Catégorie : Etudes Renaissance
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Avicenna and Ghiberti’s role in the invention of perspective during the Renaissance
By Karel Vereycken, Paris, France.
Same article in FR, même article en FR.

No visitor to Florence can miss the gilded bronze reliefs decorating the Porta del Paradiso (Gates of Paradise), the main gate of the Baptistery of Florence right in front of the Cathedral of Santa Maria del Fiore surmounted by Filippo Brunelleschi’s splendid cupola.

In this article, Karel Vereycken sheds new light on the contribution of Arab science and Ghiberti’s crucial role in giving birth to the Renaissance.

Historical context
The Baptistery, erected on what most Florentines thought to be the site of a Roman temple dedicated to the Roman God of Mars, is one of the oldest buildings in the city, constructed between 1059 and 1128 in the Florentine Romanesque style. The Italian poet Dante Alighieri and many other notable Renaissance figures, including members of the Medici family, were baptized in this baptistery.
During the Renaissance, in Florence, corporations and guilds competed for the leading role in design and construction of great projects with illustrious artistic creations.
While the Arte dei Lana (corporation of wool producers) financed the Works (Opera) of the Duomo and the construction of its cupola, the Arte dei Mercantoni di Calimala (the guild of merchants dealing in buying foreign cloth for finishing and export), took care of the Baptistery and financed the embellishment of its doors.
The Gates of Paradise
The Baptistry, an octagonal building, has four entrances (East, West, North and South) of which only three (South, North and East) have sets of artistically important bronze doors with relief sculptures. Three dates are key : 1329, 1401 and 1424.
- In 1329, the Calimala Guild, on Giotto‘s recommendation, ordered Andrea Pisano (1290-1348) to decorate a first set of doors (initialy installed as the East doors, i.e. seen when one leaves the Cathedral, but today South). These consist of 28 quatrefoil (clover-shaped) panels, with the 20 top panels depicting scenes from the life of St. John the Baptist (the patron of the edifice). The 8 lower panels depict the eight virtues of hope, faith, charity, humility, fortitude, temperance, justice, and prudence, praised by Plato in his Republic and represented during the XVIth century by the Flemish humanist painter and reader of Petrarch, Peter Brueghel the Elder. Construction took 8 years, from 1330 till 1338.

- In 1401, after having narrowly won the competition with Brunelleschi, the 23 year old and inexperienced young goldsmith Lorenzo Ghiberti (1378-1455), is commissioned by the Calima Guild to decorate the doors which are today the North Gate. Ghiberti cast the bronze high reliefs using a method known as lost-wax casting, a technique that he had to reinvent entirely since it was lost since the fall of the Roman Empire. One of the reasons Ghiberti won the contest, was that his technique was so advanced that it required 20 % less (7 kg per panel) bronze than that of his competitors, bronze being a dense material far more costly than marble. His technique, applied to the entire decoration of the North Gate, as compared to his competitors, would save some estimated 100 kg of bronze. And since in 1401, with the plague regularly hitting Florence, economic conditions were poor, even the wealthy Calimala took into account the total costs of the program.
The bronze doors are comprised of 28 panels, with 20 panels depicting the life of Christ from the New Testament. The 8 lower panels show the four Evangelists and the Church Fathers Saint Ambrose, Saint Jerome, Saint Gregory, and Saint Augustine. The construction took 24 years.


- In 1424, Ghiberti, at age 46, was given—unusually, with no competition—the task of also creating the East Gate. Only in 1452 did Ghiberti, then seventy-four years old, install the last bronze panels, since construction lasted this time 27 years! According to Giorgio Vasari (1511-1574), Michelangelo Buonarroti (1475-1564) later judged them « so beautiful they would grace the entrance to Paradise ».

Over two generations, a bevy of well paid assistants and pupils were trained by Ghiberti, including exceptional artists, such as Luca della Robbia, Donatello, Michelozzo, Benozzo Gozzoli, Bernardo Cennini, Paolo Uccello, Andrea del Verrocchio and Ghiberti’s sons, Vittore and Tommaso. And over time, the seventeen-foot-tall, three-ton bronze doors became an icon of the Renaissance, one of the most famous works of art in the world.
In 1880, the French sculptor Auguste Rodin was inspired by it for his own Gates of Hell on which he worked for 38 year
Revolution

Of utmost interest for our discussion here is the dramatic shift in conception and design of the bronze relief sculptures that occurred between the North and the East Gates, because it reflects how bot the artist as well as his patrons used the occasion to share with the broader public their newest ideas, inventions and exciting discoveries.
The themes of the North Gate of 1401 were inspired by scenes from the New Testament, except for the panel made by Ghiberti, « The Sacrifice of Isaac », which had won him the selection competition the same year. To complete the ensemble, it was therefore only logical that the East Gate of 1424 would take up the themes of the Old Testament.
Originally, it was the scholar and former chancellor of Florence Leonardo Bruni (1369-1444) who planned an iconography quite similar to the two previous doors. But, after heated discussions, his proposal was rejected for something radically new. Instead of realizing 28 panels, it was decided, for aesthetic reasons, to reduce the number of panels to only 10 much larger square reliefs, between borders containing statuettes in niches and medallions with busts.

Hence, since each of the 10 chapters of the Old Testament contains several events, the total number of scenes illustrated, within the 10 panels has risen to 37 and all appear in perspective :
- Adam and Eve (The Creation of Man)
- Cain and Abel (Jalousie is the origin of Sin)
- Noah (God’s punishment)
- Abraham and Isaac (God is just)
- Jacob and Esau
- Joseph
- Moses
- Joshua
- David (Good commandor)
- Solomon and the Queen of Sheba
The general theme is that of salvation based on Latin and Greek patristic tradition. Very shocking for the time, Ghiberti places in the center of the first panel the creation of Eve, that of Adam appearing at the bottom left.
After the first three panels, focusing on the theme of sin, Ghiberti began to highlight more clearly the role of God the Savior and the foreshadowing of Christ’s coming. Subsequent panels are easier to understand. One example is the panel with Isaac, Jacob and Esau where the figures are merged with the surrounding landscape so that the eye is led toward the main scene represented in the top right.
Many of the sources for these scenes were written in ancient Greek, and since knowledge of Greek at that time was not so common, it appears that Ghiberti’s “theological advisor” was Ambrogio Traversari (1386-1439), with whom he had many exchanges.
Traversari was a close friend of Nicolas of Cusa (1401-1464), a protector of Piero della Francesca (1412-1492) and a key organizer of the Ecumenical Council of Florence of 1438-1439, which attempted to put an end to the schism separating the Church of the East from that of the West.
Perspective



The bronze reliefs, known for their vivid illusion of deep space in relief, are one of the revolutionary events that epitomize the Renaissance. In the foreground are figures in high relief, which gradually become less protruding thereby exploiting the full illusionistic potential of the stiacciato technique later brought to its high point by Donatello. Using this form of “inbetweenness”, they integrate in one single image, what appears both as a painting, a low relief as well as a high relief. Or maybe one has to look at it another way: these are flat images traveling gradually from a surface into the full three dimensions of life, just as Ghiberti, in one of the first self-portraits of art history, reaches his head out of a bronze medal to look down on the viewers. The artist desired much more than perspective, he wanted breathing space!
This new approach will influence Leonardo Da Vinci (1452-1517). As art historian Daniel Arasse points out :
(…) It was in connection with the practice of Florentine bas-relief, that of Ghiberti at the Gate of Paradise (…) that Leonardo invented his way of painting. As Manuscript G (folio 23b) would much later state, ‘the field on which an object is painted is a capital thing in painting. (…) The painter’s aim is to make his figures appear to stand out from the field’ – and not, one might add, to base his art on the alleged transparency of that same field. It is by the science of shadow and light that the painter can obtain an effect of emergence from the field, an effect of relief, and not by that of the linear perspective.
Donatello

At the beginning of the 15th century, several theoretical approaches existed and eventuall contradicted each other. Around 1423-1427, the talentful sculptor Donatello, a young collaborator of Ghiberti, created his Herod’s Banquet, a bas-relief in the stiacciato technique for the baptismal font of the Siena Baptistery.
In this work, the sculptor deploys a harmonious perspective with a single central vanishing point. Around the same time, in Florence, the painter Massacchio (1401-1428) used a similar construction in his fresco The Trinity.
As we will see, Ghiberti, starting from the anatomy of the eye, opposed such an abstract approach in his works as well as in his writings and explored, as early as 1401, other geometrical models, called « binocular ». (see below).

Christ among the Doctors, Ghiberti, before 1424.

Christ among the Doctors, Ghiberti, before 1424.
Then, as far as our knowledge reaches, in 1407, Brunelleschi had conducted several experiments on this question, most likely based on the ideas presented by another friend of Cusa, the Italian astronomer Paolo dal Pozzo Toscanelli (1397-1482), in the latter’s now lost treaty Della Prospettiva. What we do know is that Brunelleschi sought above all to demonstrate that all perspective is an optical illusion.
Finally, it was in 1435, that the humanist architect Leon Baptista Alberti (1406-1472), in his treatise Della Pictura, attempted, on the basis of Donatello’s approach, to theorize single vanishing point perspective as a representation of a harmonious and unified three-dimensional space on a flat surface. Noteworthy but frustrating for us today is the fact that Alberti’s treatise doesn’t contain any illustrations.

However, Leonardo, who read and studied Ghiberti’s writings on, would use the latter’s arguments to indicate the limits and even demonstrate the dysfunctionality of Alberti’s “perfect” perspective construction especially when one goes beyond a 30 degres angle.
In the Codex Madrid, II, 15 v. da Vinci realizes that « as such, the perspective offered by a rectilinear wall is false unless it is corrected (…) ».
Perspectiva artificialis versus perspectiva naturalis

Alberti’s “perspectiva artificialis” is nothing but an abstraction, necessary and useful to represent a rational organization of space. Without this abstraction, it is fairly impossible to define with mathematical precision the relationships between the appearance of objects and the receding of their various proportions on a flat screen: width, height and depth.
From the moment that a given image on a flat screen was thought about as the intersection of a plane cutting a cone or pyramid, a method emerged for what was mistakenly considered as an “objective” representation of “real” three dimensional space, though it is nothing but an “anamorphosis”, i.e. a tromp-l’oeil or visual illusion.
What has to be underscored, is that this construction does away with the physical reality of human existence since it is based on an abstract construct pretending:
- that man is a single eyed cyclops;
- that vision emanates from one single point, the apex of the visual pyramid;
- that the eye is immobile;
- that the image is projected on a flat screen rather than on a curved retina.
Slanders and gossip
The crucial role of Ghiberti, an artist which “Ghiberti expert” Richard Krautheimer mistakenly presents as a follower of Alberti’s perspectiva artificialis, has been either ignored or downplayed.
Ghiberti’s unique manuscript, the three volumes of the Commentarii, which include his autobiography and which established him as the first modern historian of the fine arts, is not even fully translated into English or French and was only published in Italian in 1998.
Today, because of his attention to minute detail and figures « sculpted » with wavy and elegant lines, as well as the variety of plants and animals depicted, Ghiberti is generally presented as “Gothic-minded”, and therefore “not really” a Renaissance artist!
Giorgio Vasari, often acting as the paid PR man of the Medici clan, slanders Ghiberti by saying he wrote « a work in the vernacular in which he treated many different topics but arranged them in such a fashion that little can be gained from reading it. »
Admittedly, tension among humanists, was not uncommon. Self-educated craftsmen, such as Ghiberti and Brunelleschi on the one side, and heirs of wealthy wool merchants, such as Niccoli on the other side, came from entirely different worlds. For example, according to a story told by Guarino Veronese in 1413, Niccoli greeted Filippo Brunelleschi haughtily: « O philosopher without books, » to which Filippo replied with his legendary irony: « O books without philosopher ».
For sure, the Commentarii, are not written according to the rhetorical rules of those days. Written at the end of Ghiberti’s life, they may have simply been dictated to a poorly trained clerk who made dozens of spelling errors.
The humanists

The Commentarii does reveal a highly educated author and a thinker having profound knowledge of many classical Greek and Arab thinkers. Ghiberti was not just some brilliant handcraft artisan but a typical “Renaissance man”.
In dialogue with Bruni, Traversari and the “manuscript hunter” Niccolo Niccoli, Ghiberti, who couldn’t read Greek but definitely knew Latin, was clearly familiar with the rediscovery of Greek and Arab science, a task undertaken by Boccaccio’s and Salutati’s “San Spirito Circle” whose guests (including Bruni, Traversari, Cusa, Niccoli, Cosimo di Medici, etc.) later would convene every week at the Santa Maria degli Angeli convent. Ghiberti exchanges moreover with Giovanni Aurispa, a collaborator of Traversari who brought back from Byzantium, years before Bessarion, the whole of Plato’s works to the West.
Amy R. Bloch, in her well researched study Lorenzo Ghiberti’s Gates of Paradise, Humanism, History, and Artistic Philosophy in the Italian Renaissance (2016), writes that « Traverari and Niccoli can be tied directly to the origins of the project for the Gates and were clearly interested in sculptural commissions being planned for the Baptistery. On June 21, 1424, after the Calima requested from Bruni his program for the doors, Traversari wrote to Niccoli acknowledging, in only general terms, Niccoli’s ideas for the stories to be included and mentioning, without evident disapproval, that the guild had instead turned to Bruni for advice. »
Palla Strozzi
Ghiberti’s patron, sometimes advisor, and close associate was Palla Strozzi (1372-1462), who, besides being the the richest man in Florence with a gross taxable assets of 162,925 florins in 1427, including 54 farms, 30 houses, a banking firm with a capital of 45,000 florins, and communal bonds, was also a politician, a writer, a philosopher and a philologist whose library contained close to 370 volumes in 1462.
Just as Traversari and Bruni, Strozzi learned Latin and studied Greek under the direction of the Byzantine scholar Manuel Chrysoloras, invited to Florence by Salutati.
Ghiberti’s close relationship with Strozzi, writes Bloch, « gave him access to his manuscripts and, as importantly, to Strozzi’s knowledge of them. »
But there was more. « The relationship between Ghiberti and Palla Strozzi was so close that, when Palla went to Venice in 1424 as one of two Florentine ambassadors charged with negociating an alliance with the Venetians, Ghiberti accompanied him in his retinue. »
Strozzi was known as a real humanist, always looking to preserve peace while strongly opposing oligarchical rule, both in Florence as in Venice.
In fact it was Palla Strozzi, not Cosimo de’ Medici, who first set in motion plans for the first public library in Florence, and he intended for the sacristy of Santa Trinita to serve as its entryway. While Palla’s library was never realized due to the dramatic political conflict knows as the Albizzi Coup that led to his exile in 1434, Cosimo who got a free hand to rule over Florence, would make the library project his own.
A bold statement
Ghiberti begins the Commentarii with a bold and daring statement for a Christian man in a Christian world, about how the art of antiquity came to be lost:
The Christian faith was victorious in the time of Emperor Constantine and Pope Sylvester. Idolatry was persecuted to such an extent that all the statues and pictures of such nobility, antiquity an perfection were destroyed and broken in to pieces. And with the statues and pictures, the theoretical writings, the commentaries, the drawing and the rules for teaching such eminent and noble arts were destroyed.



Ghiberti understood the importance of multidisciplinarity for artists. According to him, “sculpture and painting are sciences of several disciplines nourished by different teachings”.
In book I of his Commentarii, Ghiberti gives a list of the 10 liberal arts that the sculptor and the painter should master : philosophy, history, grammar, arithmic, astronomy, geometry, perspective, theory of drawing, anatomy and medecine and underlines that the necessity for an artist to assist at anatomical dissections.
As Amy Bloch underscores, while working on the Gates, in the intense process of visualizing the stories of God’s formation of the world and its living inhabitants, Ghiberti’s engagement « stimulated in him an interest in exploring all types of creativity — not only that of God, but also that of nature and of humans — and led him to present in the opening panel of the Gates of Paradise (The creation of Adam and Eve) a grand vision of the emergence of divine, natural, and artistic creation. »

The inclusion of details evoking God’s craftmanship, says Bloch, « recalls similes that liken God, as the maker of the world, to an architect, or, in his role as creator of Adam, to a sculptor or painter. Teh comparison, which ultimately derives from the architect-demiurge who creates the world in Plato’s Timaeus, appears commonly in medieval Jewish and Christian exegesis. »
Philo of Alexandria wrote that man was modeled « as by a potter » and Ambrose metaphorically called God a « craftsman (artifex) and a painter (pictor) ». Consequently, if man is « the image of God » as says Augustine and the model of the « homo faber – man producer of things », then, according to Salutati, « human affairs have a similarity to divine ones ».
The power of vision and the composition of the Eye
Concerning vision, Ghiberti writes:
I, O most excellent reader, did not have to obey to money, but gave myself to the study of art, which since my childhood I have always pursued with great zeal and devotion. In order to master the basic principles I have sought to investigate the way nature functions in art; and in order that I might be able to approach her, how images come to the eye, how the power of vision functions, how visual [images] come, and in what way the theory of sculpture and painting should be established.
Now, any serious scholar, having worked through Leonardo’s Notebooks, who then reads Ghiberti’s I Commentarii, immediately realizes that most of Da Vinci’s writings were basically comments and contributions about things said or answers to issues raised by Ghiberti, especially respecting the nature of light and optics in general. Leonardo’s creative mindset was a direct outgrowth of Ghiberti’s challenging world outlook.

In Commentario 3, 6, which deals with optics, vision and perspective, Ghiberti, opposing those for whom vision can only be explained by a purely mathematical abstraction, writes that “In order that no doubt remains in the things that follow, it is necessary to consider the composition of the eye, because without this one cannot know anything about the way of seeing.” He then says, that those who write about perspective don’t take into account “the eye’s composition”, under the pretext that many authors would disagree.
Ghiberti regrets that despite the fact that many “natural philosophers” such as Thales, Democritus, Anaxagoras and Xenophanes have examined the subject along with others devoted to human health such as “Hippocrates, Galen and Avicenna”, there is still so much confusion.
Indeed, he says, “speaking about this matter is obscure and not understood, if one does not have recourse to the laws of nature, because more fully and more copiously they demonstrate this matter.”
Avicenna, Alhazen and Constantine



Therefore, says Ghiberti:
it is necessary to affirm some things that are not included in the perspective model, because it is very difficult to ascertain these things but I will try to clarify them. In order not to deal superficially with the principles that underlie all of this, I will deal with the composition of the eye according to the writings of three authors, Avicenna (Ibn Sina), in his books, Alhazen (Ibn al Haytham) in his first volume on perspective (Optics), and Constantine (the Latin name of the Arab scholar and physician Qusta ibn Luqa) in his ‘First book on the Eye’; for these authors suffice and deal with much certainty in these subjects that are of interest to us.
This is quite a statement! Here we have “the” leading, founding figure of the Italian and European Renaissance with its great contribution of perspective, saying that to get any idea about how vision functions, one has to study three Arab scientists: Ibn Sina, Ibn al Haytham and Qusta ibn Luqa ! Cultural Eurocentrism might be one reason why Ghiberti’s writings were kept in the dark.
Ibn al-Haytham (Alhazen) made important contributions to opthalmology and improved upon earlier conceptions of the processes involved in vision and visual perception in his Treatise on Optics (1021), which is known in Europe as the Opticae Thesaurus. Following his work on the camera oscura (darkroom) he was also the first to imagine that the retina (a curved surface), and not the pupil (a point) could be involved in the process of image formation.
Avicenna, in the Canon of Medicine (ca. 1025), describes sight and uses the word retina (from the Latin word rete meaning network) to designate the organ of vision.
Later, in his Colliget (medical encyclopedia), Ibn Rushd (Averroes, 1126-1198) was the first to attribute to the retina the properties of a photoreceptor.
Avicenna’s writings on anatomy and medical science were translated and circulating in Europe since the XIIIth century, Alhazen’s treatise on optics, which Ghiberti quotes extensively, had just been translated into Italian under the title De li Aspecti.
It is now recognized that Andrea del Verrocchio, whose best known pupil was Leonardo da Vinci (1452-1517) was himself one of Ghiberti’s pupils. Unlike Ghiberti, who mastered Latin, neither Verrocchio nor Leonardo mastered a foreign language.
What is known is that while studying Ghiberti’s Commentarii, Leonardo had access in Italian to a series of original quotations from the Roman architect Vitruvius and from Arab scientists such as Avicenna, Alhazen, Averroes and from those European scientists who studied Arab optics, notably the Oxford Fransciscans Roger Bacon (1214-1294), John Pecham (1230-1292) and the Polish monk working in Padua, Erazmus Ciolek Witelo (1230-1275), known by his Latin name Vitellion.

As stressed by Professor Dominque Raynaud, Vitellion introduces the principle of binocular vision for geometric considerations.
He gives a figure where we see the two eyes (a, b) receiving the images of points located at equal distance from the hd axis.
He explains that the images received by the eyes are different, since, taken from the same side, the angle grf (in red) is larger than the angle gtf (in blue). It is necessary that these two images are united at a certain point in one image (Diagram).
Where does this junction occur? Witelo says: « The two forms, which penetrate in two homologous points of the surface of the two eyes, arrive at the same point of the concavity of the common nerve, and are superimposed in this point to become one ».
The fusion of the images is thus a product of the internal mental and nervous activity.
The great astronomer Johannes Kepler (1571-1630) will use Alhazen’s and Witelo’s discoveries to develop his own contribution to optics and perspective. “Although up to now the [visual] image has been [understood as] a construct of reason,” Kepler observes in the fifth chapter of his Ad Vitellionem Paralipomena (1604), “henceforth the representations of objects should be considered as paintings that are actually projected on paper or some other screen.” Kepler was the first to observe that our retina captures an image in an inverted form before our brain turns it right side up.
Out of this Ghiberti, Uccello and also the Flemish painter Jan Van Eyck, in contact with the Italians, will construct as an alternative to one cyclopic single eye perspective revolutionary forms of “binocular” perspective while Leonardo and Louis XI’ court painter Jean Fouquet will attempt to develop curvilinear and spherical space representations.




In China, eventually influenced by Arab optical science breakthrough’s, forms of non-linear perspective, that integrate the mobility of the eye, will also make their appearance during the Song Dynasty.
Light
Ghiberti will add another dimension to perspective: light. One major contribution of Alhazen was his affirmation, in his Book of Optics, that opaque objects struck with light become luminous bodies themselves and can radiate secondary light, a theory that Leonardo will exploit in his paintings, including in his portraits.
Already Ghiberti, in the way he treats the subject of Isaac, Jacob and Esau (Figure), gives us an astonishing demonstration of how one can exploit that physical principle theorized by Alhazen. The light reflected by the bronze panel, will strongly differ according to the angle of incidence of the arriving rays of light. Arriving either from the left of from the right side, in both cases, the Ghiberti’s bronze relief has been modeled in such a way that it magnificently strengthens the overall depth effect !


While the experts, especially the neo-Kantians such as Erwin Panofsky or Hans Belting, say that these artists were “primitives” because applying the “wrong” perspective model, they can’t grasp the fact that they were in reality exploring a far “higher domain” than the mere pure mathematical abstraction promoted by the Newton-Galileo cult that became the modern priesthood ruling over “science”.
Much more about all of this can and should be said. Today, the best way to pay off the European debt to “Arab” scientific contributions, is to reward not just the Arab world but all future generations with a better future by opening to them the “Gates of Paradise”.
See all of Ghiberti’s works at the WEB GALLERY OF ART
Short Biography
- Arasse, Daniel, Léonard de Vinci, Hazan, 2011;
- Avery, Charles, La sculpture florentine de la Renaissance, Livre de poche, 1996, Paris;
- Belting, Hans, Florence & Baghdad, Renaissance art and Arab science, Harvard University Press, 2011;
- Bloch, Amy R., Lorenzo Ghiberti’s Gates of Paradise; Humanism, History and Artistic Philosophy in the Italian Renaissance, Cambridge University Press, 2016, New York;
- Borso, Franco et Stefano, Uccello, Hazan, Paris, 2004 ;
- Butterfield, Andrew, Verrocchio, Sculptor and painter of Renaissance Florence, National Gallery, Princeton University Press, 2020 ;
- Butterfield, Andrew, Art and Innovation in Ghiberti’s Gates of Paradise, High Museum of Art, Yale University Press, 2007;
- Kepler, Johannes, Paralipomènes à Vitellion, 1604, Vrin, 1980, Paris;
- Krautheimer, Richard and Trude, Lorenzo Ghiberti, Princeton University Press, New Jersey, 1990;
- Martens, Maximiliaan, La révolution optique de Jan van Eyck, dans Van Eyck, Une révolution optique, Hannibal – MSK Gent, 2020.
- Pope-Hennessy, John, Donatello, Abbeville Press, 1993 ;
- Radke, Gary M., Lorenzo Ghiberti: Master Collaborator; The Gates of Paradise, Lorenzo Ghiberti’s Renaissance Masterpiece, High Museum of Atlanta and Yale University Press, 2007;
- Rashed, Roshi, Geometric Optics, in History of Arab Sciences, edited by Roshdi Rashed, Vol. 2, Mathematics and physics, Seuil, Paris, 1997.
- Raynaud, Dominique, L’hypothèse d’Oxford, essai sur les origines de la perspective, PUF, 1998, Paris.
- Raynaud, Dominique, Ibn al-Haytham on binocular vision: a precursor of physiological optics, Arabic Sciences and Philosophy, Cambridge University Press (CUP), 2003, 13, pp. 79-99.
- Raynaud, Dominique, Perspective curviligne et vision binoculaire. Sciences et techniques en perspective, Université de Nantes, Equipe de recherche: Sciences, Techniques, et Sociétés, 1998, 2 (1), pp.3-23.;
- Vereycken, Karel, interview with People’s Daily: Leonardo Da Vinci’s « Mona Lisa » resonates with time and space with traditional Chinese painting, 2019.
- Vereycken, Karel, Uccello, Donatello, Verrocchio and the art of military command, 2022.
- Vereycken, Karel, The Invention of Perspective, Fidelio, 1998.
- Vereycken, Karel, Van Eyck, un peintre flamand dans l’optique arabe, 1998.
- Vereycken, Karel, Mutazilism and Arab astronomy, two bright stars in our firmament, 2021.
- Walker, Paul Robert, The Feud That Sparked the Renaissance, How Brunelleschi and Ghiberti changed the World, HarperCollins, 2002.
La paix de Westphalie, une réorganisation financière mondiale
par Karel Vereycken, Paris, France.

