to exist, one needs an enemy, and if you lack one, hurry up to invent one!
The Venitian’s double game
As we can see, Shakespeare points out the hypocrisy of this Venetian system which bases its prosperity on a « win-win » policy, not between friends, but as a cynical game between concurring mafias.
Let us recall here that, although it was regularly at war with the Turks, Venice also created a ghetto for Turkish merchants and even a « Foundation », that is to say a functional trade representation in the city.

If a Venetian ambassador was reproached for this trade with the Ottomans which threatened the West, he would reply: « As merchants, we cannot live without them. »
The Ottomans sold wheat, spices, raw silk, cotton, and ash (essential for glassmaking) to the Venetians, while Venice supplied them with finished products such as soap, paper, textiles, and… weapons. Although this was explicitly forbidden by the Pope, countries as France, England, the Low Countries, but especially Venice, Genoa, and Florence sold firearms and gunpowder to the Levant and the Turks. 8
Venice supplied the Turks with cannons and military engineers with its left hand, while renting ships at high prices to Christians who wanted to fight them with its right hand. Added to this was the rivalry with Genoa, which had allied itself with the Palaeologus dynasty but which the Ottomans defeated in favor of the Venetians.
In 1452, a year before the fall of Constantinople, the Hungarian engineer and founder Urban (or Orban), a specialist in large bombards, entered the service of the Ottomans. These cannons, he entrusted to the Sultan, were so powerful that they would bring down « the walls of Babylon. » We know what happened next in 1453.

When the Franks wanted to hire ships in Venice to go on crusade, they lacked money.
No problem: Venice finds the right arrangement. To pay for the ships’ rental, the Franks are invited to make a small detour along the route and begin the crusade by liberating Constantinople, which Venice wants to retake from the Ottomans. And it works! Venice increases its trading posts and military bases in Constantinople to expand its financial and commercial empire.
A Pound of Flesh
Faced with Antonio’s foolish and arrogant response, Shylock pushes his logic to the point of absurdity and, jokingly, suggests that if his debtor does not repay his debt on time, he would have the right to take a pound of flesh from him.
This can be seen as a literal and wacky interpretation of what was written on the « bonds » or « receipts of debt » of the time. Antonio, who is convinced that his ships will return to Venice in time to provide him with enough to repay Shylock, accepts the terms of the contract, almost laughing at their surreal nature.
This is where Shakespeare poses a fundamental question and offers us a beautiful lesson in economics, in the form of a tragic and paradoxical metaphor. In most ancient civilizations, failure to repay a debt could lead you to slavery, cost you your life, or send you to prison for the rest of your life. From monetary slavery, we thus moved on to physical slavery. 9
Later, for example, we find in the archives of the Antwerp courts the text of a trial in 1567 concerning an obligation between Coenraerd Schetz and Jan Spierinck:
« I, Jan Spierinck, confess and declare with my own hand that I owe the honorable Lord Coenraerdt Schetz the sum of four hundred Flemish pounds, and this on the basis of the equal sum that I have received from him to my satisfaction. I promise to pay in full the said Lord Coenraerdt Schetz or the bearer of this present, on the fourth day of the next month of August without any delay, by pledging myself and all my property now and in the future. In the year 1565, on the 11th of June. »
You read that right: « by pledging myself. » Taken literally, the debtor pledges his person as surety to his creditor. Let us also recall that in France, imprisonment for private debts was instituted by a royal ordinance of Philip the Fair in March 1303. Apart from two periods of abolition, from 1793 to 1797 and in 1848, the imprisonment of debtors persisted in France until its abolition in 1867.
During the Renaissance, the Christian humanism of Petrarch, Erasmus, Rabelais, and Thomas More combined Socrates’ notion of justice with that of love for others, and a new principle emerged: the life of each individual is sacred and has a value immeasurably greater than any financial debt.
It is a questioning of this principle that turns Shakespeare’s comedy into a drama. Little by little, the spectator learns that Antonio’s ships have all been swept away by storms and other misfortunes. He therefore does not have the necessary means to repay his debt in time.
The Merchant of Venice must therefore accept that Shylock takes a pound of flesh from him as stipulated in the debt title he signed… a financial claim duely validated by a notary and the laws of the Venetian Republic.

To save Antonio’s life, his friends then offer the lender double the initial sum borrowed, but Shylock, driven by a sense of revenge, will not listen, angry moreover at the fact that his daughter has left his house with a young Christian merchant, taking with her a tidy sum of ducats and family jewels.
Shylock viciously responds to the Doge’s request to show mercy, saying that he is asking for nothing more… than the application of the law. He also reminds the Venetians that they are in no position to give moral lessons, because in Venice one can « buy » people:
« What judgment shall I dread, doing no wrong? You have among you many a purchased slave, Which—like your asses and your dogs and mules— You use in abject and in slavish parts. Because you bought them. Shall I say to you, “Let them be free! Marry them to your heirs! Why sweat they under burdens? Let their beds Be made as soft as yours and let their palates Be seasoned with such viands”? You will answer, “The slaves are ours.” So do I answer you. The pound of flesh which I demand of him Is dearly bought. ‘Tis mine and I will have it. If you deny me, fie upon your law— There is no force in the decrees of Venice. 105 I stand for judgment. Answer, shall I have it? » 10
To this, the impotent Doge offers no counterargument. He himself must obey the laws of the city. The only thing he has the right to do is to allow a doctor of law who has examined the case to deliver his expert opinion.
Turnaround of the situation
Here Shakespeare introduces Portia, who, disguised as a law doctor and acting in the name of a higher principle, love for humanity and good, will succeed in turning the tide. 11
Having acknowledged the validity of Shylock’s claim, she turns the tables with the kind of audacity we lack today. Regarding the claim, she notes an important detail concerning the implementation of the sanction:
« Hold on a second. There’s something else. This agreement doesn’t give you any drop of blood. The literal words are « a pound of flesh. » So take what is yours, take your pound of flesh, but if in cutting it off you shed one drop of Christian blood, your lands and goods will be confiscated by the state of Venice by the city’s laws. » 12

This is another beautiful lesson Shakespeare teaches us. How many excellent laws are worthless simply because their authors didn’t bother to specify their implementation? Do you know the laws that allow you to defend yourself against the injustices the system inflicts on you? Because if the devil is in the details, the good Lord is sometimes not far away. It’s up to you to go and find him.
Shakespeare reminds us that economics is not limited to law and mathematics. Every economic choice remains a societal choice. In reality, only « political economy » should be taught in our universities and theaters.
Presenting the science of economics and finance as an « objective » reality and not as a reality of human choices is the best proof that we are subject to propaganda.
In conclusion, let us emphasize that unlike Christopher Marlowe‘s play, The Jew of Malta (circa 1589), the main actor in Shakespeare’s play is not the evil Jew Shylock (as claimed by anti-Semites who performed distorted versions of the play during the dark periods of our history), but rather the very Catholic merchant of Venice who, as we have seen, uses the Jews for his own interests. Let us recall that in the Jewish ghetto of Venice, the Jews were only allowed to deal with finance but nothing else…
Finally, in The Merchant of Venice , Shakespeare unmasks the workings of a mad and criminal finance which knows how to use formal interpretations of law (the appearance of justice) to satisfy its greed (true injustice).
NOTES:
- Henry Farnam, Shakespeare as an economist, p. 437, Yale Publishing Association, New Haven; ↩︎
- See Sinan Guven, The Conflict Between Interest and Abrahamic Religions , HEConomist, the student newspaper; ↩︎
- All the following quotes from Shakespeare’s The Merchant of Venice are taken from the website Litcharts; ↩︎
- Act 1, Scene 3; ↩︎
- Act 1, Scene 3; ↩︎
- Act 1, Scene 3; ↩︎
- Act 1, Scene 3; ↩︎
- Salim Aydoz, Artillery Trade of the Ottoman Empire, Muslim Heritage website, Sept. 2006; ↩︎
- A case in point is the history of Haiti. See Invade Haiti, Wall Street urged, New York Times, 2022. ↩︎
- Act 4, Scene 1; ↩︎
- The principle of a « Promethean » woman intervening disguised as a man for the good of humanity will be, with the person of Leonore, at the center of Fidelio, Beethoven’s unique opera; ↩︎
- Act 4, Scene 1; ↩︎
La leçon d’économie de Shakespeare
This article in EN

par Karel Vereycken
Déjà en 1913, l’année même où une poignée de grandes banques anglo-américaines constituait la Réserve fédérale pour fixer les règles de la monnaie et du crédit, Henry Farnam 1, un économiste de l’Université de Yale, faisait remarquer que « si l’on examine les drames de Shakespeare, on remarquera qu’assez souvent, dans ses pièces, l’action tourne entièrement ou en partie autour de questions économiques ».
La comédie Le marchand de Venise (vers 1596) en est sans doute l’exemple le plus éclatant. Si l’on connaît généralement le déroulé de l’histoire, on passe assez souvent à côté du sens profond de cette pièce qui se lit à différents niveaux. L’enchaînement des faits (la petite histoire) en est un, ce qu’ils dévoilent (des principes) en est un autre.
La petite histoire
Pour rendre service à son protégé Bassanio et lui permettre d’épouser sa bien-aimée Portia, un marchand et armateur vénitien catholique du nom d’Antonio emprunte de l’argent à un prêteur juif Shylock. Ce dernier déteste Antonio car celui-ci, l’archétype même du chrétien hypocrite, le traite avec mépris. Antonio, quant à lui, déteste Shylock parce qu’il est juif et parce qu’il est un usurier : il prête avec intérêt.
Shakespeare nous fait comprendre que la prospérité de Venise repose sur la séparation et sur la détestation mutuelle entre Juifs et Chrétiens, selon son célèbre principe de « Diviser pour régner ». 2
L’oligarchie vénitienne n’a jamais manqué d’imagination pour contourner les normes qu’elle faisait appliquer à ses adversaires.
L’usure
En effet, aussi bien chez les Juifs que chez les Chrétiens, l’usure financière est condamnée et même punie. L’intérêt qu’on définit simplement comme la rémunération d’un créancier par son débiteur pour lui avoir prêté du capital, est un concept très ancien qui date probablement des Sumériens et qu’on retrouve aussi dans d’autres civilisations antiques comme les Égyptiens ou les Romains.
Or, rappelons ici que le Judaïsme, qui est la première des religions abrahamiques, interdit clairement le prêt à intérêt. On rencontre de nombreuses fois des passages qui condamnent l’intérêt dans la Torah comme le livre de l’Exode 22:25-27, le Lévitique 25:36-37 et le Deutéronome 23:20-21.
Cependant, cette interdiction ne concerne que les prêts dans la communauté juive. Dans le Deutéronome 23:20-21, il est dit que
« lorsque vous prêterez de l’argent, des vivres ou toute autre chose à un compatriote, vous n’exigerez pas d’intérêt de sa part. Vous pouvez exiger des intérêts lorsque vous faites un prêt à un étranger, mais vous ne prêterez pas à intérêt à vos compatriotes ».
Initialement, la même règle s’appliquait chez les Chrétiens. Ce n’est qu’à partir du premier Concile de Nicée (en 325) que le prêt à intérêt est interdit. A l’époque, de nombreuses églises sont tenues par des lignages de prêtres, tout comme les châteaux voisins sont contrôlés par des lignages de seigneurs, les deux étant souvent apparentés. Alors que sa condamnation était relativement modérée dans le Christianisme auparavant, l’intérêt devient un grave péché lourdement puni à partir des années 1200.
L’exploitation des juifs
L’Italie abrite des Juifs depuis l’Antiquité. Ils dépendent soit des papes, soit des princes, soit des républiques marchandes. Rome, la Sicile, le royaume de Naples comprennent de larges communautés et les papes engagent parfois des médecins juifs. Au XIIIe siècle, certaines villes accordent à des banquiers juifs, avec licence pontificale, le monopole du prêt sur gages.
Venise accueille les Juifs mais leur interdit de pratiquer tout autre métier que prêteur contre intérêt. Dans un premier temps, les Juifs s’enrichissent au grand jour à Venise et s’attirent les foudres du reste de la population.
Pour « protéger » les Juifs, le doge de Venise crée le premier « ghetto » (un mot vénitien), offrant, il faut le préciser, le quartier le plus insalubre de la lagune à ces Juifs qu’il déteste tout en chérissant le financement qu’ils permettent aux expéditions coloniales vénitiennes et au trafic d’esclaves que Venise la « Catholique » pratique sans complexes.
Le marchand de Venise
Voilà l’essence du système vénitien que Shakespeare démasque dans sa comédie Le marchand de Venise. 3
Ainsi, lorsqu’Antonio va solliciter auprès de Shylock un prêt de 3000 ducats pour une période de trois mois, il lui précise dans un premier temps :
« Shylock, quoique je ne prête ni n’emprunte à intérêt, cependant pour fournir aux besoins pressants d’un ami, je dérogerai à ma coutume ».
Shylock répond alors :
« Seigneur Antonio, mainte et mainte fois vous m’avez fait des reproches au Rialto sur mes prêts et mes usances. Je n’y ai jamais répondu qu’en haussant patiemment les épaules, car la patience est le caractère distinctif de notre nation. Vous m’avez appelé mécréant, chien de coupe-gorge, et vous avez craché sur ma casaque de juif, et tout cela parce que j’use à mon gré de mon propre bien. Maintenant il paraît que vous avez besoin de mon secours, c’est bon.
Vous venez à moi alors, et vous dites : ‘Shylock, nous voudrions de l’argent.’ Voilà ce que vous me dites, vous qui avez expectoré votre rhume sur ma barbe ; qui m’avez repoussé du pied, comme vous chasseriez un chien étranger venu sur le seuil de votre porte. C’est de l’argent que vous demandez ! Je devrais vous répondre, dites, ne devrais-je pas vous répondre ainsi : ‘Un chien a-t-il de l’argent ? Est-il possible qu’un roquet prête trois mille ducats ?’ Ou bien irai-je vous saluer profondément, et dans l’attitude d’un esclave, vous dire d’une voix basse et timide : ‘Mon beau monsieur, vous avez craché sur moi mercredi dernier, vous m’avez donné des coups de pied un tel jour, et une autre fois vous m’avez appelé chien ; en reconnaissance de ces bons traitements, je vais vous prêter tant d’argent’ ? »
A quoi Antonio rétorque :
« Je suis tout prêt à t’appeler encore de même, à cracher encore sur toi, à te repousser encore de mon pied. Si tu nous prêtes cet argent, ne nous le prête pas comme à des amis, car l’amitié a-t-elle jamais exigé qu’un stérile métal produisît pour elle dans les mains d’un ami ? mais prête plutôt ici à ton ennemi. S’il manque à son engagement, tu auras meilleure grâce à exiger sa punition ».

Offusqué, Shylock répond :
« Eh ! mais voyez donc comme vous vous emportez ! Je voudrais être de vos amis, gagner votre affection, oublier les avanies que vous m’avez faites, subvenir à vos besoins présents, et ne pas exiger un denier d’usure pour mon argent, et vous ne voulez pas m’entendre ! »
Shylock, pour sortir de la détestation mutuelle propose de lui prêter (selon la règle juive et chrétienne), en ami, sans intérêt. Mais le « bon » catholique Antonio refuse de devenir ami avec le Juif. Il affirme qu’en affaires, il ne faut pas avoir d’amis, et exige qu’on lui prête en tant qu’ennemi car c’est plus facile à sanctionner en cas de non-respect du contrat.
Comme le disait Churchill, un Empire n’a pas d’amis, il n’a que des intérêts. Ce principe sera théorisé ensuite par Carl Schmidt pour devenir la règle de l’oligarchie d’aujourd’hui : pour exister, il faut un ennemi et s’il en manque, dépêchons-nous d’en inventer un !
Le double jeu des Vénitiens
Comme on le voit, Shakespeare pointe sur l’hypocrisie de ce système vénitien qui base sa prospérité sur une politique « gagnant-gagnant » non pas entre amis mais entre ennemis.
Rappelons ici que, bien qu’elle soit régulièrement en guerre contre les Turcs, Venise crée également un ghetto pour les marchands turcs et même une « fondation », c’est-à-dire une représentation commerciale fonctionnelle.

Si l’on reprochait à un ambassadeur vénitien ce commerce avec les Ottomans qui menaçaient l’Occident, celui-ci répondait : « En tant que marchands, nous ne pouvons vivre sans eux. »
Les Ottomans vendaient du blé, des épices, de la soie grège, du coton et de la cendre (pour la fabrication du verre) aux Vénitiens, tandis que Venise leur fournissait des produits finis tels que du savon, du papier, des textiles et… des armes. Bien que cela soit explicitement interdit par le pape, la France, l’Angleterre, les Pays-bas, mais surtout Venise, Gênes, et Florence vendaient des armes à feu et de la poudre à canon au Levant et aux Turcs. 4
Venise fournit de sa main gauche des canons et des ingénieurs militaires aux Turcs tout en louant à prix fort, de sa main droite, des navires aux Chrétiens voulant les combattre. A cela s’ajoute la rivalité avec Gênes qui s’était alliée à la dynastie des Paléologues mais que les Ottomans ont battue au profit des Vénitiens.
En 1452, un an avant la chute de Constantinople, l’ingénieur et fondeur hongrois Urban (ou Orban), spécialiste des grosses bombardes, se met au service des Ottomans. Ces canons confie-t-il au Sultan, sont si puissants qu’ils feraient chuter « les murs de Babylone ». On connaît la suite en 1453.

Lorsque les Francs veulent louer des navires à Venise pour partir en croisade, l’argent leur fait défaut.
Pas de souci : Venise trouve l’arrangement qui convient. Pour payer la location des navires, les Francs sont invités à faire un petit détour sur le trajet, et commencer la croisade par la libération de Constantinople que Venise veut reprendre aux Ottomans. Et ça marche ! Venise multiplie ses comptoirs et ses bases militaires à Constantinople pour étendre son empire financier et commercial.
Une livre de chair
Face à la réponse sotte et arrogante d’Antonio, Shylock pousse la logique jusqu’à l’absurde et, sur le ton de la plaisanterie, propose alors que dans l’éventualité où son débiteur ne rembourserait pas sa dette en temps et en heure, il aurait le droit de prélever sur celui-ci une livre de chair.
On peut y voir une interprétation littérale et loufoque de ce qui s’écrivait sur les « obligations » ou « reconnaissances de dette » de l’époque. Antonio, qui est convaincu que ses navires rentreront à temps à Venise pour lui fournir de quoi rembourser Shylock, accepte les conditions du contrat, presque en riant de leur caractère surréaliste.
C’est là que Shakespeare pose une question fondamentale et nous offre une belle leçon d’économie, sous la forme d’une métaphore tragique et paradoxale. Dans la plupart des civilisations de l’Antiquité, le non-remboursement d’une dette pouvait vous conduire en esclavage, vous coûter la vie ou vous envoyer en prison pour le reste de vos jours. De l’esclavage monétaire on passait ainsi à l’esclavage physique.
Plus tard, on trouve, par exemple, dans les archives des tribunaux d’Anvers le texte d’un procès en 1567 concernant une obligation entre Coenraerd Schetz et Jan Spierinck :
« Moi, Jan Spierinck, confesse et déclare de ma propre main devoir à l’honorable seigneur Coenraerdt Schetz la somme de quatre cents livres flamandes, et ce sur la base de la somme égale que j’ai reçue de lui à ma satisfaction. Je promets de payer intégralement ledit seigneur Coenraerdt Schetz ou le porteur de la présente, le quatrième jour du prochain mois d’août sans aucun retard, en engageant ma personne et tous mes biens maintenant et à l’avenir. En l’an 1565, le 11 juin ». Vous avez bien lu : « en engageant ma personne ».
Pris à la lettre, le débiteur gage sa personne en caution à son créancier. Rappelons également qu’en France la prison pour dettes privées est instituée par une ordonnance royale de Philippe Le Bel de mars 1303. En dehors de deux périodes de suppression, de 1793 à 1797 et en 1848, la contrainte par corps des débiteurs a persisté en France jusqu’à son abolition en 1867.
A la Renaissance, l’humanisme chrétien de Pétrarque, d’Erasme, de Rabelais et de Thomas More allie la notion de justice de Socrate avec celle de l’amour d’autrui, et un nouveau principe émerge : la vie de chaque individu est sacrée et a une valeur incommensurablement supérieure à tous les titres de dette financière.
C’est une remise en question de ce principe qui fait tourner la comédie de Shakespeare au drame. Petit à petit, le spectateur apprend que les navires d’Antonio ont tous été emportés par des tempêtes et d’autres déconvenues. Il ne dispose donc pas en temps et en heure des moyens nécessaires pour s’acquitter de sa dette.
Le marchand de Venise doit donc accepter que Shylock lui prenne une livre de chair comme le stipule la reconnaissance de dette qu’il a signée… un titre de dette validé par les lois de la République.

Pour sauver la vie d’Antonio, ses amis proposent alors au prêteur le double de la somme initiale empruntée, mais Shylock, animé par un sentiment de vengeance, ne veut rien entendre, fâché de surcroît du fait que sa fille est partie de sa maison avec un jeune marchand chrétien emportant une coquette somme de ducats et des bijoux de famille.
Shylock répond vicieusement au Doge qui lui demande d’être clément, qu’il ne réclame rien d’autre que l’application de la loi. Au passage il rappelle aux Vénitiens qu’ils sont mal placés pour donner des leçons de moralité, car à Venise on peut « acheter » des personnes :
« Quel jugement aurais-je à redouter, puisque je ne fais point de mal ? Vous avez chez vous un grand nombre d’esclaves que comme vos ânes, vos chiens et vos mulets, vous employez aux travaux les plus abjects et les plus vils, parce que vous les avez achetés. Irai-je vous dire : rendez-leur la liberté, faites leur épouser vos héritières ? Pourquoi suent-ils sous des fardeaux ? Donnez-leur des lits aussi doux que les vôtres. Que leur palais soit flatté par les mêmes mets que le vôtre. Vous me répondez : ces esclaves sont à nous. Je vous réponds de même : la livre de chair que j’exige de lui m’appartient : je l’ai chèrement payée, et je la veux. Si vous me refusez, honte à vos lois ! Il n’y a plus aucune force dans les décrets du sénat de Venise. — J’attends que vous me rendiez justice. Parlez : l’aurai-je ? »
A cela, le Doge impuissant n’apporte aucun contre-argument. Lui-même doit obéir aux lois de la cité. L’unique chose qu’il a le droit de faire, c’est de laisser la parole à un docteur en droit qui a examiné l’affaire, pour qu’il livre son avis d’expert.
Retournement de la situation
Ici, Shakespeare fait intervenir Portia qui, déguisée en homme de loi et agissant au nom d’un principe supérieur, l’amour pour l’humanité et le bien, prend la parole. 5
Une fois reconnue la validité de la demande de Shylock, elle retourne la situation avec le genre d’audace qui nous manque aujourd’hui. A propos de la créance, elle relève un détail important concernant la mise en œuvre de la sanction :
« Le billet ne t’accorde pas une goutte de sang : les termes sont exprès ; une livre de chair. Prends ce qui t’est dû ; prends ta livre de chair. Mais si, en la coupant, tu verses une seule goutte de sang chrétien, les lois de Venise ordonnent la confiscation de tes terres et de tes biens au profit de la république. »

C’est une autre belle leçon que nous donne Shakespeare. Combien de lois excellentes ne valent rien du simple fait que leurs auteurs n’ont pas pris la peine d’en spécifier la mise en œuvre ? Connaissez-vous les lois vous permettant de vous défendre contre les injustices que le système vous inflige ? Car si le diable est dans les détails, le bon Dieu n’est parfois pas loin. A vous d’aller le chercher.
Shakespeare nous rappelle que l’économie ne se réduit pas au droit et aux mathématiques. Tout choix économique reste un choix de société. En réalité, seule « l’économie politique » devrait être enseignée dans nos facultés et nos théâtres.
Présenter la science de l’économie et de la finance comme une réalité « objective » et non pas comme une réalité des choix humains, est la meilleure preuve que nous sommes soumis à de la propagande.
Pour conclure, soulignons que contrairement à la pièce de Christopher Marlowe, Le Juif de Malte (vers 1589), l’acteur principal de la pièce de Shakespeare n’est pas le Juif maléfique Shylock (comme le prétendaient des antisémites qui faisaient jouer des versions dénaturées de la pièce durant les périodes noires de notre histoire), mais bien le très catholique marchand de Venise qui, on l’a vu, se sert des Juifs pour son propre intérêt. Rappelons que dans le ghetto juif de Venise, les Juifs n’avaient que le droit de s’occuper de finance mais de rien d’autre…
Enfin, dans Le marchand de Venise, Shakespeare démasque le fonctionnement d’une finance folle et criminelle qui sait utiliser des interprétations formelles du droit (l’apparence de la justice) pour satisfaire sa cupidité (la véritable injustice).
NOTES:
- Henry Farnam, Shakespeare as an economist, p. 437, Yale Publishing Association, New Haven ; ↩︎
- Voir à ce propos Sinan Guven, Le conflit entre l’intérêt et les religions abrahamiques, HEConomist, le journal des étudiants ; ↩︎
- Toutes les citations qui suivent du Marchand de Venise de Shakespeare sont tirées de la version en lecture libre sur le site Atramenta. ↩︎
- Salim Aydoz, Artillery Trade of the Ottoman Empire, Muslim Heritage website, Sept. 2006 ; ↩︎
- Le principe d’une femme « prométhéenne » intervenant déguisée en homme pour le bien de l’humanité sera, avec la personne de Leonore, au centre de Fidelio, l’unique opéra de Beethoven ; ↩︎
The 1561 Landjuweel of Antwerp made Art a Weapon for Peace
Cet article, en FR

By Karel Vereycken, April 2025
Summary
- Introduction
- Early literacy (box)
- The Chambers of Rhetoric
- Rehabilitation
- Jousts, competitions and other festivals
- Landjuweel
- Political and economic context
- Ghent, 1539
- The influence of Erasmus
- De Violieren and the Guild of Saint Luke
- Antwerp, 1561
- Organization of the Landjuweel
- Philosophy
- A memorable day
- Peace and art, united for celebration
- Censorship, repression and revolt in the Burgundian Low Countries
Introduction
For foreigners it’s not always easy to accept that the countries of Northern Europe represented a peak of Renaissance culture in the XVIth century. However, those day’s Landjuweel (literally « jewel of the country ») poetry contests, mass-events with parades of allegorical floats, fireworks, drama, poetic recitations, farces, dances, refrains, songs and gastronomic feasts which thrilled the « Burgundian Low Countries » (a region including the present-day Netherlands, Belgium and northern France) should clearly become a source of inspiration for today.
Huge is my joy at discovering these treasures, but vast is my anger when I measure to what extent their true history was ignored and even hidden from all of us.
We focus here on the moral greatness of the zinne-spelen (allegorical drama’s) and intend to discuss the farces and the polyphonic musical contributions in some future writings.
Of course, as it is well known, it is the victors who write history. Not that of humanity, but their own. The history of the « losers » falls by the wayside. Therefore, in the Low Countries, be it Belgium or the Netherlands, the official churches, be they Catholic, Lutheran or Calvinist, and ruling elites, chosen by Spain and the British, have carefully erased from the books the truth about the revolutionary role and impact of Erasmus. 1
As we document here, Erasmus succeded, through his noble spirit and delicious wit, to mobilize quite a large following, not only in educated layers of the European elites, but in a broad part of the rising middle-class working people, a social layer which might resemble today’s « Yellow Vests ».

For modern people, of course, the religious processions, parades of giants, and masked carnivals of Venice, Rio de Janeiro, or Dunkirk in France appear as sympathetic as mere folkloric manifestations on UNESCO’s list of the intangible cultural heritage of France and Belgium. Appealing, no doubt, but without any connection to « true culture »!
Qualifying these events and traditions as « folkloric » results mostly from a lack of knowledge and understanding of real history. Regarding both the intent and the content of some of these festivals, such as the « Landjuweel » of Ghent in 1539 and the one in Antwerp in 1561, with five thousand participants and many more spectators, placing art, poetry and music as the true source of durable peace and harmony among nations, states and peoples, in terms of refinement and beauty, it can be said that they rival, and I would even say surpass many supposedly « cultural » events of today.

Precociously high literacy rates
There’s a persistent idea that needs to be fought, i.e. the belief that before the XIXth century, the century of Hippolyte Carnot and Jules Ferry, the literacy rate barely exceeded 15%, whether in Renaissance Italy, France, or the Nordic countries. Cultural festivals for scholars could therefore be nothing other than events organized by a small elite with substantial means looking to indulge themselves…
Regarding the literacy rate, researchers believe the figures need to be revised. The absence of statistics does not necessarily mean the absence of schools. In fact, from the time of Charlemagne onward, most villages, towns, and villages in Europe had « small schools. » And with urbanization and the increase in trade, the learning of languages and arithmetic came to complement the learning of reading and writing.2
Let us take the case of the city Douai (Today’s northern France, but formerly the Low Countries), which Alain Derville mentions in his article The Literacy of the People at the End of the Middle Ages, published in 1984 in Revue du Nord 3:
« Around 1204-1208 there were at least 7 schoolmasters in Douai in the jurisdiction of Saint-Pierre, therefore not counting that of Saint-Amé, and the school fees were unknown (…) A fee of 18 deniers is cited in 1316-1318; it had risen in 1450 to 4 sous (of Flanders). At that date 5 masters and one mistress refused to pay it, saying, among other things, that many schoolchildren were poor, so much so that, sometimes, they were educated for free: a precious admission. In short, according to B. Delmaire, the case of Douai should rather be compared to that of Valenciennes: for this town, P. Pierrard found at least 20 masters in 1337, 49 masters and mistresses in 1388, 18 masters and 10 mistresses running 24 schools in 1497. In 1386, 516 children were in school, including 145 girls, in 1497, 791, including 161 girls.
In a town which, after the misfortunes of 1477-1493, must have had 10,000 inhabitants rather than 15,000, the children aged 7 to 10 must have been 12 to 1300, that is to say that, if the school lasted three years, the boys would have been educated at 100%, the girls at 25%, at least around 1500. (…) The interest of the laity was therefore very keen for the education of children, at least primary but also, as in Saint-Omer, secondary and even higher (foundations in the XIVth century of colleges and scholarships), and this from the beginning of the XIIIth, as [the Belgian historian Henri] Pirenne had clearly seen. We certainly did not wait until the XVIIth century to ‘invest in education’ « . 4
It was the same in Brabant and Flanders. As proof, a small conversation book, the Boec van de ambachten (Book of Trades), published in Bruges in 1347, with the help of which one could, with pedagogical examples, learn Dutch or French. 5
In 2013, an international team of researchers of the Forschungsinstitut zur Zukunft der Arbeit Institute for the Study of Labor (IZA) documented that the advanced degree of literacy and educated workforce at the end of the XVth and XVIth Century has to be attributed to the influence of the Brothers of the Common Life. 6
In 1567, the Florentine merchant Francesco Guicciardini, in his very comprehensive description of the region, noted that « Here, in the Burgundian Low Countries, learned people have lived and still live, highly educated in all sciences and arts. The common people generally possess rudiments of grammar, the country people at least know how to read and write. Their knowledge of languages is astonishing. For there are people here who have never set foot anywhere but their own country and who know, in addition to their mother tongue, foreign languages, especially French, which is in common use. Many of them also speak German, English, Italian and other foreign languages. » 7
Another source reports that in Antwerp, a major crossroads of world trade, language schools were plentiful. If you want to learn French, he told his interlocutor, go to Antwerp, you’ll find what you need to learn the language there. 8
Another indication of Antwerp’s high cultural level is the account of Andreas Franciscanus, most likely secretary of a diplomatic mission from Venice, who wrote in 1497 that in Antwerp, where the cathedral has a carillon of 49 bells, « everyone is keen on music, and is so expert that even bells are played harmoniously and with such a full sound that they seem to sing (…) all the desired tunes. » 9
Desiderius Erasmus himself stated that “Nowhere else does one find a greater number of people of average education.” 10
In Antwerp, for every 200 workers, there was one teacher, compared with the proportion found in Lyon, an equally rich, busy and important city, where it was one teacher for every 4,000 workers… 11
WOMEN
Also, “Spanish visitors … noted the widespread literacy in the Low Countries. One of Prince Philip’s entourage, Vicente Alvarez, noted in his journal that ‘almost everyone’ knew how to read and write, even women …” 12
Niccolo Nettoli, an Italian passing through, is surprised that women in Antwerp enjoy a certain freedom unhampered by child marriage like young Italian women. Young women, single and living under the parental roof, could go out with young men. The parents approved, sent the couple out to eat during the day, drink, and dance « without any supervision, » and welcomed them back in the evening, thanking the lover for the honor they had done their family. In Antwerp, « Hugging is allowed for everyone, everywhere, and at all times, » the Italian worries. 13
A finding shared by Guicciardini, an Italian merchant living in Antwerp but still astonished:
« As for the women of this country, besides being beautiful, clean, and very pleasant, they are also very kind, courteous, and gracious in their actions: since they begin from their childhood to converse (according to the custom of the Country) freely with everyone, by this company they become bolder in practicing company, and quick to speak, and in all things; but with this great freedom and license, they strictly keep the duty of their honesty, going not only to the city for the housekeeping, and affairs of their houses; so also to the fields, with little retinue, without thereby incurring blame, nor giving occasion for suspicion. They are sober, and very active and careful, interfering not only in domestic affairs (of which the men here do not hesitate and do not worry much) and do everything that in other countries is common for slaves and servants. Thus they also go and buy and sell merchandise and goods; and if they put their hands and tongues to the affairs proper to men (…) » 14
The Chambers of Rhetoric

At the origin of these poetry festivals and competitions of the Landjuweel type, literary and drama societies called Kamers van rhetorike (Chambers of Rhetoric) which emerged from the end of the XIVth century in the northwest of France and in the former Low Countries, above all in the County of Flanders and the Duchy of Brabant.
While in the XVIIth and XVIIIth centuries these chambers became literary clubs for a bourgeoisie enjoying exercises in eloquence and rhyme, in these early days rhetorical culture was not socially an elite culture, as most rhetoricians were tradespeople and did not belong to the ruling elite of their city.
Recent research has confirmed that the rhetorical chambers of Flanders and Brabant primarily recruited their members from the urban middle classes, more specifically from the circles of artisans (masons, joiners, carpenters, dyers, printers, painters, etc.), merchants, clerks, practitioners of intellectual professions, and merchants. 15
In 1530, among the 42 members of the Brussels Chamber of De Corenbloem, there were 32 craftsmen (butchers, brewers, millers, carpenters, tile layers, comb makers, fishermen, coachbuilders, stonemasons, etc. = 76.2%). 16
In the artistic professions, there was a glazier and two painters (7.1%), in commerce, a fruit seller, an innkeeper, a skipper and a rag seller (9.5%). The remaining members were a civil servant, a harp-player and an announcer.