En 1648, après cinq ans de négociations, conduites notamment par le diplomate français Abel Servien sur les instructions du Cardinal Mazarin, était signée la « Paix de Westphalie » mettant fin à la guerre de Trente Ans. Bien avant la charte de l’ONU, 1648 fera de la souveraineté nationale, du respect mutuel et du principe de non-ingérence les fondements du droit international. La République des Pays-Bas et la Confédération helvétique sont reconnues et de nombreux traités bilatéraux de paix mettent fin aux conflits.
Mais ce n’est pas tout. Un lecteur attentif de ces traités de paix découvre que l’engagement de chacune des parties, qui consiste à prendre en considération « l’avantage d’autrui » autant, sinon plus, que le sien, se traduit par des actes concrets jetant les bases d’un nouvel ordre financier et économique international.
L’article 1 énonce le principe philosophique fondamental sur lequel repose la paix :
Qu’il y ait une paix chrétienne et universelle, et une amitié perpétuelle, vraie et sincère, entre [liste des parties renonçant au combat] ; et que cette paix et cette amitié soient observées et promues avec une telle sincérité et un tel zèle, que chaque partie s’efforce de procurer le bénéfice, l’honneur et l’avantage d’autrui ; et qu’ainsi, de tous côtés, ils puissent voir cette paix et cette amitié dans l’Empire romain, et le Royaume de France prospérer, en entretenant un bon et fidèle voisinage.
L’article 2 décrit ensuite le type de « réinitialisation » dont nous avons si urgemment besoin aujourd’hui :
Il y aura d’un côté et de l’autre un oubli, une amnistie ou un pardon perpétuel de tout ce qui a été commis depuis le début de ces troubles, en quelque lieu ou de quelque manière que les hostilités aient été pratiquées, de telle sorte qu’aucun acteur, sous quelque prétexte que ce soit, ne puisse pratiquer aucun acte d’hostilité, entretenir aucune inimitié ou causer aucun trouble ; (…) tout ce qui s’est passé d’un côté et de l’autre, aussi bien avant que pendant la guerre, en paroles, écrits et actions outrageantes, en violences, hostilités, dommages et dépenses, sans aucun respect pour les personnes ou les choses, sera entièrement aboli de telle sorte que tout ce qui pourrait être exigé ou prétendu par l’un et l’autre à ce sujet sera enseveli dans un oubli éternel.
Pendant des décennies, la plupart des belligérants de la guerre de Trente Ans se sont mutuellement infligés des dommages inouïs, essentiellement pour pouvoir rembourser leurs dettes avec le butin de leurs pillages et de leurs conquêtes, afin de satisfaire une minuscule oligarchie financière qui prêtait aussi généreusement aux uns qu’aux autres. C’est cet asservissement par la dette que le traité propose d’« ensevelir dans un oubli éternel ».
Ainsi, avant même de régler les disputes et les revendications territoriales, le traité s’attelle à créer les conditions mettant fin à la ruine financière dans laquelle tous se trouvaient plongés.
Les dettes, intérêts, obligations, rentes et créances financières impayables, insoutenables et illégitimes, explicitement identifiés comme alimentant une dynamique de guerre perpétuelle, sont examinés, triés et réorganisés, le plus souvent par l’annulation des dettes (articles 13 et 35, 37, 38 et 39), par des moratoires ou un rééchelonnement selon des échéanciers précis (article 69).
L’article 40 conclut que ces annulations s’appliqueront « à la réserve toutefois des sommes de deniers, qui durant la guerre ont été fournies de bon cœur et à bonne intention pour d’autres, afin de détourner les plus grands périls et dommages dont ils étoient menacez. » (Impliquant que ces dettes devront être honorées.)
Enfin, regardant vers l’avenir et pour faire en sorte que « le commerce refleurisse », le traité abolit de nombreux péages et octrois « inusités » et « privés », obstacles aux échanges des biens physiques et des savoirs-faire et donc du développement mutuel. (Art. 69).
Dans le texte :
- Art. 13 : « Le Seigneur Électeur de Bavière renoncera entièrement pour lui, ses héritiers et successeurs à la dette de treize millions, et à toute prétention sur la haute Autriche, et incontinent après la publication de la paix donnera à sa Majesté Impériale les actes obtenus sur cela pour être cassez et annullez. »
- Art. 35 : « La pension annuelle que le bas Marquisat avoit accoutumé de payer au haut Marquisat, soit en vertu du présent Traité entièrement supprimée, abolie et annullée, sans que doresnavant on puisse prétendre ou exiger pour ce sujet aucune chose, ni pour le passé, ni pour l’avenir. »
- Art. 37 : « Que les contracts, échanges, transactions, obligations, et promesses illicitement extorquez par force ou par menaces des États ou des sujets, (…) comme aussi les actions rachetées et cédées soient abolies et annullées ; en sorte qu’il ne sera permis à personne d’intenter aucun procès ou actions pour ce sujet. »
- Art. 38 : « Que si les débiteurs ont extorqué des créanciers par force ou par crainte les actes de leurs obligations, tous ces actes seront restituez, les actions sur ce demeurant en leur entier. »
- Art. 39 : « Que si l’une ou l’autre des parties qui sont en guerre, ont extorqué par violence, en haine des créanciers, des dettes causées pour achat, pour vente, pour revenus annuels, ou pour quelqu’autre cause que ce soit, il ne sera décerné aucune exécution contre les débiteurs qui allégueront, et s’offriront de prouver qu’on leur aura véritablement fait violence, et qu’ils ont payé réellement et de fait, si non après que ces exceptions auront été décidées en pleine connoissance de cause. Que le procès qui sera sur ce commencé, sera fini dans l’espace de deux ans à compter dez la publication de la paix, faute de quoi il sera imposé perpétuel silence aux débiteurs contumax. »
- Art. 40 : « Mais les procès qui ont été jusques-ici intentés contre eux de cette sorte ; ensemble les transactions, et les promesses faites pour la restitution future des créanciers, seront abolies et annullez ; à la réserve toutefois des sommes de deniers, qui durant la guerre ont été fournies de bon cœur et à bonne intention pour d’autres, afin de détourner les plus grands périls et dommages dont ils étoient menacez. »
- Art. 68 : « Quant à la recherche d’un moyen équitable et convenable, par lequel la poursuite des actions contre les débiteurs ruinez par les calamitez de la guerre, ou chargez d’un trop grand amas d’intérêts, puisse être terminée avec modération, pour obvier à de plus grans inconveniens qui en pourroient naître, et qui seroient nuisibles à la tranquillité publique, Sa Majesté Imperiale aura soin (…) »
- Art. 69 : « Et d’autant qu’il importe au public que la paix étant faite, le commerce refleurisse de toutes parts on est convenu à cette fin que les tributs, et péages, comme aussi les abus de la bulle Brabantine et les représailles et arrêts qui s’en seront ensuivis, avec les certifications étrangères, les exactions, les détentions, de même les frais excessifs des postes, et toutes autres charges, et empêchemens inusitez du commerce et de la navigation qui ont été nouvellement introduits à son préjudice et contre l’utilité publique çà et là dans l’Empire, à l’occasion de la guerre, par une authorité privée, contre tous droits et privilèges, sans le consentement de l’Empereur et des Électeurs de l’Empire, seront tout-à-fait ôtez ; en sorte que l’ancienne sûreté, la jurisdiction et l’usage tels qu’ils ont été longtemps avant ces guerres, y soient rétablis et inviolablement conservez aux Provinces, aux ports et aux rivières. »
Source des citations (texte du traité de Paix) :
https://mjp.univ-perp.fr/traites/1648westphalie.htm
Uccello, Donatello, Verrocchio and the art of military command

Uccello, Donatello, Verrocchio and the art of military command. An inquiry into the key events and artistic achievements that created the Renaissance. By Karel Vereycken, Paris.
Prologue

If there is still a lot to say, write and learn about the great geniuses of the European Renaissance, it is also time to take an interest in those whom the historian Georgio Vasari condescendingly called « transitional figures ».
How can one measure the contributions of Pieter Bruegel the Elder without knowing Pieter Coecke van Aelst? How can we value Rembrandt’s work without knowing Pieter Lastman? How did Raphaelo Sanzio innovate in relation to his master Perugino?
In 2019, an exceptional exhibition on Andrea Del Verrocchio (1435-1488), at the National Gallery in Washington, D.C., highlighted his great achievements, truly inspiring outbursts of great beauty that his pupil Leonardo da Vinci (1452-1519) would theorize and put to his greatest advantage.
The sfumato of Leonardo ? Verrochio is the pioneer, especially in the blurred features of portraits of women made with mixed techniques (pencil, chalk and gouache).

The joy of discovery
Leafing through the catalog of this exhibition, my joy got immense when I discovered (and to my knowledgne nobody else seems to have made this observation before me) that the enigmatic angel the viewer’s eye meets in Leonardo’s painting titled The Virgin on the Rocks (1483-1486) (Louvre, Paris), besides the movement of the body, is grosso modo a visual “quote” of the image of a terra cotta high relief (Louvre, Paris) attributed to Verrochio and “one of his assistants”, possibly even Leonardo himself, since the latter was training with the master as early as age seventeen ! The finesse of its execution and drapery also reminds us of the only known statue of Da Vinci, The Virgin with the laughing Child.


Many others made their beginnings in Verrocchio’s workshop, notably Lorenzo de Credi, Sandro Botticelli, Piero Perugino (Raphael’s teacher) and Domenico Ghirlandaio (Michelangelo’s teacher).
Coming out of the tradition of the great building sites launched in Florence by the great patron of the Renaissance, Cosimo de Medici for the realization of the doors of the Baptistery and the completion of the dome of Florence by Philippo Brunelleschi (1377-1446), Verrocchio conceived his studio as a true “polytechnic” school.
In Florence, for the artists, the orders flowed in. In order to be able to respond to all requests, Verrocchio, initially trained as a goldsmith, trained his students as craftsman-engineer-artists: drawing, calculation, interior decoration, sculpture, geology, anatomy, metal and woodworking, perspective, architecture, poetry, music and painting. A level of freedom and a demand for creativity that has unfortunately long since disappeared.
The Ghiberti legacy

In painting, Verrocchio is said to have begun with the painter Fra Filippo Lippi (1406-1469). As for the bronze casting trade, he would have been, like Donatello, Masolino, Michelozzo, Uccello and Pollaiuolo, one of the apprentices recruited by Lorenzo Ghiberti (1378-1455) whose workshop, starting from 1401, over forty years, will be in charge of casting the bronze bas-reliefs of two of the huge doors of the Baptistery of Florence.
Others suggest that Verrocchio was most likely trained by Michelozzo, the former companion of Ghiberti who said up shop with Donatello. As a teenager, Donatello had accompanied Brunelleschi on their joint expeditions to Rome to investigate the legacy of Greek and Roman art, and not only the architectural legacy.
In reality, Verrocchio only perpetuated and developed the model of Ghiberti’s « polytechnic » studio, where he learned the art. An excellent craftsman, Ghiberti was also goldsmith, art collector, musician and humanist scolar and historian.
His genius is to have understood the importance of multidisciplinarity for artists. According to him « sculpture and painting are sciences of several disciplines nourished by different teachings ».
The ten disciplines that he considered important to train artists are grammar, philosophy, history, followed by perspective, geometry, drawing, astronomy, arithmetic, medicine and anatomy.
You can discover, says Ghiberti, only when you managed to isolate the object of your research from interfering factors, and you can discover by detaching oneself from a dogmatic system;
as the nature of things want it, the sciences hidden under artifices are not constituted so that the men with narrow chests can judge them.
Anticipating the type of biomimicry that will characterize Leonardo thereafter, Ghiberti affirms that he sought:
to discover how nature functioned and how he could approach it to know how the objects come to the eye, how the sight functions and in which way one has to practice sculpture and painting.
Ghiberti, who was familiar with some of the leading members of the circle of humanists led by Salutati and Traversari, based his own reflexions on optics on the authority of ancient texts, especially Arabic. He wrote:
But in order not to repeat in a superficial and superfluous way the principles that found all opinions, I will treat the composition of the eye particularly according to the opinions of three authors, namely Avicenna [Ibn Sina], in his books, Alhazen [Ibn al Haytam], in the first book of his perspective, and Constantine [Qusta ibn Luqa] in the first book on the eye; for these authors are sufficient and treat with more certainty the things that interest us.
Deliberately ignored (but copied) by Vasari, Ghiberti’s Commentaries are a real manuel for artists, written by an artist. Most interestingly, it is by reading Ghiberti’s Commentaries that Leonardo da Vinci became familiar with important Arab contributions to science, in particular the outstanding work of Ibn al Haytam (Alhazen) whose treatise on optics had just been translated from Latin into Italian under the title De li Aspecti, and is quoted at length by Ghiberti in his Commentario Terzio. Author A. Mark Smith suggests that, through Ghiberti, Alhazen’s Book of Optics
may well have played a central role in the development of artificial perspective in early Renaissance Italian painting.

Ghiberti’s comments are not extensive. However, for the pupils of his pupil Verrocchio, such as Leonardo, who didn’t command any foreign language, Ghiberti’s book did make available in italian a series of original quotes from the roman architect Vitruvius, arab scientists such as Alhazen), Avicenna, Averroes and those european scientists having studied arab optics, notably the Oxford fransciscans Roger Bacon, John Pecham and the Polish monk working in Padua, Witelo.
Finally, in 1412, Ghiberti, while busy coordinating all the works on the Gates of the Baptistry, was also the first Renaissance sculptor to cast a life-size statue in bronze, his Saint John the Baptist, to decorate Orsanmichele, the house of the Corporations in Florence.
Lost wax casting
However, in order to cast bronzes of such a size, the artists, considering the price of metal, would use the technique known as “lost wax casting”.

This technique consists of first making a model in refractory clay (A), covered with a thickness of wax corresponding to the thickness of the bronze thought necessary.
The model is then covered with a thick layer of wet plaster (B) which, as it solidifies, forms an outer mold. Finally, the very hot molten bronze, pored into the mold it penetrates by rods (J) provided for this purpose, will replace the wax.

Finally, once the metal has solidified, the coating is broken. The details of the bronze (K) are then adjusted and polished (L) according to the artist’s choice.
This technique would become crucial for the manufacture of bells and cannons. While it was commonly used in Ifé in Africa in the 12th century for statuary, in Europe it was only during the Renaissance, with the orders received by Ghiberti and Donatello, that it was entirely reinvented.
In 1466, after the death of Donatello, it was Verrocchio’s turn to become the Medici’s sculptor in title for whom he produced a whole series of works, notably, after Donatello, his own David in bronze (Bargello National Museum, Florence).
If with this promotion his social ascendancy is certain, Verrocchio found himself facing the greatest challenge that any artist of the Renaissance could have imagined: how to equal or even surpass Donatello, an artist whose genius has never been praised enough?
Equestrian art
This being said, let us now approach the subject of the art of military command by comparing four equestrian monuments:
- Roman Emperor Marcus Aurelius on the Capitoline square in Rome (175 AD) ;
- Paolo Uccello’s fresco of John Hawkwood in the church of Santa Maria del Fiore in Florence (1436);
- Erasmo da Narni, known as “Gattamelata” (1446-1450), casted by Donatello in Padua.
- Bartolomeo Colleoni by Andrea del Verrocchio in Venice (1480-1488).
Equestrian statues appeared in Greece in the middle of the 6th century B.C. to honor the victorious riders in a race. From the Hellenistic period onward, they were reserved for the highest state figures, sovereigns, victorious generals and magistrates. In Rome, on the forum, they constituted a supreme honor, subject to the approval of the Senate. Apart from being bronze equestrian statues, each one is placed in a place where their troops fought.
While each statue is a reminder of the importance of military and political command, the way in which this responsibility is exercised is quite different.
Marcus Aurelius in Rome

Marcus Aurelius was born in Rome in 121 A.D., into a noble family of Spanish origin. He was the nephew of the emperor Hadrian. After the death of Marcus Aurelius’ father, Hadrian entrusted him to his successor Antonin. The latter adopts and gives him an excellent education. He was initiated early in philosophy by his master Diognetus.
Interested in the stoics, he adopted for a while their lifestyle, sleeping on the ground, wearing a rough tunic, before he was dissuaded by his mother.
He went to Athens in 175 A.D. and became a promotor of philosophy. He helps financially the philosophers and the rhetoricians by granting them a fixed salary. Concerned with pluralism, he supported the Platonic Academy, the Lyceum of Aristotle, the Garden of Epicurus and the Stoic Portico.
On the other hand, during his reign, persecutions against Christians were numerous. He saw them as troublemakers – since they refused to recognize the Roman gods, and as fanatics.

Erected in 175 A.D., the statue was entirely gilded. Its location in antiquity is unknown, but in the Middle Ages it stood in front of the Basilica of St. John Lateran, founded by Constantine, and the Lateran Palace, then the papal residence.
In 1538, Pope Paul III had the monument of Marcus Aurelius transferred to the Capitol, the seat of the city’s government. Michelangelo restored the statue and redesigned the square around it, one of the fanciest in Rome. It is undoubtedly the most famous equestrian statue, and above all the only one dating back to ancient Rome that has survived, the others having been melted down into coins or weapons…
If the statue survived, it is thanks to a misunderstanding: it was thought that it represented Constantine, the first Roman emperor to have converted to Christianity at the beginning of the 4th century, and it was out of the question to destroy the image of a Christian ruler.
Neither the date nor the circumstances of the commission are known.
But the presence of a defeated enemy under the right foreleg of the horse (attested by medieval testimonies and since lost), the emperor’s gesture and the shape of the saddle cloth, unusual in the Roman world, make us to belief that the statue commemorated Marcus Aurelius’ victories, perhaps on the occasion of his triumph in Rome in 176, or even after his death. Indeed, his reign (161-180) was marked by incessant wars to counter the incursions of Germanic or Eastern peoples on the borders of an Empire that was now threatened and on the defensive.
The horse, while not that large, but looking powerful, has been sculpted with great care and represented with realism. Its nostrils are strongly dilated, its lips pulled by the bit reveal its teeth and tongue.
One leg raised, he has just been stopped by his rider, who holds the reins with his left hand. Like him, the horse turns his head slightly to the right, a sign that the statue was made to be seen from that side. Part of his harness is preserved, but the reins have disappeared.
The size of the athletic rider nevertheless dominates that of a powerful horse that he rides without stirrups (accessories unknown to the Romans). He is dressed in a short tunic belted at the waist and a ceremonial cloak stapled on the right shoulder. It is a civil and not a military garment, adapted to a peaceful context. He is wearing leather shoes held together by intertwined straps.
The statue is striking for its size (424 cm high) and for the majesty it exudes. Without armor or weapons, eyes wide open and without emotion, the emperor raises his right arm. His authority derives above all from the function he embodies: he is the Emperor who protects his Empire and his people by punishing their enemies without mercy.
The fresco by Paolo Uccello

In 1436, at the request of Cosimo de’ Medici, the young Paolo Uccello was commissioned to paint a fresco depicting John Hawkwood (1323-1394), the son of an English tanner who had become a warlord during the Hundred Years’ War in France and whose name would be Italicized into Giovanno Acuto.
Serving the highest bidder, especially rival Italian cities, Hawkwood’s company of mercenaries was no slouch.
In Florence, although it may seem paradoxical, it was the humanist chancellor Coluccio Salutati (1331-1406) who put Hawkwood at the head of a regular army in the service of the Signoria.
This approach is not unlike that of Louis XI in France, who, in order to control the skinners and other cutthroats who were ravaging the nation, did not hesitate to discipline them by incorporating them into a standing army, the new royal army.
The humanists of the Renaissance, notably Leonardo Bruni (1370-1440) in his De Militia (1420), became aware of the curse of using mercenaries in conflicts and of the fact that only standing army, i.e. a permanent army formed of professionals and even better by citizens and maintained by a state or a city could guarantee a lasting peace.
Although Hawkwood faithfully protected the city for 18 years, his ugly “professionalism” as a mercenary was not unanimously accepted, to the point of inspiring the proverb “Inglese italianato è un diavolo Incarnato” (« An Italianized Englishman is a devil incarnate »).
Petrarch denounced him, Boccaccio tried in vain to mount a diplomatic offensive against him, St. Catherine of Sienna begged him to leave Italy, Chaucer met him and, no doubt, used him as a model for The Knight’s Tale (The Canterbury Tales).
All this will not prevent Cosimo, a member of the humanist conspiracy and a great patron of the arts, returning from exile, from wanting to honor him. But in the absence of the bronze equestrian statue (which had been promised to him…), Florence, will only offer him a fresco in the nave of Santa Maria del Fiore, that is to say under right under the cupola of the Duomo.

From the very beginning, Paolo Uccello’s fresco seems to have stirred quite a controversy. A preparatory drawing in the collections of Florence’s Uffizi Museum indicates the commander, more armed, taller, and, with his horse in a more military position. Uccello had originally depicted Hawkwood as « more threatening », with his baton raised and horse « at the ready ».
A recent ultraviolet study confirms the fact that the painter had originally depicted the condottiere armed from head to toe. In the final version, he wears a sleeveless jacket, the giornea, and a coat; only his legs and feet are protected by a piece of armor. The final version presents a less imposing rider, less warlike, more human and more individualized
In the dispute, it was not Uccello who was considered faulty, but his sponsors. Moreover, the painter was quickly given the task of redoing the fresco in a way deemed “more appropriate”.

Unfortunately, there is no record of the debates that must have raged among the officials of the church fabric (Opera Del Domo). What is certain is the fact that in the final version, visible today, the condottiere has been transformed from a warlord running a gang of mercenaries, into the image of philosopher-king whose only weapon is his commanding staff. At the bottom of the fresco, we can read in Latin: “Giovanno Acuto, British knight, who was in his time held as a very prudent general and very expert in military affairs.”
The position of the horse and the perspective of the sarcophagus have been changed from a simple profile to a di sotto in su view.
If this perspective is somewhat surrealistic and the pose of the horse, raising both legs on the same side, simply impossible, it remains a fact that Uccello’s fresco will set “the standards” of the ideal and impassive image of virtue and command that must embody the hero of the Renaissance: his goal is no longer to “win” a war (the objective of the mercenary), but to preserve the peace by preventing it (the objective of a philosopher-king or simply a wise head of state).
Paradigm shift



As such, one might say that Uccello’s fresco announces the “paradigm shift” marking the end of the age of perpetual feudal wars, to that of the Renaissance, that is to say to that of a necessary concord between sovereign nation-states whose security is indivisible, the security of one being the guarantee of the security of the other, a paradigm even more rigorously defined in 1648 at the Peace of Westphalia, when it made the agapic notion of the “advantage of the other” the basis of its success.
One historian suggests that the recommissioning of Uccello’s fresco was part of the « refurbishing » of the cathedral associated with its rededication as Santa Maria del Fiore by the humanist Pope Eugene IV in March 1436, determined to convince the Eastern and Western Churches to peacefully overcome their divisions and réunite as was attempted at the Council of Florence of 1437-1438 and for which the Duomo was central.
Interesting is the fact that Uccello’s fresco appeared at around the same time that Yolande d’Aragon and Jacques Coeur, who had his Italian connections, persuaded the French king Charles VII to put an end to the Hundred Years’ War by setting up a permanent, standing army.
In 1445, an ordinance was passed to discipline and rationalize the army in the form of cavalry units grouped into Compagnies d’Ordonnances, the first permanent army at the disposal, not of warlords or aristocrats, but of the King of France.
Donatello’s “Gattamelata” (1447-1453)

It was only some years later, in Padua, between 1447 and 1453, that Donatello would work on the statue of Erasmo da Narni (1370-1443), a Renaissance condottiere, i.e. the leader of a professional army in the service of the Republic of Venice, which at the time ruled the city of Padua. An important detail is that Erasmo was nicknamed “il Gattamelata”.
In French, « faire la chattemite » means to affect a false air of sweetness to deceive or seduce… Others explain that his nickname of “honeyed cat” comes from the fact that his mother was called Melania Gattelli or that he wore a crest (a helmet) in the shape of a honey-colored cat in battle…
The man was of humble origin, the son of a baker, born in Umbria around 1370. He learned to handle weapons from Ceccolo Broglio, lord of Assisi, and then, when he was in his thirties, from the captains of Braccio da Montone, who was known for recruiting the best fighters.
In 1427, Erasmo, who had the confidence of Cosimo de’ Medici, signed a seven-year contract with the humanist Pope Martin V, who wished to strengthen an army corps loyal to his cause with the aim of bringing to heel the lords of Emilia, Romagna and Umbria who were rebellious against papal authority.

He bought a huge suit of armor to reinforce his high stature. He was not an impetuous fighter, but a master of siege warfare, which forced him to take slow, thoughtful and progressive action. He spied on his prey for a long time before trapping it.
In 1432, he captured the fortress of Villafranca near Imola by cunning alone and without fighting. The following year he did the same to capture the fortified town of Castelfranco, thus sparing his soldiers and his treasure.
Those who were unable to grasp his tactics, accused him of being a coward for “running away” from the front-line, not realizing, that on a given moment, this was part of the tactics of his winning strategy.
He was a prudent captain, with a very well-mannered troop, and he was careful to maintain good relations with the magistrates of the towns that employed him. He obtained the rank of captain-general of the army of the Republic of Venice during the fourth war against the Duke of Milan in 1438 and died in Padua in 1443. Following his death, the Venetian Republic gave him full honors and Giacoma della Leonessa, his widow, commissioned a sculpture in honor of her late husband for 1650 ducats.
The statue, which represents the life-size condottiere, in antique-style armor and bareheaded, holding his commanding staff in his raised right hand, on his horse, was made by the lost-wax method. As early as 1447, Donatello made the models for the casting of the horse and the condottiere. The work progresses at full speed and the work is completed in 1453 and placed on its pedestal in the cemetery that adjoins the Basilica of Padua.

Brilliant for his cunning and guile, Gattamelata was a thoughtful and effective fighter in action, the type of leader recommended by Machiavelli in The Prince, and which appears in the sixteenth century by François Rabelais in his account of the “Picrocholine wars”.
Not the brute power of weapons, but the cunning and the intelligence will be the major qualities that Donatello will make appear powerfully in his work.
Contrary to Marcus Aurelius, it is not his social status that gives the commander his authority, but his intelligence and his creativity in the government of the city and the art of war. Donatello had an eye for detail. Looking at the horse, we see that it is a massive animal but far from static. It has a slow and determined gait, without any hesitation.
But that’s not all. A rigorous analysis shows that the proportions of the horse are of a “higher order” than those of the condottiere. Did Donatello make a mistake and make Erasmo too small and the horse too large? No, the sculptor made this choice to emphasize the value of Gattamelata who, thanks to his skills, is able to tame even wild and gigantic animals. In addition, the horse’s eyes show him as wild and untameable. Looking at him, one could say that it is impossible to ride him, but Gattamelata manages it with ease and without effort.
Because if you look at the reins in the hands of the protagonist, you will notice that he holds them in complete tranquility. This is another detail that highlights Erasmus’ powerful cunning and ingenuity.
Next, did you notice that one of the horse’s legs rests on a sphere? If this sphere (which could also be a cannonball, since Erasmus was a warrior) serves to give stability to Donatello’s composition as a whole, it also indicates how this animal of gigantic strength (symbolizing here warlike violence), once tamed and well used, allows the globe (the earthly kingdom) to be kept in balance.
Having told you about the horse, it is time to know more about the condottiere.
He has a proud and determined expression. The baton of command, which he holds in his hand, delicately touches the horse’s mane. The baton is not just a symbolic object; he may have received it in 1438 from the Republic of Venice.
Unlike Uccello’s fresco, Gattamelata is not dressed as a contemporary prince of commander, but as a figure beyond time embodying both the past, the present and the future. To capture this, Donatello, who takes care of every detail, has taken an ancient model and modernized it with incredible results. The details of the protagonist’s armor include purely classical motifs such as the head of Medusa, taken from Marcus Aurelius, in Greek mythology one of the three gorgons whose eyes had the power to petrify any mortal who crossed her gaze.
Although the helmet of Gattamelata would have allowed to identify him at eyesight, Donatello has discarded this option. With a helmet on his head, he would have been the symbol of a bloodthirsty warrior, rather than a cunning man. Even better, the absence of a helmet allows the artist to show us a fearless commander whose fixed gaze shows his determination. With the figure slightly bowed and legs extended, the sword in its scabbard placed at an angle, Donatello gives the illusion of an “imbalance” that reinforces in the viewer’s mind the idea that the horse is advancing with full strength.
Art historian John Pope-Hennessy is emphatic:
The fundamental differences between the Gattamelata and Marcus Aurelius are obvious. The (roman) emperor sits passively on his horse, legs dangling. In the fifteenth century, on the other hand, the art of riding implies the use of spurs. The impression of authority that emanates from the monument designed by Donatello comes from the total domination of the condottiere over his horse. (…) The soles of the feet are exactly parallel to the surface of the pedestal, as are the large six-pointed spurs, stretched to the middle of the animal’s flank.
As a result, Gattamelata is not a remake of the “classical Greek or Roman sculpture” of a hero with a sculpted physique, but a kind of new man who succeeds through reason. The fact that the statue has such a high pedestal also has its reason. Placed at such a height, the Gattamelata does not “share” our own space. It is in another dimension, eternal and out of time.
Verrocchio’s Colleoni

Some thirty years later, between 1480 and 1488, Andrea del Verrocchio, after a contest, was selected to make a large bronze equestrian statue of another Italian condottiere named Bartolomeo Colleoni (1400-1475).
A ruthless mercenary, working for a patron one day and his rival the next day, he served from 1454 the Republic of Venice with the title of general-in-chief (capitano generale). He died in 1475 leaving a will in which he bequeathed part of his fortune to Venice in exchange for the commitment to erect a bronze statue to his honor in St. Mark’s Square.
The Venetian Senate agreed to erect an equestrian monument to his memory, while charging the costs to the widow of the deceased…
In addition, the Senate refused to erect it in St. Mark’s Square, which was, along with St. Mark’s Basilica, at the heart of the city’s life. The Senate therefore decided to interpret the conditions set by Colleoni in his last will and testament without contradicting them, choosing to erect his statue in 1479, not in St. Mark’s Square, but in an area further from the city center in front of the Scuola San Marco, on the campo dei Santi Giovanni e Paolo.
Although Verrocchio had started working on the project since 1482, it remained unfinished at his death in 1488. And it is, not as Verrocchio wished, his heir Lorenzo di Credi who will cast the statue, but the Venetian Alessandro Leopardi (who lost the contest to Verrocchio), who will not hesitate to sign it!