For the period 1400-1650, records were found of 227 Dutch-speaking chambers of rhetoric in the Southern Low Countries and the Principality of Liège, meaning that virtually every town had at least one. In 1561, the Duchy of Brabant had about 40 recognized chambers of rhetoric, while the County of Flanders had 125. 17
Their organization was similar to that of the corporations: at the head of each chamber was the dean, usually a clergyman (the chambers retained a religious aspect). Since their creation, the chambers were of two kinds: the free (vrye), enjoying a communal grant, and the subject (onvrye or vrywillige), having no grant, but reporting to a supreme chamber (hoofdkamer). Among the rhetoricians were the founders (ouders), and the members (broeders or gezellen); at the head of all were an emperor, a prince, often a hereditary prince (opperprins or erfprins); then came an honorary president (hoofdman), a grand dean, a dean, an auditor (fiscael), a standard-bearer (vaendraeger or Alpherus), and a boy (knaep), who sometimes dabbled in poetry.
The most important of all were the « factors » or « factors », that is to say the poets who were in charge of the « factie » (composition), poems, plays, farces and the organization of festivities. Initially in the bosom of the ecclesiastics, the Chambers took their independence and established themselves, in practical terms, as a « Festival Committee », charged by the municipal authorities with brightening up with poetry and splendor the joyous entries and cultural events throughout the year.



Rehabilitation
Further research, primarily in the Netherlands, has led scholars to « rehabilitate » the Chambers of Rhetoric, now considered of having been institutions that played a major role in the development of vernacular Dutch during the period 1450-1620. 18
Admittedly, mostly composed as dialogues among allegorical figures, a legacy of the Middle Ages and the troubadour tradition, artistically speaking, with some exceptions, most of these plays never reached the level or quality of dramatic intensity or refinement of Shakespeare or Schiller.
But as we shall see, the desire and intent to emancipate the people through a form of literary and musical art that uplifts by its moral content and liberates through ironical « cathartic » laughter was clearly central to their admirable objectives.
Jeroen Vandommele suggests that experts should rethink their views:
« Until the end of the XXth century, the poetry and theater that emerged from these circles were mostly perceived negatively. Rhetoricians were seen as amateurs, low-level word artists, novice craftsmen who met weekly to entertain themselves with rhymes while drinking a lot of alcohol. They were seen as representatives of a second-rate literary and intellectual culture. Sixteenth-century humanism and the literary renaissance would have been manifested mainly in (neo)Latin texts and, as far as the vernacular is concerned, in texts written from the second half of the sixteenth century onwards, mainly outside the rhetorician circles. It is only in the last three decades that these qualifications and visions have been distanced from the literature and culture of the rhetoricians and an attempt has been made to give them meaning in relation to the urban context in which they emerged. » 19
The respected Dutch historian Herman Pleij, who has contributed to a better understanding of the phenomenon and gave a major boost to this approach by demonstrating, from the 1970s onwards, the potential of XVth- and XVIth-century literature to generate what he calls « late medieval urban culture, » a true expression of an autonomous civic and urban culture. 20
According to him, their works were intended to unleash a « civilizing offensive » that would encourage the urban elite and middle classes to develop intellectually and morally and to distinguish (and dissociate) themselves from their less civilized urban counterparts.
Jousts, competitions and other festivals

The Chambers cultivated the art of poetry by competing against each other in competitions that were among the major events they organized for themselves or for the public. Each chamber itself set the frequency of the competitions and the value of the prizes, often quite symbolic, that could be won. While for some chambers, four competitions per year were enough, for the Antwerp chamber, De Violieren, it was a weekly competition!
Very quickly, these activities gave rise to public festivities, celebrated successively in all the major cities. The Landjuweel skillfully combined several genres of theatrical and musical dramaturgy, which had previously been separate, into a single large city festival:
- The “Mystery Plays » and « Miracle Plays » (Mirakel-spelen, passie-spelen) street theater or large tableaux vivants, sometimes on floats (wagen-spelen). The Mystère de la Passion by Arnoul de Gréban, performed thousands of times throughout France, was a play of 34,000 verses requiring 394 actors reenacting the last five days of the life of Christ.
- The « Feast of Fools » or « Feast of the Innocents », masquerades and disguises organized by « joyous societies » in which the clergy had actively participated since the XIIth century. We were then witnessing a total reversal of society: the woman became the boy, the child the bishop, the teacher the student, … The pope was elected, the bishop of fools, the abbot of fools, old shoes were burned in censers, people danced in churches while mumbling Latin in such a way as to trigger many fits of laughter. People danced and sang, accompanied for this by musicians who played wind instruments (flute, trumpet or bagpipes) or string instruments (hurdy-gurdy, harp, lute). It was not uncommon to find serious confusion reigning within convents: nocturnal relations between the abbot of fools and the minor abbesses or even mock weddings between a bishop and a superior. For the Feast of Fools, the lower clergy disguised themselves, wore hideous masks and smeared themselves with soot. The costume and attributes of fools became established in the XVth century. Popes, councils and various authorities published texts aimed at suppressing the said festival from the XIIth century onwards.
- The Ommegang (literally « going around » the church and the city) were religious processions, organized by the church and the crossbowmen’s guilds in honor of the saints whose statues were carried on their shoulders. If in Brussels, the Ommegang became an opportunity for nobles to exhibit themselves in the city (as in 1549 to show their loyalty to the Spanish occupier), in Antwerp, two Ommegangs followed one another: the first, religious, at Pentecost, the second, on the feast of the Assumption, with a strong secular participation of the guilds, trades and chambers of rhetoric, each of them contributing a float to a procession in the streets of the city.
- Carnival, the new name given by the Church to the « Saturnalia, » the great eight-day Roman festivities in honor of Saturn, god of agriculture and time, during the winter solstice. This period of costumed celebrations and freedoms, particularly in Venice, which developed between the XIth and XIIIth centuries, was supervised by the Church, which considered it necessary to avoid popular revolts. It featured a reversal of roles and the election of a false king. Slaves were then free to speak and act as they wished and were served by their masters. The festivities were accompanied by large meals.
The Rhetoricians rightly believed that these genres complemented each other perfectly. The festivals therefore alternated, without losing the hierarchy of the depth of the meaning that one wanted to convey, both pieces with spiritual and religious content (mysteries, passions) and pieces with philosophical, didactic and moralizing content (zinne-spelen), without forgetting satire, farce and other humorous things (sotties, esbattements, etc.).

Historically, the stage where such events took place moved from the nave of churches, first to the forecourt of cathedrals and finally to the public space in the wider sense, first in the open air (in the Great Square, in the cemetery, on a chariot) before being forced by the authorities to occur exclusively in closed halls.
Among the competitions organized by the Chambers of Rhetoric, the oldest known was that of Brussels in 1394. The one in Oudenaarde, which took place in 1413, is better documented. These were followed by those of Furnes in 1419, Dunkirk in 1426, Bruges in 1427 and 1441, Mechelen in 1427 and Damme in 1431.
Landjuweel

The Landjuwelen were originally a cycle of seven competitions between communal militias practicing their skills in the use of weapons: the Schutterijen of the Duchy of Brabant. The highest luminaries of the country attended such shootings; they were even honored by sovereigns.
The idea was to organize a Landjuweel every three years. The winner of the first competition would organize the next competition and so on; the winners of the seventh Landjuweel would start a new cycle. The winner of the first tournament, having obtained a silver cup, would make two silver dishes for the winner of the second Landjuweel in a cycle, and the latter would in turn make three for the winner of the next competition, and so on until the seventh tournament in the cycle.
There was close cooperation between the knightly societies of the cities of Bruges and Lille in Flanders, as well as between Bruges and Brussels. Like Bruges, Lille organized an annual tournament, « L’Espinette. »
Every February, a delegation from Bruges came to Lille to compete in the tournament, just as the inhabitants of Lille participated in the annual competition of the White Bear in Bruges, which took place in May. This spectacle gave rise to festivities to which the poets of Bruges also contributed. They wrote the scenarios for the esbattements, recited praises, and reported on these activities in their chronicles.
There were no quarrels about differences of languages. Prizes were established to reward works in either French or Dutch, depending on the lingua franca of the city where the competition was held. But sometimes, at the same competition, a prize was awarded for works in both languages. This was notably the case in Ghent in 1439. Prizes were also awarded for the most beautiful entry.
Themes in the form of questions were suggested, which only authorized chambers could answer in verse. These questions were resolved by the « factors » and generally had a moral or political purpose. Thus, in 1431, in the midst of the wars between France and Flanders allied to Britain, the Chamber of Rhetoric of Arras, formerly a city named Atrecht in the Burgundian Low Countries, posed the question « Why is peace, so eagerly desired, so slow in coming »? Note that in 1435, the Peace of Arras, organized by the friends of Nicolas Cusanus, Jacques Coeur and Yolande d’Aragon, sealed the end of the Hundred Years’ War. 21
Political and economic context

Through alliances and marriages, the Burgundian Low Countries fell under the control of the Habsburg family, who were completely at the mercy of the famous Augsburg bank, the evil Fuggers, known as the fathers of « financial fascism ». 22
Hence, when Maximilian I, of the Habsburg family and Holy Roman Emperor, died in 1519, he owed Jacob Fugger approximately 350,000 florins. To prevent default on this investment, Fugger assembled a cartel of bankers to gather all the necessary bribe money to enable Maximilian’s grandson, Charles V, to buy the vote and succeed him to the throne. Thus, Jacob Fugger, in direct liaison with Margaret of Austria, who joined the project because of her fears for peace in Europe, centrally gathered the money to bribe each Elector, taking advantage of the opportunity to dramatically strengthen his monopolistic positions, particularly over competitors such as the Welsers and the rapidly expanding port of Antwerp. 23
Charles V, in the 1520s, had to borrow at 18% and even 49% between 1553 and 1556. To maintain the enormous expenditures to oversee his vast Empire, Charles V had no choice but to pursue a predatory policy. He sold his mines to appease the bankers, gave them carte blanche to colonize the New World, and consented to the pillaging of the most prosperous region of his Empire, Flanders and Brabant, which were subject to taxes and tithes to pay for the « war economy. » 24
The rather spectacular rise of the Northern Renaissance, which gained access, thanks to the learning of Greek, Latin and Hebrew, notably thanks to the Three Language College founded by Erasmus in Louvain in 1515 25, to science and all the wealth of the classical period, was to collide head-on with the battering rams of feudal finance which had become an ogre.
Charles V ordered that a list of authors to be proscribed be drawn up in his states, thus foreshadowing the establishment of the Index a few years later. From 1520 to 1550, he promulgated thirteen repressive edicts against heresy, introducing a modern inquisition based on the Spanish model.

The application of these « placards » remained rather weak until the arrival of Philip II due to the lukewarm attitude of Queen Regent Mary of Hungary (1505-1558) and local elites towards them. Their application was entrusted to the urban and provincial judicial authorities, as well as to the Grand Council of Mechelen, with the supervision of a specific tribunal, established in 1522 in the Burgundian Low Countries based on the model of the Spanish Inquisition.
In 1540, the Jesuit order was founded, initially tasked with obtaining by word what could not be obtained by the sword. It quickly turned to the use of theater! From 1545 to 1563, the Council of Trent met to impose reforms and seek to eradicate Protestant heresy. Reading the Bible was now forbidden to ordinary mortals, as was discussing and illustrating it. Albrecht Dürer, the great German engraver and geometer based in Antwerp, packed his bags in 1521 to return to Nuremberg, and Erasmus went into exile in Basel the same year. The great Flemish cartographer Gerard Mercator, educated by the Erasmians and suspected of heresy, was imprisoned in 1544. Released from prison, he went into exile in Germany in 1552. Because of their religious beliefs, Jan and Cornelis, the two sons of Quinten Matsys 26, left Antwerp and went into exile in 1544.
Charles V abdicated in 1555 to leave his place to his son Philip II. The latter returned to Spain and entrusted the regency of the Burgundian Low Countries to his half-sister Margaret of Parma (1522-1586).
While the administration of the Burgundian Low Countries was officially carried out through the Council of State, composed of the stadholders and the high nobility, a secret council (the consulta) created by Philip II and composed of Charles de Berlaymont (1510-1578), Antoine Perrenot de Granvelle (1517-1582) and Viglius van Aytta (1507-1577) was responsible for making the most important decisions, particularly concerning taxation, order, administration and religion, and thus transformed the Council of State into a simple consultative chamber.



Three disputes quickly arose: the presence of Spanish troops in the Seventeen Provinces, the establishment of new dioceses in the Burgundian Low Countries, and the fight against Protestantism. Spanish troops remaining from the Italian Wars, approximately 3,000 strong, were not paid and were pillaging the country. After much hesitation by Philip II, and under threat of the simultaneous resignation of Orange and Egmont, the troops finally left in January 1561.

The first victims of persecution in Europe were Antwerp’s Hendrik Vos and Jan Van Essen, two augustinian monks who had become friends of Luther, executed in Brussels on July 1, 1523. 27 The first Walloon victim was the Tournai theologian Jean Castellain, executed in Vic, Lorraine, on January 12, 1525. 28
Many victims were Catholic clergy who had converted to the Reformation, but also many women. From 1529, the persecutions took a dramatic turn following the adoption of the imperial placard generalizing the death penalty. 40% of executions for heresy in the West between 1523 and 1565 occurred in the Burgundian Low Countries. The 17 Provinces were one of the regions that suffered the highest rate of death sentences relative to its entire population. Approximately 1,500 people were executed, an intensity thirty times higher than in France. 29
They will only strengthen the opposition to the tyranny which will lead in 1576 William of Orange (known as « The Silent ») to take the lead in the revolt of the Burgundian Low Countries, ending 80 years later with the split between the north (the Netherlands, predominantly Protestant) and the south (Belgium, exclusively Catholic).
Ghent, 1539

In June 1539, the De Fonteine (The Fountain) Chamber of Ghent summoned the dramatic and literary societies of the country to a great landjuweel in honor of the Holy Trinity, for which Emperor Charles V granted permission and a month’s safe conduct to those wishing to participate.
An invitation charter was published on this subject. It posed, for the morality play, a question thus formulated: « What is the greatest consolation of the dying man? »
This subject clearly echoes one of Erasmus‘s popular writings, quickly translated into Dutch in the year of its publication in 1534, De preparatione ad Mortem. 30
Nineteen rhetorician societies responded to the call: these were chambers established in Antwerp, Oudenaarde, Axel, Bergues, Bruges, Brussels, Courtrai, Deinze, Enghien, Kaprijke, Leffinge, Lo (in the Furnes Trade), Menin, Messines, Neuve-Église, Nieuwpoort, Tielt, Tirlemont, and Ypres.
The chamber known as « De Violieren » from Antwerp won first prize. Pieter Huys de Bergues won second prize, consisting of three silver vases weighing seven marks on which the entrance to an academy was engraved. His poem comprises about five hundred verses in Dutch, and it features five allegorical figures under the names of Benevolence, Observance of the Laws, the Consoled Heart, Consolation, and the Contrite Heart. Each of them lists the goods in which man finds happiness at the hour of death. For De Violieren, the greatest consolation was « the resurrection of the body, » a purely Catholic dogma.
But that was without counting on the « off » part of the competition. Because the three other questions, to be answered in chorus, were:
- « Which animal in the world gains the most strength? »
- « Which nation in the world shows the most madness? »
- « Would I be relieved if I could talk to him? »
As a result, the majority of allegorical plays performed were bloody satires against the Pope, monks, indulgences, pilgrimages, Cardinal Granvelle, etc. The compositions of the Ghent laureates were published first in quarto format, then in duodecimo.
From the moment they appeared, these plays were banned, and it was not without reason that, later, this landjuweel was cited as the first to have stirred the literary country in favor of the Protestant Reformation. These works being far from favorable to the Spanish regime, the Duke of Alba ordered their suppression by the Index of 1571 and, later, the government of the Burgundian Low Countries even banned theatrical performances of the Chambers of Rhetoric.
The influence of Erasmus

In Antwerp, Erasmus‘s influence was notable, and his presence was sought after. Well-known was his friendship to the city’s secretary Pieter Gilles 31, an Antwerp erudite humanist dearly appreciated by Thomas More 32 who integrated Gillis poems in his opus majus, Utopia. To please More, Pieter Gillis and Erasmus got their portraits done by Quinten Matsys33 to whom they offered their double portrait. Gillis house in Antwerp was also a regular meeting point for all the leading humanists of that time.

Between 1523 and 1584, 21 publishers published no fewer than 47 editions of the humanist’s works, and the rhetorician Cornelis Crul, before 1550, translated the Colloquies and other major works into Dutch.
Most rhetoricians mastered Latin and could therefore read Erasmus in the original. Some Latin schools, as documented in the case of Gouda for the year 152134, included selected writings for each grade in their curriculum. The humanist’s prestige spread throughout Europe.
Ferdinand Columbus (1488-1539), the very bibliophile son of Christopher Columbus, not only acquired a vast series of his works, but also traveled to Louvain in October 1520 to meet their author. 35
In a letter dated 1521, Hieronymus Aleander (1480-1542), the legate of Pope Leo X, warned of « elements having bad reputation » who were thriving in Antwerp. They presented themselves « as the defenders of good literature and were all from the school of our friend who became a great name [Erasmus]. » Aleander added that « He [Erasmus] has spoiled all of Flanders! » 36

De Violieren and the Guild of Saint Luke

Also in Antwerp, a Chamber of Rhetoric, De Violieren (The Gillyflowers), was officially created in 1480 within the Guild of Saint Luke, the artists’ guild dating back from 1382. 37
The rhetoricians’ motto was « Uyt ionsten versaemt » (United by affection. But « ionsten » is also close to « consten », the Flemish word for arts).
This symbiosis produced fruitful results. For most historians, De Violieren were, in a way, the literary branch of the Guild of Saint Luke.
The latter was composed of all trades related to the fine arts, including painters, sculptors, illuminators, engravers, and printers. Until 1664, the guild had its headquarters on the north side of Antwerp’s Grote Markt, in the Spaengien or Spanish House.
Between 1460 and 1560, to finance its activities, the Church rented out to artists the Onze-Lieve-Vrouwepand, a claustrum with galleries surrounding an open courtyard. In this building, art painters, sculptors, cabinetmakers and booksellers could rent a stand where they could display their wares for sale. It was the largest art fair in what was then Europe. After 1560, the market moved to the second floor of the new Handelsbeurs (Trade Exchange).
The Saint-Luke artist guild:

- In 1491, Erasmus’s friend, the painter Quinten Matsys 38, was listed as a master. One of his major commissions, the Triptych of the Lamentation of Christ, came from the carpenters’ guild. According to the Antwerp chief city archivist Van den Branden, Matsys himself was a member of De Violieren and wrote poems for their contests.
- In 1515, Matsys was joined in the Guild of Saint Luke by two other great artists equally inspired by the spirit of Erasmus, Joachim Patinir (1480-1524) and Gerard David (1460-1523).
- In 1519, the guild registers (The Liggeren 39) mention the registration of Jan Sanders van Hemessen (1500-1566), whose daughter Catharina (1528-1565) would become the first female painter in 1548 – and teacher of painting to men – to be admitted to the painters’ guild;
- In 1527, that of Pieter Coecke van Aelst (1502-1550), Bruegel’s master;
- in 1531, those of Matsys’s two children, Jan and Cornelis;
- in 1540, that of Peter Baltens (1527-1584);
- in 1545, that of the engraver and printer Hieronymous Cock (1510-1570) whose workshop produced prints of Bruegel and Dutch revolutionary poet and translator Dirk Coornhert (1522-1590), close friend and collaborator of William the Silent (1533-1583);
- in 1550, that of the great printer Christophe Plantin (1520-1589);
- and in 1551, that of Pieter Bruegel the Elder (1525-1569). 40
In short, several of the Low Countries towering cultural personalities, assisted or certainly could have asisted at the Antwerp 1561 Landjuweel: Jan Sanders van Hemissen and his daughter Catherina; Jan and Cornelis Matsys, sons of Quinten Matsys; Peter Baltens, Hieronymous Cock, Dirk Coornehert, William the Silent, Christophe Plantin and Pieter Breugel the Elder. 41
The daily exchanges between the rhetoricians and the most important artists of the day united in the Violieren had a beneficial influence on their activities and, after a few years, made them one of the most successful societies in Brabant.

In the most important competitions, De Violieren won laurels: first prize in 1493 in Brussels, in 1515 in Mechelen and in 1539 in Ghent, in a memorable fight in which 19 chambers from different regions of the country participated.
In August 1541, a competition was held in Diest, organized by the local Chamber De Lelie in which ten other chambers from Brabant participated. The grand prize was awarded to the Antwerp Chamber, De Violieren, for the presentation of an esbattement (farce).
Antwerp, 1561
As was customary, the Chamber that won the best prize was in turn to organize a Landjuweel. This was also the opinion of De Violieren, after his feat in Diest; however, the circumstances of the time meant that the subject was postponed. 20 years passed before anyone could think of organizing such an artistic competition.
Three leaders of De Violieren, with great courage, will fully commit to the initiative, risking their reputation, honor, life and heritage:

- Anthonis van Stralen (1521-1568) was the leader of De Violieren. As a member of the Antwerp city council, Van Stralen had been closely involved in obtaining the patent. His appointment as city leader, two months before the first attempt at rapprochement with the Council of Brabant, must have been a strategic move on the part of De Violieren. In May 1561, he was promoted to mayor of Antwerp, perhaps as a reward for his services. The success of the Landjuweel was largely due to the cooperation between the Antwerp magistrate and De Violieren’s board.
- Melchior Schetz (c. 1513-1583) was the Prince of De Violieren. He was Van Stralen’s brother-in-law and also an alderman.
He was one of the three children (Gaspard, Balthasar and Melchior) of the leading Antwerp merchant Erasmus Schetz (died in 1550), known as the « banker of Erasmus ». 42 With his three sons, he set up a major banking and merchant firm. 43 His friendship with Erasmus is symptomatic of the popularity Erasmus enjoyed in Antwerp. He provided him with his hospitable residence: the Huis van Aken, a palace where he had received Charles V himself. In a letter, he made him, among other things, this tempting proposition:
« My heart and the souls of so many people long for your presence among us. I have often wondered what enchantment it was that kept you there rather than among us. Peter Gillis [city secretary and their mutual friend] gave me a reason: we do not have Burgundy wine, which best suits your temperament, do not fear this, and if this is the only obstacle holding you back, do not hesitate to come back; we will see to it that you are supplied with wine, and not only Burgundy wine, but also Persian and Indian wine if you desire and need it . »
As Prince of De Violieren, his son Melchior represented the chamber most often publicly. He must also have been responsible for the financial organization of the Chamber. Schetz was one of the largest moneylenders in Antwerp. There is no doubt that the city financially facilitated the organization of the festival. - Willem van Haecht (1530-1585) : Born into a family of painters and engravers, he was a draughtsman and, presumably, also a bookseller by profession. His motto was Behaegt Gods wille (translated as « conform to the will of God »). Van Haecht was a friend of the Brussels humanist and author Johan Baptista Houwaert (1533-1599). He compares Houwaert to Cicero in the introductory eulogy to Houwaert’s The Lusthof der Maechden, written by him and published in 1582 or 1583. In his eulogy, Van Haecht states that every sensible man should recognize that Houwaert writes with eloquence and excellence. Van Haecht wrote lyrics for various songs, usually of Christian inspiration. This is the case for the lyrics of a five-part polyphonic song, Ghelijc den dach hem baert, diet al verclaert, probably composed by Hubert Waelrant (1517-1595) for the overture to the play De Violieren at the landjuweel of 1561. The poem was also printed on a loose leaf with musical notation. As early as 1552, Van Haecht was affiliated with De Violieren, whose members included Cornelis Floris de Vriendt (1514-1575), the main architect of the Renaissance-style Town Hall in Antwerp, as well as painters Frans Floris de Vriendt (c. 1519-1570) and Maerten de Vos (1532-1603). Van Haecht became the « factor » (title poet) of De Violieren in 1558.




Other people involved in the organization of the Landjuweel included printers such as Jan de Laet (1524-1566) and renowned artists such as Hieronymus Cock (c. 1510-1570) (founder of the In de Vier Winden printing house which published Bruegel’s engravings) and Jacob Grimmer (1510-1590).
The other major figure was Peeter Baltens (1527-1584) 44 an Antwerp painter, rhetorician, engraver and publisher. Baltens was a member of the Guild of Saint Luke and De Violieren. Having partly trained Bruegel, Baltens’ role proved particularly important.
He formed close friendships (notably with the widows of both Hieronymus Cock (c. 1510-1570) and Pieter Coecke van Aelst (1502-1550), the latter also being Bruegel’s stepmother) and collaborated with the greatest names in Antwerp of his time.
He associated with Antwerp patricians such as Jonker Jan van der Noot (1539-1595), the wealthy Schetz merchant family, and wealthy merchants such as Nicolaes Jonghelinck (1517-1570), merchant banker and Bruegel’s financial backer.
According to Lode Goukens,
« Baltens was instrumental to the lobbying of a group of powerbrokers belonging to the moderate party. A moderate party that valued peace, harmony and good business more than religion, extremism or state terror. A party that wanted to return to a status quo from before the troubles. »45

Herman Pleij notes that the Rhetoricians have as consignment to repolish the reputation of the Antwerp merchant by making the distinction between the honest ones and the sharks. 46
Research into the relationships between painters, poets (or rederijkers), and merchants has shown that these three groups developed a common cultural lifestyle in the XVIth century, in which the love of science and art occupied a central place.
To launch a rhetoric competition, permission had to be obtained from the country’s government, which was no longer easily done at that time. This was a consequence of the Ghent competition of 1539, when the ideas of new doctrines against the institutions of the Catholic religion were presented and defended without the slightest qualm.
However, De Violieren and the elected representatives of Antwerp (Van Stralen and Schetz) were fiercely determined to be able to organize their Landjuweel. The man who did the most to delay obtaining authorization was the hated Cardinal Perrenot de Granvelle (1517-1582), Archbishop of Mechelen and advisor to Margaret of Parma (1522-1586), following the abdication of the Emperor, her brother Charles V, the regent of the Burgundian Low Countries.
Organization of the Landjuweel
In February 1561, the delegates of the city of Antwerp approached Granvelle with a petition to the regent, in which they argued that De Violieren, compared to the other Chambers, were statutorily obliged to organize a competition.

Granvelle hoped to torpedo the initiative, but realizing that a brutal rejection would have inflamed the opposition, he sought various pretexts to postpone the event indefinitely. He politely made it clear to the delegates that he wished to postpone such an event for a while longer, using the pretext that, thanks to the peace agreement between France and the Habsburgs, the war had just been suspended, and that such festivals represented significant expenses, while the country could not or would not bear the costs. This did little to deter the people of Antwerp. They replied that the previous year, permission had been granted to the Chamber of Vilvoorde and that a postponement could not reasonably be imagined. Sensing that they would only renounce it with immense disgust, Granvelle reluctantly agreed to present their request to Marguerite, while asserting that the government had given itself the right to levy taxes on all those who came to the competition.
Fearing above all that the festival would become a sounding board for all those criticizing the Spanish occupation and the abuses of the Church, Granvelle also summoned them to inform the participating chambers that they would not intervene in their plays, their esbattements or their poems with a single word against religion, the clergy or the government, otherwise they would not only lose the prize they might have won, but would also be punished and deprived of their privileges and rights; and that the Chamber of Antwerp should ensure that the city was well guarded during the festivities and that no disturbances could arise.

Margaret of Parma, often at odds with Madrid, was less fearful and more open.
After consulting the report provided by the Council of Brabant, which was well aware that too much repression encouraged protest, she placed the apostille on March 22, 1561, inviting the Chancellor of the Duchy to provide Antwerp with the sealed letters required to organize the Landjuweel.
These letters were issued the same day in the name of the king and granted safe conduct from fourteen days before the start until fourteen days after the end of the Landjuweel to all those who wished to attend, with the exception of
« all murderers, thieves and other criminals, as well as declared enemies of the king, rebels and those banned from the Holy Roman Empire. »47
The Antwerp Chamber submitted 24 themes as potential topics for the Landjuweel competition (seen below). Among those, Margaret of Parma approved three topics among which the Chamber was free to pick one. 48
- Does experience or learning bring more wisdom? »
- « What most leads man towards the arts? »
- « Why does a rich and greedy man desire more wealth? »
Philosophy
To show how much our rhetoricians, under the direction of Van Straelen and Schertz, dealt with philosophical and political questions of all kinds, here are the whole of the twenty-four subjects which they had submitted 49:
- What made Rome triumph?
- What caused Rome to decline the most?
- Is it experience or knowledge that brings more wisdom?
- What can lead man most towards Art?
- What feeds art?
- Why is man so desirous of temporal things?
- What shortens the days of men?
- What lengthens the days of men?
- Why is average wealth the most happiness in the world?
- What is the greatest prosperity in this world ?
- What is the biggest setback in this world?
- How is it that all things are consumed every day?
- If a miserly man can be discouraged?
- Why does a rich miser desires even more wealth?
- Why does wealth not extinguish greed?
- Why is amusement followed by displeasure?
- Why does lust breed remorse?
- Why does lust bring its own punishment?
- How did the Romans achieve such a great prosperity?
- What sort of government kept the Romans prosperous ?
- What art is most necessary for a city?
- What can bring the world more rest [peace] ?
- What most drives people to worldly pride?
- What would be the best way to eradicate usery?
At first glance, one could say that by choosing the question « What can lead man most towards Art? »50, Van Stralen and Schetz choose the least « political » subject. This is to misunderstand Erasmus and Platonic thought for whom beauty and goodness form a unity and for whom any government that does not promote beauty, neglects it or worse still, despises it, condemns itself to failure! In practice, poets starting from this higher principle, ended blasting, without explicitly naming them, all the criminals and warmongereres of those days.
Moreover, Willem van Haecht, the « factor » (official poet) of De Violieren, in the play he composed especially for the Landjuweel of Antwerp in 1561, would say that what led Empires to their decline was, as it still is today, their lack of esteem for the Arts, including obviously Rhetoric.
So, it was on this theme that the 5000 participants (!) of the Landjuweel, and beyond a large part of the country, began to reflect, to compose songs, dramas, refrains, allegories, rebuses, pintings and farces and presented them to thousands of fellow citizens.
Amazingly, two centuries before (!) Friedrich Schiller, the German poet that earned the name of « poet of freedom » and who inspired many revolutions at the end of the XVIIIth century, a humanist elite enlightened by Erasmus in the Low Countries led a substantial part of the country to rise up to the conditions of a durable peace by emancipating itself from serfdom and ignorance through moral beauty! The Antwerp Landjuweel of 1561 was much more than a feast, it was a shift of paradigm and a real game changer. Hats off!
After receiving permission, the Chamber of Rhetoric and the City Council immediately set about giving the great literary festival as much pomp as possible. A rhymed invitation card was drawn up, stating the subject of the competition and the prizes to be won.

On April 23, this invitation card was presented by Mayor Nicolaas Rockox, in the presence of Melchior Schetz and Anthonis van Stralen, at the Antwerp City Hall to four sworn messengers, who were instructed to convey it to all the Chambers of Rhetoric in Brabant and to invite them to the Landjuweel as well. These messengers traveled at the city’s expense and first went to Leuven, the oldest city in Brabant. Everywhere, the news of a Landjuweel in Antwerp was greeted with extraordinary joy, and the messengers were very generously received.
While in most cities of Brabant the rhetoricians were busy composing and teaching plays and poems, making triumphal chariots and painting coats of arms, in Antwerp they were not inactive.
De Violieren had beautiful new clothes made for its members, at the suggestion of Melchior Schetz, for the welcoming ceremony offered to the participants.

An elegant theatre stage was erected on Antwerp’s Grote Markt (Great Square), designed by Cornelis Floris. Coincidentally, it was installed on the exact spot where the Inquisition had been beheading « heretics. » The audience watched the performances standing, with the exception of the jury and high-ranking officials, for whom benches were provided.
There was excitement and liveliness everywhere; every citizen wanted to do their part to welcome the foreign guests with all possible pomp and wealth. The city council, for its part, had taken the necessary measures.
All residents of the streets where the rhetoricians were to pass were ordered to clear the streets and remove any scaffolding or obstacles that might hinder their passage.
Everyone was eagerly awaiting August 3rd, the day when the formal entry would take place and the Landjuweel games would begin.
A memorable day

August 3, 1561, is indeed a memorable day in the history of Antwerp. The city was dressed in its festive attire; on the facades of houses, flags, pennants, and festoons; in public places, graceful arches in the opulent Renaissance style.
It’s no secret that the people of Antwerp like to make a lot of money. But they also like to spend it lavishly! In that marvelous XVIth century, they took pleasure in displaying a splendor on such occasions that, so to speak, surpasses our imagination.



Everywhere there was joy and life. Many strangers passed through the streets; all, foreigners and locals alike, agreed to maintain the best possible order amidst this agitation and commotion. 51
At 2:00 p.m., the « brothers » of De Violieren guild gathered to ride together to the Keizerspoort to meet the participating chambers. There were 65 of them, mounted on magnificently adorned horses, in their precious uniforms. These consisted of tabards of purple silk, striped with white satin or silver cloth, white doublets striped with red, white stockings and boots, and purple hats with red, white, and purple plumes.
At the Keizerspoort, the participating foreign chambers were solemnly received. There were 14 of them, and to the sound of bugles and the cheers of the crowd, they entered Antwerp, following the Huidevetterstraat, the Eiermarkt, and the Melkmarkt to the Grote Markt in front of the City Hall (at that time under construction).

The procession was grandiose and impressive; nothing like it had ever been seen before in these parts. Without the Guild brothers on the chariots, the coat-of-arms bearers, the squires, the footmen, the trumpeters, the drummers, and other musicians on foot, the number of mounted rhetoricians from all the towns amounted to 1,393, that of the chariots to 23, and that of the other chariots to 197. 52

After weeks of competition between the large and medium-sized towns during the Landjuweel, followed an additional week of « Hagespelen, » that is, the less lavish but less expensive competitions between the townships, villages, and municipalities. The formats were so varied that by the end of the month, not a single town, village, or municipality was without a prize.

And once back in their cities, all these cultural actors, actors, singers, poets, jokers, and comical fools, energized like never before by the encounter with an entire nation, reenacted at home the piece or play that had won them a prize. To the extent that each chamber that won a prize was obliged to organize a new competition, a true effect of cultural diffusion and contamination was infused into the country.