If the horse is in conformity with the typology of the magnificent horses composing the quadriga overseeing the Basilica of Saint Mark of Venice (Greek statuary of the IVth century BC brought back by the crusaders from Constantinople to Venice in 1204) and of the horse of Marcus Aurelius, its musculature is more nervously underlined and traced. Objectively, this statue is ideally more proportionate. There is also more fine detail, a result of new pre-sculpture techniques, making the work captivating and realistic to look at.

The sculpture overflows its pedestal. According to André Suarès quoted in The Majesty of Centaurs:
Colleone on horseback walks in the air, he will not fall. He cannot fall. He leads his earth with him. His base follows him […] He has all the strength and all the calm. Marcus Aurelius, in Rome, is too peaceful. He does not speak and does not command. Colleone is the order of the force, on horseback. The force is right, the man is accomplished. He goes a magnificent amble. His strong beast, with the fine head, is a battle horse; he does not run, but neither slow nor hasty, this nervous step ignores the fatigue. The condottiere is one with the glorious animal: he is the hero in arms.

His baton of command is even metamorphosed into a bludgeon! But since it is not Verrocchio who finished this work, let us not blame the latter for the warlike fury that emanates from this statue.
Venice, a vicious slave-trading financial and maritime Empire fronting as a “Republic”, clearly took its revenge here on the beautiful conception developed during the Renaissance of a philosopher-king defending the nation-state.
On the aesthetic level, this mercenary smells like an animal. As a good observer, Leonardo warned us: when an artist represents a man entirely imprisoned by a single emotion (joy, rage, sadness, etc.), he ends up painting something that takes us away from the truly human soul. This is what we see in this equestrian statue.
If, on the contrary, the artist shows several emotions running through the figure represented, the human aspect will be emphasized. This is the case, as we have seen, with Donatello’s Gattamelata, uniting cunning, determination and prudence to overcome fear the face of threat.
Leonardo’s own, gigantic project to erect a gigantic bronze horse, on which he worked for years and developed new bronze casting techniques, unfortunately was never build, seen the hectic circumstances.

Finally, beyond all the interpretations, let us admire the admirable know-how of these artists. In terms of craft and skill, it generally took an entire life to become able to realize such great works, not even mentioning the patience and boundless passion required.
Up to us to bring it back to life !
Bibliography:
- Verrocchio, Sculptor and Painter of Renaissance Florence, Andrew Butterfield, National Gallery, Princeton University Press, 2020;
- Donatello, John Pope-Hennessy, Abbeville Press, 1993;
- Uccello, Franco and Stefano Borsi, Hazan, 2004;
- Les Commentaires de Lorenzo Ghiberti dans la culture florentine du Quattrocento, Pascal Dubourg-Glatigny, Histoire de l’Art, N° 23, 1993, Varia, pp. 15-26;
- Monumento Equestre al Gattamelata di Donatello: la Statua del Guerriero Astuto, blog de Dario Mastromattei, mars 2020;
- La sculpture florentine de la Renaissance, Charles Avery, Livre de poche, 1996 ;
- La sculpture de la Renaissance au XXe siècle, Taschen, 1999;
- Ateliers de la Renaissance, Zodiaque-Desclée de Brouwer, 1998;
- Rabelais et l’art de la guerre, Christine Bierre, 2007.
- The Greek language project, Plato and the Renaissance, Karel Vereycken, jan. 2021.
Moderne Devotie en Broeders van het Gemene Leven, bakermat van het humanisme

Ce même texte en français
Op 10 september 2011, gaf Karel Vereycken van het Schiller Institute, de volgende presentatie voor een kleine groep vrienden van de LaRouche Studiegroep Nederland.
Het huidige globale financiële systeem is failliet en zal in elkaar zakken over de komende dagen, weken en maanden, als er niets gedaan wordt om het rotte economische paradigma van vrijhandel, globalisatie en monetarisme te verdelgen.
De weg uit de crisis betekent onmiddellijk brugpensioen voor Obama et de splitsing van banken (Glass-Steagall Act) als hefboom om terug een echt krediet systeem op te bouwen, in tegenstelling tot een geldsysteem. Het gaat erom echte investeringen te bemiddelen in de schepping van fysieke en menselijke rijkdom via grootschalige infrastructuur projecten en de creatie van hooggekwalificeerde en welbetaalde banen.
Kan dat gedaan worden? Ja, dat kan, maar de grootste uitdaging is niet de politieke uitdaging. De echte uitdaging die ons toekomt, is het leggen van de grondvesten van een nieuwe renaissance, een fundamentele wending, weg van het groene en malthusiaanse pessimisme, naar een cultuur die er naar streeft de creatieve vermogens van elke persoon, hier, in Afrika en elders, volledig te doen opbloeien.
Was dat ooit gedaan in verleden? Ja, en vooral vanwaar ik hier spreek, beroerd door een grote emotie. Misschien omdat ik het privilege heb een zeker inzicht te bezitten over de rol van enkele leidende figuren die in de XIVde eeuw Zwolle tot “neuronenversneller” van de Europese cultuur hebben gemaakt.
Vergun me het plezier om hier in het kort de geschiedenis te schetsen van een beweging van lekenbroeders en onderwijzers, de Broeders en Zusters van het Gemene Leven, die in feite de peetvaders zijn van onze geliefde Erasmus van Rotterdam.
Zoals heel dikwijls, begint alles met een persoon die beslist een einde te maken aan zijn eigen tekortkomingen, en daarom oprijst als een natuurlijke leider. Je wilt een leidinggevende persoon worden? Begin met je eigen boel op te kuisen vooraleer je gaat preken bij anderen!
Geert Groote, de stichter

De geestelijke vader van de Broeders is Geert Groote, geboren in 1340 als zoon van een rijke textielhandelaar van Deventer, in die tijd, zoals Zwolle, Kampen en Roermond, een rijke handelsstad van de Hanze liga.
In 1345, na de internationale financiële krach, woekert de pest over heel Europa en bereikt onze gewesten in 1449-50. Meer dan 50 % van de bevolking verliest het leven en Groote, volgens sommige bronnen, verliest beide ouders.
Groote walgde voor de schijnheiligheid van de hordes van flagellanten die door de straten trekken. In plaats van openlijke zelfkastijding meent hij dat innerlijke boetedoening belangrijker is.
Groote heeft aanleg voor studeren en wordt snel naar Parijs gestuurd. Als hij 18 is, geeft men hem de titel van Magister Artium normaal alleen maar toereikbaar aan studenten ouder dan 20. Hij blijft acht jaar in Parijs maar maakt waarschijnlijk enkele uitstapjes naar Keulen en Praag.
Gedurende die periode assimileert hij alles wat men weten moest en kon op het gebied van Wijsbegeerte, Theologie, Geneeskunst, Kerkelijk Recht en Astronomie. Volgens sommigen leert hij Grieks, Latijns en Hebreeuws en beschouwd als een van de meest erudiete personen van zijn tijd.
Vervolgens krijgt hij een prebende van de kapittels van Aken (1368) en Utrecht (1371-1374). Op zevenentwintigjarige leeftijd wordt hij als diplomaat naar Keulen en naar het hof in Avignon in Frankrijk gestuurd om met paus Urbanus V een verschil te regelen tussen Deventer en de bisschop van Utrecht.
Groote’s hoofd, vol met kennis en successen, wordt groter en groter. Zijn beste vrienden, bewust van zijn talenten, zeggen hem vriendelijk op te passen en zich los te werken van de obsessie van het aardse paradijs. De eerste is Guillaume de Salvarvilla, de koormeester van Notre Dame in Parijs. De andere is Heinrich Eger von Kalkar (1328-1408) met wie hij studeerde in Parijs en die nu de nieuwe prior was van het Kartuizerklooster van Monnikshuizen bij Arnhem.
In 1372 is Groote doodziek, maar de priester van Deventer weigert hem, zolang hij niet afstand doet van zijn boeken over zwarte kunst, de laatste sacramenten toe te dienen. Vrezend voor zijn leven, verbrandt Groote koortsig al deze boeken op de markplaats van Deventer. Nu voelt hij zich stukken beter en begint te genezen. Hij beslist ook afscheid te nemen van het luxe leventje met erebanen waar hij weinig voor hoefde te doen en die hem veel geld opleverde.
Na deze bekering neemt Groote keiharde resoluties. In zijn Besluiten en voornemens schrijft hij:
Mijn leven wil ik ordenen op de eer en verheerlijking en de dienst van God en op het heil van mijn ziel. Geen enkel tijdelijk goed: noch zingenot, noch eer, noch tijdelijke goederen, noch wetenschap zal ik stellen boven het heil van mijn ziel… Mijn eerste voornemen is niet langer mijn hoop te vestigen in, of in de toekomst naar het verlangen van aardse winst; want hoe meer ik zal bezitten des te hebzuchtiger ik zal worden; en in tweede instantie, volgens de regels van de primitieve kerk, kan men niet tegelijkertijd winst halen uit meerdere voordelen [zowel uit het wereldlijke als het geestelijke]… Onder de wetenschappen van de heidenen, dient hun morele filosofie het minst vermeden te worden – want ze is dikwijls van groot nut en voordelig voor eigen studie en om anderen te beleren. Dat is zo omdat de wijste onder hen, zoals Socrates en Plato, alle filosofie doortrokken tot morele beschouwingen, en wanneer zij diepe onderwerpen aanspraken deden zij dat op figuurlijke en lichte wijze, met een klemtoon op hun moreel aspect…
Hij trekt zich terug bij de Kartuizers in Monnikshuizen. Maar na drie jaar zegt zijn voormalige schoolkameraad en vriend, de prior Eger van Kalkar aan Groote: “U kunt veel meer goeds doen door in de wereld te gaan preken, waarvoor God U groot talent heeft gegeven, dan hier te blijven in het klooster”.
Vooraleer aan de slag te gaan, doet Groote in 1378 een laatste reis naar Parijs om daar de boeken te kopen die hij nodig heeft. Volgens Pomerius maakte Groote die reis met zijn vriend van Zwolle, de toen al vermaarde schoolmeester Joan Cele (circa 1350-1417).
Jan van Ruusbroec, bron van inspiratie

Onderweg bezoeken ze Jan van Ruusbroec (1293-1381), de Vlaamse mystieker en prior van Groenendaal, een kluis aan de rand van het Zoniënwoud bij Brussel. Groote trachtte eerst diens originele geschriften “te verbeteren” maar schreef later in een brief: “Voor tijd en eeuwigheid zou ik ‘des priors voetschabel’ willen zijn, zo sterk is mijn ziel in liefde en eerbied met hem verenigd”. (Nota 1)
Terug in Deventer, spits Groote zich toe op studeren en preken. Eerst meld hij zich in 1379 bij zijn bisschop om tot diaken te worden gewijd. Als diaken krijgt hij het recht te prediken in heel het bisdom Utrecht (ruwweg het huidige Nederland boven de grote rivieren, met uitzondering van de Groningse Ommelanden).
Grote gaat al predikend rond door de Nederlanden en verzamelt vele volgelingen om zich heen. Zijn roem spreidt zich snel over de Lage landen en van overal komt men naar hem luisteren. Hij preekt eerst in Deventer, dan in Zwolle, Kampen, Zutphen en later in Amsterdam, Haarlem, Gouda, Delft en verder. Zijn succes was zo groot dat er binnen de kerk wel wat jaloersheid ontstond. Anderzijds is het ook begrijpelijk dat de wanorde binnen de westerse kerk, namelijk grote schisma tussen 1378 en 1417, Groote’s inspanningen bewerkstelligden.
Al vanaf 1374, schenkt hij het huis van zijn ouders aan een groep arme vrouwen die er samen willen gaan wonen en voorziet hen van een reglement: het eerste zusterhuis van de ???? is in Deventer geboren. Hij noemt hen de Zusters van het Gemene Leven, een concept ontwikkeld door Ruusbroec in verschillende van zijn werken zoals in de slotparagraaf van Vanden Blinckenden Steen:
Die mensche die ute deser hoocheit van Gode neder-ghesent wert inde werelt, hi es volder waerheit, ende rijcke van allen doechden. Ende hi en soeket sijns niet, maer Des-gheens eere diene ghesonden heeft. Ende daer-omme es hi gherecht ende warechtich in alle dinghen. Ende hi heeft eenen rijcken melden [milden] gront, die ghefondeert es inde rijcheit Gods. Ende daeromme moet hi altoes vloeyen in alle die-ghene die sijns behoeven; want die levende fonteyne des Heilich Gheests die es sine rijcheit diemen niet versceppen en mach. Ende hi es een levende willich instrument Gods daar Gode mede werct wt Hi wilt ende hoe Hi wilt; ende des en dreecht hi hem nit ane, maar hi gheeft Gode die eere. Ende daarom blijft hi willich ende ghereet alles te doene dat God ghebiedt; ende sterc ende ghenendich alt te dogene ende te verdraghene dat God op hem gestaedt. Ende hier-omme heeft hi een ghemeyn leven; want hem es scouwen [contemplatie] ende werken even ghereet, ende in beiden is hi volcomen.
Florens Radewijns, de doener

Gedurende een van zijn eerste preken, rekruteert Groote Florens Radewijns (1350-1400). Geboren in Utrecht, studeerde deze in Praag waar ook hij Magister Artium werd op achttienjarige leeftijd. Groote stuurt hem eerst naar Worms om daar tot priester gewijd te worden.
In 1380 neemt Groote zelf met een groepje van tien leerlingen zijn intrek in het huis van Radewijns in Deventer. Dit huis zou later als ‘Heer Florenshuis’ of ‘Rijke Fratershuis’ bekend komen te staan: het eerste broederhuis. Het werd de uitvalsbasis van veel van Geert Groote’s activiteiten.
Wanneer Groote sterft in 1384 van de pest beslist Radewijns, de beweging die Groote uit te bouwen tot de Broeders en Zusters van het Gemene leven.
Al snel noemen ze zich de Devotio Moderna (Moderne Devotie).
Boeken en begijnhoven


Een aantal sterke overeenkomsten bestaan er met de Begijnen die in het begin van de XIIIde eeuw ontstonden. (Nota 2)
De eerste begijnen waren onafhankelijke, alleenwonende, geestelijk diepbewogen vrouwen (zonder man noch regel) die in de wereld het geweldige avontuur aandurfden van een persoonlijke verhouding met God. (Nota 3)
Ze verlangden geen geloften, geen klooster en geen speciale band met de hiërarchie. Ze leefden niet van aalmoezen maar werkten zelf voor hun dagelijkse kost.
Nog meer dan voor de Begijnen staan boeken centraal in alle activiteiten van de Broeders en Zusters van het Gemene Leven.
Het overschrijven en maken van boeken is een voorname bron van inkomsten die tegelijkertijd het goede woord aan de grote massa kan brengen.
De Broeder- en Zusterhuizen spitsen zich toe op onderwijs en hun priesters of preken. Dankzij hun scriptorium en drukkerijen zal hun geestelijke literatuur en ook hun muziek zich ver verspreiden.
Congregatie van Windesheim
Om de beweging tegen ongerechte kritiek te beschermen, richt Radewijns een klooster op van reguliere kanunniken die de regel volgen van Augustinus. In Windesheim, tussen Zwolle en Deventer, op een stukje land van Berthold ten Hove, een van hun leden, wordt een klooster opgebouwd. Een tweede klooster, ditmaal voor vrouwen, komt er in Diepenveen bij Arnhem. De bouw van Windesheim nam meerdere jaren tijd in beslag en verschillende broeders leefden daar tijdelijk in hutten op de werf.
Toen in 1399 Johannes van Kempen, die ook bij Groote had gewoond in Deventer, de eerste prior werd van het klooster Agnietenberg bij Zwolle, kreeg de beweging een nieuw elan. Van Zwolle, Deventer en Windesheim, zwermde de nieuwe leden uit over de lage landen en de rest van noord-Europa om overal nieuwe godshuizen te vestigen.

In 1412 kende de congregatie 16 kloosters en hun aantal rees tot 97 in 1500: 84 mannen- en 13 vrouwenpriorijen. Bovendien bestonden er talrijke kloosters van kanunnikessen, die niet formeel tot het kapittel van Windesheim behoorden, maar die een Windesheimer als rector hadden. Groenendaal en vele andere kloosters maakten vanaf 1394 deel uit van de Congregatie van Windesheim, slechts erkend door de bisschop van Utrecht in 1423.
A Kempis, Cusanus en Erasmus


Johannes van Kempen was natuurlijk de broer van de wereldberoemde Thomas a Kempis (1379-1471) die, na lange jaren leiding van de Broeders van het Gemene Leven, op 92 jarige leeftijd stierf in het klooster Agnietenberg van Zwolle. Behalve een relaas over het leven van Groote en de opkomst van de beweging schreef hij de Imitatione Christi (In navolging Christus), na de Bijbel, het meest gelezen boek ter wereld.
Zowel Rudolf Agricola (1444-1485) als Alexander Hegius (1433-1498), twee markante professors van Erasmus van Rotterdam en onvergelijkbare meesters van het Latijn, het Grieks en het Hebreeuws, werden in Deventer door de Broeders opgeleid en in Zwolle door Thomas a Kempis.
Ook Nicolaus Cusanus (1401-1464), die Agricola beschermde en na zijn dood, via een Bursa Cusana geld gaf om wezen en arme studenten op te leiden, werd mogelijkerwijs door de Broeders opgeleid. Wanneer Cusanus in 1451 naar de Nederlanden reist om daar de scheefgegroeide situaties recht te trekken, bezoekt hij de streek met Dionysius de Karthuizer (van Rykel) (1402-1471), een volgeling van Ruusbroec aan wie hij de opdracht geeft deze taak af te ronden. Geboren in Limburg, volgde ook Dionysius de Karthuizer school in Zwolle. (Nota 4)
Wessel Ganzevoort

Een andere uitzonderlijke figuur was Wessel Ganzevoort (1419-1489) die samenwerkte met de Griekse kardinaal Bessarion, zelf een intieme medewerker van Cusanus voor het Oecumenische concilie van Ferrare-Firenze.
Gansfoort werd opgeleid in de door de Broeders geleide Sint Maartensschool van Groningen alvorens verder te studeren aan de Latijnse School van Groote’s vriend Joan Cele in Zwolle. Ook de eerste Nederlandse paus, Adrianus VI, werd opgeleid aan de Zwolse Latijnse school alvorens te studeren onder Hegius in Deventer. Vooraleer hij naar Rome ging, stond deze paus open voor de ideeën van Erasmus.
In een brief verzonden van Deventer schrijft Hegius aan Ganzevoort, wie hij de Lux Mundi (het licht der wereld) noemt:
Ik stuur U, zeer eerwaarde heer, de Homiliën van Johannes Crysostomus. Ik hoop dat hun lectuur U mag behagen. Gezien gouden woorden U altijd meer plezier deden dan gouden geldstukken. Ik ben, zoals u weet, in Cusanus’s bibliotheek geweest. Daar vond ik veel boeken die me helemaal onbekend waren… (…) Vaarwel, en als U wilt dat ik voor U iets doe, geef me een teken en beschouw de zaak als gedaan.
Rembrandt van Ryn

Een blik op de vorming van Rembrandt bewijst dat ook hij een later product was van al deze inspanningen. In 1609 gaat Rembrandt, amper drie jaar oud, naar de basisschool waar jongens en meisjes leren lezen, schrijven en rekenen.
In de zomer beginnen de lessen om zes uur ’s morgens en om zeven in de winter. De lessen worden beëindigd om zeven uur ’s avonds. De lessen beginnen met bidden, het bespreken van passages uit de Bijbel en het zingen van psalmen. Het is daar dat Rembrandt een elegant handschrift ontwikkelt en meer dan een basisbegrip krijgt over godsdienst.
Gedurende die jaren trachten de Nederlanden te overleven. Het twaalfjarige bestand wordt gebruikt om het algemene goed to ontwikkelen en Nederland wordt één van de eerste landen waar iedereen de kans krijgt om te leren lezen, schrijven en rekenen.
Deze universele educatie voor zowel rijk als arm, zij het met enige tekortkomingen, was het geheim van de “Gouden Eeuw” en de belezenheid van Nederlandse immigranten in Amerika zal een eeuw later ook een voorname rol spelen gedurende de Amerikaanse revolutie.
Hoewel de meeste kinderen het secundair onderwijs aanpakten op twaalfjarige leeftijd, begon Rembrandt zijn opleiding op de Latijnse School van Leiden op zevenjarige leeftijd!
Daar leerde men, buiten retorica, logica en kalligrafie, niet alleen Grieks en Latijns maar ook Engels, Frans, Spaans of Portugees. In 1620, wanneer Rembrandt veertien jaar oud is, schrijft hij in als student aan de universiteit gezien toen geen wet jonge talenten kon weerhouden.
Als vak kiest hij niet Theologie, Rechten, Wetenschap of Geneeskunst, maar… Literatuur. Wilde Rembrandt Griekse en Hebreeuwse filologie en misschien Koptisch of Arabisch aan zijn brede cultuur toevoegen?
Men beseft dus, dat de Nederlanden, België inbegrepen, met Ruusbroec en Groote en later met Erasmus en Rembrandt, in een niet zo ver verleden, een bakermat was voor het soort humanisme dat de mensheid tot de grootste mogelijkheden kan verheffen. Hier falen om onze beweging uit te breiden is dus onmogelijk.

VOETNOTEN:
1. Geert Groote vertaalde in het Latijn op zijn minst drie van Ruusbroec’s werken die hij waarschijnlijk in Monnikshuizen voor het eerst had ontdekt. Hij stuurde het boek over het Tabernakel naar de cisterciënzers van Altencamp en naar zijn vrienden in Amsterdam. Toen de Brulocht werd aangevallen, nam hij persoonlijk de verdediging op van Ruusbroec. Dankzij het gezag van Groote werden de werken van Ruusbroec overvloedig gekopieerd en zorgvuldig bewaard. Ruusbroec’s leer werd gevulgariseerd in de geschriften van de Moderne Devotie en vooral in de Navolging van Christus.
2. In het begin van de XIIIde eeuw werden de begijnen beschuldigd van ketterij en vervolgd, behalve in de Bourgondische Nederlanden. In Vlaanderen werden ze vrijgesproken en kregen ze een officieel statuut. In feite genoten zij de bescherming van twee belangrijke vrouwen: Johanna en Margareta van Constantinopel, gravinnen van Vlaanderen. Zij organiseerden de stichting van de begijnhoven van Leuven (1232), Gent (1234), Antwerpen (1234), Kortrijk (1238), Ieper (1240), Rijsel (1240), Zoutleeuw (1240), Brugge (1243), Douai (1245), Geraardsbergen (1245), Hasselt (1245), Bergen (1248), Anderlecht (1252), Breda (1252), Diest (1253), Lier (1258), Tongeren (1257), Mechelen (1258), Haarlem (1262) en in 1271 deponeerde Jan I, graaf van Vlaanderen, persoonlijk de statuten van het Groot Begijnhof van Brussel. In 1321 schatte de Paus het aantal begijnen op 200.000.
3. Het poëtisch Platonisme van de Antwerpse begijn Hadewijch heeft een onmiskenbare invloed gehad op Jan van Ruusbroec.
4. Het eerste boek gedrukt in Vlaanderen door Erasmus’ vriend Dirk Martens, was Dionysius’ werk Een spiegel van de bekering van de zondaars in 1473.
Rembrandt’s oil painting is back… in China?

While in the West, “modern” artistic expression has degenerated into vibrant eulogies on the “Eros/Thanatos” theme (sex/death), Chinese artists have been encouraged to revive the most uplifting forms of art, often combining classical universal geniuses with their own historic traditions.
A case in point is Wang Shaolun (born 1968), whose “realistic” paintings, including beautiful portraits of women, are rejected by western critiques as remnants of “social realism”. It is true that, even when the country is rapidly becoming an industrial giant and urban residents become richer and richer, this young artist continues depicting farmers.
Following his graduation from the Beijing Central Academy of Fine Arts, Shaolin, sponsored by the Chinese government, could finish his training at the world famous Repin Art Academy of Saint-Petersburg. Recently, Shaolin was commissioned by the Chinese government to paint several life-size oil paintings for museums in major cities, as well as for national celebratory events.
On Nov. 18, CGTN, presented Shaolun’s 1999 work titled: « Xiaogang, The Night Of November 24, 1978 » depicting a night scene in a rural farming village in Anhui Province. “That evening, 18 farmers signed an agreement that would change the course of agriculture in China.” writes CGTN. Before 1978, China practiced collective farming. But food shortages due to drought, lack of incentives and other challenges were persistent.
The historical accord was called « The Household Responsibility System (HRS)” and for the first time all allowed individual households to contract land and machinery to produce their own yields. With this new procedure, “Each household sold the government their grain at an official price. But any leftover grain could be sold on the open market at a much higher price.” The new system was one of the key reforms of Deng Xiaoping and a key step of pulling millions out of extreme poverty. As a result, between 1978 and 1984, agricultural output in China almost doubled. The HRS resolved the food scarcity crisis and elevated incomes.
The painting is clearly inspired by Rembrandt’s 1661 oil painting called the “Conspiracy of Claudius Civilis” with the light literately emanating out of the table and illuminating a group of peasants intensively concentrating on accomplishing an act that’s going to change the course of history.
Et l’Homme créa l’acier…
Par Karel Vereycken, novembre 2013.

Le 12 octobre 2013, Alain Vigneron, un travailleur belge d’Arcelor Mittal, mettait fin à ses jours. Dans une lettre « Monsieur Mittal m’a tout pris », il faisait ses adieux à sa famille et ses proches, et appelait le gouvernement belge à sauver les milliers d’emplois qui sont menacés. Nous attendons toujours une réponse politique à la hauteur de la situation. Nous lui dédions ce dossier sur la transformation, au travers de l’histoire, de la production des métaux.

Crédit : Pierre Heckler
En France, tout comme ailleurs en Europe, laminés par une mondialisation financière qui détruit tout sur son passage, les aciéries ferment (Gandrange), les hauts fourneaux s’éteignent (Florange) et les chantiers navals (STX), aussi bien que ce qui a survécu comme production automobile (PSA), menacent de péricliter.
Les politiques, les financiers et les énarques de Bercy, au lieu d’engager un combat contre la finance folle et une véritable reconversion industrielle vers les technologies du futur (spatial, nucléaire, coussin d’air, nanotechnologies, etc.), nous proposent, sous prétexte d’une lutte contre un dérèglement climatique dont les véritables causes restent à établir, de décarboner notre production.
Sur ce site, nous avons documenté comment une transition énergétique qui prend comme objectif une économie « zéro carbone » est vouée à l’échec.
Ici, nous nous proposons de montrer en quoi la formule populaire selon laquelle « les écologistes veulent nous ramener au Moyen-âge », qui peut sembler délibérément excessive, est finalement assez justifiée, au-delà d’une simple façon de parler. Car sans acier, nous reviendrons, au mieux, à l’âge de pierre !
Sans énergie, pas d’humanité

Pour le comprendre il faut maîtriser les rudiments d’une culture industrielle.
Pour introduire le sujet il faut rappeler que la survie de l’humanité dépend et dépendra toujours de sa capacité à effectuer, grâce à la créativité humaine, des bonds qualitatifs dans sa maîtrise des flux d’énergie de plus en plus denses.
Initialement réduit à mettre simplement à profit le mouvement aléatoire de grandes masses de matières (le vent, l’eau, etc.), l’homme, grâce à sa maîtrise du feu et de l’atome, a découvert comment agiter lui-même la matière.
Ensuite, il apprend, avec la vapeur produite à partir d’une source de chaleur, à générer de l’énergie mécanique aujourd’hui transformable en électricité. Enfin, avec des moteurs à combustion chimique, il obtient directement de l’énergie mécanique.
Dans ce long processus historique, l’homme s’approprie non seulement des combustibles toujours plus denses (bois, charbon, pétrole, gaz et ensuite – par un saut équivalant à 100 000 fois plus en termes de densité – uranium, hydrogène, hélium, etc.) mais améliore les procédés pour les exploiter.
La création de matériaux nouveaux

Signature de cette maîtrise croissante des flux de densité d’énergie toujours plus élevés et des températures de plus en plus élevées qui accompagnent ce processus, la création de matériaux nouveaux, totalement absents de la nature, en premier lieu des alliages de métaux tels que le bronze, le laiton, et plus récemment l’acier.
Vu l’impact révolutionnaire que subit une société qui se transforme, se repense et se réorganise autour de l’utilisation de ces métaux, les archéologues ont classé les âges de l’humanité en fonction du paradigme des métaux dont une civilisation se servait à une époque donnée.
Les origines de la métallurgie
Bien que de nouvelles recherches estiment que l’Afrique a été l’un des berceaux majeurs de la métallurgie, son apparition précoce au Proche-Orient, en Mésopotamie, et sur le plateau anatolien (Turquie) est bien documentée. Berceau de l’humanité, cette grande région sera pendant des millénaires le creuset historique où s’opéreront les sauts qualitatifs de la métallurgie.
Chronologiquement, l’on parle de l’âge du cuivre, l’âge de bronze et l’âge de fer. Cependant, et bien peu de membres de notre civilisation actuelle en sont hélas réellement conscients, nous vivons dans un âge beaucoup plus avancé que l’âge de fer : celui de l’acier.

1. L’âge de cuivre (-5500 à -3000 av. JC) ou chalcolithique (de chalco, cuivre et lithos, pierre) désigne les sociétés néolithiques qui utilisent la pierre mais s’ouvrent petit à petit à l’usage des premiers métaux : le cuivre et l’or. Les plus anciennes traces d’une culture ayant employé ces deux métaux ont été retrouvées en Bulgarie, à Varna, une localité située aux abords de la mer Noire. On y trouve quelque deux cents sépultures (4600 et 4200 ans avant JC) contenant de nombreux objets (parures, armes, offrandes).
La fonte de ces nouveaux métaux est rendue possible grâce au progrès des fours pour la cuisson de la céramique, qui permet d’atteindre des températures élevées (l’or fond à 1084° Celsius, le cuivre à 1054°). Cependant, leur utilisation précoce s’explique surtout par le fait qu’ils sont constitués d’une matière « ductile », c’est-à-dire malléable, donc pouvant se prêter au travail d’outils en pierre par martelage à froid. Mondialisation précoce. Bien que l’épicentre de l’âge de bronze se trouve au Moyen-Orient et en Mésopotamie, l’étain pour produire le bronze était importé d’Angleterre et transporté par la Loire et la Saône.

2. L’âge de bronze (3000-800 av JC). À partir de la production du cuivre, il sera possible de procéder à des alliages. En incorporant 10 % d’étain dans le cuivre, on obtient du bronze, si on se sert du zinc, c’est du laiton. Pour disposer de bons outils et d’armes solides, l’on obtient avec le bronze un métal plus dur que l’or et le cuivre. Ironie de l’histoire, la production du bronze témoigne d’une mondialisation précoce des échanges et d’une complexité grandissante des processus de production.
Car au Proche-Orient (Égypte, Israël, Jordanie et Mésopotamie), où l’âge de bronze connaît ses débuts, les mines d’étain font défaut. On fait venir le minerai des mines de Cornouailles en Angleterre, effectuant un voyage de plus de 5000 kilomètres, passant notamment par la Loire et la Saône en France… La métallurgie du fer est apparue au Proche-Orient à partir de 1500 ans avant JC avant de rayonner au-delà.

3. L’âge de fer (-1500 au Proche-Orient, -900 en Europe). La première apparition du fer se situe entre 1650 et 1700 avant notre ère, chez les Hittites et les Chalybes, peuples d’Asie mineure, une région riche en mines de fer. Ils transmettront leur savoir-faire aux Étrusques et aux Gaulois.
4. L’âge d’acier (1709 à aujourd’hui). Comme nous l’avons dit, nous vivons aujourd’hui dans un âge beaucoup plus avancé que l’âge de fer : l’âge d’acier. Ce métal, inexistant dans la nature, possède des propriétés extraordinaires. Pour s’en rendre compte, il faut d’abord savoir de quoi l’on parle. Qu’entend-t-on par acier ?
La question s’est posée de façon brutale au XVIIIe siècle. Avant la Révolution, la France importait l’essentiel des produits sidérurgiques. Une fois en guerre contre l’Allemagne et l’Angleterre, ces pays, en bonne logique, refusaient de nous approvisionner en acier, un alliage de fer et de carbone, totalement stratégique pour nos capacités militaires.
Dans l’urgence, reprenant le travail de Réaumur, Monge, Berthollet et Vandermonde analysent avec grand soin les alliages du fer avec le carbone, définissant la différence chimique entre le fer, la fonte et l’acier.
Aujourd’hui, ces différences s’établissent comme suit :
- Fer. En dessous de 0,025 % de carbone, le fer est ductile. Le fer forgé a son utilité mais l’on ne peut pas en faire ni des ponts, ni des armes ni des pièces de machines ;
- Fonte. Si le taux de carbone varie entre 2,1 et 6,67% (taux de saturation) il s’agit de fonte. Ce métal, saturé de carbone, est très dur, utile pour certains usages (balle à canons, tuyaux d’égouts, etc.), mais très cassable.
- Acier. Entre les deux, c’est-à-dire entre 0,025 et 2,1%, l’on a de l’acier qui est en même temps très dur et quasiment incassable. C’est le secret de la révolution industrielle.
Production artisanale et industrielle

Pour comprendre l’histoire de l’acier, différente de celle du fer, il faut d’abord examiner comment l’on peut le produire. Pour faire simple, disons qu’il existe deux grandes méthodes :
A. Production artisanale. Avec des efforts presque surhumains, l’on peut obtenir de façon artisanale dans un « bas fourneau » de l’acier par la méthode dite de « de réduction directe ». Le foyer du bas fourneau, enterré dans le sol, dépasse rarement 50 cm de diamètre. Le bois, disposé en couches horizontales en alternance avec le minerai, est le seul combustible utilisé pour réduire le minerai de fer.
Afin d’assurer l’apport en oxygène nécessaire à la combustion et d’augmenter la température au sein du fourneau, le foyer communiquait avec la surface par une tuyère.
A des températures ne dépassant pas les 900° Celsius, le fer produit est ramolli et non fondu et les pertes sont assez importantes. Après la démolition du fourneau, l’on retirait le fer du foyer. On appelle « la loupe », le métal ainsi obtenu sous la forme d’une masse spongieuse et pâteuse contenant de très nombreuses scories.
Pour éliminer ces dernières, l’on va marteler la loupe et souder les atomes/particules de fer entre eux/elles. Grâce à un long travail de martelage, les forgerons indiens et armuriers syriens, chauffant leurs fours avec du charbon de bois, vont réussir à durcir le métal en y incorporant un peu de carbone. L’acier est un alliage savant entre le fer et le carbone. Pour en produire en grandes quantités, on utilise la méthode « indirecte ». Une fois produite « la fonte », il faut la « décarboner » pour en faire de l’acier.
B. Production industrielle. Pour réduire le coût et le temps de production de l’acier, l’homme va construire des « hauts fourneaux » permettant de produire de l’acier par une méthode opérant en deux temps, appelée méthode de « réduction indirecte », parfois qualifiée de « méthode wallonne », car pratiquée entre Sambre et Meuse depuis le XVIe siècle.
Dans un premier temps, en entassant charbon de bois et minerai de fer dans un haut fourneau, il s’agit de porter la température de l’ensemble à un niveau supérieur à 1535° Celsius, température de la fusion du fer. L’on peut alors couler le fer liquide dans des moules. Le métal obtenu est appelé « la fonte ».
Dans un deuxième temps, pour transformer cette fonte, qui s’est abreuvée de carbone, l’on doit la « décarboner » et l’affiner par différents procédés. Au lieu du martelage, le laminage va également aider à la production d’acier de bonne qualité.
Cinq Révolutions

Comme on l’a constaté, ce passage de la production artisanale à la production industrielle implique une augmentation de 50% des températures. L’on passe d’environ 1000°C à plus de 1500°C.
Pour y parvenir, plusieurs révolutions ont permis d’augmenter les flux de densité énergétique :
1. Première révolution du combustible grâce au charbon de bois. La première révolution à cet effet consistait à remplacer dans les fours le bois par du charbon de bois.

Dès le IVe siècle avant JC, c’est en Chine que l’on opère cette révolution. Le charbon de bois s’obtient par la pyrolyse du bois, c’est-à-dire qu’on le chauffe sans oxygène, ce qui va chasser l’humidité et les essences sans le brûler. Ce que l’on obtient est une matière à très haute densité en carbone.
En plus, le charbon de bois a le grand avantage de laisser passer l’air. Grâce à cette propriété, l’on peut accroître fortement la quantité d’oxygène que l’on injecte avec des soufflets.

Au Moyen-âge, la consommation du charbon de bois est considérable : pour obtenir 50 kg de fer par jour, il faut 200 kg de minerai et 25 stères de bois ; en quarante jours, une seule charbonnière déboise une forêt sur un rayon de 1 km. L’usage intensif du charbon de bois dans les forges a provoqué des déforestations qui ont touché la Chine antique puis l’Europe romaine et médiévale.
En France, les dégâts étaient tels qu’une ordonnance de 1339 obligea la destruction des forges dans un rayon de trois lieues autour de Grenoble afin d’arrêter la déforestation provoquée par l’usage intensif du charbon de bois pour les forges.
2. Mise à profit de la force hydraulique. La deuxième révolution permettant d’augmenter la densité énergétique en métallurgie qu’accompliront les Chinois, c’est l’usage de la force hydraulique pour actionner les soufflets.

« Du Shi fut nommé Préfet de Nanyang. Il fut un homme généreux et son administration fut pacifique ; il anéantit les malfaisants et établit la dignité [de sa tâche]. Bon planificateur, il aimait le petit peuple et souhaitait économiser sa peine. Il inventa un appareil à mouvement de va-et-vient pour la coulée d’outils agricoles [en fonte]. Ceux qui fondaient et coulaient avaient jusqu’ici coutume d’actionner les soufflets pour attiser le feu de leur charbon de bois, et ils savent maintenant capter la force de l’eau pour le faire… Ainsi les gens en tirèrent grand bénéfice pour peu de travail. Il trouvèrent les soufflets [actionnés par] l’eau pratiques et les adoptèrent largement. ».
En 31 après JC, l’ingénieur Du Shi emploie déjà un moulin à eau pour actionner une soufflerie. Wang Zhen décrit ce procédé en 1313 :
D’après des études modernes, des sacs en cuir étaient utilisés dans les temps anciens, mais l’on n’utilise maintenant que des ventilateurs en bois. Leur conception est [décrite] par la suite. Un emplacement derrière une chute d’eau est sélectionné, et un arbre vertical est monté dans une charpente, avec deux roues horizontales, dont la plus basse est mise en rotation par l’eau. La [roue ou poulie] supérieure entraîne, par une courroie, une poulie plus petite qui porte une tige excentrique. Tout cela, mû par la rotation [de la poulie entraînante], actionne une bielle qui pousse et tire la tige du piston. Ainsi, il est poussé d’avant en arrière, actionnant les soufflets du four bien plus énergiquement que ne le ferait aucune force humaine.

3. Invention des hauts fourneaux. La Chine connaissait les hauts fourneaux au IVe siècle avant notre ère. Seulement, ils furent utilisés pour la poterie, que l’on colorait avec des oxydes de fer. En passant du bas fourneau au haut fourneau, l’homme a pu augmenter les flux de densité énergétique pour la transformation des minerais.
En Europe, il faut attendre la fin du XVe siècle pour que l’on reprenne cette technique, notamment en Belgique, entre Liège et Namur.
4. Deuxième révolution du combustible avec le coke.
En Angleterre, la découverte par Abraham Darby en 1709 de la possibilité d’utiliser du coke dans les hauts fourneaux a mis fin à l’usage intensif par l’industrie sidérurgique du charbon de bois.

En gros, pour produire du coke, l’on applique le même traitement au charbon que celui que l’on applique au bois, c’est-à-dire la pyrolyse.
L’on entasse du charbon comme du bois dans des meules que l’on couvre d’argile. La cheminé interne de la meule va chauffer le charbon sans oxygène.

Contrairement au charbon, le coke est poreux et permet à l’oxygène de faire son travail de combustion dans les hauts fourneaux.
L’usage du coke ne se généralisera toutefois qu’assez lentement.
Ainsi en France, en 1860, un tiers de la fonte était encore produit dans des hauts fourneaux au charbon de bois.
Le dernier haut fourneau français au charbon de bois a fonctionné jusqu’en 1930.

5. Invention du convertisseur. Un nouveau bond technologique est franchi en 1860, quand l’anglais Henry Bessemer met au point le convertisseur qui élimine le carbone excédentaire de la fonte en fusion en y insufflant de l’air sous pression.
L’ingénieur anglais Edward-Albert Cowper invente lui aussi un four révolutionnaire permettant de réinjecter les gaz résiduels comme combustible. La chimie nous permet aujourd’hui de savoir quels additifs on peut employer pour éliminer des impuretés comme le souffre ou le phosphore qui, si elles ne sont pas éliminés, fragilisent le produit final.
En conséquence, la qualité de l’acier s’améliore peu à peu et sa fabrication connaît un développement spectaculaire. L’acier permet l’apparition d’une série d’outils dans l’industrie (pièces de machines), la construction (ponts, navires, gares) et la vie quotidienne (locomotives, rails, voitures). Le chemin de fer se généralise dans toute l’Europe et aux États-Unis. Les rails et les locomotives sont en acier.
Le fer s’impose comme le métal roi de la révolution industrielle, dont la Tour Eiffel reste le symbole glorieux. Pourtant Eiffel, pour sa tour, choisira le fer puddlé (de la fonte amélioré grâce à une décarbonisation poussée) qu’il connaissait bien, et non pas l’acier. Une tour Eiffel en fer forgé s’effondrerait sous son propre poids ; une tour en fonte normale se casserait sous les forces du vent. C’est le fer puddlé, plus lourd que l’acier, qui permet à la tour en question d’être ce qu’elle est et d’exister encore à ce jour!
Depuis, la sidérurgie est entrée dans une nouvelle phase d’avancées techniques spectaculaires qui permettent la production d’un acier de qualité, sophistiqué (haute élasticité, inoxydable…) et de plus en plus fin.
Au début du XXe siècle, la production mondiale d’acier atteignait 28 millions de tonnes, soit six fois plus qu’en 1880. A la veille de la Première guerre mondiale, elle grimpait à 85 millions de tonnes, pour atteindre aujourd’hui 1,6 milliard de tonnes dont la moitié produite en Chine !
L’exploit du « Triple E »

A part son rôle stratégique dans la construction des cuves des réacteurs nucléaires, l’acier est irremplaçable dans la construction des grandes infrastructures et moyens de transport. Prenons l’exemple de la société de transport maritime danoise Maersk qui vient de lancer cette année sa nouvelle gamme de bateaux porte conteneur, le « triple E ».
Avec ces 400 m de long et 59 m de large pour une capacité de 18 270 EVP (Équivalent vingt pieds, taille standard du conteneur), il s’agit du plus grand bateau jamais construit dans l’histoire.
Alors qu’à Saint-Nazaire on construit des énormes bateaux de croisière, Maersk a fait confiance aux chantiers sud-coréens Daewoo et à sa puissante sidérurgie.
Si l’on peut s’interroger sur le bien-fondé de cette course au gigantisme (le bateau est trop large pour passer le Canal de Panama), l’on ne peut qu’admirer les fabuleuses prouesses techniques.
Pour l’ensemble de la coque, qui doit résister à des tensions gigantesques résultant des vagues qui se déchaîneront sur elle en haute mer, Maersk a fait produire sur place le meilleur acier imaginable. Comme on le fait depuis les Liberty ships, les « triple E » sont montés à partir de segments assemblables, ce qui permet une production en série et ultrarapide.
Pour couper les plaques d’acier on utilise des arcs à soudure utilisant des plasmas (une anode et une diode chauffant un gaz). Le dard de l’arc atteint jusqu’à 16 000°C. La survie du bateau dépend alors fortement de la qualité des soudures auxquelles on apporte une attention extrême, aussi grande que pour des cuves nucléaires ou un vaisseau spatial.
Le haut fourneau du futur
Demain, grâce à la fusion thermonucléaire, l’humanité pourra disposer d’un « haut fourneau nucléaire » : la « torche à plasma ». Il s’agit d’injecter dans le jet de plasma issu d’un réacteur à fusion, et donc à des températures dépassant les 100 millions de degrés, des morceaux du produit à décomposer (déchets, minerais, etc.), qui se sublimeront instantanément pour se mélanger au plasma.

Et comme le jet est entièrement ionisé (chargé électriquement), il suffit de le faire passer quelques mètres plus loin entre deux longues plaques aimantées pour le décomposer en ses composants élémentaires. Les atomes légers comme l’aluminium ou l’oxygène seront fortement déviés par le champ magnétique, et ceux plus lourds comme le plomb ou l’or le seront plus légèrement. Un tablier situé dans une chambre à vide et divisé en plusieurs cases récupère les atomes et fait tomber leur température jusqu’à l’état solide. Il ne reste plus qu’à les cueillir !
En réussissant cette étape, l’humanité ne fera que prouver une fois de plus sa véritable nature, celle de toujours vouloir accroître son propre potentiel à progresser.

The splendors of the kingdoms of Ife and Benin

The breathtaking beauty of the XIIth century bronze heads of Ife (Nigeria) challenge the colonial view that Africa was a virgin continent, populated by animals and a few primitive tribes which failed walking their first steps into « history ».
Today inhabited by a half million people, the city of Ife in southwest Nigeria, was formerly the religious center and former capital of the Yoruba people whose prosperity was essentially the fruit of their trade with the peoples of West Africa along the 4200 km long Niger River and beyond.
What some call today “Yorubu-land”, inhabited by some 55 million people, covered some 142,000 km2 comprising vast parts of countries such as today’s Nigeria (76%), Benin (18.9%) and Togo (6.5%).
Today, the Yoruba people live in Ghana, Burkina Faso, Ivory Coast and, since the slave trade, in the United States. It is not surprising, therefore, that yoruba, also the name of one of the three major languages of Nigeria, is also spoken in parts of Benin and Togo, as well as in the West Indies and Latin America, including Cuba and other settlements populated by descendants of African slaves.

An extraordinary discovery

It was in January 1938, during excavation work for the construction of a house, that workers discovered an unusual treasure in the Wunmonije district of Ife. At a mere hundred meters distance away of the site of what once was the Royal Palace, they unearthed thirteen magnificent bronze heads dating from the XIIth century representing a king (an « Ooni« ), some women and courtiers. Others have since been unearthed.
Their faces, except for the lips, are covered with grooves. The hairstyle suggests a complex crown composed of several layers of tubular balls, topped by a crest with a rosette and an « egret ». The surface of this crown bears traces of red and black paint.
These large heads may have been used as effigies of the deceased in funeral ceremonies, which, among the Yoruba, sometimes took place a year after the rapid burial of the dead imposed by the tropical climate.
At the time of the discovery, the extremely naturalist rendering of the heads is considered anachronistic in the art of sub-Saharan Africa, and even more disturbing than the very “classical” i.e. realistic “mummy portraits” (Ist-IInd century) discovered as early as 1887 in the Faiyum depression of Egypt.
Yet a long tradition of figurative sculpture with similar characteristics as the bronze heads of Ife existed before, particularly among the Nok, a people of farmers who mastered iron metallurgy starting from 800 BC.
Hysteria

Since 1938, the « heads of Ife » have provoked reactions close to hysteria in Europe and the West in general.
On the one hand, the « modernists » and the « abstract » artists of the early XXth century, for whom the more abstract a sculpture is and the more distant it is from reality, the more it was considered as typically African. For those who were inspired by African « abstract » art to free themselves from what they considered as materialistic naturalism, the heads of Ife brutally challenged their self-deceiving “smart” narrative.
On the other hand, especially for the supporters of colonial imperialism, this art simply could not be. Frank Willett, at one point the head of the Nigerian Department of Antiquities and author of Ife, an African civilization (Editions Tallandier, 1967), reported that « Europeans visiting Ife frequently wonder how people living in houses of dried mud, with straw roofs, could have made such beautiful objects as the bronzes and terracotta in the museum ». Trying to answer that question, the publisher Sir Mortimer Wheeler replied: “The prejudice is alive and well that artistic creation and sensitivity cannot exist without domestic talent and sanitary comfort!”
The questions of the Europeans were numerous. How, in the XIIth century, could primitive peoples, who had never known an organized form of state, have made bronze heads of such refinement, using techniques that even Europe failed to master at that juncture? How could it have been possible, for tribes, subjected to superstition and irrational magic, could have observed the human anatomy so meticulously? How could savages have expressed such noble feelings towards both men and women? Faced with such an unbearable paradox, total denial was their only answer.

Hence, when the German archaeologist Leo Frobenius presented the bronze heads, western experts refused to believe in the existence of an African civilization capable of leaving artifacts of a quality they recognized as comparable to the best artistic achievements of ancient Rome or Greece. In a desperate attempt to explain what passed for an anomaly, Frobenius, without the slightest semblance of proof, came up with the theory that these heads had been cast by a Greek colony founded in the XIIIth century BC, and that the latter could be at the origin of the old legend of the lost civilization of Atlantis, a narrative immediately adopted in chorus by the mass media…
Bronze

What first shocked Western experts was that these were not carved wood but sophisticated bronze heads (about 70 % copper, 16.5 % zinc and 11.3 % lead).
Given the extreme scarcity of copper ore in Nigeria, these objects demonstrate that the region had trade relations with distant countries. The ore is believed to have come from Central Europe, northwest Mauritania, the Byzantine Empire or, via the Niger River, from Timbuktu where the ore arrived by camel from southern Morocco.
If during the Neolithic period, copper, gold and silver nuggets were hammered cold or hot, it is only starting from the Bronze Age that man develops the science of real metallurgy. From ores, he was then able to extract metals thanks to a precise heat treatment, made possible by the experience of the ceramists of the time, great experts in the construction of high temperature ovens.
Copper only melts at 1083° Celsius, but by adding tin (which melts at 232°) and lead (which melts at 327°), it is possible to obtain bronze at 890° and brass at 900°. The terracotta is made at low temperature, around 600 to 800°. It should be underlined that in China, since the Shang Dynasty (1570-1045 BC), certain types of porcelain obtained much higher temperatures, between 1000 and 1300° Celsius, obtained thanks to the use of charcoal.
The oldest traces of ceramics in sub-Saharan Africa are thought to date back to more than 9000 BC, and perhaps earlier. Bu some fragmentary shards have been discovered in West Africa, in this case in Mali, and considered dating from 12000 BC. Ceramics also were produced further south, notably by the Nok culture in northern Nigeria at the beginning of the first millennium BC.
Lost-wax casting

What also shocked the experts was that the technique used to make them was the quite sophisticated so-called « lost-wax casting » or “cire perdue” technique, a high precision molding process that is still used today to make church bells.
First, a model was made out of wax. This was covered with fine clay to form a mold, which was then heated so that the wax melted and ran away. Molten metal was poured into the clay mold which would be broken open to release the complete object.
Clearly, the foundries producing these artifacts required a highly skilled and well organized professional labor force.
The exceptional know-how and skills of the bronze founders of Ife was preceded by those of Igbo-Ukwu in eastern Nigeria where in 1939 a tomb filled with artifacts dating from the IXth century was discovered, revealing the existence of a powerful and refined kingdom mastering the famous lost-wax casting technique, but which so far could not be linked to any other culture in the region.

The oldest known example of the lost-wax technique comes from a 6,000-year-old wheel-shaped copper amulet found at Mehrgarh in today’s Pakistan. Although China, Greece and Rome mastered this technique, it was not until the Renaissance that it made its return to Europe.
Ife, an organized state



In reality, the art of Ife challenged the colonial theory that Africa was a virgin land, populated by animals and a few primitive tribes who had never taken their first steps in « history ».
Indeed, any evidence showing the existence of empires, kingdoms or great states on the African continent that allowed Africans to govern themselves peacefully for centuries could only de-legitimize the « civilizing mission » of colonialism.
However, according to oral traditions, Ife was founded in the 9th-10th centuries by Oduduwa, through the fusion of 13 villages into a single city becoming the hearth of Yoruba mythology, who considers Ife as the cradle of humanity and the center of the world.
Recognized as a minor god, Oduduwa became the first Ooni (King) and had an Aafin (palace) built. He ruled with the help of the isoro, former village chiefs who had recovered a religious title and were subject to royal political authority.
According to the same oral traditions, Oduduwa is said to have been an exiled Prince of a foreign people, who left his homeland and traveled south with his suite, settling among the Yoruba around the XIIth century. His religious faith, that he brought with him, was so important to him and his followers that it would have been the cause of their exodus in the first place.