The joy and proudness was such that the Chamber of Vilvorde did a special performance for the opening of the newly built Brussels-Willebroek canal in octobre 1561. The project for a 28 km long canal, connecting Brussels to the Scheldt (and therefore to Antwerp and the Sea) had been discussed since 1415 but it was Mary of Hungary in 1550 who kickstarted its actual construction.
The splendid Landjuweel of Antwerp impressed the spectators, among them Richard Clough53, the representative of the English financier Thomas Gresham. The merchant did not hide his admiration and was full of praise for the festivities, drawing a comparison with the entry of Philip II and Charles V into Antwerp in 1549.
He could only note that the organization of the Landjuweel was larger and the spectacle more impressive:
« the arrival of King Philip II in Antwerp, with the cost of all the rhetoricians gathered in their robes, is not comparable to what the city of Brussels has done. (…) I wish to God that some of our great and noble men of England had seen this, (…) and it would make them think that there are others like us, and thus foresee the time to come; for those who can do this, can do more. »54
Peace and art, united for celebration
On Tuesday, August 5, two days after the grand reception of the participating chambers, the visiting rhetoricians, along with the rest of the spectators, were solemnly welcomed on the Grand Place in Antwerp.
De Violieren then offer a welcoming zinnespel (morality): Den Wellecomme (The Welcome), written by Willem van Haecht. At the heart of the play is the proclaimed peace of 1559, which made possible the organization of the Landjuweel, a national gathering symbolizing the renewed awakening of the Art of Rhetoric, for which peace was a necessary condition. The duchy had suffered greatly in the 1550s, but had slowly recovered after the Peace of Cateau-Cambrésis (1559). There was hope for better times. Literary reactions to the peace were therefore particularly optimistic. The dawn of a new golden age was on everyone’s mind.
The play features three flower nymphs—sisters—who together represent De Violieren. After years of war, the Chamber was given the opportunity to organize the Landjuweel. For this, the nymphs owe a great debt of gratitude to the people of Brabant. Despite the difficult times and growing divisions between the different social groups, the people remained united.
It is « Concordia, » the feeling of unity and solidarity, that now unites the defenders of the public good. Out of love for the art of rhetoric, everyone has come from far and wide to Antwerp to celebrate the Landjuweel together. According to the nymphs, it is high time that the character of Rethorica resumes her rightful place in society. Now that the war god Mars and the hated Discordia have been driven out, she alone can bring joy and peace to the country. Only the seed of rhetoric (« Rethorices saet ») can bear fruit of joy.
So the flowers set out in search of Rethorica. In other words: De Violieren primarily describes the Landjuweel as a festival of joy, organized by the Chambers of Rhetoric to strengthen the sense of community and bonds of friendship between the region’s cities.

Eventually, the nymphs find Rhetorica, asleep in the arms of a young girl (Antwerp), who has always protected her. While the goddesses of vengeance (« Erinniae ») ravaged the country for twenty years, rhetoric was always protected and cherished in Antwerp. Now it is time to awaken her from her long winter sleep.
Once awakened, Rhetorica and the Landjuweel will mark the beginning of a period of prosperity and an awakening of the arts, for Antwerp and for the world, an allegorical theme developed by Frans Floris, the rhetorician and friend of Van Haecht, in his work The Awakening of the Arts (circa 1560).

This allegorical work commemorates the signing of the Treaty of Cateau-Cambrésis, the most important peace agreement of the war-torn 16th century.
In a landscape ravaged by war, Philip II of Spain (it was hoped) assumes the role of Apollo, represented by the bearded figure in the center. The sun god awakens the liberal arts, represented by women endowed with attributes (sculptors’ cradles, poets’ feather, musicians’ scores, cartographers’ globes, etc.). With his left hand, Philip II shows four women warding off an abject Mars, the god of war, stripped of his sword and battle trophies. The scene symbolizes a new era of cultural prosperity made possible by peace.
The play Den Wellecomme not only exudes an atmosphere of joy and euphoria, but also launches a few barbs at the oppressors. The Chambers retained a bitter aftertaste. In the preceding years, several rhetoricians had been struck by fate. The previous factor, the highly praised Jan van den Berghe (died in 1559) , had died of old age. In addition, two prominent members had fallen victim to religious persecution. The printers Frans Fraet (1505-1558) and Willem Touwaert Cassererie (c. 1478-1558) were condemned and executed in 1558, despite the vigorous protests of their guild, for printing and being found in possession of forbidden books (Dutch Bibles).

Antwerp was the Northern European centre of heterodox publishing in the first half of the sixteenth century. From Antwerp the books were shipped all over Europe. Alastair Duke, who studied the methods of the Inquisition in this period, has suggested that of four thousand books published in Europe between 1500 and 1540, half were printed in Antwerp 55 almost half of those publications contained Protestant influences. 56
These persecutions increased the central government’s distrust of the rhetoricians. These were not easy times for them. The art of rhetoric « doesn’t have many friends, » as Van Haecht puts it. 57 Although the Landjuweel was designed to celebrate peace and not to express discontent, the horror of the past war years and the resulting divisions were clearly palpable.
The contest was to be held under the banner of friendship and solidarity – not without reason the motto of De Violieren. Referring to the miracle of Pentecost, the invitation card compares the Brabant rhetoricians to the apostles, who received the Holy Spirit by gathering together in unity, without disagreement or conflict. This motif was common among rhetoricians.
Already in the poems of Anthonis de Roovere (c. 1430-1482), the Ghent plays of 1539, and in Matthijs de Castelein ‘s Const van Rhetoriken (c. 1485-1550), the rhetorician’s inspiration were compared to the religious enthusiasm of the apostles at Pentecost. Rhetoricians saw their poetry as a gift from the Holy Spirit.
This is strongly reminiscent of the discourse Erasmus presents in his Querella pacis (The Complaint for Peace, 1517). In this famous pamphlet for peace, the miracle of Pentecost is also used to emphasize the importance of unity and love in society. Only the Christian religion, according to Erasmus, had the strength to defend itself against tyranny and war. The well-being of the whole society has always taken priority over any form of personal interest.
An « invitation card » was personnaly transmitted by messagers to all the chambers in Brabant, accompanied by a woodcut (probably also designed by Willem van Haecht). The print emphasizes the importance of rhetoric in achieving peace.

Rhetoric sits enthroned in the center, her attributes being a scroll and a lily, symbols respectively of the qualities of promoting knowledge and harmonizing the art of rhetoric. On either side of Rhetoric are Prudentia (left) and Inventio (right). Prudentia —Providence—is depicted holding a mirror (insight) and a serpent (prudence) in her hands. Inventio —Invention—has the attributes of a compass and a book. These two personifications refer to the qualities of careful design and erudition. Both personifications are intended to support Rhetoric. They stand on a raised step, on which grows the violet flower. Beneath the flower, the ox of the Guild of Saint Luke supports the coat of arms of the Antwerp painters’ guild. The personifications Pax, Charitas, and Ratio come to the left of the throne to pay homage to Rhetoric.
Divine light (Lux) illuminates them. On the right, Ira, Invidia, and Discordia are pursued into a burning depth (tenebrae). The darkness of the past thus gives way to an illuminated future in which rhetoric reigns. In contrast to the text on the invitation card, here the art of rhetoric ensures peace. There was thus a constant interaction between rhetoric and peace.
In De Violieren’s « invitation » and welcome piece, peace created the conditions in which rhetoric could flourish. In the woodcut, it is precisely the art of rhetoric that drives anger, envy, and discord into the darkness, making use of its qualities of insight and invention. Its divine light creates the conditions in which peace, love, and reason can flourish.
The three positive allegories on the left of the Rhetoric are deliberately contrasted with the three figures on its right. Ratio is placed against Ira, Charitas against Invidia, and Pax against Discordia. In his design, Van Haecht chose discord (Discordia) rather than war (Bellum) as the opposite of peace (Pax).
The concept of peace was deeply rooted in the urban community’s value system. In this discourse, peace, along with justice, order, and community spirit, constituted one of the pillars of internal social cohesion. Peace protected the city from the outside world and maintained balance between the different urban segments, particularly through the exercise of cohesion and solidarity. Moreover, peace, both spiritual and material, brought well-being and prosperity. But this could only be achieved if all urban groups worked together in unison.
Discord, whether between guilds, between sections of the urban patriciate, between rich and poor, or between religious factions, posed the greatest threat to internal peace and was to be avoided above all else. 58
The urban discourse on peace followed the idea that God had created the world as a harmonious, orderly, and perfect whole. Discordia personified the breakdown of this creation, of the relationship between God and man, and that between man and nature.
Discord also disrupted the balance between city dwellers, between city and countryside, and between the prince and his subjects. Furthermore, it caused unrest in the human spirit. This concept implied an individual loss of self-control and reason.
Vandommele writes that according to them,
« Every human being is made up of the union of body and soul, which are only in balance when all parts work together harmoniously. Rhetoricians believed their poetry could contribute to this. » 59
Along with music, poetry was, in their eyes, of celestial origin. Both used the theory of harmony to reflect the order of the cosmos and were also used to communicate with God. Moreover, the word « discord » in the literature of the rhetoricians also refers to a lack of harmony in verse and rhyme, an unforgivable offense in poetry.
For all these reasons, discord was considered the main cause of unhappiness. It had to be banished to the depths of hell at all costs. Rhetoricians, thanks to their mastery of poetry and rhetoric, were the ones who could achieve this. They assumed the role of guardians of the peace, responsible for urban sociability.
The Antwerp Landjuweel of 1561, a gigantic cultural mass event recalling the noblest human qualities that unite the good and the beautiful, was a true « cry of the people, » somewhat similar to what France would later experience with the Fête de la Fédération60 before the French Revolution.
At the Landjuweel, enlightened artisans and artists called on the governments of the world to renounce usury, plunder, and war and to organize a lasting peace based on the harmony of mutually beneficial interests.

Censorship, repression and revolt
From 1521, decrees repressed the reading and possession of forbidden books, both Lutheran writings and Bibles. In 1525, the Antwerp judiciary warned printers and booksellers. From 1528, Rhetoricians were required to have their works validated before any production or publication. In 1533, the reform gained ground. Not a day went by without a satirical joust against the clergy. Five rhetoricians from Amsterdam were sentenced to make a pilgrimage to Rome at their own expense. In 1536, a printer who had violated the regulations was beheaded at Antwerp’s Grote Markt. Without a prior permit, the Chambers of Rhetoric could no longer present plays in public. This didn’t prevent the Landjuweel in Ghent in 1939, where freedom prevailed. On October 6 of the same year, the Chancellor of Brabant wrote to the Regent that the sale of the printed collection of plays could have very serious consequences. Consequently, the collection was placed on the index of prohibited books. In 1559, two years before the Landjuweel, Erasmus’ In Praise of Folly and Colloquia were put on the index of forbidden books where they remained till 1900.
A decree also stipulated that it was henceforth forbidden to make references to the Holy Scriptures and the sacraments. The ban on the sale of the collections provoked a counter-reaction and attracted many readers. These works were reprinted three times, the last edition being in 1564, two years before the outbreak of the Beeldenstorm (Iconoclastic Fury). 61
In 1566, the paintings and sculptures in churches and monasteries, relics, and everything associated with the cult of images, were broken and destroyed by the Calvinists, the most radical branch of the Protestants. Immediately suspected of being responsible for this destruction: the erasmian spirited Chambers of Rhetoric!
3 million gold florins to buy religious peace
Once again, the business circles surrounding the Schetz family are attempting to quell the unrest. An important but little-known figure is Jan Vleminck , a erudite Latinist and lord of Wijnigem. Active in international trade, he married Isabelle Schetz on July 21, 1561. She was the daughter of the banker Gaspar Schetz (1513-1580), Baron of Wezemaal, Lord of Grobbendonk, Heist, and Hingene, and Treasurer General to Philip II. Gaspar Schetz himself was the son of Erasmus Schetz, the Antwerp banker mentioned above that supported Erasmus of Rotterdam, and the brother of Melchior Schetz, the instigator and organizer of the Landjuweel.
It was Jan Vleminck who is believed to have commissioned the painting The Census at Bethlehem from Pieter Breugel the Elder, a work now in the Brussels. At the center of the painting stands the De Swaen (The Swan) inn in Wijnegem, a building where Vleminck, who had lent a considerable amount to the King, had the right to collect himsmelf taxes to recoup his investment.62
In their study, Het leven en de tijd van Jan Vleminck, heer van Wijnegem (1526-1568), the authors63offer a passage amply confirming our hypothesis of a business community seeking to obtain peace through diplomacy, tolerance and even… through a large sum of money:
« When Philip II, after the mission of the Count of Egmont to Spain (letters of Segovia, 1565), showed himself unwilling to reduce or abolish the application of the placards, the Judeo-Spanish Calvinist Marco Perez, Jan Janszoon in ‘t Hart, Jacobus Reael, Petrus Dathenus and Christophe Traisnel, had the idea of encouraging the merchants to buy religious freedom directly from Philip II.
The plan was to offer 3 million gold florins, which the merchants would raise and offer to Philip II, to buy religious freedom. A petition to this effect was drawn up, in which they affirmed their loyalty to the king and their desire to remain so. The petitioners appealed to the king not to punish preachers and iconoclasts too severely. Religion, they argued, could not be eradicated by violence. Furthermore, they requested permission to continue public preaching, to convene a general religious council, and to hold the States General of the Netherlands. Although they stated they were considering « changing princes, » they did not refuse to continue paying taxes and reaffirmed their allegiance to the King.
Lists were then drawn up mentioning the name and address of each subscriber as well as the amount they he was willing to offer. Each subscriber agreed to pay one-sixth of the total in cash upon acceptance of the request, and the remainder within the following five months.64
The name of Jan Vleminck , Lord of Wijnegem, appears on this list as residing ‘at the house of Schetz’. Vleminck was willing to contribute no less than 50,000 pounds65, a substantial sum for the time.
The petition was presented around October 27, 1566, by eleven delegates of the General Council to the Magistracy of Antwerp and the Count of Hoogstraten, with the request to forward it to the regent Margaret of Parma. The petition was then sent to Brussels for transmission to Philip II, who resided in Spain. However, the regent gave no reply.«
A year later, with the arrival of the bloodthirsty Duke of Alba in the Burgundian Netherlands in 1567, rampant intolerance was replaced by violent persecution of those who criticized the Catholic faith.
Anthonis van Stralen, the masthead of De Violieren, and as we have seen, one of the main organizers of the Antwerp Landjuweel, and a personal friend of William the Silent, went into exile in Germany. But on September 9, on the orders of the Duke of Alva, he got intercepted by Count Lodron between Antwerp and Lier. On September 25 he was transferred to the Brussels Treurenberg prison. In February 1568, he was transferred to Vilvoorde Castle to appear before the new Council of Troubles.

After being tortured, his property was confiscated, and he was sentenced to death by the sword. The sentence was carried out at Vilvoorde Castle on September 24, 1568. 66
This decision sparked great indignation in Antwerp. Many important merchants and citizens left the city permanently.
The plays of the Antwerp Landjuweel of 1561, including those by Willem Van Haecht, which exuded the spirit of Erasmus, were banned. Their performance on 21 June 1565, which was well received by the public, is said to have made the clergy grind their teeth, according to Godevaert van Haecht, a close relative of the author.
Van Haecht fled to Aachen, and then to the northern Burgundian Low Countries. His poem Hoe salich zijn die landen, written for De Violieren, was set to music by Jacob Florius and was included in the Geuzenliedboek, a collection of songs by those who revolted against Spanish rule in the Burgundian Low Countries.
Then broke out the Spanish Fury, a number of violent sackings of cities (Mechelen, Antwerp, Naarden, etc.) of the Burgundian Low Countries. The main cause was Philip II’s delay in paying soldiers and mercenaries. Spain had just declared bankruptcy. The bankers refused to carry out the transactions demanded of them by the King of Spain until they had found a compromise. For example, the transfer of troops’ wages from Spain could not be carried out by bill of exchange (the 16th century equivalent of a postal order). The Spanish government therefore had to transfer the real money by sea – a much more costly, slow and perilous operation. Unfortunately for Philip, 400,000 florins intended to pay the troops were seized by the English government of Elizabeth I when ships containing the florins were sheltered from a storm in English ports. 67
The most notorious Spanish Fury was the three-day long sack and burning of Antwerp in November 1576. At least 7,000 lives and a great deal of property were lost. The deaths were assessed at 17,000 by an English writer who was a witness.

Soon after, under the leadership of the great Erasmian William the Silent, supported by the Chambers of Rhetoric, the entire nation rose up against oppression and in favor of a Republic.
The Plakkaat van Verlatinghe (translated as the Act of Abjuration), signed on July 26, 1581, is considered the « declaration of independence » of many of the provinces of the Low Countries who considered that the King had betrayed his obligations towards his own people.
It was written by the Antwerp lawmaker and Registrar Jan van Asseliers (1530-1587), a close friend of Melchior Schetz and other key organizers of the Antwerp 1561 Landjuweel. 68 It was printed in Leyden by Charles Silvius, the son of Willem Silvius (1521-1580) 69 , the Antwerp humanist that printed and published the full proceedings of the same Landjuweel. 70
It was only after 80 years of war (1568-1648), at the Treaty of Westphalia, that the Republic of the Netherlands was recognized, leaving the south under Habsburg control.
Educated citizens went into exile. Between 150,000 and 200,000 refugees settled in the United Provinces and Germany. Cities such as Frankfurt, Hamburg, London and Amsterdam owed their prosperity to the arrival of refugees from the Southern Low Countries. After 1581, the Spanish authorities made no attempt to prevent these departures, which were in line with their desire to empty the country of its Protestant inhabitants. 71
Selected biography
(chronological order)
- CLOUGH, Richard, Brief over het Landjuweel van 1561, DBNL;
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- DE BAECKER, Louis, Les Flamands de France, Messager des sciences historiques et archives des arts de Belgique, Gand, Vanderhaeghen, 1850;
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NOTES:
- Karel Vereycken, How Erasmus folly saved our civilization, Schiller Institute; ↩︎
- Literacy rates were above 15% in Venice and Florence. However, they were not 70% as claimed by Ross King in his book The Bookseller of Florence. King cites two separate sources. On Florentine literacy Robert Black’s article Literacy in Florence, 1427, in Peterson and Bornstein (eds), Florence and Beyond: Culture, Society and Politics in Renaissance Italy… as well as the first chapter of Black’s Education and Society in Florentine Tuscany (both of which cover the same material). For the general literacy estimate, King cites R. C. Allen, Progress and Poverty in Early Modern Europe, Economic History Review 56 (2003), p. 415. Here we find an urban literacy rate of 23% given, which is itself based centrally on the estimate for Venice in 1587 from Paul Grendler, Schooling in Renaissance Italy: Literacy and Learning, 1300-1600. King misleads the reader in the way he presents this data. He claims that seven in ten Florentine adults could read and write, but the basis for his number (Black) is exclusively addressing male literacy (specifically adult and able-bodied male heads of household). By contrast, King’s figure of less than 25% (for other european cities) is an estimate of male and female literacy combined. (The actual numbers given by Grendler are 33% male literacy and 12-13% female literacy.) One must note that Grendler’s numbers are based on his estimates of schooling. Specifically, in 1587 Venice recorded a profession of faith for every teacher (256 in total) in the Republic, which provide information about things like the number of students they taught. On this basis Grendler estimates the number of students in formal education at around 4625. (4595 boys and 30 girls, i.e. 26% and 0.2% of the respective populations.) Gendler adds to this figure that of informal schooling or tutoring, whose number is estimated on the assumption that the majority of nobles and citizens (9.4% of the population) would have either educated their daughters or sent them to a convent. (This appears to be the estimates of 2% informal tutoring and 3-4% boarding convents for girls are coming from, though these specific numbers aren’t spelled out in the text.) Finally there are also Schools of Christian Doctrine (functionally sunday school), for which, on the basis of numbers from other cities, Grendler estimates an enrolment of around 2000 boys and 3000 girls, out of which Grendler guestimates that maybe 1000 of each (i.e. 6% of boys and 7% of girls) would have achieved rudimentary literacy. So here is the basis for the 33% (male) and 12-13% (female) estimates. ↩︎
- Alain Derville, L’alphabétisation du peuple à la fin du Moyen Age, La Revue du Nord, 1984. ↩︎
- Alain Derville, Op. cit. ↩︎
- Hanna Stouten, Jaap Goedgebuure, Jeanne Verbij-Schillings, History of Dutch Literature (Netherlands and Flanders), Fayard, Paris, 1999. ↩︎
- İ. Semih Akçomak, Dinand Webbink, Bas ter Weel, Why Did the Netherlands Develop so Early? The Legacy of the Brethren of the Common Life, IZA DP No. 7167, Forschungsinstitut zur Zukunft der Arbeit Institute for the Study of Labor (IZA), 2013; ↩︎
- Open Universiteit Nederland, Orientatiecursus cultuurwetenschappen, Van Bourgondische Nederlanden tot Republiek, Deel 2, 2009. ↩︎
- Mychael Pye, La Babylone d’Europe, Anvers, les années de gloire, Editions Nevetica, Brussels, 2024, p. 21. ↩︎
- Mychael Pye, Ibid, p. 33. ↩︎
- Cipolla, C., Literacy and Development in the West, Penguin Books: London, 1969, p. 47 ↩︎
- Michael Pye, Ibid., p. 105; ↩︎
- Parker, G., The Dutch Revolt, Cornell University Press: Ithaca, NY., notes of Philip’s visit to the Low Countries in 1549, 1977, p. 21. ↩︎
- Michale Pye, Ibid., p. 124; ↩︎
- Leen Huet, quoted in Pieter Bruegel, la biographie, CFC Editions, Brussels, 2021, p. 55; ↩︎
- Jeroen Vandommele, Als in een spiegel, Vrede, kennis en gemeenschap op het Antwerpse Landjuweel van 1561, Uitgeverij Verloren, Hilversum, 2011. ↩︎
- Sleiderink Remco, De schandaleuze spelen van 1559 en de leden van De Corenbloem. Het socioprofessionele, literaire en religieuze profiel van de Brusselse rederijkerskamer, Belgian Review of Philology and History, volume 92, fascic. 3, 2014. Modern languages and literatures, pp. 847-875; ↩︎
- Jeroen Vandommele, Op. cit. ↩︎
- Jeroen Vandommele, Op. cit. ↩︎
- Jeroen Vandommele, Op. cit. ↩︎
- Herman Pleij, Het gevleugelde woord. Geschiedenis van de Nederlandse literatuur 1400-1560, Bert Bakker, Amsterdam, 2007. ↩︎
- Karel Vereycken, How Jacques Cœur put an end to the Hundred Years’ War, Artkarel.com, 2018; ↩︎
- Karel Vereycken, Jacob Fugger « The Rich », father of financial fascism, Artkarel.com, 2024; ↩︎
- Karel Vereycken, Fugger, Op. cit. ↩︎
- Karel Vereycken, Fugger, Op. cit. ↩︎
- Karel Vereycken, Erasmus Dream, the Leuven Three Language College, Artkarel, 2019; ↩︎
- Karel Vereycken, Quinten Matsys and Leonardo, the dawn of an age of laughter and creativity, Artkarel, 2024; ↩︎
- Andreas Nijenhuis, Les Pays-Bas au prisme des Réformes (1500-1650), L’Europe en conflits, p. 101-136, Presses universitaires de Rennes, 2019. ↩︎
- Pierre-Yves Charles, Chercheur invité à l’Université Libre d’Amsterdam, La Réformation des Réfugiés, site internet de l’Eglise protestante unie de Belgique; ↩︎
- Pierre-Yves Charles, Op. cit. ; ↩︎
- Dr. Gilbert Degroote, In Erasmus’ Lichtkring, Koninklijke Nederlandse Maatschappij, 1962. ↩︎
- Karel Vereycken, How Erasmus folly saved our civilization, Schiller Institute; ↩︎
- Karel Vereycken, Erasmus, Op. cit. ↩︎
- Karel Vereycken, Quinten Matsys and Leonardo, the Dawn of an Age of Laughter and Creativity, Artkarel, 2024. ↩︎
- Dr. Gilbert Degroote, Op. cit. ↩︎
- Dr. Gilbert Degroote, Op. cit. ↩︎
- Dr. Gilbert Degroote, Op. cit. ↩︎
- Natacha Peeters, The painter’s apprentice in fifteenth and sixteenth century Antwerp. An analysis of the archival sources, Apprentissages, États et sociétés dans l’Europe moderne, Mélanges de l’Ecole française de Rome, 131-2, p. 221-227, 2019; ↩︎
- Karel Vereycken, Quinten Matsys and Leonardo, the dawn of an age of laughter and creativity, Artkarel, 2024; ↩︎
- N. Israel, De Liggeren en andere historische archieven der Antwerpsche Sint Lucasgilde, Amsterdam, 1961; ↩︎
- Tine Luk Meganck (Op. cit.) underscores that « Bruegel’s visual language is closely related to the poetic imaginary of the rhetoricians. Like the rhymesters, Bruegel often presented a serious message with a dash of mockery, as an inversion of the established order, as the world upside down. » ↩︎
- Leen Huet, Pieter Bruegel, la biographie, 2023; ↩︎
- André Godin. Érasme et son banquier. In: Revue d’histoire moderne et contemporaine, tome 34 N°4, pp. 529-552, Octobre-décembre 1987. ↩︎
- Hugo Soly, Capital at Work in Antwerp’s Golden Age, Studies in European Urban History (SEUH)(1100-1800), Volume 55, Ghent University, Brepols, 2021. ↩︎
- Lode Goukens, Peeter Baltens, een “grafisch diplomaat” tijdens de troebelen (Antwerpen 1572-1584), VUB, 2018; ↩︎
- Lode Goukens, Op. cit. ↩︎
- Herman Pleij, Het gevleugelde woord. Geschiedenis van de Nederlandse literatuur 1400-1560, Uitgeverij Bert Bakker, Amsterdam, 2007; ↩︎
- Dr. C. Kruyskamp, Het Antwerpse Landjuweel van 1561, De Nederlandse Boekhandel, Antwerpen, 1962. ↩︎
- Max Rooses, De feesten van het Landjuweel in 1892, De Vlaamse School, Nieuwe Reeks, jaargang 5, 1892; ↩︎
- Henri Claes, Het Landjuweel van Antwerpen in 1561, De Vlaamsche Kunstbode, 1890; ↩︎
- Arjan van Dixhoorn (Op. cit.), building on Vandommele, argues that the word « Art » (consten) refers here to the 7 liberal arts and mechanical arts and not the « higher » arts. That is unconvincing since the leitmotiv of the entire Landjuweel, as Vandommele himself keenly demonstrates, was that it was the harmony of poetry and music, a gift from heaven, that was the only viable basis for durable peace and concord. The Awakening of the Arts is in fact the theme of a painting by Frans Floris in 1560, an influential painter and an intellectual belonging to the Landjuweel organizers. Among Floris’s dormant arts are music, sculpture, cartography and other « higher » arts. ↩︎
- Abraham Grapheus, Anthonis van Stralen, Edward van Even, Het Landjuweel van Antwerpen in 1561, Eene verhandeling Over Dezen Beroemden Wedstrijd Tusschen De Rederijkerskamers van Braband, Bewerkt naar Eventijdige Oorkonden En Versierd met 35 platen, naar tekeningen van Frans Floris en andere meesters, CJ Fontayn, Leuven, 1861; ↩︎
- Abraham Grapheus, Anthonis van Stralen, Edward van Even, Op. cit.; ↩︎
- Richard Clough, Brief over het Landjuweel van 1561, DBNL; ↩︎
- Richard Clough, Op. cit.; ↩︎
- Alastair C. Duke, Dissident Identities in the Early Modern Low Countries, ed. Judith Pollmann and Andrew Spicer, Aldershot, Ashgate, 2009; ↩︎
- Victoria Christman, The Coverture of Widowhood: Heterodox Female Publishers in Antwerp, 1530-1580. The Sixteenth Century Journal, 2011; ↩︎
- Jeroen Vandommele, Op. cit. ↩︎
- Jeroen Vandommele, Op. cit. ↩︎
- Jeroen Vandommele, Op. cit. ↩︎
- The Festival of the Federation (Fête de la Fédération) was a celebration that occurred on the Champ de Mars on 14 July 1790, the first anniversary of the Storming of the Bastille. With over 300,000 people in attendance, the event honored the achievements of the French Revolution (1789-99) and the unity of the French people. The festival itself was a monumental accomplishment, as tens of thousands of French citizens volunteered to labor in the mud and rain to build an amphitheater on the Champ de Mars with a colossal Altar of the Fatherland at its center. The event marked the birth of French patriotism, at least in the sense that such a term is understood today, and was the first celebration of 14 July, France’s national holiday, which is still annually celebrated. At the same time, the festival was the high watermark of unity during the French Revolution itself, since afterward the revolutionaries devolved into factionalism and politics based on terror. ↩︎
- Louis de Baecker, Les Flamands de France, Messager des sciences historiques et archives des arts de Belgique, Gand, Vanderhaeghen, 1850, p. 181; ↩︎
- Tine Luk MEGANK, « Volkstelling te Bethlehem. Winter van een gouden tijdperk » in: Bruegels wintertaferelen. Historici en kunsthistorici in dialoog, eds. Tine Luk Meganck en Sabine van Sprang, 2018, p. 85-127; ↩︎
- R. CORRENS, H. RAU en M. VAN DE CRUYS, Het leven en de tijd van Jan Vleminck, heer van Wijnegem (1526-1568), uitg. Homunculus, Wijnegem 2014, p.124-126; ↩︎
- A.A. van Schelven, Het verzoekschrift der drie miljoen goudgulden (okt. 1566), in: Bulletin voor Geschiedenisonderricht, 6e reeks, deel 9, s.l., 1929, p. 1-42. ↩︎
- ARAB (Algemeen Rijksarchief van België), versch. Man., nr. 182, stukken uit de XVIe eeuw, deel 1, f° 184 ↩︎
- Johannes Pieter van Cappelle, Anthonis van Stralen. National Library of the Netherlands (original from the University of Amsterdam), 1827; ↩︎
- Le sac d’Anvers, connu comme la Furie Espagnole, Gifex.com ; ↩︎
- P. Génard, Jean van Asseliers, Biographie nationale de Belgique, Wikisource. ↩︎
- Portail Biblissima, Willem Silvius (1521-1580). ↩︎
- Willem Silvius, Spelen van sinne vol scoone moralisacien uutleggingen ende bediedenissen op alle loeflijcke consten … Ghespeelt … binnen der stadt van Andtwerpen op dLant-juweel … den derden dach augusti … M.D.LXI., Erfgoedbibliotheek Hendrik Conscience, Antwerpen, 1562; ↩︎
- Pierre-Yves Charles, Op. cit. ↩︎
La défense du patrimoine culturel de l’humanité, clé d’une paix mondiale
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Empathie, sympathie, compassion – La défense du patrimoine culturel de l’humanité, clé d’une paix mondiale.
Intervention de Karel Vereycken, peintre-graveur, chercheur de l’Institut Schiller, lors de la conférence internationale de l’Institut Schiller, le 15 et 16 juin 2024.
Avant de parler du patrimoine culturel mondial, quelques mots sur les notions de « sympathie », d’« empathie » et de « compassion », trois mots construits à partir du mot pathos, qui signifie en grec « souffrance » ou « affection ».
Aujourd’hui, on emploie souvent « empathie » à la place de « sympathie » et de « compassion », mais il ne s’agit pas vraiment de la même chose, bien que tous trois renvoient à une réponse bienveillante à la détresse d’autrui (pathos).
- La sympathie est un sentiment de préoccupation sincère et de partage des sentiments de quelqu’un qui vit un épisode difficile ou douloureux.
- Le terme empathie a été inventé au début du XXe siècle pour traduire l’allemand Einfühlung, qui signifiere sentir avec les gens, et pas seulement pour eux. Lorsque vous faites preuve d’empathie à l’égard d’autrui, vous ressentez ce qu’il ressent car vous vous mettez, en quelque sorte, « à la place de l’autre ».
- La compassion va au-delà de l’empathie et se traduit par une action. Elle va de pair avec l’altruisme, ou « le désir d’agir en faveur de l’autre ». En d’autres termes, on se sent concerné par sa souffrance et poussé à y remédier.
L’empathie est particulièrement importante pour notre sujet, à savoir comment construire la paix et une culture de paix, car elle permet de jeter un pont entre des personnes qui se considèrent mutuellement comme des ennemis. On peut faire preuve d’empathie à l’égard de quelqu’un que l’on ne considère pas du tout comme sympathique. Sans partager ses sentiments, nous nous engageons néanmoins dans ce que l’on appelle l’« empathie cognitive » : nous en savons suffisamment sur le passé et la culture de l’autre pour comprendre ses motivations. En conséquence, l’empathie peut nous aider à pardonner, comme le stipulait le traité de Westphalie qui mit fin à la Guerre de Trente ans en 1648.
Aujourd’hui, si nous voulons faire de la paix une réalité, nous devons nous mobiliser pour promouvoir et élever le niveau d’empathie parmi nos concitoyens.
L’empathie fait l’objet d’attaques massives :
- par la promotion de la notion de compétition brutale (c’est pourquoi le sport professionnel est promue au détriment du sport amateur) ;
- par les écrans qui promeuvent la recherche du plaisir immédiat et la violence gratuite ;
- par l’effondrement du dialogue de personne à personne.
Après les terribles guerres entre la France et l’Allemagne, une campagne a été menée pour accroître l’empathie en Europe, avec l’ouverture de l’Institut Goethe en France et de l’Alliance française en Allemagne. On a également organisé un mouvement de jumelage entre villes, permettant aux habitants de visiter leur commune « sœur » dans l’autre pays. Ils discutaient, fraternisaient, riaient de leurs préjugés et faisaient la fête ensemble, ils cultivaient un dialogue interpersonnel et apprenaient à lire sur les visages les émotions cachées derrière les mots.
Or, la connaissance que l’on peut acquérir de la culture, de la langue et de l’histoire de l’autre est bien sûr un outil fondamental pour développer cette « empathie cognitive » qui permet de voir les personnes comme issus d’une histoire, d’une culture et d’une civilisation, plutôt que comme de petites entités atomisées.
C’est ainsi qu’après avoir découvert la philosophie du mutazilisme des Abbassides de Bagdad, toute ma vision de l’Islam a changé. J’ai appris ce qui était arrivé à leur civilisation, leurs frustrations et leurs espoirs.
Aujourd’hui, la Chine est fortement impliquée et mobilisée pour protéger notamment le patrimoine culturel pré-islamique de l’Afghanistan et d’autres pays d’Asie centrale, qu’elle considère comme dans son propre intérêt. Un éminent archéologue chinois m’a déclaré à juste titre que la beauté et le défi intellectuel de cet art étaient « le meilleur moyen de lutter contre le terrorisme » — non pas les armes et les drones, mais la culture !
C’est en Afghanistan que se sont rencontrés les acteurs de la Route de la soie, lorsque la culture grecque faisait route vers l’Est et la culture chinoise vers l’Ouest.
Les bouddhistes qui ont prospéré dans cette région furent très actifs sur les Routes de la soie maritimes et terrestres, atteignant le Pakistan, l’Inde, le Sri Lanka, le Xinjiang et la Chine. Ils accordaient une grande attention à la métallurgie, l’architecture, la peinture, la sculpture, la poésie et la littérature. Le plus ancien livre imprimé connu est un texte bouddhiste datant de 868 après JC.