Oduduwa’s land or country of origin remains a matter of debate. For some, he comes from Mecca, for others from Egypt, as the technical skills he brought with him are supposed to demonstrate.
So far, most historians have looked to influences arriving by sea and waterways. However, it is a very plausible hypothesis that travel routs through the savanna, could have connected the Niger Delta with the Nile, like a sort of great transcontinental land-bridge, passing notably via Chad, a region where thousands of early cave paintings testify the vivacity of pictorial creativity.
As our good friend Kotto Essomé repeatedly underlined, African states often prospered along the climatic zones, following “horizontally” the latitudes. Colonial borders were deliberately drawn (laterally or “vertically”) to break the natural boundaries of pre-colonial African states.

Now, as this map clearly indicates, a horizontal “ribbon” of habitable urban areas, on the borderline between the herbaceous and wooded savanna, stretches over the entire continent from the Atlantic till the Southern Nile. Unsurprisingly, this particular climatic and geographical area might have been optimally suited for both hunting, agriculture and cattle raising.
From their part, the Edo people of Benin City believed that Oduduwa was in fact a prince of their extraction, who would have fled Benin during a fight over royal succession. This is why one of his descendants, Prince Oramiyan, would have been allowed to return and found the dynasty ruling the Kingdom of Benin. Prince Oramiyan was thus the first oba of Benin, successfully replacing the Ogiso monarchical system that had reigned until then.
Metallurgy
What deserves attention here is the fact that metallurgy occupies a central place in Ife. Oduduwa had a forge in his Royal palace (Ogun Laadin). Kings from different kingdoms installed their forges within the royal palace, showing the strong symbolic relationship between power and metallurgy.

Contrary to what happened on other continents, the Iron Age in Africa would have preceded the Copper Age in some regions. The oldest indications documenting the transformation of iron ore in Africa date back to the third millennium BC. They are the archaeological sites of Egaro in eastern Niger and Giza and Abydos in Egypt. While the site of Buhen in Egyptian Nubia (- 1991), after working iron, became a « copper factory », the sites of Oliga in Cameroon (-1300) and Nok in Nigeria (-925) testify clearly of a dynamic metallurgical activity.
As we have seen, bronze casting techniques demonstrate the existence of a very advanced technological know-how. Ife will also be a major center for glass production, especially glass beads. The waste material of this ancestral production, made up of parts of crucibles covered with molten glass, will be looked for in the XIXth century by the inhabitants of the region, although the origin of the glass beads was neglected.
Recent archaeological excavations have shown that the settlements of this area are very ancient. But as we have seen, it was only at the beginning of the 2nd millennium that developments in the field of metallurgy would have made it possible to improve agricultural tools and generate surplus food. Yam, cassava, maize and cotton are cultivated here, the latter giving birth to an important cloth weaving industry.


Hence, the city of Ife experienced a rapid demographic expansion thanks to this rise in agricultural productivity, itself the fruit of the mastery of an increased energy density allowing the transformation of « stones » (ores) into useful resources.
The medieval urbanization of Ife is today widely attested by the existence of numerous enclosures made of ditches and embankments, which seem to indicate the various spaces that have experienced a demographic concentration and the existence of a political body powerful enough to implement such great infrastructure programs.
Interesting, as a successful centralized state, Ife became increasingly a model for other states in the region and beyond. Several descendants and captains of Oduduwa founded their own kingdoms based on the same model and relying on the same legitimacy. The monarchical experience of Ife is exported with its cultural framework. The adé ilèkè, a crown of glass beads symbolizing royal power, is found in most monarchies in the region.

In total, depending on the sources, an estimated 7 to 20 kingdoms make up the Yoruba world in the first half of the second millennium AD.
- Oyo State in Nigeria was one of such powerful Yoruba city-states.
- Another example, the Kingdom of Ketou, currently in the southeast of Benin, is supposed to have been founded around the XIVth century by an alleged descendant of Oduduwa. He is said to have left Ife with his family and other members of his clan and moved westward, eventually settling in the city of Aro, northeast of the city of Ketou. Aro quickly became too small for the growing population, and the decision was made to settle in Ketou. King Ede therefore left Aro with 120 families and settled in this city.
- Another demonstration of Yoruba building science is the Sungbo Eredo Wall, near the Nigerian capital Lagos, a system of walls and ditches built in the XIVth century and located southwest of the town of Ijebu Ode, in Ogun State, southwestern Nigeria. More than 160 km (100 miles) long, these fortifications, some as high as 20 meters (65 feet), consist of a smooth-walled ditch that forms an inner moat in relation to the walls that overhang it. The ditch forms an irregular ring (Map) around the lands of the ancient kingdom of Ijebu. This ring is about 40 km in the north-south direction and 35 km in the east-west direction, which is the equivalent of the Paris périphérique ! Invaded by vegetation, the construction today looks like a green tunnel.

From Ife to the Kingdom of Benin

In the XIVth century, Ife experienced a demographic collapse, characterized by the abandonment of certain enclosures and a strong advance of the forest into formerly residential areas. There was also a break in the transmission of know-how and artisan techniques.
This demographic collapse has been explained as the result of a Black Plague, according to some authors, who draw a parallel with the pandemic waves hitting Europe at the same period.
Part of the inhabitants of Ife were able to take refuge and bring their know-how in metallurgy to the Kingdom of Benin, which lasted for seven hundred years, from the XIIth century until its invasion by the British Empire at the end of the XIXth century. Benin was a coastal West African city-state dominated by the Edos, an ethnic group whose dynasty still survives today.
Its territory covers to present-day Benin, plus part of Togo and southwestern Nigeria, where today « Benin City », a historic port on the Benin River, is located. In the heart of the city, the royal residence with monumental proportions translated visually the importance given to political, spiritual and traditional power.
Benin City, a marvel

The social organization of the city impressed European visitors at the end of the XVth century. As a major regional economic trading pole, Benin was full of ivory, pepper and slaves. Benin offered the Europeans palm oil (the oil palm growing abundantly in the region). In exchange, they requested, and obtained guns, allowing the modernization of the Beninese armament.
Located in a plain, Benin City is surrounded by massive walls to the south and deep ditches to the north. Beyond the city walls, many other walls have been erected that organize the entire region of the capital into some 500 separate boroughs.
In 2016, an article published by The Guardian recounted the lost splendor of the city. The paper reported:
“The Guinness Book of Records (1974 edition) described the walls of Benin City and its surrounding kingdom as the world’s largest earthworks carried out prior to the mechanical era. According to estimates by the New Scientist’s Fred Pearce, Benin City’s walls were at one point “four times longer than the Great Wall of China, and consumed a hundred times more material than the Great Pyramid of Cheops”.
Pearce writes that these walls “extended for some 16,000 km in all, in a mosaic of more than 500 interconnected settlement boundaries. They covered 6,500 sq km and were all dug by the Edo people … They took an estimated 150 million hours of digging to construct, and are perhaps the largest single archaeological phenomenon on the planet”.

Benin City was also one of the first cities to have a semblance of street lighting. Huge metal lamps, many feet high, were built and placed around the city, especially near the king’s palace. Fueled by palm oil, their burning wicks were lit at night to provide illumination for traffic to and from the palace.
When the Portuguese first “discovered” the city in 1485, they were stunned to find this vast kingdom made of hundreds of interlocked cities and villages in the middle of the African jungle.

In 1691, the Portuguese ship captain Lourenco Pinto observed:
“Great Benin, where the king resides, is larger than Lisbon; all the streets run straight and as far as the eye can see. The houses are large, especially that of the king, which is richly decorated and has fine columns. The city is wealthy and industrious. It is so well governed that theft is unknown and the people live in such security that they have no doors to their houses.”
In contrast, London at the same time is described by Bruce Holsinger, professor of English at the University of Virginia, as being a city of “thievery, prostitution, murder, bribery and a thriving black market made the medieval city ripe for exploitation by those with a skill for the quick blade or picking a pocket”.
African fractals
Benin City’s planning and design was done according to careful rules of symmetry, proportionality and repetition now known as fractal design. The mathematician Ron Eglash, author of African Fractals – which examines the patterns underpinning architecture, art and design in many parts of Africa – notes that the city and its surrounding villages were purposely laid out to form perfect fractals, with similar shapes repeated in the rooms of each house, and the house itself, and the clusters of houses in the village in mathematically predictable patterns.
As he puts it:
“When Europeans first came to Africa, they considered the architecture very disorganized and thus primitive. It never occurred to them that the Africans might have been using a form of mathematics that they hadn’t even discovered yet.”
At the center of the city stood the king’s court, from which extended 30 very straight, broad streets, each about 120-ft wide. These main streets, which ran at right angles to each other, had underground drainage made of a sunken impluvium with an outlet to carry away storm water. Many narrower side and intersecting streets extended off them. In the middle of the streets were turf on which animals fed.
“Houses are built alongside the streets in good order, the one close to the other,” writes the XVIIth-century Dutch visitor Olfert Dapper. “Adorned with gables and steps … they are usually broad with long galleries inside, especially so in the case of the houses of the nobility, and divided into many rooms which are separated by walls made of red clay, very well erected.”
Dapper adds that wealthy residents kept these walls “as shiny and smooth by washing and rubbing as any wall in Holland can be made with chalk, and they are like mirrors. The upper stores are made of the same sort of clay. Moreover, every house is provided with a well for the supply of fresh water”.
Family houses were divided into three sections: the central part was the husband’s quarters, looking towards the road; to the left the wives’ quarters (oderie), and to the right the young men’s quarters (yekogbe).
Daily street life in Benin City might have consisted of large crowds going though even larger streets, with people colorfully dressed – some in white, others in yellow, blue or green – and the city captains acting as judges to resolve lawsuits, moderating debates in the numerous galleries, and arbitrating petty conflicts in the markets.
The early foreign explorers’ descriptions of Benin City portrayed it as a place free of crime and hunger, with large streets and houses kept clean; a city filled with courteous, honest people, and run by a centralized and highly sophisticated bureaucracy.

The city was split into 11 divisions, each a smaller replication of the king’s court, comprising a sprawling series of compounds containing accommodation, workshops and public buildings – interconnected by innumerable doors and passageways, all richly decorated with the art that made Benin famous. The city was literally covered in it.
The exterior walls of the courts and compounds were decorated with horizontal ridge designs (agben) and clay carvings portraying animals, warriors and other symbols of power – the carvings would create contrasting patterns in the strong sunlight. Natural objects (pebbles or pieces of mica) were also pressed into the wet clay, while in the palaces, pillars were covered with bronze plaques illustrating the victories and deeds of former kings and nobles.
At the height of its greatness in the XIIth century – well before the start of the European Renaissance – the kings and nobles of Benin City patronized craftsmen and lavished them with gifts and wealth, in return for their depiction of the kings’ and dignitaries’ great exploits in intricate bronze sculptures.
“These works from Benin are equal to the very finest examples of European casting technique,” wrote Professor Felix von Luschan, formerly of the Berlin Ethnological Museum. Italian Renaissance artist “Benvenuto Celini could not have cast them better, nor could anyone else before or after him. Technically, these bronzes represent the very highest possible achievement.”
The fatal encounter with « civilization »

Following the Berlin Conference of 1885, where the British, Portuguese, Belgian, German, French, Italian and other European colonial powers shared Africa like a big chocolate cake that they intended to devour, in the name of the immutable laws of the freshly invented science of “geopolitics”, European invasions multiplied and gained in brutality.
Thus, following the king of Benin’s refusal to cede to the British the national monopoly on the production of palm oil and other products, Benin City was looted, burned and reduced to ashes during a British punitive expedition in 1897. The king (the oba) is arrested and forced into exile and thousands of beautiful « bronzes of Benin », though less realistic than those of Ife, are stolen, sold and partly lost.
They end up on the art market and in museums, including the British Museum (700 objects) and the Berlin Museum of Ethnology (500 pieces). The British government itself sells some of them « to cover the cost of the expedition« .
So, while some clearly entered history with their beautiful art, others exited civilization with their barbarian crimes.
Summary bibliography:
- Ifè, une civilisation africaine, Frank Willett, Jardin des Arts/Tallandier, Paris 1971;
- General History of Africa, Présence africaines/Edicef/Unesco, Paris 1987;
- Atlas historique de l’Afrique, Editions du Jaguar, Paris 1988;
- L’Afrique ancienne, de l’Acus au Zimbabwe, under the direction of François-Xavier Fauvelle, Belin/Humensis, Paris 2018.
La pratique ancestrale d’annulation des dettes
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Alors que tout individu doué d’un minimum de rationalité sait fort bien qu’une immense partie des dettes mondiales est absolument impayable, il est un fait qu’aujourd’hui toute annulation d’une dette, fut-elle odieuse ou illégitime, reste tabou.

Payer sa dette est présenté par les chefs d’État et de gouvernement, les banques centrales, le FMI et la presse dominante comme impératif, inévitable, indiscutable, obligatoire. Les citoyens ont élu leurs gouvernements, ils doivent donc se résigner à payer la dette. Car ne pas payer, c’est plus que de violer un symbole, c’est s’auto-exclure de la civilisation et renoncer d’avance à tout crédit nouveau que l’on n’accorde qu’aux « bon payeurs ». Ce qui compte, ce n’est pas l’efficacité de l’acte, mais l’expression de sa « bonne foi », c’est-à-dire de sa volonté de soumission aux plus forts. La seule discussion possible porte sur la façon de moduler la répartition des sacrifices nécessaires.
Il semble que le modèle ultra-libéral et monétariste qu’on nous a imposé de façon sournoise soit celui de l’Empire romain : objectif zéro dette pour les États et les villes, et pour le citoyen, aucune rémission de dette !
Dans le traité des Devoirs (De officiis), écrit en 44-43, Cicéron, qui vient de mater une révolte de gens réclamant une rémission de dette, justifie le caractère radical de sa politique face à l’endettement :
« Que signifie l’établissement de nouveaux comptes de dettes [c’est-à-dire une rémission], sinon que tu achètes une terre avec mon argent, que cette terre, c’est toi qui l’as, et que moi, je n’ai pas mon argent ? C’est pourquoi il faut veiller à ce qu’il n’y ait pas de dettes, ce qui peut nuire à l’Etat. On peut l’éviter par bien des moyens, mais, s’il y a des dettes, pas de telle façon que les riches perdent leurs biens et que les débiteurs acquièrent le bien d’autrui.
Rien en effet ne maintient avec plus de force l’Etat que la bonne foi (fides), qui ne peut exister s’il n’y a pas nécessité de payer ses dettes. Jamais on n’a agi avec plus de force pour ne pas les payer que sous mon consulat. La chose fut tentée par des hommes de toute espèce et de tout rang, les armes à la main, et en installant des camps. Mais je leur ai résisté de telle manière que ce mal tout entier fut éliminé de l’Etat.«
Ce qui a été soigneusement occulté, c’est qu’une autre pratique humaine a également existé : des moratoires, des annulations partielles et même généralisées de dette ont eu lieu de manière répétée tout au long de l’histoire et s’effectuaient en fonction de différents contextes.
Souvent, les proclamations d’annulation généralisée de dette étaient décidées à l’initiative de gouvernants soucieux de se conserver et conscients que la seule façon d’éviter la rupture sociale complète était de déclarer un « lavage des tablettes », celles sur lesquelles les dettes des consommateurs étaient inscrites, annulant celles-ci pour repartir de zéro.
L’anthropologue américain David Graeber dans Dette, 5000 ans d’histoire rappelle que le premier mot que nous ayons pour « liberté » dans n’importe quelle langue humaine est l’amargi sumérien, qui signifie libéré de la dette et, par extension, la liberté en général, le sens littéral étant « retour à la mère » dans la mesure où, une fois les dettes annulées, tous les esclaves de la dette pouvaient rentrer chez eux.
Les annulations furent parfois le résultat d’âpres luttes sociales, de guerres et de crises. Ce qui est certain, c’est que la dette n’a jamais été un détail de l’histoire. David Graeber résume :
« Pendant des millénaires, la lutte entre riches et pauvres a largement pris la forme de conflits entre créanciers et débiteurs – de disputes sur la justice ou l’injustice de paiement d’intérêts, du péonage, de l’amnistie, de la saisie immobilière, de la restitution au créancier, de la confiscation des moutons, de la saisie des vignobles et de la vente des enfants du débiteur comme esclaves.
Et dans les 5000 dernières années, avec une remarquable régularité, les insurrections populaires ont commencé de la même façon : par la destruction rituelle des registres des dettes – tablettes, papyrus, grands livres ou autre support propre à une époque et à un lieu particuliers. (Après quoi les rebelles s’en prenaient en général aux cadastres et aux registres fiscaux.) »
Et comme le plaisait à dire le grand spécialiste de l’Antiquité Moses Finley :
« Tous les mouvements révolutionnaires ont eu le même programme : annulation des dettes et redistribution des terres. »
Voici maintenant quelques précédents historiques de rémissions volontaires de dette :
L’annulation des dettes en Mésopotamie

Le règne d’Hammourabi, « roi » de Babylone (situé dans l’Irak actuel), a commencé en 1792 av. J.C et a duré 42 ans.
On nomme « Code Hammourabi », les inscriptions conservées sur une stèle haute de plus de 2 mètres conservée au Louvre. Elle était placée sur une place publique de Babylone. Il s’agit d’un long code de justice très sévère prescrivant l’application de la Loi du talion (« œil pour œil, dent pour dent »). Son épilogue proclame néanmoins que « le puissant ne peut pas opprimer le faible, la justice doit protéger la veuve et l’orphelin (…) afin de rendre justice aux opprimés ».
Hammourabi, à l’instar des autres gouvernants des cités-Etats de Mésopotamie, a proclamé à plusieurs reprises une annulation générale des dettes des citoyens à l’égard des pouvoirs publics, de leurs hauts fonctionnaires et dignitaires. Grâce au déchiffrage des nombreux documents écrits en cunéiforme, les historiens ont retrouvé la trace incontestable de quatre annulations générales de dette durant le règne d’Hammourabi (Au début de son règne en 1792, en 1780, en 1771 et en 1762 av. J.-C.).
La société babylonienne était à forte dominance agricole. Le temple et le palais, ainsi que les scribes et les artisans qu’ils employaient, pour se sustenter, dépendaient d’une vaste paysannerie à laquelle on louait des terres, des outils et du bétail.
En échange, chaque paysan se devait d’offrir une partie de sa production comme loyer. Cependant, lorsque des aléas climatiques ou des épidémies rendaient une production normale impossible, les producteurs s’endettaient.
L’impossibilité dans laquelle se trouvaient les paysans de rembourser les dettes pouvait aboutir également à leur asservissement en tant qu’esclaves (des membres de leur famille pouvaient également être réduits en esclavage pour dette).
Le Code Hammourabi voulait visiblement changer cela, car l’article 48 du Code des lois précise que
« Quiconque est débiteur d’un emprunt, et qu’un orage couche le grain, ou que la récolte échoue, ou que le grain ne pousse pas faute d’eau, n’a besoin de donner aucun grain au créancier cette année-là, il efface la tablette de la dette dans l’eau et ne paye pas d’intérêt pour cette année.«
Son idéal de justice est notamment porté par les termes kittum, « la justice en tant que garante de l’ordre public », et « la justice en tant que restauration de l’équité » .
Il s’affirmait en particulier lors des « édits de grâce » (désignés par le terme mîsharum), une rémission générale des dettes publiques et privées dans le royaume (y compris la libération des personnes travaillant pour une autre personne pour rembourser une dette).
Ainsi, pour conserver l’ordre social, Hammourabi et le pouvoir en place, agissant dans leur propre intérêt et dans l’intérêt de l’avenir de la société, concèdent périodiquement à une annulation de toutes les dettes et à la restauration des droits des paysans afin de sauver l’ordre ancien menacé en temps de crise ou bien, comme un espèce de reset au début du règne d’un souverain.
Les proclamations d’annulation générale de dettes ne se limitent pas au règne d’Hammourabi, elles ont commencé bien avant lui et se sont prolongées après lui. On a la preuve d’annulations de dettes remontant à 2400 av. J.-C., soit six siècles avant le règne d’Hammourabi, dans la cité de Lagash (Sumer), les plus récentes remontent à 1400 av. J.-C. à Nuzi.
En tout, les historiens ont identifié avec précision une trentaine d’annulations générales de dettes en Mésopotamie entre 2400 et 1400 av. J.-C.
Ces proclamations d’annulation de dette étaient l’occasion de grandes festivités, généralement à la fête annuelle du printemps. Sous la dynastie de la famille d’Hammourabi a été instaurée la tradition de détruire les tablettes sur lesquelles étaient inscrites les dettes.
En effet, les pouvoirs publics tenaient une comptabilité précise des dettes sur des tablettes qui étaient conservées dans le temple. Hammourabi meurt en 1749 av. J.-C. après 42 ans de règne. Son successeur, Samsuiluna, annule toutes les dettes à l’égard de l’Etat et décrète la destruction de toutes les tablettes de dettes sauf celles concernant les dettes commerciales.
Quand Ammisaduqa, le dernier gouvernant de la dynastie Hammourabi, accède au trône en 1646 av. J.C, l’annulation générale des dettes qu’il proclame est très détaillée. Il s’agit manifestement d’éviter que certains créanciers profitent de certaines familles. Le décret d’annulation précise que les créanciers officiels et les collecteurs de taxes qui ont expulsé des paysans doivent les indemniser et leur rendre leurs biens sous peine d’être exécutés.
Après 1400 av. J.-C., on n’a trouvé aucun acte d’annulation de dette car la tradition s’est perdue. Les terres sont accaparées par de grands propriétaires privés, l’esclavage pour dette est de retour.
L’annulation des dettes en Egypte

Aujourd’hui exposée au British Museum à Londres, la « Pierre de Rosette » est découverte le 15 juillet 1799 à el-Rashid (Rosette) par un soldat de Napoléon lors de la campagne d’Egypte. Elle comporte le même texte écrit en hiéroglyphes, en démotique (écriture cursive de l’égyptien) et en grec, livrant à Jean-François Champollion la clé du passage d’une langue à l’autre.
Il s’agit d’un décret du 27 mars 196 av. J.-C. du pharaon Ptolémée V annonçant une amnistie pour les débiteurs et les prisonniers. La dynastie grecque des Ptolémée qui a dirigé l’Egypte a institutionnalisé l’effacement régulier des dettes.
Elle s’inscrivait dans des pratiques connues puisque les textes grecs mentionnent que le pharaon Bakenranef, qui a régné au VIIIe siècle avant Jésus-Christ, avait promulgué un décret supprimant l’esclavage pour dette et condamnant l’emprisonnement pour dette.
Que dit la Pierre de Rosette ?
« Se sont assemblés les Prêtres Principaux et Prophètes là et ceux qui entrent dans le temple intérieur pour vénérer les dieux, et les Porteurs d’Eventail et les Scribes Sacrés et tous les autres prêtres des temples de la terre qui sont venus rencontrer le roi à Memphis, pour la fête de l’ assomption de PTOLÉMÉE, LE VIVANT A JAMAIS, LE BIEN-AIMÉ DE PTAH, LE DIEU EPIPHANES EUCHARISTOS, le successeur de son père,
« Tous se sont assemblés dans le temple de Memphis ce jour où il a été déclaré : « que le Roi PTOLEMEE, LE VIVANT A JAMAIS, LE BIEN-AIMÉ DE PTAH, LE DIEU EPIPHANES EUCHARISTOS, le fils du Roi Ptolemée et Reine Arsinoe, les Dieux Philopatores, tous deux bienfaiteurs du temple et de ceux qui y demeurent, aussi bien que de leurs sujets, en étant un dieu issu d’un dieu et la déesse aime Horus le fils d’Isis et Osiris qui ont vengé son père Osiris en étant disposé favorablement envers les dieux, a délivré aux revenus des temples de l’argent et du maïs et a entrepris beaucoup de dépenses pour la prospérité de l’Egypte, et le maintien des temples, et a été généreux envers tous sur ses propres ressources; »
« et les a exemptés de quelques uns des revenus et impôts levés en Égypte, « et en a allégé d’autres afin que ses gens et tous les autres puissent être dans la prospérité pendant son règne ; et qu’il a effacé les dettes envers la couronne pour de nombreux Égyptiens et pour le reste du royaume ; (…)«
Source: Le blog de l’histoire
L’existence de ce décret confirme donc que la pratique existait depuis de nombreux siècles.
Une des motivations fondamentales des annulations de dette était que le pharaon voulait disposer d’une paysannerie capable de produire suffisamment de nourriture et en mesure, le cas échéant, de participer à des campagnes militaires.
Pour ces deux raisons, il fallait éviter que les paysans soient expulsés de leurs terres sous la coupe des créanciers. Dans une autre partie de la région, on constate que les empereurs assyriens du 1er millénaire av. J-C ont également adopté la tradition d’annulations des dettes.
Au Proche-Orient
La justice sociale, particulièrement sous la forme de la remise des dettes qui enchaînent les pauvres aux riches, est un leitmotiv dans l’histoire du judaïsme.
Elle se pratique à Jérusalem, au Ve siècle av. J.-C.. Pour preuve, en 432 av. J.-C., Néhémie, certainement influencé par l’ancienne tradition mésopotamienne, proclame l’annulation des dettes des Juifs endettés à l’égard de leurs riches compatriotes. C’est à cette époque qu’est achevée l’écriture de la Torah.
On peut lire dans le Deutéronome, alinéa 15 :
Tous les sept ans, tu feras relâche. Et voici comment s’observera le relâche. Quand on aura publié le relâche en l’honneur de l’Eternel, tout créancier qui aura fait un prêt à son prochain se relâchera de son droit, il ne pressera pas son prochain et son frère pour le paiement de sa dette.…
Ainsi, les Israélites ont l’obligation de libérer les esclaves hébreux qui se sont vendus à eux pour dettes, et de leur offrir quelques produits de leur petit bétail, de leur champ et de leur pressoir afin qu’ils ne rentrent pas chez eux les mains vides.
Comme la loi est trop peu appliquée, le Lévitique la réaffirme en la modulant :
8 — Tu compteras sept semaines d’années, sept fois sept ans, c’est-à-dire le temps de sept semaines d’années, quarante neuf ans ;
9 — Le septième mois, le dixième jour du mois, tu feras retentir l’appel de la trompe ; le jour des Expiations vous sonnerez de la trompe dans tout le pays ;
10 — Vous déclarerez sainte cette cinquantième année et proclamerez l’affranchissement de tous les habitants du pays. Ce sera pour vous un jubilé : chacun de vous rentrera dans son patrimoine, chacun de vous retournera dans son clan ; 11 — Cette cinquantième année sera pour vous une année jubilaire vous ne sèmerez pas, vous ne moissonnerez pas les épis qui n’auront pas été mis en gerbe, vous ne vendangerez pas les ceps qui auront poussé librement ;
12 — Le jubilé sera pour vous une chose sainte, vous mangerez des produits des champs ;
13 — En cette année jubilaire vous rentrerez chacun dans votre patrimoine ;
14 — Si tu vends ou si tu achètes à ton compatriote, que nul ne lèse son frère ! ;
15 — C’est en fonction du nombre d’années écoulées depuis le jubilé que tu achèteras à ton compatriote : c’est en fonction du nombre d’années productives qu’il te fixera le prix de vente ;
16 —Plus sera grand le nombre d’années, plus tu le réduiras, car c’est un certain nombre de récoltes qu’il te rend.
17 –Que nul d’entre vous ne lèse son compatriote, mais aie la crainte de ton Dieu, car c’est moi Yahvé votre Dieu.
(Lévitique 25, 10.11)