A cela s’ajoute l’apparition d’une forme très agapique du bouddhisme Mahayana dans la région du Gandhara (aujourd’hui situé principalement au Pakistan et en Afghanistan). Ses adeptes, au lieu de poursuivre un but purement personnel de nirvana (illumination), se réjouissaient avant tout de libérer l’humanité entière de la souffrance.
Dans l’art du Gandhara, l’empathie, la compassion et la miséricorde étaient les qualités suprêmes à glorifier, en particulier pour les « Bodhisattvas », ces individus ayant fait le vœu d’atteindre l’état d’éveil, ou illumination, mais préférant retarder leur propre « libération » et soulager d’abord la souffrance des autres pour les aider à l’atteindre à leur tour.

Celui qui comprit comment cette forme révolutionnaire de bouddhisme pouvait pacifier la région fut le Premier ministre indien Nehru, qui nomma sa fille Indira (la future Première ministre Indira Gandhi) « Priyadarshini », le nom adopté par l’empereur Ashoka le Grand (304-232 av. J.-C.) après sa conversion, faisant de lui un prince bouddhiste de la paix.
En 1956, juste avant la création du mouvement des non-alignés et la conférence de Bandung, Nehru orchestra toute une année de célébration honorant « 2500 ans de bouddhisme », non pas pour ressusciter une croyance ancienne en tant que telle, mais pour revendiquer pour l’Inde le statut de berceau du bouddhisme : une religion-philosophie prônant la non-violence et la paix, tout en appelant à mettre fin au honteux système de castes que les Britanniques avaient encouragé et cherché à maintenir dans le monde entier.
Mes Aynak
Aujourd’hui, l’Institut Schiller, avec le Centre de recherche et de développement Ibn Sina à Kaboul, travaille sans relâche pour sauver le site archéologique de Mes Aynak, que nous souhaitons inscrire sur la liste de l’UNESCO comme patrimoine mondial à préserver.
La mine de Mes Aynak est le deuxième gisement mondial de cuivre, et l’Afghanistan a grand besoin des revenus de cette activité minière pour mener à bien sa reconstruction urgente.
Or, au-dessus de ce site se trouvent les ruines d’un vaste complexe monastique bouddhiste, qui fut un comptoir commercial clé de la Route de la soie entre le Ier et le VIIIe siècle.
Grâce à notre campagne, et à l’issue d’intenses discussions entre le gouvernement afghan, la Chine et la compagnie minière chinoise, un accord fut trouvé pour préserver l’intégrité du patrimoine culturel situé en surface, en ne recourant qu’à des techniques souterraines pour l’exploitation minière.
Nous avons gagné une bataille, il nous reste maintenant à gagner la paix.
PS: N’hésitez pas à me contacter si vous désirer prendre part à ce combat.
Pourquoi l’Empire romain reste un modèle pour l’oligarchie

Pour gagner une bataille politique, le premier travail de tout stratège consiste à identifier avec soin la « géométrie mentale » de son ennemi afin d’évaluer précisément ses forces et ses faiblesses. Pour cela, il lui faut parfois se boucher le nez avant de pénétrer l’esprit répugnant de son adversaire. C’est ce que je vous invite à faire ici avec l’Empire romain.
Si, hier, vous avez découvert les problèmes des baby-boomers et autres soixante-huitards – souvent un mélange pathétique de bourgeois-bohèmes (« bobo ») et de libéraux-libertaires (« lili ») – aujourd’hui, je vous présente le stade ultime de leur version la plus décadente : les libéraux-impérialistes (« limp »).
Le « Projet pour un nouveau siècle Américain » (PNAC)
Le 11 septembre 2001, les observateurs de la vie politique américaine furent frappés de stupeur en entendant les déclarations fracassantes du vice-président, Dick Cheney. En effet, avant même l’ouverture d’une quelconque enquête sur les attentats, celui-ci déclara d’emblée qu’il fallait frapper l’Irak.
Dès le lendemain, à en croire les dires du célèbre journaliste du Washington Post, Bob Woodward, dans son livre « Bush at War », le ministre de la Défense, Donald Rumsfeld, déclarait lors d’une réunion à la Maison-Blanche que « l’Irak devait être l’une des premières cibles de la guerre contre le terrorisme ». Réaction impulsive de faucon ? Non, car en réalité, la clique de Cheney et Rumsfeld souhaitait achever cette guerre commencée en 1991. C’est un vieux projet qu’ils défendent depuis la chute du mur de Berlin et bien que, selon eux, Bush père ait fait quelques pas dans la bonne direction, la présidence Clinton faillit anéantir tout le chemin parcouru. Ainsi, le 18 février 1992, Paul Wolfowitz (actuel n°2 du Pentagone) et Lewis Libby (chef de cabinet de Cheney) sonnent l’alarme dans un document intitulé « Defense Policy Guidance » (DPG).

Avec Eric Edelman et Zalmay Khalilzad (actuel représentant spécial américain pour l’Irak), ils y développent d’abord la notion de guerre préventive visant à garantir la « prééminence américaine », imposée « par la force, si nécessaire ». Aujourd’hui, grâce à des fuites dans les médias, émanant de documents officiels, nous savons que ce milieu n’exclut nullement l’utilisation d’armes nucléaires, biologiques ou chimiques dans ce but.
Outrés par la « pause stratégique » dans les dépenses militaires imposée par Bill Clinton, qui espérait faire profiter l’économie américaine de ce « dividende de la paix », les faucons vont se regrouper au printemps 1997 dans l’association Project for a New American Century (PNAC), dont feront partie l’actuel vice-président Dick Cheney, son chef de cabinet Lewis Libby (avocat de Marc Rich, un gros bonnet de la pègre,), le ministre de la Défense Donald Rumsfeld, son adjoint Paul Wolfowitz, William Kristol, du Weekly Standard, Abram Shulsky, Robert Kagan et même Jeb Bush. Leur thèse sera présentée comme une proposition programmatique à la future administration de George W. Bush, en septembre 2000, sous le titre « Rebuilding America’s Defenses ».
Plus nuancé dans ses propos, graphiques et statistiques à l’appui, ce rapport souligne que les années 90 furent une « décade de négligence » par rapport à la réalité militaire et que cette négligence tend à gâcher ce que Charles Krauthammer nommait ce « moment unipolaire » qui s’instaura à la chute du mur de Berlin, faisant disparaître le dernier compétiteur mondial, l’URSS.
Sans scrupules, une doctrine impériale classique y est pleinement développée sous le label « Pax Americana », dernier nom de l’utopie d’un gouvernement mondial sous la coupe des élites malthusiennes anglo-américaines, « l’anglosphère ».

L’introduction se termine ainsi : « Ce rapport part de la conviction que l’Amérique doit chercher à préserver et étendre sa position de leadership global en maintenant la prééminence des forces militaires américaines. Aujourd’hui, les Etats-Unis d’Amérique ont une occasion stratégique sans précédent. Ils n’ont à confronter aucun défi immédiat, posé par une quelconque grande puissance ; ils disposent d’alliés puissants dans chaque partie du monde ; ils sont au milieu de la plus grande période de croissance économique de leur histoire ; de plus, leurs principes politiques (la démocratie, ndr) et économiques (le libre-échange, ndr) sont presque universellement acceptés. A aucun autre moment de l’histoire, l’ordre mondial ne fut aussi réceptif aux intérêts et idéaux américains. Le défi que pose le siècle à venir est la préservation et la pérennisation de cette Pax Americana » (page IV).
Pour faire des Etats-Unis ce pouvoir militaire incontestable, puisque, selon les auteurs, seule la puissance militaire peut servir de fondement à cette Pax Americana, quatre nouvelles orientations sont esquissées, résumées ci-dessous.
Le texte affirme d’emblée qu’à l’opposé de l’époque de la Guerre froide, le but stratégique des Etats-Unis au XXIe siècle n’est plus simplement « d’endiguer » l’URSS, mais de « préserver la Pax Americana ». Les quatre nouvelles missions militaires proposées pour cette tâche sont :
- Sécuriser et étendre des zones de paix démocratique.
Moyen : « homeland security » (sécurité domestique), ce qui implique, comme nous le voyons avec la politique du ministre de la Justice et sympathisant du Ku Klux Klan, John Ashcroft, la suppression « librement consentie » des droits civiques les plus élémentaires. - Empêcher l’émergence d’une nouvelle grande puissance rivale.
Moyen : présence militaire multiple, capable de mener plusieurs guerres à la fois (par exemple, simultanément en Iraq et en Corée du Nord). Cet engagement semble tellement monstrueux qu’on a peine à imaginer les moyens d’y parvenir. - Défendre des régions clefs
Moyen : « constabulary duties » (missions de maintien de la paix). - Exploiter les transformations de la guerre
Moyen : « Revolution in Military Affairs » (RMA, révolution dans les affaires militaires). Ces soi-disant armes intelligentes, souvent des armes anciennes « dopées » de gadgets informatiques, ressemblent plus aux armes « miracles » d’Hitler qu’à une réelle révolution technologique impliquant de nouveaux principes physiques. L’échec patent des missiles anti-missiles Patriot et Arrow représente un bon exemple de ce refus hystérique des nouveaux principes physiques qu’impliquait le projet initial d’Initiative de Défense Stratégique (IDS).

Évidemment, en conclusion de l’argumentaire, on constate amèrement qu’en temps de paix, hélas, l’opinion publique aura certaines réticences à souscrire à de tels programmes et à accepter de supporter le fardeau budgétaire qu’ils impliquent. On y affirme (page 51) que tout cela prendra énormément de temps, « sauf s’il se produit un évènement catastrophique et catalyseur, du type nouveau Pearl Harbour ».
Rappelons ici qu’Henry Kissinger, entre autres, avait immédiatement employé le terme « Pearl Harbour » pour caractériser les attentats du 11 septembre. Il est donc clair que l’enjeu de la guerre en Irak dépasse largement la question du contrôle des hydrocarbures, mais implique la mise en place d’un gouvernement mondial, une « Pax Americana » à l’instar de la fictive « Pax Romana » de l’Empire romain. Or, à l’époque, le monde romain était le monde tout court.
Le fardeau

Justement, le 5 janvier 2003, le New York Times a publié un article retentissant intitulé « The Burden » (le fardeau), écrit par un certain Michael Ignatieff, à l’instar de l’article de Rudyard Kipling, « le fardeau de l’homme blanc ».
Ignatieff est un anglo-canadien d’origine russe qui vit en Angleterre, petit-fils du fondateur de l’Okhrana (services secrets du Tsar) et professeur dans de multiples écoles de l’élite anglo-américaine, tel que le St-Anthony College de Londres, le King’s College de Cambridge, l’inévitable Harvard, aux Etats-Unis, et même l’Ecole des Hautes Etudes de Paris. Ignatieff s’exprime aussi régulièrement sur la BBC. Ce jeune professeur talentueux, véritable sommité de l’establishment anglo-américain, est un peu le porte-parole d’une faction des élites en place.
En France, on se rappellera certainement le premier supplément du Monde reprenant certains articles du New York Times, dont l’un relatait les prises de positions des intellectuels anglo-américains au sujet de « cet empire qui vient ». Ignatief n’est donc pas le premier à s’interroger sur les avantages et les risques posés à une république (les Etats-Unis) qui accepte ou décide de devenir un empire (anglo-américain).
Citant un historien anglais qui affirme que si l’Angleterre a acquis un empire, ce fut sûrement « in a fit of absence of mind » (sur un coup de tête), Ignatieff écrit :
« Bien que les Américains possèdent un empire, ils l’ont acquis tout en niant son existence. Mais le 11 septembre fut un réveil, un moment de prise de conscience de l’ampleur de la puissance américaine et des haines vengeresses qu’elle suscite. Peut-être les Américains n’ont-ils jamais vu les tours du World Trade Center ou le Pentagone comme symboles d’un empire mondial, mais les pirates de l’air avec leurs cutters les ont certainement perçus comme tels, ainsi que les millions de personnes qui ont applaudi leurs actes ».
Cessons donc de nous voiler la face, poursuit-il, car quel
« autre mot que celui d’empire peut décrire l’objet formidable que l’Amérique est en train de devenir ? C’est la seule nation qui gendarme le monde à travers cinq commandements militaires globaux, qui maintient plus d’un million d’hommes et de femmes en armes sur quatre continents, déploie des groupes de combat sur porte-avions pour surveiller chaque océan, garantit la survie de pays tels qu’Israël et la Corée du Sud, fait tourner la roue du commerce et des échanges mondiaux et emplit le cœur et l’esprit de la planète entière de ses rêves et désirs ».
Ignatieff prend le temps d’évaluer les avantages et désavantages de ce genre d’entreprise :
« L’opération qui menace en Irak constitue ainsi un moment décisif dans le long débat de l’Amérique avec elle-même pour savoir si son rôle d’empire outremer menace ou renforce son existence en tant que république (…). Même en cette heure tardive, il est encore possible de se demander : pourquoi une république devrait-elle assumer les risques d’un empire ? (…) Changer un régime est une tâche impériale par excellence, étant donné qu’elle suppose que l’intérêt de l’empire lui donne le droit de défaire la souveraineté d’un Etat.
(…) Il faudra une décennie pour que l’ordre, sans parler de la démocratie, se consolide en Irak. (…). Comme tous les exercices impériaux en matière de création d’ordre, cela ne fonctionnera que si les fantoches installés par les Américains cessent d’être des fantoches et construisent leur propre légitimité politique indépendante.
(…) De quels atouts les dirigeants américains disposent-ils ? (…) La projection de la puissance américaine (…) porte avant tout un uniforme militaire. (…) et peut apporter aux Etats-Unis crainte et respect mais pas l’admiration ni l’affection.
(…) Le 11 septembre a renforcé la leçon qui veut que la puissance mondiale se mesure encore en termes de capacité militaire.
(…) Les Américains ne peuvent pas se permettre de créer à eux seuls un ordre global. La participation européenne au maintien de la paix, à la construction de nations et à la reconstruction humanitaire est si importante que les Américains doivent, même contre leur gré, inclure les Européens dans la gouvernance de leur projet impérial en évolution. Ce sont les Américains qui dictent, pour l’essentiel, la place de l’Europe dans ce nouveau grand dessein. Les Etats-Unis sont multilatéraux quand ça les arrange, unilatéraux quand il le faut ; et ils imposent une nouvelle division du travail dans laquelle l’Amérique assure le combat, les Français, les Britanniques et les Allemands, les patrouilles policières dans les zones frontalières, et les Hollandais, les Suisses et les Scandinaves, l’aide humanitaire.
(…) Un nouvel ordre international émerge, mais il est conçu pour répondre aux objectifs impériaux américains. Les alliés de l’Amérique veulent un ordre multilatéral qui restreigne sa puissance, mais l’empire ne se laissera pas lier, à l’instar de Gulliver, par des milliers de cordes légales. »
Pour Ignatieff, la chose est donc acquise, l’empire est bien là ! L’unique question qui reste en suspens, c’est de savoir comment faire pour que ça fonctionne correctement. Sa démarche semble presque une postface à l’analyse de l’historien Edward Gibbon (1737-1794), un proche de Lord Shelburne en Angleterre, qui écrivit en 1776 Déclin et chute de l’empire romain.
Avec La Richesse des Nations, ce manuel de la rente financière comme socle d’un ordre oligarchique, écrit par Adam Smith, le livre de Gibbon était une attaque stratégique contre la jeune république américaine, instaurée la même année par Benjamin Franklin et ses amis colbertistes. Après la perte de l’Amérique pour l’Empire britannique, le livre de Gibbon tente de tirer les leçons de l’histoire.
Ignatieff rappelle l’analyse faite par Gibbon pour expliquer la chute de l’empire romain :
« Les empires survivent lorsqu’ils comprennent que la diplomatie, soutenue par la force, est toujours préférable à la seule force. Si l’on considère l’avenir encore plus lointain, disons d’ici une génération, la Russie et la Chine résurgentes exigeront d’être reconnues en tant que puissances mondiales dotées d’une hégémonie régionale. Comme le montre le cas de la Corée du Nord, l’Amérique a besoin de partager avec ces puissances le contrôle de la non-prolifération et d’autres menaces, et si elle essaie, comme le suggère la Stratégie de sécurité nationale actuelle, d’empêcher l’émergence de tout rival à la domination globale américaine, elle risque ce que Gibbon prévoyait : une sur extension, suivie de la défaite. »
Aujourd’hui, le Commonwealth anglais, successeur des Vénitiens qui se dénommaient les « nouveaux Romains », est supposé représenter le modèle de ce savoir-faire impérial de gouvernement indirect, mais réel.
L’empire romain
En tout cas, ce débat nous oblige à devenir « expert ès Empire romain » dans les plus brefs délais. Pour cela, une rapide visite dans une grande librairie nous met devant une terrible évidence : s’il y a pléthore de livres sur Rome et l’Empire, quasiment aucun ne traite réellement de son déclin.
Jadis, en France, les élèves pouvaient au moins profiter du vieux Malet et Isaac, qui nous en apprend bien plus que la plupart des experts d’aujourd’hui, époque où certains enseignent l’histoire de la sandale, de Jules César à Marilyne Monroe…
Mais forcément, la plupart des auteurs qui ont écrit sur le sujet sont fascinés par la grandeur, les institutions, l’organisation de ce système. Dans l’Encyclopaedia Universalis, un auteur, d’ailleurs conférencier sur le sujet, défend mordicus que le terme de « Bas-Empire », jugé trop péjoratif, mériterait d’être remplacé aujourd’hui par « Antiquité tardive ». Quant aux livres qui prétendent enquêter sur le déclin de l’Empire, ils affirment qu’il n’existe aucun élément matériel prouvant sa chute. « Au moment où Rome s’effondre et se dépeuple, d’autres régions se portent très bien », etc.
Après tout, cette vision est peut-être la bonne façon de voir les choses, car pour chuter, il faut d’abord monter !
En vérité, la « civilisation » romaine a été une longue période de guerres et de génocide permanent, qui mérite le label de « l’une des barbaries les mieux organisées ». La description que nous en livre la philosophe française Simone Weil (1909-1943) donne presque envie de faire interdire les bandes dessinées d’Astérix pour « banalisation d’actes génocidaires » :
« Les Romains ont conquis le monde par le sérieux, la discipline, l’organisation, la continuité des vues et de la méthode ; par la conviction qu’ils étaient une race supérieure et née pour commander ; par l’emploi médité, calculé, méthodique de la plus impitoyable cruauté, de la perfidie froide, de la propagande la plus hypocrite, employée simultanément ou tour à tour ; par une résolution inébranlable de toujours tout sacrifier au prestige, sans être jamais sensible, ni au péril, ni à la pitié, ni à aucun respect humain ; par l’art de décomposer sous la terreur l’âme même de leurs adversaires ou de les endormir par l’espérance, avant de les asservir avec les armes ; enfin par un maniement si habile du plus grossier mensonge qu’ils ont trompé même la postérité et nous trompent encore. »
Saint-Augustin, l’un des pères de l’Eglise, (354-430) ne dit pas autre chose quand il s’insurge contre ceux qui pensent que, du fait qu’elle a duré longtemps, la civilisation romaine était nécessairement grande. Il écrit dans La cité de Dieu :
« Voyons donc maintenant ce que vaut la prétention des païens qui ont l’audace d’attribuer à leurs dieux l’étendue si grande et la durée si longue de l’empire romain, en affirmant même s’être honnêtement conduits en honorant ces dieux par hommage de jeux infâmes, représentés par d’infâmes comédiens. Mais je voudrais d’abord, brièvement, examiner une question : Quelle raison, quelle sagesse y a-t-il à vouloir se glorifier de l’étendue et de la grandeur de l’empire romain, alors qu’on ne peut démontrer que les hommes soient heureux en vivant dans les horreurs de la guerre, en versant le sang de leurs concitoyens ou celui des ennemis, sang humain toujours, et sous le coup de sombres terreurs et de sauvages passions ?
(…) Pour en juger plus aisément, gardons-nous de nous laisser jouer par une vaine jactence ; ne laissons pas la pointe de notre esprit s’émousser au choc des mots sonores : peuples, royaumes, provinces. » (Livre IV, III)
Les origines
Pour bien saisir le « tournant impérial » fondamental de la civilisation romaine, qui se produit bien avant l’arrivée officielle de « l’Empire », rappelons d’abord quelques éléments de son histoire.
Fondée vers -750 par une coalition de Latins et de Sabins, Rome est, dès sa fondation, un centre colonial, sur le modèle perse, subjuguant et protégeant militairement des territoires et des satrapes, sans pour autant fonder de pays ni de nation. On pourrait dire qu’elle créa non pas un, mais de multiples protectorats, dirigés par un quarteron d’oligarques vivant dans un luna-parc, un vaste parc d’attraction du nom de Rome.
Plusieurs peuples organisés et tribus disputent les territoires de la péninsule italienne à la sphère d’influence de Rome, mais devront finalement s’y soumettre. D’abord dans le nord, entre l’Arno et le Tibre, les Etrusques.
Entre – 550 et -509, les Romains sont dirigés par des rois étrusques qui feront de la cité une grande ville, notamment en construisant un réseau d’égouts, la fameuse Cloaca Maxima. Mais les rois étrusques, accusés tantôt d’être tyranniques, tantôt trop favorables au peuple, sont chassés par des familles patriciennes qui fondent un simulacre de République, laissant en fait le véritable pouvoir aux grandes familles qui siègent au Sénat.
Dans le sud, Rome va mettre sous sa coupe les nombreuses populations grecques installées là depuis des siècles, dont la capitale était la cité-état de Syracuse en Sicile, comptoir de Corinthe qui contrôlait la Méditerranée orientale. Malgré l’accord conclu en -510 entre la République romaine et Carthage, lui laissant le contrôle de la Méditerranée occidentale, Rome entrera dans un long affrontement avec cette ville d’Afrique du Nord devenue, après Tyr, le centre du commerce phénicien.
Ce conflit est amplement décrit par les historiens romains Polybe (204 av. J.C. – 118 av. J.C.) et Tite-Live (59 av. J.C. – 17), sous le nom de guerres puniques.
Les guerres puniques

Dès le IIIe siècle av. J.C., Carthage domine presque toute l’Afrique du Nord et une bonne partie de la côte sud de l’Espagne.
L’enjeu de la première guerre punique (-264 à -241) sera le contrôle de la Sicile, pièce maîtresse pour prendre le contrôle de la Méditerranée. A l’opposé des Carthaginois et des Grecs, peuples de commerçants et de marins, jusque-là les Romains sont plutôt des terriens et des agriculteurs.
Pour conquérir la Sicile, ils devront s’adapter, notamment en se dotant d’une force navale efficace. Ainsi, au cours de l’hiver -261, Rome construit cent « quinquérèmes », dont le plan demeure incertain, sur le modèle de l’épave d’un navire carthaginois. Ce bateau compte cinq niveaux de rameurs, soit deux de plus que les « trirèmes » grecques.
Le consul Duilius introduira le « corbeau » (corvus), rampe d’abordage muni d’un grappin qui s’enfonçait si solidement dans le pont de l’adversaire que les deux navires étaient littéralement soudés. Les Romains, ayant ainsi rétabli un champ de bataille « terrestre » à leur avantage, envahissaient alors le pont de l’ennemi, et leur férocité au corps à corps leur permettait d’arracher la victoire, comme ce fut le cas à la bataille de Myles (-260) et à celle d’Ecnome (-256).
Carthage est vaincue et un traité de paix est signé, imposant une indemnité de guerre dont les conditions seront durcies suites aux demandes du « peuple » aux comices (assemblées).
Peu après, Rome se fait remettre la Sardaigne et la Corse, causant une injustice à l’origine d’un nouveau conflit. A Carthage, les populations furieuses délaissent alors le parti pacifiste des Hannons pour se tourner vers le parti des revanchards que sont les Barcides (Hamilkar Barca, Hannibal, etc.)
La deuxième guerre punique (-218 à -201) sera surtout un bras de fer entre un homme, Hannibal, et Rome. Ce carthaginois était un stratège génial, légendaire pour sa traversée des Alpes avec des éléphants et ses victoires sur les Romains sur le Tessin, sur les bords de la Trébie, au bord du lac Trasimène et surtout à la bataille mythique de Cannes (-216) où, sur 80 000 Romains, 45 000 furent tués.
Pourtant, en 202, le Romain Scipion (l’Africain) infligera à Hannibal une défaite décisive à Zama (Tunisie actuelle). De nouveau, un traité de paix est signé entre Rome et Carthage, qui perd ses possessions territoriales en Espagne et sera obligée de payer 50 000 talents répartis sur cinquante ans.
Carthago delenda est [Il faut détruire Carthage]
Ainsi, à la fin de la deuxième guerre punique, les Romains, pourvus d’une puissance militaire inégalée, se trouvent dans le même type de « moment unipolaire » que celui de « l’empire américain » aujourd’hui.
Voyant Carthage redevenir prospère cinquante ans après sa défaite, le « faucon » Caton le censeur, convaincu qu’il faut éliminer « la montée de tout compétiteur global », achève chacun de ses discours au Sénat par ces mots : Carthago delenda est (il faut détruire Carthage). Rome trouvera les arguties légales et juridiques pour parvenir à ses fins.
Simone Weil, dans ses Réflexions sur les origines de l’Hitlérisme, écrit et publié en 1939, donne le cas de Carthage en exemple de la perfidie qui se cache derrière le « respect du droit » professé par la « Pax Romana », qui inspira tant Hitler :
« [Carthage] dut contracter une alliance avec Rome et promettre de ne jamais engager la guerre sans sa permission. Au cours du demi-siècle qui suivit, les Numides ne cessèrent d’envahir et de piller le territoire de Carthage, qui n’osait se défendre ; pendant la même période de temps, elle aida les Romains dans trois guerres. Les envoyés carthaginois, prosternés sur le sol de la Curie, tenant des rameaux de suppliants, imploraient avec des larmes la protection de Rome, à laquelle le traité leur donnait droit ; le Sénat se gardait bien de la leur accorder. Enfin, poussée à bout par une incursion numide plus menaçante que les autres, Carthage prit les armes, fut vaincue, vit son armée entièrement détruite. Ce fut le moment que Rome choisit pour lui déclarer la guerre, alléguant que les Carthaginois avaient combattu sans sa permission.
(…) [Le Sénat] accorda aux Carthaginois la liberté, leurs lois, leur territoire, la jouissance de tous leurs biens privés et publics, à condition pour eux de livrer en otages trois cents enfants nobles dans le délai d’un mois et d’obéir aux consuls. Les enfants furent livrés aussitôt. Les consuls arrivèrent devant Carthage avec flotte de guerre et armée, et ordonnèrent qu’on leur remît toutes les armes et tous les instruments de guerre sans exception. L’ordre fut exécuté immédiatement.
(…) Les sénateurs, les anciens et les prêtres de Carthage vinrent alors se présenter aux consuls devant l’armée romaine.
(…) Un des consuls annonça aux Carthaginois présents devant lui que tous leurs concitoyens devaient quitter la proximité de la mer et abandonner la ville, et que celle-ci serait complètement rasée. »
Pour les Carthaginois, peuple de marins, se retirer de 80 stades (14 km) de la mer, équivalait à un arrêt de mort ! Après trois ans de résistance et de combats de rue désespérés, Scipion l’Emilien réussit finalement à s’emparer de la ville. Carthage brûla pendant dix-sept jours. Elle fut rasée et on fit mêler du sel à la terre afin de la rendre infertile à jamais.
Augustin en défense de l’Etat-nation
Dans la Cité de Dieu, Augustin ne se lasse pas de critiquer l’esprit impérial. D’abord, il en montre le ridicule :
« Va-t-on répondre : sans ces guerres continues, se succédant à un rythme ininterrompu, l’empire romain n’aurait pu prendre une si large et si vaste extension, ni acquérir une si immense gloire. Belle raison, vraiment ! Pourquoi l’empire, pour être grand, était-il obligé d’être agité ? Ne vaut-il pas mieux pour le corps humain d’avoir une petite taille avec la santé, que d’atteindre une stature gigantesque au prix de malaises perpétuels. » (III,X)
Ensuite, se moquant de l’esprit « justicier » des Romains, il attaque sur le fond :
« A eux donc de voir s’il convient à des gens de bien de se réjouir de l’étendue de l’empire. Car c’est l’injustice des ennemis contre lesquels on a mené des justes guerres qui a aidé l’empire à s’accroître : à coup sûr, il serait resté de peu d’étendue, si des voisins justes et paisibles n’avaient attiré la guerre sur eux par aucune offense. Ainsi pour le bonheur de l’humanité, il n’y aurait eu que de petits royaumes, heureux de vivre en plein accord avec leurs voisins ; et par la suite, l’Univers aurait compté de nombreux États, comme la cité de nombreuses familles. (…) Au reste, vivre en plein accord avec un bon voisin est sans nul doute une félicité plus grande que de subjuguer par la guerre un voisin méchant. » (IV, XV)
Ou encore :
« Je pose ici une question : pourquoi l’empire lui-même n’est-il pas un dieu ? Pourquoi pas, puisque la Victoire est une déesse ? (…) Peut-être, répugne-t-il aux gens de bien de faire des guerres par trop injustes, et pour étendre leur royaume, de provoquer brusquement au combat des voisins tranquilles qui n’ont commis aucune injustice ? » (IV, XIV)
Les conquêtes coloniales
Une alliance de financiers et de généraux ambitieux pousse alors Rome à se lancer dans une immense expansion coloniale pour former seize provinces, qui n’ont pas seulement à souffrir les gouverneurs, mais surtout les banquiers, qui empruntent à taux très bas à Rome et prêtent aux provinciaux à des taux usuraires atteignant jusqu’à 50 % !
Comme le dit sans détour l’Isaac et Malet (p.33) : « Les conquêtes romaines furent en partie une vaste opération financière ».
Sous différents prétextes – économiques, militaires (guerres défensives) et psychologiques (besoins de sécurité) – Rome annexe un ensemble de riches territoires.
- En -148, la Macédoine ;
- en -146, la Grèce et l’Afrique ;
- en -133, l’Espagne ;
- en -120, la Narbonnaise ;
- en -129, l’Asie ;
- en – 101, la Cilicie ;
- en -74 la Bithynie et le Cyrénaïque ;
- en -67 l’Orient (Pont, Syrie) ;
- en -58, la Gaule et
- en -46, la Numidie.
Une société de consommation
Le pillage du monde méditerranéen, notamment en imposant d’énormes indemnités de guerre en biens et en esclaves, transformera une société relativement productive en pure société de consommation.

Le peuple de Rome, jusque-là assez austère, s’enrichit, adaptant son mode de vie et ses mœurs en conséquence. La corruption s’installe et les nobles accaparent le domaine public. Augustin identifie précisément l’intervalle entre la deuxième et la troisième guerre punique comme le moment d’un changement de paradigmes :
« Puis (…) le luxe asiatique plus redoutable que tout ennemi se glissa pour la première fois dans Rome. Alors, en effet, parurent les lits d’airain, des tapis précieux ; alors s’introduisirent dans les banquets les joueuses de cithare, et d’autres licences dépravées. » (III, XXI)
Salluste, parlant de l’époque précédant la deuxième guerre punique affirme :
« Alors les patriciens exercèrent sur la plèbe un pouvoir tyrannique. Ils disposèrent à la façon des rois, des vies et des corps, chassèrent les citoyens de leurs champs et, les privant de tous leurs droits, s’arrogèrent seuls l’autorité. Accablée de vexations et surtout écrasée de dettes, la plèbe qui, au cours de guerres continuelles, supportait à la fois l’impôt et la conscription, se retira en armes sur le Mont Sacré et l’Aventin… » (cité par Augustin, III,XVII)
A Rome, peu à peu, la corruption et la décadence s’installent en maîtres. Des seize derniers empereurs, la plupart sombrent dans une pédérastie criminelle. Suétone écrit dans les Vies des douze Césars :
« Après avoir fait émasculer un enfant nommé Sporus, Néron prétendit même le métamorphoser en femme, se le fit amener avec sa dot et son voile rouge, en grand cortège, suivant le cérémonial ordinaire des mariages, et le traita comme son épouse. (…) paré comme une impératrice et porté en litière, [il] le suivit dans tous les centres judiciaires et marchés de la Grèce, puis, à Rome, Néron le promena, en le couvrant de baisers à tout instant.«
On peut y ajouter l’apparition des premiers combats de gladiateurs et même un retour à l’adoration de dieux maléfiques.
Écroulement démographique

Et pourtant, c’est précisément cette abondance de richesses qui va provoquer le glissement vers la chute. Dès le début de ces conquêtes coloniales, en -130, le Sénat de Rome est forcé de constater une stagnation démographique. Elle se transformera en dépopulation croissante qui se répandra dans les provinces au cours des cinq siècles suivants.
Comme l’a maintes fois démontré l’économiste américain Lyndon LaRouche, le potentiel de densité démographique relative indique « objectivement » la capacité d’accueil d’une économie organisée.
Déjà, les chiffres concernant la simple densité de population de l’Empire romain, comparés à ceux de la Grèce antique, ne laissent aucun doute : en Grèce, en -400, la densité de population atteignait 35 habitants par km2, c’est-à-dire presque un tiers de plus qu’en Italie romaine où elle est de 23,3 habitants par km2 à l’époque la plus peuplée, c’est-à-dire en l’an 1, pour chuter jusqu’à 11,6 en l’an 600 !
Il faudra attendre le début du XIIIe siècle en Italie et le début du XVe en Angleterre pour retrouver une densité de population du même ordre (Italie vers 1200 : 24 h/km2 ; Angleterre en 1377 : 19 h/km2).
A Rome, le gonflement de la force de travail par une main d’œuvre gratuite d’esclaves, grâce à la « mondialisation », précarise les populations autochtones, finissant par ruiner leur système de production. Une fois formalisées les limites de l’empire, le flux d’esclaves frais se tarit et c’est au tour des populations italiennes de subir le même sort.
C’est ce pillage, et la destruction de l’économie physique, qui provoquera l’effondrement spectaculaire de l’an 200. Alors que la population maximale du monde romain atteint 47 millions à son apogée, elle tombera jusqu’à 29 millions autour de l’an 600, soit une réduction proche de 40 % ! Aveuglée et corrompue par un hédonisme dépravé, Rome échoue, incapable de remettre en question les axiomes de la concupiscence sur lesquels est bâti son système. Pour tenter d’inverser la tendance, tout en faisant l’économie d’une réelle remise en cause, l’histoire romaine n’est qu’une longue fuite en avant dans « la régulation », dans l’incapacité où elle se trouve d’agir sur les causes.
On pense ici, non sans ironie, à certains gauchistes simplets de notre époque, qui, pour « lutter contre le capitalisme », proposent « d’interdire les licenciements » ! Rome sera ainsi la championne des régulations, des mesures et des lois. Bien évidemment, toutes les lois et ensemble de mesures qui sont prises, visant à enrayer la catastrophe démographique en limitant ses conséquences, y compris les codes Dioclétien (instaurant le servage, grande invention romaine pour le bonheur de l’humanité !) ou celui de Théodose (qui rend les métiers héréditaires), échouent lamentablement quand ils ne sont pas écartés d’emblée.
Par exemple, les fameuses réformes agraires proposées par les frères Gracques, visant dès -130 à redistribuer les terres cultivables de certains patriciens aux agriculteurs dépourvus de terre qui habitent Rome.
Dans les débats au Sénat, les Gracques expliquent que l’objectif de ces réformes n’est pas tellement de répondre à un désir de justice sociale, mais de satisfaire le besoin de l’empire à disposer d’une main d’œuvre capable de se reproduire. Ils précisent d’ailleurs que leurs réformes ne représentent aucune menace pour les riches. Néanmoins, révélateur d’un déni hystérique de tout principe de réalité, tous deux seront assassinés et leurs réformes abandonnées.
Ensuite, en – 107, faute d’hommes, le général Marius se voit obligé d’ouvrir le recrutement des légions aux classes inférieures, ce qui n’empêche pas de cruelles pénuries de troupes pour les armées de César en Gaule, forçant même Tibère à abandonner certaines conquêtes territoriales, faute de bras.
Sous l’empereur Auguste, le « Lex Juliana » inclue un dispositif populationniste privant les célibataires et les divorcés de leur droit d’héritage. A la campagne, les ressources sont si maigres que les fermiers et travailleurs essayent d’avoir le moins d’enfants possible.
Sous les empereurs Nerva et Trajan (vers l’an 100), les « alimenta » offrent des aides aux familles pour leur permettre de nourrir leurs enfants jusqu’à l’adolescence. Comme pendant la révolution culturelle en Chine, sous Mao, même les familles patriciennes laissent mourir leurs propres filles, pratique qui tend à se généraliser. Même les familles oligarchiques doivent faire face au déclin démographique. Sur les 400 familles siégeant au Sénat à l’époque de Néron, il n’en reste plus que 200 une génération plus tard.
Quelles contributions ?
Mais, dira-t-on, Rome fut un transmetteur de la connaissance grecque et de la culture antique. Qu’en est-il réellement ?
Du point de vue de la science, Simone Weil affirme :
« Aussi les Romains n’ont-ils apporté d’autre contribution à l’histoire de la science que le meurtre d’Archimède ».
En effet, on constate l’abandon de la tradition scientifique grecque au bénéfice d’un pragmatisme purement technique, parfois capable d’assimiler les techniques d’autres cultures (les arcs des Etrusques, le ciment et la brique des Assyriens, etc.). Bien que la roue à eau figure dans les « Dix livres sur l’Architecture » de Vitruve, il y porte peu d’attention. L’application de la technologie ne le passionne pas, si ce n’est la façon de placer hommes et femmes aux bains pour économiser l’eau. Pendant longtemps, les Romains ont gardé les amphores en grès, alors que les Gaulois avaient déjà mis au point le tonneau.
Architecture
Le grand architecte Auguste Choisy écrit en 1899 dans L’Histoire de l’Architecture :
« De l’art grec, qui semble un culte désintéressé rendu aux idées d’harmonie et de beauté abstraite, nous passons à une architecture essentiellement utilitaire : chez les Romains l’architecture devient l’organe d’une autorité toute-puissante pour qui la construction des édifices publics est un moyen de domination. (…) Pour les Romains, l’art de construire est l’art d’utiliser cette force illimitée que la conquête a mise à leur service ; l’esprit de leurs méthodes peut s’énoncer dans un mot : des procédés dont l’application n’exige que des bras. Le corps des édifices se réduit à un massif de cailloux et de mortier, un monolithe construit, une sorte de rocher artificiel. »

Il est utile de comparer la Porta Nigra de Trèves, qui date de la fin du IIIème siècle, construite par simple empilement de pierres, avec la Domus Aurea » (Maison d’or) de Néron à Rome, coupole sphérique sur le modèle des tombes de la Grèce mycénienne, résultant d’une combinaison sophistiquée de maçonnerie et de béton.

Suétone raconte que :
« Tout était couvert de dorures, rehaussées de pierres précieuses et de coquillages à perles ; le plafond des salles à manger était fait de tablettes d’ivoire mobiles et percées de trous, afin que l’on pût répandre d’en haut sur les convives soit des fleurs, soit des parfums : la principale était ronde et tournait continuellement sur elle-même, le jour et la nuit, comme le monde. »
La technologie est au service des caprices de prestige des empereurs fous, mais pas de l’avancement de l’intérêt général !
Infrastructures
A part les immenses aqueducs, science des Etrusques et d’Asie centrale, capables par exemple d’approvisionner plus d’un million d’habitants de Rome grâce à des innovations comme l’emploi du plomb pour la tuyauterie, le bilan est pauvre.
Les routes romaines étant essentiellement construites pour les messagers et les armées, le reste du fret commercial s’opère essentiellement sur les voix secondaires. Ainsi, transporter une cargaison de céréales d’Alexandrie vers Rome revient moins cher que de la faire venir de l’intérieur de l’Italie.
Agriculture
L’agriculture romaine fut dévastée par le monétarisme et l’aristotélisme. Dans les propriétés immenses, 20, 30 à 50 fois la taille d’une ferme familiale (comme celle de Montmaurin, en Haute-Garonne, d’environ 10 000 hectares), les esclaves cultivent d’une façon extensive des produits de plus en plus orientés vers l’exportation (vin, huile d’olive) et de moins en moins de céréales.
Semblable aux physiocrates, et convaincu que c’est la terre et non les hommes qui produisent la richesse, Caton, le massacreur de Carthage, écrit dans son Economie Rurale (I,CXXXVI) :
« Souvenez-vous qu’un champ très productif, comme un homme prodigue, est ruineux, s’il occasionne un excès de dépenses. Si vous me demandez quel est le meilleur domaine, je vous répondrai :sur un domaine de cent arpents et bien situé, la vigne est la meilleure récolte, si elle est productive. Je place ensuite un potager arrosable ; au troisième rang, une oseraie ; au quatrième, l’olivier ; au cinquième, une prairie ; au sixième, les céréales ; au septième, un taillis ; puis un verger et, enfin, une forêt de chênes. »
Bien que l’on élève dans d’énormes ranchs des chevaux de course pour le cirque, les animaux de trait et par conséquent les engrais, ne sont guère de mise sous l’Empire romain. Il faut attendre le Xe en Europe du Nord (et même la fin du XVIIe en Angleterre…) pour voir apparaître le collier rigide (inventé en Chine au Ve siècle) qui prend appui sur les épaules du cheval, pour révolutionner l’agriculture. Possédant une force équivalant à celle d’un bœuf, le cheval de trait peut déplacer la moitié plus de poids par seconde et par distance.
Cette politique de croissance zéro dans les campagnes provoque un véritable exode rural, créant les conditions d’une famine et alourdissant encore les charges fiscales pesant sur ceux qui restent. Ceux qui fuient la campagne trouvent à Rome les « annona », une aide alimentaire instaurée dès -500, dont bénéficient 200.000 personnes en -130, pour passer à 320.000, soit un quart, sinon la moitié de la population.
Le Cirque et les jeux
A Rome, l’astuce des maîtres consiste à laisser leurs esclaves en semi-liberté pour les faire bénéficier de cette nourriture gratuite résultant du pillage des récoltes de Sicile, d’Égypte et d’Afrique du Nord.
A l’époque de Claude (+50), Rome ne compte pas moins de 159 jours fériés par an et en +354, ce chiffre atteint les 200 !
Pour occuper cette foule et la désinhiber de la violence du système et des guerres, une mise en scène permanente est organisée autour d’une culture de la mort. Déjà, la perspective d’un « no future » est si forte que beaucoup d’hommes libres de Rome, convaincus de l’inutilité de leur existence, s’enregistrent volontairement comme gladiateur afin de ne jamais avoir à subir la dépendance matérielle.
De 120 gladiateurs engagés à lutter, leur nombre passe à 350 couples qui s’affrontent en duels sous Trajan, et après la conquête de la Dacie, 117 jours de célébration voient s’opposer non moins de 4941 paires de gladiateurs ! Jeux et paris vont alors bon train.
Sous Trajan, le Circus Maximus, un hippodrome construit en -329 où se déroulent 24 courses par jour, mesurant 600 mètres sur 200 et pouvant accueillir jusqu’à 255 000 spectateurs, ne connaîtra rien de comparable, si ce n’est le stade de Berlin, construit par les nazis en 1936. Les représentations théâtrales sont d’une vulgarité extrême et le public connaît généralement les chansons et les textes par cœur.
« L’âne d’or » d’Apulée (v.125 – v.180), met en scène un coït avec un âne et, plus tard, une crucifixion « life » est incorporée dans une pièce.

Le « Colisée », un amphithéâtre construit sous Flavien, vers 70, peut recevoir jusqu’à 50 000 personnes. Grâce à des astuces techniques, le plateau se transforme en petit lac pour figurer des joutes navales. Mais c’est généralement moins romantique.
Le seul jour de l’inauguration, non moins de cinq mille animaux sont mis à mort au cours de combats divers. Des lions sont lâchés sur des buffles, des ours contre des panthères, des rhinocéros contre des éléphants, des gladiateurs contre des tigres, etc.

Le bilan mortel est impressionnant ! Pour ne donner que quelques exemples des plus sanglants :
- Le retour victorieux de Trajan du royaume dace provoqua le sacrifice de 11 000 animaux.
- Le venatio au Circus Maximus de 169 av. JC vit mourir 63 léopards, 40 ours et plusieurs éléphants.
- En 55 av. JC, ce fut 500 lions, 410 panthères et léopards et 18 éléphants qui périrent en cinq jours.
- La même année, Pompée célèbre l’inauguration de son théâtre avec 410 panthères et 600 lions.
- En l’honneur de Jules César, 400 lions moururent en une journée.
- A une autre 500 fantassins affrontèrent 20 éléphants et 20 autres montés d’hommes et de tourelles.
- 500 ours furent exécutés sous l’ordre de Caligula pour sa sœur Drusilla.
- 5 000 bêtes moururent pour l’inauguration du Colisée
Ken Kronberg dans son étude très complète, constate que,
« Répétée partout dans tous les amphithéâtres de l’empire, cette boucherie rituelle a conduit à l’extinction de l’éléphant d’Afrique du Nord, de l’hippopotame nubien et du lion de Mésopotamie. »
D’ailleurs, chaque matin, avant l’arrivée des nobles dans les stades, les criminels en tous genres (terme qui s’applique également aux chrétiens) sont jetés en pâture aux fauves pour les mettre en appétit. Les crucifixions n’ont d’ailleurs pas été inventées pour les chrétiens.
A Lutetia (Paris), rappelez-vous que Montmartre vient de « Mont des Martyrs », c’est-à-dire l’endroit où l’on exécute les condamnés à mort.
A Lugdunum (Lyon), la « Croix Rousse » désigne un lieu similaire, car on brûlait les cadavres sur les croix pour prévenir les épidémies. L’omniprésence de la cruauté froide et calculée et de la mort arbitraire semble avoir eu le même effet que certains de nos jeux vidéos violents d’aujourd’hui : désinhiber les hommes en les familiarisant avec la barbarie.
D’ailleurs, à Carthage, après le massacre d’une grande partie de la population, on trouva dans les rues, non seulement des cadavres d’enfants, de femmes, de vieillards et d’hommes, mais aussi des chiens coupés en morceaux et des membres épars d’animaux…
Conclusion
Dans cette société romaine, il est clair que la vie d’un individu, surtout dépourvu de pouvoir, n’a aucune valeur. Mais ce pouvoir de vie et de mort, véritable culte du sang, dont Rome dispose, ce pouvoir de ne pas respecter la vie humaine sera en réalité la faiblesse mortelle d’une culture tragique, relativement apte à s’adapter mais incapable de se changer.
Shakespeare, dans Jules César, l’a parfaitement identifié :
CESAR :
« …Calpurnia que voici, ma femme, me retient.
Elle vient de rêver que ma statue,
Comme une fontaine à cent bouches,
Versait un sang où de nombreux Romains
Vigoureux, souriants, trempaient leurs mains,
Et cela lui parait prophétique, un présage
De malheurs imminents. Et à genoux
Elle m’a supplié de ne pas sortir aujourd’hui. »
(acte I, scène II)
L’un des comploteurs impliqué dans l’assassinat de César utilisera son orgueil pour l’amener sur le lieu du crime :
DECIUS :
« Ce rêve est tout à fait mal interprété.
C’est une heureuse vision, de bon augure.
Votre statue versant par tant de bouches
Un sang où des Romains qui sourient se baignent,
Signifie que la grande Rome puisera
Dans votre sang sa vigueur ; que de grands hommes
S’y presseront pour teindre des emblèmes,
Pour empourprer de futures reliques…
Tel est le sens du songe, Calpurnia. »
Ceux qui ne comprennent pas les erreurs axiomatiques de leur propre culture sont condamnés à répéter les erreurs de l’histoire. Tel est le sort qui guette aujourd’hui les oligarchies imbéciles. Après cinquante ans de pillage par le FMI et la Banque mondiale, aggravé par l’émergence de bulles financières incontrôlables, le système court rapidement à sa perte. L’écroulement de l’URSS, en 1989, a fait revivre la dangereuse illusion d’un « moment unilatéral », capable d’engendrer l’utopie d’un empire mondial.
Le dernier « moment unilatéral » de ce type intervint en 1946, lorsque Bertrand Russell demanda une « attaque préventive » nucléaire contre l’URSS avant qu’elle ne se dote d’armes de destruction massive équivalant à l’arsenal occidental.
Aujourd’hui, sous couvert d’éliminer la menace du terrorisme et des « Etats-voyous », et derrière les prophéties d’un « choc de civilisations », nous entendons de nouveau : « Carthago delenda est » !
Mais croyez-vous réellement que l’Irak soit la nouvelle Carthage ? Non, Carthage, c’est vous et moi, c’est l’Europe en passe de devenir le véritable compétiteur global par sa politique d’intégration eurasiatique, du Portugal à la mer de Chine.
Peut-être même Carthage est-elle davantage encore cette amitié franco-allemande qui, comme Numance à l’époque romaine, par l’exemplarité de son indépendance, représente une exception intolérable. Ne vous y trompez donc pas, les empires n’ont pas d’alliés, ils n’ont que vassaux et rebelles, chacun reconnaissant à sa façon la supériorité et le prestige de l’Empire.
La bataille n’est donc pas celle du petit jardin pacifique de Kant (l’Europe) contre Hobbes (le droit du plus fort), comme Robert Kagan le conjecture, mais celle d’Augustin contre l’Empire romain, car cet empire touche déjà à sa fin et ce n’est pas une nouvelle croisade qui le fera perdurer. A l’administration américaine, nous disons donc volontiers ce que le devin disait à Jules César : « Crains les ides de mars ».
Addendum : Une information vient cruellement conforter notre analyse. Début mars, Ed Koch, ancien maire de New York, inconditionnel de la guerre contre l’Irak et donc exaspéré par l’opposition française, aurait déclaré, « Omnia Gallia delenda est » (Il faut détruire toute la Gaulle).
Articles et livres consultés :
- Choisy Auguste, Histoire de l’Architecture, Bibliothèque de l’Image, Paris 1996.
- Goldsworthy Adrian, Les guerres romaines, Editions Autrement, Paris 2000.
- Kronberg Kenneth, « How the Romans nearly destroyed civilization », dans New Solidarity, 1983.
- Mac Mullen Ramsay, « Le déclin de Rome et la corruption du pouvoir », dans Les Belles Lettres, 1991.
- Saint-Augustin, La Cité de Dieu », Desclée de Brouwer, 1960, Paris.
- Shakespeare, Jules César, Folio, Gallimard.
- Suétone, La Vie des douze Césars, Folio, Gallimard.
- Tite Live, Histoire Romaine, Livres XXVI à XXX, Garnier-Flammarion, 1994, Paris.
- Weil Simone, « Quelques réflexions sur les origines de l’Hitlérisme », 1939, Œuvres Complètes, Vol. II, Gallimard, 1989, Paris.
Jacob Fugger « The Rich », father of financial fascism

By Karel Vereycken, September 2024.
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Investigation the Fugger and Welser banking houses?
In 1999, a dumb Bill Clinton, in front of an audience of hilarious American bankers, repealed the famous Glass-Steagall Act, the law adopted by Franklin Roosevelt to pull the world out of the economic depression by imposing a strict separation between investment (speculative) banks and the “normal” banks responsible for providing credit to the real economy.
In Orwellian fashion, the 1999 law sealing this repeal is called the Gramm-Leach-Bliley “Financial Services Modernization Act”. However, as you will discover in this article, this law, which opened the floodgates to the current predatory and criminal financial globalization, merely re-established feudal practices that had been pushed back with the dawn of modern times.
In France, the program of the Conseil national de la Résistance (CNR) explicitly called for “the establishment of a genuine social and economic and democracy, involving the removal of the great economic and financial feudal powers from the direction of the economy”, a demand echoed, in part, in the 9th paragraph of the preamble to the French 1946 Constitution, which states that “All property and all enterprises –the operation of which has or acquires the characteristics of a national public service or a monopoly in practice– must become the property of the collectivity”.
In this sense, the urgent “modernization” of finance for which we are fighting, aims to recreate not just a block of public banks, but real sovereign “national banks” (as opposed to “independent” central banks) under government control, each serving its own country but working in concert with others around the world to invest in physical and human infrastructure to the greatest benefit of all. By creating a productive credit system and “organized markets,” we can escape the hell of a feudal “monetarist” blackmail system.
To assert today that an international cartel of counterfeiters is seeking to take control of democratic societies, to engage in colonial plunder, to create fratricidal dissensions and the conditions for a new world war, will immediately be branded as conspiracy theory, Putinophilia or concealed anti-Semitism, or all three at once.
Yet the historical facts of the rise and fall of the German Fugger and Welser families (who were ardent Catholics), amply demonstrate that this is precisely what happened in the early XVIth century. Their rise and power was a veritable stab in the back of the Renaissance. Today, it’s up to us to “modernize” finance to make sure that such a situation never arises again!
Bribery and elections
In the « good old days » of the Roman Empire, things were so much simpler! Already in Athens but on a much larger scale in Rome, electoral bribery was big business. In the late Republic, lobbies coordinated schemes of bribery and extortion. Large-scale borrowing to raise money for bribes is even said to have created so much financial instability that it contributed to the 49–45 BC civil war. Roman generals, once they had systematically massacred and looted some distant colony and sold for hard cash their colonial loot, could simply buy the required number of votes, always decisive to elect an emperor or endorse a tyrant after a coup d’Etat. Legitimacy was always post-factum those days.
In Rome, the “elections” became an obscene farce to the point that they were eliminated. “A blessing from heaven”, said the statesman Quintus Aurelius Symmachus, rejoicing that “the hideous voting tablet, the crooked distribution of the seating places in the theater among the clients, the venal run, all of these are no more!”
The Holy Roman German Empire

Reviving such a degenerate and corrupt imperial system wasn’t a bright idea. On 25 December 800, Pope Leo III crowned Charlemagne as Roman emperor, reviving the title in Western Europe more than three centuries after the collapse of the ancient Western Roman Empire in 476 DC.
In 962 DC, when Otto I was crowned emperor by Pope John XII, he fashioned himself as Charlemagne’s successor, and inaugurated a continuous existence of the empire for over eight centuries. In theory the emperors were considered the primus inter pares (“first among equals”) of all Europe’s Catholic monarchs. In practice, the imperial office was traditionally elective by the mostly German prince-electors.
Just as the vote of the Roman Senate was necessary to “elect” a Roman Emperor, in the Middle Ages, a tiny group of prince-electors had the privilege of “electing” the “King of the Romans.” Once elected in that capacity, this elected king would then be crowned Emperor by the pope.
The status of prince-elector had great prestige. It was considered to be behind only the emperor, kings, and the highest dukes. The prince-electors held exclusive privileges that were not shared with other princes of the Empire, and they continued to hold their original titles alongside that of prince-electors.
In 1356, the Golden Bull, a decree carrying a golden seal, issued by the Imperial Diet at Nuremberg and Metz headed by the Emperor of that time, Charles IV, fixed the protocols and rules of the imperial power system. While limiting their power, the Golden Bull granted the great-electors the Privilegium de non appellando (“privilege of not appealing”), preventing their subjects from lodging an appeal to a higher Imperial court, and turning their territorial courts into courts of last resort.
However, imposing such a superstructure everywhere was no mean feat. With Jacques Cœur, Yolande d’Aragon and Louis XI, France increasingly asserted itself as a sovereign, anti-imperial nation-state.
Therefore, the Holy Roman Empire, by a decree adopted at the Diet of Cologne in 1512, became the “Holy Roman Empire of the Germanic Nation,” a name first used in a document in 1474. The adoption of this new name coincided with the loss of imperial territories in Italy and Burgundy to the south and west by the late XVth century, but also aimed to emphasize the new importance of the German Imperial Estates in ruling the Empire. Napoleon was supposedly the one who said the Holy Roman German Empire was triply misnamed and none of the three. It was “too debauched” to be holy, “too German” to be Roman and “too weak” to be an Empire.
In light of the object of this article, we will not expand here on this subject. Noteworthy nevertheless, the fact that German Nazi Party propaganda, as early as 1923, would identify the Holy Roman Empire of the Germanic Nation as the « First » Reich (Reich meaning empire), with the German Empire as the « Second » Reich and what would eventually become Nazi Germany as the « Third » Reich.
Hitler had a soft spot for Fugger’s hometown Augsburg and wanted to make it the “City of German Businessmen”. To honor the Fugger family, he wanted to convert their Palace into a huge trade museum. To break the Fuhrer’s moral, the building got severely bombed in February 1942.
The Prince Electors
By the XVIth Century, the Holy Roman Empire consisted of 1,800 semi-independent states spread across Central Europe and Northern Italy. In a nod to the ancient Germanic tradition of electing kings, the medieval emperors of this sprawling patchwork of disparate territories were elected
What we do know is that, from the Golden Bull of 1356 onward, the emperor was elected in Frankfurt by an “electoral college” of seven “Prince-electors” (Kurfürst in German):
- the archbishop of Mainz, arch-chancellor of Germany;
- the archbishop of Trier, arch-chancellor of Gallia (France);
- the archbishop of Cologne, arch-chancellor of Italy;
- the duke of Saxony;
- the count palatine of the Rhine;
- the margrave of Brandenburg;
- and the king of Bohemia.
Of course, to obtain the vote of these great electors, candidates had to deliver oral and in advance written promises and engagements, and especially, on (and under) the table, offer privileges, power, money and more.
Hence, the most difficult endeavor for any aspiring candidate, was to raise the bribery money to buy the votes. As a result, the very existence and survival of the Holy Roman German Empire, depended nearly entirely on the existence, survival and especially goodwill of a financial oligarchy of wealthy merchant banking families willing to lend the money to the bribers. Just as a handful of giant banks are controlling western nations today by buying their emissions of state bonds required to bail-out and refinance permanent but growing debt bubbles, the banking monopolies of those days became very rapidly too-big-to-fail and too-big-to-jail.
The financial power and influence of the Bardi, Peruzzi and other Medici bankers, who, by ruining the European farmers plunged Europe in great famine creating the conditions for the XIVth Century’s “Black Death” wiping out between 30 and 50 percent of the European population, is no secret and has been aptly documented by a friend of mine, the American financial analyst, Paul Gallagher.
Fucker Advenit

Here, we’ll focus on the activities of two German banking families who dominated the world in the early XVIth century: the Fuggers and the Welsers of Augsburg.
Unlike the Welsers, and old patrician family about we will say more later, the Fugger’s’ success story begins in 1367, when “master weaver” Hans Fugger (1348-1409) moved from his village of Graben to the “free imperial city” of Augsburg, a four-hour walk away. The Augsburg tax register reads “Fucker Advenit” (Fugger has arrived). In 1385, Hans was elected to the leadership of the weavers’ guild, which gave him a seat on the city’s Grand Council.
Augsburg, like other free and imperial cities, was not subject to the authority of any prince, but only to that of the emperor himself. The city was represented at the Imperial Diet, controlled its own trade and allowed little outside interference.

In Renaissance Germany, few cities matched Augsburg’s energy and effervescence. Markets overflowed with everything from ostrich eggs to saints’ skulls. Ladies brought falcons to church. Hungarian cow-boys drove cattle through the streets. If the emperor came to town, knights jousted in the squares. If a murderer was arrested in the morning, he was hanged in the afternoon for all to see. Beer flowed as freely in the public baths as it did in the taverns. The city not only authorized prostitution, it also maintained brothels
Initially, the Fugger’s commercial profile was very traditional: fabrics made by local weavers were bought and sold at fairs in Frankfurt, Cologne and, over the Alps, Venice. For a weaver like Hans Fugger, this was the “ideal time” to come to Augsburg. An exciting innovation was taking hold throughout Europe: fustian, a new type of fabric perhaps named after the Egyptian town of Fustat, near Cairo, which manufactured this material before its production spread to Italy, southern Germany and France.
Medieval fustian was a sturdy canvas or twill fabric with a cotton weft and a linen, silk or hemp warp, one side of which was lightly woolen. Lighter than wool, it became very much in demand, particularly for a new invention: underwear. While linen and hemp could be grown almost anywhere, in the late Middle Ages, cotton came from the Mediterranean region, from Syria, Egypt, Anatolia and Cyprus, and entered Europe via Venice.
From Jacob the Elder to « Fugger Bros »



In Augsburg, Hans had two children: Jacob, known as “Jacob the Elder” (1398-1469) and Andreas Fugger (1394-1457). The two sons had different and opposing investment strategies. While Andreas went bankrupt, Jacob the Elder cautiously expanded his business.
After Jacob the Elder’s death in 1469, his eldest son Ulrich Fugger (1441-1510), with the help of his younger brother Georg Fugger (1453-1506), took over the management of the company.
Gradually, profits were invested in far more profitable activities: precious stones, goldsmithery, jewelry and religious relics such as martyrs’ bones and fragments of the cross; spices (sugar, salt, pepper, saffron, cinnamon, alum); medicinal plants and herbs and, above all, metals and mines (gold, silver, copper, tin, lead, mercury) which, as collateral enabled the expansion of credit and monetary issuance.
The Fugger forged close personal and professional ties with the aristocracy. They married into some of the most powerful families in Europe – in particular, the Thurzos of Austria. Their activities spread throughout central and northern Europe, Italy and Spain, with branches in Nuremberg, Leipzig, Hamburg, Lübeck, Frankfurt, Mainz and Cologne, Krakow, Danzig, Breslau and Budapest, Venice, Milan, Rome and Naples, Antwerp and Amsterdam, Madrid, Seville and Lisbon.
Jacob Fugger « The Rich »

In 1473, another brother, the youngest of the three, Jacob Fugger (later known as “the Rich”) (1459-1525), aged 14 and originally destined for an ecclesiastical career, was sent to Venice, then “the world’s most trading city”. There, he was trained in commerce and book accounting. Jacob returned to Augsburg in 1486 with such admiration for Venice that he liked to be called “Jacobo” and never let go of his Venetian gold beret. Later, with a certain sense of irony, he called the accounting techniques he learned in Venice “The art of enrichment”. The humanist Erasmus of Rotterdam seems to have wanted to respond to him in his colloquium “The friend of lies and the friend of truth”.

The Banker and his wife
In 1515, Erasmus’ friend in Antwerp, the Flemish painter Quinten Matsys, painted a panel entitled “The Banker and his Wife”, a veritable cultural response from the humanists to the Fuggers. While the banker, who has hung his rosary on the wall behind him, checks whether the metal weight of the coins corresponds to their face value, his wife, turning the pages of a religious book of hours, casts a sad glance at the greedy obsessions of her visibly unhappy husband. The inscription on the frame has disappeared. It read: “Stature justa et aequa sint podere “ (” Let the scales be just and the weights equal”, a phrase taken from the Bible, Leviticus, XIX, 35).
The painter calls out to lawless finance, seeming to say to them: “Which will get you into heaven: the weight of your gold or the weight of your golden deeds, reflection of your love for God?”
The importance of information
In Venice, Jacob assimilated Venetian (Roman Empire) methods to succeed:
- organize a private intelligence service;
- impose a monopoly on strategic goods and products;
- alternate between intelligent corruption and blackmail;
- push the world to the brink of bankruptcy to make bankers such as Fugger indispensable.
Jacob Fugger recognized the importance of information. To be successful, he has to know what’s going on in the seaports and trading centers. Eager to gain every possible business advantage, Fugger set up a private mail courier designed to transmit news — such as “deaths and results of battles” — exclusively to him, so that he would have it before anyone else, especially before the emperor.


Jacob Fugger financed any project, person or operation that meets his long-term objectives. But always under strict conditions set by him, and always to impose himself on others. The prevailing principle was do ut des, in other words, “I give, I can receive”. In exchange for every loan, collateral such as metal production, mining concessions, state financial inflows, commercial and social privileges, tax and customs exemptions, and high positions in key institutions, were demanded. And with the increase in the sums advanced, the increase in the quid pro quos demanded by Fugger.
If “modern” capitalism is the dictatorship of private monopolies at the expense of free competition, it’s safe to say that he truly is its founder.
The most important thing he learned in Venice? To always be prepared to sacrifice short-term financial gains, and even to offer financial profits to his victims, in order to demonstrate his solvency and ensure his long-term political control. In the absence of national or public banks, popes, princes, dukes and emperors depended heavily, if not entirely, on an oligopoly of private bankers. When an Austrian emperor, whose banker he was, wanted to impose a universal tax, Fugger sank the project because it reduced his dependence on bankers!
A Venetian ambassador, discovering that Jacob had learned his trade in Venice, confessed:
“If Augsburg is the daughter of Venice, then the daughter has surpassed her mother”.

Antwerp and Venice
The three Fugger brothers were aware of the key role played by Venice and Antwerp in the copper trade, with Augsburg, along with Nuremberg, right in the middle of the trade corridor connecting them.
Antwerp
1503 marked the beginning of the Portuguese activities of the House of Fugger in Antwerp, and in 1508 the Portuguese made Antwerp the base of their colonial trade.

In 1515, Antwerp established Europe’s first stock exchange, a model for London (1571) and Amsterdam (1611). Copper, pepper and debts were traded. The purchase of a cargo of pepper was settled ¾ in gold, ¼ in copper. First Venice, then Portugal and Spain, depended on Fugger for silver and copper.
Venice
The firm exported copper and silver from Tyrol to Venice, and imported luxury goods, fine textiles, cotton and, above all, Indian and Oriental spices from Venice. After much effort, on November 30, 1489, the Venetian Council of State confirmed the Fugger’s permanent possession of their room in the “Fondaco dei Tedeschi”, the German merchants’ warehouse on the Grand Canal, on whose upkeep and decoration they spent considerable sums.

At the beginning of the XVIth century, Nuremberg merchants shared with Augsburg merchants the monopoly of what was the most important German trading post. During the meals taken in common, required by the rules, they officially presided over the table with their colleagues from Cologne, Basel, Strasbourg, Frankfurt and Lübeck.
Well-known merchant families traded in the Fondaco dei Tedeschi, including the Imhoff, Koler, Kref, Mendel and Paumgartner families from Nuremberg, and the Fugger and Höchstetter families from Augsburg. Merchants mainly imported spices from Venice: saffron, pepper, ginger, nutmeg, cloves, cinnamon and sugar.

The Nuremberg stock exchange served as a commercial link between Italy and other European economic centers. Foods known and appreciated in the Mediterranean region, such as olive oil, almonds, figs, lemons and oranges, jams and wines like Malvasia and Chierchel found their way from the Adriatic Sea to Nuremberg.
Other valuable products included corals, pearls, precious stones, Murano glassware and textiles such as silk fabrics, cotton and damask sheets, velvet, brocade, gold thread, camelot and bocassin. Paper and books completed the list.
In the years that followed, “Ulrich Fugger & Brothers” dealt in Venetian bills of exchange with the Frankfurt company Blum, and sources frequently mention the company’s branch on the Rialto as an outlet for copper and silver, a center for the purchase of luxury goods and a clearing station for transfers to the Roman curia.
The World changes

In 1498, six years after Christopher Columbus’s voyage to America, Vasco da Gama (1460-1524) was the first European to find the route to India, bypassing Africa. This enabled him to set up Calicut, the first Portuguese trading post in India. The opening of this sea route to the East Indies by the Portuguese deprived the Mediterranean trade routes, and thus South Germany, of much of their importance. Geographically, Spain, Portugal and the Netherlands gained the upper hand.