Aujourd’hui, certains vous diront que dans ces conditions, un an avant la date du jubilé, le crédit se ferait forcément rare et cher et que la dette trouve ainsi sa limite !
C’est se tromper car, pour bien s’assurer que la loi sera suivie, les codes décrivent en détail comment les achats et les ventes de biens entre particuliers doivent se faire en fonction du nombre d’années écoulées depuis le jubilé précédent (c’est-à-dire du nombre d’années qui subsistent avant de devoir rendre ces biens à leur précédent propriétaire).
Un autre passage, cette fois-ci du prophète Jérémie éclaire de façon éclatante la portée de la loi sur la remise des dettes.
Face à l’avancée des armées ennemies vers Jérusalem, en 587 avant J.-C., Jérémie soutient, au nom de Dieu, l’entreprise du roi Sédécias (alors souverain du Royaume de Juda) qui exige des puissants de son royaume la libération immédiate de tous les asservis pour dettes (Jr. 34, 8-17).
Jérémie rappelle avec force l’exigence antique d’affranchissement des esclaves… dont le roi, en fait, a besoin pour réunifier patriotiquement les classes sociales avant la bataille, et se donner en suffisance des troupes libres de toute obligation servile !
Un passage du Livre de Néhémie (447 av. J.-C.) témoigne également de la tradition de remise de dettes. La situation sociale que Néhémie découvre en Judée est épouvantable :
« Une grande plainte s’éleva parmi les gens du peuple et leurs femmes contre leurs frères juifs.
Les uns disaient : “Nous devons donner en gage nos fils et nos filles pour recevoir du blé, manger et vivre”.
D’autres disaient : “Nous devons engager nos champs, nos vignes et nos maisons pour recevoir du blé pendant la famine.”
D’autres encore disaient : “Pour acquitter l’impôt du roi, nous avons dû emprunter de l’argent sur nos champs et nos vignes ; et alors que nous avons la même chair que nos frères, que nos enfants valent les leurs, nous devons livrer en esclavage nos fils et nos filles ; il en est, parmi nos filles, qui sont violentées. Nous n’y pouvons rien puisque nos champs et nos vignes sont déjà à d’autres”
(Ne. 5, 1-5).
Pour y remédier, Néhémie inscrit la loi de libération des dettes dans un cadre religieux, l’Alliance avec Yahvé. C’est dès lors Dieu lui-même qui commande la remise des dettes et la libération des esclaves et de leur terre car la terre appartient à Dieu seul.
« Je fus vivement irrité quand j’appris leur plainte (…), je tançai les grands et les notables. (…) Restituez-leur sans délai leurs champs, leurs vignes, leurs oliviers et leurs maisons, et remettez-leur la dette de cet argent, de ce blé, de ce vin, de cette huile que vous leur avez prêtés. (…) Que Dieu secoue de la sorte, hors de sa maison et de son bien, tout homme qui ne tiendra pas cette parole »
(Ne. 5, 6-13).
Si nous ajoutons à ces passages les innombrables versets qui interdisent de prêter à intérêt à leurs semblables et de prendre des biens en gage, nous avons une idée de ce que les Israélites du pays de Canaan avaient mis en place pour tenter de maintenir un certain équilibre social.
Hélas, au premier siècle de notre ère, la remise des dettes et la libération des esclaves pour dettes a été balayée de l’ensemble des cultures du Proche-Orient, y compris en Judée. La situation sociale s’y est tellement dégradée que le rabbi Hillel peut y édicter un décret selon lequel les débiteurs doivent dorénavant signer qu’ils renoncent à jouir de leur droit à la remise des dettes.
Le Nouveau Testament
Que devient la remise des dettes dans le Nouveau Testament ?
Si les Actes des apôtres et les écrits des Pères de l’Eglise expriment parfois une grande docilité, la position de Jésus sur la remise des dettes telle qu’elle est rapportée à de multiples reprises, et avec le plus de force dans l’Evangile de Luc au chapitre 4, apparaît comme marquée d’un souffle prophétique révolutionnaire.
Luc situe le passage au début de la vie publique de Jésus. Il en fait donc une clé de lecture de tout ce qui suivra.
« Jésus vint à Nazareth, où il avait été élevé, entra, selon sa coutume le jour du sabbat, dans la synagogue, et se leva pour faire la lecture. On lui présenta le livre du prophète Isaïe et, déroulant le livre, il trouva le passage où il est écrit : ‘L’Esprit du Seigneur est sur moi, parce qu’il m’a consacré par l’onction. Il m’a envoyé porter la bonne nouvelle aux pauvres, annoncer aux captifs la délivrance et aux aveugles le retour à la vue, rendre la liberté aux opprimés, proclamer une année de grâce du Seigneur’. (…) Alors il se mit à leur dire : ‘Aujourd’hui s’accomplit à vos oreilles ce passage de l’Ecriture’ »
(Lc. 4, 16-21).
Rappelons-nous que « l’année de grâce du Seigneur (année jubilaire) » à laquelle il appelle, exigeait tout à la fois le repos de la terre, la remise des dettes et la libération des esclaves.
En plein Empire romain esclavagiste, qui refuse farouchement le concept de remise des dettes, la déclaration de Jésus ne pouvait être perçue que comme une déclaration de guerre au système en place.
Avant d’être arrêté, Jésus fera un geste matériel hautement symbolique : renverser avec force les tables des changeurs de monnaies dans le temple de Jérusalem. Pour les grands prêtres juifs et les autorités romaines, c’en était trop.
Et aux États-Unis ?
Il est peu connu qu’aux États-Unis, à trois reprises, les gouvernements ont réussi à répudier des dettes publiques dues à des banquiers privés ?
Tout d’abord, dans les années 1830, quatre États ont répudié leurs dettes : le Mississippi, l’Arkansas, la Floride et le Michigan. Les créanciers étaient principalement britanniques. Le Russe Alexander Nahum Sack (1890-1955), professeur de droit russe spécialisé dans la législation financière internationale, a écrit à ce sujet :
« L’une des principales raisons justifiant ces répudiations était la dilapidation des sommes empruntées : elles l’étaient généralement pour créer des banques ou construire des chemins de fer ; mais les banques ont fait faillite et les lignes de chemin de fer n’ont jamais été construites. Ces opérations douteuses étaient souvent le résultat d’accords entre des membres véreux du gouvernement et des créanciers malhonnêtes ».
(Source: Les effets des transformations des États sur leurs dettes publiques et autres obligations financières : traité juridique et financier, Recueil Sirey, Paris, 1927, p. 158).
Ensuite, et surtout, à la suite de la guerre de Sécession (1861-1865), le gouvernement fédéral américain a sommé les États confédérés de répudier les dettes qu’ils avaient contractées pour poursuivre la guerre.
Dans un article intitulé « La dette des rebelles », le New York Times, le 9 novembre 1865, écrit :
« Les dettes du gouvernement confédéré, contractées à des fins de guerre et à d’autres fins, ont été balayées lors de la chute de la Confédération. Toute sa monnaie, ses bons, ses obligations, ses billets de trésorerie et ses ‘promesses de paiement’ de toutes sortes sont devenus sans valeur pour leurs détenteurs, même si ces derniers avaient donné en échange des biens immobiliers ou des services d’une valeur positive. Après la chute de Richmond, les billets de cent dollars, fondés sur la foi et le crédit de la Confédération, ont été vendus pour cinq cents la pièce, et les billets de mille dollars ont été échangés à parts égales contre des reconnaissances de dette de trois cents. Dans toutes les régions du Sud, il n’est guère question d’assumer une quelconque partie de cette dette. Son ampleur est effroyable et les États du Sud n’en sont pas devenus responsables à titre individuel. Elle était déclarée payable dès l’établissement de l’indépendance de la Confédération du Sud – liant ainsi sa fortune à celle du gouvernement rebelle ; et il était logique que le crédit de la Confédération cesse d’avoir une valeur lorsque la Confédération elle-même cesserait d’exister. »
Les créanciers avaient acheté des titres émis par des banquiers européens pour le compte des États confédérés, principalement à Londres et à Paris. Parmi les créanciers figuraient la Banque allemande Erlanger de Paris et sa filiale londonienne. Le risque était rémunéré par un taux d’intérêt de 7 % par an, relativement élevé pour l’époque.
La dette des États confédérés (Caroline du Sud, Mississippi, Floride, Alabama, Géorgie, Louisiane et Texas) à la fin de la guerre civile a été estimée à près de 67 millions de dollars. La dette des États confédérés d’Amérique, qui s’élevait à 1,4 milliard de dollars au 1er octobre 1864, est encore plus importante. Et si l’on ajoute la compensation pour les esclaves libérés (qui était une exigence des Sudistes), évaluée à 1,75 milliard de dollars en 1860, la facture totale que le Sud aurait pu présenter au Nord s’élevait à 3,2 milliards de dollars.
Et le New York Times de poursuivre :

« Mais il est apparu dans de nombreux États, et il apparaît encore dans certains d’entre eux, un parti fort désireux d’assumer le paiement des dettes contractées par les différents États individuellement à l’aide de la rébellion, et alors qu’ils étaient membres de la Confédération.
C’est la répudiation de ces dettes qui a été effectuée dans le Mississippi, l’Alabama, la Caroline du Nord et, comme l’indiquent les télégrammes de ce matin, également en Géorgie, à la suggestion du président ; et c’est le fait que la Caroline du Sud n’ait pas répudié cette dette qui a déçu les partisans intelligents de la politique de reconstruction du président. Cette dette a fait l’objet d’un débat sérieux au sein de la convention de l’État de Géorgie qui siège actuellement à Milledgeville ; et c’est en référence à ce débat que le président (Andrew Johnson, qui est devenu président après l’assassinat de Lincoln en avril 1865) a envoyé une dépêche au gouverneur provisoire de Géorgie, dans laquelle il exposait de manière précise et vigoureuse la ligne de conduite que devrait suivre la convention.
Il a déclaré : « Le peuple de Géorgie ne devrait pas hésiter un seul instant à répudier chaque dollar de dette créée dans le but d’aider la rébellion contre le gouvernement des États-Unis. Il n’est pas acceptable de prélever et de collecter des impôts auprès d’un État et d’un peuple qui sont loyaux et font partie de l’Union pour payer une dette qui a été créée pour les aider à sortir de l’Union et à subvertir la Constitution des États-Unis. Je ne crois pas que la grande masse du peuple de l’État de Géorgie, si elle n’est pas influencée, se soumettra jamais au paiement d’une dette qui a été la cause principale de leurs souffrances passées et présentes, le résultat de la rébellion. Ceux qui ont investi leur capital dans la création de cette dette doivent faire face à leur destin et l’accepter comme l’un des résultats inévitables de la rébellion, même si cela leur semble difficile. Il faut immédiatement faire savoir, dans le pays et à l’étranger, qu’aucune dette contractée dans le but de dissoudre l’Union ne peut être et ne sera jamais payée par des impôts prélevés sur le peuple à cette fin. »
(…) « Rien, note le NYT, dans la Constitution n’empêche les États-Unis de répudier leur propre dette. De nombreux États l’ont fait par le passé. Dans les années 1840, et de mémoire d’homme, un certain nombre d’États avaient fait défaut sur leur dette ou l’avaient totalement répudiée en raison des tensions provoquées par la panique de 1837. Aujourd’hui, vingt ans plus tard, après une guerre civile, pourquoi les États-Unis ne suivraient-ils pas leur exemple et ne feraient-ils pas table rase du passé ? »
En 1868, après la guerre civile, le Congrès a soumis aux États trois amendements dans le cadre de son programme de reconstruction afin de garantir l’égalité des droits civils et juridiques aux citoyens noirs.
Le quatorzième amendement de la Constitution américaine, entre autres dispositions, accorde la citoyenneté à « toutes les personnes nées ou naturalisées aux États-Unis », accordant ainsi la citoyenneté aux personnes anciennement réduites en esclavage.
Dans le cadre de notre discussion, la section 4 du 14e amendement stipule que si les dettes de l’Union sont considérées comme légitimes et doivent être honorées, celles de la Confédération constituent ce que l’on pourrait appeler une « dette odieuse » et ne doivent pas être payées.
« La validité de la dette publique des États-Unis, autorisée par la loi, y compris les dettes contractées pour le paiement de pensions et de primes pour services rendus dans la répression de l’insurrection ou de la rébellion [de l’Union], ne sera pas remise en question.
Mais ni les États-Unis ni aucun État n’assumeront ou ne paieront aucune dette ou obligation contractée pour aider à l’insurrection ou à la rébellion contre les États-Unis, ni aucune réclamation pour la perte ou l’émancipation d’un esclave ; toutes ces dettes, obligations et réclamations seront considérées comme illégales et nulles ».
En conséquence, les détenteurs d’obligations de la dette confédérée n’ont jamais été remboursés en raison de la répudiation décrétée par le gouvernement fédéral et de l’application de la section 4 du 14e amendement de la Constitution, les emprunts ayant servi à financer la rébellion des États du Sud.
C’est l’objet des emprunts, et surtout le fait qu’ils aient été contractés par des forces rebelles, qui est invoqué comme justification. En réalité, imposer le remboursement de la dette aurait empêché toute politique de reconstruction, un objectif jugé bien plus important que le remboursement de la dette.
Enfin, une troisième vague de répudiations a eu lieu aux États-Unis après 1877, lorsque huit États du Sud (Alabama, Arkansas, Floride, Géorgie, Louisiane, Caroline du Nord, Caroline du Sud et Tennessee) ont répudié leurs dettes au motif que les obligations émises pendant la période comprise entre la fin de la guerre civile américaine et 1877 avaient été utilisées pour des prêts illicites à des politiciens corrompus (y compris d’anciens esclaves) qui étaient soutenus par les États du Nord. Cette répudiation a été décidée par des fonctionnaires (racistes), souvent membres du parti démocrate, qui étaient revenus au pouvoir dans le Sud après le retrait des troupes fédérales qui occupaient la région.
retrait des troupes fédérales qui avaient occupé le Sud jusqu’en 1877.
Lors de la guerre froide
Aux Etats-Unis, Eisenhower est élu en novembre 1952. Or, son ministre des Affaires étrangères, John Foster Dulles, pas un grand humaniste, constate que, en dépit du plan Marshall, l’Europe, toujours à cause d’une Allemagne plombée par une montagne de dettes datant d’avant la Première Guerre mondiale et du Traité de Versailles, n’arrive pas à retrouver du dynamisme. A tel point qu’elle risque de se tourner vers l’URSS ! Il faut donc agir.
En 1953, sous la houlette du banquier allemand Hermann Abs, ancien cadre de la Deutsche Bank, une grande conférence est organisée à Londres. On y décide d’effacer 66 % des 30 milliards de marks de la dette allemande.
On est parti du point de vue que le remboursement annuel de la dette allemande ne devait jamais dépasser plus de 5 % des revenus des exportations. Ceux qui voulaient se faire rembourser leurs dettes par l’Allemagne devaient plutôt lui acheter ses exportations lui permettant ainsi d’honorer ses dettes. Autrement dit, rien à voir avec la folie qu’on a récemment imposée à la Grèce pour « sauver » l’euro !
Bien que cela s’est fait au nom de principes géopolitiques, c’est-à-dire « pour les uns » mais « contre » les autres, une fois de plus, c’est au nom d’un avenir meilleur, c’est-à-dire une Europe capable d’être la vitrine du capitalisme face à Moscou, qu’on a su se délester du poids du passé.
A défaut d’humanité ou de charité humaine, parfois le réalisme et le désir d’un pouvoir de se conserver dans le temps suffisent pour l’amener à prendre les bonnes décisions.
Hugo van der Goes et la Dévotion moderne

Le beau livre de l’historien néerlandais Bernhard Ridderbos, Schilderkunst in de Bourgondische Nederlanden (La peinture aux Pays-Bas bourguignon, Davidsfonds, Leuven 2015) est un régal pour les yeux et l’esprit.

Ridderbos, déjà irrité par l’habile campagne de propagande menée depuis des siècles par des banquiers italiens pour qui « la » Renaissance n’était qu’italienne et pour qui les fiammingo n’étaient que des « Primitifs », démarre son ouvrage en incendiant (non sans raison) une œuvre qui reste une référence, L’automne du Moyen Age (1919), de Johan Huizinga (1872-1945).
Pour cet historien néerlandais influant, recteur de l’Université de Leyden :
L’art de Van Eyck, dans sa capacité de figurer les choses saintes, a su atteindre un haut degré de détail et de naturalisme, marquant sans doute un point de départ sur le plan strict de l’histoire de l’art, mais signifiant en réalité une fin sur le plan historico-culturel. La tension extrême de l’imagination terrestre du divin fut atteint ici ; cependant, le contenu mystique de son imagination s’apprêtait à quitter ces images et à ne laisser les réjouissances qu’à la forme
Niant l’esprit clairement pré-renaissant des peintres flamands du début du XVe siècle, pour Huizinga, leur naturalisme n’était rien d’autre que « le déploiement ultime de l’esprit moyenâgeux tardif. »
Or, comme j’ai cherché à démontrer, en avril 2006, lors de mon exposé au Colloque international à la Sorbonne sur le thème de « La recherche du divin à travers l’espace géométrique », Robert Campin, Jan van Eyck et d’autres peintres flamands, qu’on présente assez souvent comme récalcitrant à utiliser les modèles perspectivistes développés par l’italien Leon Battista Alberti et comme en témoigne la présence assez imposante de miroirs convexes dans leurs œuvres (Volets Werl, Epoux Arnolfini), se sont inspirés des travaux mathématiques et géométriques complexes du grand scientifique arabe Ibn Al-Haytam.
Mieux connu en Occident sous son nom latin Alhazen, ses travaux d’optique, notamment sur la lumière et les miroirs convexes, se retrouvent dans les carnets de Léonard de Vinci, lecteur assidu des Commentaires de Ghiberti. *
Libéré de cette chape de plomb de l’autocensure, Ridderbos approfondit l’iconographie, les contextes économiques, sociaux et culturels. Sans égarer le lecteur dans un marécage de détails et d’hypothèses stériles, il nous offre des éclairages très intéressants sur le comment et le pourquoi des créations artistiques de cette époque.
Ceux parmi vous qui n’ont jamais pris le temps de lire ni l’œuvre monumentale d’Erwin Panofsky, ni les imposantes monographies publiées en Belgique par le Fonds Mercator d’Anvers relatant in extenso la vie des grands peintres flamands tels que Robert Campin, Rogier Van der Weyden, Jan Van Eyck, Hans Memling, Thierry Bouts, Hugo Van der Goes et Gérard David, remercieront Ridderbos pour non seulement en avoir extrait la quintessence, mais pour les avoir mis en relation les unes avec les autres.
Les commanditaires
En premier lieu, il montre à quel point les artistes étaient soumis à des « carnets de charges » très stricts. Un tel monastère, une telle guilde, un tel seigneur passait commande. Ils fixaient la taille de l’œuvre, le sujet et les personnes à représenter. Plusieurs théologiens, spécialistes du thème à traiter, furent parfois nommés pour conseiller et accompagner le peintre dans sa représentation de sujets religieux. L’artiste exécuta d’abord, sur son panneau, un dessin. Et ce n’est qu’une fois validé par le commanditaire, souvent après de nombreuses modifications, qu’il appliqua les couleurs. Gérard David, par exemple, a du changer l’ensemble des portraits des échevins sur son œuvre, suite à l’élection d’une nouvelle équipe…
Rivalités
Ensuite, Ridderbos indique comment les rivalités des uns et des autres, princes, églises, mais aussi Cités-Etats, souvent en quête de prestige (le fameux « soft power » de nos jours), ont profité à la vie artistique flamande. Princes, ducs, rois et banquiers étrangers se disputaient les peintres flamands pour fanfaronner et se mettre en avant.

Pour monter en grade, un banquier des Médicis (Angelo Tani) commande un triptyque à Hans Memling, un Jugement dernier (1466-1473), largement inspiré de l’œuvre éponyme de Van Der Weyden pour l’Hospice de Beaune.
Lorsque son confrère (Tommaso Portinari, le fondé de pouvoir des Médicis à Bruges) l’apprend, il passe commande d’un autre triptyque, une Nativité (1475), bien plus grand et plus splendide encore chez Hugo Van der Goes. Ce « triptyque Portinari » sera dévoilé à Florence en 1483 et inspirera toute une série d’œuvres italiens, notamment celles du peintre italien Domenico Ghirlandaio.
Rogier Van der Weyden, après avoir travaillé pour la ville de Louvain, se voit offrir un bien meilleur salaire par la ville de Bruxelles, les deux villes cherchant à devenir la capitale de la région.
Lorsqu’il y peint pour l’Hôtel de Ville un grand retable sur la Justice (La Justice de Trajan et Herkenbald, ca. 1450), la ville de Louvain, pour ne pas être en reste, commandera plusieurs années après une œuvre semblable (La justice d’Otton III, 1473) à Thierry Bouts, provoquant à son tour une autre ville, celle de Bruges d’en commander un du même type (Le jugement de Cambyses, 1498) chez Gérard David, un disciple et proche de l’atelier de Van der Goes.
Ridderbos bien sûr ne se limite pas à tracer cette dynamique sociologique. Il analyse comment ces peintres vont dialoguer entre eux en reprenant à leur compte les apports techniques et iconographiques de leurs confrères. Tout en mobilisant le meilleur d’eux-mêmes, ils apportèrent des choses entièrement nouvelles. C’est un processus assez similaire à l’apport compositionnel d’un Ludwig van Beethoven montant lui-même « sur les épaules des géants » que furent avant lui Bach, Haydn et Mozart.
Van der Goes et la Dévotion moderne

Dans le chapitre VII, page 179, l’auteur fait un effort particulier pour mettre en valeur l’œuvre d’Hugo Van Der Goes, un peintre remarquable qu’on a rangé un peu vite dans l’ombre de Van Eyck, Van der Weyden et Memling.
Probablement né vers 1440 à Gand, Van der Goes est reçu maître de la guilde des peintres de cette ville en 1467 et en devient le doyen en 1474. Trois ans plus tard, il est à l’apogée de la reconnaissance professionnelle et de la réussite sociale.
C’est alors qu’il abandonne la vie bourgeoise pour s’associer au grand mouvement de réforme appelé la Dévotion moderne. Pour ce faire, Van Der Goes devient frère lai auprès des Soeurs et Frères de la Vie commune, plus précisément ceux de l’abbaye du Rouge-Cloître (Rooklooster) dans la Forêt de Soignes près de Bruxelles. Il y jouit de certains privilèges, comme d’être autorisé à continuer à peindre.
Deventer
La Dévotion moderne sera avant tout un mouvement éducateur. Elle fonda notamment à Deventer une école renommée ouverte aux pauvres et aux orphelins. Rudolf Agricola et son successeur Alexandre Hegius y enseignent le grec et le latin à toute une génération d’humanistes dont le plus connu s’appelle Erasme de Rotterdam.
Le fameux cardinal-philosophe, mathématicien et juriste allemand, Nicolas de Cues (1401-1464) tenait en haute estime les efforts des enseignants de Deventer. En 1469, cinq ans après sa mort, sans doute en accord avec ses derniers vœux, une partie de son héritage ira abonder (de 1470 à 1682) un fond dédié, la Bursa Cusana, permettant à une vingtaine d’élèves, dont la moitié originaire de la ville natale de Cues, d’y parfaire leur instruction.
Le piétisme de la Devotion moderne, centré sur l’intériorité, s’articule le mieux dans le petit livre de Thomas van Kempen (a Kempis) (1380-1471), L’imitation de Jésus Christ. Celui-ci souligne l’exemple à suivre de la passion du Christ tel que nous l’enseigne l’Évangile, message repris par Erasme.
Van Der Goes, animé à titre personnel par l’esprit de cette démarche, apparaît ainsi, sans l’avoir connu, avec le peintre anversois Quinten Matsys, comme « le plus erasmien » des peintres flamands. Et à ce titre, il sera capable de faire transparaître dans ses œuvres une tension dramatique plus aiguë, traduite par l’animation et l’expressivité des personnages.
Les bergers
On pense immédiatement aux magnifiques bergers du Triptyque Portinari. Cette œuvre est commanditée par un des banquiers les plus riches de l’époque et pourtant, ce ne sont pas les trois Rois mages qui se trouvent au premier plan, mais d’humbles bergers arrivés bien avant eux et les premiers à reconnaître l’enfant pour ce qu’il est.
Se démarquant nettement de la façon dont le peintre italien Andrea Mantegna les avait dépeint vingt ans plus tôt, c’est-à-dire comme des pauvres hères en haillons, hirsutes, sales et édentés, Van der Goes souligne leur dignité et met en avant leurs transformations.
D’ailleurs, les expressions des bergers incarneraient les trois étapes spirituelles définies par un autre inspirateur de la Devotion moderne, le mystique flamand Jan Van Ruysbroeck (1293-1381) : la vie active, la vie intérieure et la vie contemplative où l’Homme entre en communion spirituelle avec Dieu. **
Le chapeau de Nicodème

Autre exemple, son tableau La lamentation du Christ (après 1479) actuellement au Musée de Vienne. De prime abord rien de bien révolutionnaire dans cette représentation. On y voit la mère du Christ retenue par Jean lorsqu’elle s’effondre sur la dépouille mortelle de son fils.
C’est sur l’avant plan que deux figures méritent notre attention. S’appuyant sur les Geestelijke Opklimmingen (Des ascensions spirituelles) écrit par Gerard Zerbold de Zutphen (1367-1398), un auteur de la Dévotion moderne proche de Groote, Ridderbos identifie leur rôle dans cette œuvre.
A droite, d’abord, on voit Nicodème coiffé d’une capuche rouge. Selon l’Evangile selon Saint-Jean, Nicodème a été un des premiers pharisiens devenus secrètement disciples de Jésus. Ici, on le voit en pleine crise, pour ne pas dire agonie existentielle, portant un regard effrayé sur son riche chapeau posé par terre.