Jacob Fugger, always in the know before anyone else, decided to adapt to the new realities and relocated his colonial business from Venice to Lisbon and Antwerp. He took advantage of the opportunity to open up new markets such as England, without abandoning markets such as Italy. He took part in the spice trade and opened a factory in Lisbon in 1503. He was authorized to ship pepper, other spices and luxury goods such as pearls and precious stones via Lisbon.
Along with other German and Italian trading houses, Fugger contributed to a fleet of 22 Portuguese ships led by the Portuguese Francisco de Almeida (1450-1510), which sailed to India in 1505 and returned in 1506. Although a third of the imported goods had to be sold to the King of Portugal, the operation remained profitable. Impressed by the financial returns, the King of Portugal made the spice trade a royal monopoly, excluding all foreign participation, in order to reap the full benefits. However, the Portuguese still depended heavily on the copper supplied by Fugger, a key product for trade with India.
Fugger, tricks and tactics
Let’s summarize the “genius” and some of the tricks that enabled Jacob Fugger to become “the rich” at the expense of the rest of humanity.
1. Bail me out, baby
In 1494, the Fugger brothers founded a trading company with a capital of 54,385 florins, a sum that doubled two years later when, in 1496, Jacob persuaded Cardinal Melchior von Meckau (1440-1509), Prince-Bishop of Brixen (today’s Bressanone in the Italian Tyrol), to join the company as a “silent partner” in the expansion of mining activities in Upper Hungary. In total secrecy, and without the knowledge of his ecclesiastical chapter, the prince-Bishop invested 150,000 florins in the Fugger company in exchange for a 5% annual dividend. While such “discreet transactions” were quite common among the Medici, profiting from interest rates remained a sin for the church. When the prince-bishop died in Rome in 1509, this investment scheme was discovered. The pope, the bishopric of Brixen and the Meckau family, all claiming the inheritance, demanded immediate repayment of the sum, which would have led to Jacob Fugger’s insolvency. It was this situation that prompted Emperor Maximilian I to intervene and help his banker. Fugger came up with the formula.
Provided he helped Pope Julius II in a small war against the Republic of Venice, only the Hapsburg monarch was recognized as Cardinal Melchior von Meckau’s legitimate heir. The inheritance could now be settled by paying off outstanding debts. Fugger was also required to deliver jewels as compensation to the Pope. In exchange for his support, however, Maximilian I demanded continued financial backing for his ongoing military and political campaigns. A way of telling the Fugger: “I’m saving you today, but I’m counting on you to save me tomorrow…”.
2. Buy me a pope and the Vatican, baby

In 1503, Jacob Fugger contributed 4,000 ducats (5,600 florins) to the papal campaign of Julius II and greased the cardinals’ palms to get this “warrior pope” elected. To protect himself and the Vatican, Julius II requested 200 Swiss mercenaries. In September 1505, the first contingent of Swiss Guards set out for Rome. On foot and in the harshness of winter, they marched south, crossed the St. Gotthard Pass and received their pay from the banker… Jacob Fugger.
Julius showed his gratitude by awarding Fugger the contract to mint the papal currency. Between 1508 and 1524, the Fugger leased the Roman mint, the Zecca, manufacturing 66 types of coins for four different popes.
3. Business first, baby
In 1509, Venice was attacked by the armies of the League of Cambrai, an alliance of powerful European forces determined to break Venice’s monopoly over European trade. The conflict disrupted the Fuggers’ land and sea trade. The loans granted by the Fugger to Maximilian (a member of the League of Cambrai) were guaranteed by the copper from the Tyrol exported via Venice… The Fugger’s sided with Venice without falling out with a happy Maximilian.
4. Buy me a hitman, baby
Fugger had rivals who hated him. Among them, the Gossembrot brothers. Sigmund Gossembrot was the mayor of Augsburg. His brother and business partner, George, was Maximilian’s treasury secretary. They wanted mining revenues to be invested in the real economy, and advised the emperor to break with the Fugger. Both brothers died in 1502 after eating black pudding. The great Fugger historian Gotried von Pölnitz, who has spent more time in the archives than anyone else, wonders whether the Fugger ordered the assassination. Let’s just say that absence of proof is not proof of absence.
5. Your mine is mine, baby

The time between 1480 and 1560 was the “century of the metallurgical process.” Gold, silver and copper could now be separated economically. Demand for the necessary mercury for the separation process grew rapidly. Jacob, aware of the potential financial gains it offered, went from textile trade to spice trade and then into mining.

Therefore, he headed to Innsbruck, currently Austria. But the mines were owned by Sigismund Archduke of Austria (1427-1496), a member of the Habsburg family and cousin of the emperor Frederick.
The good news for Jacob Fugger is that Sigismund was a big spender. Not for his subjects, but for his own amusement. One lavish party sees a dwarf emerge from a cake to wrestle a giant.
As a result, Sigismund was constantly in debt. When he ran out of money, Sigismund sold the production from his silver mine at knock-down prices to a group of bankers. To the Genoese banking family Antonio de Cavallis, for example. To get into the game, Fugger lends the Archduke 3,000 florins and receives 1,000 pounds of silver metal at 8 florins per pound, which he later sells for 12. A paltry sum compared with those lent by others, but a key move that opened his relations with Sigismund and above all with the nascent Habsburg dynasty.
In 1487, after a military skirmish with the more powerful Venice for control of the Tyrolean silver mines, Sigismund’s financial irresponsibility made him persona non grata with the big bankers. In despair, he turned to Fugger. Fugger mobilized the family fortune to raise the money the archduke demanded. An ideal situation for the banker. Of course, the loan was secured and subject to strict conditions. Sigismund was forbidden to repay it with silver metal from his mines, and had to cede control of his treasury to Fugger. If Sigmund repays him, Fugger walks away with a fortune. But, given Sigmund’s track record, the chance of him repaying is nil. Ignoring the terms of the loan, most of the other bankers are convinced that Fugger will go bankrupt. And indeed, Sigismund defaulted, just as Fugger… had predicted. However, as stipulated in the contract, Fugger seized “the mother of all silver mines”, the one in the Tyrol. By advancing a little cash, he gets his hands on a giant silver mine.
6. Buy my « Fugger Bonds », baby

The way Fugger banking worked was that Fugger lent to the emperor (or another customer) and re-financed the loan on the market (at lower interest rates) by selling so-called “Fugger bonds” to other investors. The Fugger bonds were much sought after investments as the Fugger were regarded as “safe debtors”. Thus, the Fugger used their own superior credit standing in the market to secure financing for their customers whose credit rating was not as well regarded. The idea was – provided the emperor and the other customers honored their commitments – they would make a profit from the difference in interest between the loans the Fugger extended and the interest payable on the Fugger bonds.
7. Buy me an Emperor, baby

Sigismund was soon eclipsed by emperor Frederick IIIrd’s son, Maximilian of Austria (1459-1519), who had arranged to take power if Sigismund did not pay back money he owed him. (Fugger could have lent Sigismund the money to keep him in power but decided he’d prefer Maximilian in the position.)
Maximilian was elected “King of the Romans” in 1486 and ruled as the Holy Roman Emperor from 1508 till his death in 1519. Jacob Fugger supported Maximilian I of Habsburg in his accession to the throne by paying 800,000 florins. Laying the foundation for the family’s widely distributed landholdings, this time Fugger, as collateral, didn’t want silver, but land. So he acquired the countships of Kirchberg and Weissenhorn from Maximilian I in 1507 and in 1514, the emperor made him a count.
Unsurprisingly, Maximilian’s military conquests coincided with Jacob’s plans for mining expansion. Fugger purchased valuable land with the profits from the silver mines he had obtained from Sigismund, and then financed Maximilian’s army to retake Vienna in 1490. The emperor also seized Hungary, a region rich in copper.

A “copper belt” stretched along the Carpathian Mountains through Slovakia, Hungary and Romania. Fugger modernizes the country’s mines by introducing hydraulic power and tunnels. Jacob’s aim was to establish a monopoly on this strategic raw material, copper ore. Along with tin, copper is used in the manufacture of bronze, a strategic metal for weapons production. Fugger opened foundries in Hohenkirchen and Fuggerau (the family’s namesake in Carinthia, today in Austria), where he produced cannons directly.
8. Sell me indulgences, baby

In 1514, the position of Archbishop of Mainz became available. As we have seen, this was the most powerful position in Germany, with the exception of that of the emperor. Such positions require remuneration. Albrecht of Brandenburg (1490-1545), whose family, the Hohenzollerns, ruled a large part of the country, wanted the post. Albrecht was already a powerful man: he held several other ecclesiastical offices. But even he couldn’t afford to pay such high fees. So, he borrowed the necessary sum from the Fugger, in return for interest, which the convention of the time described as a fee for “trouble, danger and expense”.
Pope Leo X, having squandered the papal treasury on his coronation and organized parties where prostitutes looked after the cardinals, asked for 34,000 florins to grant Albrecht the title – roughly equivalent to $4.8 million today – and Fugger deposited the money directly into the pope’s personal account.
All that remained was to pay back the Fugger. Albrecht had a plan. He obtained from Pope Leo X the right to administer the recently announced “jubilee indulgences”. Indulgences were contracts sold by the Church to forgive sins, allowing believers to buy their way out of purgatory and into heaven.
But to fleece the sheep, as with any good scam, a “cover” or “narrative” was required. The motive, concocted by Julius II, was credible, claiming that St. Peter’s Basilica needed urgent and costly renovation.

In charge of the sale was a “peddler of indulgences”, the Dominican Johann Tetzel, who “carried Bibles, crosses and a large wooden box with […] an image of Satan on top”, and told the faithful that his indulgences “canceled all sins”. He even proposed a “progressive scale”, with the wealthy believers paying 25 florins and ordinary workers just one. Tetzel is quoted as saying: “When the money rattles in the box, the soul jumps out of purgatory”.
On the ground, in every church, Fugger clerks worked on site to collect the money, half of which went to the Pope and half to Fugger. At the same time, Fugger obtained a monopoly on the transfer of the funds obtained from the sale of indulgences between Germany and Rome.
If the archbishop was at the mercy of the Fugger, so too was Pope Leo X, who, to repay his debt, collected money through “simonies”, i.e. selling high ecclesiastical offices to princes. Between 1495 and 1520, 88 of the 110 bishoprics in Germany, Hungary, Poland and Scandinavia were appointed by Rome in exchange for money transfers centralized by Fugger. In this way, Fugger became “God’s banker, Rome’s chief financier”.
9. Buy me Martin Luther, baby
Since the IIIrd century, the Catholic Church asserted that God can be indulgent, granting total or partial remission of the penalty incurred following forgiveness of a sin. However, the indulgence obtained in return for an act of piety (pilgrimage, prayer, mortification, donation), notably in order to shorten a deceased person’s passage through purgatory, over time, turned into a lucrative business, used by Urban II to recruit enthusiastic faithful to the First Crusade.
In the XVIth century, it was this trade in indulgences that led to serious unrest and turmoil within the Church. Described as superstition by Erasmus in his “In Praise of Folly”, the denunciation of the indulgence trade was the very subject of Luther’s ninety-five arguments, the manifesto he nailed on the door of the Castle Church of Wittenberg and would lead the Church to division and to the Protestant Reformation. Refusing to travel to Rome to answer charges of heresy and of challenging the Pope’s authority, Luther agreed to present himself in Augsburg in 1518 to the papal legate, Cardinal Cajetan. The latter urged Luther to retract or reconsider his statements (“revoca!”).

Although Luther had denounced Fugger by name for his central role in the indulgence swindle, he agreed to be interrogated in the central office of the bank that organized the crime he denounced!
Luther seems to have been aware that, verbal accusations aside, the Fuggers would protect and promote him rather than face a much more reasonable call for reform from Erasmus and his followers. While he could have been arrested and burned at the stake as some demanded, Luther showed up, refused to backtrack on his statements and left unscathed.
10. Buy them poverty, baby
In the XVIth century, prices increased consistently throughout Western Europe, and by the end of the century prices reached levels three to four times higher than at the beginning. Recently historians have grown dissatisfied with monetary explanations of the sixteenth-century price rise. They have realized that prices in many countries began to rise before much New World gold and silver entered Spain, let alone left it, and that probable treasure-flows bear little relation to price movements, including in Spain itself.
In reality, in the late fifteenth and early sixteenth century European populations began to expand again, recovering from that long era of contraction initiated by the Black Death of 1348. Growing populations produced rising demands for food, drink, cheap clothing, shelter, firewood, etc., all ultimately products of the land. Farmers found it difficult to increase their output of these things: food prices, land values, industrial costs, all rose. Such pressures are now seen as an important underlying cause of this inflation, though few would deny that it was stimulated at times by governments manipulating the currency, borrowing heavily, and fighting wars.
The “Age of the Fuggers” was an age where money was invested in more money and financial speculation. The real economy was looted by taxes and wars.
The dynamic created by the collapse of the living standards, taxes and price inflation for most of the people and the public exposure of corruption of both the Church and the aristocracy, set the scene for riots in many cities, the German “Peasant war,” an insurrection of weavers, craftsmen and even miners, ending with the “Revolt of the Netherlands” and centuries of bloody “religious” wars that only terminated with the “funeral” of the Empire by the Peace of Westphalia in 1648.
11. Buy them social housing, baby

Jacob Fugger’s initiative, in 1516, to start building the Fuggerei, a social housing project for a hundred working families in Augsburg, rather unique for the day, came as “too little and too late,” when the firm’s image became under increasing attacks. The Fuggerei survived as a monument to honor the Fugger. The rent remained unchanged, it still is one Rhenish gulden per year (equivalent to 0.88 euros), three daily prayers for the current owners of the Fuggerei, and the obligation to work a part-time job in the community. The conditions to live there, akin to the Harz4 measures, remain the same as they were 500 years ago: one must have lived at least two years in Augsburg, be of the Catholic faith and have become indigent without debt. The five gates are still locked every day at 10 PM.
12. Buy me rates worth an interest, baby

“You shall not charge interest.” In 1215 Pope Innocent III explicitly confirmed the prohibition on interest and usury decreed in the Bible. The line from Luke 6:35, “Lend and expect nothing in return,” was taken by the Church to mean an outright ban on usury, defined as the demand for any interest at all. Even savings accounts were considered sinful. Not Jacob Fugger’s ideal scenario. To change this, Fugger hired a renowned theologian Johannes Eck (1494-1554) of Ingolstadt to argue his case. Fugger conducted a full-on public relations campaign, including setting up debates on the issue, and wrote an impassioned letter to Pope Leo.
As a result, Leo issued a decree proclaiming that charging interest was usury only if the loan was made “without labor, cost or risk” — which of course no loan ever really is. More than a millennium after Aristotle, Pope Leo X found that risk and labor involved with safeguarding capital made money lending “a living thing.” As long as a loan involved labor, cost, or risk, it was in the clear. This opened a flood of church-legal lending: Fugger’s lobbying paid off with a fortune. Fugger persuaded the Church to permit an interest of 5% – and he was reasonably successful: charging interest was not allowed, but it wasn’t punished either.
Thanks to Leon X, Fugger was now able to attract cash by offering depositors a 5% return. As for loans, according to the Tyrolean Council’s report, while other bankers were lending Maximilian at a rate of 10%, the rate charged by Fugger, justified by “the risk”, was over 50%! Charles V, in the 1520s, had to borrow at 18%, and even at 49% between 1553 and 1556. Meanwhile, Fugger’s equity, which in 1511 amounted to 196,791 florins, rose in 1527, two years after Jacob’s death, to 2,021,202 florins, for a total profit of 1,824,411 florins, or 927% increase, which represents, on average, an annual increase of 54.5%.

All this is presented today, not as usury, but as a “great advance” anticipating modern wealth and asset management practices…
Fugger “broke the back of the Hanseatic Ligue” and “roused commerce from its medieval slumber by persuading the pope to lift the ban on moneylending. He helped save free enterprise from an early grave by financing the army that won the German Peasants War, the first great clash between capitalism and communism,” writes Greg Steinmetz, historian and former Wall Street Journal correspondent.

Why Venice created the ghetto for Jewish bankers
Of course, for a long time, the Venetians ignored these rules as they preferred making money to pleasing God, entombed in the motto, we are “First Venetians, then Christians.”
In 1382, Jews were allowed to enter Venice. In 1385 the first “Condotta” was granted, an agreement between the Republic of Venice and Jewish bankers, which gave them permission to settle in Venice to lend money at interest. The 10-year agreement detailed the rules that these bankers had to follow. Among others, it established the high annual tax to be paid, the number of banks that could open and the interest rates they could charge.
In 1385, Venice signed another agreement with Jewish bankers who lived in Mestre, located on dry land opposite the islands of Venice, so that they could grant loans at favorable rates to the poorest sections of the city. With this agreement, Serenissima managed to alleviate the poverty of the population and, at the same time, if people got angry against the Doge, could direct the hostility of the masses against Jewish moneylenders.
The Condotta of 1385, was not renewed in 1394 under the pretext that the Jews were not following the rules imposed on their activities. Jewish bankers received permission to stay for a period of 15 days a month and those who lived in Mestre used this concession to work in Venice. But to be recognized as Jews, they were already obliged to wear a yellow circle on their clothing…
To make a long story short, Venice resolved the “dilemma” by opting for mass segregation. On March 20, 1516, one of the members of the Council, after violently attacking the Jews verbally, asked that they be confined in the “Ghetto” a Venetian dialect word, used at the time to refer to the foundries in the area. The Doge and Council approved the solution. If they wanted to continue to live in Venice, Jews would have to live together in a certain area, separated from the rest of the population. On March 29, a decree created the Venice Ghetto.
You can read here the full story of the Venice ghetto
13. Buy me an Austro-Hungarian empire, baby
When Turkey invaded Hungary in 1514, Fugger was gravely concerned about the value of his Hungarian copper mines, his most profitable properties. After diplomatic efforts failed, Fugger gave Maximilian an ultimatum — either strike a deal with Hungary or forget about more loans. The threat worked. Maximilian negotiated a marriage alliance that left Hungary in Hapsburg hands, leading to “redrawing the map of Europe by creating the giant political tinderbox known as the Austro-Hungarian Empire. Fugger needed a Hapsburg seizure of Hungary to protect his holdings.
14. Buy me a second emperor, baby

When Maximilian I, Holy Roman Emperor, died in 1519, he owed Jacob Fugger around 350,000 guilders. To avoid a default on this investment, Fugger organized a banker’s rally to gather all the bribery money allowing Maximilian’s grandson, Charles V, buying the throne.
If another candidate had been elected emperor, like King Francis I of France who suddenly tried to enter the scene, and would certainly have been reluctant to pay Maximilian’s debts to Fugger, the latter would have sunk into bankruptcy.
This situation reminds the modus operandi of JP Morgan, after the 1897 US banking crash and the banking panic of 1907. The “Napoleon of Wall Street,” afraid of a revival of a real national bank in the tradition of Alexander Hamilton, first gathered all the funds required to bail out his failing competitors, and then set up the Federal Reserve system in 1913, a private syndicate of bankers in charge of preventing the government of interfering in their lucrative business
Hence, Jacob Fugger, in direct liaison with Margaret of Austria, who bought into the scheme because of her worries about peace in Europe, in a totally centralized way, gathered the money for each elector, using the occasion to bolster dramatically his monopolistic positions, especially over his competitors such as the Welsers and the rising port of Antwerp.
According to the French historian Jules Michelet (1798-1874), Jacob Fugger energetically imposed three preconditions:
- “The Garibaldi of Genoa, the Welsers of Germany and other bankers, could only partake in this scheme by making down-payments to Fugger and could only lend money [to Charles] through his intermediary;
- “Fugger obtained promissory notes from the cities of Antwerp and Mechelen as collateral, paid for out of Zeeland tolls;
- “Fugger got the city of Augsburg to forbid lending to the French. He requested Marguerite of Austria (the regent) to forbid the people of Antwerp from exchanging money in Germany for anyone.” (handing over de facto that lucrative business to the Augsburg bankers only…)

Now, as said before, people mistakenly think that Jacob “the Rich”, was “very rich.” Of course he was: today, he is considered to be one of the wealthiest people ever to have lived, with a GDP-adjusted net worth of over $400 billion, and approximately 2% of the entire GDP of Europe at the time, more than twice the fortune of Bill Gates.
If this was true or not and how wealthy he really was we will never know. But if you look at the capital declared by the Fugger brothers to the Augsburg tax authorities, it dwarfs by far the giant amounts being lent.
According to Fugger historian Mark Häberlein, Jacob anticipated modern day tax avoidance tricks by striking a deal with the Augsburg tax authorities in 1516. In exchange for an annual lump sum, the family’s true wealth… would not be disclosed. One of the reasons of course is that, just as BlackRock today, Fugger was a “wealth manager”, promising a return on investment of 5 percent while pocketing 14.5 percent himself… Cardinals and other fortunes would secretly invest in Fugger for his juicy returns.
Hence, it is safe to say that Fugger was very rich… of debts. And just as the IMF and a handful of mammoth banks today, by bailing out their clients with fictitious money, the Fuggers were doing nothing else than bailing out themselves and increasing their capacity to keep doing so. No structural reform on the table, only a liquidity crisis? Sounds familiar!
Charles’ unanimous selection by the Electors required exorbitant bribes, to the tune of 851,585 guilders, to smooth the way. Jacob Fugger put in 543,385 guilders, around two thirds of the sum. For the first time, the only collateral was Charles himself, ruling over most of the world and America.
It would take an entire book or a documentary to detail the amazing scope of bribes deployed for Charles’ imperial election, a well-documented event.
Just some excerpts from a detailed account:

“Cardinal Albert of Brandenburg, Elector of Mainz, received 4,200 gold florins for his attendance at the Diet of Augsburg. In addition, Maximilian undertook to pay him 30,000 florins, as soon as the other electors had also committed themselves to give their votes to the Catholic King (Charles V). This was a bonus granted to the cardinal of Mainz for being the first to pledge his vote; to this gift was to be added a gold credence and a tapestry from the Netherlands. The greedy elector would also receive a life pension of 10,000 Rhine florins, payable annually in Leipzig at the Fugger bankers’ counter, and guaranteed by [the cash flow of taxes raised on maritime trade by] the cities of Antwerp and Mechelen. Finally, the Catholic King (Charles V) had to protect him to against the resentment of the King of France and against any other aggressor, while insisting that Rome grant him the title and prerogatives of ‘legate a latere’ in Germany, with the appointment benefits.”

“Hermann de Wied, archbishop-elector of Cologne, had received 20,000 florins in cash for himself and 9,000 florins to be shared between his principal officers. He was also promised a life pension of 6,000 florins, a life pension of 600 florins for his brother, a perpetual pension of 500 florins for his other brother, Count Jean, and brother, Count Jean, as well as other pensions amounting to 700 florins, to be among his principal officers.”

“For his part, Joachim I Nestor, Elector and Margrave of Brandenburg (another Hohenzollern and brother of Albert of Brandenburg), demanded substantial compensation for the advantages he was losing by abandoning the French king. The latter had promised him a princess of royal blood for his son and a large sum of money. Joachim was therefore keen to replace Renée de France with Princess Catherine, Charles’s sister, and demanded 8,000 florins for himself and 600 for his advisors. And that wasn’t all. He was to be paid in cash on the day of the election: 70,000 florins to deduct from Princess Catherine’s dowry; 50,000 florins for the election; 1,000 florins for his chancellor and 500 florins for his advisor, Dean Thomas Krul.”
15. Buy me zero regulation, baby
In 1523, under pressure from public opinion growing angry against the merchant houses of Augsburg, foremost of them the Fugger, the fiscal arm of the imperial Council of Regency brought an indictment against them. Some even brought up the idea of restricting trading capital of individual firms to 50,000 florins and limiting the number or their branches to three.
Acutely aware that such regulations would ruin him, Jacob Fugger, in panic, on April 24, 1523, wrote a short message to the Emperor Charles V, remembering his Majesty of his dependence on the good health of the Fugger bank accounts:
“It is furthermore no secret that Your Imperial Majesty would not have obtained the crown of Rome without my help, as I can prove from letters written in their own hand by all Your Majesty’s commissioners (…) Your Majesty still owes me 152,000 ducats, etc.”
Charles Vth realized that the debt was not the issue of the message and immediately wrote to his brother Ferdinand, asking him to take measures to prevent the anti-monopoly trial. The imperial fiscal authorities were ordered to drop the proceedings. For Fugger and the other great merchants, the storm had passed.
16. Buy me Spain, baby

Of course, Charles V didn’t had a dime to pay back the giant Fugger loan that got him elected! Little by little, Fugger obtained his rights to continue mining metals – silver and copper – in the Tyrol, validated. But he got more, first in Spain itself and, quite logically, in the territories newly conquered by Spain in America.
17. Buy me America, baby
Firstly, to raise funds, Charles leased the income of the main territories of the three great Spanish orders of chivalry, known as Maestrazgos, for which the Fugger paid 135,000 ducats a year but got much more than what he spent for the lease.
Between 1528 and 1537, the Maestrazgos were administered by the Welsers of Augsburg and a group of merchants led by the Spanish head of the postal service Maffeo de Taxis and the Genoese banker Giovanni Battista Grimaldi. But after 1537, the Fugger took over again. The lease contract was very attractive for two reasons: first it allowed the leaseholders to export grain surpluses from these estates and second, it included the mercury mines of Alamadén, a crucial element both for the production of mirror glass, the processing of gold and medical applications.
Now, as the Fugger depended on gold and silver shipments from America to recover their loans to the Spanish crown, it appeared logical for them to set their eyes on the New World, as well.
18. Buy me Venezuela, baby


Let us now enter the Welsers whose history can be traced back to the XIIIth century, when its members held official positions in the city of Augsburg. Later, the family became widely known as prominent merchants. During the XVth century, when the brothers Bartholomew and Lucas Welser carried on an extensive trade with the Levant and elsewhere, they had branches in the principal trading centers of southern Germany and Italy, and also in Antwerp, London, and Lisbon. In the XVth and XVIth centuries, branches of the family settled at Nuremberg and in Austria.
As a reward for their financial contributions to his election in 1519, second in importance to Fugger but quite massive, King Charles V, unable to reimburse, provided the Welsers with privileges within the African slave trade and conquests of the Americas.
The Welser Family was offered the opportunity to participate in the conquest of the Americas in the early to mid-1500s. As fixed in the Contract of Madrid (1528), also known as the “Welser Contracts”, the merchants were guaranteed the privilege to carry out so-called “entradas” (expeditions) to conquer and exploit large parts of the territories that now belong to Venezuela and Colombia. The Welsers nourished fantasies about fabulous riches fueled by the discovery of golden treasures and are said to have created the myth of “El Dorado” (the city of gold).

The Welsers started their operations by opening an office on the Portuguese island of Madeira and acquiring a sugar plantation on the Canary Islands. Then they expanded to San Domingo, today’s Haiti. The Welser’s hold of the slave trade in the Caribbean began in 1523, five years before the Contract of Madrid, as they had begun their own sugar production on the Island.
Included in the Contract of Madrid, the right to exploit a huge part of the territory of today’s Venezuela (Klein Venedig, Little Venice), a country they themselves called “Welserland”. They also obtained the right to ship 4,000 African slaves to work in the sugar plantations. While Spain would grant capital, horses and arms to Spanish conquistadors, the Welser would only lend them the money that allowed them to buy, exclusively from them, the means of running their operations.

Poor German miners went to Venezuela and got rapidly into huge debt, a situation which exacerbated their rapacity and worsened the way they treated the slaves. From 1528 to 1556, seven expeditions led to the plunder and destruction of local civilizations. Things became so ugly that in 1546, Spain revoked the contract, also because they knew the Welsers also served Lutheran clients in Germany.
Bartholomeus Welser’s son, Bartholomeus VI Welser, together with Philipp von Hutten were arrested and beheaded in El Tocuyo by local Spanish Governor Juan de Carvajal in 1546. Some years later, the abdication of Charles V in 1556 meant the definitive end of the Welser’s attempt to re-assert their concession by legal means.
19. Buy me Peru and Chile, baby
Unlike the Welser family, Jacob Fugger’s participation in overseas trade was cautious and conservative, and the only other operation of this kind he invested in, was a failed 1525 trade expedition to the Maluku Islands led by the Spaniard Garcia de Loaisa (1490-1526).
For Spain, the idea was to gain access to Indonesia via America, escaping Portuguese control over the spice road. Jacob the Rich died in December of that year and his nephew Anton Fugger (1493-1560) took over the strategic management of the firm.
And the did go on. The Fugger’s relations with the Spanish Crown reached a climax in 1530 with the loan of 1.5 million ducats from the Fugger for the election of Ferdinand as “Roman King”. It was in this context that the Fugger agent Veit Hörl obtained as collateral from Spain the right to conquer and colonize the western coastal region of South America, from Chincha to the Straits of Magellan. This region included present-day southern Peru and all of Chile. Things however got foggy and for unknown reasons, Charles V, who in principle agreed with the deal failed to ratify the agreement. Considering that the Welser’s Venezuela project degenerated into a mere slave-raiding and booty enterprise and ended in substantial losses, Anton Fugger, who thought financial returns were too low, abandoned the undertaking.
20. By me a couple of slaves, baby

Copper from the Fugger mines was used for cannons on ships but also ended up in the production of horse-shoe shaped “manillas”. Manillas, derived from the Latin for hand or bracelet, were a means of exchange used by Britain, Portugal, Spain, the Netherlands, France and Denmark to trade with west Africa in gold and ivory, as well as enslaved people. The metals preferred were originally copper, then brass at about the end of the XVth century and finally bronze in about 1630.
In 1505, in Nigeria, a slave could be bought for 8–10 manillas, and an elephant’s ivory tooth for one copper manila. Impressive figures are available: between 1504 and 1507, Portuguese traders imported 287,813 manillas from Portugal into Guinea, Africa, via the trading station of São Jorge da Mina. The Portuguese trade increased over the following decades, with 150,000 manillas a year being exported to the like of their trading fort at Elmina, on the Gold Coast. An order for 1.4 million manillas was placed, in 1548, with a German merchant of the Fugger family, to support the trade.
In clear: without the copper of the Fugger’s, the slave-trade would not never have become what it became.

In 2023, a group of scientists discovered that some of the Benin bronzes, now reclaimed by African nations, were made with metal mined thousands of miles away… in the German Rhineland. The Edo people in the Kingdom of Benin, created their extraordinary sculptures with melted down brass manilla bracelets, Fugger’s grim currency of the transatlantic slave trade between the XVIth and XIXth centuries…
Endgame

Anton Fugger tried to maintain the position of a house that, however, continued to weaken. Sovereigns were not as solvent as had been hoped. Charles V had serious financial worries and the looming bankruptcy was one of the causes he stepped down leaving the rule of the empire to his son, King Philip II of Spain. Despite all the gold and silver arriving, the Empire went bankrupt. On three occasions (1557, 1575, 1598), Philip II was unable to pay his debts, as were his successors, Philip III and Philip IV, in 1607, 1627 and 1647.
But the political grip of the Fugger over Spanish finances was so strong, writes Jeannette Graulau, that “when Philip II declared a suspension of payment in 1557, the bankruptcy did not include the accounts of the Fugger family. The Fugger offered Philip II a 50 % reduction in the interest of the loans if the firm was omitted from the bankruptcy. Despite intense lobbying by his powerful secretary, Francisco de Eraso, and Spanish bankers who were rivals of the Fugger, Philip did not include the Fugger in the bankruptcy.”
In 1563, the Fugger’s’ claims on the Spanish Crown amounted to 4.445 million florins, far more than their assets in Antwerp (783,000 florins), Augsburg (164,000 florins), Nuremberg and Vienna (28,600 florins), while their total assets amounted to 5.661 million florins.
But in the end, having tied their fate too closely to that of the Spanish sovereigns, the Fugger banking Empire collapsed with the collapse of the Spanish Hapsburg Empire. The Welser went belly up in 1614.
French professor Pierre Bezbakh, writing in Le Monde in Sept. 2021 noted:
“So when the coffers were empty, the Spanish kingdom issued loans, a practice that was not very original, but which became recurrent and on a large scale. These loans were underwritten by foreign lenders, such as the German Fugger and Genoese bankers, who accumulated but continued to lend, knowing they would lose everything if they stopped doing so, just as today’s big banks continue to lend to over-indebted states. The difference is that lenders were waiting for the promised arrival of American metals, whereas today, lenders are waiting for other countries or central banks to support countries in difficulty.”
Today, a handful of international banks called “Prime Brokers” are allowed to buy and resell on the secondary market French State Bonds, issued at regular dates by the French Treasury Agency to refinance French public debt (€3,150 billion) and most importantly to refinance debt repayments (€41 billion in 2023).
The names of today’s Fugger are: HSBC, BNP Paribas, Crédit Agricole, J.P. Morgan, Société Générale, Citigroup, Deutsche Bank, Barclays, Bank of America Securities and Natixis.
Conclusion
Beyond the story of the Fugger and Welser dynasties who, after colonizing Europeans, extended their colonial crimes to America, there’s something deeper to understand.
Today, it is said that the world financial system is “hopelessly” bankrupt. Technically, that is true, but politically it is successfully kept on the border of total collapse in order to keep the entire world dependent on a stateless financier predator class. A bankrupt system, paradoxically, despairs us, but gives them hope to remain in charge and maintain their privileges. Only bankers can save the world from bankruptcy!
Historically, we, as one humanity, have created “Nation States” duly equipped with government controlled “National Banks,” to protect us from such systemic financial blackmail. National Banks, if correctly operated, can generate productive credit generation for our long-term interest in developing our physical and human economy rather than the financial bubbles of the financial blackmailers. Unfortunately, such a positive system has rarely existed and when it existed it was shot down by the money-traders Roosevelt wanted to chase from the temple of the Republic.
As we have demonstrated, the severe mental dissociation called “monetarism” is the essence of (financial) fascism. Criminal financial and banking syndicates “print” and “create” money. If that money is not “domesticated” and used as an instrument for increasing the creative powers of mankind and nature, everything cannot, but go wrong.
Willing to “convert”, at all cost, including by the destruction of mankind and his creative powers, a nominal “value” that only exists as an agreement among men, into a form of “real” physical wealth, was the very essence of the Nazi war machine.
In order to save the outstanding debts of the UK and France to the US weapon industry owned by JP Morgan and consorts, Germany had to be forced to pay. When it turned out that was impossible, Anglo-French-American banking interests set up the “Bank for International Settlements”.
The BIS, under London’s and Wall Street’s direct supervision, allowed Hitler to obtain the Swiss currency he required to go shopping worldwide for his war machine, a war machine considered potentially useful as long as it was set to march East, towards Moscow. As a collateral for getting cash from the BIS, the German central bank would deposit as collateral tons of gold, stolen from countries it invaded (Austria, Netherlands, Belgium, Luxembourg, Czechoslovakia, Poland, Albania, etc.). The dental gold of the Jews, the communists, the homosexuals and the Gypsies being exterminated in the concentration camps, was deposited on a secret account of the Reichsbank to finance the SS.
The Bank of England’s and Hitler’s finance minister Hjalmar Schacht, who escaped the gallows of the Nuremberg trials thanks to his international protections, was undoubtedly the best pupil ever of Jacob Fugger the Rich, not the father of German or “modern” banking, but the father of financial fascism, inherited from Rome, Venice and Genoa. Never again.
Summary biography
- Steinmetz, Greg, The Richest Man Who Ever Lived, The Life and Times of Jacob Fugger, Simon and Shuster, 2016 ;
- Cohn, Henry J., Did Bribes Induce the German Electors to Choose Charles V as Emperor in 1519?
- Herre, Franz, The Age of the Fuggers, Augsbourg, 1985 ;
- Montenegro, Giovanna, German Conquistadors in Venezuela: The Welsers’ Colony, Racialized Capitalism, and Cultural Memory,
- Ehrenberg, Richard, Capital et finance à l’âge de la Renaissance : A Study of the Fuggers, and Their Connections, 1923,
- Roth, Julia, The First Global Players’ : Les Welser d’Augsbourg dans le commerce de l’esclavage et la culture de la mémoire de la ville, 2023
- Häberlein, Mark, Connected Histories : South German Merchants and Portuguese Expansion in the Sixteenth Century, RiMe, décembre 2021 ;
- Konrad, Sabine, Case Study : Spain Defaults on State Bonds, How the Fugger fared the Financial Crisis of 1557, Université de Francfort, 2021,
- Sanchez, Jean-Noël, Un projet colonial des Fugger (1530-1531) ;
- Lang, Stefan, Problems of a Credit Colony : the Welser in Sixteenth Century Venezuela, juin 2015 ;
- Graulau, Jeannette, Finance, Industry and Globalization in the Early Modern Period : the Example of the Metallic Business of the House of Fugger, 2003 ;
- Gallagher, Paul, How Venice Rigged The First, and Worst, Global Financial Collapse, Fidelio, hiver 1995
- Hale, John, La civilisation de l’Europe à la Renaissance, Perrin, 1993 ;
- Vereycken, Karel, Renaissance Studies, index.
Jacob Fugger « le riche », père du fascisme financier
Par Karel Vereycken, septembre 2024.

Pourquoi une enquête sur les Fuggers?
En 1999, un Bill Clinton niais, devant un parterre de banquiers américains hilares, abroge le fameux Glass-Steagall Act ; cette loi adoptée par Franklin Roosevelt pour sortir le monde de la dépression économique par une séparation stricte entre les banques d’affaires (spéculatives) et les banques « normales » chargées de fournir du crédit à l’économie réel
D’une façon orwellienne, la loi de 1999 scellant cette abrogation s’appelle la loi Gramm-Leach-Bliley « de modernisations des services financiers ». Or, comme vous allez le découvrir dans cet article, cette loi, qui a ouvert toutes grandes les portes à une mondialisation financière prédatrice et criminelle, n’a fait que rétablir des pratiques féodales qu’on avait su repousser à l’aube des temps modernes.
En France, le programme du Conseil national de la Résistance (CNR) appela explicitement à « l’instauration d’une véritable démocratie économique et sociale, impliquant l’éviction des grandes féodalités économiques et financières de la direction de l’économie », une revendication reprise, en partie, au 9e alinéa du préambule de la Constitution de 1946 pour qui, « Tout bien, toute entreprise, dont l’exploitation a ou acquiert les caractères d’un service public national ou d’un monopole de fait, doit devenir la propriété de la collectivité ». Sont créés alors, après SNCF en 1938, Électricité et Gaz de France (1946).
Dans ce sens, la « modernisation » urgentissime de la finance pour laquelle nous nous battons, entend faire renaître non seulement un pôle de banques publiques, mais des banques nationales souveraines sous contrôle des États, chacune au service de son pays mais œuvrant d’un commun accord avec d’autres dans le monde pour investir dans l’équipement de l’homme et de la nature au plus grand bénéfice de tous. Il s’agit, par la création d’un système de crédit productif et de marchés organisés, de sortir de l’enfer d’un système de chantage « monétariste ».
Affirmer aujourd’hui qu’un cartel international de faux-monnayeurs cherche à prendre le contrôle des sociétés démocratiques, à se livrer au pillage colonial, à créer des dissensions fratricides et les conditions d’une nouvelle guerre mondiale, sera immédiatement qualifié de complotisme, de Poutinophilie ou d’anti-sémitisme dissimulé, ou les trois à la fois.
Pourtant, les faits historiques de l’ascension et de la chute des familles allemandes Fugger et Welser (qui, soit dit en passant, n’étaient pas juives mais d’ardents catholiques), démontrent amplement que c’est précisément ce qui s’est passé au début du XVIe siècle, véritable poignard dans le dos de la Renaissance. A nous de « moderniser » la finance pour que plus jamais une telle situation ne se représente !
Corruption et élections
Au « bon » vieux temps de l’Empire romain, tout était tellement plus simple ! Déjà à Athènes, mais à plus grande échelle à Rome, la corruption électorale est une pratique rodée. À la fin de la République romaine, des « lobbies » puissants coordonnent des systèmes de corruption et d’extorsion. On dit même que les emprunts à grande échelle destinés à financer les pots-de-vin ont créé l’instabilité financière qui a conduit à la guerre civile de 49-45 av. JC. Les généraux romains, une fois qu’ils avaient ravagé et pillé une colonie lointaine et transformé en espèces sonnantes et trébuchantes leur butin, achetaient directement les voix des sénateurs, toujours utiles pour élire tel ou tel empereur ou légitimer un tyran après son énième coup d’État. A Rome, les « élections » deviendront une telle farce obscène qu’elles furent éliminées. « Une bénédiction du ciel », se réjouit l’homme d’État Quintus Aurelius Symmachus, heureux que « l’affreux bulletin de vote, la répartition des places au spectacle entre copains, la course vénale, tout cela n’existe plus ! ».
Le « Saint-Empire romain germanique »
Faire revivre un système impérial aussi dégénéré et corrompu n’était donc pas forcément une idée brillante, à part pour les lobbies corrupteurs. Le 25 décembre 800, le pape Léon III a couronné Charlemagne « Empereur romain », faisant revivre le titre en Europe occidentale plus de trois siècles après l’effondrement de l’ancien Empire romain d’Occident en 476.
En 962, Otton Ier est couronné empereur par le pape Jean XII. Il se présente comme le successeur de Charlemagne et inaugure l’existence continue de l’Empire pendant plus de huit siècles…
En théorie, les empereurs étaient considérés comme les « premiers parmi leurs pairs », les monarques catholiques d’Europe. Mais, tout comme le vote du Sénat romain était nécessaire pour « élire » un empereur romain, au Moyen Âge, dans la pratique, un petit groupe de « Princes-électeurs », principalement allemands, s’arroge le privilège d’élire le « Roi des Romains ». Une fois élu à ce titre, ce roi est ensuite couronné « Empereur » par le pape.
Le statut d’Électeur jouit d’un grand prestige et est considéré comme juste inférieur à celui de l’empereur, des rois et des plus grands ducs. Les Électeurs bénéficient de privilèges exclusifs qui ne sont pas partagés avec les autres princes de l’Empire, et ils continuent à porter leur titre d’origine en même temps que celui d’Électeur.
En 1356, la « Bulle d’or », un décret portant un sceau d’or émis par la Diète impériale de Nuremberg et de Metz dirigée par l’empereur de l’époque, Charles IV, fixe les règles et les protocoles du système de pouvoir impérial. Tout en limitant quelque peu leur pouvoir, la Bulle d’or accorde aux Grands Électeurs le « Privilegium de non appellando » (privilège de non-appel), empêchant leurs sujets de faire appel à une juridiction impériale supérieure et transforme leurs tribunaux territoriaux en juridictions de dernier ressort.
Cependant, imposer partout une telle superstructure n’est pas mince affaire. Avec Jacques Cœur, Yolande d’Aragon et Louis XI, la France s’affirme de plus en plus comme un État-nation souverain et anti-impérial.
C’est ainsi que le Saint-Empire romain, par un décret adopté à la Diète de Cologne en 1512, devient le « Saint Empire romain germanique », nom utilisé pour la première fois dans un document de 1474. L’adoption de ce nouveau nom coïncide avec la perte des territoires impériaux en Italie et en Bourgogne au sud et à l’ouest à la fin du XVe siècle, tout en visant à souligner la nouvelle importance des États impériaux allemands dans la direction de l’Empire. Napoléon est supposé avoir déclaré que le terme « Saint-Empire romain germanique » était trois fois erroné. Car il était trop débauché pour être saint, trop allemand pour être romain et trop faible pour être un empire.
Vu l’objet de cet article, nous ne nous étendrons pas sur ce vaste sujet. Il convient néanmoins de noter que la propagande du parti nazi, dès 1923, désignait le « Saint-Empire romain de la nation germanique » comme le « premier » Reich (Reich signifiant empire), l’Empire allemand comme le « deuxième » Reich et ce qui allait devenir l’Allemagne nazie comme le « troisième » Reich.
Adolphe Hitler, fier de l’héritage des Fugger, voulait faire d’Augsbourg la « cité des marchands allemands » et transformer la grande résidence des Fugger en « musée du commerce ». Pour briser le morale du führer, le bâtiment fut sévèrement bombardé en février 1942.
Les Princes électeurs

Au XVIe siècle, le Saint-Empire romain germanique se compose d’une myriade de quelque 1800 entités semi-indépendantes réparties en Europe centrale et en Italie du Nord. En clin d’œil à l’ancienne tradition germanique d’élection des rois, les empereurs médiévaux de ce patchwork tentaculaire de territoires disparates sont élus.
A partir de la Bulle d’or de 1356, l’empereur est élu à Francfort (futur siège de la Banque centrale européenne) par un « collège électoral » composé de sept « Princes-électeurs » (en allemand Kurfürst) :
- l’archevêque de Mayence, archichancelier d’Allemagne ;
- l’archevêque de Trêves, archichancelier de Gallia (France) ;
- l’archevêque de Cologne, archichancelier d’Italie ;
- le duc de Saxe ;
- le comte palatin du Rhin ;
- le margrave de Brandebourg ;
- le roi de Bohême.
Bien entendu, pour obtenir le vote de ces messieurs, les aspirants formulent des engagements oraux et écrits, et surtout, aussi bien sur que sous la table, offrent des privilèges, du pouvoir, de l’argent et bien d’autres choses encore.
Ainsi, la tâche la plus difficile pour tout candidat en herbe consiste à réunir les fonds nécessaires à l’achat des votes. En conséquence, l’existence et la survie même du Saint-Empire romain germanique est aux mains d’une oligarchie financière de riches familles de banquiers marchands.
Tout comme une poignée de banques géantes contrôlent aujourd’hui les nations occidentales en leur achetant leurs émissions de bons du Trésor indispensables au refinancement des intérêts de leurs dettes, les banquiers du début du XVIe siècle, se constituant en oligopole, s’imposent comme « trop grands pour faire faillite », et par conséquent, « trop grands pour aller en prison ».
Le rôle néfaste des Bardi, Peruzzi et autres banquiers Médicis, qui, en ruinant les agriculteurs européens, avaient plongé l’Europe dans une grande famine invitant la « Peste Noire » à décimer entre 30 et 50 % de la population européenne, est un fait historique bien documenté, notamment par mon ami, l’analyste financier américain Paul Gallagher.
Fucker Advenit

Nous nous intéresserons ici aux activités de deux familles de banquiers allemands qui dominent le monde au début du XVIe siècle : les Fugger et les Welser d’Augsbourg (Bavière).
Contrairement aux Welser, une vieille famille patricienne dont nous parlerons à la fin, l’histoire de la réussite des Fugger commence en 1367, lorsque qu’un simple artisan, le « maître tisserand » Hans Fugger (1348-1409), quitte son village de Graben pour s’installer dans la « ville impériale libre » d’Augsbourg, à quatre heures de marche. Le registre des impôts d’Augsbourg indique « Fucker Advenit » (Fugger est arrivé). En 1385, Hans est élu à la direction de la guilde des tisserands, ce qui lui permet de siéger au Grand Conseil de la ville.
Augsbourg, comme les autres villes libres et impériales, n’est soumise à l’autorité d’aucun prince, mais seulement à celle de l’empereur. La ville est représentée à la Diète impériale, contrôle son propre commerce et ne permet que peu d’interférences extérieures.
Dans l’Allemagne de la Renaissance, peu de villes ont égalé l’énergie et l’effervescence d’Augsbourg. Les marchés débordent de tout, des œufs d’autruche aux crânes de saints. Les dames apportent des faucons à l’église. Des éleveurs hongrois conduisent du bétail dans les rues. Si l’empereur vient en ville, les chevaliers joutent sur les places. Si un meurtrier est arrêté le matin, il est pendu l’après-midi pour être vu de tous. La bière coule dans les bains publics aussi librement que dans les tavernes. La ville ne se contente pas d’autoriser la prostitution, elle entretient les maisons closes.

Au départ, le profil commercial des Fugger est fort traditionnel : on achète des tissus fabriqués par des tisserands locaux et on les vend lors de foires à Francfort, à Cologne et, au-delà des Alpes, à Venise.
Pour un tisserand comme Hans Fugger, c’était le « bon moment » pour venir à Augsbourg. Une innovation passionnante s’installe dans toute l’Europe : la futaine, un nouveau type de tissu qui tire peut-être son nom de la ville égyptienne de Fustat, près du Caire, qui fabriquait ce matériau avant que sa production ne s’étende à l’Italie, à l’Allemagne du Sud et à la France.
La futaine médiévale était un tissu robuste type toile ou sergé avec une trame de coton et une chaîne de lin, de soie ou de chanvre et dont l’un des côtés a subi un léger lainage. Plus légère que la laine, elle deviendra très demandée, notamment pour une nouvelle invention : les sous-vêtements. Alors que le lin et le chanvre pouvaient être cultivés presque partout, à la fin du Moyen Âge, le coton provient de la région méditerranéenne, de Syrie, d’Égypte, d’Anatolie et de Chypre, et entre en Europe par Venise.
De Jacob l’Ancien à « Fugger Brothers »



À Augsbourg, Hans a deux enfants : Jacob, connu sous le nom de « Jacob l’Ancien » (1398-1469) et Andreas Fugger (1394-1457). Les deux fils ont des stratégies d’investissement différentes et opposées. Alors qu’Andreas fait faillite, Jacob l’Ancien développe prudemment ses activités.
Après le décès de Jacob l’Ancien en 1469, son fils aîné Ulrich Fugger (1441-1510), avec l’aide de son frère cadet Georg Fugger (1453-1506), prend la direction de l’entreprise jusqu’à sa mort.
Petit à petit, les profits sont investis dans des activités nettement plus rentables : pierres précieuses, orfèvrerie, bijoux et reliques religieuses telles que les os des martyrs et les fragments de croix ; épices (sucre, sel, poivre, safran, cannelle, alun) ; plantes et herbes médicinales et surtout métaux et mines (or, argent, cuivre, étain, plomb, mercure) qui, comme collatéral, permettront l’expansion des émissions monétaires, tout en fournissant les matières premières stratégiques pour l’armement.
Les Fugger nouent alors d’étroites relations personnelles et professionnelles avec l’aristocratie. Ils se marient avec les familles les plus puissantes d’Europe – en particulier les Thurzo d’Autriche. Leurs activités s’étendent à toute l’Europe centrale et septentrionale, à l’Italie et à l’Espagne, avec des succursales à Nuremberg, Leipzig, Hambourg, Lübeck, Francfort, Mayence et Cologne, à Cracovie, Danzig, Breslau et Budapest, à Venise, Milan, Rome et Naples, à Anvers et Amsterdam, à Madrid, Séville et Lisbonne.
Jacob Fugger « le Riche »

En 1473, le plus jeune des trois frères, Jacob Fugger (ultérieurement connu comme « le Riche ») (1459-1525), âgé de 14 ans et destiné à l’origine à une carrière ecclésiastique, est envoyé à Venise, à l’époque « la ville la plus commerçante du monde. Il y est formé au commerce et à la comptabilité. Jeune, Jacob rappelle qu’il s’y est trouvé dormant « à côté de ses compatriotes sur un plancher couvert de paille dans le grenier ».
Jacob retourne à Augsbourg en 1486 avec une immense admiration pour Venise au point qu’il aimait se faire appeler « Jacobo » et ne lâche jamais son béret d’or vénitien. Plus tard, avec un certain sens de l’ironie, il appelle la comptabilité apprise à Venise « l’art de l’enrichissement ».
L’humaniste Érasme de Rotterdam semble avoir voulu lui répondre dans son Colloque « L’ami du mensonge et l’ami de la vérité ».

Le banquier et sa femme
L’ami d’Érasme à Anvers, le peintre flamand Quinten Matsys, a peint en 1515 un panneau intitulé « Le banquier et sa femme », véritable réponse culturelle des humanistes aux Fugger.
Tandis que le banquier, qui a accroché son chapelet au mur derrière lui, vérifie si le poids du métal des pièces correspond à leur valeur nominale, sa femme, qui tourne les pages d’un livre d’heures religieux, jette un regard triste sur les obsessions cupides de son mari visiblement malheureux. L’inscription sur le cadre a disparu.
Elle se lisait ainsi : « Stature justa et aequa sint podere » ( « que la balance soit juste et les poids égaux », phrase tirée de la Bible, Lévitique, XIX, 35).
Le peintre interpelle une finance sans foi ni loi et semble leur dire : « Qu’est-ce qui vous fera entrer au paradis : le poids de votre or ou le poids de vos bonnes actions ? »
L’importance de l’information
A Venise, Jacob a assimilé les méthodes vénitiennes (de l’Empire romain) pour réussir :
- organiser un service de renseignement privé ;
- imposer un monopole sur les produits stratégiques ;
- alternance entre la corruption intelligente et le chantage ;
- pousser le monde au bord de la faillite pour se rendre indispensable.
Jacob Fugger reconnaît l’importance de l’information. Pour réussir, il doit être informé de ce qui se passe dans les ports maritimes et les centres de commerce. Désireux d’obtenir tous les avantages possibles en affaires, Fugger met en place un système de courrier privé destiné à lui transmettre exclusivement les nouvelles, telles que les « décès et les résultats des batailles », afin qu’il les ait avant tout le monde, surtout avant l’empereur.

Jacob Fugger finance tout projet, personne ou opération, correspondant à son objectif à long terme. Mais toujours à des conditions sévères fixées par lui et toujours pour s’imposer aux autres. Le principe en vigueur était le « do ut des », en d’autres termes, « je donne, je peux recevoir ».
En échange de tout prêt, des garanties et des hypothèques étaient exigées : des productions de métaux, des concessions minières, des entrées financières des États, des privilèges commerciaux et sociaux, des exemptions fiscales et douanières et de hautes fonctions pour les proches de Fugger dans la vie des Etats. Et avec la hausse des sommes avancées, la hausse des contreparties exigées par Fugger.

Si le capitalisme « moderne » est la dictature de monopoles privés au détriment d’une libre concurrence non-faussé, c’est sûr qu’il en est le fondateur.
La chose la plus importante qu’il ait apprise à Venise ? Être toujours prêt à sacrifier des gains financiers à court terme et même à offrir des profits financiers à ses victimes pour démontrer sa solvabilité et assurer son contrôle politique à long terme. En l’absence de banques nationales ou de banques publiques, les papes, les princes, les ducs et les empereurs dépendent fortement, voire entièrement, d’un oligopole de banquiers privés.
Lorsqu’un empereur autrichien, dont il est le banquier, envisage de lever un impôt universel, Fugger sabote le projet car cela réduisait sa dépendance des banquiers !
Un ambassadeur vénitien, découvrant que Jacob avait appris son métier à Venise, confesse:
« Si Augsbourg est la fille de Venise, alors la fille a surpassé sa mère »
Anvers et Venise

Les trois Fugger sont bien conscients du rôle clé de Venise et d’Anvers pour le commerce du cuivre, Augsbourg se trouvant, avec Nuremberg, au beau milieu du corridor commercial les reliant. (voir carte)
Anvers
L’année 1503 marque le début des activités portugaises de la maison Fugger à Anvers et, en 1508, les Portugais font d’Anvers la maison de base du commerce colonial.

En 1515, Anvers se dote de la première bourse de commerce d’Europe qui servira de modèle pour Londres (1571) et Amsterdam (1611).
On y négocie le cuivre, le poivre et les dettes. L’achat d’une cargaison de poivre se réglait pour les ¾ en or, pour ¼ en cuivre. Venise d’abord, Portugal et Espagne par la suite, dépendent de Fugger pour l’argent (métal) et le cuivre.
Venise
La firme exporte du cuivre et de l’argent du Tyrol vers Venise, et importe par Venise des produits de luxe, des textiles fins, du coton et, surtout, des épices indiennes et orientales. Après de grands efforts, c’est le 30 novembre 1489 que le Conseil d’État de Venise confirme aux Fugger la possession permanente de leur chambre au Fondaco dei Tedeschi (Maison des Allemands), l’entrepôt des marchands allemands de poivre sur le Grand Canal, pour l’entretien et la décoration duquel Fugger a dépensé des sommes importantes.

Au début du XVIe siècle, les marchands de Nuremberg partagent avec ceux d’Augsbourg, le monopole de ce qui constitue le plus important comptoir commercial germanique. Au cours des repas pris en commun que le règlement leur impose, ils président alors officiellement la table réunissant leurs confrères de Cologne, de Bâle, de Strasbourg, de Francfort et de Lübeck.
Des familles de commerçants bien connues font du commerce dans la Fondaco dei Tedeschi dont les Imhoff, Koler, Kreß, Mendel et Paumgartner de Nuremberg, et les Fugger et Höchstetter de Augsbourg. Les marchands importent principalement des épices de Venise : safran, poivre, gingembre, muscade, clous de girofle, cannelle et sucre.

La bourse de Nuremberg sert de lien commercial entre l’Italie et d’autres centres économiques européens. Des aliments connus et appréciés dans la région méditerranéenne, tels que l’huile d’olive, les amandes, les figues, les citrons et les oranges, les confitures et des vins trouvent leur chemin de la mer Adriatique à Nuremberg.
A cela s’ajoutent d’autres produits de valeur tels que les coraux, les perles, les pierres précieuses, les produits de la verrerie de Murano et de l’industrie textile, comme les tissus de soie, draps de coton et de damas, velours, brocart, fil d’or, camelot et bocassin. Du papier et des livres complètent la liste.
Au cours des années suivantes, la firme « Ulrich Fugger et frères » traite des lettres de change vénitiennes avec la société Blum de Francfort et les sources mentionnent fréquemment la succursale de la société sur le Rialto comme un débouché pour le cuivre et l’argent, un centre pour l’achat de produits de luxe et une station de compensation pour les transferts à la curie romaine.
Le basculement du monde

En 1498, six ans après le voyage de Christophe Colomb vers l’Amérique, Vasco de Gama (1460-1524) fut le premier Européen à trouver la route de l’Inde en contournant l’Afrique. Il put ainsi fonder Calicut, le premier comptoir portugais en Inde. L’ouverture de la route maritime vers les Indes orientales par les Portugais prive alors les routes commerciales de la Méditerranée, et donc de l’Allemagne du Sud, d’une grande partie de leur importance. Géographiquement, c’est l’Espagne, le Portugal et les Pays-Bas qui prennent l’avantage.
Jacob Fugger, toujours au courant de tout avant tout le monde, décide alors de relocaliser son marché colonial de Venise vers Lisbonne et Anvers. Il profite de l’occasion pour ouvrir de nouveaux marchés tels que l’Angleterre, sans pour autant délaisser ses marchés tels que l’Italie. Il participe au commerce des épices et ouvre une factorerie à Lisbonne en 1503.
Il reçoit l’autorisation de faire transiter par Lisbonne le poivre, d’autres épices et des produits de luxe tels que les perles et les pierres précieuses.

Avec d’autres maisons de commerce d’Allemagne et d’Italie, Fugger contribue à une flotte de 22 navires portugais dirigée par le portugais Francisco de Almeida (1450-1510), qui se rend en Inde en 1505 et en revient en 1506. Bien qu’un tiers des marchandises importées doive être cédé au roi du Portugal, l’opération reste rentable. Obnubilé par les gains énormes de l’expédition, le roi du Portugal, pour pleinement pouvoir en profiter, fait du commerce des épices un monopole royal excluant toute participation étrangère. Cependant, les Portugais restent dépendant du cuivre livré par Fugger, un produit d’exportation essentiel pour le commerce avec l’Inde.
Fugger, ruses et astuces
1. Renfloue-moi, chérie
En 1494, les frères Fugger fondent une entreprise commerciale avec un capital de 54 385 florins, somme qui sera doublée deux ans plus tard lorsque Jacob persuade, en 1496, le cardinal Melchior von Meckau (1440-1509), prince-évêque de Brixen (aujourd’hui Bressanone dans le Tyrol italien), de rejoindre l’entreprise en tant qu’« associé silencieux » dans le cadre de l’expansion des activités minières en Haute-Hongrie. Dans le plus grand secret et à l’insu de son chapitre ecclésiastique, le prince-évêque place 150 000 florins dans la société Fugger en échange d’un dividende annuel de 5 %. Si de telles « transactions discrètes » étaient tout à fait habituelles chez les Médicis, profiter de taux d’intérêts reste un péché pour l’Eglise.
Lorsque le prince-évêque meurt à Rome en 1509, cet investissement est découvert. Le pape, l’évêché de Brixen et la famille de Meckau, qui revendiquent tous l’héritage, exigent alors le remboursement immédiat de la somme, ce qui aurait entraîné l’insolvabilité de Jacob Fugger.
C’est cette situation qui incite l’empereur Maximilien Ier à intervenir et à aider son banquier. Fugger lui trouve la formule. À condition d’aider le pape Jules II dans une petite guerre contre la République de Venise, le monarque des Habsbourg est reconnu comme l’héritier légitime du cardinal Melchior von Meckau. L’héritage peut désormais être réglé par l’amortissement des dettes en cours. Fugger doit également livrer des bijoux en guise de dédommagement au pape. En échange de son soutien, Maximilien Ier exige toutefois un appui financier soutenu pour ses campagnes militaires et politiques en cours. Une façon de dire aux Fugger : « Je vous sauve aujourd’hui mais je compte sur vous pour me sauver demain… ».
2. Achète-moi un pape et le Vatican, chérie

En 1503, Jacob Fugger donne 4000 ducats (5600 florins) pour graisser la patte des cardinaux afin de faire élire « le pape guerrier » Jules II, ennemi des humanistes.
Une fois élu, pour sa protection, Jules II réclame 200 mercenaires suisses. En septembre 1505, le premier contingent de gardes suisses se met en route pour Rome. À pied et dans les rigueurs de l’hiver, ils marchent vers le sud, franchissent le col du Saint-Gothard et reçoivent leur solde du banquier… Jacob Fugger.
Jules II montre sa gratitude en confiant à Fugger la frappe de la monnaie papale. Entre 1508 et 1524, les Fugger occupent à Rome l’hôtel des monnaies, la Zecca, et fabriquent 66 types de pièces pour quatre papes différents.
3. Les affaires d’abord, chérie
En 1509, Venise est attaquée par les armées de la Ligue de Cambrai, une alliance de puissantes forces européennes qui décide de briser le monopole de Venise sur le commerce européen.
Le conflit désorganise les échanges terrestres et maritimes des Fugger. Les prêts accordés par les Fugger à Maximilien (membre de la Ligue de Cambrai) sont garantis par le cuivre du Tyrol exporté via Venise… Les Fuggers se rangent du côté de Venise sans se brouiller avec un Maximilien bien content.
4. Achète-moi un tueur à gages, chérie
Fugger a des rivaux qui le détestent. Parmi eux, les frères Gossembrot. Sigmund Gossembrot est le maire d’Augsbourg. Son frère et associé en affaires George, est le secrétaire au trésor de Maximilien. Ils souhaitent que les revenus des mines soient investis dans l’économie réelle et conseillent à l’empereur de rompre avec les Fugger. Les deux frères moururent en 1502 après avoir mangé du boudin noir. Le grand historien des Fugger, Gotried von Pölnitz, qui a passé plus de temps que quiconque dans les archives, s’est demandé si les Fugger avaient ordonné cet assassinat. Disons qu’une absence de preuve n’est pas une preuve d’absence.
5. Ta belle mine est mienne, chérie

La période comprise entre 1480 et 1560 a été le siècle de la révolution métallurgique. L’or, l’argent et le cuivre peuvent désormais être séparés de manière économique. La demande de mercure nécessaire au processus augmente rapidement.
Jacob, conscient des gains financiers potentiels qu’il offre, passa du commerce des textiles à celui des épices, puis à l’exploitation minière. Il se rend donc à Innsbruck, dans l’actuelle Autriche, où les mines appartiennent à Sigismond, archiduc d’Autriche (1427-1496), membre de la famille Habsbourg et cousin de l’empereur Frédéric.

La bonne nouvelle pour Jacob Fugger, c’est que Sigismond est très dépensier. Non pas pour ses sujets mais pour se divertir. Lors d’une fête somptueuse on voit sortir un nain d’un gâteau pour lutter contre un géant. Résultat, Sigismond est constamment obligé de s’endetter. Lorsque l’argent manque, Sigismond vend la production de sa mine d’argent à des prix cassés à un groupe de banquiers. Par exemple à la famille de banquiers génois Antonio de Cavallis.
Pour entrer dans le jeu, Fugger prête à l’archiduc 3000 florins et reçoit 1000 livres d’argent métal à 8 florins la livre, qu’il revend plus tard à 12. Une somme dérisoire comparée à celles prêtées par d’autres, mais ouvrant ses relations avec Sigismond et surtout avec la dynastie naissante des Habsbourg.
En 1487, après une escarmouche militaire avec Venise, plus puissante, pour le contrôle des mines d’argent du Tyrol, l’irresponsabilité financière de Sigismond le rend persona non grata auprès des grands banquiers. Désespéré, il se tourne alors vers Fugger. Ce dernier mobilise la fortune familiale pour réunir l’argent que réclame le monarque. Une situation idéale pour le banquier. Bien entendu, il s’agit d’un prêt garanti et assorti de conditions très strictes. Sigismond ne peut pas le rembourser avec de l’argent métal de ses mines et il doit céder à Fugger le contrôle de son trésor public. Si Sigismond le rembourse, Fugger repart avec une fortune. Mais, compte tenu des antécédents de Sigismond, la chance qu’il rembourse est nulle. Ignorant les conditions du prêt, la plupart des autres banquiers sont convaincus que Fugger fera faillite. Et en effet, Sigismond a fait défaut, exactement comme Fugger… l’avait prévu. Cependant, comme stipule le contrat, Fugger s’empare de « la mère de toutes les mines d’argent », celle du Tyrol. En avançant un peu d’argent comptant, il met la main sur une mine d’argent.
6. Achète mes « obligations Fugger », chérie

Le fonctionnement de la banque Fugger est « moderne » : Fugger prête à l’Empereur (ou à un autre client) et refinance le prêt sur le marché (à des taux d’intérêt plus bas) en vendant des « obligations Fugger » à d’autres investisseurs. Les obligations Fugger étaient des investissements très recherchés car les Fugger sont considérés comme « débiteurs sûrs ». Ainsi, les Fugger ont utilisé leur solvabilité supérieure sur le marché pour garantir le financement de leurs clients dont la solidité n’était pas aussi bien notée. Tant que l’Empereur et les autres clients honorent leurs engagements, les Fugger font un profit sur la différence d’intérêt entre les prêts accordés à taux élevé et l’argent levé à taux bas. Moderne, non ?
7. Achète-moi un empereur, chérie

Sigismond est bientôt éclipsé par le fils de l’Empereur Frédéric III, Maximilien d’Autriche (1459-1519), qui s’est arrangé pour prendre le pouvoir si Sigismond ne rembourse pas l’argent qu’il lui devait. (Fugger aurait pu prêter à Sigismond l’argent nécessaire pour le maintenir au pouvoir, mais il préfère que Maximilien occupe ce poste).
Maximilien est élu « Roi des Romains » en 1486 et régne en tant qu’empereur du Saint-Empire romain germanique de 1508 jusqu’à sa mort en 1519. Jacob Fugger a soutenu Maximilien Ier de Habsbourg lors de son accession au trône en versant 800 000 florins pour soudoyer les grands Électeurs. Cette fois, Fugger, en tant que caution, ne réclame pas de l’argent, mais des terres. C’est ainsi qu’il acquiert les comtés de Kirchberg et de Weissenhorn auprès de Maximilien Ier en 1507. En 1514, l’empereur le nomme comte.
Sans surprise, les conquêtes militaires de Maximilien coïncident avec les projets d’expansion minière de Jacob. Fugger achète de précieuses terres avec les bénéfices qu’il tire des mines d’argent obtenues de Sigismond et finance ensuite l’armée de Maximilien pour reprendre Vienne en 1490. L’empereur s’empare également de la Hongrie, une région riche en cuivre.

Une « ceinture du cuivre » s’étend tout le long des Carpates comprenant la Slovaquie, la Hongrie et la Roumanie. Fugger modernise les mines du pays grâce à l’introduction de l’énergie hydraulique et de galeries.
L’objectif de Jacob est d’établir un monopole sur le cuivre, matière première stratégique. Avec l’étain, le cuivre entre dans la fabrication du bronze, métal stratégique pour la production de l’armement.
Fugger ouvre des fonderies à Hohenkirchen et dans une usine fortifiée située à Villach, en Carinthie, la Fuggerau (aujourd’hui en Autriche), qui est en même temps un arsenal où l’on fond des canons, où l’on fabrique des mousquets et des arquebuses.
8. Vend des indulgences, chérie

En 1514, le poste d’archevêque de Mayence se libère. Comme nous l’avons vu, il s’agit du poste le plus puissant d’Allemagne, à l’exception de celui de l’Empereur. De tels postes requièrent des rétributions. Albrecht de Brandebourg (1490-1545), dont la famille, les Hohenzollern, régnait sur une grande partie du pays, voulait le poste. Albrecht est déjà un homme puissant : il occupe plusieurs autres fonctions ecclésiastiques. Mais même lui n’a pas les moyens de payer des honoraires aussi élevés. Il emprunte donc la somme nécessaire aux Fugger, moyennant un intérêt, que la convention de l’époque qualifie d’honoraire pour « peine, danger et dépense ».
Le pape Léon X, après avoir dilapidé le trésor papal pour son couronnement et organisé des fêtes où des prostituées s’occupaient des cardinaux, demande 34 000 florins pour accorder le titre à Albrecht – ce qui équivaut à peu près à 4,8 millions de dollars d’aujourd’hui – et Fugger dépose l’argent directement sur le compte personnel du pape.
Reste maintenant à rembourser les Fugger. Albrecht a un plan. Il obtient du pape Léon X le droit d’administrer les « indulgences du jubilé » récemment annoncées. Les indulgences étaient des contrats vendus par l’Église pour pardonner les péchés, permettant aux croyants d’acheter leur sortie du purgatoire et leur entrée au paradis.
Mais pour « tondre les moutons », comme pour toute bonne escroquerie, il fallait une « couverture » ou un « narratif ». Le motif à invoquer, concocté par Jules II, était crédible : il affirmait que la basilique Saint-Pierre avait besoin d’une rénovation urgente et coûteuse.

Chargé de la vente, un « colporteur d’indulgences », le dominicain Johann Tetzel, « portait des bibles, des croix et une grande boîte en bois avec […] une image de Satan sur le dessus », et disait aux fidèles que ses indulgences « annulaient tous les péchés ». Il propose même un « barème progressif », les riches payant 25 florins et les travailleurs ordinaires un seul. Tetzel aurait dit : « lorsque l’argent s’entrechoque dans la boîte, l’âme saute du purgatoire ».
Sur le terrain, dans chaque église, des commis des Fugger assistent directement à la collecte de l’argent dont la moitié allait au pape et l’autre à Fugger. Fugger obtient du même coup le monopole des transferts de l’argent obtenu par la vente des indulgences entre l’Allemagne et Rome.
Si l’archevêque est à la merci des Fugger, le pape Léon X l’est tout autant, car, pour rembourser sa dette, il collecte de l’argent par des « simonies », c’est-à-dire qu’il vend de hautes fonctions ecclésiastiques aux princes. Entre 1495 et 1520, 88 des 110 évêques d’Allemagne, de Hongrie, de Pologne et de Scandinavie ont été nommés par Rome en échange de transferts d’argent centralisés par Fugger. C’est comme cela que Fugger devient « le banquier de Dieu, le principal financier de Rome ».
9. Achète-moi Luther, chérie
Depuis le IIIe siècle, l’Église catholique affirme que Dieu peut se montrer indulgent et accorder une rémission totale ou partielle de la peine encourue suite au pardon d’un péché. Cependant, l’indulgence obtenue en contrepartie d’un acte de piété (pèlerinage, prière, mortification, don), notamment dans le but de raccourcir le passage par le purgatoire d’un défunt, au cours du temps s’est transformée en un commerce lucratif. Urbain II s’en servira pour recruter des croyants à la première croisade.
Au XVIe siècle, c’est ce trafic des indulgences qui créera de graves troubles et un tumulte au sein de l’Église. Pratique qualifiée par Erasme de superstition dans son Éloge de la folie, la dénonciation du commerce des indulgences est le sujet même des quatre-vingt-quinze arguments de Luther, dont la thèse conduira l’Église à la division et à la Réforme protestante.
Refusant de se rendre à Rome pour répondre aux accusations d’hérésie et de mise en cause de l’autorité du Pape, Luther accepte de se présenter en 1518 à Augsbourg au légat du pape, le cardinal Cajetan. Ce dernier exhorta Luther à se rétracter ou à revenir sur ses déclarations (« revoca ! »).