Or, lorsque l’on examine de plus près ce couvre-chef, on découvre qu’il est surmonté d’une couronne d’épines !
La métaphore est donc à l’image de la Dévotion moderne qui exigeait de chacun, non seulement de suivre fidèlement les rites, mais de « vivre à l’imitation du Christ », c’est-à-dire de s’élever à un tel niveau d’amour pour le Christ et l’humanité qu’on puisse offrir librement ses possessions, son patrimoine et même sa vie au vrai, au juste et au beau.
Enfin, pour compléter le tableau, à gauche, toujours au premier plan, la figure de Marie Madeleine, une autre disciple de Jésus qui le suit jusqu’à ses derniers jours.
Prostituée repentie, Marie Madeleine complète à merveille la métaphore en s’érigeant ici comme l’exemple même du travail d’introspection et d’auto-perfectionnement personnel qu’exigeaient les Sœurs et Frères de la Vie Commune.
Le message est fort : vous ne pouvez pas vous contenter d’adorer ou d’admirer le Christ ! Vous devez changer vos vies ! Un message qui n’a pas perdu de son actualité…


Notes:
* Ibn Al-Haytam (Alhazen) (965-1039) écrivit quelques 200 ouvrages sur les mathématiques, l’astronomie, la physique, la médecine et la philosophie. Né à Bassora, et après avoir travaillé sur l’aménagement des cours du Nil en Égypte, il se serait rendu en Espagne. Il aurait mené une série d’expériences très précises sur l’optique théorique et expérimentale, y compris sur la camera obscura (chambre noire), travaux qu’on retrouve ultérieurement dans les études de Léonard de Vinci. Ce dernier a pu lire les longs passages d’Alhazen qui figurent dans les Commentari du sculpteur florentin Ghiberti. Après que l’évêque de Reims Gerbert d’Aurillac (le futur pape Sylvestre II en 999) ramena d’Espagne le système décimal avec son zéro et un astrolabe, c’est grâce à Gérard de Crémone (1114-vers 1187) que l’Europe va accéder à la science grecque, juive et arabe. Ce savant se rendra 1175 à Tolède pour y apprendre l’arabe et effectuera la traduction de quelques 80 ouvrages scientifiques de l’arabe en latin, notamment l’Almageste de Ptolémée, les Coniques d’Apollonius, plusieurs traités d’Aristote, le Canon d’Avicenne, les œuvres d’Ibn Al-Haytam, d’Al-Kindi, de Thabit ibn Qurra et d’Al-Razi. Dans le monde arabe, ces recherches furent reprises un siècle plus tard par le physicien persan Al-Farisi (1267-1319). Ce dernier a rédigé un important commentaire du Traité d’optique d’Alhazen. En prenant pour modèle une goutte d’eau et en s’appuyant sur la théorie d’Alhazen sur la double réfraction dans une sphère, il a donné la première explication correcte de l’arc-en-ciel. Il a même suggéré la propriété ondulatoire de la lumière, alors qu’Alhazen avait étudié la lumière à l’aide de balles solides dans ses expériences de réflexion et de réfraction. Désormais la question se posait ainsi : la lumière se propage-t-elle par ondulation ou par transport de particules ?
** Voir à ce propos : Nadeije Laneyrie-dagen, L’invention du corps : La représentation de l’homme du Moyen Âge à la fin du XIXe siècle, Paris 1997, 52. ; Delphine Rabier, Les trois degrés de la vision selon Ruysbroeck l’Admirable et les Bergers du triptyque Portinari de Hugo van der Goes, in Studies in Spirituality, 27, p. 163-179, 2017.
La splendeur des Royaumes d’Ifè et du Bénin

Les têtes en bronze d’Ifè (Nigeria) mettent à mal la théorie coloniale pour qui l’Afrique n’était qu’un terrain vierge, peuplé d’animaux et de quelques peuplades primitives n’ayant jamais fait leurs premiers pas dans « l’histoire ».
Aujourd’hui ville d’un demi-million d’habitants au sud-ouest du Nigeria, Ifè fut le centre religieux et l’ancienne capitale du peuple yoruba qui s’est développé pour l’essentiel grâce au commerce qu’il faisait sur le fleuve Niger, long de 4200 km, avec les peuples de l’Afrique de l’Ouest et au-delà.
Cet espace avant tout géoculturel de quelque 55 millions de personnes a prospéré dans une vaste ère géographique (Yoruba-land) d’environ 142 000 km², comprenant des régions entières de pays comme le Nigeria (76 %), le Bénin (18,9 %) et le Togo (6,5 %) actuels.
On trouve également des Yoruba au Ghana, au Burkina Faso, en Côte d’Ivoire et, depuis la traite négrière, aux Etats-Unis. Ce n’est donc pas surprenant que le yuroba, une langue à tons, soit l’une des trois grandes langues du Nigeria, également parlée dans certaines régions du Bénin et du Togo, ainsi qu’aux Antilles et en Amérique latine, notamment à Cuba par les descendants d’esclaves africains. Espace géo-culturel des yoruba autour d’Ifè et, à droite, celui du peuple edo au Royaume autour de Bénin City.

Un trésor hors du commun

C’est en janvier 1938, lors de travaux de terrassement pour la construction d’une maison, que des ouvriers découvrent à Ifè, dans le quartier de Wunmonije, un trésor peu ordinaire. A une centaine de mètres du site du Palais Royal, ils déterrent treize magnifiques têtes en bronze datant du XIIe siècle représentant un roi (un « Ooni ») et des courtisans. D’autres ont été déterrées depuis.
Leurs visages, hormis les lèvres, sont couverts de striures. La coiffure fait penser à une couronne complexe composée de plusieurs couches de billes tubulaires, surmontée d’une crête avec une rosette et une « aigrette ».
La surface de cette couronne porte des traces de peinture rouge et noire. Ces grandes têtes ont pu servir d’effigies de défunts lors de cérémonies funéraires, qui, chez les Yoruba, ont parfois lieu un an après l’enterrement rapide des morts qu’impose le climat tropical.
Le rendu très ressemblant et naturaliste des têtes est alors considéré comme anachronique dans l’art de l’Afrique subsaharienne, et encore plus troublant que celui des portraits de momie, très réalistes, du Fayoum égyptien (I-IIe siècle)..
Pourtant, une longue tradition de sculpture figurative présentant des caractéristiques semblables existait avant la création de ces sculptures de métal, en particulier chez les Nok, un peuple de cultivateurs maîtrisant le fer à partir de 800 ans avant notre ère.
Hystérie

Depuis 1938, les « têtes d’Ifè » ont provoqué des réactions proches de l’hystérie en Europe et en Occident.
D’un côté, les « modernistes » et les « abstraits » du début du XXe siècle, pour qui plus une sculpture est abstraite et s’éloigne de la réalité, plus elle est considérée comme typiquement africaine.
Pour ceux qui s’inspiraient de « l’abstrait » africain pour se libérer du naturalisme matérialiste, les têtes d’Ifè venaient donc brutalement bousculer leurs théories savamment construites.
De l’autre, surtout pour les partisans de l’impérialisme colonial, cet art ne pouvait tout simplement pas exister.
A Frank Willett, le responsable du Département nigérian des Antiquités et auteur d’Ifè, une civilisation africaine (Editions Tallandier, 1967), qui rapportait que « les Européens en visite à Ifè se demandent fréquemment comment des gens vivant dans des maisons de boue séchée, aux toits de paille, ont pu fabriquer d’aussi beaux objets que les bronzes et terres cuites au musée », l’éditeur Sir Mortimer Wheeler répondit :
Le préjugé a la vie dure, qui veut que la création et la sensibilité artistiques ne puissent exister sans les talents domestiques et le confort sanitaire !
Les interrogations des Européens étaient nombreuses. Comment, au XIIe siècle, des peuples primitifs, n’ayant jamais connu de forme d’État organisé, auraient-ils pu fabriquer des têtes en bronze d’un tel raffinement, faisant appel à des techniques que même l’Europe ne maîtrisait pas à cette époque ? Comment des tribus, vivant dans la superstition et la magie la plus irrationnelle, auraient-elles pu observer avec tant de minutie l’anatomie humaine ? Comment des sauvages auraient-ils pu exprimer des sentiments aussi nobles, aussi bien envers des hommes que des femmes ?

Devant un paradoxe aussi insoutenable, le déni fut la règle.
Ainsi, lorsque l’archéologue allemand Leo Frobenius présenta le premier ce type de tête, les experts refusèrent de croire à l’existence d’une civilisation africaine capable de laisser des artefacts d’une qualité qu’ils reconnaissaient comparable aux meilleures réalisations artistiques de la Rome ou de la Grèce antiques. Pour tenter d’expliquer ce qui passait pour une anomalie, Frobenius avança alors, sans le moindre début de preuve, la théorie que ces têtes auraient été moulées par une colonie grecque fondée au XIIIe siècle av. J.-C., et que cette dernière pouvait être à l’origine de la vieille légende de la civilisation perdue de l’Atlantide, un récit repris en chœur par la presse populaire…
Bronze

Ce qui choqua en premier lieu les experts occidentaux, c’est qu’il s’agissait de têtes en bronze, en réalité en laiton au plomb (environ 70 % de cuivre, 16,5 % de zinc et 11,3 % de plomb).
Etant donné la rareté de ce minerai au Nigeria, ces objets démontrent que la région entretenait des relations commerciales avec des pays lointains. On pense qu’il provenait de l’Europe centrale, du nord-ouest de la Mauritanie, de l’Empire byzantin ou, via le fleuve Niger, de Tombouctou, où le minerai arrivait, à dos de dromadaire, du sud du Maroc.
Si durant la période du Néolithique, des pépites de cuivre, d’or et d’argent sont martelés à froid ou à chaud, ce n’est qu’à partir de l’Age du bronze que l’homme découvre la métallurgie. A partir de minerais, il est alors capable d’extraire des métaux grâce à un traitement thermique précis, rendu possible par l’expérience des céramistes de l’époque, grands experts dans la maîtrise de la chaleur et des fours de cuisson.
Or, le cuivre ne fond qu’à 1083° Celsius, mais en y ajoutant de l’étain (qui fond à 232°) et du plomb (qui fond à 327°), on peut obtenir du bronze à 890° et du laiton à 900°. La terre cuite se fait, elle, à basse température, aux alentours de 600 à 800°.
Cependant, en Chine, dès la dynastie des Shang (1570 – 1045 av. JC), certaines porcelaines exigent des températures beaucoup plus élevées, entre 1000 et 1300°.
Les plus anciennes traces de céramique en Afrique subsaharienne semblent dater de plus de 9000 av. J.-C., voire plus encore, quelques tessons fragmentaires, datés de 12 000 av. J.-C. ayant été découverts en Afrique de l’Ouest, en l’occurrence au Mali.
La céramique se manifeste également plus au sud, notamment avec la culture Nok dans le nord du Nigeria au début du Premier millénaire av. JC.
Cire perdue

Ensuite, ce qui choqua tout autant les experts, c’est que la technique mise en œuvre pour leur réalisation était la technique dite « à cire perdue », un procédé de moulage de précision qu’on utilise encore de nos jours pour la fabrication des cloches d’églises. Le moule se compose de trois parties distinctes et superposées : le noyau, la cloche ou la statue (en cire) et la « carapace » ou chape. Par différentes astuces, le bronze en fusion qu’on laisse pénétrer va se substituer au modèle en cire. Lors de la coulée, différents conduits doivent permettre d’évacuer aussi bien la fumée qu’une partie de la cire lorsqu’elle fond.
En clair, il faut des artisans très qualifiés pour exercer le métier de fondeur de bronze professionnel.
Le savoir-faire exceptionnel des fondeurs d’Ifè fut précédé de peu par ceux d’Igbo-Ukwu au Nigeria oriental où l’on découvrit en 1939 un tombeau plein d’objets d’art datant du IXe siècle révélant l’existence d’un royaume puissant et raffiné maîtrisant la fameuse technique à la cire perdue, mais qui ne peut être rattachée à aucune autre culture de la région.

Historiquement, l’amulette de Mehrgarh au Pakistan, âgée de 6000 ans, est le premier objet connu façonné à la cire perdue. Si la Chine, la Grèce et Rome maîtrisent cette technique, il faut attendre la Renaissance pour qu’elle fasse son retour en Europe.
Ifè, un Etat organisé


Cartes des différents royaumes et empires africains avant la colonisation. Terre cuite en provenance du site d’Ita Yemoo, Ifè, Nigeria (XIIe au XIVe siècle).

En réalité, l’art d’Ifè mettait à mal la théorie coloniale pour qui l’Afrique n’était qu’un terrain vierge, peuplé d’animaux et de quelques peuplades primitives n’ayant jamais fait leurs premiers pas dans « l’histoire ».
En effet, toute preuve démontrant sur le continent africain l’existence d’empires, de royaumes ou de grands Etats ayant permis aux Africains de s’autogouverner de façon pacifique pendant des siècles, ne pouvait que délégitimer la « mission civilisatrice » du colonialisme.
Or, selon la tradition orale, Ifè fut fondée aux IXe-Xe siècles par Oduduwa, par le regroupement de 13 villages en une cité qui sera la ville centrale de la mythologie yoruba, pour qui elle est le berceau de l’humanité et le centre du monde.
Reconnu comme un dieu mineur, Oduduwa devint ainsi le premier Ooni (Roi) et se fit construire un Aafin (palais). Il gouverna à l’aide des isoro, anciens chefs de village ayant récupéré un titre religieux et assujettis à l’autorité politique royale.

Toujours selon les traditions orales, Oduduwa serait un prince exilé d’un peuple étranger, ayant quitté sa patrie avec une suite et voyagé en direction du sud, s’installant parmi les Yoruba vers le XIIe siècle. Sa foi, qu’il aura apportée, était si importante pour ses disciples et lui qu’elle aurait été la cause de leur exode en premier lieu.
La terre ou le pays d’origine d’Oduduwa sont sujet à débat. Pour les uns, il vient de La Mecque, pour les autres, d’Egypte, comme les savoir-faire qu’il apporta sont supposés le démontrer.
Il est vrai qu’on s’est avant tout intéressé aux routes conduisant vers la mer et les fleuves, il ne fait pas de doute que la savane, au cours des siècles précédents, a pu relier le delta du Niger au Nil, telle une sorte de grande route transcontinentale, passant notamment par le Tchad où des milliers de peintures pariétales témoignent d’un sens artistique créateur.

Le peuple Edo de Bénin City croit, quant à lui, qu’Oduduwa était en fait un prince de chez eux. Il aurait quitté le Bénin à cause d’une lutte pour la succession royale. C’est pourquoi l’un de ses descendants, le prince Oramiyan, fut par la suite autorisé à revenir, et fonda la dynastie qui régna sur le Royaume du Bénin. Le prince Oramiyan fut donc le premier oba du Benin, remplaçant ainsi avec succès le système monarchique Ogiso qui régnait jusque-là.
Métallurgie
Ce qui mérite l’attention, c’est que la métallurgie occupe une place centrale à Ifè. Oduduwa possédait une forge dans son palais (Ogun Laadin). Les rois des différents royaumes installaient leurs forges dans l’enceinte du palais royal, montrant ainsi le rapport symbolique fort entre pouvoir et métallurgie.
Les plus anciennes traces documentant la transformation du minerai de fer en Afrique remontent au IIIe millénaire av. JC. Il s’agit des sites archéologiques d’Egaro au Niger oriental et de Gizeh et Abydos en Egypte.

Tandis que le site de Buhen en Nubie égyptienne (- 1991), après avoir travaillé le fer, deviendra une « usine à cuivre », les sites d’Oliga au Cameroun (-1300) et de Nok au Nigeria (-925) témoignent d’une activité métallurgique dynamique.
Contrairement à ce qui s’est passé sur d’autres continents, l’Age de fer en Afrique aurait précédé dans certaines régions celui du cuivre. Comme nous l’avons vu, les techniques de production du laiton montrent un savoir-faire technologique très avancé. Ifè sera également un centre majeur de production verrière, en particulier de perles de verre. Les déchets de cette production ancestrale, constitués de parties de creusets recouverts de verre fondu, seront recherchés au XIXe siècle par les habitants de la région, bien que l’origine en soit à l’époque oubliée.
Des fouilles archéologiques récentes ont démontré que le peuplement de cette aire est très ancien. Mais comme nous l’avons vu, ce n’est qu’au début du IIe millénaire que des évolutions dans le domaine de la métallurgie auraient permis d’améliorer les outils agricoles et de générer des excédents de nourriture. On y cultive l’igname, le manioc, le maïs et le coton, qui est aussi à la source d’une importante industrie de tissage de vêtements.


La ville connaîtra ainsi une expansion démographique rapide grâce à cet essor de la productivité agricole, dû à la maîtrise d’une densité énergétique accrue permettant de transformer des « pierres » en ressources utiles.
L’urbanisation médiévale d’Ifè est aujourd’hui largement attestée par l’existence de nombreuses enceintes faites de fossés et de talus, qui semblent indiquer les différents espaces ayant connu une concentration démographique et une entité politique suffisamment puissante pour mettre en œuvre de tels travaux.
Ainsi, en tant qu’Etat centralisé, Ifè s’érige très tôt en modèle pour d’autres Etats dans la région et au-delà. Plusieurs descendants et capitaines d’Oduduwa ont fondé d’autres royaumes sur le même modèle et s’appuyant sur la même légitimité. L’expérience monarchique d’Ifè s’exporte avec son cadre culturel. L’adé ilèkè, une couronne de perles de verre symbolisant le pouvoir royal, se retrouve dans la plupart des monarchies de la région.

En tout, de 7 à 20 royaumes selon les sources composent le monde yoruba dans la première moitié du deuxième millénaire de notre ère.
- L’État d’Oyo au Nigeria fut l’une des plus puissantes cités-États yoruba.
- Autre exemple, le Royaume de Kétou, actuellement au sud-est du Bénin, aurait été fondé vers le XIVe siècle par un prétendu descendant d’Oduduwa. Il aurait quitté Ifè avec sa famille et d’autres membres de son clan, pour se diriger vers l’ouest, avant de s’installer finalement dans la cité d’Aro, au nord-est de la ville de Kétou. Rapidement, Aro devint trop petit pour la population grandissante du clan, et la décision fut prise de s’installer à Kétou. Le roi Ede quitta donc Aro avec 120 familles et s’installa dans cette ville.
- Autre démonstration des bâtisseurs yoruba, près de la capitale nigeriane Lagos, l’enceinte de Sungbo Eredo, un système de murailles et de fossés construit au XIVe siècle e situé au sud-ouest de la ville d’Ijebu Ode, dans l’État d’Ogun, au sud-ouest du Nigeria. Sur plus de 160 km de long, ces fortifications, parfois hautes de 20 mètres, consistent en un fossé aux parois lisses, formant une douve intérieure par rapport aux murs qui le surplombent. Le fossé forme un anneau irrégulier autour des terres de l’ancien royaume d’Ijebu. Cet anneau fait environ 40 km dans le sens nord-sud et 35 km dans le sens est-ouest, c’est-à-dire l’équivalent du boulevard périphérique parisien ! Envahi par la végétation, l’édifice ressemble aujourd’hui à un tunnel verdoyant.

D’Ifè au Royaume du Bénin

Au XIVe siècle, Ifè connaît un effondrement démographique, caractérisé par l’abandon de certaines enceintes et une forte avancée de la forêt dans des zones anciennement occupées. On constate également une rupture dans les savoir-faire et les techniques artisanales. Cet effondrement démographique pourrait s’expliquer par une épidémie de peste noire, selon certains auteurs, qui font un parallèle avec les grandes épidémies constatées en Europe sur des périodes proches.
Une partie des habitants a pu se réfugier et apporter son savoir-faire en métallurgie au Royaume du Bénin, qui dura du XIIe siècle jusqu’à son invasion par l’Empire britannique à la fin du XIXe siècle. Il s’agit d’un Etat d’Afrique de l’Ouest côtière dominé par les Edos, une ethnie dont la dynastie survit encore aujourd’hui. Son territoire correspond au Bénin actuel, plus une partie du Togo et le sud-ouest de l’actuel Nigeria, où se trouve d’ailleurs aujourd’hui « Bénin City », un port historique sur le fleuve Bénin. Au cœur de la cité, la résidence royale aux proportions monumentales traduit dans l’espace l’importance accordée au pouvoir politique, spirituel et traditionnel.
Bénin City, une merveille

L’organisation sociale de la ville impressionne les visiteurs européens à la fin du XVe siècle. Important pôle économique régional, on y trouve de l’ivoire, du poivre et des esclaves. Les Européens y échangent de l’huile de palme (le palmier à huile poussant abondamment dans la région) contre des fusils, permettant la modernisation de l’armement béninois.
Située dans une plaine, Bénin City est entourée de murs massifs au sud et de profonds fossés au nord. Au-delà des murs de la ville, de nombreuses autres murailles ont été érigées qui séparent les environs de la capitale en quelque 500 villages distincts.
En 2016, un article du Guardian retraçait la splendeur de la ville. Le journal rapporte que le livre des records Guinness de 1974 décrit les murs de Bénin City comme les plus grands travaux de terrassement au monde réalisés avant l’ère mécanique. Selon les estimations de Fred Pearce, du New Scientist, les murs de Bénin City étaient à un moment donné « quatre fois plus longs que la Grande Muraille de Chine et employaient cent fois plus de matériaux que la Grande Pyramide de Khéops ».
Pearce précise que ces murs « s’étendaient sur quelque 16 000 km en tout, dans une mosaïque de plus de 500 limites de colonies interconnectées. Ils couvraient 6500 km2 et ont tous été creusés par le peuple Edo… On estime qu’il a fallu 150 millions d’heures pour les construire et qu’ils constituent peut-être le plus grand phénomène archéologique de la planète ».

Bénin City fut également l’une des premières villes à s’équiper d’un semblant d’éclairage public. D’énormes lampes métalliques, hautes de plusieurs mètres, se dressaient autour de la ville, en particulier près du palais du roi. Alimentées par de l’huile de palme, leurs mèches brûlaient pendant la nuit pour éclairer la circulation à destination et en provenance du palais.
Lorsque les Portugais découvrirent la ville pour la première fois en 1485, ils furent stupéfaits de trouver ce vaste royaume, fait de centaines de villes et de villages imbriqués les uns dans les autres au milieu de la jungle africaine. Ils l’appelèrent la « Grande ville du Bénin », à une époque où il n’y avait aucun autre endroit en Afrique que les Européens reconnaissent comme une ville. Ils la classèrent comme l’une des villes les plus belles et les mieux aménagées du monde. Bénin City en 1686.

En 1691, le capitaine de navire portugais Lourenco Pinto constatait :
Le Grand Bénin, où réside le roi, est plus grand que Lisbonne ; toutes les rues sont droites et à perte de vue. Les maisons sont grandes, en particulier celle du roi, qui est richement décorée et possède de belles colonnes. La ville est riche et industrieuse. Elle est si bien gouvernée que le vol est inconnu et les gens vivent dans une telle sécurité qu’ils n’ont pas de portes pour leurs maisons.
En revanche, à la même époque, Londres est décrite par Bruce Holsinger, professeur d’anglais à l’université de Virginie, comme une ville
de vol, prostitution, meurtre, corruption et marché noir florissant, ce qui a rendu la ville médiévale mûre pour l’exploitation par ceux qui savent manier la lame rapide ou faire les poches.
Les fractales africaines
La planification et la conception de Bénin City ont été faites selon des règles précises de symétrie, de proportionnalité et de répétition, aujourd’hui connues sous le nom de « fractales ».
Le mathématicien Ron Eglash, auteur de African Fractals (qui traite des motifs sous-tendant l’architecture, l’art et le design dans de nombreuses régions d’Afrique), note que la ville et les villages environnants ont été délibérément aménagés pour former des fractales parfaites, avec des formes similaires répétées dans les pièces de chaque maison, la maison elle-même et les groupes de maisons du village selon des motifs mathématiquement prévisibles.
Lorsque les Européens arrivèrent en Afrique, précise-t-il, ils considéraient l’architecture comme très désorganisée et donc primitive. Il ne leur est jamais venu à l’esprit que les Africains pouvaient utiliser une forme de mathématiques qu’eux-mêmes n’avaient pas encore découverte.
Au centre de la ville se trouvait le Palais royal, entouré d’une trentaine de rues droites et larges chacune d’environ 120 pieds. Ces rues principales, perpendiculaires les unes par rapport aux autres, étaient dotées d’un drainage souterrain constitué d’un impluvium, avec une sortie pour évacuer les eaux d’orage. De nombreuses rues plus étroites et se croisant s’étendaient à l’extérieur. Au milieu des rues, il y avait du gazon que les animaux pouvaient paître.
Les maisons sont construites le long des rues en bon ordre, l’une à côté de l’autre, écrit Olfert Dapper, visiteur hollandais du XVIIe siècle. Elles sont généralement larges, avec de longues galeries à l’intérieur, surtout dans le cas des maisons de la noblesse, et divisées en de nombreuses pièces qui sont séparées par des murs en argile rouge, très bien érigés.
Dapper ajoute que les riches résidents ont gardé ces murs
aussi brillants et lisses en les lavant et en les frottant que n’importe quel mur en Hollande fait avec de la craie, et ils sont comme des miroirs. Les étages supérieurs sont faits de la même sorte d’argile. De plus, chaque maison est équipée d’un puits pour l’approvisionnement en eau douce.
Les maisons familiales sont divisées en trois parties : la partie centrale est le quartier du mari, qui donne sur la route ; à gauche le quartier des femmes (oderie), et à droite le quartier des jeunes hommes (yekogbe).
La vie quotidienne à Bénin City voyait peut-être se déplacer dans des rues encore plus grandes, des foules constituées de gens vêtus de couleurs vives, certains en blanc, d’autres en jaune, bleu ou vert, les capitaines de la ville jouant le rôle de juges dans les procès, modérant les débats dans les nombreuses galeries et arbitrant les petits conflits sur les marchés.
Les premiers explorateurs étrangers décrivent Benin City comme un lieu exempt de criminalité et de faim, avec de grandes rues et des maisons propres, une ville remplie de gens courtois et honnêtes, et gérée par une bureaucratie centralisée et très sophistiquée. Bénin : plaque en laiton (bronze) montrant l’entrée du Palais royal où d’autres plaques décorent les piliers.

La ville est divisée en 11 arrondissements, chacune étant une réplique en plus petit de la cour du roi, comprenant une série tentaculaire de complexes incluant des logements, des ateliers et des bâtiments publics – reliés entre eux par d’innombrables portes et passages, tous richement décorés avec l’art qui a rendu le Bénin célèbre. La ville en était littéralement recouverte.
Les murs extérieurs des cours et les faîtes des enceintes sont décorés de motifs horizontaux (agben) et de sculptures en argile représentant des animaux, des guerriers et d’autres symboles de pouvoir.
Les sculptures sont conçues pour créer des motifs contrastés sous le fort soleil. Des objets naturels (galets ou morceaux de silicium) sont également pressés dans l’argile humide, tandis que dans les palais, les piliers sont recouverts de plaques de bronze illustrant les victoires et les exploits des anciens rois et nobles.
À l’apogée de sa grandeur, au XIIe siècle (bien avant le début de la Renaissance européenne), les rois et les nobles de Bénin City ont accordé leur mécénat aux artisans et les ont comblés de cadeaux et de richesses, en échange de la représentation des grands exploits des rois et des dignitaires dans des sculptures en bronze complexes.
Ces œuvres du Bénin sont à la hauteur des plus beaux exemples de la technique de fonte européenne », écrit Felix von Luschan, ancien professeur au Musée d’ethnologie de Berlin. « [Le sculpteur et fondeur italien] Benvenuto Celini n’aurait pas pu mieux les couler, ni personne d’autre avant ou après lui. Techniquement, ces bronzes représentent la plus haute réalisation possible.
La rencontre avec « la civilisation »
Suite à la conférence de Berlin de 1885 où Britanniques, Français, Allemands et autres puissances européennes se partagent, au nom des lois immuables de la géopolitique germano-britannique, l’Afrique comme un gros gâteau qu’il entendent dévorer, les invasions européennes se multiplient et gagnent en brutalité.
Ainsi, suite au refus du roi de céder aux Britanniques son monopole sur la production de l’huile de palme et d’autres productions, lors d’une expédition punitive en 1897, Bénin City est pillée, incendiée et réduite en cendres par les Britanniques. Le roi (l’oba) est chassé et plusieurs milliers de « bronzes du Bénin », certes moins réalistes que ceux d’Ifè, sont dispersés et en partie perdus.
Ils finissent par se retrouver sur le marché de l’art et aboutissent dans des musées, notamment au British Museum (700 objets) et au Musée d’ethnologie de Berlin (500 pièces). Le gouvernement britannique lui-même en vend une partie « pour couvrir les frais de l’expédition ». Comme quoi les uns entrent dans l’histoire avec leur art, les autres avec leurs crimes. Expédition punitive de 1897. Une fois le palais royal brûlé, les pilleurs britanniques alignent les pièces en cuivre et en laiton qu’ils ramèneront en Europe.