Alors que Luther avait dénoncé nommément Fugger pour son rôle central dans l’escroquerie des indulgences, il accepta d’être interrogé dans le bureau central de la banque qui organisait le crime qu’il dénonce !
Luther semble avoir été conscient que, accusations verbales à part, les Fugger allaient le protéger et le promouvoir afin de discréditer à un appel à la réforme beaucoup plus raisonnable émanant d’Érasme et de ses disciples à l’intérieur de l’Eglise. Alors qu’il aurait pu être arrêté et brûlé sur le bûcher comme certains le demandaient, Luther est venu, a refusé pendant trois jours de revenir sur ses déclarations et est reparti indemne.
10. Achète-moi de la pauvreté, chérie
Au XVIe siècle, les prix augmentent de façon constante dans toute l’Europe occidentale. A la fin du siècle, ils sont trois à quatre fois plus élevés qu’au début. Récemment, les historiens se sont montrés insatisfaits des explications monétaires de la hausse des prix au XVIe siècle. Ils se sont rendus compte que les prix dans de nombreux pays ont commencé à augmenter avant que la majeure partie de l’or et de l’argent du Nouveau Monde n’arrive en Espagne, et a fortiori ne la quitte, et que les flux monétaires qui leur sont associés n’ont que peu de rapport avec des mouvements de prix, y compris en Espagne.
En réalité, à la fin du XVe et au début du XVIe siècle, la population européenne a recommencé à croître, après la longue période de contraction amorcée par la peste noire de 1348. L’accroissement de la population a entraîné une augmentation de la demande de nourriture, de boissons, de vêtements bon marché, d’abris, de bois de chauffage, etc. Les agriculteurs ont du mal à augmenter leur production : les prix des denrées alimentaires, la valeur des terres, les coûts industriels, tout augmente. Ces pressions sont aujourd’hui considérées comme une cause sous-jacente importante de cette inflation, même si peu de gens nieraient qu’elle a été exacerbée à certains moments par les gouvernements qui manipulent la monnaie, empruntent massivement et mènent des guerres.
« L’ère des Fuggers » est une ère où l’argent est investi dans l’argent et la spéculation financière. L’économie réelle est pillée par les impôts et les guerres. La dynamique créée par l’effondrement du niveau de vie, les impôts et l’inflation des prix pour la plupart des gens et la révélation publique de la corruption de l’Église et de l’aristocratie ouvrent la voie à des émeutes dans de nombreuses villes, à la Guerre des paysans, à une insurrection des tisserands, des artisans et même des mineurs. La « Révolte des Pays-Bas » et des siècles de guerres « religieuses » sanglantes ne prendront fin qu’avec l’« enterrement » de l’Empire par la paix de Westphalie en 1648.
11. Achète-moi des logements sociaux, chérie

L’initiative de Jacob Fugger, en 1516, de construire la Fuggerei, un projet de logement sociaux pour une centaine de familles de travailleurs à Augsbourg, plutôt unique dans son genre pour l’époque, s’avère trop peu et arrive trop tard. La Fuggerei a survécu en tant que monument en l’honneur des Fugger. Le loyer n’a pas changé, il est toujours d’un gulden rhénan par an (équivalent à 0,88 euros). Mais les locataires doivent prier trois fois par jour pour les Fugger et exercer un emploi à temps partiel. Les conditions pour y vivre restent les mêmes qu’il y a 500 ans : il faut avoir vécu au moins deux ans à Augsbourg, être de confession catholique et indigent sans dettes. Un précurseur des mesures Harz-4? Chaque jour, les cinq portes ferment à 22 heures.
12. Achète-moi des taux dignes d’intérêt, chérie
« Tu ne percevras pas d’intérêts ». En 1215, le pape Innocent III a explicitement confirmé l’interdiction de l’intérêt et de l’usure décrétée par la Bible. La phrase de Luc 6:35, « Prêtez et n’attendez rien en retour », est interprétée par l’Église comme une interdiction pure et simple de l’usure, définie comme la demande d’un quelconque intérêt. Même les comptes d’épargne étaient considérés comme un péché. Ce n’était pas le scénario idéal de Jacob Fugger.
Pour changer cette situation, Fugger embauche un théologien renommé, Johannes Eck (1494-1554) d’Ingolstadt, pour plaider sa cause. Fugger mène une véritable campagne de relations publiques, notamment en organisant des débats sur la question entre orateurs de son choix, et écrit une lettre passionnée au pape Léon X.

En conséquence, Léon X publie un décret proclamant que la perception d’intérêts n’est de l’usure que si le prêt était consenti « sans travail, coût ou risque » – ce qui n’a jamais été le cas pour aucun prêt.
Plus d’un millénaire après Aristote, le pape Léon X a constaté que le risque et le travail liés à la protection du capital faisaient du prêt d’argent une chose vivante. Tant qu’un prêt implique un travail, un coût ou un risque, il est en règle. Le tour est joué. Fugger persuade l’Église d’autoriser un taux d’intérêt de 5 % – et il réussit assez bien : la perception d’intérêts n’est pas autorisée, mais elle n’est pas punie non plus.
Ainsi, grâce à Léon X, Fugger peut désormais attirer des dépôts en offrant à ses clients un rendement de 5 %. Au niveau des prêts, selon le rapport du Conseil du Tyrol, alors que les autres banquiers prêtaient à un taux de 10 % à Maximilien, le taux appliqué par Fugger, justifié par « le risque » dépassait les 50 % !

Charles Quint, dans les années 1520, a dû emprunter à 18 % et même à 49 % entre 1553 et 1556. Entre-temps, les biens de Fugger, qui s’élèvent en 1511 à 196 791 florins, passent en 1527, deux ans après la mort de Jacob, à 2 021 202 florins, soit un bénéfice total de 1 824 411 florins, ou 927 % d’augmentation, ce qui représente, en moyenne, une augmentation annuelle de 54,5 %. Tout cela est aujourd’hui présenté, non pas comme de l’usure, mais comme une « grande avancée » anticipant les pratiques modernes de gestion de fortunes et d’actifs…
Fugger « a brisé les reins de la Ligue hanséatique » et « a sorti le commerce de son sommeil médiéval en persuadant le pape de lever l’interdiction de prêter de l’argent. Il a contribué à sauver la libre entreprise d’une mort prématurée en finançant l’armée qui a remporté la guerre des paysans allemands, le premier grand affrontement entre le capitalisme et le communisme », souligne Greg Steinmetz, historien et ancien correspondant du Wall Street Journal.

Comment Venise a créé le premier ghetto juif d’Europe
Bien entendu, les Vénitiens ont longtemps ignoré ces règles, préférant gagner de l’argent plutôt que de plaire à Dieu, comme en témoigne la devise « D’abord les Vénitiens, ensuite les Chrétiens ».
En 1382, les juifs sont autorisés à entrer à Venise. En 1385, la première « Condotta » a été accordée, un accord entre la République de Venise et les banquiers juifs, qui leur donnait la permission de s’installer à Venise pour prêter de l’argent avec intérêt. L’accord, d’une durée de dix ans, détaillait les règles que ces banquiers devaient respecter. Il fixait notamment la taxe annuelle élevée à payer, le nombre de banques autorisées à ouvrir et les taux d’intérêt qu’elles pouvaient appliquer.
En 1385, Venise a signé un autre accord avec les banquiers juifs qui vivaient à Mestre, situé sur la terre ferme en face des îles de Venise, afin qu’ils puissent accorder des prêts à des taux favorables aux quartiers les plus pauvres de la ville. Grâce à cet accord, la Sérénissime parvient à soulager la pauvreté de la population et, en même temps, si les gens se fâchent contre le Doge, à diriger l’hostilité des masses contre… les prêteurs juifs.
La Condotta de 1385 n’est pas renouvelée en 1394 sous prétexte que les Juifs ne respectent pas les règles imposées à leurs activités. Les banquiers juifs reçoivent l’autorisation de séjourner pendant une période de 15 jours par mois et ceux qui vivent à Mestre profitent de cette concession pour travailler à Venise. Mais pour être reconnus comme juifs, ils devaient déjà porter un cercle jaune sur leurs vêtements…
Pour faire court, Venise a résolu le « dilemme » en optant pour la ségrégation de masse. Le 20 mars 1516, l’un des membres du Conseil, après avoir violemment agressé verbalement les Juifs, demande qu’ils soient enfermés dans le « Ghetto », mot dialectal vénitien utilisé à l’époque pour désigner les fonderies du quartier. Le Doge et le Conseil approuvent cette solution. S’ils voulaient continuer à vivre à Venise, les Juifs devraient vivre ensemble dans une certaine zone, séparés du reste de la population. Le 29 mars, un décret crée le ghetto de Venise.
Vous pouvez lire ici l’histoire complète du ghetto de Venise.
13. Achète-moi un Empire austro-hongrois, chérie
Lorsque la Turquie envahit la Hongrie en 1514, Fugger s’inquiète vivement de la valeur de ses mines de cuivre hongroises, ses propriétés les plus rentables. Après l’échec des efforts diplomatiques, Fugger lance un ultimatum à Maximilien : soit il conclut un accord avec la Hongrie, soit Fugger renonce à d’autres prêts. La menace fonctionne.
Fidèle à la devise qui prétend expliquer l’origine de la prospérité de la famille de Habsbourg. « Bella gerant alii, tu, felix Austria, nube » (les autres font la guerre; toi, heureuse Autriche, tu fais des mariages), Maximilien négocie une alliance matrimoniale qui laisse la Hongrie aux mains des Habsbourg, ce qui conduit à redessiner la carte de l’Europe en créant la gigantesque poudrière politique connue sous le nom d’Empire austro-hongrois. Fugger avait besoin que les Habsbourg s’emparent de la Hongrie pour protéger ses possessions.
14. Achète-moi un deuxième empereur, chérie

Lorsque Maximilien Ier, empereur du Saint-Empire romain germanique, meurt en 1519, il doit à Jacob Fugger environ 350 000 florins. Pour éviter un défaut de paiement sur cet investissement, Fugger a réuni un cartel de banquiers afin de réunir tout l’argent de la corruption permettant au petit-fils de Maximilien, Charles Quint, d’acheter le trône.
Si un autre candidat avait été élu empereur, comme le roi de France François qui a soudainement tenté d’entrer en scène, et aurait certainement été réticent à payer les dettes de Maximilien à Fugger, ce dernier aurait sombré dans la faillite.
Cette situation rappelle le modus operandi de JP Morgan, après le krach bancaire américain de 1897 et la panique bancaire de 1907. Le « Napoléon de Wall Street », craignant la renaissance d’une véritable banque nationale dans la tradition d’Alexander Hamilton, réunit d’abord les fonds nécessaires pour renflouer ses concurrents défaillants, puis crée, en 1913, le système de la Réserve fédérale, un syndicat privé de banquiers chargé d’empêcher le gouvernement de s’immiscer dans leurs affaires lucratives.
Ainsi, Jacob Fugger, en liaison directe avec Marguerite d’Autriche, qui a adhéré au projet en raison de ses craintes pour la paix en Europe, a rassemblé de manière totalement centralisée l’argent pour chaque Électeur, profitant de l’occasion pour renforcer de manière spectaculaire ses positions monopolistiques, en particulier sur ses concurrents tels que les Welser et le port d’Anvers, en pleine expansion.
Selon l’historien français Jules Michelet (1798-1874), Jacob Fugger posa énergiquement trois conditions :
- « Les Garibaldi de Gênes, les Welser d’Allemagne et d’autres banquiers ne pouvaient participer à ce projet qu’en versant des acomptes à Fugger et ne pouvaient prêter de l’argent [à Charles] que par son intermédiaire ;
- « Fugger obtient des billets à ordre des villes d’Anvers et de Malines comme garantie, payés par les péages de Zélande ;
- « Fugger obtient de la ville d’Augsbourg qu’elle interdise de prêter aux Français. Il demande à Marguerite d’Autriche (la régente) d’interdire aux Anversois d’échanger de l’argent en Allemagne pour qui que ce soit ». (remettant de facto cette activité lucrative aux seuls banquiers d’Augsbourg…)

Comme nous l’avons déjà dit, les gens pensent à tort que Jacob « le Riche » était « très riche ». Bien sûr qu’il l’était : aujourd’hui, il est considéré comme l’une des personnes les plus riches de l’Histoire, avec une fortune de plus de 400 milliards de dollars (actuels), soit environ 2 % du PIB total de l’Europe à l’époque, plus de deux fois la fortune de Bill Gates.
Nous ne saurons jamais si cela est vrai ou non et quelle était sa richesse réelle. Mais si l’on examine le capital propre déclaré par les frères Fugger aux autorités fiscales d’Augsbourg, on s’aperçoit qu’il éclipse de loin les sommes colossales prêtées.
Selon l’historien Mark Häberlein, Jacob a anticipé les astuces modernes d’évasion fiscale en concluant un accord avec les autorités fiscales d’Augsbourg en 1516. En échange d’une somme forfaitaire annuelle, la véritable richesse de la famille… n’est pas divulguée. L’une des raisons en est bien sûr que, tout comme BlackRock aujourd’hui, Fugger était un « gestionnaire de fortune », promettant un retour sur investissement de 5 % tout en empochant lui-même 14,5 %… Les cardinaux et autres fortunes investissaient secrètement dans Fugger pour ses rendements juteux.
On peut donc dire que Fugger était très riche… de dettes. Et tout comme le FMI et une poignée de banques géantes aujourd’hui, en renflouant leurs clients avec de l’argent fictif, les Fugger ne faisaient rien d’autre que de se renflouer eux-mêmes et d’augmenter leur capacité à continuer de le faire. Pas de réforme structurelle sur la table, seulement une crise de liquidité ? Cela me rappelle quelque chose !
Le choix unanime de Charles Quint par les Électeurs a nécessité des pots-de-vin exorbitants, d’un montant de 851 585 florins, pour faciliter les choses. Jacob Fugger a versé 543 385 florins, soit environ les deux tiers de la somme, les Welser et quelques banquiers génois ont avancé le reste.
Il faudrait un gros livre ou un documentaire pour détailler l’ampleur des pots-de-vin payés pour l’élection impériale de Charles Quint.
Voici un extrait d’un compte rendu détaillé :

« Le cardinal Albert de Brandebourg, électeur de Mayence, a reçu 4 200 florins d’or pour sa participation à la Diète d’Augsbourg. En outre, Maximilien s’engagea à lui verser 30 000 florins, dès que les autres électeurs se seraient également engagés à donner leur voix au roi catholique (Charles Quint). Il s’agit d’une prime accordée au cardinal de Mayence pour avoir été le premier à s’engager ; à ce cadeau s’ajoutent une crédence en or et une tapisserie des Pays-Bas. L’électeur avide recevra également une pension viagère de 10 000 florins rhénans, payable annuellement à Leipzig au comptoir des banquiers Fugger, et garantie par [les rentrées d’argent des taxes prélevées sur le commerce maritime par] les villes d’Anvers et de Malines. Enfin, le roi catholique (Charles Quint) devait le protéger contre le ressentiment du roi de France et contre tout autre agresseur, tout en insistant pour que Rome lui accorde le titre et les prérogatives de ‘legate a latere’ en Allemagne, avec les avantages de la nomination ».

« Hermann V de Wied, archevêque-électeur de Cologne, avait reçu 20 000 florins en espèces pour lui-même et 9 000 florins à partager entre ses principaux officiers. On lui avait également promis une pension viagère de 6 000 florins, une pension viagère de 600 florins pour son frère, une pension perpétuelle de 500 florins pour son autre frère, le comte Jean, ainsi que d’autres pensions s’élevant à 700 florins, à répartir entre ses principaux officiers. »

« De son côté, Joachim Ier Nestor, électeur et margrave de Brandebourg (un autre Hohenzollern et frère d’Albert de Brandebourg), exige une compensation substantielle pour les avantages qu’il perd en abandonnant le roi de France.
Ce dernier lui avait promis une princesse de sang royal pour son fils et une forte somme d’argent. Joachim tient donc à remplacer Renée de France par la princesse Catherine, sœur de Charles, et réclame 8 000 florins pour lui-même et 600 pour ses conseillers. Et ce n’est pas tout. Il doit être payé en espèces le jour de l’élection : 70 000 florins à déduire de la dot de la princesse Catherine ; 50 000 florins pour l’élection ; 1 000 florins pour son chancelier et 500 florins pour son conseiller, le doyen Thomas Krul ».
C’est ainsi qu’il a véritablement gagné sa réputation de « père de toutes les cupidités ».
15. Achète-moi un monde sans régulation bancaire, chérie
En 1523, sous la pression d’une opinion publique de plus en plus remontée contre les maisons de commerce d’Augsbourg, au premier rang celles des Fugger, le bras fiscal du Conseil impérial de régence les met en accusation. Certains évoquent même l’idée de limiter le capital commercial des entreprises individuelles à 50 000 florins et le nombre de leurs succursales à trois. La mort pour Fugger.
Conscient qu’une telle réglementation le ruinerait, Jacob Fugger, pris de panique, écrit le 24 avril 1523 un court message à l’empereur Charles Quint, rappelant à sa Majesté sa dépendance à l’égard de la bonne santé des comptes bancaires de Fugger :
« Ce n’est d’ailleurs un secret pour personne que Votre Majesté Impériale n’aurait pas obtenu la couronne de Rome sans mon aide, comme je peux le prouver par des lettres écrites de leur propre main par tous les commissaires de Votre Majesté (…) Votre Majesté me doit encore 152 000 ducats, etc. »
Charles Quint se rend bien compte que la dette n’est pas l’objet du message. Il écrit immédiatement à son frère Ferdinand pour lui demander de prendre des mesures afin d’empêcher le procès anti-monopole. Les autorités fiscales impériales reçoivent l’ordre d’abandonner les poursuites. Pour Fugger et les autres grands marchands, l’orage est passé.
16. Achète-moi l’Espagne, chérie

Bien sûr, Charles Quint n’a pas un kopeck pour rembourser le prêt géant de Fugger qui l’avait fait élire ! Petit à petit, Fugger fait valider son droit de poursuivre l’exploitation des métaux – argent et cuivre – dans le Tyrol pour faire fructifier l’argent. Mais il en obtint davantage, d’abord en Espagne même et, tout à fait logiquement, dans les territoires nouvellement conquis par l’Espagne en Amérique.
17. Achète-moi l’Amérique, chérie
Tout d’abord, pour rembourser sa dette, Charles propose l’usufruit des principaux territoires des ordres de chevalerie espagnols, appelés Maestrazgos, pour lesquels les Fugger paient 135 000 ducats par an. Entre 1528 et 1537, le Maestrazgos est administré par les Welser d’Augsbourg et un groupe de marchands dirigé par le chef espagnol du service postal Maffeo de Taxis et le banquier génois Giovanni Battista Grimaldi. Mais après 1537, les Fugger reprennent le flambeau. Le contrat de bail est très intéressant pour deux raisons : d’une part, il permet aux preneurs à bail d’exporter les excédents de céréales de ces domaines et, d’autre part, il inclut les mines de mercure d’Alamadén, un élément crucial à la fois pour la production de verre à miroir, le traitement de l’or et les applications médicales.
Comme les Fugger dépendent des livraisons d’or et d’argent en provenance d’Amérique pour recouvrer leurs prêts à la couronne espagnole, il semblait logique qu’ils se tournent également vers le Nouveau Monde.
18. Achète-moi le Venezuela, chérie


Passons maintenant aux Welser. L’histoire des Welser remonte au XIIIe siècle, lorsque ses membres occupaient des postes officiels dans la ville d’Augsbourg. Plus tard, la famille s’est fait connaître en tant que patriciens et marchands de premier plan. Au XVe siècle, alors que les frères Bartolomé et Lucas Welser pratiquent un vaste commerce avec le Levant et d’autres pays, ils ont des succursales dans les principaux centres commerciaux du sud de l’Allemagne et de l’Italie, ainsi qu’à Anvers, Londres et Lisbonne. Aux XVe et XVIe siècles, des branches de la famille s’installent à Nuremberg et en Autriche.
En récompense de leur contribution financière à son élection en 1519, le roi Charles Quint, incapable de rembourser, accorde aux Welser des privilèges dans la traite des esclaves africains et la conquête des Amériques.
La famille Welser se voit donc offrir la possibilité de participer à la conquête des Amériques au début et au milieu du XVe siècle. Comme le stipule le contrat de Madrid (1528), également connu sous le nom de « contrats Welser », les marchands se sont vus garantir le privilège de mener des « entradas » (expéditions) pour conquérir et exploiter de grandes parties des territoires qui appartiennent aujourd’hui au Venezuela et à la Colombie. Les commerçants allemands cultivent des fantasmes de richesses fabuleuses, alimentés par la découverte de trésors d’or : on dit que les Welser ont créé le mythe de l’El Dorado (la cité de l’or).

Les Welser commencent leurs activités en ouvrant un bureau sur l’île portugaise de Madère et en acquérant une plantation de sucre aux îles Canaries.
Ils se sont ensuite étendus à Saint-Domingue, l’actuelle Haïti. La main-mise des Welser sur la traite des esclaves dans les Caraïbes a commencé en 1523, cinq ans avant le contrat de Madrid, puisqu’ils avaient commencé leur propre production de sucre sur l’île.

Le contrat de Madrid comprend le droit d’exploiter une grande partie du territoire de l’actuel Venezuela (en espagnol « Petite Venise »), un pays qu’ils appelaient eux-mêmes « Welserland ». Ils obtiennent également le droit d’expédier 4 000 esclaves africains pour travailler dans les plantations de sucre. Alors que l’Espagne accorde des capitaux, des chevaux et des armes aux conquistadors espagnols, les Welsers ne leur prêtent qu’au prix fort et les obligent à acheter, exclusivement auprès d’eux, les moyens de faire tourner leurs activités. Des Allemands pauvres se rendent au Venezuela et s’endettent rapidement, ce qui exacerbe leur rapacité et aggrave la façon dont ils traitent les esclaves. De 1528 à 1556, sept entradas (expéditions) conduisent au pillage et à l’exploitation des cultures locales.
La situation devient si grave qu’en 1546, l’Espagne révoque le contrat, notamment parce qu’elle sait que les Welser servent également des clients luthériens en Allemagne. Le fils de Bartholomeus Welser, Bartholomeus VI Welser et Philipp von Hutten sont arrêtés et décapités à El Tocuyo par le gouverneur espagnol local Juan de Carvajal en 1546. Enfin, l’abdication de Charles Quint en 1556 met un terme à la tentative des Welser de rétablir par la loi leur concession.
19. Achète-moi le Pérou et le Chili, chérie
Contrairement à la famille Welser, la participation de Jacob Fugger au commerce colonial reste prudente et conservatrice, et la seule autre opération de ce type dans laquelle il investit est une expédition commerciale ratée de 1525 vers les Moluques, menée par l’Espagnol Garcia de Loaisa (1490-1526). Pour l’Espagne, l’idée était d’accéder à l’Indonésie en passant par l’Amérique, ce qui aurait permis d’échapper au contrôle portugais. Cela n’ira pas plus loin parce que Jacob le Riche meurt en décembre de la même année et son neveu Anton Fugger prend la direction de l’entreprise.
Cependant, la fête continue. Les relations des Fugger avec la Couronne espagnole atteignent leur apogée en 1530 avec le prêt de 1,5 million de ducats des Fugger pour l’élection de Ferdinand comme « roi romain ». C’est dans ce contexte que l’agent des Fugger, Veit Hörl, obtient en garantie de l’Espagne le droit de conquérir et de coloniser la région côtière occidentale de l’Amérique du Sud, de Chincha au Pérou jusqu’au détroit de Magellan. Cette région comprend l’actuel sud du Pérou et tout le Chili. Les choses se sont cependant embrouillées et, pour des raisons inconnues, Charles Quint, qui était d’accord avec l’accord, ne le ratifie pas. Considérant que le projet vénézuélien des Welser a dégénéré en entreprise brutale de pillage et s’est soldé par des pertes substantielles. Anton Fugger, qui estime que les retombées financières sont trop faibles, abandonne ce type d’entreprise.
20. Achète moi des esclaves, chérie

Le cuivre des mines de Fugger était utilisé pour les canons des navires, mais il servait également à la production de « manillas » en forme de fer à cheval. Les manillas, dérivées du latin signifiant main ou bracelet, étaient une « monnaie » utilisée par la Grande-Bretagne, le Portugal, l’Espagne, les Pays-Bas, la France et le Danemark pour échanger avec l’Afrique de l’Ouest de l’or et de l’ivoire, ainsi que des personnes réduites à l’état d’esclaves. Les métaux privilégiés étaient à l’origine le cuivre, puis le laiton vers la fin du XVe siècle et enfin le bronze vers 1630.
En 1505, au Nigeria, un esclave se vend pour 8 à 10 manilles, et une dent d’éléphant pour une manille de cuivre. On dispose désormais de chiffres : entre 1504 et 1507, les commerçants portugais importent 287 813 manilles du Portugal vers la Guinée, en Afrique, via la station commerciale de São Jorge da Mina. Le commerce portugais s’intensifie au cours des décennies suivantes. 150 000 manilles sont exportées chaque année vers le fort commercial d’Elmina, sur la Côte d’Or. En 1548, une commande de 1,4 million de manilles est passée à un marchand allemand de la famille Fugger pour soutenir le commerce.

En 2023, un groupe de scientifiques a découvert que certains des bronzes du Bénin, aujourd’hui restitués aux nations africaines, ont été fabriqués avec du métal extrait à des milliers de kilomètres de là, en Rhénanie allemande. Le peuple Edo du Royaume du Bénin, a créé ses extraordinaires sculptures avec des bracelets en laiton fondus, la sinistre monnaie de la traite transatlantique des esclaves entre le 16e et le 19e siècle…
Fin de partie

Après la mort de Jacob, son neveu Anton Fugger (1493-1560) tente de maintenir la position d’une maison qui s’affaiblit.
Les souverains captifs ne sont pas aussi solvables qu’on l’espérait. Charles Quint a de sérieux soucis financiers et la faillite qui s’annonce est l’une des raisons pour lesquelles il se retire, laissant la direction de l’empire à son fils, le roi Philippe II d’Espagne. Malgré l’arrivée de l’or et de l’argent, l’Empire fait faillite. À trois reprises (1557, 1575, 1598), Philippe II est incapable de payer ses dettes, tout comme ses successeurs, Philippe III et Philippe IV, en 1607, 1627 et 1647.
Mais l’emprise politique des Fugger sur les finances espagnoles est si forte, écrit Jeannette Graulau, que « lorsque Philippe II déclara une suspension de paiement en 1557, la faillite n’incluait pas les comptes de la famille Fugger. Les Fugger proposent à Philippe II une réduction de 50 % des intérêts des prêts si l’entreprise est exclue de la faillite. Malgré le lobbying intense de son puissant secrétaire, Francisco de Eraso, et des banquiers espagnols rivaux des Fugger, Philippe n’inclut pas les Fugger dans la faillite ». Bravo les artistes !
En 1563, les créances des Fugger sur la Couronne espagnole s’élevaient à 4,445 millions de florins, soit bien plus que leurs avoirs à Anvers (783 000 florins), Augsbourg (164 000 florins), Nuremberg et Vienne (28 600 florins).
Mais en fin de compte, en unissant leur destin trop étroitement à celui des souverains espagnols, l’empire bancaire des Fugger s’est effondré avec l’effondrement de l’empire espagnol des Habsbourg.
Le professeur français Pierre Bezbakh, écrivant dans Le Monde en septembre 2021, a noté :
« Alors, quand les caisses sont vides, le royaume d’Espagne émet des emprunts, une pratique qui n’est pas très originale, mais qui devient récurrente et à grande échelle. Ces emprunts étaient souscrits par des prêteurs étrangers, comme les Fugger allemands et les banquiers génois, qui accumulaient mais continuaient à prêter, sachant qu’ils perdraient tout s’ils cessaient de le faire, tout comme les grandes banques d’aujourd’hui continuent à prêter aux États surendettés. La différence est que les prêteurs attendaient l’arrivée promise des métaux américains, alors qu’aujourd’hui, les prêteurs attendent que d’autres pays ou des banques centrales soutiennent les pays en difficulté ».
Aujourd’hui, uniquement dix méga-banques (dont 4 françaises) appelées « Prime Brokers » sont autorisées à acheter et à revendre sur le marché secondaire les bons d’État français, émis à dates régulières par l’Agence française du Trésor pour refinancer la dette publique française (3228 milliards d’euros) et surtout pour refinancer les remboursements de la dette (51 milliards d’euros en 2024). Les noms des Fuggers d’aujourd’hui sont : HSBC, BNP Paribas, Crédit Agricole, J.P. Morgan, Société Générale, Citi, Deutsche Bank, Barclays, Bank of America Securities et Natixis.
Conclusion
Au-delà de l’histoire des dynasties Fugger et Welser qui, après avoir colonisé les Européens, ont étendu leurs crimes coloniaux à l’Amérique, il y a quelque chose de plus profond à comprendre.
Aujourd’hui, on dit que le système financier mondial est « désespérément » en faillite. Techniquement, c’est vrai, mais politiquement, il est maintenu avec succès au bord de l’effondrement total afin de garder le monde entier dépendant d’une classe de prédateurs financiers apatrides. Un système en faillite, paradoxalement, nous désespère, mais leur donne l’espoir de rester aux commandes et de maintenir leurs privilèges jusqu’à la fin des temps. Seuls les banquiers peuvent sauver le monde de la faillite !
Historiquement, nous, en tant qu’humanité, avons créé des « États-nations » dûment équipés de « banques nationales » contrôlées par le gouvernement, afin de nous protéger de ce chantage financier systémique et abject. Les banques nationales, si elles sont correctement gérées, peuvent générer des crédits productifs dans notre intérêt à long terme en développant notre économie physique et humaine plutôt que les bulles financières des maîtres-chanteurs financiers.
Malheureusement, un tel système positif a rarement existé et lorsqu’il a existé, il a été saboté par les marchands d’argent que Roosevelt voulait chasser du temple de la République.
Comme nous l’avons démontré, la grave dissociation mentale appelée « monétarisme » est l’essence même du fascisme (financier). Les syndicats financiers et bancaires criminels « impriment » et « créent » de l’argent. Si cet argent n’est pas « domestiqué » et utilisé comme instrument pour accroître les pouvoirs créatifs de l’homme et de la nature, les ressources s’épuisent et les conflits deviennent insolubles.
La volonté de « convertir » à tout prix, y compris par la destruction de l’humanité et de ses pouvoirs créateurs, une « valeur » nominale qui n’existe qu’en tant qu’accord entre les hommes, en une forme de richesse physique « réelle », est l’essence même de la machine de guerre nazie.
Pour sauver les dettes du Royaume-Uni et de la France envers l’industrie américaine de l’armement détenue par JP Morgan et consorts, il fallait forcer, par le Traité de Versailles, l’Allemagne à payer. Lorsqu’il s’est avéré que c’était impossible, les intérêts bancaires anglo-franco-américains ont créé la « Banque des règlements internationaux ».
La BRI, sous la supervision directe de Londres et de Wall Street, a permis à Hitler d’obtenir les liquidités et devises suisses dont il avait besoin pour construire sa machine de guerre, une machine de guerre considérée comme potentiellement utile pour les Occidentaux tant qu’elle annonçait vouloir marcher vers l’Est, en direction de Moscou.
Pour obtenir des liquidités de la BRI, la banque centrale allemande déposait en garantie des tonnes d’or volées aux pays qu’elle envahissait (Autriche, Pays-Bas, Belgique, Luxembourg, Tchécoslovaquie, Pologne, Albanie, etc.). L’or dentaire des Juifs, des communistes, des homosexuels et des Tziganes exterminés dans les camps de concentration est déposé sur un compte secret de la Reichsbank pour financer les SS.
Le ministre des finances de la Banque d’Angleterre et d’Hitler, Hjalmar Schacht, qui a échappé à la potence du procès de Nuremberg grâce à ses protections internationales, fut sans doute le meilleur élève de Jacob Fugger le Riche, non pas le père de la banque allemande ou « moderne », mais le père du fascisme financier, héritier de Rome, de Venise et de Gênes. Plus jamais ça !
Biographie sommaire:
- Steinmetz, Greg, L’homme le plus riche qui ait jamais vécu, La vie et l’époque de Jacob Fugger, Simon and Shuster, 2016 ;
- Cohn, Henry J., Did Bribes Induce the German Electors to Choose Charles V as Emperor in 1519?
- Herre, Franz, The Age of the Fuggers, Augsbourg, 1985 ;
- Montenegro, Giovanna, German Conquistadors in Venezuela: The Welsers’ Colony, Racialized Capitalism, and Cultural Memory,
- Ehrenberg, Richard, Capital et finance à l’âge de la Renaissance : A Study of the Fuggers, and Their Connections, 1923,
- Roth, Julia, The First Global Players’ : Les Welser d’Augsbourg dans le commerce de l’esclavage et la culture de la mémoire de la ville, 2023
- Häberlein, Mark, Connected Histories : South German Merchants and Portuguese Expansion in the Sixteenth Century, RiMe, décembre 2021 ;
- Konrad, Sabine, Case Study : Spain Defaults on State Bonds, How the Fugger fared the Financial Crisis of 1557, Université de Francfort, 2021,
- Sanchez, Jean-Noël, Un projet colonial des Fugger (1530-1531) ;
- Lang, Stefan, Problems of a Credit Colony : the Welser in Sixteenth Century Venezuela, juin 2015 ;
- Graulau, Jeannette, Finance, Industry and Globalization in the Early Modern Period : the Example of the Metallic Business of the House of Fugger, 2003 ;
- Gallagher, Paul, How Venice Rigged The First, and Worst, Global Financial Collapse, Fidelio, hiver 1995
- Hale, John, La civilisation de l’Europe à la Renaissance, Perrin, 1993 ;
- Vereycken, Karel, Renaissance Studies, index.







































