Bibliographie sommaire :
- Ifè, une civilisation africaine, Frank Willett, Jardin des Arts/Tallandier, Paris 1971 ;
- Histoire générale de l’Afrique, Présence africaines/Edicef/Unesco, Paris 1987 ;
- Atlas historique de l’Afrique, Editions du Jaguar, Paris 1988 ;
- L’Afrique ancienne, de l’Acus au Zimbabwe, sous la direction de François-Xavier Fauvelle, Belin/Humensis, Paris 2018.









































































































































Posted by: Karel Vereycken | on avril 10, 2022
Avicenne et Ghiberti, leur rôle dans l’invention de la perspective à la Renaissance
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Tout visiteur du centre historique de Florence pose fatalement, à un moment donné, son regard sur les portes richement décorées du Baptistère, cet édifice roman faisant face à la cathédrale Santa Maria del Fiore, coiffée par Filippo Brunelleschi de sa magnifique coupole.
Dans cet article, Karel Vereycken apporte un éclairage nouveau sur les apports arabes à la science et le rôle crucial de Lorenzo Ghiberti dans l’invention de la perspective à la Renaissance.
Le Baptistère, que la plupart des Florentins pensaient être construit sur l’emplacement d’un temple romain dédié à Mars, le dieu tutélaire de l’ancienne Florence, est l’un des plus anciens bâtiments de la ville, construit entre 1059 et 1128 dans le style roman local.
Le poète italien Dante Alighieri et de nombreuses autres personnalités de la Renaissance, dont des membres de la famille Médicis, y furent baptisés.
A la Renaissance, à Florence, les corporations et les guildes se disputaient le premier rôle à coup de réalisations artistiques toutes aussi prestigieuses les unes que les autres.
Alors que l’Arte dei Lana (Corporation des producteurs de laine) finançait les Œuvres (Opera) du Duomo et donc la construction de sa coupole géante, l’Arte dei Mercatanti o di Calimala (Guilde des marchands d’étoffes étrangères) s’occupait du Baptistère et finançait l’embellissement des portes.
Les portes du Paradis
Le bâtiment octogonal possède quatre entrées, dont trois ont acquis une renommée artistique mondiale avec des portes ornées de bas-reliefs en bronze, recouverts entièrement ou en partie d’une fine couche d’or. Trois dates marquent les travaux : 1339, 1401 et 1424.
détail : baptême de Jésus (à gauche) et de ses disciples (à droite).
Avec l’aide de son père, il va réaliser son ouvrage en utilisant une technique connue sous le nom de « fonte à la cire perdue », technique qu’il a dû entièrement réinventer car perdue depuis la chute de l’Empire romain. L’une des raisons pour lesquelles Ghiberti a remporté le concours est le simple fait que sa technique était si avancée qu’elle nécessitait 20 % de métal en moins (7 kg par panneau) que celle de ses concurrents, le bronze étant un matériau onéreux, bien plus coûteux que le marbre. Sa technique, appliquée à l’ensemble de la décoration de la porte Nord, par rapport à celle de son concurrent, aurait permis d’économiser environ 100 kg de bronze. Or, en 1401, avec la peste qui harcelait régulièrement Florence, les conditions économiques étaient déclinantes, ce qui fait que la riche Calimala surveillait de près le coût du programme.
Pendant de l’œuvre de son prédécesseur, les bronzes de la porte nord comprennent eux aussi 28 panneaux, dont 20 représentent la vie du Christ d’après le Nouveau Testament. Les 8 panneaux inférieurs représentent les quatre évangélistes et les Pères de l’Église, saint Ambroise, saint Jérôme, saint Grégoire et saint Augustin.
Selon les Vies des artistes de Giorgio Vasari (1511-1574), Michelangelo Buonarroti (1475-1564) les jugera plus tard « si belles qu’elles orneraient l’entrée du Paradis ».
(commencées en 1424, terminées en 1452).
Dessin, sculpture, anatomie, perspective, travail des métaux, architecture, etc., en deux générations, le grand chantier des Portes permit à une myriade d’assistants et d’élèves bien payés d’accéder à une formation hors pair.
Parmi eux, plusieurs artistes exceptionnels tels que Luca della Robbia, Donatello, Michelozzo, Benozzo Gozzoli, Bernardo Cennini, Paolo Uccello, Andrea del Verrocchio et les fils de Ghiberti, Vittore et Tommaso. Au fil du temps, ces portes de bronze pesant trois tonnes et hautes de 5,06 mètres sont devenues une icône de la Renaissance, l’une des œuvres d’art les plus célèbres au monde.
En 1880, le sculpteur français Auguste Rodin s’en inspira pour ses propres Portes de l’Enfer, sur lesquelles il travailla pendant 38 ans.
La révolution
Le changement radical de conception de la sculpture en bronze, intervenu entre la Porte du nord et la Porte orientale, est essentiel pour notre discussion ici, car il reflète la façon dont l’artiste et ses mécènes ont voulu partager avec le public leurs nouvelles idées, inventions et découvertes.
Les thèmes du portail nord de 1401 s’inspiraient de scènes du Nouveau Testament, excluant de facto le panneau réalisé par Ghiberti, Le Sacrifice d’Isaac, qui lui avait valu de remporter le concours la même année. Pour compléter l’ensemble, il était donc tout à fait logique que la porte orientale de 1424 reprenne les thèmes de l’Ancien Testament.
A l’origine, c’est l’érudit et ancien chancelier de Florence Leonardo Bruni (1369-1444) qui avait programmé une iconographie assez semblable aux deux portes précédentes. Après des discussions animées, sa proposition fut écartée pour quelque chose de radicalement nouveau. En effet, au lieu de prévoir 28 panneaux, on décida, pour des raisons esthétiques, d’en réduire le nombre à seulement 10 reliefs carrés beaucoup plus grands, entre des bordures contenant des statuettes dans des niches et des médaillons avec des bustes.
Ainsi, chacun des 10 chapitres de l’Ancien Testament contient, pour ainsi dire, plusieurs événements, de sorte que le nombre net de scènes est passé de 20 à 37, et en plus, toutes apparaissent en perspective :
Le thème général est celui du salut à partir de la tradition patristique latine et grecque. Après les trois premiers panneaux, centrés sur le thème du péché, Ghiberti commence à mettre plus clairement en évidence le rôle du Dieu sauveur et la préfiguration de la venue du Christ. Les panneaux ultérieurs sont plus faciles à comprendre. C’est le cas du panneau Isaac, Jacob et Esaü, où les personnages se fondent dans une perspective de telle sorte que l’œil est guidé vers la scène principale.
La plupart des sources de ces scènes étant écrites en grec ancien, dont la maîtrise n’était pas si courante à l’époque, on pense que Ghiberti aurait eu pour conseiller théologique Ambrogio Traversari (1386-1439), avec qui il était en constante relation. Traversari était un proche de Nicolas de Cues (1401-1464), protecteur de Piero della Francesca (1412-1492) et organisateur actif du Conseil œcuménique de Florence de 1438-39, qui tenta de mettre fin au schisme séparant les Églises d’Orient et d’Occident.
Perspective
Les reliefs en bronze, connus pour leur vive illusion d’espace, sont l’un des événements révolutionnaires qui incarnent la Renaissance. On y voit de façon spectaculaire des figures passer d’une surface plane à toute la plénitude d’une existence en trois dimensions ! Techniquement parlant, on passe du stiacciato (développé à la perfection par Donatello)* à la ronde bosse, en passant par le bas-relief et le haut relief. Ghiberti avait bien conscience de son exploit, comme en témoigne son autoportrait sur la porte, la tête sortant d’une médaille de bronze, regardant avec satisfaction les spectateurs admirant son œuvre. L’artiste souhaitait bien plus qu’une perspective, il cherchait un espace de respiration !
Cette approche nouvelle influencera Léonard de Vinci (1452-1517). Comme le souligne l’historien d’art Daniel Arasse :
Au début du XVe siècle, plusieurs approches théoriques s’opposent. Vers 1423-1427, Donatello, un jeune collaborateur de Ghiberti réalisa son Festin d’Hérode, un bas relief selon la technique du stiacciato réalisé pour les fonts baptismaux du baptistère de Sienne.
Dans cette œuvre, le sculpteur déploie une perspective harmonieuse à point de fuite centrale. Vers la même époque, le peintre Massacchio (1401-1428) a utilisé une construction semblable dans sa fresque La Trinité.
Comme nous allons le voir, Ghiberti, partant de l’anatomie de l’œil, s’oppose aussi bien dans ses œuvres que dans ses écrits à cette approche abstraite et travaille, dès 1401, sur d’autres modèles géométriques, dites binoculaires. (voir plus bas).
Jésus parmi les docteurs, Ghiberti, avant 1424.
Jésus parmi les docteurs, Ghiberti, avant 1424.
Vers 1407, Brunelleschi a lui aussi mené plusieurs expériences sur cette question, très probablement sur la base d’idées développées par un autre ami de Nicolas de Cues, l’astronome italien Paolo dal Pozzo Toscanelli (1397-1482), dans son traité Della prospettiva, aujourd’hui perdu. Ce que l’on sait, c’est que Brunelleschi cherchait avant tout à démontrer que toute perspective n’est qu’illusion optique.
En 1435, l’architecte humaniste Leon Baptista Alberti (1406-1472), dans son traité Della Pictura, tentera, sur la base de l’approche de Donatello, de théoriser la représentation d’un espace tridimensionnel harmonieux et unifié sur une surface plane.
Malheureusement, au désespoir de bien des artistes, le traité d’Alberti, entièrement théorique, ne contient aucun diagramme ni illustration…
Sept ans plus tôt, le peintre Massacchio (1401-1428) avait utilisé, du moins en partie, une construction semblable dans sa fresque La Trinité.
Enfin, Léonard, qui avait lu et étudié les écrits de Ghiberti, utilisa ses arguments pour souligner les limites et même démontrer le dysfonctionnement de la construction de la perspective « parfaite » d’Alberti, surtout lorsqu’elle dépasse le cadre d’un angle de 30 degrés.
Dans le Codex Madrid, II, 15 v. de Vinci se rend à l’évidence qu’« en soi, la perspective offerte par une paroi rectiligne est fausse à moins d’être corrigée (…) »
Perspectiva artificialis versus perspectiva naturalis
La perspectiva articifialis d’Alberti n’est autre qu’une abstraction qui se veut nécessaire et utile pour représenter une organisation rationnelle de l’espace. Sans cette abstraction, nous dit-on, il est quasiment impossible de définir avec une précision mathématique les relations entre l’apparition des objets et le recul de leurs différentes proportions sur un écran plat : largeur, hauteur et profondeur.
A partir du moment où une image donnée sur un écran plat a été pensée comme la coupe transversale d’un cône ou d’une pyramide, une méthode a émergé pour ce qui est considéré, à tort, comme une représentation objective de l’espace tridimensionnel réel, alors qu’il ne s’agit que d’une anamorphose, c’est-à-dire un trompe-l’œil ou une illusion optique.
Ce qui est fâcheux, c’est que cette construction fait totalement abstraction de la réalité physique de notre appareil perceptif, en prétendant :
Calomnies et ragots
Pour des raisons qui restent à élucider, le rôle crucial de Ghiberti a été soit ignoré soit minimisé. Par exemple, les Commentarii, un manuscrit en trois volumes où Ghiberti retrace sa vie, son approche artistique et ses recherches sur l’optique et la perspective, n’a jamais été traduit en anglais ni en français. Et l’édition italienne ne date que de 1998.
Au XVIe siècle, Giorgio Vasari, qui fit souvent office d’agent de relations publiques pour le clan des Médicis, et dont l’ouvrage Les Vies des artistes est devenu l’alpha et l’oméga des historiens d’art, signale avec condescendance, mais sans évoquer une once de son contenu, que Ghiberti a écrit « un ouvrage en langue vernaculaire dans lequel il a traité de nombreux sujets différents, mais les a disposés de telle manière que l’on ne peut guère tirer profit de sa lecture ».
Qu’il ait pu exister des tensions entre humanistes, certes. Après tout, ces artisans autodidactes, tels que Ghiberti passionnés de progrès techniques, d’une part, et les héritiers de riches marchands de laine, tel le bibliophile Niccoli d’autre part, venaient de mondes totalement différents. D’après une anecdote racontée par Guarino Veronese, en 1413, Niccoli rencontre un jour Filippo et le salue de manière hautaine en ces termes : « Ô philosophe sans livres », à quoi Filippo lui aurait répliqué en souriant : « Ô livres sans philosophe… »
A cela s’ajoute que comme le stipulait le contrat, Ghiberti a accordé l’œuvre commandée en 1401 avec l’œuvre de Pisano d’inspiration gothique. Du coup, certains en déduisent que Ghiberti n’appartenait pas réellement à la Renaissance. Pour preuve, selon ses détracteurs, « son souci du détail et ses figures aux lignes ondulées et élégantes, ainsi que la variété des plantes et des animaux représentés… »
Les humanistes
symbolisée ici par la rencontre entre ces deux personnages royaux.
On pense que cette scène a été créée à la demande d’Ambrogio Traversari, présent dans la foule et instigateur du Conseil œcuménique de Florence de 1438.
Certes, les Commentarii ne sont pas rédigés selon les règles rhétoriques de l’époque. Écrits à la fin de sa vie, ils pourraient même avoir été dictés par l’artiste vieillissant à un clerc mal formé, faisant quantité de fautes d’orthographe.
Cependant, les propos de Ghiberti révèlent un auteur instruit, ayant une connaissance approfondie de nombreux penseurs classiques grecs et arabes. Il n’était pas seulement un brillant artisan, mais bien un « homme de la Renaissance » typique. En dialogue permanent avec Bruni, Traversari et le « chasseur de manuscrits » Niccolo Niccoli, Ghiberti, qui ne savait pas lire le grec mais connaissait bien le latin, était manifestement au courant de cette redécouverte de la science grecque et arabe.
Cette ambition était portée par les membres du Cercle San Spirito fondé par Boccace et Salutati, et dont les invités (parmi lesquels Bruni, Traversari, Cues, Niccoli, Côme de Médicis, etc.) se réuniront par la suite au couvent Santa Maria degli Angeli.
Ghiberti échange d’ailleurs avec Giovanni Aurispa, ce collaborateur de Traversari qui ramena, avant Bessarion, l’ensemble des oeuvres de Platon en Occident.
Amy R. Bloch, dans son étude très documentée Lorenzo Ghiberti’s Gates of Paradise, Humanism, History, and Artistic Philosophy in the Italian Renaissance (2016), note que « Traversari et Niccoli peuvent être liés directement aux origines du projet des Portes et étaient clairement intéressés par les commandes de sculptures prévues pour le Baptistère « .
« Le 21 juin 1424, après que la Calima ait demandé à Bruni son programme pour les portes, Traversari écrit à Niccoli en reconnaissant, en termes seulement généraux, les idées de Niccoli pour les histoires à inclure et en mentionnant, sans désapprobation évidente, que la guilde s’était plutôt tournée vers Bruni pour obtenir des conseils.«
Palla Strozzi
Ghiberti se lie également d’amitié avec Palla Strozzi (1372-1462), qui, en plus d’être l’homme le plus riche de Florence avec une fortune imposable de 162 925 florins en 1427, comprenant 54 fermes, 30 maisons, une entreprise bancaire au capital de 45 000 florins et des obligations communales, était aussi un homme politique, un écrivain, un philosophe et un philologue.
Tout comme Ambrogio Traversari, Paolo Rossi et Leonardo Bruni, Palla Strozzi a étudié le grec sous la direction de l’érudit byzantin Manuel Chrysoloras, invité à Florence par Salutati pour y enseigner le grec. A noter, le fait que Strozzi prit à sa charge une partie du traitement de Chrysoloras et fit venir de Constantinople et de Grèce les livres nécessaires à l’enseignement nouveau. La relation étroite de Ghiberti avec Palla Strozzi, écrit Bloch, « lui donnait accès à ses manuscrits et, ce qui est tout aussi important, à la connaissance qu’en avait Strozzi. «
Ce n’était pas tout, car « la relation entre Ghiberti et Palla Strozzi était si étroite que, lorsque Palla se rendit à Venise en 1424 comme l’un des deux ambassadeurs florentins chargés de négocier une alliance avec les Vénitiens, Ghiberti l’accompagna dans sa suite. »
Strozzi était connu comme un véritable humaniste, cherchant toujours à préserver la paix tout en s’opposant fermement au pouvoir oligarchique, tant à Florence qu’à Venise.
En fait, c’est Palla Strozzi, et non Cosimo de’ Medici, qui a été le premier à lancer les plans de la première bibliothèque publique de Florence, et il avait l’intention de faire de la sacristie de Santa Trinita son entrée. Si la bibliothèque de Palla n’a jamais été réalisée en raison du conflit politique dramatique connu sous le nom de Coup des Albizzi qui a conduit Strozzi à son exil en 1434, Cosimo, qui a eu les coudées franches pour régner sur Florence, fera sien le projet de bibliothèque.
Un constat audacieux
Tout d’abord, Lorenzo Ghiberti fait un constat audacieux, pour un chrétien dans un monde chrétien, sur la façon dont l’art de l’Antiquité a été perdu :
Ghiberti comprenait l’importance de la multidisciplinarité pour la formation de l’artiste.
Selon lui, « la sculpture et la peinture sont des sciences de plusieurs disciplines nourries par des enseignements différents ».
Dans le livre I de ses Commentarii, Ghiberti donne une liste des 10 arts libéraux que le sculpteur et le peintre doivent maîtriser : philosophie, histoire, grammaire, arithmétique, astronomie, géométrie, perspective, théorie du dessin, anatomie et médecine et souligne la nécessité pour un artiste d’assister aux dissections anatomiques.
Comme le souligne Amy Bloch, alors qu’il travaillait sur les Portes, dans le processus intense de visualisation des histoires de la formation du monde par Dieu et de ses habitants vivants, l’engagement de Ghiberti « a stimulé en lui un intérêt pour l’exploration de tous les types de créativité – non seulement celle de Dieu, mais aussi celle de la nature et des humains – et l’a conduit à présenter dans le panneau d’ouverture de la Porte du Paradis (La création d’Adam et Eve) une vision grandiose de l’émergence de la création divine, naturelle et artistique. »
création d’Adam, création d’Eve, la tentation et enfin, expulsion du Jardin d’Eden.
L’inclusion de détails évoquant le savoir-faire de Dieu, dit Bloch, « rappelle les images qui comparent Dieu, en tant que créateur du monde, à un architecte, ou, dans son rôle de créateur d’Adam, à un sculpteur ou à un peintre. Cette comparaison, qui dérive finalement de l’architecte-démiurge qui crée le monde dans le Timée de Platon, apparaît couramment dans l’exégèse médiévale juive et chrétienne ».
Philon d’Alexandrie a écrit que l’homme a été modelé « comme par un potier » et Ambroise a métaphoriquement appelé Dieu un « artisan (artifex) et un peintre (pictor) ».
Par conséquent, si l’homme est « l’image vivant du créateur » comme le dit Augustin et le modèle de « l’homo faber – homme producteur de choses », alors, soulignait l’humaniste Coluccio Salutati, « l’organisation des affaires humaines doit avoir une similitude avec celle des affaires divines ».
Ghiberti portait une attention particulière au fonctionnement de la vision :
Ainsi, tout chercheur honnête, qui a épluché les Carnets de Léonard après avoir lu les Commentarii de Ghiberti, se rend immédiatement à l’évidence que bien des observations de Léonard, dont le caractère génial est incontestable, font écho aux problématiques soulevées par Ghiberti, notamment en ce qui concerne la nature de la lumière et l’optique en général. L’état d’esprit créatif de Léonard était en partie le fruit de cette continuité, comme conséquence heureuse de la vision stimulante du monde de Ghiberti.
La composition de l’œil
Dans son Commentario 3, 6, qui traite de l’optique, de la vision et de la perspective, s’opposant à ceux pour qui la vision ne peut être expliquée que par une abstraction purement mathématique, Ghiberti écrit que « pour qu’aucun doute ne subsiste dans les choses qui suivent, il est nécessaire de considérer la constitution de l’œil, car sans cela, on ne peut rien savoir sur comment fonctionne la vision ». Selon lui, ceux qui écrivent sur la perspective ne tiennent aucun compte de « la composition de l’œil », sous prétexte que trop d’auteurs se contredisent.
Alhazen, Avicenne et Constantine
Il regrette aussi que, bien que des « philosophes de la nature » tels que Thalès, Démocrite, Anaxagore ou Xénophane, aient examiné le sujet avec d’autres s’intéressant à la santé humaine, tels qu’Hippocrate, Galien et Avicenne, trop de choses restent confuses et incomprises.
C’est pourquoi, dit Ghiberti, « parler de cette matière est obscur et incompris si l’on n’a pas recours aux lois de la nature, car elles démontrent cette question de manière plus complète et plus abondante ».
Par conséquent, poursuit Ghiberti,
Arrêtons-nous un instant sur ce passage qui nous dit tant de choses. Voici Ghiberti, un, ou plutôt « le » personnage central, fondateur de la Renaissance italienne et européenne et de son grand apport en termes de perspective, qui affirme que pour avoir une idée du fonctionnement de la vision, il faut étudier trois scientifiques arabes : Ibn Sina, Ibn al Haytham et Qusta ibn Luqa ! L’eurocentrisme culturel pourrait peut-être expliquer pourquoi les écrits de Ghiberti ont été ignorés et restent quasiment au placard.
Ibn al-Haytham (Alhazen) a apporté d’importantes contributions à l’ophtalmologie. Dans son Traité d’optique (1021, en arabe Kitab al-Manazir (كِتَابُ المَنَاظِر ), en latin De Aspectibus ou Opticae Thesaurus: Alhazeni Arabis), il a amélioré les conceptions antérieures des processus impliqués dans la vision et la perception visuelle. Au cours de ses travaux sur la camera oscura (chambre noire), il fut également le premier à imaginer que la rétine (une surface incurvée), et non plus la pupille (un point), pouvait être impliquée dans le processus de formation des images. Avicenne, dans le Canon de la médecine (vers 1025), décrit la vue et utilise le mot rétine (du latin rete qui signifie réseau) pour désigner l’organe de la vision. Plus tard, dans son Colliget (encyclopédie médicale), Averroès (1126-1198) est le premier à attribuer à la rétine les propriétés d’un photorécepteur.
Si les écrits d’Avicenne sur l’anatomie et la science médicale avaient été traduits et circulaient en Europe dès le XIIIe siècle, le traité d’optique d’Alhazen, que Ghiberti cite abondamment, venait d’être traduit en italien sous le titre De li Aspecti.
Il est désormais reconnu qu’Andrea del Verrocchio, dont l’élève le plus célèbre fut Léonard de Vinci (1452-1517), était lui-même un élève de Ghiberti. Contrairement à ce dernier, qui maîtrisait le latin, ni Verrocchio ni Léonard ne maîtrisaient de langue étrangère. Ainsi, c’est en étudiant les Commentarii de Ghiberti que Léonard eut accès à la traduction en italien de citations originales de l’architecte romain Vitruve et aux apports de scientifiques arabes tels qu’Avicenne, Alhazen ou Averroès, de scientifiques européens ayant étudié l’optique arabe, notamment les franciscains d’Oxford, Roger Bacon, John Pecham, ainsi que le moine polonais travaillant à Padoue, Erazmus Ciolek Witelo (Vitellion, 1230-1275).
Comme le souligne le Pr Domnique Raynaud, Vitellion introduit le principe de la vision binoculaire par des considérations géométriques.
Il donne une figure où l’on voit les deux yeux (a, b) recevant des images différentes provenant d’un même plan. Or, chaque œil, lorsqu’il observe par exemple le segment gf, le voit avec un angle différent, puisque l’œil a est plus proche que l’œil b du segment observé (l’angle de grf n’est pas le même que l’angle gtf). Il faut donc qu’à un moment donné ces images soient réunies en une seule. Où se produit cette jonction ?
Vitellion répond :
La fusion des images est donc un produit de l’activité mentale et nerveuse interne.
Le grand astronome Johannes Kepler (1571-1630) utilisera les découvertes d’Alhazen repris par Witelo pour développer sa propre contribution à l’optique et à la perspective.
« Bien que jusqu’à présent l’image [visuelle] ait été [comprise comme] une construction de la raison », observe Kepler dans le cinquième chapitre de son ouvrage Ad Vitellionem Paralipomena (1604), « désormais, les représentations des objets doivent être considérées comme des peintures qui sont effectivement projetées sur du papier ou sur un autre écran. »
Kepler fut le premier à constater que notre rétine capte l’image sous forme renversée, avant que notre cerveau ne la remette à l’endroit.
A partir de là, Ghiberti, Uccello, de même que le peintre flamand Jan Van Eyck (1390-1441), en contact avec les Italiens, construiront, comme alternative à la perspective abstraite, des formes de perspective « binoculaire », tandis que Léonard et Jean Fouquet, le peintre de la cour de Louis XI, tenteront de développer des représentations de l’espace curviligne et sphérique.
En Chine, sous l’influence éventuelle des percées de la science optique arabe, des formes de perspective non-linéaire, intégrant la mobilité de l’œil, feront également leur apparition sous la dynastie Song.
La lumière, une autre dimension
Ghiberti ajoutera une autre dimension à la perspective : la lumière. L’un des apports majeurs d’Alhazen est l’affirmation, dans son Livre sur l’optique, que les objets opaques frappés par la lumière deviennent eux-mêmes des corps lumineux et peuvent rayonner une lumière secondaire, une théorie que Léonard exploitera dans ses tableaux, y compris dans ses portraits.
Déjà Ghiberti, dans la façon dont il traite le sujet d’Isaac, Jacob et Ésaü, nous donne une démonstration étonnante de la façon dont on peut exploiter ce principe physique théorisé par Alhazen.
La lumière réfléchie par le panneau de bronze diffère fortement selon l’angle d’incidence des rayons lumineux qui arrivent. Arrivant soit du côté gauche, soit du côté droit, dans les deux cas, le relief en bronze de Ghiberti a été modelé de telle façon qu’il renforce magnifiquement l’effet de profondeur de la scène !
Conclusion
Les historiens d’art, en particulier les néo-kantiens comme Erwin Panofsky ou Hans Belting, qui affirment que ces peintres étaient des primitifs parce qu’ils appliquaient « le mauvais modèle » de perspective, s’avèrent en réalité incapables de concevoir que ces artistes qu’ils méprisent exploraient un domaine nettement supérieur à la pure abstraction mathématique promue par les grands prêtres de la science post-Leibniz, pour qui le dogme Newton-Galilée-Descartes sera l’évangile ultime.
Bien des sujets devront être exposés plus amplement que le résumé que j’en ai fait ici. En attendant, disons simplement que la meilleure façon d’honorer notre dette envers les contributions scientifiques arabes et les artistes de la Renaissance, serait de donner au monde entier, qui aurait dû en profiter bien plus tôt, la récompense d’un avenir meilleur bénéfique pour tous.
Il n’est pas trop tôt pour ouvrir toutes grandes les « Portes du Paradis ».
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Biographie sommaire
[1] Le relief aplati, relief écrasé ou stiacciato (de l’italien schiacciato, « écrasé »), est un terme qui désigne une technique sculpturale située entre le relief méplat et le bas-relief, permettant de réaliser sur une surface plane un relief de très faible épaisseur obéissant aux règles de la représentation en perspective. L’impression de profondeur par effet d’optique (plusieurs plans perspectifs) est donnée par une façon de sculpter graduellement en « relief écrasé », quelquefois sur une épaisseur de seulement quelques millimètres, du premier plan jusqu’à un point de fuite souvent central. Cette technique a été utilisée surtout aux XVe et XVIe siècles et Donatello en fut le principal initiateur.
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